Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- calculer et lire une courbe âge-crime, en disant ce que compte le numérateur et ce que couvre le dénominateur;
- distinguer la participation de la fréquence, et montrer qu'une même courbe agrégée peut cacher deux histoires opposées;
- décrire le paradigme des carrières criminelles (début, fréquence, durée, désistance) et la concentration de l'activité délinquante;
- présenter la taxonomie de Moffitt et la théorie du contrôle social informel gradué selon l'âge de Sampson et Laub, avec leurs prédictions et l'état des preuves;
- classer des facteurs de risque et de protection par domaine, sans les lire comme des causes ni comme des prédictions individuelles;
- situer la délinquance juvénile dans le droit suisse: champ du droit pénal des mineurs (DPMin), primauté de la protection et de l'éducation, âge de la privation de liberté.
Les chapitres 5 à 9 ont comparé des personnes, des groupes et des lieux. Ce chapitre ajoute le temps d'une vie: la même personne n'a pas la même probabilité de commettre une infraction à 12, à 17, à 30 et à 60 ans. Que mesure la courbe âge-crime? Faut-il une théorie pour ceux qui s'arrêtent et une autre pour ceux qui persistent? Qu'est-ce qui fait qu'une personne cesse?
La courbe âge-crime
Une régularité ancienne
Dès les premières statistiques judiciaires, les auteurs de la «statistique morale» ont remarqué que les personnes poursuivies n'étaient pas réparties au hasard selon l'âge: Quetelet, présenté au chapitre 1, La criminologie: objet, histoire et écoles, consacrait en 1835 une partie de Sur l'homme au «penchant au crime» selon l'âge. La forme générale a été retrouvée depuis dans des pays, des époques et des sources très différentes: montée rapide à l'adolescence, pic à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte, puis déclin long. On la trouve dans les statistiques policières, dans les condamnations et dans la délinquance autoreportée (chapitre 3, Mesurer la criminalité (2): chiffre noir et enquêtes), ce qui exclut un simple artefact de l'activité policière.
Statut: robuste pour l'existence d'un pic jeune suivi d'un déclin; plausible mais discuté pour la forme exacte, l'âge du pic et sa stabilité dans le temps.
La courbe suisse de 2025
La statistique policière de la criminalité (SPC) publie le nombre de personnes prévenues d'une infraction au Code pénal par âge, sexe et nationalité; STATPOP publie la population résidante permanente par âge. Le cours a divisé le premier tableau par le second (calcul du cours d'après OFS, SPC et STATPOP). Comme toujours dans la SPC (chapitre 2, Mesurer la criminalité (1): les statistiques officielles), les données de 2025 sont rapportées à la population au 31 décembre 2024.
La courbe ne retient que les personnes de nationalité suisse, au numérateur comme au dénominateur. Les personnes prévenues comprennent en effet des personnes qui ne résident pas en Suisse (personnes de passage, auteurs venus de l'étranger, personnes en procédure d'asile): elles figureraient au numérateur sans figurer au dénominateur, et leur structure d'âge et de sexe n'est pas celle des résidents, si bien que certains âges seraient gonflés plus que d'autres. Le rapport de la SPC n'admet d'ailleurs la comparaison avec la population résidante que pour les personnes prévenues qui en font partie, compte tenu de l'âge et du sexe. Ce choix n'est pas une comparaison entre nationalités et n'en autorise aucune.
Conséquence pour la lecture: la courbe compte des personnes, pas des infractions. Une personne prévenue de vingt vols pèse autant qu'une personne prévenue d'un seul; la courbe mesure la part des habitants d'un âge donné enregistrés au moins une fois dans l'année.
La figure 10.1 montre d'abord le pic: 14,53 personnes prévenues pour 1000 habitants de 15 à 17 ans, deux fois le taux des 10–14 ans (7,18 ‰). Puis la décroissance: 9,63 ‰ à 20–24 ans, un palier presque plat entre 9,10 et 9,44 ‰ de 25 à 39 ans, et un déclin régulier jusqu'à 2,49 ‰ à 70–79 ans. Enfin l'écart entre les sexes: les hommes culminent à 23,33 ‰ à 15–17 ans, les femmes à 5,36 ‰ à 35–39 ans, et leur courbe est si plate que le taux des femmes de 15–17 ans (5,25 ‰) touche presque ce maximum. Les hommes forment 74,1 % des personnes prévenues de nationalité suisse.
En 2025, 3304 personnes de nationalité suisse âgées de 20 à 24 ans ont été prévenues d'une infraction au Code pénal; la population résidante suisse de cet âge comptait 343 104 personnes au 31 décembre 2024. Calculez le taux pour 100 000 habitants.
Invariance ou variation?
En 1983, Travis Hirschi et Michael Gottfredson ont soutenu dans l'American Journal of Sociology («Age and the Explanation of Crime») que la forme de la courbe âge-crime est invariante: la même, à l'échelle près, quels que soient le pays, l'époque, le sexe ou le type d'infraction. Ils en concluaient que l'effet de l'âge est direct, qu'aucune variable sociale (emploi, mariage, école, pairs) ne l'explique, et que les coûteuses études longitudinales sont inutiles, puisque les différences entre personnes restent stables. C'est le socle de leur théorie générale du crime (1990), présentée au chapitre 8, Apprentissage, contrôle et réaction sociale.
David Farrington leur a répondu en 1986 dans Crime and Justice («Age and Crime»): l'âge du pic et la vitesse du déclin varient selon l'infraction (plus précoces pour les vols et les dommages, plus tardifs pour la violence et la fraude), le sexe et la période. Il défend aussi que le pic tient surtout à la participation, la fréquence des personnes actives variant beaucoup moins avec l'âge. Steffensmeier, Allan, Harer et Streifel (1989, American Journal of Sociology 94) ont montré sur les séries américaines que le pic était devenu plus précoce et plus aigu au cours du XXe siècle.
La courbe suisse l'illustre modestement: une forme invariante exigerait un rapport hommes/femmes constant, or il passe de 4,44 au pic à environ 2,5 à l'âge adulte. Une seule année policière mêle toutefois effets d'âge, de génération et de visibilité: elle illustre, elle ne tranche pas.
Statut: contesté ou non confirmé pour l'invariance stricte; robuste pour le déclin après le début de l'âge adulte; plausible mais discuté pour la décomposition du pic en participation plutôt qu'en fréquence, car elle dépend de la mesure de la fréquence.
Participation et fréquence
Un taux de 200 infractions pour 1000 personnes peut signifier que 200 personnes en ont commis une chacune, ou que 20 en ont commis dix. Les deux situations n'appellent ni la même explication ni la même politique.
Démonstration. Soit le nombre de personnes actives. Par définition et , puisque toutes les infractions sont commises par des personnes actives; donc . C'est l'identité «incidence = prévalence × concentration» du chapitre 3.
Toute baisse du taux peut donc venir de l'un ou de l'autre facteur. Et comme la SPC compte chaque personne une seule fois, la figure 10.1 montre une participation enregistrée , non le produit .
La courbe suisse de la figure 10.1 est calculée à partir des personnes prévenues, chacune comptée une seule fois dans l'année. Quelle affirmation est correcte?
La SPC permet pourtant d'entrevoir la fréquence: son tableau T 14 répartit les personnes prévenues selon le nombre d'infractions qui leur sont imputées dans l'année civile. Pour les 10 340 mineurs prévenus d'une infraction au Code pénal en 2025 (toutes nationalités; le texte du rapport en annonce 10 339):
| Infractions imputées dans l'année | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 à 10 | plus de 10 | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Mineurs prévenus | 5091 | 2320 | 1020 | 539 | 969 | 401 | 10 340 |
| Part des mineurs prévenus | 49,2 % | 22,4 % | 9,9 % | 5,2 % | 9,4 % | 3,9 % | 100 % |
Source: OFS, SPC, rapport annuel 2025, tableau T 14.
Près de la moitié des mineurs prévenus n'ont qu'une infraction enregistrée; 3,9 % en ont plus de dix. Chez les 81 782 adultes prévenus du tableau T 14 (81 781 selon le texte du rapport), la répartition est très semblable (50,3 % et 3,2 %). Deux précautions: un cambriolage compte pour plusieurs infractions dans la SPC (vol, violation de domicile et, s'il y a effraction, dommages: chapitre 2), si bien qu'un seul événement place une personne dans la colonne «3»; et il s'agit d'infractions enregistrées et imputées, dont le chiffre noir n'a aucune raison d'être le même à tous les âges.
D'après le tableau T 14 de la SPC 2025, quelle part des 10 340 mineurs prévenus d'une infraction au Code pénal se sont vu imputer au moins cinq infractions dans l'année? Donnez un pourcentage à une décimale.
Les carrières criminelles
Début, fréquence, durée, fin
Le mot carrière désigne une séquence d'actes ordonnée dans le temps, non un métier. Le paradigme a été systématisé par un panel du National Research Council américain dirigé par Alfred Blumstein (Criminal Careers and «Career Criminals», 1986), dont Farrington était l'un des auteurs: cesser de traiter «la délinquance» comme une seule variable et la découper en dimensions qui peuvent avoir des causes différentes.
Retarder le début, réduire la fréquence et raccourcir la durée sont trois effets distincts. Et si la participation se mesure en une fois, la durée et la désistance exigent de suivre des personnes pendant des années: des études longitudinales (chapitre 4, Méthodes de recherche et outils quantitatifs).
La cohorte de Philadelphie
La première grande étude de ce type est Delinquency in a Birth Cohort (1972) de Marvin Wolfgang, Robert Figlio et Thorsten Sellin: les dossiers de police de tous les garçons nés en 1945 et ayant résidé à Philadelphie entre dix et dix-huit ans. Partir d'une génération entière, et non des personnes connues de la police, permet de calculer des proportions sur une population définie à l'avance.
Le résultat célèbre est la concentration: une petite fraction de la cohorte, les garçons ayant eu au moins cinq contacts enregistrés avec la police (les chronic offenders des auteurs), était à l'origine d'une part très disproportionnée des infractions enregistrées de toute la génération, et d'une part plus forte encore des infractions graves. Le constat a été retrouvé dans d'autres cohortes. Mais repérer après coup ceux qui ont accumulé le plus d'infractions est facile; les prédire à 10 ans ne l'est pas, parce que la plupart des enfants qui présentent des signes avant-coureurs ne deviennent pas des auteurs chroniques (chapitre 14, Récidive et évaluation du risque). Une concentration rétrospective n'est pas une prédiction.
Le tableau T 14 montre une concentration du même type sur une seule année: les 1370 mineurs prévenus d'au moins cinq infractions (13,2 % des mineurs prévenus) se voient imputer au moins 38,2 % des infractions des mineurs prévenus; c'est un minimum, car la colonne «plus de 10» n'a pas de borne (exercice 10.3).
Début précoce, polyvalence, continuité
Trois autres constats reviennent dans presque toutes les cohortes. Un début précoce est associé à une carrière plus longue et plus active. La polyvalence domine la spécialisation: qui commet beaucoup d'infractions en commet de toutes sortes, ce que Gottfredson et Hirschi invoquent à l'appui d'une cause unique. La continuité est forte mais incomplète: le comportement antisocial de l'enfance prédit celui de l'adulte, mais la plupart des enfants au comportement antisocial ne deviennent pas des adultes au comportement antisocial. Ce «paradoxe de Robins» est le point de départ des théories qui suivent.
Statut: robuste pour la concentration de l'activité enregistrée, l'association entre début précoce et carrière longue, et la polyvalence; contesté ou non confirmé pour l'idée qu'on identifierait dès l'enfance les futurs auteurs chroniques avec une précision utile à des décisions individuelles.
Deux trajectoires: la taxonomie de Moffitt
Deux groupes sous une courbe
En 1993, Terrie Moffitt a proposé dans la Psychological Review une réponse au paradoxe de la continuité: la courbe âge-crime n'est pas la trajectoire d'une personne typique, mais le mélange de deux populations aux causes différentes.
Le premier groupe, petit, est persistant tout au long de la vie (life-course-persistent, LCP). L'antisocialité y commence dans l'enfance et change de forme avec l'âge: dans les exemples de Moffitt, mordre et frapper à 4 ans, voler et faire l'école buissonnière à 10 ans, et ainsi de suite jusqu'à l'âge adulte. La cause proposée est l'interaction précoce entre des déficits neuropsychologiques (fonctions verbales et exécutives, tempérament difficile: chapitre 6, Facteurs individuels: approches biologiques et psychologiques) et un environnement défavorable. Chaque difficulté réduit les occasions d'apprendre des conduites prosociales, et les conséquences de chaque acte (échec scolaire, rejet, sanctions) restreignent les options suivantes: c'est la continuité cumulative.
Le second groupe, majoritaire, est limité à l'adolescence (adolescence-limited, AL): pas d'antécédents dans l'enfance, un début à l'adolescence, un arrêt au début de l'âge adulte. La cause proposée est le décalage de maturité (maturity gap): la maturité biologique arrive des années avant l'accès aux rôles adultes (indépendance, revenu, vie de couple). Les délits qui affirment l'autonomie deviennent un moyen d'accéder à ce statut, et les jeunes AL imitent les jeunes LCP, qui en jouissent déjà. Quand les rôles adultes s'ouvrent, la motivation disparaît; seuls restent ceux que leurs actes ont piégés (snares: casier judiciaire, dépendance, rupture scolaire).
Les deux groupes se ressemblent à 17 ans; ce qui précède et ce qui suit rend la théorie testable.
Le modèle mélange deux groupes: une petite part de personnes à trajectoire persistante, actives dès 10 ans et qui ne ralentissent que lentement, et une grande majorité dont l'activité forme une bosse à l'adolescence. Déplacez la part du groupe persistant et regardez la lecture «à 30 ans»: même quand ce groupe ne pèse que quelques pour cent de la population, il commet presque toutes les infractions de l'âge adulte. La courbe suisse 2025, ramenée au même pic, n'est qu'une superposition indicative: elle compte des personnes prévenues, le modèle des infractions, et les deux formules du modèle sont une construction du cours, non une mesure.
Réglé par défaut, l'explorateur reproduit l'exemple 10.3. Augmentez la part du groupe persistant: le pic bouge à peine, la queue adulte s'épaissit. Élargissez la bosse (): le modèle se rapproche de la courbe suisse entre 18 et 24 ans, mais monte trop tôt avant 15 ans et retombe bien plus bas après 25 ans. Plusieurs mélanges produisent des courbes voisines: la forme de la courbe ne prouve pas la taxonomie.
Ce que disent les études longitudinales
La théorie a été testée surtout dans la cohorte de Dunedin (Nouvelle-Zélande), qui suit depuis la naissance les enfants nés dans cette ville en 1972–1973. Les suivis à l'âge adulte (Moffitt, Caspi, Harrington et Milne, 2002, Development and Psychopathology 14) ont trouvé, comme prévu, les issues les plus défavorables au milieu de la vingtaine chez les hommes à début précoce (violence, santé mentale, travail); mais aussi, contre la version simple de la théorie, plus de difficultés que prévu dans le groupe «limité à l'adolescence».
La modélisation des trajectoires par groupes, méthode développée par Daniel Nagin, estime combien de trajectoires typiques une population contient. Elle en trouve en général plus de deux, souvent un groupe chronique de faible niveau et parfois un groupe à début tardif. Ces groupes sont des résumés statistiques, non des «types» naturels: la méthode trouve des groupes même là où les trajectoires varient de façon continue.
Parmi les observations suivantes, lesquelles vont dans le sens de la taxonomie de Moffitt?
Plusieurs réponses possibles
Points tournants et contrôle social informel
Dans les années 1940, Sheldon et Eleanor Glueck avaient suivi à Boston des garçons placés en établissement pour délinquance et un groupe de comparaison sans antécédents, appariés notamment sur l'âge et le quartier (Unraveling Juvenile Delinquency, 1950). Leurs dossiers, oubliés dans les archives de la Harvard Law School, ont été recodés par Robert Sampson et John Laub, qui en ont tiré Crime in the Making (1993). John Laub et Robert Sampson ont ensuite retrouvé des hommes de l'échantillon arrivés autour de 70 ans (Shared Beginnings, Divergent Lives, 2003).
Leur théorie part du contrôle social de Hirschi (chapitre 8): qui est lié aux autres a quelque chose à perdre. Elle ajoute que les liens changent avec l'âge: famille et école à l'enfance, travail, couple et, pour cette génération, service militaire à l'âge adulte. Les différences individuelles comptent, mais ne fixent pas le destin: des événements de l'âge adulte peuvent infléchir une trajectoire.
Un point tournant sépare du passé (on quitte un quartier, un groupe d'amis); il apporte une surveillance et un soutien quotidiens; il restructure les activités de routine, réduisant le temps passé là où les occasions abondent (le lien avec le chapitre 9, Criminologie environnementale: opportunités, lieux et points chauds, est direct); il offre l'occasion d'une nouvelle identité. Laub et Sampson parlent d'une désistance «par défaut»: beaucoup d'hommes ne l'ont pas décidée un jour; ils se sont retrouvés engagés dans une vie qui ne lui laissait plus de place.
La difficulté est celle du chapitre 4: la sélection. Les hommes qui se marient diffèrent peut-être déjà de ceux qui ne se marient pas. Sampson et Laub ont donc comparé chaque homme avec lui-même, dans ses périodes de vie de couple et hors d'elles, ce qui écarte les différences stables entre personnes, et ont trouvé moins d'infractions dans les premières. Cela ne règle pas tout: un homme qui a déjà commencé à changer est aussi plus susceptible de se marier à ce moment-là.
La désistance
Presque tout le monde s'arrête, mais l'arrêt a longtemps été peu étudié: il est difficile d'observer ce qui n'arrive pas. Une personne sans infraction enregistrée depuis deux ans a-t-elle cessé, ralenti, ou échappé à la police?
Laub et Sampson (2001, Crime and Justice 28) distinguent trois familles d'explications. La maturation: l'âge lui-même, avec un développement cognitif et émotionnel qui se poursuit jusqu'au milieu de la vingtaine, réduit l'impulsivité; c'est l'explication de Hirschi et Gottfredson. Les liens sociaux et les points tournants. Le changement subjectif: la personne se voit et se raconte autrement.
Cette dernière voie a été explorée par Shadd Maruna dans Making Good (2001), à partir d'entretiens menés à Liverpool avec des personnes au long passé de délits, les unes encore actives, les autres ayant cessé. Les premières tenaient un «script de condamnation»: jouets des circonstances, sans prise sur leur avenir. Les secondes tenaient un «script de rédemption»: un «vrai moi» fondamentalement bon que les circonstances avaient détourné, un sens retrouvé du contrôle, et le désir de rendre quelque chose aux autres. L'étude est qualitative et transversale: elle ne dit pas si le récit cause la désistance ou la suit. Elle a montré que la désistance ne se réduit ni à l'âge ni aux liens, et suggéré qu'aide à cesser ce qui reconnaît la personne capable de changer, pas seulement ce qui la surveille; le chapitre 13, La réaction pénale: sanctions, prison et pénologie, retrouve cette question.
Statut: robuste pour la désistance comme phénomène majoritaire et graduel; plausible mais discuté pour le poids respectif de la maturation, des liens et de l'identité, qui agissent probablement ensemble.
Facteurs de risque et de protection
La criminologie développementale a adopté le vocabulaire de la santé publique: plutôt que «la» cause, on recense les caractéristiques associées à un risque accru ou réduit, et l'on cherche celles sur lesquelles on peut agir.
On les classe en cinq domaines, de la personne à son environnement le plus large (figure 10.3): l'individu (impulsivité, faible contrôle de soi, troubles précoces du comportement: chapitre 6); la famille (supervision faible, discipline dure ou incohérente, maltraitance); l'école (échec, absentéisme, faible attachement); les pairs (fréquentation de pairs qui commettent des délits, où le chapitre 8 a montré que se mêlent sélection et influence); le quartier (désavantage concentré, faible efficacité collective: chapitre 7, Structure sociale et crime: anomie, tensions et désorganisation).
Ces listes viennent de cohortes suivies pendant des décennies: la Cambridge Study in Delinquent Development, dirigée par Farrington, suit depuis l'école primaire des garçons d'un quartier ouvrier du sud de Londres; Dunedin mesure santé et neuropsychologie depuis la naissance; en Suisse, le projet zurichois z-proso (Zurich Project on the Social Development from Childhood to Adulthood) suit depuis l'école primaire une cohorte d'enfants scolarisés à Zurich et étudie le développement des comportements agressifs et délinquants ainsi que des programmes de prévention en milieu scolaire. Mesurer d'abord, observer ensuite: c'est ce devis qui autorise à parler de facteur de risque, et non de simple corrélat.
Les facteurs se cumulent (leur nombre compte plus qu'un facteur isolé), ils sont corrélés entre eux (l'effet propre de chacun est difficile à isoler), et beaucoup d'enfants très exposés ne commettent pas de délits graves: c'est l'objet de l'étude de la résilience.
Ce qui est associé au risque et qui peut changer (supervision, pratiques éducatives, engagement scolaire) désigne des cibles de prévention. Le chapitre 15, Prévention, police et évaluation: ce qui marche, présente la prévention développementale: c'est l'expérimentation, non la liste des facteurs, qui dira si agir sur un facteur réduit la délinquance.
Délinquance juvénile et justice des mineurs en Suisse
En 2025, la police a enregistré 10 339 mineurs prévenus d'une infraction au Code pénal, 5,3 % de moins qu'en 2024, sur 92 147 personnes prévenues, soit 11,2 % de l'ensemble (OFS, SPC, rapport annuel 2025, section 1.3). C'est une part, non un taux: elle dépend aussi de la taille des classes d'âge. Les jugements de mineurs ont leur propre statistique à l'OFS.
La Suisse dispose d'une loi propre, la loi fédérale du 20 juin 2003 régissant la condition pénale des mineurs (droit pénal des mineurs, DPMin), et d'une procédure propre (la procédure pénale applicable aux mineurs, PPMin). Le droit pénal en fait l'étude détaillée; la criminologie en retient trois choix.
Le premier choix est la limite de 10 ans: avant cet âge, aucune sanction pénale; l'autorité qui constate un acte commis par un enfant avise ses représentants légaux (art. 4 DPMin). Le deuxième est la primauté de la protection et de l'éducation (art. 2): le juge des mineurs ordonne des mesures de protection lorsque la situation personnelle du mineur exige une prise en charge éducative ou thérapeutique, «que le mineur ait agi de manière coupable ou non» (art. 10: surveillance, assistance personnelle, traitement ambulatoire, placement), et des peines s'il a agi de manière coupable (art. 11: réprimande, prestation personnelle, amende, privation de liberté). Le troisième est une gradation selon l'âge: l'amende et la privation de liberté ne sont possibles qu'à partir de 15 ans (art. 24 et 25), la privation de liberté de longue durée qu'à partir de 16 ans.
Lue par un criminologue, cette architecture est cohérente avec ce chapitre. Si la plupart des jeunes qui commettent des délits s'arrêtent d'eux-mêmes en entrant dans l'âge adulte, une sanction lourde risque surtout de les piéger (Moffitt) ou de rompre les liens qui favorisent la désistance (Sampson et Laub); une réponse éducative proportionnée cherche à les préserver. C'est une cohérence de principe, non la preuve que le droit des mineurs réduit la récidive: cette question relève de l'évaluation (chapitre 15), et les comparaisons entre jeunes jugés différemment butent sur la sélection (chapitres 4 et 13).
Selon le droit pénal des mineurs (DPMin), lesquelles de ces affirmations sont exactes?
Plusieurs réponses possibles
Synthèse
- La courbe âge-crime monte à l'adolescence, culmine à sa fin et décline longuement. En Suisse en 2025, le taux de personnes suisses prévenues culmine à 14,53 pour 1000 à 15–17 ans (23,33 ‰ chez les hommes, 5,25 ‰ chez les femmes, rapport 4,44), contre 2,49 ‰ à 70–79 ans (calcul du cours d'après OFS; Suisses seulement, pour que numérateur et dénominateur couvrent la même population).
- L'invariance défendue par Hirschi et Gottfredson est contestée: la forme varie selon l'infraction, le sexe et la période (Farrington); la courbe suisse des femmes est presque plate de 15 à 45 ans.
- Tout taux se décompose en participation × fréquence, ; une même courbe agrégée peut cacher des personnes qui cessent ou qui ralentissent. Avec le comptage unique, la courbe SPC est une participation enregistrée.
- Le paradigme des carrières criminelles distingue début, fréquence, durée et désistance. L'activité enregistrée est concentrée: en 2025, 13,2 % des mineurs prévenus portent au moins 38,2 % des infractions imputées aux mineurs. Une concentration rétrospective n'est pas une prédiction.
- Moffitt (deux groupes), Sampson et Laub (liens gradués selon l'âge, points tournants) et Maruna (récit de rédemption) ont le statut plausible mais discuté; la sélection est leur difficulté commune.
- Les facteurs de risque et de protection sont des associations, non des causes ni des prédictions individuelles. Le DPMin s'applique de 10 à 18 ans, donne la primauté à la protection et à l'éducation, et n'admet la privation de liberté qu'à partir de 15 ans.
En 2025, le taux de personnes suisses prévenues d'une infraction au Code pénal était de 13,42 pour 1000 chez les hommes de 35 à 39 ans et de 5,36 pour 1000 chez les femmes du même âge. Calculez le rapport hommes/femmes.
Vous disposez, pour les personnes de nationalité suisse, des personnes prévenues d'une infraction au Code pénal en 2025 (OFS, SPC) et de la population résidante permanente au 31 décembre 2024 (OFS, STATPOP). Pour les 10–14 ans: 2418 personnes prévenues et 336 935 habitants; pour les 15–17 ans: 2959 et 203 600; pour les 70–79 ans: 1695 et 680 219. Sur l'ensemble des classes de 10 à 79 ans, on compte 38 277 personnes prévenues et 5 471 021 habitants.
1. Le taux au pic
Calculez le taux des 15–17 ans pour 1000 habitants du même âge.
Quel est le taux de personnes prévenues pour 1000 habitants suisses de 15 à 17 ans?
2. Le rapport entre le pic et le grand âge
3. La part des mineurs, rapportée à leur poids dans la population
4. Ce que vous concluez
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Pour les personnes de nationalité suisse (OFS, SPC 2025 et STATPOP au 31.12.2024):
| Classe d'âge | Personnes prévenues (CP) | Population résidante suisse |
|---|---|---|
| 10–14 ans | 2418 | 336 935 |
| 20–24 ans | 3304 | 343 104 |
| 45–49 ans | 2946 | 389 289 |
- Calculez le taux de chaque classe pour 1000 et pour 100 000 habitants.
- Les effectifs des 20–24 ans et des 45–49 ans sont proches. Pourquoi les taux diffèrent-ils?
- Un article titre: «Les quadragénaires aussi délinquants que les ados», en comparant 7,57 ‰ (45–49 ans) et 7,18 ‰ (10–14 ans). Le titre est-il justifié?
- Pourquoi ne pas diviser toutes les personnes prévenues, toutes nationalités confondues, par toute la population résidante?
Solution
1.
| Classe d'âge | Pour 1000 | Pour 100 000 |
|---|---|---|
| 10–14 ans |
Une cohorte fictive (données fictives) de 1000 personnes est suivie par autoreportage. À 15 ans, 120 personnes déclarent au moins une infraction dans l'année, pour un total de 300 infractions; à 25 ans, 40 personnes, pour un total de 160.
- Calculez à chaque âge , et le taux pour 1000; vérifiez le théorème 10.1.
- Calculez la variation en pourcentage du taux, de la participation et de la fréquence entre 15 et 25 ans.
- La fréquence augmente alors que le taux baisse. Est-ce une contradiction?
- Ces données favorisent-elles Moffitt ou Hirschi et Gottfredson? Avec quelle prudence?
Solution
1. À 15 ans: , , taux 300 pour 1000 . À 25 ans: , , taux 160 pour 1000 .
Le tableau T 14 de la SPC 2025 répartit les 10 340 mineurs prévenus d'une infraction au Code pénal (total du tableau T 14; le texte du rapport annonce 10 339) selon le nombre d'infractions imputées dans l'année: 5091 en ont une, 2320 deux, 1020 trois, 539 quatre, 969 de cinq à dix et 401 plus de dix.
- Calculez le nombre minimal d'infractions imputées aux mineurs prévenus, puis la part minimale qui revient aux mineurs ayant au moins cinq infractions. Pourquoi est-ce un minimum?
- Donnez deux raisons pour lesquelles ces chiffres ne mesurent pas la concentration de la délinquance réelle des mineurs.
- Suffirait-il de repérer ces 13,2 % de jeunes pour réduire de plus d'un tiers la délinquance juvénile?
Solution
1. Les quatre premières colonnes donnent exactement infractions. Au minimum, la colonne «5 à 10» en compte 5 par personne et la colonne «plus de 10» 11: . Total minimal: . Part minimale du groupe «au moins cinq»: . C'est un minimum: si l'on ajoute infractions à ce groupe, sa part croît avec , puisque . Ainsi, 13,2 % des mineurs prévenus portent 38,2 % des infractions imputées aux mineurs.
Deux vignettes fictives.
Sandro n'a eu aucun problème à l'école primaire. À 15 ans, avec un groupe d'amis, il commet pendant une année des vols en magasin et des tags. L'autorité pénale des mineurs le condamne à une prestation personnelle. À 17 ans, il commence un apprentissage qui lui plaît, change de groupe d'amis et n'a plus aucune infraction enregistrée.
Nadia n'a jamais eu affaire à la police avant 38 ans. À cet âge, après une séparation et un endettement important, elle est prévenue de plusieurs escroqueries au détriment de son employeur.
- Situez chaque parcours dans la taxonomie de Moffitt. Lequel la théorie a-t-elle du mal à classer?
- Relisez le parcours de Sandro avec Sampson et Laub.
- Une privation de liberté était-elle juridiquement possible pour les actes de Sandro à 15 ans? Pourquoi la prestation personnelle est-elle cohérente avec le chapitre?
- Que suggère le cas de Nadia sur la courbe suisse des femmes, et que ne permet-il pas de conclure?
Solution
1. Sandro est limité à l'adolescence: pas d'antécédents, début à 15 ans, délits d'affirmation commis en groupe, arrêt quand un rôle adulte (l'apprentissage) s'ouvre. Nadia est inclassable: ni début précoce ni délinquance adolescente, mais un début tardif que la taxonomie initiale ne prévoit pas.
2. L'apprentissage, avec le changement d'amis, est un point tournant candidat: il le sépare de son ancien groupe, structure ses journées, crée un lien avec un formateur qui exerce un contrôle informel, et lui donne quelque chose à perdre. La sélection n'est pas exclue: Sandro avait peut-être déjà décidé de changer.
3. Le DPMin s'appliquait (acte entre 10 et 18 ans, art. 1 et 3), avec la primauté de la protection et de l'éducation (art. 2). Une privation de liberté d'un jour à un an était juridiquement possible pour un crime ou un délit commis à 15 ans (art. 25); la limite de quatre ans ne vaut qu'à partir de 16 ans et pour des infractions graves énumérées. Si la délinquance de Sandro devait cesser d'elle-même, une sanction qui l'aurait retiré de sa formation risquait de le «piéger»; la prestation personnelle préserve les liens qui favorisent la désistance. C'est une cohérence de principe, non la preuve d'un effet.
Hirschi et Gottfredson (1983) soutiennent que l'effet de l'âge est invariant et direct: aucune variable sociale ne l'explique, et la criminologie n'a pas à l'expliquer. Rédigez une réponse argumentée d'une page à la question: «La courbe âge-crime a-t-elle besoin d'être expliquée?» Prenez position, appuyez-vous sur au moins trois éléments du chapitre (dont un chiffre suisse), et dites quelle observation vous ferait changer d'avis.
Solution
Position: oui, elle doit être expliquée, et elle peut l'être en partie. Le pic jeune et le déclin sont robustes, mais robuste ne veut pas dire sans cause. L'âge est un repère du temps; ce qui change avec lui (développement, supervision, accès aux rôles adultes, liens, occasions) est précisément ce que les théories proposent.
La forme varie. Une courbe invariante à l'échelle près serait la même pour tous les groupes. Or la courbe suisse de 2025 a un pic aigu chez les hommes (23,33 ‰ à 15–17 ans) et une forme presque plate chez les femmes (5,25 ‰ à 15–17 ans, 5,36 ‰ à 35–39 ans): le rapport passe de 4,44 à 2,50. Farrington et les séries américaines montrent aussi des variations selon l'infraction et la période. Une variation appelle une explication.
La courbe agrégée cache deux processus. Le théorème 10.1 montre qu'un même déclin peut venir de personnes qui cessent ou qui ralentissent; les distinguer exige des données longitudinales, celles-là mêmes que Hirschi et Gottfredson jugeaient inutiles. Les cohortes montrent une concentration dans une minorité et une désistance majoritaire; en Suisse, 13,2 % des mineurs prévenus portent au moins 38,2 % des infractions des mineurs.
La désistance varie entre personnes du même âge. En comparant chaque homme avec lui-même, Sampson et Laub trouvent moins d'infractions dans les périodes de lien solide; Maruna trouve des récits différents chez des personnes de même âge qui ont cessé ou non. Ces résultats sont plausibles mais discutés (sélection), mais ils montrent que l'âge ne résume pas la désistance.
Reste juste, dans la thèse adverse, que les différences entre personnes sont stables et qu'une partie du déclin est une maturation commune.
Références
- Killias, M., Aebi, M. F. & Kuhn, A., Précis de criminologie, 4e éd., Berne, Stämpfli, 2019.
- Hirschi, T. & Gottfredson, M. (1983), «Age and the Explanation of Crime», American Journal of Sociology 89(3), 552–584; Farrington, D. P. (1986), «Age and Crime», Crime and Justice 7, 189–250.
- Moffitt, T. E. (1993), «Adolescence-Limited and Life-Course-Persistent Antisocial Behavior: A Developmental Taxonomy», Psychological Review 100(4), 674–701.
- Sampson, R. J. & Laub, J. H., Crime in the Making: Pathways and Turning Points Through Life, Harvard University Press, 1993; Laub, J. H. & Sampson, R. J. (2001), «Understanding Desistance from Crime», Crime and Justice 28, 1–69.
- Maruna, S., Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives, American Psychological Association, 2001.
- OFS, Statistique policière de la criminalité (SPC). Rapport annuel 2025 des infractions enregistrées par la police, Neuchâtel, 2026 (tableau T 14); loi fédérale du 20 juin 2003 régissant la condition pénale des mineurs (DPMin, RS 311.1), état au 1er juillet 2025.