Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- définir la criminologie, nommer ses quatre objets (l'acte, l'auteur, la victime, la réaction sociale) et la situer parmi le droit, la sociologie, la psychologie et la science forensique;
- distinguer le crime comme catégorie légale et le crime comme comportement, et expliquer pourquoi ce qui est punissable varie dans le temps et dans l'espace;
- situer les grandes écoles (classique, statistique morale, positiviste, école du milieu, Durkheim, Chicago, réaction sociale, criminologie contemporaine) et dire pour chacune ce qu'elle explique et sur quelles données elle s'appuie;
- expliquer pourquoi l'«homme criminel» de Lombroso a été réfuté et calculer, avec un taux de base, la probabilité qu'une personne porteuse d'un trait soit auteur d'une infraction;
- reconstruire l'argument de Durkheim sur la normalité du crime et en discuter les limites;
- retracer les jalons suisses de la discipline, du Code pénal de 1937 à l'École des sciences criminelles de Lausanne.
Ce qu'étudie la criminologie
Une définition de travail
Chaque année, la police suisse enregistre des centaines de milliers d'infractions au Code pénal, et les tribunaux prononcent des dizaines de milliers de condamnations (chapitre 2). Derrière ces nombres se cachent des questions très différentes. Pourquoi certaines personnes commettent-elles des infractions et d'autres non? Pourquoi un même comportement est-il puni dans un pays et toléré dans un autre? Qu'est-ce qui, dans la réaction de la police et de la justice, transforme un acte en statistique? La criminologie pose ces questions ensemble.
La fiche du cours «Introduction à la criminologie» de l'Université de Lausanne en donne une définition que ce cours adopte: la criminologie est «la science sociale qui étudie le comportement antisocial et la réaction sociale à ce comportement […] la manière dont le crime est défini, mesuré, expliqué, prévenu et étudié de manière empirique». Les cinq verbes de cette phrase structurent ce cours. Défini: ce chapitre. Mesuré: chapitres 2 à 4. Expliqué: chapitres 5 à 11. Prévenu: chapitres 9 et 15. Étudié de manière empirique: tous, car chaque chapitre posera deux questions, ce que l'on sait et comment on le sait.
Le Précis de criminologie de Martin Killias, Marcelo Aebi et André Kuhn, manuel de référence du cours lausannois, organise la discipline autour de ces quatre objets: l'acte, l'auteur, la victime et la réaction sociale. Aucun ne suffit seul: étudier les seuls auteurs fait oublier que le même acte n'est pas puni partout; étudier la seule réaction sociale fait oublier qu'une agression fait une victime réelle, quel que soit son nom.
Le mot lui-même est récent. On attribue généralement le terme «criminologie» à l'anthropologue Paul Topinard (1879), et sa diffusion au juriste italien Raffaele Garofalo, qui l'utilise comme titre de son livre Criminologia (1885). La réflexion sur le crime et la peine, elle, remonte aux Lumières.
Le crime comme catégorie légale
La définition la plus nette du crime est juridique: est une infraction ce que la loi pénale décrit et menace d'une sanction. Le principe de légalité, nullum crimen, nulla poena sine lege («pas de crime, pas de peine sans loi»), est l'une des conquêtes des Lumières, que l'on retrouvera chez Beccaria. Il garantit qu'une personne ne peut être punie que pour un acte que la loi interdisait au moment où elle l'a commis.
Cette définition est précise et correspond à ce que comptent la police, les tribunaux et les prisons. Elle a deux conséquences.
La première est que le champ du crime varie dans le temps et dans l'espace. Ce que la loi punit est une décision politique, prise dans une société donnée: le blasphème, l'adultère, l'homosexualité, l'avortement, la consommation de certaines drogues ont été punis ici et tolérés ailleurs, punis hier et tolérés aujourd'hui. À l'inverse, des comportements anciens sont devenus des infractions récentes, comme le harcèlement ou les atteintes commises au moyen d'un ordinateur. On parle de criminalisation quand la loi crée une infraction et de décriminalisation quand elle en supprime une. Entre les deux, la dépénalisation réduit ou change la sanction sans supprimer l'interdit, par exemple en remplaçant une peine par une amende d'ordre.
La seconde est que les statistiques de la criminalité suivent la loi. Quand la définition d'une infraction s'élargit, son nombre augmente sans que les comportements aient changé (le viol en 2024, chapitre 2).
Le crime comme comportement
La définition légale a un inconvénient pour une science: elle fait dépendre l'objet d'étude d'une décision du législateur, et sa frontière se déplace à chaque révision de la loi. D'où un débat ancien, que l'on peut résumer en trois positions.
La première cherche, sous la diversité des lois, un noyau stable de comportements que toutes les sociétés répriment. Garofalo l'appelait le «délit naturel»: les actes qui heurtent les sentiments moyens de pitié (tuer, blesser) et de probité (voler, tromper). L'homicide, les violences physiques, le vol et le cambriolage sont en effet punis à peu près partout. Mais le noyau est petit et ses bords sont flous: la violence d'un parent envers un enfant, longtemps tolérée comme «correction», en est un exemple.
La deuxième élargit l'objet aux comportements antisociaux et à la déviance, qu'ils soient punis ou non. Edwin Sutherland a soutenu, dans White Collar Crime (1949), que les infractions des entreprises sanctionnées par le droit administratif ou civil plutôt que pénal relèvent de la criminologie au même titre que le vol: les exclure, disait-il, revient à laisser la loi choisir les auteurs que la science étudie. La psychologie du développement étudie de même l'agressivité d'enfants qui n'ont pas l'âge de la responsabilité pénale (chapitre 10).
La troisième fait de la définition elle-même l'objet d'étude: au lieu de demander pourquoi les personnes enfreignent les normes, elle demande pourquoi certaines normes deviennent des lois et pourquoi certaines personnes, et non d'autres, sont désignées comme auteurs. C'est la perspective de la réaction sociale, que l'on retrouvera plus loin dans ce chapitre et au chapitre 8.
Ces positions répondent à des questions différentes: pour mesurer, on s'en tient à la définition légale, en notant ses changements; pour expliquer, on élargit l'objet aux actes antisociaux; pour comprendre la sélection opérée par les institutions, on étudie la définition comme un fait social. Ce cours emploiera les trois, et dira laquelle.
Une chercheuse étudie l'agressivité physique d'enfants de 6 à 9 ans dans les cours de récréation, en observant directement leurs comportements. Quelle définition de son objet emploie-t-elle?
Le triangle de la criminologie
On peut se représenter la discipline comme un triangle dont les sommets sont l'acte, l'auteur et la réaction sociale, et dont la victime occupe le centre (figure 1.1). Chaque côté pose une question. Entre l'acte et l'auteur: pourquoi agit-on? C'est la question des théories du passage à l'acte (chapitres 5 à 8 et 10). Entre l'acte et la réaction: que punit-on, et comment? C'est la question de la criminalisation, de la mesure et des sanctions (chapitres 2, 3 et 13). Entre l'auteur et la réaction: qui est poursuivi et sanctionné? C'est la question de la sélection par les institutions et de ses effets (chapitres 8, 13 et 14). La victime, enfin, est reliée à l'acte qu'elle subit, mais aussi à la réaction sociale, puisque c'est souvent sa plainte qui déclenche la poursuite (chapitre 11).
Autour du triangle se trouvent les disciplines voisines. Le droit pénal définit les infractions et les sanctions; la criminologie le lit comme un fait social, sans l'interpréter. La sociologie étudie les normes, les institutions et les inégalités; la psychologie, la personne et son développement; la science forensique, les traces que l'acte laisse. La criminologie emprunte à chacune ses méthodes; ce qui la distingue est de tenir les quatre objets ensemble.
Les deux buts de la définition 1.1 ne se confondent pas. Expliquer demande de suspendre le jugement moral: comprendre une escroquerie n'est ni l'excuser ni la condamner. Éclairer la politique criminelle suppose de dire ce qui marche, ce qui ne marche pas et ce qui nuit, donc d'évaluer (chapitre 15). L'histoire qui suit oscille entre ces deux buts.
Les Lumières et l'école classique
La figure 1.2 situe les écoles et les jalons que ce chapitre parcourt. Les positions sur l'axe sont proportionnelles aux dates; les étiquettes sont décalées lorsque deux dates sont trop proches.
En 1764 paraît, anonymement, un petit livre de Cesare Beccaria, Dei delitti e delle pene («Des délits et des peines»). Son objet n'est pas l'auteur mais la peine. Beccaria part du contrat social: les individus ont cédé une part de leur liberté pour vivre en sécurité, et la peine n'est légitime que dans la mesure nécessaire pour protéger cette sécurité. Il en tire des principes devenus ceux du droit pénal moderne: la légalité (seule la loi définit les délits et les peines), la proportionnalité (la peine correspond au dommage causé à la société), le refus de la torture et une critique de la peine de mort. Il affirme surtout que ce qui retient d'agir est moins la cruauté de la peine que sa certitude.
Jeremy Bentham, en Angleterre, systématise cette idée dans l'utilitarisme: un législateur rationnel règle les sanctions pour que le coût attendu d'une infraction dépasse son bénéfice.
L'école classique repose sur une théorie de l'acteur rationnel: le crime est un choix, la peine un prix, et toutes les personnes sont supposées calculer de la même manière. C'est sa force (une justice égale, qui juge l'acte et non la personne) et sa limite (elle ne dit rien de ceux qui calculent autrement). Le chapitre 5 reprend cette tradition sous ses formes modernes, le modèle économique du crime et la théorie du choix rationnel, et confronte la prédiction de Beccaria aux études de dissuasion: elles donnent raison à la certitude bien plus qu'à la sévérité.
La statistique morale: le crime comme régularité
Le deuxième courant naît d'une innovation administrative: au début du XIXe siècle, la France publie les premières statistiques nationales de la justice criminelle.
André-Michel Guerry, juriste, publie en 1833 un Essai sur la statistique morale de la France. Il y cartographie, département par département, les crimes contre les personnes et contre les propriétés, et les met en relation avec l'instruction, la richesse ou la densité de population. L'astronome et statisticien belge Adolphe Quetelet publie en 1835 Sur l'homme et le développement de ses facultés, où il calcule notamment le «penchant au crime» selon l'âge et le sexe.
Leur découverte commune est la régularité. D'une année à l'autre, le nombre d'accusés, la répartition des crimes par type, la part des hommes et des jeunes adultes restent étonnamment stables, au point que Quetelet compare la criminalité à un budget que la société paie avec une régularité effrayante. Si chaque personne choisit librement, pourquoi le total se reproduit-il presque à l'identique? Pour Quetelet, les causes sociales agissent sur les grands nombres sans déterminer aucune personne en particulier.
Deux leçons en viennent. L'une est méthodologique: on peut étudier le crime avec des taux et des comparaisons entre régions. L'autre est un avertissement, que Quetelet formulait déjà: la justice ne compte que les crimes connus et poursuivis, et la part qui échappe aux registres n'est pas forcément constante (chapitres 2 et 3, la statistique officielle et le chiffre noir). La courbe du «penchant au crime» selon l'âge, qui culmine chez les jeunes adultes, est l'ancêtre de la courbe âge-crime que le chapitre 10 calcule sur les données suisses actuelles.
Qu'est-ce que Guerry et Quetelet ont mis en évidence de plus troublant pour les théories de leur époque?
L'école positiviste italienne
Lombroso et l'«homme criminel»
En 1876, le médecin Cesare Lombroso, professeur à Turin, publie L'uomo delinquente («L'homme criminel»). Il y défend une thèse spectaculaire: une partie des auteurs d'infractions seraient des criminels-nés, des personnes chez qui réapparaîtraient des caractères des ancêtres de l'humanité (l'atavisme), reconnaissables à des «stigmates» physiques: forme du crâne, mâchoire, oreilles, insensibilité à la douleur, tatouages. Lombroso s'appuie sur des mesures de personnes détenues et sur des autopsies; il se veut un savant face aux juristes classiques.
L'école qu'il fonde, avec le juriste Enrico Ferri et le magistrat Raffaele Garofalo, s'appelle positiviste parce qu'elle veut appliquer au crime la méthode des sciences de la nature: observer, mesurer, classer. Ferri élargit la causalité aux facteurs physiques (climat, saison) et sociaux (pauvreté, densité), et propose de remplacer la responsabilité morale par la défense sociale: la société se protège contre les personnes dangereuses, et la sanction doit être adaptée à la personne, non à l'acte. Garofalo, on l'a vu, cherche un «délit naturel». Les éditions successives de L'uomo delinquente ajoutent d'autres types (les criminels «d'occasion», «par passion» et les «criminels aliénés» de sa typologie), et la part des criminels-nés y diminue.
Cette école a apporté une idée que la criminologie a gardée: on doit étudier empiriquement les auteurs, et la sanction peut viser à prévenir la récidive, pas seulement à rétribuer la faute; d'où l'individualisation des peines et les mesures de traitement et de sûreté (chapitre 13). Mais sa thèse centrale, un type criminel reconnaissable à son corps, est fausse, et la manière dont elle l'était est instructive.
La réfutation: un groupe de comparaison
Lombroso mesurait des personnes détenues et constatait que certaines anomalies y étaient fréquentes. Mais il ne posait pas sérieusement la question décisive: ces anomalies sont-elles plus fréquentes chez les détenus que chez les autres, mesurées de la même manière? Sans groupe de comparaison, une fréquence ne prouve rien: un trait présent chez 30 % des détenus peut l'être chez 30 % des autres.
C'est le médecin des prisons anglais Charles Goring qui a fait la comparaison. Dans The English Convict (1913), il mesure plus de 3000 détenus sur de nombreux caractères physiques et mentaux, avec les méthodes statistiques du laboratoire de biométrie de Karl Pearson, et les compare à des groupes de personnes non condamnées, notamment des soldats. Il ne trouve aucun type physique criminel: les différences entre détenus et non-détenus sont faibles et ne dessinent pas le profil décrit par Lombroso. Goring n'a pas échappé à toute erreur: trouvant les détenus un peu plus petits, plus légers et, selon ses mesures, moins intelligents, il conclut à une infériorité héréditaire, sans considérer la pauvreté ni la sélection opérée par la justice. Un groupe de comparaison écarte une erreur; il ne désigne pas la cause.
Statut: contesté ou non confirmé, et plus précisément réfuté: aucun ensemble de traits physiques ne reconnaît une personne qui commettra des infractions. Les approches biologiques actuelles (chapitre 6) cherchent des facteurs de risque d'effet modeste, en interaction avec l'environnement, et se heurtent aux mêmes questions de comparaison et de sélection.
La leçon du taux de base
Supposons qu'un trait soit réellement plus fréquent chez les auteurs. Que dit-il d'une personne qui le porte? La réponse dépend d'une quantité que Lombroso ignorait: la proportion d'auteurs dans la population.
La formule de Bayes, que le cours «Probabilités et statistique» établit au chapitre 2, relie ces quantités. Elle s'écrit le plus simplement avec les cotes (odds), le rapport d'une probabilité à son complément.
Démonstration. Par la définition de la probabilité conditionnelle, . Le numérateur vaut . Le dénominateur se décompose selon que la personne est auteur ou non (formule des probabilités totales): . D'où (1.1). Le complément vaut ; le quotient des deux donne , soit (1.2).
La forme (1.2) dit tout: la cote finale est la cote initiale multipliée par le rapport de vraisemblance. Si la cote initiale est minuscule, un trait modérément discriminant la laisse petite.
L'explorateur suivant fait varier les trois quantités: le rapport de vraisemblance ne dépend que des deux groupes, la probabilité finale surtout du taux de base. Avec les valeurs de l'exemple, un taux de base de 10 % donnerait %, et un taux de base de 50 %, 60 %; le rapport de vraisemblance reste 1,5 dans les trois cas. Même un trait très discriminant laisse beaucoup de fausses alertes quand l'événement est rare: un trait présent chez 90 % des auteurs et 5 % des autres () ne donne encore que 15,4 % d'auteurs parmi ses porteurs lorsque le taux de base est de 1 %.
Réglez la part du trait chez les auteurs enregistrés, chez les autres personnes, et la prévalence de l'infraction enregistrée (le taux de base). Observez que le rapport de vraisemblance ne dépend pas du taux de base, alors que la probabilité d'être auteur sachant le trait en dépend presque entièrement. Données fictives.
Données fictives. Un trait est présent chez 40 % des personnes enregistrées pour une infraction et chez 10 % des autres; la prévalence de l'infraction enregistrée est de 2 %. Quelle est, en pourcentage, la probabilité qu'une personne porteuse du trait soit enregistrée comme auteur?
L'école du milieu: Lacassagne et Tarde
En France, les thèses de Lombroso suscitent dès les années 1880 une opposition qui prend le nom d'école du milieu social, ou école de Lyon. Le médecin légiste Alexandre Lacassagne y résume sa position par une formule qu'on lui attribue: «les sociétés ont les criminels qu'elles méritent». Le milieu social est pour lui le «bouillon de culture» de la criminalité, et l'individu, avec ses prédispositions, n'est qu'un ferment qui ne se développe que dans un milieu favorable. Le magistrat et sociologue Gabriel Tarde, de son côté, explique le crime par l'imitation: on apprend à voler comme on apprend un métier, au contact de ceux qui le pratiquent, et les modes criminelles se diffusent comme les autres.
Deux idées ont survécu: le crime s'apprend dans des interactions (Sutherland et l'apprentissage social, chapitre 8), et le milieu compte plus que la constitution (Chicago et la désorganisation sociale, chapitre 7).
Durkheim et la normalité du crime
En 1895, Émile Durkheim publie Les règles de la méthode sociologique. Au chapitre sur la distinction du normal et du pathologique, il prend le crime comme exemple, et sa conclusion a scandalisé ses contemporains: «le crime est normal parce qu'une société qui en serait exempte est tout à fait impossible».
L'argument repose sur une définition sociologique du crime: est crime l'acte qui offense les sentiments collectifs assez forts pour provoquer une peine. Pour que les crimes disparaissent, il faudrait que tous les membres d'une société partagent ces sentiments avec une intensité suffisante pour ne jamais les heurter. Mais alors, dit Durkheim, la sensibilité collective, devenue plus exigeante, s'offenserait d'écarts plus légers, et ceux-ci deviendraient à leur tour des crimes. «Imaginez une société de saints, un cloître exemplaire et parfait»: les crimes ordinaires y seraient inconnus, mais les fautes que le commun juge vénielles y soulèveraient le même scandale, et la communauté les traiterait comme des crimes.
Durkheim ajoute que le crime est utile: une société assez puissante pour ne tolérer aucun écart serait figée, et le crime est parfois «une anticipation de la morale à venir», comme celui de Socrate, condamné selon le droit athénien pour l'indépendance de sa pensée. La sociologie a ajouté une troisième fonction: la réaction au crime réaffirme la norme.
Normal ne veut dire ni souhaitable ni constant: un taux de criminalité peut être anormalement élevé, donc pathologique, et Durkheim note qu'une baisse brutale peut accompagner une perturbation sociale. Le crime n'est pas un corps étranger à extirper, mais un produit de la vie sociale.
Cette thèse a ses limites: elle explique pourquoi il y a toujours du crime, non pourquoi telle personne en commet ni pourquoi le taux varie d'une ville à l'autre, et l'argument de l'utilité peut banaliser des souffrances réelles. Durkheim a cependant légué deux concepts que le chapitre 7 développe: la normalité sociologique du crime, et l'anomie, l'affaiblissement des normes qui règlent les désirs, que Robert Merton reprendra en 1938.
Selon Durkheim, que se passerait-il dans une «société de saints» d'où les crimes ordinaires auraient disparu?
L'école de Chicago: la ville comme laboratoire
Au début du XXe siècle, Chicago grandit par vagues successives d'immigration, et le département de sociologie de son université en fait son laboratoire. Robert Park et Ernest Burgess décrivent la ville en zones concentriques: au centre les affaires, autour une zone «de transition» où s'installent les nouveaux arrivants, puis des quartiers de plus en plus aisés.
Clifford Shaw et Henry McKay, dans Juvenile Delinquency and Urban Areas (1942), cartographient les adresses des jeunes passés devant le tribunal des mineurs sur plusieurs décennies. Les taux sont les plus élevés dans les zones de transition et décroissent vers la périphérie; surtout, ils restent élevés dans les mêmes quartiers alors que la population y change complètement, et les groupes qui déménagent vers l'extérieur y voient leurs taux baisser. La délinquance semble attachée aux lieux plutôt qu'aux groupes. Leur explication est la désorganisation sociale: dans des quartiers pauvres, hétérogènes et à forte mobilité, les habitants n'exercent pas ensemble de contrôle informel sur les jeunes, et des traditions délinquantes se transmettent.
L'école de Chicago a laissé une théorie, que le chapitre 7 suit jusqu'à l'efficacité collective; une méthode, qui mêle cartes et taux, récits de vie et observation; et un piège, l'erreur écologique du chapitre 4: une corrélation entre taux de quartiers ne décrit pas les individus qui y vivent.
Le tournant de la réaction sociale
Jusqu'au milieu du XXe siècle, presque toutes les écoles demandent pourquoi certaines personnes commettent des infractions. À partir des années 1950 et 1960, une partie de la criminologie renverse la question: pourquoi certains actes et certaines personnes sont-ils désignés comme criminels?
Frank Tannenbaum (1938) parlait déjà de la «dramatisation du mal»: désigner publiquement un jeune comme délinquant l'enferme dans ce rôle. Edwin Lemert (1951) distingue la déviance primaire, des actes commis sans en être marqué, de la déviance secondaire, qui naît de la réaction: la personne étiquetée réorganise son identité autour de l'étiquette. Howard Becker, dans Outsiders (1963), en donne la formule la plus citée: la déviance n'est pas une qualité de l'acte, mais la conséquence de l'application, par d'autres, de normes et de sanctions; le déviant est celui à qui l'étiquette a été appliquée avec succès. Il étudie aussi les entrepreneurs de morale, qui obtiennent qu'un comportement devienne une infraction.
Cette perspective a fait de la sélectivité de la police et de la justice un objet de recherche (qui est contrôlé, poursuivi, condamné, à comportement égal) et appris à lire les statistiques officielles comme des traces de l'activité des institutions (chapitre 2). Elle a ouvert la voie aux criminologies critiques (Taylor, Walton et Young, 1973) et féministes, qui montrent comment le droit et la statistique ont longtemps ignoré les violences subies par les femmes (chapitre 8).
À force de s'intéresser à l'étiquette, elle a parfois oublié l'acte et la victime: une agression n'est pas seulement une désignation. Et l'hypothèse selon laquelle l'étiquetage aggrave la délinquance future est plausible mais discutée: le chapitre 8 montre que les études qui la testent se heurtent à un problème de sélection, puisque les personnes étiquetées n'étaient pas comparables aux autres avant l'étiquette.
La criminologie contemporaine
Depuis les années 1970, trois programmes dominent la discipline.
La criminologie fondée sur les preuves (evidence-based) applique au crime et aux politiques pénales les méthodes de l'évaluation: essais randomisés, quasi-expériences, revues systématiques et méta-analyses. Elle tranche la question que les écoles anciennes posaient sans preuve, ce qui marche, et son histoire comprend des retournements: l'idée que «rien ne marche» en réinsertion, puis sa réfutation, ou des programmes de prévention populaires qui augmentent la délinquance (chapitre 15).
La criminologie environnementale se détourne de l'auteur pour étudier les situations: où et quand les infractions se produisent, quelles opportunités elles exploitent. Lawrence Cohen et Marcus Felson (1979) expliquent l'évolution des taux de criminalité par les activités routinières: une infraction suppose la rencontre d'un auteur motivé, d'une cible intéressante et de l'absence d'un gardien capable. Renouant avec la cartographie de Guerry et de Chicago, elle a montré que le crime se concentre dans peu de lieux, et fonde la prévention situationnelle (chapitre 9).
La criminologie développementale et du parcours de vie suit les mêmes personnes de l'enfance à l'âge adulte. Elle distingue, avec Terrie Moffitt (1993), une délinquance limitée à l'adolescence, très répandue, d'une délinquance persistante, rare, qui commence tôt; elle étudie, avec Robert Sampson et John Laub (1993), les points tournants (un emploi, un couple, le service militaire) qui favorisent l'arrêt de la délinquance (chapitre 10).
La victimologie (chapitre 11) et la pénologie (chapitre 13) sont devenues des domaines à part entière. Aucune école n'a disparu: le choix rationnel prolonge Beccaria, la criminologie environnementale prolonge Guerry et Chicago, la recherche sur les facteurs individuels corrige l'ambition positiviste. Ce qui a changé est le standard de preuve: une théorie est jugée sur des prédictions testées, non sur la réputation de son auteur.
Rangez ces œuvres dans l'ordre chronologique de leur publication.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Durkheim, Les règles de la méthode sociologique
- Lombroso, L'uomo delinquente
- Becker, Outsiders
- Quetelet, Sur l'homme et le développement de ses facultés
- Shaw et McKay, Juvenile Delinquency and Urban Areas
- Beccaria, Des délits et des peines
La criminologie en Suisse
L'histoire suisse de la discipline se lit d'abord dans le droit, quand chaque canton avait son propre code pénal. En 1888, le Conseil fédéral charge le juriste Carl Stooss de préparer une unification; Stooss publie en 1893 un Avant-projet de Code pénal suisse qui combine la punition et la réinsertion des auteurs, selon le Dictionnaire historique de la Suisse. On y reconnaît la rencontre des classiques (la peine proportionnée à la faute) et des positivistes (le souci de la personne). Le Code pénal suisse est daté du 21 décembre 1937; il a remplacé les codes cantonaux. Aujourd'hui encore, il distingue les peines et les mesures (traitement, internement), et prévoit que la peine est fixée d'après la culpabilité de l'auteur, en tenant compte de ses antécédents, de sa situation personnelle et de l'effet de la peine sur son avenir (art. 47 CP; chapitre 13).
La science des traces a, à Lausanne, une histoire plus ancienne encore que le code. Rodolphe Archibald Reiss fonde en 1909 l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne, qu'il dirige jusqu'en 1919. Cet institut est devenu l'actuelle École des sciences criminelles (ESC), dont le cursus de science forensique comprend une «Introduction à la criminologie» obligatoire en première année.
La criminologie empirique suisse s'est construite autour de la mesure: enquêtes nationales de victimisation depuis les années 1980, dans la tradition de Martin Killias, jusqu'au Crime Survey de 2022 (chapitre 3); statistique policière harmonisée de l'Office fédéral de la statistique depuis 2009 (chapitre 2); et statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe sur les prisons, SPACE I, produites à l'ESC (chapitre 13).
Synthèse
- La criminologie étudie l'acte, l'auteur, la victime et la réaction sociale, pour expliquer et pour éclairer la politique criminelle, en tenant ensemble ce que le droit, la sociologie, la psychologie et la science forensique étudient séparément.
- Le crime est une catégorie légale, qui varie dans le temps et l'espace (l'adultère punissable jusqu'en 1989, le viol redéfini le 1er juillet 2024), et un comportement, élargi à la déviance et aux actes antisociaux. Une rupture de définition crée une rupture de série.
- L'école classique (Beccaria 1764, Bentham) fonde la légalité et la proportionnalité et fait de la certitude de la peine le ressort de la dissuasion; la statistique morale (Guerry 1833, Quetelet 1835) découvre la régularité des taux.
- La thèse positiviste du criminel-né (Lombroso 1876) est réfutée depuis la comparaison de Goring (1913). Même un trait réellement surreprésenté chez les auteurs désigne surtout des non-auteurs quand le taux de base est faible: 3 auteurs sur 201 porteurs dans l'exemple 1.2.
- Pour Durkheim (1895), le crime est normal: une société sans crime est impossible, car la frontière du punissable se redéfinit; normal ne veut pas dire souhaitable.
- L'école de Chicago rattache la délinquance aux lieux, la réaction sociale (Lemert, Becker) étudie la désignation, la criminologie contemporaine juge les théories sur leurs prédictions testées. En Suisse: Stooss, le Code pénal du 21 décembre 1937, l'institut fondé par Reiss en 1909, l'ESC.
Laquelle de ces thèses n'appartient pas à l'école classique?
Données fictives. Une commune envisage de signaler à un service social les jeunes de 15 à 17 ans qui ont été absents plus de vingt jours d'école dans l'année, au motif que «l'absentéisme est surreprésenté chez les jeunes connus de la police». Une étude locale indique que cet absentéisme concerne 40 % des jeunes enregistrés par la police pour une infraction dans l'année, et 15 % des autres jeunes; 4 % des jeunes de cette classe d'âge sont enregistrés dans l'année.
Le rapport de vraisemblance
Calculez d'abord combien de fois l'absentéisme est plus fréquent chez les jeunes enregistrés que chez les autres.
Quel est le rapport de vraisemblance ?
La table de 1000 jeunes
La probabilité pour un jeune signalé
Une autre commune
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Pour chacune des cinq affirmations suivantes, dites si elle repose sur une définition légale du crime, sur une définition par le comportement (déviance, comportement antisocial, délit naturel) ou sur la perspective de la réaction sociale. Justifiez en une phrase.
- «Le nombre d'escroqueries a augmenté parce que la police enregistre davantage d'infractions au sens de l'article 146 du Code pénal.»
- «Certaines entreprises causent des dommages considérables à leurs clients sans jamais être poursuivies pénalement; la criminologie doit les étudier.»
- «Le meurtre, le vol et la tromperie sont réprouvés dans presque toutes les sociétés connues.»
- «Les jeunes déjà connus de la police sont plus souvent contrôlés, ce qui accroît leur probabilité d'être enregistrés à comportement égal.»
- «Un acte commis en 1985 et le même acte commis en 1995 n'ont pas le même statut, parce que la loi a changé entre-temps.»
Solution
- Légale. L'objet compté est l'infraction décrite par la loi (art. 146 CP); une hausse des enregistrements peut d'ailleurs venir de la dénonciation autant que des comportements (chapitre 2).
- Comportement. C'est la position de Sutherland (1949): des actes nuisibles relèvent de la criminologie même sans être des infractions pénales.
- Comportement, sous la forme du «délit naturel» de Garofalo: un noyau d'actes réprouvés partout, indépendamment des lois particulières.
- Réaction sociale. Ce qui varie est la probabilité d'être désigné, non le comportement (chapitre 8).
- Légale. La variation vient de la loi, comme pour l'adultère (exemple 1.1): une rupture de série.
Associez chaque auteur à son école ou à son courant, à une idée centrale et au chapitre de ce cours qui la reprend: Beccaria, Quetelet, Lombroso, Tarde, Durkheim, Shaw et McKay, Becker, Cohen et Felson. Pour deux d'entre eux au choix, indiquez sur quelles données leur thèse reposait.
Solution
| Auteur | École ou courant | Idée centrale | Chapitre |
|---|---|---|---|
| Beccaria (1764) | classique | légalité, proportionnalité, certitude de la peine | 5 |
| Quetelet (1835) | statistique morale | régularité des taux; «penchant au crime» selon l'âge | 2, 10 |
| Lombroso (1876) | positiviste | criminel-né, atavisme (réfuté) | 6 |
| Tarde | école du milieu | le crime s'apprend par imitation | 8 |
| Durkheim (1895) | sociologie | normalité et fonction du crime; anomie | 7 |
| Shaw et McKay (1942) | école de Chicago | désorganisation sociale; la délinquance attachée aux lieux | 7 |
| Becker (1963) | réaction sociale | la déviance comme désignation; entrepreneurs de morale | 8 |
| Cohen et Felson (1979) | criminologie environnementale | activités routinières: auteur, cible, absence de gardien | 9 |
Données, deux exemples. Lombroso: des mesures de personnes détenues, sans groupe de comparaison mesuré de la même manière (d'où l'erreur révélée par Goring). Shaw et McKay: les adresses des jeunes passés devant le tribunal des mineurs de Chicago sur plusieurs décennies, rapportées à la population des zones; des taux de quartiers, qui ne décrivent pas les individus (chapitre 4). On pouvait aussi citer Quetelet, dont les statistiques judiciaires ne comptent que les crimes poursuivis.
Données fictives. Une étude rapporte qu'un trait de personnalité est présent chez 50 % des personnes enregistrées pour une infraction violente dans l'année et chez 20 % des autres; 2 % de la population étudiée est enregistrée pour une telle infraction dans l'année.
- Calculez le rapport de vraisemblance du trait.
- Construisez la table de 1000 personnes et calculez .
- Combien de fausses alertes par vrai cas un repérage fondé sur ce trait produirait-il?
- Recalculez dans un sous-groupe où le taux de base est de 20 %, avec les mêmes fréquences du trait. Que concluez-vous?
- Citez deux raisons, autres que le taux de base, de se méfier de la conclusion «ce trait cause la violence».
Solution
- .
Situation fictive. Dans une commune, la statistique policière indique une forte hausse des dommages à la propriété (graffitis, vitres brisées) en un an, concentrée dans un quartier d'immeubles proche de la gare. Le conseil communal auditionne quatre personnes.
- A: «Les auteurs savent qu'ils ne risquent rien. Il faut des caméras et des patrouilles: quand on est sûr d'être pris, on renonce.»
- B: «Il faut identifier les jeunes à risque dès l'école primaire: ceux qui seront violents se reconnaissent tôt.»
- C: «Ce quartier a perdu en trois ans son centre de loisirs et la moitié de ses habitants ont déménagé. Personne ne se connaît plus, personne n'intervient.»
- D: «La police a ouvert un poste dans ce quartier l'an dernier. Vos chiffres mesurent peut-être surtout cela.»
- Rattachez chaque intervention à une école de ce chapitre.
- Pour chacune, formulez une prédiction testable et les données qui permettraient de la tester.
- Laquelle des quatre interventions doit être examinée en premier, avant même de discuter les trois autres? Pourquoi?
Solution
- A: école classique et dissuasion (certitude de la sanction, chapitre 5), avec un versant de prévention situationnelle (chapitre 9). B: tradition positiviste, sous sa forme moderne de repérage de facteurs de risque individuels (chapitres 6 et 10). C: école de Chicago, désorganisation sociale et perte de contrôle informel (chapitre 7). D: perspective de la réaction sociale: la statistique mesure l'activité de la police autant que les comportements (chapitres 2 et 8).
- A: si la certitude augmente, les dommages enregistrés et déclarés par les habitants baissent, sans simple déplacement vers les rues voisines; données: avant-après avec un quartier témoin. B: les enfants repérés commettent plus d'infractions ensuite; données: une étude longitudinale, et le taux de base, car même un facteur réel produirait beaucoup de fausses alertes (problème guidé 1.1). C: les quartiers où la mobilité augmente et où les lieux collectifs ferment voient leurs taux monter, quelle que soit la population; données: taux par quartier sur plusieurs années. D: la hausse coïncide avec l'ouverture du poste et porte sur des faits découverts par la police plutôt que dénoncés; données: le mode de découverte des faits, une enquête auprès des habitants (chapitre 3).
Question de dissertation. Durkheim soutient que «le crime est normal parce qu'une société qui en serait exempte est tout à fait impossible». Discutez cette thèse en une page: exposez l'argument, appliquez-le à un exemple suisse de ce chapitre, présentez deux objections, et prenez position. Dites quelle observation vous ferait changer d'avis.
Solution
L'argument. Est crime, pour Durkheim, l'acte qui heurte des sentiments collectifs assez forts pour appeler une peine. Si ces actes disparaissaient, la sensibilité collective, plus exigeante, ferait des écarts plus légers de nouveaux crimes («une société de saints»). Le crime est donc lié à la vie sociale elle-même; il est utile, parce qu'une société capable d'étouffer tout écart étoufferait aussi le changement moral. Normal ne signifie pas souhaitable: un taux peut être pathologique.
Un exemple suisse. L'adultère a cessé d'être punissable en 1989, tandis que la définition du viol a été élargie le 1er juillet 2024 et que les violences au sein du couple, longtemps affaire privée, sont aujourd'hui poursuivies. La frontière du punissable bouge dans les deux sens: ce qui est stable n'est pas la liste des crimes, mais l'existence d'une liste.
Deux objections. (1) La thèse est difficile à réfuter: toute baisse peut être «compensée» par une nouvelle incrimination. (2) Elle ne dit rien des niveaux: ni pourquoi les cambriolages ont baissé de plus de moitié en Suisse entre 2012 et 2021 (chapitre 2), ni pourquoi l'homicide est plus rare ici qu'ailleurs. Or ce sont ces variations que la politique criminelle veut comprendre.
Position. La thèse est juste dans sa forme faible et fausse dans sa forme forte. Forme faible: il y aura toujours des actes punis, parce que punir est une manière dont une société définit ses normes; «zéro crime» est un objectif incohérent (exemple 1.3). Forme forte, qui ferait du niveau de criminalité une constante: les taux varient fortement entre pays et dans le temps, en partie pour des causes identifiables (chapitres 7, 9 et 12). Je retiens la thèse comme principe de méthode, non comme loi sur les taux.
Références
- Killias, M., Aebi, M. F. & Kuhn, A., Précis de criminologie, 4e éd., Berne, Stämpfli, 2019.
- Debuyst, C., Digneffe, F., Labadie, J.-M. & Pires, A. P., Histoire des savoirs sur le crime et la peine, 3 tomes, Bruxelles, De Boeck, 1995 (rééd. 2008).
- Knepper, P., Writing the History of Crime, Londres, Bloomsbury, 2016.
- Becker, H. S., Outsiders. Studies in the Sociology of Deviance, New York, Free Press, 1963.
- Durkheim, É., Les règles de la méthode sociologique, Paris, Alcan, 1895, chapitre III (texte sur Wikisource).
- Dictionnaire historique de la Suisse, articles «Stooss, Carl», «Reiss, Rodolphe Archibald», «Adultère» et «Homosexualité», https://hls-dhs-dss.ch.