Ce panorama rassemble en un seul tableau les théories que les chapitres 5 à 12 présentent sous forme de fiche théorie. Chaque ligne reprend la fiche du chapitre: la thèse, le mécanisme, une prédiction testable, le niveau de preuve et les limites. Les formulations sont celles des chapitres, abrégées; en cas de doute, la fiche du chapitre fait foi, et c'est elle qu'il faut citer.
Les trois niveaux de preuve sont ceux du cours entier:
- robuste: résultat répliqué, méta-analysé, de grandeur stable;
- plausible mais discuté: effet réel, mais dont l'ampleur ou le mécanisme est contesté;
- contesté ou non confirmé: réplication manquée, devis compromis ou effet qui s'est inversé.
Une même théorie reçoit souvent deux niveaux: l'un pour l'association qu'elle prédit, l'autre pour le mécanisme causal qu'elle propose. C'est la règle plutôt que l'exception: presque toutes les associations que les théories prédisent sont retrouvées, presque aucun mécanisme n'est établi au-delà de la discussion, parce que la sélection, la causalité inverse et les facteurs communs (chapitre 4) sont difficiles à exclure hors des expériences.
Le tableau des théories
| Théorie (auteurs, date) | Mécanisme | Prédiction testable | Niveau de preuve | Limites | Ch. |
|---|---|---|---|---|---|
| Dissuasion classique (Beccaria 1764, Bentham 1789; Becker 1968) | La personne compare le gain au coût espéré, fonction de la probabilité , de la sévérité et du délai de la sanction, tels qu'elle les perçoit. | Les infractions diminuent quand la certitude, la sévérité ou la célérité perçues augmentent; dans le modèle neutre au risque, doubler ou a le même effet. | Certitude: robuste pour la direction (Nagin 2013). Sévérité marginale: contesté ou non confirmé. Célérité: très peu étudiée. Peine de mort: aucun effet dissuasif propre établi. | Sanctions mal connues, avenir fortement escompté; l'équivalence entre et est démentie; rien sur l'origine des motivations. |
Les approches présentées sans fiche
Plusieurs approches du cours ne sont pas des théories du passage à l'acte et n'ont donc pas de fiche; leur statut est donné dans le texte du chapitre.
- L'école positiviste et le criminel-né (Lombroso 1876; chapitre 1): réfutée par la comparaison de Goring (1913) avec des groupes de comparaison; la leçon est celle du taux de base (théorème 1.1).
- La normalité du crime (Durkheim 1895; chapitre 1, exemple 1.3): un argument sur la fonction sociale de la règle et de sa transgression, non une prédiction de taux.
- L'anomie institutionnelle (Messner et Rosenfeld; chapitre 7): nommée comme prolongement de Merton.
- Les techniques de neutralisation (Sykes et Matza 1957; chapitre 8, définition 8.2) et la criminologie féministe (chapitre 8): présentées dans le cadre de l'apprentissage et de la criminologie critique.
- Le modèle risque-besoins-réceptivité (Andrews et Bonta; chapitre 14, définition 14.4): un modèle d'intervention. Les programmes qui lui sont conformes et les programmes cognitivo-comportementaux réduisent la récidive (Andrews et al. 1990; Landenberger et Lipsey 2005): robuste pour la direction, plausible mais discuté pour l'ampleur, qui dépend de la mise en œuvre (chapitre 15).
- Les modèles de police (chapitre 15): police de proximité (plausible mais discuté pour l'effet sur la criminalité, robuste pour les relations avec la population), police orientée vers les problèmes (robuste pour la direction de l'effet), police guidée par le renseignement (contesté ou non confirmé en tant que modèle), police des points chauds, justice procédurale et légitimité (robuste pour les effets sur les perceptions et la coopération, plausible mais discuté pour un effet sur la délinquance).
- Les vitres brisées (Wilson et Kelling 1982; chapitre 15): contesté ou non confirmé pour la tolérance zéro; plausible mais discuté pour la version coopérative de réduction du désordre, dont l'effet ne prouve pas le mécanisme de Wilson et Kelling.
Comment lire le tableau
Le niveau d'analyse. Les théories ne répondent pas à la même question. Les activités routinières, les patterns criminels et la prévention situationnelle (chapitre 9) expliquent où et quand une infraction se produit; la désorganisation sociale et l'anomie (chapitre 7) expliquent des différences de taux entre lieux ou sociétés; le lien social, la maîtrise de soi, l'apprentissage et la perspective biosociale (chapitres 6 et 8) expliquent des différences entre personnes; Moffitt et Sampson et Laub (chapitre 10) expliquent des trajectoires dans le temps. Deux théories de niveaux différents ne se contredisent pas forcément: elles peuvent être vraies ensemble.
Ce qui départage deux théories. Une prédiction qui diffère. Le lien social et l'apprentissage social prédisent tous deux qu'un jeune qui fréquente des pairs qui transgressent transgresse plus; ils diffèrent sur qui rejoint qui et sur l'effet des pairs une fois le lien pris en compte (chapitre 8, exemple 8.1). La taxonomie de Moffitt et la théorie de la maîtrise de soi diffèrent sur la courbe âge-crime: mélange de deux groupes ou déclin commun (chapitre 10, exemple 10.2). Les théories de la tension et de la désorganisation diffèrent sur ce qui se passe quand la population d'un quartier se renouvelle (chapitre 7, exemple 7.2).
Ce qui ne les départage pas. Une corrélation agrégée (erreur écologique, chapitre 4), une coïncidence temporelle dans une seule ville, une statistique policière qui mesure aussi la détection (chapitres 2 et 8), une comparaison entre personnes sanctionnées et non sanctionnées (sélection, chapitres 13 et 14).