Annexe B

Méthode de résolution d'un cas pratique

Qualifier les faits, identifier les bases légales, subsumer, conclure; erreurs fréquentes et rédaction.

Le cas pratique est le mode d'évaluation dominant des facultés de droit suisses, et il l'est pour une raison: c'est le seul exercice qui vérifie ce que vaut vraiment votre droit. Réciter les conditions de l'art. 41 CO ne prouve rien; les retrouver dans une histoire de chambre froide, de contrat cadre ou de conseil d'administration, et dire lesquelles sont réalisées, prouve tout. Le chapitre 1 a posé le syllogisme juridique et l'a illustré. Cette annexe ne le répète pas: elle le rend opérationnel — lire un état de fait, formuler la question, chercher la base légale, subsumer, calculer un délai, attribuer le fardeau de la preuve, rédiger. Elle se termine par deux cas complets, un cas contractuel et un cas de droit des sociétés, dont les corrigés ne décrivent pas la méthode: ils l'exécutent.

Tout ce qui suit concerne le droit suisse dans son état au 1er janvier 2026, et la procédure civile régie par le CPC. Les faits d'Helvetia Gourmet SA sont fictifs, comme dans tout le cours.

Ce qu'un cas pratique évalue

Un examen de droit des affaires n'évalue pas votre mémoire des numéros d'articles. Le code est souvent autorisé, et lorsqu'il ne l'est pas, un numéro approximatif coûte beaucoup moins cher qu'un raisonnement absent. Ce qu'il évalue est une seule compétence, dédoublée.

D'abord la qualification: transformer des faits bruts — «le compresseur ne descend pas sous moins douze degrés», «le conjoint de l'administrateur détient la société cocontractante» — en catégories juridiques: un défaut au sens de l'art. 197 al. 1 CO, un conflit d'intérêts au sens de l'art. 717a al. 1 CO. L'opération est un aller-retour: on ne qualifie pas avant de connaître la règle, et on ne choisit pas la règle avant d'avoir qualifié.

Ensuite la subsomption: vérifier, condition par condition, que l'état de fait réalise chacune des exigences posées par la règle retenue, et le dire avec les faits de l'espèce sous les yeux.

Lire l'état de fait

Deux lectures, pas une

La première lecture est neutre: vous lisez sans crayon, pour comprendre l'histoire — qui sont les acteurs, ce qu'ils ont fait, dans quel ordre, et ce qui a mal tourné. Résistez à la tentation de qualifier tout de suite: un étudiant qui a décidé au troisième mot qu'il s'agit d'une vente lira les huit paragraphes suivants comme une vente, même si le contrat est un contrat d'entreprise.

La seconde lecture est instrumentée. Vous relisez en produisant trois listes: les personnes et leurs qualités (acheteur, vendeur, administrateur, actionnaire, auxiliaire), la chronologie datée, et les montants. Cette lecture n'a pas besoin d'être élégante: c'est du travail de dossier, et c'est là que se gagnent les points.

Faits pertinents, faits neutres, appréciations

Un fait pertinent est un fait dont dépend la réalisation d'une condition légale. La date de la livraison est pertinente parce que l'art. 210 al. 1 CO y attache le départ d'un délai de deux ans; le constat du technicien l'est parce que l'art. 201 al. 1 CO parle de découverte.

Un fait neutre est un fait vrai qui ne commande aucune condition: le fournisseur est un partenaire de longue date, l'entreprise emploie quatorze personnes. Vous n'avez pas à écarter par écrit tous les faits neutres — ce serait interminable —, mais vous devez écarter ceux dont un lecteur croirait qu'ils comptent. Une phrase suffit: «l'ancienneté de la relation commerciale est sans portée ici, l'art. 201 CO ne distinguant pas selon la durée des rapports d'affaires».

Une appréciation de l'auteur du cas n'est pas un fait. «Le fournisseur s'est comporté de façon inadmissible», «le prix était manifestement excessif»: ce sont des conclusions juridiques déguisées en faits, et les reprendre telles quelles revient à laisser l'énoncé rédiger votre subsomption. Traduisez-les en faits vérifiables — quel prix, comparé à quoi, établi par qui — ou signalez qu'il s'agit de l'opinion d'une partie.

Ce que le cas ne dit pas

L'énoncé est toujours incomplet, et il l'est volontairement. Trois attitudes sont possibles; deux sont fausses. Inventer un fait détruit l'exercice: si le cas ne dit pas que l'avis a été donné par écrit, écrire «l'avis ayant été envoyé par lettre recommandée» revient à répondre à un autre cas. Éluder la question est presque aussi mauvais: passer sous silence le point que le silence rendait difficile, c'est laisser un trou là où le correcteur attendait votre travail.

La bonne attitude est la troisième: poser une hypothèse explicite et en tirer les conséquences. Elle se reconnaît à trois marques — elle nomme le silence, elle choisit, elle dit pourquoi:

L'énoncé ne précise pas si la société a un organe de révision. Comme elle emploie quatorze personnes à plein temps, l'opting-out de l'art. 727a al. 2 CO est exclu et nous retenons qu'elle est soumise au contrôle restreint. Si tel n'était pas le cas, l'art. 725b al. 2 CO imposerait au conseil d'administration de nommer un réviseur agréé, et la suite du raisonnement serait inchangée.

Remarquez la dernière phrase: dire que l'hypothèse ne change pas le résultat vaut souvent plus de points que l'hypothèse elle-même, parce qu'elle démontre que vous avez vu les deux branches. Lorsque le silence est décisif, dites-le franchement, traitez la branche la plus vraisemblable au fond, et l'autre plus brièvement.

Identifier la ou les questions juridiques

Qui peut demander quoi à qui, sur quel fondement

C'est la formule qui structure tout le reste, et elle a quatre membres à remplir séparément.

L'exercice paraît scolaire; il ne l'est pas. «Le contrat est-il valable?» n'est pas une question juridique: c'est une condition. «Helvetia Gourmet SA peut-elle réclamer CHF 32 250 à Frigo Léman SA à titre de réduction du prix de vente (art. 205 al. 1 CO)?» en est une. La différence se voit dans la conclusion: la première appelle une réponse dont on ne sait pas quoi faire, la seconde appelle un montant et un débiteur.

La question posée n'est pas toujours celle qu'on croit. L'énoncé demande «que conseillez-vous?», et la vraie question est «quelle action est encore ouverte, et jusqu'à quand». Il demande «le contrat est-il nul?», et la vraie question est «que peut récupérer celui qui a déjà payé». Il demande «l'administrateur a-t-il commis une faute?», et la vraie question est «qui a qualité pour agir et contre qui». Lisez la question finale au moins deux fois, et notez ses mots exacts en tête de votre plan.

Prétentions concurrentes et concours d'actions

Un même état de fait fonde souvent plusieurs prétentions, et le choix du fondement n'est pas indifférent: il change le délai, le fardeau de la preuve et parfois le montant.

Portée et exceptions. Trois concours reviennent constamment dans ce cours. Le premier oppose la responsabilité contractuelle (art. 97 al. 1 CO) et la responsabilité délictuelle (art. 41 al. 1 CO): la première présume la faute et laisse au débiteur le soin de prouver qu'aucune ne lui est imputable, la seconde fait peser sur le lésé la preuve de la faute et de l'illicéité, et leurs prescriptions diffèrent — dix ans selon l'art. 127 CO, contre trois ans dès la connaissance et dix ans au plus selon l'art. 60 al. 1 CO (chapitres 4 et 6). Le deuxième oppose la garantie des défauts (art. 197 ss CO) et l'erreur essentielle (art. 23 et 24 CO): les conditions ne sont pas les mêmes, l'avis de l'art. 201 CO n'est exigé que dans la première, et les délais divergent radicalement — deux ans dès la livraison selon l'art. 210 al. 1 CO, contre une année dès la découverte selon l'art. 31 al. 1 et 2 CO (chapitres 3 et 5). Le troisième oppose l'action en responsabilité des organes (art. 754 al. 1 CO) et l'action en restitution (art. 678 CO), qui n'ont ni les mêmes défendeurs ni les mêmes conditions (chapitre 10). La règle de comportement est constante: examinez tous les fondements plausibles, puis dites lequel vous retenez et pourquoi, en nommant le critère qui a décidé — le plus souvent le délai ou la preuve.

Le syllogisme en pratique

La subsomption condition par condition

Le chapitre 1 a énoncé la structure — faits pertinents, question, base légale et conditions, subsomption, conclusion. Voici ce qui n'y était pas: la manière de tenir la subsomption.

Portée et exceptions. Le point 3 souffre une nuance en examen: lorsqu'une condition manque mais que la réponse est discutable, il est prudent d'écrire «si l'on devait admettre cette condition, il faudrait encore examiner…» et de poursuivre brièvement. Vous sécurisez ainsi les points de la branche subsidiaire sans vous contredire, à condition de la présenter explicitement comme telle. Le point 4 mérite un mot: la pré-conclusion est une faute discrète mais coûteuse. Écrire, au moment d'examiner la première condition, «le défaut existant manifestement, Helvetia Gourmet pourra donc réclamer une réduction» tue l'exercice, parce que la conclusion arrive avant l'examen de l'avis et du délai — c'est-à-dire avant les deux conditions qui, ici, décident réellement. Enfin, les conditions alternatives existent: l'art. 24 al. 1 CO énumère des cas d'erreur essentielle dont un seul suffit. Lisez les conjonctions.

L'ordre d'examen

Quatre règles d'ordre valent pour presque tous les cas de ce cours, et les inverser produit des raisonnements qui ne tombent jamais juste.

La qualification avant le régime. Vendre une machine et l'installer: vente (art. 184 ss CO) ou contrat d'entreprise (art. 363 ss CO)? Le régime de l'avis des défauts, les délais et les droits de l'acquéreur en dépendent. On qualifie d'abord, on ouvre le bon titre du code ensuite.

La validité avant l'exécution. Il est inutile de discuter la demeure d'un débiteur si le contrat est nul (art. 20 CO): il n'y a alors aucune obligation à exécuter, et la question devient celle de la restitution (art. 62 ss CO). Examinez donc la formation du contrat (chapitre 2), puis sa validité (chapitre 3), puis son exécution (chapitre 4).

La forme avant le fond. Lorsqu'une forme est prescrite, l'art. 11 al. 2 CO dispose qu'à défaut de règle contraire le contrat n'est valable que si cette forme a été observée. Un contrat soumis à la forme authentique et conclu oralement ne mérite pas trois paragraphes sur le prix. La même logique vaut en procédure: les conditions de recevabilité de l'art. 59 CPC s'examinent avant le fond, et la qualité pour agir se vérifie avant la violation du devoir.

La prescription avant le fond, enfin, parce qu'une prétention prescrite rend le fond sans objet. C'est le seul point d'ordre que les copies inversent systématiquement, et la section suivante lui est consacrée.

Exercice

Un cas pose la question suivante: «Helvetia Gourmet SA peut-elle encore obtenir quelque chose de son fournisseur?» Ordonnez les opérations d'examen telles qu'une copie doit les enchaîner.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Vérifier que le contrat s'est valablement formé et qu'aucun motif de nullité ou d'invalidation ne l'affecte
  • 2.
  • Vérifier que la prétention n'est pas prescrite ou périmée, et le faire avant d'examiner le fond
  • 3.
  • Conclure sur la prétention: qui doit quoi à qui, pour quel montant
  • 4.
  • Identifier la prétention et sa base légale, puis énoncer les conditions que cette disposition pose
  • 5.
  • Qualifier le contrat: vente, contrat d'entreprise ou contrat mixte, pour savoir quel régime spécial du CO s'applique
  • 6.
  • Subsumer condition par condition, en rattachant chaque condition à un fait de l'énoncé

Trouver la base légale

Se repérer dans le CO

La carte du chapitre 1 suffit à trouver n'importe quoi: partie générale (art. 1 à 183), contrats spéciaux (art. 184 à 551), sociétés commerciales (art. 552 à 926), registre du commerce et comptabilité (art. 927 à 964l), papiers-valeurs (art. 965 à 1186). Le geste qui fait gagner du temps est toujours le même: le régime spécial d'abord, la partie générale ensuite.

Règle générale et règle spéciale, droit impératif et droit dispositif

Le rapport entre la règle générale et la règle spéciale est un rapport de complément, non de substitution: le régime de la vente ne remplace pas la partie générale, il y déroge sur les points qu'il règle. La demeure du vendeur se traite donc aux art. 102 ss CO, mais la garantie des défauts aux art. 197 ss CO. Le réflexe utile consiste à se demander, pour chaque question précise: cette question-là est-elle réglée par le régime spécial? Si oui, il l'emporte; sinon, on remonte à la partie générale.

La seconde distinction est celle du droit impératif et du droit dispositif. L'art. 19 al. 1 CO pose la liberté contractuelle, et son al. 2 dit que la loi n'exclut les conventions des parties que lorsqu'elle édicte une règle de droit strict ou lorsqu'une dérogation serait contraire aux mœurs, à l'ordre public ou aux droits de la personnalité. Conséquence pratique: avant d'appliquer une disposition du CO, demandez-vous si les parties y ont dérogé, et si elles le pouvaient. Une clause valable écarte la règle dispositive; elle ne peut rien contre la règle impérative. Quelques dispositions le disent expressément: l'art. 201 al. 4 CO, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, déclare nulle toute convention imposant un délai d'avis plus court dans le cas qu'il vise, et l'art. 210 al. 4 CO frappe de nullité certaines réductions du délai de prescription.

Quand aucune disposition ne s'applique

La cascade est celle de l'art. 1 CC, traitée au chapitre 1: la loi dans sa lettre et son esprit, puis la coutume, puis la règle que le juge établirait s'il avait à faire acte de législateur, en s'inspirant de la doctrine et de la jurisprudence (art. 1 al. 3 CC). Trois gestes précèdent en pratique le recours à l'art. 1 al. 2 CC, et il faut les avoir faits avant de plaider la lacune. Le renvoi: le CO renvoie constamment d'un régime à l'autre, et l'art. 7 CC rend applicables aux autres matières du droit civil ses dispositions générales sur la conclusion, les effets et l'extinction des contrats. L'analogie: un contrat innommé — distribution, franchise, plateforme — se traite en empruntant au régime nommé le plus proche les règles compatibles avec l'économie du contrat, et il faut dire à quel régime on emprunte et pourquoi. Le silence qualifié, enfin, que le chapitre 1 distingue de la lacune proprement dite: si le législateur a envisagé la question et choisi de ne rien prévoir, il n'y a rien à combler, et plaider la lacune est une erreur de méthode, pas une audace.

Exercice

Un énoncé se termine ainsi: «Camille Berset vous demande si le contrat de logistique conclu le 1er mars 2025 était régulier.» Quelle formulation de la question juridique est la meilleure?

Les délais

Les délais décident plus de cas que le droit matériel, et ils en décident silencieusement: la prétention reste juste, elle devient seulement inexigible. C'est la section de cette annexe qu'il faut lire deux fois.

Le réflexe

Devant toute prétention, posez trois questions dans cet ordre — quel délai? quel point de départ? quels événements l'ont affecté? — et faites-le avant le fond. Une copie qui démontre brillamment l'existence d'un défaut, puis découvre à la dernière ligne que l'action est prescrite depuis huit mois, a travaillé pour rien; une copie qui commence par la prescription, constate qu'il reste cinquante-cinq jours et conseille d'interrompre immédiatement, a rendu le service attendu.

Comment on calcule

Quatre mécanismes doivent ensuite être distingués, et la confusion entre eux est un classique.

La suspension (art. 134 CO) arrête le cours de la prescription, qui reprend là où elle s'était arrêtée. Retenez surtout le ch. 8, introduit par la révision de 2020: la prescription est suspendue pendant les pourparlers transactionnels, une médiation ou une autre procédure extrajudiciaire si les parties en sont convenues par écrit. Sans accord écrit, négocier ne suspend rien — et c'est le piège le mieux posé de tout le droit des obligations.

L'interruption (art. 135 CO) efface le temps écoulé: un nouveau délai commence à courir dès l'interruption (art. 137 al. 1 CO), de même durée que le premier, sauf si la dette a été reconnue dans un titre ou constatée par un jugement, auquel cas il est de dix ans (art. 137 al. 2 CO). Deux causes seulement: la reconnaissance de dette par le débiteur, et l'exercice des droits par le créancier — poursuites, requête de conciliation, action ou exception devant un tribunal ou un tribunal arbitral, intervention dans une faillite.

Les jours fériés relèvent de l'art. 78 CO, et le report ne joue qu'à l'échéance, jamais au départ.

Les féries judiciaires de l'art. 145 al. 1 CPC — sept jours autour de Pâques, du 15 juillet au 15 août, du 18 décembre au 2 janvier — suspendent les délais de procédure, et l'al. 2 les écarte en conciliation et en procédure sommaire. Elles ne suspendent pas la prescription de droit matériel, dont les cas de suspension sont énumérés limitativement à l'art. 134 CO. Confondre les deux fait perdre des créances réelles.

Exercice

Une chose est livrée le jeudi 6 mars 2025. Un défaut caché est découvert le 2 avril 2025 et avisé le 4 avril 2025. Aucune convention écrite de suspension n'est passée. Combien de jours séparent le 8 janvier 2027 de l'échéance du délai de prescription de l'art. 210 al. 1 CO, report de fin de semaine compris?

jours

Le fardeau de la preuve

Le chapitre 1 a posé l'art. 8 CC: chaque partie doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en déduire son droit. Voici comment on s'en sert dans un cas pratique.

La méthode tient en trois gestes. Décomposez la règle invoquée en ses conditions — vous l'avez déjà fait pour la subsomption, le travail est acquis. Attribuez chaque condition à une partie: celui qui invoque une prétention prouve les faits qui la fondent, celui qui oppose une objection — paiement, remise, prescription, tardiveté d'un avis, vice du consentement — prouve les faits qui la soutiennent. Puis demandez-vous, condition par condition, ce qui arrive si le fait reste douteux: la partie qui en supportait le fardeau perd sur ce point, et souvent perd le procès.

Pourquoi cette question est souvent la vraie réponse du cas. Parce qu'un énoncé qui insiste sur ce que l'on ne peut pas établir — un appel téléphonique sans trace, une instruction orale, l'état de la marchandise au moment précis de la livraison — ne parle pas du droit matériel: il parle de l'art. 8 CC. Lorsqu'un fait est présenté comme contesté et non documenté, la réponse attendue est presque toujours: celui qui en tirait un droit ne pourra pas le prouver, et il en supportera les conséquences.

Trois renversements doivent être connus, parce qu'ils changent le résultat. L'art. 97 al. 1 CO fait peser sur le débiteur la preuve qu'aucune faute ne lui est imputable, alors que l'art. 41 al. 1 CO laisse la faute à la charge du lésé. L'art. 9 al. 1 CC donne aux registres publics et aux titres authentiques force probante des faits qu'ils constatent tant que leur inexactitude n'est pas prouvée. Et l'art. 754 al. 2 CO impose à celui qui a délégué une attribution de prouver qu'il a pris tous les soins commandés par les circonstances en matière de choix, d'instruction et de surveillance.

Exercice

Helvetia Gourmet SA agit en réduction du prix contre son fournisseur. Le fournisseur soutient que l'avis des défauts était tardif. Qui doit prouver quoi?

Rédiger

La structure attendue

Cinq blocs, dans cet ordre, et un titre visible pour chacun: faits pertinents (cinq à dix lignes, datées, sans commentaire), question juridique (une phrase, les quatre membres), base légale et conditions (la disposition, puis ses conditions énumérées), subsomption (un paragraphe par condition), conclusion (qui doit quoi à qui, pour quel montant, à quelle date). Lorsque plusieurs prétentions sont en jeu, répétez la séquence pour chacune: deux syllogismes courts valent mieux qu'un long syllogisme confus.

Le style

Affirmatif. Le droit se dit à l'indicatif. «Il semblerait que la condition soit peut-être réalisée» n'exprime pas une prudence, mais une absence de position. Si la solution est incertaine, dites en quoi elle l'est: «la condition est réalisée si l'on retient que l'acheteur professionnel devait vérifier la puissance annoncée dès la mise en service; la solution inverse se défend, l'expertise n'ayant été possible qu'après plusieurs cycles de froid».

Court. Les phrases longues cachent les subsomptions faibles. Une condition, une idée, une phrase.

Précis dans la citation. «art. 210 al. 1 CO», pas «l'article 210 du Code des obligations» ni «art. 210 CO» quand seul l'al. 1 est pertinent. L'alinéa et, le cas échéant, le chiffre ou la lettre font partie de la référence: «art. 24 al. 1 ch. 4 CO», «art. 716a al. 1 ch. 5 CO». Citez l'article au moment où vous l'utilisez, pas en bloc au début.

De la bonne longueur. Une prétention bien traitée occupe entre une demi-page et une page. Ce qui allonge une copie sans la faire monter, c'est l'exposé du régime; ce qui la fait monter, c'est le nombre de conditions traitées avec un fait à l'appui.

La question subsidiaire

L'examen contient souvent une branche que vous devez traiter alors même que votre conclusion principale la rend théorique. Elle se signale par une formule:

Si, par impossible, le tribunal devait retenir que l'avis du 4 avril 2025 était tardif, la garantie des défauts serait exclue (art. 201 al. 2 CO). Il faudrait alors examiner l'invalidation pour erreur essentielle, qui obéit à d'autres conditions et à un autre délai.

Trois règles pour que cette branche vous rapporte au lieu de vous coûter. Annoncez-la comme subsidiaire — sans quoi le correcteur y voit une hésitation. Traitez-la plus brièvement que la principale. Ne revenez jamais sur votre conclusion principale à la faveur de la branche subsidiaire: une copie qui conclut deux fois en sens contraire n'a conclu ni une fois ni deux.

Les erreurs qui coûtent le plus

  1. Réciter au lieu de subsumer. Exposer une institution sans jamais nommer un fait du cas. C'est la première cause de mauvaise note, et de loin.
  2. Citer un article sans énoncer ses conditions. «Selon l'art. 41 CO, il y a responsabilité» ne dit rien: l'art. 41 al. 1 CO pose un acte illicite, un dommage, un lien de causalité et une faute, et c'est cette liste qui organise le reste du devoir.
  3. Oublier une condition cumulative. Elle manque presque toujours à la même place: la condition procédurale ou temporelle — l'avis de l'art. 201 CO, la qualité pour agir de l'art. 756 CO, le délai de l'art. 758 al. 2 CO.
  4. Conclure avant d'avoir examiné toutes les conditions. La pré-conclusion invalide le travail qui la suit, même juste.
  5. Confondre nullité et invalidation (chapitre 3). La nullité de l'art. 20 CO frappe le contrat de plein droit, se constate d'office et n'est enfermée dans aucun délai; l'invalidation des art. 23 à 31 CO suppose une déclaration de la partie qui n'est pas obligée, dans l'année dès la découverte de l'erreur ou du dol ou dès la dissipation de la crainte (art. 31 al. 1 et 2 CO). «Le contrat est nul pour erreur» additionne deux fautes en cinq mots.
  6. Confondre résiliation et résolution (chapitre 4). Le créancier qui se départ du contrat selon l'art. 109 al. 1 CO peut refuser la prestation promise et répéter ce qu'il a déjà payé: l'effet est rétroactif et restitutoire. La résiliation d'un contrat de durée n'opère que pour l'avenir. Le vocabulaire légal est lui-même flottant — l'art. 205 al. 1 CO parle de «faire résilier la vente» là où l'effet est restitutoire —, alors décrivez l'effet que vous demandez plutôt que de vous fier au mot.
  7. Confondre responsabilité contractuelle et responsabilité délictuelle (chapitres 4 et 6): fardeau de la faute inversé, prescriptions différentes, conditions différentes. Nommez le fondement avant d'énoncer les conditions.
  8. Confondre capital et fortune (chapitre 8). Le capital-actions est un chiffre inscrit aux statuts et au passif (art. 621 al. 1 CO: CHF 100 000 au minimum); la fortune est ce que la société possède effectivement. Une société au capital de CHF 250 000 peut être surendettée. L'art. 725a CO compare précisément les deux, et une copie qui les confond ne peut pas le lire.
  9. Confondre organe et auxiliaire (chapitres 6 et 10). L'organe exprime la volonté de la personne morale et l'oblige par ses actes juridiques et par tous autres faits (art. 55 al. 1 et 2 CC), sa faute engageant en outre sa responsabilité personnelle (art. 55 al. 3 CC; art. 754 al. 1 CO). L'auxiliaire, lui, engage le débiteur dans l'exécution d'une obligation (art. 101 al. 1 CO) et l'employeur envers les tiers, sauf preuve libératoire (art. 55 al. 1 CO). Régimes, preuves et défendeurs diffèrent.
  10. Inventer un fait, y compris sous les formes discrètes: «il va de soi que», «on peut supposer que», «en pratique, une entreprise de cette taille…».
  11. Ignorer une date donnée dans l'énoncé. Relisez vos dates à la fin: chacune doit apparaître au moins une fois dans votre corrigé.
  12. Oublier la prescription, ou la calculer depuis la mauvaise date: l'art. 210 al. 1 CO part de la livraison, l'art. 60 al. 1 CO de la connaissance, l'art. 130 al. 1 CO de l'exigibilité, l'art. 31 al. 2 CO de la découverte.
  13. Traiter le cas en équité plutôt qu'en droit. «Il serait injuste que le fournisseur s'en tire» n'est pas un argument: le juge n'applique l'équité que là où la loi réserve son pouvoir d'appréciation (art. 4 CC), et l'abus de droit de l'art. 2 al. 2 CC est un correctif réservé à l'abus manifeste. Un raisonnement qui commence par l'équité est presque toujours un raisonnement qui n'a pas cherché la règle.

Une grille d'auto-évaluation

Relisez votre copie avec cette grille avant de rendre. Chaque «non» est un point à récupérer, et l'opération prend cinq minutes.

Critère
1Ma question juridique contient-elle les quatre membres: qui, quoi, à qui, sur quel fondement?
2Ai-je énoncé les conditions de chaque disposition avant de subsumer?
3Chaque paragraphe de subsomption contient-il au moins un fait daté ou chiffré de l'énoncé?
4Ai-je traité chaque condition séparément, sans en fondre deux dans la même phrase?
5Toutes les dates de l'énoncé apparaissent-elles quelque part dans mon corrigé?
6Ai-je vérifié la prescription ou la péremption, et avant le fond?
7Ai-je dit qui supporte le fardeau de la preuve sur les faits contestés?
8Ai-je examiné les fondements concurrents et dit lequel je retiens, et pourquoi?
9Ai-je posé une hypothèse explicite pour chaque silence décisif de l'énoncé, plutôt qu'inventé un fait?
10Mes articles sont-ils cités avec leur alinéa, et au moment où je m'en sers?
11Ma conclusion répond-elle à la question posée — un débiteur, un objet, un montant, une date — et rien de plus?
12Ai-je supprimé les «il semblerait que» et les appels à l'équité qui remplacent une règle?

Deux cas d'entraînement

Traitez chaque énoncé sur papier avant de lire le corrigé. Les deux cas reposent sur le fil rouge fictif du cours, dont ils reprennent les faits des chapitres 5 et 10; les éléments propres à cette annexe — les frais de location du cas 1, les dates de consultation — sont signalés comme tels.

Cas 1 — Les chambres froides

Cas 2 — Le contrat de logistique

Exercices de méthode

Exercice

Ordonnez les étapes d'un syllogisme juridique complet, tel qu'il doit apparaître dans une copie rédigée.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Conclure sur la prétention: un débiteur, un objet, un montant, une date
  • 2.
  • Formuler la question juridique: qui peut demander quoi à qui, sur quel fondement
  • 3.
  • Identifier la disposition applicable et énoncer les conditions qu'elle pose, numérotées
  • 4.
  • Retenir les faits pertinents et écarter expressément ceux dont on croirait qu'ils comptent
  • 5.
  • Dire qui supporte le fardeau de la preuve sur les faits contestés
  • 6.
  • Examiner chaque condition séparément en la rattachant à un fait de l'énoncé
Exercice

Une entreprise découvre un défaut caché le 2 avril 2025 sur une chose livrée le 6 mars 2025, et l'avise correctement le 4 avril 2025. Elle négocie ensuite avec le vendeur pendant vingt mois, sans rien signer. Que devient la prescription de son action en garantie?

Exercice

Une assemblée générale donne décharge au conseil d'administration le 12 mai 2026. Un actionnaire qui a voté contre veut agir en responsabilité; il a eu connaissance du dommage et du responsable le 20 avril 2026. Il vous consulte le 2 mars 2027. Combien de jours lui reste-t-il pour agir?

jours
Exercice

Dans une copie, quelle phrase relève réellement de la subsomption?

Exercice

L'énoncé d'un cas ne dit pas si l'avis des défauts a été donné par écrit ou par téléphone. Quelle attitude est correcte?

Références

  • P. Tercier, P. Pichonnaz et A. Dupont, Le droit des obligations, Schulthess. Le manuel de référence pour la partie générale et les contrats spéciaux; les développements sur la garantie des défauts et sur la prescription sont ceux que les cas pratiques de ce cours mobilisent le plus.
  • L. Thévenoz et F. Werro (éd.), Commentaire romand, Code des obligations I, Helbing Lichtenhahn. Commentaire article par article: l'outil qui permet de vérifier les conditions d'une disposition avant de subsumer.
  • P. Böckli, Schweizer Aktienrecht, Schulthess. La référence en droit de la société anonyme, notamment sur la responsabilité des organes, la décharge et les délais des art. 758 et 760 CO.
  • C. Chappuis et F. Werro, La responsabilité civile, Schulthess. Pour le concours entre responsabilité contractuelle et délictuelle, et pour l'articulation des conditions.
  • Le texte officiel et consolidé des lois sur fedlex.admin.ch: c'est la seule source dans laquelle vérifier un numéro d'article, un alinéa et l'état du droit à une date donnée. Tous les articles cités dans cette annexe y ont été contrôlés dans leur teneur au 1er janvier 2026.
  • La jurisprudence du Tribunal fédéral sur bger.ch, dont la fonction de recherche par article permet de voir comment une condition abstraite a été appliquée à des faits concrets — l'exercice même du cas pratique.

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