Chapitre 9

Entropie et enthalpie libre

Deuxième principe, entropie et désordre, troisième principe, enthalpie libre de Gibbs, spontanéité et température d'inversion.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • distinguer un processus spontané d'un processus rapide, et un processus réversible d'un processus irréversible, en expliquant pourquoi le premier principe seul ne permet pas de trancher le sens d'une transformation;
  • énoncer les deux définitions de l'entropie — la définition thermodynamique et la définition statistique — et dénombrer les micro-états d'un petit système pour montrer qu'elles disent la même chose;
  • calculer pour un changement d'état, un chauffage à capacité thermique constante et une détente isotherme de gaz parfait, et prévoir le signe de d'une réaction à partir de la variation du nombre de moles de gaz;
  • appliquer le deuxième principe sous la forme , avec , et expliquer qu'une réaction puisse être spontanée alors que l'entropie du système diminue;
  • utiliser le troisième principe et les entropies molaires standard absolues pour calculer , puis , discuter les quatre cas de signes et calculer une température d'inversion;
  • distinguer de , écrire , en déduire à l'équilibre, et interpréter comme le travail utile maximal récupérable.

Ce que le premier principe ne décide pas

Deux sens autorisés, un seul observé

Le chapitre 8 a construit un outil remarquable: une fonction d'état, l'enthalpie, dont la variation se mesure au calorimètre, se tabule et s'additionne. Cet outil comptabilise l'énergie avec une rigueur totale. Mais il ne dit rien du sens dans lequel une transformation se produit.

Posez un morceau de fer chaud sur une table. Il refroidit, la table s'échauffe. Le premier principe est satisfait: l'énergie perdue par le fer est exactement celle gagnée par la table. Maintenant imaginez le film à l'envers: la table se refroidit d'un dixième de degré et le fer se remet à rougir. Le premier principe est tout aussi satisfait, à la même énergie près. Aucune ligne de n'interdit ce scénario. Pourtant personne ne l'a jamais vu.

Les exemples s'accumulent dès qu'on les cherche. Un gaz comprimé dans la moitié d'un récipient se répand dans tout le volume lorsqu'on ouvre le robinet; il ne se rassemble jamais spontanément dans une moitié, bien que cela ne coûterait ni ne rapporterait d'énergie — la détente d'un gaz parfait dans le vide a , et . Une goutte d'encre se disperse dans un verre d'eau; elle ne se reconstitue pas. Un glaçon fond dans une pièce à ; l'eau de la pièce ne gèle pas en réchauffant l'air. Dans tous ces cas, la transformation inverse conserverait parfaitement l'énergie.

Il manque donc une loi. Elle ne parlera pas de quantité d'énergie mais de qualité, ou plus exactement de dispersion: le deuxième principe de la thermodynamique.

Spontané, non spontané

La notion se retourne proprement: si une transformation est spontanée dans un sens, sa réciproque ne l'est pas dans les mêmes conditions. Le fer chaud refroidit spontanément, donc il ne se réchauffe pas spontanément. On peut pourtant le réchauffer, avec un four; mais le four consomme de l'électricité, elle-même produite ailleurs par des processus spontanés. Une transformation non spontanée n'est jamais impossible: elle est simplement impossible isolément.

Réversible, irréversible

Un second couple de mots, moins intuitif, va servir de fil directeur à tout le chapitre.

Le contraste se voit bien sur une détente de gaz. Détendre un gaz en retirant d'un coup la butée d'un piston — le gaz pousse contre une pression extérieure brutalement abaissée — est irréversible: à aucun moment le système n'est à l'équilibre avec son milieu, et remettre la butée ne ramène pas le gaz dans son état initial sans dépense supplémentaire. Détendre le même gaz en enlevant un à un des grains de sable posés sur le piston est quasi réversible: à chaque instant, la pression du gaz est presque égale à celle qu'exerce le piston chargé, et remettre un grain inverse le mouvement.

L'exemple 8.1 du chapitre précédent avait déjà montré le point clé, en chiffres: pour la même détente entre les mêmes états, le travail vaut contre une pression extérieure constante mais en conduite réversible isotherme. La voie réversible est celle qui extrait le plus de travail du système, donc aussi celle qui lui fait échanger le plus de chaleur. Cette propriété d'extremum est exactement ce qui permet d'en faire une référence.

Exercice

Le mélange stœchiométrique reste stable pendant des années à température ambiante, puis explose à l'approche d'une étincelle. Que peut-on en conclure?

L'entropie

La définition thermodynamique

Clausius introduit en 1865 une fonction d'état nouvelle, dont la variation se lit sur la chaleur échangée le long d'un chemin réversible.

Trois remarques sur cette définition, dont la sécheresse cache une mécanique très précise.

D'abord, l'indice n'est pas décoratif. La chaleur dépend du chemin — c'est tout le chapitre 8 —, donc en dépend aussi; seul le chemin réversible en fait une grandeur intrinsèque.

Ensuite, la division par n'est pas arbitraire: elle traduit qu'un même joule de chaleur compte davantage à basse température. Verser dans un système à change son entropie de ; le même kilojoule versé à ne la change que de . L'image est celle d'un bruit: un chuchotement bouleverse une bibliothèque silencieuse et se perd dans une gare.

Enfin, cette définition est opératoire mais muette sur le sens physique. Pour comprendre ce que est, il faut descendre à l'échelle des molécules.

La définition statistique: dénombrer les micro-états

Considérons un système jouet, assez petit pour être compté à la main: quatre particules discernables — nommons-les A, B, C, D — libres d'occuper deux compartiments d'égal volume, gauche et droite.

Distinguons deux niveaux de description.

  • Un micro-état est la donnée complète de la position de chaque particule nommée: «A et C à gauche, B et D à droite» est un micro-état. Comme chaque particule a deux possibilités indépendamment des autres, il y a micro-états.
  • Un macro-état est ce qu'un observateur macroscopique peut mesurer: seulement les nombres d'occupation, sans savoir qui est où. «Deux particules à gauche, deux à droite», noté , est un macro-état.

Le point décisif est que les macro-états ne rassemblent pas le même nombre de micro-états. Le macro-état n'en contient qu'un seul: toutes les particules à gauche, il n'y a pas d'autre manière. Le macro-état en contient quatre, selon laquelle des quatre particules est passée à droite. Le macro-état en contient six, car il y a manières de choisir la paire de gauche: AB, AC, AD, BC, BD, CD. En général, le macro-état à particules à droite compte

micro-états, et : le compte est bon.

4 particules discernables, 2 compartiments: les 16 micro-états(4 | 0)W = 1S = 0J K⁻¹ABCD(3 | 1)W = 4S = 1,91·10⁻²³ J K⁻¹BCDAACDBABDCABCD(2 | 2)W = 6S = 2,47·10⁻²³ J K⁻¹CDABBDACADBCBCADACBDABCD(1 | 3)W = 4S = 1,91·10⁻²³ J K⁻¹DABCCABDBACDABCD(0 | 4)W = 1S = 0J K⁻¹ABCDTotal: 1 + 4 + 6 + 4 + 1 = 16 = 2⁴ micro-états, tous également probables.Le macro-état le plus probable, (2 | 2), en rassemble 6 sur 16, soit 37,5 %.
Figure 9.1. Les seize micro-états de quatre particules discernables réparties entre deux compartiments, groupés par macro-état. Chaque petite boîte est un micro-état: les lettres à gauche du trait sont les particules du compartiment de gauche, celles à droite (dans la couleur d'accent) celles du compartiment de droite. Le nombre W de micro-états par macro-état est indiqué en haut de chaque colonne, avec l'entropie de Boltzmann correspondante S = k𝐵 ln W. Les seize configurations sont engendrées par le code, jamais tapées à la main: le comptage est donc nécessairement exact. Le macro-état équilibré (2 | 2), sur fond gris, est le plus riche avec 6 micro-états sur 16, soit 37,5 %.

Si les seize micro-états sont également probables — hypothèse fondamentale de la mécanique statistique, que rien dans les lois du mouvement ne contredit —, alors la probabilité d'observer un macro-état est proportionnelle à son . On a donc de chances de trouver le système équilibré, contre de le trouver entièrement à gauche. L'écart est encore modeste; il devient vertigineux dès qu'on augmente . Pour particules, le macro-état compte micro-états, soit du total, tandis que le macro-état «tout à gauche» en compte toujours exactement un, soit une chance sur . Pour une mole, l'exposant devient et l'événement cesse d'avoir un sens physique.

Voilà pourquoi le gaz se répand et ne se rassemble pas. Rien ne l'interdit; c'est seulement que les configurations réparties sont écrasantement plus nombreuses.

Origine du logarithme. Pourquoi et non ? Parce que l'entropie doit être extensive: deux systèmes indépendants réunis doivent avoir pour entropie la somme de leurs entropies, . Or les micro-états, eux, se multiplient: si le premier système a micro-états et le second , l'ensemble en a , puisque chaque configuration de l'un peut se combiner à chacune de l'autre. La seule fonction qui transforme un produit en somme est le logarithme:

La constante ne fait ensuite que fixer l'unité, de manière à ce que (9.2) et (9.1) donnent le même nombre. C'est un ajustement, pas une coïncidence: Boltzmann a choisi pour raccorder sa formule à celle de Clausius, déjà établie.

Exercice

Six particules discernables se répartissent entre deux compartiments. Combien de micro-états le macro-état compte-t-il?

Calculer une variation d'entropie dans les cas simples

Trois situations couvrent l'essentiel de ce qu'un chimiste a besoin de calculer à la main.

Changement d'état à la température de transition

Un changement d'état sous la pression fixée se produit à température constante: la fusion de la glace à sous , la vaporisation de l'eau à sous . À cette température de coexistence, la transformation est de plus réversible: un apport infinitésimal de chaleur fait fondre un peu plus, un retrait infinitésimal resolidifie. La chaleur échangée à pression constante est l'enthalpie de transition, et sort de l'intégrale:

Attention à l'unité: se tabule en et s'exprime en . Il faut multiplier l'enthalpie par 1000 avant de diviser par . Cette erreur d'un facteur mille est la plus commune de tout le chapitre; nous y reviendrons.

Chauffage à capacité thermique constante

Quand on chauffe un corps sans changer son état, varie et ne peut plus sortir de l'intégrale. À pression constante, , donc

Le logarithme se lit: doubler la température absolue d'un corps augmente son entropie de , quel que soit le point de départ. Passer de à rapporte autant d'entropie que passer de à — encore la même idée qu'un joule compte davantage à basse température.

Détente isotherme d'un gaz parfait

Pour un gaz parfait, l'énergie interne ne dépend que de la température (loi de Joule, chapitre 8). À température constante, , donc et

La seconde écriture vient de à constante. Remarquez que (9.5) redonne exactement le de l'exemple 9.1 pour et . La voie de Clausius et celle de Boltzmann se rejoignent au chiffre près, ce qui est la meilleure justification que l'on puisse donner de (9.2).

Insistons sur un point de méthode: (9.5) a été obtenue sur un chemin réversible, mais elle vaut aussi pour la détente irréversible de Joule-Gay-Lussac, celle où le gaz se précipite dans le vide. Dans cette dernière , et pourtant : l'entropie a augmenté sans qu'aucune chaleur ne soit entrée. Il n'y a là aucune contradiction, seulement le rappel que ne vaut que sur le chemin réversible; sur le chemin réel, .

Exercice

Quelle est la variation d'entropie, en , lorsqu'une mole de dioxyde de carbone solide se sublime à sous ? On prend (valeur tabulée standard, type CRC Handbook).

J/(mol·K)

Ce qui fait varier l'entropie molaire

Avant tout calcul, il faut savoir prévoir le signe et l'ordre de grandeur. Cinq tendances suffisent, et elles se déduisent toutes du même principe: plus une substance a d'états microscopiques accessibles, plus son entropie molaire est grande.

1. L'état physique domine tout: . Les valeurs du cours l'illustrent sans ambiguïté: contre , soit un facteur pour la même molécule. Dans un solide, les atomes ne font que vibrer autour de positions fixes; dans un liquide, ils se déplacent mais restent au contact; dans un gaz, ils explorent un volume mille fois plus grand et toutes les orientations.

2. L'entropie molaire croît avec la masse molaire. Les gaz nobles, dont les atomes n'ont ni rotation ni vibration, l'exhibent à l'état pur (valeurs tabulées standard à , type CRC Handbook, en ): ; ; ; ; . La raison est quantique: les niveaux d'énergie de translation d'une particule dans une boîte sont d'autant plus serrés que sa masse est grande, donc d'autant plus nombreux à être accessibles à une énergie donnée.

3. L'entropie molaire croît avec la complexité moléculaire. Chaque liaison supplémentaire ajoute des modes de vibration, chaque atome supplémentaire des modes de rotation. Comparez, toujours en : (valeur du cours), puis et (valeurs tabulées standard). Le même effet explique , bien que le monoxyde soit plus léger que… non: ici la masse et la complexité vont dans le même sens, et les deux contributions s'ajoutent.

4. L'entropie molaire croît avec la température, d'après (9.4), et fait un saut à chaque changement d'état, d'après (9.3). Une entropie molaire tabulée n'a donc de sens qu'accompagnée de sa température, et toutes celles de ce cours sont données à .

5. La dissolution augmente généralement l'entropie, mais pas toujours. Dissoudre un solide ionique casse un réseau très ordonné: pour , on trouve (valeur tabulée standard). Mais le solvant, lui, s'organise autour des ions, et pour les cations petits et fortement chargés cette organisation l'emporte: la dissolution de ou de a un négatif. Dissoudre un gaz dans un liquide, enfin, a toujours un nettement négatif: on enferme dans un liquide ce qui occupait tout un volume gazeux. C'est la raison thermodynamique pour laquelle la solubilité des gaz diminue quand on chauffe — un point sur lequel le chapitre 11 reviendra, et une raison pour laquelle le réchauffement d'un lac appauvrit son eau en dioxygène.

Prévoir le signe de d'une réaction

La règle pratique tient en une ligne: regardez d'abord la variation du nombre de moles de gaz, , lue sur les coefficients stœchiométriques comme au chapitre 8. Puisque les gaz ont des entropies molaires cinq à trente fois supérieures à celles des solides, tout le reste est du second ordre.

RègleSigne attendu de
(la réaction produit du gaz), franchement
(la réaction consomme du gaz), franchement
petit; il faut regarder les entropies molaires une à une
Aucun gaz, mais un solide qui se dissoutgénéralement , sauf ions très chargés
Exercice

Sans calcul, classez ces quatre réactions par décroissant. (I) · (II) · (III) · (IV)

Le deuxième principe

L'énoncé

Il faut mesurer le déplacement conceptuel. Le critère de spontanéité ne porte pas sur le système: il porte sur l'univers. Une réaction peut parfaitement voir son entropie diminuer et rester spontanée, pourvu que le milieu extérieur gagne davantage. C'est même le cas de la plupart des réactions exothermiques qui nous intéressent, et c'est ce que nous allons chiffrer.

L'entropie du milieu extérieur

Comment calculer sans connaître en détail ce qui se passe dans la pièce, la paillasse et l'atmosphère? Grâce à une idéalisation efficace: le milieu est un réservoir thermique, c'est-à-dire un corps si grand que la chaleur qu'il reçoit ne change pas sa température de façon mesurable.

Pour un tel réservoir, l'échange est nécessairement quasi statique de son point de vue: il reste à l'équilibre interne tout du long, donc . Or le milieu reçoit exactement ce que le système cède, , et à pression constante d'après le théorème 8.2. Il vient

Cette relation, d'apparence anodine, est le pivot du chapitre. Elle dit qu'une réaction exothermique () augmente l'entropie du milieu, et d'autant plus que la température est basse. Elle explique du même coup pourquoi les réactions exothermiques sont si souvent spontanées: elles paient leur éventuelle perte d'entropie interne en chauffant le monde autour d'elles.

N2(g) + 3 H2(g) → 2 NH3(g) à 298,15 Kvariations d'entropie, en J mol⁻¹ K⁻¹−200−1000+100+200+300−198,1systèmeΔS(syst)+307,9milieu extérieur−ΔH/T+109,8universsomme des deuxΔS(univers) = −198,1 + 307,9 = +109,8 > 0: réaction spontanéele milieu extérieur gagne plus d'entropie que le système n'en perd.Contrôle: −T ΔS(univers) = −298,15 × 0,1098 = −32,7 kJ mol⁻¹ = ΔrG°.
Figure 9.2. Bilan entropique de l'univers pour la synthèse de l'ammoniac à 298,15 K. Trois barres proportionnelles aux valeurs réelles, sur une même échelle en J·mol⁻¹·K⁻¹: l'entropie du système chute de 198,1 (quatre moles de gaz deviennent deux), celle du milieu extérieur monte de 307,9 parce qu'il reçoit les 91,8 kJ libérés, et la somme, l'entropie de l'univers, reste positive à +109,8. La réaction est donc spontanée dans les conditions standard à 298 K, alors même que le système s'ordonne. L'encadré du bas vérifie la relation démontrée plus loin: −T ΔS(univers) = −32,7 kJ·mol⁻¹, qui est exactement Δ𝑟G° de cette réaction.

Le troisième principe et les entropies absolues

Un zéro qui, cette fois, n'est pas une convention

La lecture statistique de (9.8) est immédiate et éclairante: à , un cristal parfait n'a qu'un seul micro-état accessible, son état fondamental unique. Donc , donc . Ce n'est pas une convention d'échelle, c'est un dénombrement.

Calculer

Appliquons-la à quatre réactions du cours, avec les entropies molaires standard listées dans l'exemple 9.3. Les quatre résultats serviront tout le reste du chapitre.

Réaction () ()

La dernière ligne demande un mot. Elle décrit la vaporisation de l'eau à , une température à laquelle l'eau liquide est stable: c'est une transformation qui n'a pas lieu spontanément en bloc, et pourtant chacun sait qu'une flaque sèche. La résolution de ce paradoxe apparent viendra plus bas, avec la distinction entre et , et elle donnera au passage la pression de vapeur saturante de l'eau.

L'enthalpie libre de Gibbs

Pourquoi une quatrième fonction

Le critère (9.6) est correct mais peu commode: il exige de calculer une entropie du milieu, c'est-à-dire de sortir du système qu'on étudie. Un chimiste voudrait un critère qui ne regarde que le contenu de son ballon. Josiah Willard Gibbs le lui fournit en 1876, au prix d'une combinaison bien choisie.

Démonstration. Partons du deuxième principe sous la forme (9.6) et injectons (9.7), valable précisément parce que et sont constantes:

Multiplions les deux membres par . La température absolue étant strictement positive, cette multiplication renverse le sens de l'inégalité:

Or, à température constante, la définition (9.10) donne exactement

Le membre de gauche de l'inégalité précédente est donc , et l'on a établi non seulement l'équivalence annoncée mais l'identité

n'est rien d'autre que l'entropie de l'univers, changée de signe et multipliée par , exprimée en joules et lisible sur les seules grandeurs du système.

Ce résultat est le centre du chapitre, et il vaut la peine d'énoncer ce qu'il coûte et ce qu'il rapporte. Il coûte deux hypothèses: et constantes, et aucun travail autre que celui de pression. Il rapporte que l'on n'a plus jamais à parler du milieu extérieur: toute l'information sur l'univers a été absorbée dans le terme , via le chemin . Le milieu n'a pas disparu du raisonnement; il a été encodé.

Vérifions sur l'exemple 9.4: , donc

et par la voie directe . Les deux voies coïncident, comme elles le doivent.

: les quatre cas

La compétition entre deux termes

Écrite dans les conditions standard,

la relation oppose deux tendances: le système «veut» descendre en enthalpie ( favorable) et «veut» monter en entropie ( favorable). Quand les deux vont dans le même sens, le verdict est le même à toute température. Quand elles s'opposent, c'est qui arbitre, et l'arbitrage bascule à une température précise.

Les quatre combinaisons de signes

ΔrG°(T) = ΔrH° − T ΔrS°: les quatre cas de signesΔG en kJ·mol⁻¹, T de 0 à 1500 K, même échelle dans les quatre panneauxΔH < 0 · ΔS > 0C(gr) + ½ O2 → CO(g)+2500−250050010001500spontanée à toute températureΔH < 0 · ΔS < 0N2 + 3 H2 → 2 NH3+2500−250050010001500463 Kspontanée à basse températureΔH > 0 · ΔS > 0CaCO3 → CaO + CO2+2500−2500500100015001117 Kspontanée à haute températureΔH > 0 · ΔS < 0CO(g) → C(gr) + ½ O2+2500−250050010001500jamais spontanée
Figure 9.3. Les quatre combinaisons de signes de Δ𝑟H° et Δ𝑟S°, illustrées chacune par une réaction réelle du cours. Dans chaque panneau, la droite est calculée depuis Δ𝑟G°(T) = Δ𝑟H° − T Δ𝑟S°: son ordonnée à l'origine est Δ𝑟H° et sa pente vaut −Δ𝑟S°. Les quatre panneaux partagent la même échelle, −250 à +250 kJ·mol⁻¹ en ordonnée et 0 à 1500 K en abscisse, si bien que les pentes sont directement comparables. Là où la droite coupe l'axe ΔG = 0, un repère bleu marque la température d'inversion: 463 K pour la synthèse de l'ammoniac, 1117 K pour la calcination du calcaire. Les deux autres réactions, dont les deux termes vont dans le même sens, ne croisent jamais l'axe. Le tracé suppose Δ𝑟H° et Δ𝑟S° indépendants de la température, ce qui est une approximation discutée dans le texte.
CasLecture
1toujours spontanée à toute température
2 si petitespontanée à basse température
3 si grandespontanée à haute température
4toujours jamais spontanée

Le cas 1 et le cas 4 sont réciproques l'un de l'autre: si une réaction est spontanée à toute température, sa réaction inverse ne l'est à aucune. C'est exactement ce que montre la diagonale de la figure 9.3 — le panneau en haut à gauche et celui en bas à droite —, avec («spontanée à toute température») et son renversement («jamais spontanée»). Les deux droites sont symétriques l'une de l'autre par rapport à l'axe , puisque renverser une réaction change le signe de et celui de .

Les cas 2 et 3 sont les plus intéressants parce qu'ils contiennent une température de basculement.

Explorateur de l'enthalpie libre: ΔG° = ΔH° − T ΔS°

Réglez l'enthalpie et l'entropie standard de réaction, puis la température. La droite pivote autour de son ordonnée à l'origine ΔH°: sa pente vaut −ΔS°. Le modèle suppose ΔH° et ΔS° indépendants de la température (approximation d'Ellingham), ce qui est raisonnable sur quelques centaines de kelvins hors changement d'état. Les valeurs de départ sont celles de la synthèse de l'ammoniac. Attention aux unités: ΔH° est en kJ·mol⁻¹ et ΔS° en J·mol⁻¹·K⁻¹, d'où le facteur 1000 dans le calcul.

ΔrG°(T) = −91,8 − T × (−0,1981) kJ mol⁻¹0+100+200ΔG (kJ mol⁻¹)20050080011001400T (K)T(inv) = 463 KT = 300 K: ΔrG° = −32,4 kJ mol⁻¹ — spontanée dans le sens directTempérature d'inversion: 463 K (190 °C)
Enthalpie ΔrH°−91,8kJ mol⁻¹
Entropie ΔrS°−198,1J mol⁻¹ K⁻¹
Température T300K
ΔrG° à cette T
−32,4kJ mol⁻¹
Terme entropique −TΔrS°
59,4kJ mol⁻¹
Verdict
spontanée dans le sens direct
Température d'inversion
463 K (190 °C)
Constante K = e−ΔrG°/RT
4,33 × 10⁵
Lecture du cas
spontanée en dessous de T(inv)
Exercice

La réaction de Boudouard a et . Quelle est sa température d'inversion, en kelvins?

K

contre

L'état standard n'est presque jamais l'état réel

Tout ce qui précède portait sur , l'enthalpie libre de réaction dans les conditions standard: chaque gaz sous , chaque soluté à , à la température considérée — dans tout ce cours sauf mention contraire, comme annoncé au chapitre 8.

Or un mélange réactionnel réel n'est jamais dans cet état. Il commence avec beaucoup de réactifs et pas de produits, puis les proportions changent à mesure que la réaction avance. Le qui gouverne l'évolution à un instant donné n'est donc pas , mais une grandeur qui dépend de la composition instantanée.

Le signe de se lit alors sur la comparaison de et de la constante : quand , la réaction avance dans le sens direct; quand , elle recule; quand , elle est à l'équilibre. Le chapitre 11 fera de ce critère son outil principal.

Le pont vers l'équilibre:

À l'équilibre, deux choses sont vraies en même temps: la réaction n'évolue plus, donc ; et le quotient réactionnel a pris la valeur particulière qu'on appelle la constante d'équilibre, . En reportant les deux dans (9.15):

Cette relation est l'un des résultats les plus utiles de toute la chimie. Elle transforme des données calorimétriques — un mesuré en bombe, des obtenues par intégration de capacités thermiques — en une constante d'équilibre, c'est-à-dire en une prédiction sur des concentrations mesurables. On peut donc prévoir la composition d'un équilibre sans jamais avoir réalisé la réaction. Le chapitre 11 partira de (9.16).

Quelques repères, à : donne ; donne ; donne ; et donne exactement l'inverse du précédent, — changer le signe de retourne , puisque . Une variation de multiplie ou divise par environ : est exponentiellement sensible à , ce qui explique qu'une petite erreur d'enthalpie ou d'entropie se paie très cher sur une constante.

Exercice

Une réaction en phase gazeuse a à 298 K. Que peut-on affirmer?

Travail utile, rendement et couplage de réactions

est une borne sur le travail non volumique

L'enthalpie libre n'est pas qu'un critère de signe: c'est une quantité d'énergie, et sa valeur a un sens mécanique précis.

Reprenons le premier principe en distinguant, parmi les travaux, celui de pression-volume et tous les autres — électrique, mécanique sur un axe, osmotique —, notés :

À et constantes, , et la transformation la plus favorable est la transformation réversible, pour laquelle . On obtient alors

Comme toute transformation réelle est irréversible et extrait moins que la limite réversible:

C'est la raison profonde pour laquelle une pile est un dispositif thermodynamique et pas seulement chimique: elle est conçue pour que la réaction ne se produise pas directement mais force des électrons à traverser un circuit, convertissant en travail électrique. Le chapitre 12 établira la relation qui en découle, , et l'exploitera dans l'équation de Nernst.

Le couplage de réactions

Une réaction non spontanée peut être réalisée en la couplant à une réaction spontanée, pourvu que les deux partagent un intermédiaire chimique et que la somme des soit négative. C'est l'application la plus féconde de (9.11), et c'est le principe de fonctionnement du vivant.

L'exemple canonique est l'adénosine triphosphate, l'ATP. Son hydrolyse,

a une enthalpie libre standard biochimique (valeur tabulée standard de biochimie, à , et en présence de ; l'exposant prime signale cet état standard biochimique, différent de celui de ce cours). Prenons maintenant la synthèse de la glutamine à partir du glutamate et de l'ammoniac, dont : non spontanée. Couplées dans un même site enzymatique, via un intermédiaire phosphorylé du glutamate:

L'ensemble est spontané, et la cellule fabrique de la glutamine. Deux précisions valent d'être données, parce qu'elles corrigent des formulations répandues.

D'abord, le couplage n'est pas thermique. On n'entend pas que l'hydrolyse de l'ATP «chauffe» la seconde réaction: la chaleur ne saurait être dirigée vers une réaction particulière. Le couplage est chimique: les deux réactions partagent un intermédiaire, et c'est l'enchaînement des équations qui permet d'additionner les — exactement comme la loi de Hess permettait d'additionner les au chapitre 8. La loi de Hess pour est valable pour la même raison: est une fonction d'état.

Ensuite, l'expression «liaison riche en énergie», encore fréquente à propos de l'ATP, est trompeuse. La liaison phosphoanhydride n'a rien d'exceptionnel; ce qui rend son hydrolyse si favorable, ce sont les produits: répulsion électrostatique moindre entre les groupements phosphate séparés, meilleure solvatation, stabilisation par résonance du phosphate inorganique, et surtout un rapport maintenu très loin de l'équilibre par la cellule — de sorte que le réel dans une cellule, de l'ordre de , est nettement plus négatif que le tabulé. Encore une fois: ce qui compte, c'est , pas .

Synthèse

  • Le premier principe autorise les deux sens d'une transformation; c'est le deuxième qui en choisit un. Le critère est , avec à et constantes. Spontané ne veut jamais dire rapide: le diamant se transforme spontanément en graphite, et met des milliards d'années à ne pas le faire visiblement.
  • L'entropie a deux visages: chez Clausius, chez Boltzmann. Le dénombrement des micro-états de quatre particules dans deux compartiments montre d'où vient le logarithme (les micro-états se multiplient, les entropies s'additionnent) et pourquoi un gaz se répand. Préférez «nombre de micro-états compatibles avec l'état macroscopique» à «désordre», image approximative et parfois fausse — la dissolution de et l'effet hydrophobe la prennent en défaut.
  • Les cas calculables à la main: à une température de transition ( pour vaporiser l'eau à ), pour un chauffage, pour une détente isotherme de gaz parfait. Le signe de se prévoit d'abord sur .
  • Le troisième principe donne à l'entropie un zéro naturel, et donc des valeurs absolues , toutes positives, corps simples compris — contrairement aux enthalpies de formation, dont le zéro est une convention. Dans un , compte et non .
  • résume tout: à et constantes, , donc équivaut à , avec les seules grandeurs du système. Les quatre cas de signes de et se lisent d'un coup d'œil, et la température d'inversion n'existe que lorsque les deux sont de même signe: pour la calcination du calcaire, pour la synthèse de l'ammoniac. Attention au facteur entre et .
  • C'est , et non , qui donne le sens d'évolution d'un mélange donné. À l'équilibre , d'où : le pont vers le chapitre 11. Enfin borne le travail utile récupérable — de rendement maximal pour une pile à hydrogène, de force électromotrice — et rend possible le couplage de réactions, dont l'ATP est l'exemple canonique.

Série d'exercices du chapitre 9

Exercice 1 sur 5
Exercice

Laquelle de ces affirmations est correcte?

Problème guidé

Conduire un four à chaux

On veut décomposer du calcaire en chaux vive selon . Données du cours à 298 K: = (), (), () ; = 91,7 (), 38,1 (), 213,8 () . On admettra et indépendants de la température, et .

  1. 1

    1. L'entropie standard de réaction

    Appliquez (9.9): produits moins réactifs, avec les entropies molaires absolues. Aucune n'est nulle ici.

    Exercice

    Que vaut , en ?

    J/(mol·K)
  2. 2. L'enthalpie libre standard à 298 K

  3. 3. La température d'inversion

  4. 4. La pression de dioxyde de carbone à l'équilibre, à 1200 K

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 9.1 · Prévoir le signe de l'entropie de réaction

Pour chacune des réactions suivantes, prévoyez sans calcul le signe de en justifiant votre réponse, puis vérifiez quand les données du cours le permettent.

a)

b)

c)

d)

Solution

a) : deux moles de gaz apparaissent, donc , et franchement. C'est la réaction inverse de la synthèse de l'ammoniac, donc

b) : une demi-mole de gaz disparaît, donc . Vérification avec les valeurs du cours:

c) Aucun gaz n'intervient, mais un solide devient liquide: les molécules quittent des positions fixes pour un état où elles se déplacent. , mais modérément. La valeur se calcule par (9.3) à la température de fusion: , soit environ quatre fois moins que la vaporisation.

d) Aucun gaz non plus. Le réseau ionique très ordonné est détruit, ce qui augmente l'entropie; mais les ions solvatés organisent autour d'eux des molécules d'eau, ce qui la diminue. Pour et , ions monochargés et de taille moyenne, le premier effet l'emporte de peu: (valeur tabulée standard). Pour ou , dont les cations sont petits et fortement chargés, le second l'emporte et est négatif. C'est le contre-exemple qui interdit d'assimiler entropie et désordre visuel.

Conclusion de méthode: quand des gaz interviennent, décide seul; quand il n'y en a pas, il faut réfléchir au solvant.

Exercice 9.2 · Combustion du méthane: entropie et enthalpie libre

Pour , avec (chapitre 8) et les entropies molaires standard du cours:

a) calculez ;

b) calculez à ;

c) la réaction a-t-elle une température d'inversion? Si oui, calculez-la et commentez;

d) vérifiez le résultat de (b) par la voie entropique, en calculant puis .

Solution

a) Avec = 186,3 (), 205,2 (), 213,8 (), 70,0 ():

Négatif, comme le prévoyait .

b)

Très largement spontanée. On en déduit , un nombre de l'ordre de : la combustion est totale à toutes fins pratiques.

c) et : les deux sont de même signe, donc la température d'inversion existe.

Le nombre est correct mais physiquement sans portée: à , ni le méthane ni l'eau n'existent, tout est dissocié en radicaux et en atomes, et l'hypothèse « et constants» est absurde depuis longtemps. C'est un bon rappel qu'une formule s'applique dans un domaine de validité. Retenez plutôt: pour une réaction très exothermique et modérément ordonnante, l'inversion est hors de portée et la réaction est spontanée sur tout le domaine chimiquement pertinent.

d) Voie entropique:

Identique à (b), comme l'exige (9.12). La cohérence des deux voies est le contrôle à faire systématiquement.

Exercice 9.3 · La vaporisation de l'eau vue par trois grandeurs

À partir des seules valeurs du cours — , , , —, traitez l'équilibre :

a) calculez et à ;

b) calculez à et interprétez son signe;

c) déduisez-en la pression de vapeur saturante de l'eau à , et comparez à la valeur mesurée ;

d) calculez la température d'ébullition prévue sous et comparez à .

Solution

a)

Notez que ce est l'enthalpie de vaporisation à , et non les mesurés à : l'enthalpie de vaporisation décroît quand la température monte (chapitre 8).

b)

Interprétation: dans les conditions standard, c'est-à-dire avec de la vapeur d'eau sous au-dessus du liquide, l'eau ne s'évapore pas — elle condense. Cela ne dit rien d'un verre d'eau à l'air libre, où la pression partielle de vapeur est bien inférieure à .

c) L'eau liquide pure ayant une activité de , . Par (9.16):

soit . La valeur mesurée est : l'écart est de , entièrement compatible avec les arrondis des tables. Contrôle inverse: , à comparer aux calculés.

d) Le point d'ébullition sous est la température à laquelle , donc à laquelle :

La valeur mesurée sous est , soit de plus. L'écart de vient de l'hypothèse « et constants» entre et , alors que passe effectivement de à sur cet intervalle. L'approximation est donc bonne à près sur , ce qui est remarquable pour un calcul ne mobilisant que quatre nombres tabulés.

Exercice 9.4 · Un mélange hors de l'équilibre

Pour à , on donne et .

a) calculez ;

b) un réacteur contient , et . Calculez puis , et dites dans quel sens le système évolue;

c) mêmes questions avec et ;

d) que conclure sur l'usage de pour prévoir un sens d'évolution?

Solution

a) Par (9.16),

b) Le quotient réactionnel, construit sur les pressions rapportées à :

Le système évolue dans le sens direct: il forme de l'ammoniac. On le voyait aussi sur .

c)

Le système évolue dans le sens inverse: l'ammoniac se décompose. Cohérent avec , et l'écart est faible — on n'a dépassé l'équilibre que d'un facteur sur , ce qui explique un de seulement .

d) est le même nombre dans les deux cas, , alors que le système évolue dans un sens en (b) et dans l'autre en (c). ne donne donc pas le sens d'évolution: il ne fait que fixer . Le sens se lit sur , c'est-à-dire sur la comparaison de à . La seule chose que l'on puisse déduire d'un négatif, c'est que , donc qu'en partant de réactifs purs dans les conditions standard la réaction avancera — ce qui n'est pas la même affirmation.

Exercice 9.5 · Le vaporeformage du méthane

La production industrielle de dihydrogène repose principalement sur le vaporeformage:

a) calculez et à avec les valeurs du cours;

b) à quel cas de la figure 9.3 appartient cette réaction? Calculez sa température d'inversion;

c) calculez et à , température typique d'un réformeur industriel;

d) un ingénieur propose d'abaisser la température à pour économiser de l'énergie. Que lui répondez-vous, chiffres à l'appui?

Solution

a) Enthalpies de formation (): ; ; ; .

Entropies molaires (): ; ; ; .

Positif, comme le prévoyait .

b) et : c'est le cas 3, spontanée à haute température, celui de la calcination du calcaire.

c) À :

Une constante nettement supérieure à : la conversion est bonne, ce qui justifie la température choisie.

d) À :

La constante a été divisée par un facteur entre et . À , on est en dessous de la température d'inversion de : la réaction n'est plus spontanée dans les conditions standard et le réacteur ne produirait pratiquement rien. L'économie d'énergie serait totale, la production aussi.

Nuances à mentionner dans une vraie réponse d'ingénieur. Premièrement, notre modèle suppose et constants entre et , ce qui est une approximation à quelques pour-cent près sur : les valeurs de calculées ici sont des ordres de grandeur fiables, pas des données de conception. Deuxièmement, on peut déplacer l'équilibre sans monter en température, en travaillant à basse pression ou avec un excès de vapeur d'eau, puisque — c'est le principe de Le Chatelier du chapitre 11, et c'est effectivement ce que font les réformeurs, qui opèrent avec un large excès de vapeur. Troisièmement, cette réaction est aussi très lente sans catalyseur au nickel: la température élevée sert autant la cinétique (chapitre 10) que la thermodynamique. Enfin, ce procédé produit environ de par kilogramme d'hydrogène une fois le converti et le combustible du four compté — c'est ce qui distingue l'hydrogène «gris» du vaporeformage de l'hydrogène «vert» issu de l'électrolyse, dont le chapitre 12 traitera.

Références

  • Atkins, P. et Jones, L., Principes de chimie, De Boeck. Chapitres de thermodynamique: entropie, troisième principe, énergie de Gibbs et couplage de réactions.
  • Atkins, P. et de Paula, J., Chimie physique, De Boeck. Traitement complet du deuxième principe, de l'entropie statistique et de l'isotherme de van 't Hoff.
  • Chang, R. et Overby, J., Chimie générale, Dunod. Nombreux exemples résolus sur , et la température d'inversion.
  • Petrucci, R. et al., Chimie générale, Pearson. Bon développement sur le couplage de réactions et les applications biochimiques.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press. Tables d'entropies molaires standard, d'enthalpies de formation et de pressions de vapeur.
  • Recommandations de l'IUPAC sur les grandeurs, unités et symboles de la chimie physique (Green Book), pour la définition de l'état standard et la notation .

Connectez-vous pour enregistrer votre progression.