Chapitre 6

Géométrie moléculaire et orbitales

Modèle VSEPR, moment dipolaire, hybridation, liaisons σ et π, orbitales moléculaires et ordre de liaison.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • passer d'une structure de Lewis à la géométrie tridimensionnelle d'une molécule par le modèle VSEPR, en distinguant la géométrie des doublets de la géométrie de la molécule, et en justifiant les écarts à l'angle idéal;
  • énoncer ce que le modèle VSEPR prédit, ce qu'il ne prédit pas, et nommer les familles de composés pour lesquelles il échoue;
  • calculer le moment dipolaire d'une molécule comme somme vectorielle des moments de liaison, et expliquer pourquoi une molécule dont toutes les liaisons sont polaires peut être globalement apolaire;
  • attribuer une hybridation , ou à un atome central, dire à quelle géométrie elle correspond, et énoncer honnêtement le statut épistémique de ce modèle;
  • décrire une liaison double et une liaison triple en termes de liaisons et , et relier l'absence de rotation autour d'une double liaison à l'isomérie cis/trans;
  • construire le diagramme d'orbitales moléculaires d'une molécule diatomique homonucléaire de la deuxième période, en tirer l'ordre de liaison et les propriétés magnétiques, et expliquer pourquoi le paramagnétisme du dioxygène impose la théorie des orbitales moléculaires.

Ce que la structure de Lewis ne dit pas

Le chapitre 5 s'est arrêté au moment le plus frustrant. Une structure de Lewis vous donne beaucoup: quels atomes sont liés à quels autres, combien de doublets liants les unissent, combien de doublets libres restent sur chacun, quelles charges formelles il faut porter, et parfois plusieurs formes de résonance entre lesquelles la molécule réelle se situe. Ce qu'elle ne vous donne pas, c'est la forme. Une structure de Lewis est une carte de connectivité dessinée à plat sur une feuille; la molécule, elle, occupe l'espace à trois dimensions.

La différence n'est pas cosmétique. Écrivez la structure de Lewis du dioxyde de carbone et celle de l'eau : dans les deux cas un atome central, deux atomes liés, des doublets libres sur les atomes périphériques. Rien dans le dessin ne dit que la première est rigoureusement rectiligne et la seconde pliée à 104,5°. Or c'est de cette seule différence que découle presque tout ce qui sépare ces deux substances: l'eau est un liquide à température ambiante qui dissout les sels, le dioxyde de carbone est un gaz qui ne dissout presque rien d'ionique. La chimie de la première est une chimie de solvant polaire, celle du second une chimie de gaz apolaire faiblement soluble.

Trois domaines au moins rendent la forme indispensable.

La polarité. Nous verrons plus bas qu'une molécule est polaire lorsque les moments dipolaires de ses liaisons ne se compensent pas. Cette compensation est une question purement géométrique: mêmes liaisons, même formule brute, mais une disposition symétrique ou non, et la molécule est apolaire ou polaire. La polarité commande ensuite les points d'ébullition, la miscibilité, la solvatation des ions, la tension superficielle — toute la matière du chapitre 7.

La réactivité. Une réaction de substitution nucléophile de type suppose que le réactif attaque le carbone du côté opposé au groupe partant; si ce côté est encombré par trois gros substituants, la réaction ne se fait pas. Le raisonnement est géométrique avant d'être énergétique. De même, un site d'attaque électrophile est un endroit de l'espace, pas une ligne de formule.

La reconnaissance biologique. Une enzyme fixe son substrat parce que la forme de la cavité active et celle de la molécule s'ajustent, et parce que les groupes polaires se font face au bon endroit. Deux molécules de même formule brute et de même connectivité, mais images l'une de l'autre dans un miroir, peuvent avoir des effets biologiques entièrement différents. C'est une des raisons pour lesquelles l'industrie pharmaceutique — et notamment l'industrie bâloise — consacre une part considérable de son effort analytique à déterminer et à contrôler la configuration spatiale de ses principes actifs, et non seulement leur composition.

Ce chapitre construit donc trois modèles successifs de la forme et de la liaison, de plus en plus coûteux et de plus en plus prédictifs: VSEPR, qui donne la géométrie sans presque rien calculer; l'hybridation et la théorie de la liaison de valence, qui expliquent comment les orbitales atomiques peuvent produire ces géométries; et la théorie des orbitales moléculaires, qui abandonne l'idée même de liaison localisée et paie ce prix pour expliquer des faits que les deux premiers ne peuvent pas atteindre.

Le modèle VSEPR

Le principe

Le modèle VSEPR — de l'anglais Valence Shell Electron Pair Repulsion, répulsion des doublets de la couche de valence — a été formulé sous sa forme moderne par Ronald Gillespie et Ronald Nyholm à la fin des années 1950, à partir d'une idée antérieure de Nevil Sidgwick et Herbert Powell. Son postulat tient en une phrase.

L'origine physique de la règle est double. Il y a d'abord la répulsion électrostatique entre deux régions chargées négativement, ce qui est l'argument que l'on donne habituellement. Mais l'argument dominant est en réalité le principe d'exclusion de Pauli rencontré au chapitre 3: deux électrons de même spin ne peuvent pas occuper la même région de l'espace, et cette exclusion écarte les doublets bien plus efficacement que la simple répulsion coulombienne. Gillespie lui-même a insisté sur ce point: VSEPR est, au fond, un modèle de Pauli déguisé en modèle électrostatique.

La notation

Pour classer les cas, on écrit la formule d'un site central sous la forme

est l'atome central, un atome lié (donc un doublet liant) et un doublet libre. Ainsi le méthane est , l'ammoniac , l'eau , le tétrafluorure de soufre .

La marche à suivre est mécanique:

L'étape 5 est celle que l'on manque le plus souvent. Une expérience de diffraction ne voit que les noyaux; la géométrie moléculaire est donc la disposition des atomes, pas celle des doublets.

Les cinq géométries de base

LinéaireAX2AXX180°Trigonale planeAX3AXXX120°TétraédriqueAX4XXAXX109,5°BipyramidaletrigonaleAX5XXAXXX120°90°OctaédriqueAX6XXXAXXX90°LectureA — atome centralX — atome liéPlein: vers l’avantTireté: vers l’arrièreAngles réels, sansdoublet libre
Figure 6.1. Les cinq géométries VSEPR de base, engendrées par calcul depuis les angles qui les définissent puis projetées. Les deux géométries planes (linéaire, trigonale plane) sont vues de face et leurs angles se lisent en vraie grandeur; les trois géométries tridimensionnelles sont vues en projection oblique, qui les raccourcit — les angles annotés sont donc les angles réels de la géométrie, pas ceux que l'on mesurerait au rapporteur sur le dessin. Les traits pleins pointent vers l'observateur, les traits tiretés vers l'arrière.
Nombre stérique Géométrie des doubletsAngles idéauxExemple
2linéaire180°,
3trigonale plane120°,
4tétraédrique109,47°,
5bipyramidale trigonale120° (équatorial), 90° (axial–équatorial)
6octaédrique90°

L'angle tétraédrique n'est pas une convention: c'est l'angle entre deux sommets d'un tétraèdre régulier vu depuis son centre. Si l'on place les quatre sommets aux quatre coins alternés d'un cube, les vecteurs qui y pointent depuis le centre ont pour produit scalaire une fois normés, d'où

La bipyramide trigonale est la seule des cinq dont les positions ne sont pas toutes équivalentes: trois positions équatoriales, dans un plan, à 120° les unes des autres, et deux positions axiales perpendiculaires à ce plan. Une position équatoriale n'a que deux voisines à 90°, une position axiale en a trois: la position équatoriale est donc la moins gênée, et c'est elle qu'un doublet libre occupe en priorité. Cette asymétrie explique à elle seule toutes les géométries dérivées de .

Les géométries dérivées

Dès qu'un ou plusieurs doublets sont libres, la géométrie de la molécule se distingue de celle des doublets. Le tableau complet est le cœur opératoire du modèle.

NotationGéométrie des doubletsGéométrie de la moléculeAngleExemple
2linéairelinéaire180°
3trigonale planetrigonale plane120°
3trigonale planecoudée≈ 118°,
4tétraédriquetétraédrique109,5°
4tétraédriquepyramidale trigonale≈ 107°
4tétraédriquecoudée≈ 104,5°
5bipyramidale trigonalebipyramidale trigonale120° et 90°
5bipyramidale trigonalebascule≈ 102° et 173°
5bipyramidale trigonaleen T≈ 87,5°
5bipyramidale trigonalelinéaire180°
6octaédriqueoctaédrique90°
6octaédriquepyramidale à base carrée≈ 85°
6octaédriquecarrée plane90°

Trois lignes de ce tableau méritent un commentaire.

, la bascule (on dit aussi tétraèdre déformé, ou seesaw en anglais): le doublet libre prend une position équatoriale, et les deux liaisons axiales, qui le côtoient à 90°, sont repoussées l'une vers l'autre. L'angle axial du tétrafluorure de soufre vaut 173,1° au lieu de 180°, et son angle équatorial 101,6° au lieu de 120°. La déformation est ici massive, et nous verrons que c'est précisément là que la règle de correction simple cesse de fonctionner.

, la forme en T: les deux doublets libres prennent les deux positions équatoriales restantes, ce qui laisse trois liaisons — deux axiales et une équatoriale — dessinant un T légèrement fermé. Dans l'angle est d'environ 87,5°.

, la carrée plane: deux doublets libres dans un octaèdre se placent en position opposée l'un à l'autre, ce qui les met à 180° et minimise leur répulsion mutuelle. Les quatre liaisons restantes forment alors un carré parfait, et les angles restent à 90°. C'est le cas de , et c'est aussi la géométrie de nombreux complexes du platine et du palladium — mais pour ceux-là, nous le verrons, VSEPR n'est pas la bonne raison.

Les écarts à l'angle idéal

Les angles idéaux supposent que tous les doublets se repoussent de la même façon. Ce n'est pas le cas.

La série la plus citée de toute la chimie générale illustre ce point avec trois molécules isoélectroniques quant au nombre stérique — toutes trois , donc toutes trois issues d'un arrangement tétraédrique des doublets:

MoléculeNotationDoublets libresAngle mesuréÉcart à 109,5°
0109,5°
1106,7° (souvent arrondi à 107°)−2,8°
2104,5°−5,0°

Ces trois valeurs sont des valeurs expérimentales standard, obtenues par spectroscopie rotationnelle et tabulées dans les recueils de constantes de type CRC Handbook; elles ne sortent d'aucun calcul du modèle. VSEPR prédit la direction de l'écart et son ordre de grandeur, pas sa valeur. Que l'écart croisse à peu près linéairement avec le nombre de doublets libres — environ 2,5° par doublet — est un fait empirique commode, et c'est la règle didactique que retient l'explorateur ci-dessous: donne 107,0° pour et 104,5° pour , très proche des mesures.

Cette régularité ne survit pas au-delà de quatre doublets. Dans la même règle appliquée à l'angle équatorial donnerait 117,5°, et la mesure donne 101,6°: l'erreur est de seize degrés. La raison est que dans une bipyramide, retirer une position équatoriale ne déforme pas les angles restants un peu, mais réorganise complètement leur équilibre. L'explorateur affiche donc pour et la valeur mesurée sur une molécule de référence, et non le résultat d'une règle qui y serait fausse.

L'effet des liaisons multiples se lit sur le méthanal : autour du carbone, trois domaines (), donc géométrie trigonale plane et angles idéaux de 120°. Mais le domaine de la double liaison est plus volumineux que ceux des liaisons : il les repousse, et l'angle mesuré vaut environ 116°, tandis que les angles s'ouvrent à environ 122°.

Exercice

Classez ces quatre molécules par angle de liaison **décroissant**, du plus ouvert au plus fermé.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • (104,5°)
  • 2.
  • (120°)
  • 3.
  • (106,7°)
  • 4.
  • (109,5°)

Ce que VSEPR ne fait pas

Un modèle qu'on ne sait pas mettre en défaut n'est pas un modèle, c'est une habitude. VSEPR a des limites nettes, et il faut les énoncer aussi clairement que la règle elle-même.

VSEPR prédit la géométrie, pas la liaison. Il ne dit rien de la nature des liaisons, rien de leur longueur, rien de leur énergie, rien de la répartition des électrons entre orbitales. Il ne calcule aucune énergie et ne fournit aucun spectre. Il ne peut donc ni expliquer pourquoi est presque inerte alors que ne l'est pas, ni prédire une couleur, ni dire si une molécule est magnétique. Il répond à une question et à une seule: où sont les atomes?

VSEPR échoue pour de nombreux composés des métaux de transition. Dès que l'atome central possède une couche partiellement remplie, la géométrie est gouvernée par la manière dont les orbitales se séparent en énergie sous l'effet des ligands — la théorie du champ cristallin et celle du champ des ligands — et non par la répulsion de doublets. C'est pourquoi de nombreux complexes de , ou à quatre ligands sont carrés plans alors que VSEPR, qui n'y voit que quatre domaines liants, prédirait un tétraèdre. L'exemple de manuel est , carré plan.

VSEPR échoue pour certains halogénures d'éléments lourds des blocs et . Les dihalogénures gazeux des alcalino-terreux lourds en sont le cas d'école: et sont bien linéaires comme annoncé, mais et sont coudés en phase gazeuse, alors qu'aucun doublet libre n'apparaît sur le métal. On invoque aujourd'hui la participation d'orbitales du métal et la polarisation du cœur électronique; quelle qu'en soit l'explication, le modèle se trompe. De même, le doublet libre de certains cations lourds — , , — est parfois «stéréochimiquement inactif», c'est-à-dire qu'il ne déforme pas la géométrie comme VSEPR l'exigerait.

VSEPR ne donne pas de valeurs. Il classe. Aucun des angles mesurés cités dans ce chapitre ne sort du modèle; ils viennent tous de l'expérience. Utiliser VSEPR pour prédire 104,5° serait une surinterprétation: le modèle prédit «moins de 109,5°, et moins que ».

Ces limites ne disqualifient pas le modèle. Elles le situent: VSEPR est un outil de premier tri d'un rapport qualité-prix imbattable, qui donne la bonne réponse pour l'immense majorité des molécules des blocs et en moins d'une minute et sans aucun calcul. C'est beaucoup, à condition de savoir ce que ce n'est pas.

Exercice

Quelle est la géométrie **moléculaire** du tétrafluorure de soufre ?

Explorateur VSEPR: des doublets à la forme de la molécule

Réglez le nombre de doublets liants et de doublets libres autour de l'atome central A. La géométrie des doublets et l'hybridation ne dépendent que de leur SOMME: déplacez un doublet liant vers les doublets libres à somme constante et vous verrez ces deux lectures rester immobiles pendant que la géométrie de la molécule, elle, change. L'angle corrigé est donné par une règle didactique calibrée sur CH₄, NH₃ et H₂O pour 3 et 4 doublets; pour 5 et 6 doublets l'explorateur affiche la valeur mesurée sur une molécule de référence, parce que la règle linéaire y serait fausse. La polarité suppose des liaisons A–X polaires et des atomes X identiques.

AX₃Epyramidale trigonaleXXXAAngle idéal des doublets: 109,5°Angle X–A–X de la molécule: 107,0° (règle)Doublet libre: lobe bleu à deux points (1 ici)
Doublets liants (n)3
Doublets libres (m)1
Notation
AX₃E
Nombre stérique n + m
4
Géométrie des doublets
tétraédrique
Géométrie de la molécule
pyramidale trigonale
Angle idéal (doublets)
109,5°
Angle X–A–X corrigé
107,0° (règle)
Hybridation
sp³
Polarité (liaisons polaires)
polaire
Exemple
NH₃

Le moment dipolaire moléculaire

Du moment de liaison au moment moléculaire

Le chapitre 5 a défini la polarité d'une liaison à partir de la différence d'électronégativité entre les deux atomes: le nuage électronique se déplace vers le plus électronégatif, qui porte une charge partielle tandis que l'autre porte . À cette séparation de charge on associe un vecteur.

CO2 — apolairelinéaire, les moments s’annulentH2O — polairecoudée, les moments s’ajoutentOOCδ−δ−2δ+180°OHHδ−δ+δ+104,5°Somme vectorielle des moments de liaison, à l’échelle= 1 D (debye)2,3 D2,3 Drésultante nulle1,51 D1,51 Dμ = 1,85 D2 × 1,51 × cos(52,25°) = 1,85 D2,32,3 = 0valeur expérimentale: 1,85 D
Figure 6.2. Somme vectorielle des moments de liaison. À gauche, le dioxyde de carbone: chaque liaison C=O porte un moment dirigé vers l'oxygène, mais la molécule est linéaire et les deux vecteurs, exactement opposés, s'annulent — la molécule est apolaire bien que ses liaisons soient très polaires. À droite, l'eau: les deux moments O–H font entre eux l'angle expérimental de 104,5° et leur somme, calculée composante par composante, vaut 1,85 D dirigée selon la bissectrice, du côté des hydrogènes vers l'oxygène. Les vecteurs sont à l'échelle (la barre vaut 1 D); les moments de liaison employés sont indicatifs: 2,3 D pour C=O, et 1,51 D pour O–H, valeur elle-même déduite au chapitre 5 du moment mesuré de l'eau — la somme vectorielle restitue donc ici une mesure sur laquelle le modèle a été calibré, elle ne la prédit pas.

Les cas symétriques: liaisons polaires, molécule apolaire

Trois exemples suffisent à fixer le mécanisme, et il vaut la peine de les traiter systématiquement plutôt que de les invoquer.

, linéaire. L'oxygène () est nettement plus électronégatif que le carbone (): chaque liaison porte un moment important, dirigé du carbone vers l'oxygène. Mais la molécule est , donc rigoureusement linéaire, et les deux vecteurs sont exactement opposés:

Le moment dipolaire mesuré de est effectivement nul. C'est pourquoi ce gaz est très peu soluble dans l'eau à pression ordinaire, alors que ses liaisons sont parmi les plus polaires de la chimie organique.

, trigonal plan. Les trois moments font entre eux des angles de 120° dans un même plan. En projetant sur deux axes du plan,

parce que la somme des racines cubiques de l'unité est nulle. La résultante est donc nulle et est apolaire — alors que la liaison , avec , est la plus polaire de toutes celles qu'on rencontre couramment.

, tétraédrique. Les quatre moments pointent vers les quatre sommets d'un tétraèdre régulier. Or les quatre vecteurs unitaires tétraédriques peuvent s'écrire, à un facteur près, , , et ; leur somme est composante par composante. Le tétrachlorométhane est donc apolaire, ce qui en fait un excellent solvant des corps gras — et un poison hépatique de premier ordre, dont l'usage a été abandonné.

La leçon générale: si toutes les liaisons partant de l'atome central sont identiques et si les positions sont toutes équivalentes, la molécule est apolaire. Cela couvre linéaire, trigonal plan, tétraédrique, bipyramidal, octaédrique, plus deux cas où les doublets libres eux-mêmes se compensent: carré plan et linéaire.

Les cas polaires

, pyramidal trigonal. Les trois moments pointent vers l'azote; leurs composantes perpendiculaires à l'axe de symétrie s'annulent trois par trois, mais leurs composantes axiales s'ajoutent, et le doublet libre de l'azote ajoute encore son propre moment dans le même sens. Le moment mesuré vaut 1,47 D. Si l'ammoniac était plan — géométrie trigonale plane, comme — il serait apolaire: c'est bien la pyramidalisation, donc le doublet libre, qui le rend polaire.

, tétraédrique déformé. Le chloroforme a quatre domaines autour du carbone, mais les substituants ne sont pas identiques: trois chlores et un hydrogène. La symétrie qui annulait la somme dans est brisée et la molécule est polaire; son moment mesuré vaut 1,04 D.

Exercice

Une molécule coudée présente un angle de et des moments de liaison de chacun. Calculez le moment dipolaire résultant de la molécule, en debye.

D

L'hybridation

Pourquoi on a dû l'inventer

Le modèle VSEPR donne la forme sans rien dire des orbitales. Essayons maintenant de raccrocher cette forme à la structure électronique du chapitre 3, et nous allons immédiatement buter sur une difficulté.

La configuration électronique du carbone à l'état fondamental est . Dans la sous-couche , les deux électrons occupent deux orbitales différentes avec des spins parallèles (règle de Hund): le carbone possède donc deux électrons célibataires. Si une liaison covalente se forme par recouvrement d'une orbitale à demi remplie de chaque partenaire, comme le propose la théorie de la liaison de valence, le carbone devrait former deux liaisons, pas quatre. Et si l'on imaginait qu'il en forme quatre en promouvant un électron vers la vide — configuration —, les quatre liaisons ne seraient pas équivalentes: trois utiliseraient des orbitales , mutuellement perpendiculaires, et une seule l'orbitale , sphérique. On prédirait trois liaisons à 90° et une quatrième différente des autres.

L'expérience est sans appel: les quatre liaisons du méthane sont rigoureusement identiques — même longueur (108,7 pm), même énergie, même moment de liaison — et leurs angles valent 109,5°. Le modèle d'orbitales atomiques pures est donc faux pour décrire les liaisons du carbone.

Linus Pauling a proposé en 1931 la solution qui porte le nom d'hybridation.

Chaque hybride possède un gros lobe d'un côté du noyau et un petit lobe de l'autre: c'est cette asymétrie, absente des orbitales et pures, qui permet un recouvrement frontal efficace et donc une liaison forte. Et voici le point décisif: les angles entre orbitales hybrides sont exactement les angles VSEPR. Les deux modèles se recouvrent parfaitement.

Nombre stérique HybridationAngle entre hybridesGéométrie des doublets
2180°linéaire
3120°trigonale plane
4109,47°tétraédrique

La règle pratique est donc d'une simplicité redoutable: on compte les domaines, et l'hybridation suit. Dans , l'azote de et l'oxygène de , quatre domaines: hybridation dans les trois cas, les doublets libres occupant des hybrides comme les doublets liants. Dans le carbone de l'éthène ou celui du méthanal, trois domaines: . Dans le carbone de l'éthyne ou celui du dioxyde de carbone, deux domaines: .

Ce que l'hybridation est — et ce qu'elle n'est pas

Il faut ici être parfaitement clair, parce que la formulation habituelle induit en erreur.

Les hybridations et sont contestées

Pour les nombres stériques 5 et 6, la tradition prolonge la série en invoquant des orbitales : pour la bipyramide trigonale, pour l'octaèdre. Vous trouverez ces notations dans presque tous les manuels, y compris récents, et il faut savoir les lire. Mais il faut aussi savoir qu'elles sont aujourd'hui largement rejetées, exactement pour la même raison que l'extension de l'octet dont le chapitre 5 a discuté le statut.

L'argument est quantitatif. Dans un atome comme le phosphore ou le soufre, les orbitales sont beaucoup trop hautes en énergie et beaucoup trop diffuses pour se mélanger significativement aux orbitales et : les calculs de structure électronique modernes attribuent aux orbitales une population de l'ordre de quelques centièmes d'électron dans ou , pas de l'ordre de l'électron entier que le modèle supposerait. Ce que ces calculs montrent à la place, ce sont des liaisons à trois centres et quatre électrons, délocalisées sur trois atomes alignés, associées à une forte polarité des liaisons: le soufre de porte une charge partielle très positive et les fluors des charges très négatives.

Comment se fait-il, alors, que la géométrie prédite soit la bonne? Parce que la géométrie ne vient pas du modèle d'hybridation: elle vient de la répulsion des domaines, c'est-à-dire de VSEPR, qui ne dit rien des orbitales. L'hybridation à est une étiquette rétrospective posée sur une géométrie déjà connue, et c'est cette étiquette qui est fausse, pas la géométrie.

Position à tenir dans ce cours: utilisez , et sans réserve, ce sont des changements de base légitimes et féconds. Employez et comme une convention d'écriture que vos interlocuteurs comprendront, en sachant qu'elle ne décrit pas la réalité électronique. C'est la même honnêteté que celle que réclame l'octet étendu.

Exercice

Laquelle de ces affirmations sur l'hybridation est correcte?

Liaisons et liaisons

Deux façons de recouvrir

La théorie de la liaison de valence décrit une liaison covalente comme le recouvrement de deux orbitales, chacune apportant un électron. Il y a deux manières géométriquement distinctes de réaliser ce recouvrement.

Trois conséquences en découlent, et elles gouvernent toute la chimie organique.

Une liaison est plus forte qu'une liaison . Le recouvrement axial est frontal et donc plus efficace que le recouvrement latéral, qui se fait de flanc. C'est pourquoi, dans une double liaison, c'est la composante qui cède la première.

Toute liaison simple est une liaison . Une liaison double est constituée d'une liaison et d'une liaison ; une liaison triple, d'une et de deux perpendiculaires entre elles. Il n'existe jamais deux liaisons entre deux mêmes atomes.

Une liaison interdit la rotation. Faire tourner l'un des deux fragments autour de l'axe de liaison désaligne les orbitales et détruit le recouvrement latéral. C'est ce point qui produit l'isomérie géométrique.

La structure de l'éthène

L'éthène est le cas d'école, et il vaut la peine de le décrire complètement.

Chaque carbone porte trois domaines — deux liaisons et le domaine de la double liaison — donc une hybridation . Les trois hybrides de chaque carbone sont coplanaires et à 120° les unes des autres; il reste sur chaque carbone une orbitale non hybridée, perpendiculaire à ce plan.

Le squelette se construit alors ainsi:

  • une liaison par recouvrement axial d'une hybride de chaque carbone;
  • quatre liaisons par recouvrement des hybrides restantes avec les orbitales des hydrogènes;
  • une liaison par recouvrement latéral des deux orbitales restées perpendiculaires au plan.

Total: cinq liaisons et une liaison . La molécule entière est plane — tous les atomes dans un même plan — et les angles mesurés valent 117,4° pour et environ 121,3° pour : l'écart à 120° s'explique par le volume supérieur du domaine de la double liaison, comme le prévoit le théorème 6.2. La longueur vaut 133,9 pm.

La structure de l'éthyne

L'éthyne — l'acétylène des chalumeaux — pousse la logique d'un cran. Chaque carbone porte deux domaines: une liaison et le domaine de la triple liaison. Hybridation , deux hybrides à 180°, et deux orbitales non hybridées par carbone, perpendiculaires entre elles et à l'axe.

  • une liaison par recouvrement axial des hybrides ;
  • deux liaisons ;
  • deux liaisons perpendiculaires l'une à l'autre, par recouvrement latéral des deux paires d'orbitales .

Total: trois liaisons et deux liaisons . La molécule est rigoureusement linéaire, les quatre atomes alignés, et la longueur vaut 120,3 pm. Les deux liaisons forment autour de l'axe un cylindre de densité électronique, ce qui rend cette région particulièrement disponible pour un réactif électrophile.

Longueur, énergie, rigidité

Les trois liaisons carbone–carbone se rangent ainsi (valeurs tabulées standard, énergies de liaison moyennes):

LiaisonCompositionLongueurÉnergie moyenneRotation
1 154 pm348 kJ·mol⁻¹libre (barrière ≈ 12 kJ·mol⁻¹)
1 + 1 134 pm614 kJ·mol⁻¹bloquée (barrière ≈ 270 kJ·mol⁻¹)
1 + 2 120 pm839 kJ·mol⁻¹sans objet (linéaire)

Deux lectures de ce tableau. D'abord, plus la liaison est multiple, plus elle est courte et forte: les électrons supplémentaires attirent davantage les noyaux l'un vers l'autre. Ensuite, et c'est le point important, l'énergie n'est pas proportionnelle à la multiplicité: et . Le supplément apporté par la première liaison vaut kJ·mol⁻¹ et celui apporté par la seconde kJ·mol⁻¹, tous deux inférieurs aux 348 kJ·mol⁻¹ de la liaison : le recouvrement latéral est bien moins efficace que le recouvrement axial, exactement comme annoncé.

La ligne «rotation» est la plus riche de conséquences. Autour d'une liaison simple, la rotation ne coûte qu'une douzaine de kilojoules par mole — moins que l'énergie thermique disponible en quelques collisions à 298 K —, si bien que l'éthane tourne librement des milliards de fois par seconde. Autour d'une double liaison, il faudrait rompre la composante : la barrière est de l'ordre de 270 kJ·mol⁻¹, soit une vingtaine de fois plus, et la rotation est bloquée à toute température ordinaire.

L'isomérie cis/trans

Le 1,2-dichloroéthène en donne l'exemple minimal. Dans l'isomère cis, les deux chlores sont du même côté de la double liaison: les moments de liaison ne se compensent pas et la molécule est polaire (). Dans l'isomère trans, ils sont opposés, la molécule possède un centre de symétrie, les deux moments s'annulent et elle est apolaire (). Même formule brute, même connectivité, deux substances différentes: points d'ébullition différents, solubilités différentes, spectres différents.

Ces deux isomères sont séparables et stockables parce que la barrière de rotation est trop haute pour être franchie thermiquement — ce qui ne serait pas le cas s'il s'agissait d'une liaison simple. C'est le même blocage qui rend possible l'existence d'acides gras insaturés cis et trans distincts, avec les conséquences nutritionnelles que l'on sait, et c'est aussi lui qui permet à la rétine de fonctionner: l'absorption d'un photon par le rétinal fournit précisément l'énergie nécessaire pour franchir la barrière et convertir la forme 11-cis en forme tout-trans, changement de forme qui déclenche le signal nerveux. La vision repose sur l'isomérisation d'une double liaison.

Exercice

Combien de liaisons compte la molécule de propène ? (Répondez par un nombre entier.)

La théorie des orbitales moléculaires

Changer d'échelle

Les deux modèles précédents partagent une hypothèse: la liaison est localisée entre deux atomes, et l'on peut en parler indépendamment du reste de la molécule. Cette hypothèse est féconde et elle est fausse. La théorie des orbitales moléculaires (OM) l'abandonne, et postule que les électrons d'une molécule occupent des orbitales appartenant à la molécule entière, exactement comme les électrons d'un atome occupent des orbitales appartenant à l'atome entier.

Prenons le cas le plus simple: deux atomes d'hydrogène, donc deux orbitales notées et . Deux combinaisons sont possibles.

La combinaison en phase, . Les deux fonctions d'onde s'ajoutent entre les noyaux; la densité de probabilité y est renforcée. Les électrons placés dans cette orbitale passent une part importante de leur temps entre les deux noyaux, qu'ils attirent tous deux: l'énergie est abaissée par rapport aux atomes séparés. C'est une orbitale liante, notée .

La combinaison en opposition de phase, . Les deux fonctions s'annulent exactement à mi-chemin: il existe un plan nodal perpendiculaire à l'axe, où la densité électronique est nulle. Les électrons sont expulsés de la région internucléaire, les noyaux se repoussent sans écran, et l'énergie est élevée par rapport aux atomes séparés. C'est une orbitale antiliante, notée .

Un point souvent négligé: l'orbitale antiliante est davantage déstabilisée que l'orbitale liante n'est stabilisée. Une molécule comptant autant d'électrons liants qu'antiliants n'est donc pas simplement non liée: elle est répulsive.

L'ordre de liaison

Les orbitales moléculaires se remplissent exactement comme les orbitales atomiques du chapitre 3: par énergies croissantes (principe de construction), au plus deux électrons par orbitale et de spins opposés (principe d'exclusion de Pauli), et un électron seul dans chaque orbitale dégénérée avant tout appariement, avec des spins parallèles (règle de Hund).

. Deux électrons, tous deux dans : . La molécule existe, avec une liaison simple. Accord avec Lewis.

. Quatre électrons: deux dans , deux dans . L'ordre de liaison vaut : la molécule n'existe pas. Et comme l'orbitale antiliante est plus déstabilisée que la liante n'est stabilisée, le bilan énergétique est même défavorable, ce qui explique que l'hélium soit monoatomique dans toutes les conditions ordinaires. La théorie des OM prédit ici une non-existence, ce qu'aucun modèle de Lewis ne sait faire: une structure de Lewis de n'est pas absurde, elle est simplement inécrivable, ce qui n'est pas une prédiction.

Le même raisonnement explique pourquoi et ne sont pas observés dans les conditions ordinaires, alors que existe en phase vapeur avec un ordre de liaison de 1.

Les diatomiques homonucléaires de la deuxième période

Pour les éléments de la deuxième période, on combine les orbitales entre elles et les orbitales entre elles. Les orbitales méritent attention: celle qui pointe le long de l'axe internucléaire — appelons-le — se recouvre axialement et donne un couple / ; les deux autres, perpendiculaires à l'axe, se recouvrent latéralement et donnent deux couples dégénérés / . On retrouve, au niveau des orbitales moléculaires, la distinction / de la section précédente.

L'ordre énergétique des niveaux n'est pas le même dans toute la période:

  • pour , et , les orbitales sont sous , à cause d'un mélange (dit mélange ) entre les orbitales et de même symétrie, qui repousse vers le haut;
  • pour , et , l'écart est devenu assez grand pour que ce mélange soit négligeable, et l'ordre «naturel» se rétablit: passe sous .

Ce détail ne change jamais l'ordre de liaison — le nombre d'électrons liants et antiliants reste le même — mais il change la configuration détaillée, et donc les énergies d'ionisation et les spectres.

ÉnergieAtome OAtome OMolécule O2σ2sσ*2sσ2pπ2pπ*2pσ*2p2s2p2s2pOrdre de liaison = (84) / 2 = 212 électrons de valence; 2 célibataires en π* ⇒ O2 est paramagnétique
Figure 6.3. Diagramme d'orbitales moléculaires du dioxygène. Les douze électrons de valence (2s² 2p⁴ pour chaque oxygène) remplissent successivement σ2s, σ*2s, σ2p puis les deux orbitales π2p dégénérées; les deux derniers occupent les deux orbitales π*2p, chacun dans la sienne et de spins parallèles, conformément à la règle de Hund. Ces deux électrons célibataires, encadrés, sont la cause du paramagnétisme du dioxygène. L'ordre de liaison affiché est recalculé depuis les populations du diagramme: (8 − 4)/2 = 2. L'échelle des énergies est qualitative: elle respecte l'ordre des niveaux, pas leurs écarts réels.

Le diagramme du diazote se lit de la même manière, à deux différences près, et elles sont exactement celles que le paragraphe précédent annonce: l'ordre des niveaux est inversé — le mélange pousse au-dessus des deux — et il n'y a que dix électrons de valence à placer, deux de moins. Mettez les deux figures côte à côte: le remplissage s'arrête dans juste avant les orbitales antiliantes , alors que ce sont précisément elles qui reçoivent les deux derniers électrons de . Toute la différence entre les deux gaz de l'air tient dans ces deux électrons.

ÉnergieAtome NAtome NMolécule N2mélange s–p:σ2p au-dessus de π2pσ2sσ*2sπ2pσ2pπ*2pσ*2p2s2p2s2pOrdre de liaison = (82) / 2 = 310 électrons de valence; tous appariés ⇒ N2 est diamagnétique
Figure 6.4. Diagramme d'orbitales moléculaires du diazote, à comparer avec celui du dioxygène ci-dessus. Chez les éléments légers de la période — B₂, C₂, N₂ — le mélange s–p entre les orbitales 2s et 2pz, de même symétrie, repousse σ2p au-dessus des deux orbitales π2p dégénérées: c'est le niveau encadré, et c'est la seule différence d'ordonnancement avec le schéma de O₂ et F₂. Les dix électrons de valence (2s² 2p³ pour chaque azote) remplissent σ2s, σ*2s, les deux π2p puis σ2p; aucune orbitale antiliante 2p n'est occupée, tous les électrons sont appariés. L'ordre de liaison affiché est recalculé depuis les populations du diagramme: (8 − 2)/2 = 3, et la molécule est diamagnétique. L'échelle des énergies est qualitative: elle respecte l'ordre des niveaux, pas leurs écarts réels.

Remarquez ce que cette inversion ne change pas. Les huit électrons liants et les deux antiliants sont les mêmes dans les deux ordonnancements, donc l'ordre de liaison de vaut 3 quel que soit le schéma retenu. Ce qu'elle change, c'est l'identité de l'orbitale occupée la plus haute: , liante, pour — d'où l'affaiblissement de la liaison lorsqu'on ionise le diazote, exercice 6.4 — alors que c'est , antiliante, pour , dont l'ionisation renforce au contraire la liaison. La spectroscopie photoélectronique mesure directement ces énergies et confirme l'inversion; ce n'est pas un artifice de dessin.

Le paramagnétisme du dioxygène

Nous arrivons au meilleur argument de tout ce chapitre en faveur d'un modèle contre un autre.

Écrivez la structure de Lewis du dioxygène. Douze électrons de valence, une double liaison , deux doublets libres sur chaque oxygène: . Tous les électrons sont appariés. Toute substance dont tous les électrons sont appariés est diamagnétique: ses moments magnétiques de spin s'annulent deux à deux, et elle est très légèrement repoussée par un champ magnétique.

Or l'expérience dit le contraire, et elle le dit de manière spectaculaire. Versez de l'oxygène liquide entre les pôles d'un électroaimant puissant: le liquide s'y accroche et reste suspendu entre les pièces polaires au lieu de tomber. La démonstration est un classique des cours de chimie générale, elle se filme en trente secondes et elle ne laisse aucune place au doute. Le dioxygène est paramagnétique, c'est-à-dire attiré par un champ magnétique, ce qui n'est possible que s'il possède des électrons célibataires. Les mesures de susceptibilité magnétique précisent le compte: il y en a exactement deux.

La structure de Lewis n'explique pas ce fait. Elle ne le contredit pas par accident ou par imprécision: elle affirme exactement le contraire. On a bien tenté d'écrire sous forme de biradical avec une liaison simple et deux électrons célibataires, mais cette structure prédit alors un ordre de liaison de 1, donc une liaison faible et longue, ce que l'expérience dément tout aussi nettement (l'ordre mesuré est bien 2). Aucune structure de Lewis ne rend compte simultanément des deux faits.

La théorie des orbitales moléculaires les obtient tous les deux du même coup, sans aucune hypothèse supplémentaire. Remplissez le diagramme de la figure 6.3 avec les douze électrons de valence. Les dix premiers remplissent , , et les deux . Restent deux électrons, et deux orbitales dégénérées pour les accueillir. La règle de Hund, qui n'a rien été ajustée pour l'occasion et qui vient directement du chapitre 3, impose de les placer un dans chacune, avec des spins parallèles. Il y a donc exactement deux électrons célibataires: la molécule est paramagnétique. Et comme ces deux électrons sont antiliants, l'ordre de liaison vaut : la liaison est bien double.

Deux prédictions justes, tirées d'un diagramme dessiné pour d'autres raisons, contre deux échecs de la structure de Lewis. C'est ce résultat qui, à la fin des années 1920 et dans les années 1930, a imposé la théorie des orbitales moléculaires développée par Friedrich Hund, Robert Mulliken et John Lennard-Jones face à la théorie de la liaison de valence de Pauling, alors dominante. Mulliken a reçu le prix Nobel de chimie en 1966 pour ces travaux.

Il y a une leçon de méthode ici, et elle dépasse la chimie. Les trois modèles de ce chapitre ne se départagent pas par élégance ni par ancienneté, mais par ce qu'ils prédisent et qui peut être mis en défaut. Lewis et VSEPR sont d'excellents outils qui se trompent ici; la théorie des OM voit juste, et elle le paie en renonçant à l'image commode de la liaison localisée entre deux atomes. Un modèle se juge à ses échecs autant qu'à ses succès.

Trois modèles, trois usages

Il serait confortable de dire que la théorie des orbitales moléculaires a remplacé les deux autres. C'est faux en pratique: aucun chimiste ne construit un diagramme d'OM pour savoir si est pyramidal. Chaque modèle a son domaine, son coût et sa limite.

LewisVSEPR + hybridationOrbitales moléculaires
Ce qu'il donneconnectivité, doublets, charges formelles, résonancegéométrie 3D, angles, polarité, description /énergies des niveaux, ordre de liaison (même demi-entier), magnétisme, spectres
Ce qu'il coûteun dessin, trente secondesun comptage de domaines, une minuteun diagramme par molécule; un calcul numérique au-delà des diatomiques
Ce qu'il supposeliaisons localisées, règle de l'octetliaisons localisées, répulsion des domainesélectrons délocalisés sur la molécule entière
Là où il échoue paramagnétique, ordres demi-entiers, radicauxmétaux de transition, halogénures lourds; ne donne aucune énergieperd l'image intuitive de la liaison; lourd pour les grosses molécules
Quand l'utilisertoujours en premierpour la forme et la polaritéquand l'énergie, le magnétisme ou le spectre sont en jeu

La démarche ordinaire du chimiste est cumulative, pas exclusive: Lewis d'abord pour la connectivité et les doublets, VSEPR ensuite pour la forme et la polarité, les orbitales moléculaires en dernier, quand une propriété que les deux premiers ignorent — magnétisme, couleur, ordre de liaison non entier, réactivité photochimique — entre en jeu. Les trois modèles ne sont pas trois candidats à la vérité mais trois niveaux de résolution d'une même image, et savoir lequel convient à la question posée est une compétence à part entière.

Synthèse

  • VSEPR dispose les doublets de la couche de valence — liants et libres, une liaison multiple comptant pour un — de manière à maximiser leurs distances angulaires; le nombre stérique donne la géométrie des doublets, et la géométrie de la molécule est ce qu'il en reste quand on ne regarde que les atomes.
  • Les cinq géométries de base sont linéaire (180°), trigonale plane (120°), tétraédrique (109,47°), bipyramidale trigonale (120° et 90°) et octaédrique (90°); les doublets libres en dérivent les formes coudée, pyramidale trigonale, bascule, en T, carrée plane et pyramidale à base carrée. Un doublet libre ou une liaison multiple occupe plus de place et referme les autres angles: 109,5° pour , 106,7° pour , 104,5° pour , toutes valeurs expérimentales.
  • VSEPR prédit la géométrie et rien d'autre: ni liaison, ni énergie, ni magnétisme. Il échoue pour beaucoup de complexes des métaux de transition (champ des ligands) et pour certains halogénures d'éléments lourds comme , coudé alors qu'il devrait être linéaire.
  • Le moment dipolaire d'une molécule est la somme vectorielle des moments de liaison: , et sont apolaires par symétrie malgré des liaisons très polaires, tandis que (1,85 D), (1,47 D) et (1,04 D) sont polaires. L'additivité est semi-quantitative, et il faut savoir où on la teste: appliquée à l'eau ou à avec un moment de liaison déduit de leur propre mesure, elle ne fait que restituer cette mesure (vérification de cohérence interne); transportée d'une molécule à une autre, comme pour le chloroforme, elle surestime de 73 %.
  • L'hybridation , , correspond aux nombres stériques 2, 3 et 4 et reproduit exactement les angles VSEPR. C'est un changement de base mathématique, pas un processus que l'atome subirait; et sont aujourd'hui contestées pour les mêmes raisons que l'extension de l'octet.
  • Une liaison simple est une (recouvrement axial); une double est , une triple (recouvrement latéral). La liaison bloque la rotation, d'où l'isomérie cis/trans; l'éthène compte 5 et 1 et est plan, l'éthyne 3 et 2 et est linéaire.
  • La théorie des orbitales moléculaires combine les orbitales atomiques en orbitales liantes et antiliantes délocalisées; vaut 1 pour , 0 pour qui n'existe donc pas, 3 pour , 2 pour et 1 pour . L'ordre des niveaux s'inverse au milieu de la période: est au-dessus des chez , et (mélange ), au-dessous chez , et — comparez les figures 6.3 et 6.4. Cette inversion ne change aucun ordre de liaison, seulement l'identité de l'orbitale occupée la plus haute. Le paramagnétisme de , que Lewis contredit et que les OM prédisent par la seule règle de Hund appliquée aux deux orbitales dégénérées, est l'argument décisif en faveur de ce modèle.

Série d'exercices du chapitre 6

Exercice 1 sur 5
Exercice

Quelle est la géométrie moléculaire du tétrafluorure de xénon ?

Problème guidé

Le dioxyde de soufre, de la formule au moment dipolaire

Le dioxyde de soufre est un polluant atmosphérique majeur issu de la combustion de carburants soufrés et de la métallurgie; c'est aussi un intermédiaire du procédé de contact qui produit l'acide sulfurique. Nous allons partir de sa formule brute et arriver à son moment dipolaire, étape par étape. On utilisera pour la dernière question l'angle mesuré de et un moment de liaison .

  1. 1

    Compter les électrons de valence

    Le soufre appartient au groupe 16, l'oxygène aussi. Combien d'électrons de valence la molécule compte-t-elle au total?

    Exercice

    Nombre total d'électrons de valence de .

  2. Déterminer le nombre stérique du soufre

  3. En déduire géométrie, hybridation et angle idéal

  4. Calculer le moment dipolaire

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 6.1 · Quatre géométries à prédire

Pour chacune des espèces suivantes, écrivez le nombre d'électrons de valence, le nombre de doublets liants et libres autour de l'atome central, la notation , la géométrie des doublets, la géométrie de la molécule et l'angle attendu: (gazeux), , , .

Solution

(gazeux). Électrons de valence: . Deux liaisons ; les six doublets libres restants sont sur les chlores (trois chacun), et le béryllium n'en garde aucun — c'est un cas de déficit d'octet vu au chapitre 5. Donc , , : , géométrie des doublets linéaire, molécule linéaire, angle 180°. Hybridation . La molécule est apolaire malgré des liaisons très polaires.

. Électrons de valence: . Autour de l'azote: deux domaines liants (une liaison simple et une double, en résonance) et un doublet libre. Donc , , : , géométrie des doublets trigonale plane, molécule coudée, angle un peu inférieur à 120° — la valeur mesurée est d'environ 115°. Hybridation .

. Électrons de valence: . Cinq liaisons , aucun doublet libre sur le phosphore: , , . , géométrie des doublets et de la molécule bipyramidale trigonale, angles 120° entre positions équatoriales et 90° entre axiale et équatoriale. Molécule apolaire par symétrie. L'hybridation traditionnellement invoquée est , notation à employer avec la réserve exposée dans ce chapitre.

. Électrons de valence: , soit 21 doublets. Cinq liaisons , chaque fluor garde 3 doublets libres (15 au total): il reste doublet libre sur le brome. Donc , , : , géométrie des doublets octaédrique, molécule pyramidale à base carrée. Le doublet libre repousse les quatre liaisons de la base sous l'horizontale: l'angle mesuré est d'environ 84,8°, et non 90°. Molécule polaire, puisque le doublet libre brise la symétrie de l'octaèdre.

Exercice 6.2 · Polarité de cinq molécules

Parmi , , , et , lesquelles sont polaires? Justifiez chaque réponse par la géométrie, non par la seule électronégativité.

Solution

Toutes ces molécules ont des liaisons franchement polaires: la question est uniquement celle de la compensation vectorielle.

— polaire. Géométrie tétraédrique, mais les quatre substituants ne sont pas identiques: deux hydrogènes et deux chlores. Les deux moments (grands, dirigés vers les chlores) ne sont pas compensés par les deux moments (petits, et dirigés vers le carbone). La résultante est non nulle: .

— apolaire. Géométrie tétraédrique avec quatre substituants identiques. Les quatre vecteurs unitaires tétraédriques ont une somme nulle, donc . C'est la symétrie, et elle seule, qui annule la résultante.

— apolaire. : les trois moments équatoriaux, à 120° dans un plan, s'annulent entre eux comme dans ; les deux moments axiaux sont exactement opposés et s'annulent aussi. Résultante nulle.

— polaire. , géométrie en bascule. Le doublet libre occupe une position équatoriale et brise la symétrie: les deux moments équatoriaux restants ne sont plus compensés, et les deux moments axiaux, pliés l'un vers l'autre à 173° au lieu de 180°, ne s'annulent plus tout à fait non plus. .

— apolaire. , carrée plane. Les deux doublets libres sont opposés et leurs effets se compensent; les quatre moments forment un carré et s'annulent deux à deux. Résultante nulle.

Règle à retenir. Une molécule est apolaire lorsque tous les substituants de l'atome central sont identiques et que leurs positions sont équivalentes par symétrie. Il suffit qu'une de ces deux conditions tombe — substituants différents comme dans , ou symétrie brisée par un doublet libre comme dans — pour que la molécule soit polaire.

Exercice 6.3 · Hybridations, σ et π dans l'acétonitrile

L'acétonitrile est un solvant très employé en chromatographie liquide. Donnez l'hybridation de chacun des deux carbones et de l'azote, le nombre de liaisons et de liaisons de la molécule, et la géométrie autour de chaque carbone. La molécule est-elle polaire?

Solution

Hybridations. Le carbone du groupe méthyle porte trois liaisons et une liaison : quatre domaines, donc , géométrie tétraédrique, angles voisins de 109,5°. Le second carbone porte une liaison et le domaine de la triple liaison: deux domaines, donc , géométrie linéaire, angle 180°. L'azote porte le domaine de la triple liaison et un doublet libre: deux domaines, donc également.

Comptage des liaisons. Trois liaisons , toutes . Une liaison simple , . La triple liaison apporte une et deux . Total: 5 liaisons et 2 liaisons .

Géométrie d'ensemble. Le fragment est rigoureusement linéaire (trois atomes alignés), tandis que le groupe méthyle conserve sa forme tétraédrique autour de son propre carbone.

Polarité. La molécule est fortement polaire: , l'une des valeurs les plus élevées parmi les solvants organiques courants. La raison est double: la liaison est très polaire (l'azote est nettement plus électronégatif que le carbone) et, surtout, la géométrie linéaire de ce fragment aligne le moment de la triple liaison avec le doublet libre de l'azote au lieu de le compenser. Rien dans la molécule ne vient annuler cette contribution, contrairement à ce qui se passe dans où deux contributions identiques et opposées se détruisent. C'est ce moment dipolaire élevé, joint à une faible viscosité, qui fait de l'acétonitrile un solvant de choix en chromatographie en phase inverse.

Exercice 6.4 · Une série d'ordres de liaison

Pour , , , , et , donnez le nombre d'électrons de valence, l'ordre de liaison, et dites si l'espèce est paramagnétique ou diamagnétique. Classez ensuite , et par énergie de liaison décroissante et vérifiez la cohérence avec les ordres de liaison.

Solution

On rappelle que seuls les électrons de valence interviennent et que .

EspèceÉlectrons de valenceLiantsAntiliantsOrdreMagnétisme
10823diamagnétique
9722,5paramagnétique (1 célibataire)
12842paramagnétique (2 célibataires)
14861diamagnétique
14861diamagnétique
16880— (n'existe pas)

Commentaires. Pour , on retire un électron de l'orbitale occupée la plus haute, qui est (liante, dans le schéma des éléments légers): on perd donc un électron liant, l'ordre tombe à 2,5 et la liaison s'allonge de 110 à 112 pm. C'est l'un des rares cas où ioniser une molécule l'affaiblit franchement — comparez à , où l'électron retiré est antiliant et où la liaison se renforce.

et ont le même nombre d'électrons de valence, le même remplissage et le même ordre de liaison: ce sont des espèces isoélectroniques. a toutes ses orbitales, liantes comme antiliantes, remplies: ordre nul, aucune molécule.

Classement par énergie. (945 kJ·mol⁻¹, ordre 3) (498 kJ·mol⁻¹, ordre 2) (159 kJ·mol⁻¹, ordre 1). L'énergie décroît bien avec l'ordre de liaison, et les longueurs (110, 121, 142 pm) croissent en sens inverse. La décroissance n'est pas proportionnelle — passer de 3 à 2 coûte 447 kJ·mol⁻¹ et passer de 2 à 1 en coûte 339 —, et la faiblesse particulière de s'explique en outre par la répulsion entre les doublets libres des deux fluors, très proches l'un de l'autre sur une liaison courte.

Exercice 6.5 · Le tétrachlorométhane et le chloroforme, calcul complet

(a) Démontrez que la somme des quatre vecteurs unitaires pointant du centre d'un tétraèdre régulier vers ses sommets est nulle, et concluez quant à la polarité de .

(b) En admettant l'additivité des moments de liaison avec et (dirigé de vers ), estimez le moment dipolaire du chloroforme . Comparez à la valeur mesurée de et commentez.

Solution

(a) Plaçons le centre du tétraèdre à l'origine et ses quatre sommets aux quatre coins alternés d'un cube d'arête 2 centré à l'origine:

Chacun est bien unitaire, puisque . Le produit scalaire de deux quelconques d'entre eux vaut , ce qui redonne l'angle tétraédrique et confirme que ces quatre vecteurs décrivent bien un tétraèdre régulier. Leur somme se calcule composante par composante:

Argument de symétrie, équivalent et plus court. La somme est invariante par toute opération de symétrie du tétraèdre, en particulier par les rotations d'ordre 3 autour de chacun des quatre axes . Le seul vecteur invariant par deux rotations d'axes distincts est le vecteur nul, donc .

Conclusion pour . Les quatre moments de liaison sont égaux en norme — les quatre liaisons sont identiques — et portés par ces quatre directions. Leur somme est donc : le tétrachlorométhane est apolaire, bien que chacune de ses liaisons soit nettement polaire (). C'est une propriété de la géométrie, pas de la liaison.

(b) Prenons l'axe selon la liaison , orienté du carbone vers l'hydrogène. Chacune des trois liaisons fait avec cet axe l'angle tétraédrique , dont le cosinus vaut . Par symétrie de révolution d'ordre 3, les composantes des trois moments perpendiculaires à s'annulent exactement; seules subsistent leurs composantes axiales:

c'est-à-dire dirigées à l'opposé de l'hydrogène, vers les chlores. Le moment , dirigé de vers (le carbone est légèrement plus électronégatif que l'hydrogène), pointe dans le même sens, donc . Total:

Comparaison. La valeur mesurée est : le modèle additif surestime de 73 %, puisque . L'erreur est donc majeure, alors que le même modèle appliqué à l'eau reproduit la mesure à trois chiffres significatifs.

Commentaire. L'hypothèse fautive est l'additivité elle-même: elle suppose qu'un moment de liaison ne dépend que des deux atomes qu'elle unit. Dans le chloroforme, les trois chlores sont proches les uns des autres et leurs nuages électroniques se polarisent mutuellement; chaque liaison est en réalité moins polaire que dans un environnement isolé. Il faudrait de plus tenir compte des moments induits par les doublets libres des chlores. Retenez la règle d'usage: le modèle additif est fiable pour prédire si une molécule est polaire ou non, et pour classer des molécules de la même famille; il n'est pas un instrument de mesure du moment dipolaire.

Références

  • Atkins, P. et Jones, L., Principes de chimie, De Boeck Supérieur — chapitres sur la forme des molécules et les orbitales moléculaires; exposé de référence du modèle VSEPR et du diagramme d'OM des diatomiques de la deuxième période.
  • Chang, R. et Overby, J., Chimie générale, Dunod — présentation progressive de VSEPR, de l'hybridation et des liaisons et , avec de nombreux exercices résolus.
  • Petrucci, R. et al., Chimie générale, Pearson — traitement détaillé des géométries dérivées et de la polarité moléculaire.
  • Housecroft, C. et Constable, E., Chemistry, Pearson — discussion critique de l'hybridation et et des liaisons à trois centres.
  • Atkins, P. et de Paula, J., Chimie physique, De Boeck Supérieur — fondement quantique de la CLOA, du mélange et de l'ordre de liaison.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press — source des angles de liaison, longueurs de liaison, énergies de dissociation et moments dipolaires expérimentaux cités dans ce chapitre.

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