Chapitre 4

Tableau périodique et propriétés périodiques

Construction du tableau, charge nucléaire effective, rayons, énergies d'ionisation, affinité électronique et électronégativité.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • raconter comment on est passé des triades de Döbereiner à la loi périodique, et expliquer pourquoi les cases vides de Mendeleïev, puis le travail de Moseley, sont les deux moments décisifs de cette histoire;
  • placer un élément dans le tableau à partir de sa configuration électronique, et faire l'opération inverse, en utilisant les blocs , , et ;
  • nommer les grandes familles (alcalins, alcalino-terreux, métaux de transition, halogènes, gaz nobles) et donner pour chacune une réaction caractéristique écrite et équilibrée;
  • calculer une charge nucléaire effective par les règles de Slater, et vous en servir pour prédire une tendance plutôt que pour la mémoriser;
  • expliquer les tendances du rayon atomique, du rayon ionique, de l'énergie d'ionisation, de l'affinité électronique et de l'électronégativité, y compris leurs exceptions, à partir de , du nombre de couches et de la structure des orbitales;
  • annoncer, à partir des seules positions de deux éléments dans le tableau, le caractère métallique, l'acidité de leur oxyde et la polarité de la liaison qu'ils formeraient.

4.1 De la classification empirique à la loi périodique

Il existe aujourd'hui 118 éléments chimiques connus. Rien, a priori, n'oblige cette collection à s'organiser: on aurait pu tomber sur 118 substances toutes différentes, sans parenté, qu'il aurait fallu apprendre une à une. Ce n'est pas ce qui s'est produit. Dès le début du XIXᵉ siècle, des chimistes qui ne savaient rien de l'électron, rien du noyau et rien des orbitales ont remarqué que certains éléments se ressemblaient au point de former des familles, et que ces familles revenaient à intervalles réguliers quand on rangeait les éléments par masse atomique croissante. Ce chapitre raconte comment cette régularité observée est devenue une loi, puis comment la mécanique quantique du chapitre 3 en a fourni l'explication.

Les triades de Döbereiner

Vers 1817, Johann Wolfgang Döbereiner remarque que le calcium, le strontium et le baryum se comportent chimiquement de la même manière, et que la masse atomique de celui du milieu est à peu près la moyenne de celles des deux autres. Avec les masses molaires actuelles, en g·mol⁻¹:

TriadeExtrêmesMoyenne des extrêmesValeur mesurée pour l'élément central
Li, Na, K6,94 et 39,1023,0222,99
Ca, Sr, Ba40,08 et 137,3388,7187,62
Cl, Br, I35,45 et 126,9081,1879,90
S, Se, Te32,06 et 127,6079,8378,97

L'accord est remarquable pour les alcalins (0,1 % d'écart) et correct pour les autres (de 1,1 à 1,6 %). Döbereiner ne disposait évidemment pas de ces masses-là, mais l'ordre de grandeur de son observation était le bon. Le défaut de la méthode est qu'elle ne dit rien de ce qu'il faut faire des éléments qui n'entrent dans aucune triade, et à l'époque ils étaient la majorité. Une régularité qui ne s'applique qu'à une poignée de cas choisis n'est pas encore une loi: c'est une coïncidence en attente d'explication ou de réfutation.

Les octaves de Newlands

En 1865, John Newlands range les éléments connus par masse atomique croissante et observe que le huitième ressemble au premier, le neuvième au deuxième, et ainsi de suite. Il baptise cela la loi des octaves, par analogie avec la gamme musicale. La Chemical Society de Londres refuse de publier son mémoire, et l'un de ses membres lui demande publiquement s'il a essayé de ranger les éléments par ordre alphabétique. La moquerie était injuste sur le fond mais pas totalement sur la forme: la périodicité de huit ne survit pas au-delà du calcium, parce que les métaux de transition n'y sont pas prévus, et Newlands a défendu sa règle en entassant deux éléments dans une même case plutôt qu'en admettant que la période changeait de longueur. Il tenait une vraie régularité — nous savons aujourd'hui qu'elle vient du remplissage de huit cases et — mais il en a fait une loi rigide là où il fallait une loi souple.

Mendeleïev: l'audace des cases vides

En 1869, Dmitri Mendeleïev publie une classification qui ressemble aux précédentes par son principe — les éléments rangés par masse atomique croissante, les familles en colonnes — et qui s'en distingue par une décision de méthode qui change tout. Quand un élément ne tombe pas dans la bonne colonne, Mendeleïev ne le force pas: il laisse la case vide et déclare que l'élément correspondant existe mais n'a pas encore été découvert. Puis, et c'est là que la classification cesse d'être un rangement pour devenir une théorie, il prédit les propriétés de ces éléments absents en interpolant celles de leurs voisins de ligne et de colonne.

Il nomme ces éléments par le préfixe sanskrit eka («un», au sens de «le suivant»): l'eka-aluminium sous l'aluminium, l'eka-silicium sous le silicium, l'eka-bore sous le bore. Il annonce pour chacun une masse atomique, une densité, une formule d'oxyde, une formule de chlorure, parfois une température de fusion et jusqu'à la méthode qui permettra de l'isoler.

Mendeleïev a également pris une seconde liberté avec ses propres règles: là où la masse atomique aurait imposé un ordre contraire à la chimie, il a suivi la chimie. Il a placé le tellure avant l'iode, alors que le tellure est plus lourd, parce que l'iode ressemble au brome et au chlore et que le tellure ressemble au soufre et au sélénium. Il supposait que les masses mesurées étaient fausses. Elles ne l'étaient pas, et il a fallu attendre presque un demi-siècle pour comprendre pourquoi il avait tout de même raison.

Moseley: le numéro atomique remplace la masse

En 1913, Henry Moseley bombarde des cibles métalliques avec des électrons et mesure la fréquence des rayons X caractéristiques émis. Il découvre que la racine carrée de cette fréquence est une fonction affine d'un entier qui numérote les éléments:

et sont des constantes propres à la série de raies observée ( pour la série , ce que le chapitre 3 permet d'interpréter: l'électron qui retombe sur la couche y voit une charge nucléaire écrantée par l'unique électron restant). Cet entier n'est pas la masse: c'est le numéro atomique, c'est-à-dire le nombre de protons du noyau — et, pour l'atome neutre, le nombre d'électrons.

Le classement par résout d'un coup toutes les inversions que Mendeleïev avait dû imposer à la main:

PaireMasses molaires (g·mol⁻¹)Numéros atomiques
Ar puis K39,95 puis 39,1018 puis 19
Co puis Ni58,93 puis 58,6927 puis 28
Te puis I127,60 puis 126,9052 puis 53

Dans les trois cas la masse décroît alors que le numéro atomique croît, et c'est le numéro atomique qui donne l'ordre chimiquement juste. On comprend aussi pourquoi la masse trompe: elle dépend du nombre de neutrons et de l'abondance des isotopes, deux grandeurs qui n'ont aucun effet sur la chimie de l'élément, laquelle ne dépend que du cortège électronique.

Origine de la loi. La périodicité des propriétés est la conséquence de la périodicité des configurations électroniques établies au chapitre 3. L'ordre de remplissage , , , , , , , … fait que la configuration de valence revient pour , , , , , — et c'est exactement la colonne des alcalins. Deux atomes de même configuration de valence ont des électrons externes dans le même type d'orbitale, avec le même nombre d'électrons célibataires et des énergies voisines: ils font la même chimie. La loi périodique n'est donc pas un fait brut à mémoriser, c'est un théorème de la structure électronique.

Exercice

Pourquoi la classification de Mendeleïev est-elle considérée comme scientifiquement supérieure aux octaves de Newlands, alors que les deux reposent sur le même classement par masse atomique croissante?

4.2 Architecture du tableau: périodes, groupes et blocs

bloc sbloc dbloc p1234567891011121314151617181234567HHeLiBeBCNOFNeNaMgAlSiPSClArKCaFeCuZnBrKrRbAgIXeCsBa*AuHgPbRnFrRa**bloc f détaché (* 4f, période 6 · ** 5f, période 7)CeLuThU***bloc s — valence ns¹⁻²bloc d — valence (n−1)d¹⁻¹⁰ ns²bloc p — valence ns² np¹⁻⁶bloc f — valence (n−2)f¹⁻¹⁴Groupe 1: alcalins · 2: alcalino-terreux · 17: halogènes · 18: gaz nobles
Figure 4.1. Tableau périodique schématique. Les 118 cases sont dessinées à leur position réelle et colorées par bloc, mais seuls des éléments repères portent leur symbole: à 30 pixels de large, une case ne peut pas contenir à la fois un symbole lisible et un numéro atomique, et écrire les 118 symboles obligerait à descendre sous la taille de texte minimale. Les périodes 1 à 3, dont ce chapitre se sert constamment, sont donc annotées en entier; les périodes 4 à 7 ne portent que des jalons. L'hélium est coloré comme un élément du bloc s, ce qu'il est (1s²), bien qu'il soit placé dans le groupe 18 avec les gaz nobles dont il partage l'inertie.

La position code la configuration de valence

Voici le message central de ce chapitre, et il tient en une phrase: la position d'un élément dans le tableau et sa configuration électronique de valence sont deux façons d'écrire la même information.

Exercice

Rangez ces sous-couches dans l'ordre où elles se remplissent selon la règle de Klechkowski, de la première à la dernière.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • 3p
  • 2.
  • 5s
  • 3.
  • 3d
  • 4.
  • 4s
  • 5.
  • 3s
  • 6.
  • 4d
  • 7.
  • 4p

4.3 Les familles d'éléments

Métaux, non-métaux et métalloïdes

La première partition du tableau est physique avant d'être chimique. Les métaux occupent la gauche et le centre: ils sont brillants, conducteurs de la chaleur et de l'électricité, ductiles, et ils forment des cations en perdant des électrons. Les non-métaux occupent le coin supérieur droit: ils sont mauvais conducteurs, souvent gazeux ou solides fragiles, et ils forment des anions ou des liaisons covalentes. Entre les deux court une frontière en escalier — bore, silicium, germanium, arsenic, antimoine, tellure — où se trouvent les métalloïdes, qui possèdent des propriétés intermédiaires. Le silicium en est l'exemple économiquement décisif: il conduit mal à froid et bien quand on le dope, ce qui est la définition d'un semi-conducteur.

Environ 80 % des éléments sont des métaux. La frontière métaux/non-métaux n'est pas une ligne nette mais une transition progressive, et certains éléments changent de camp selon leur variété allotropique: l'étain gris est un semi-conducteur, l'étain blanc est un métal.

Le groupe 1: les alcalins

Configuration de valence . Ils perdent leur unique électron avec une facilité qui augmente quand on descend le groupe, et donnent des cations de charge unique. Ce sont les métaux les plus réducteurs du tableau. Ils réagissent avec l'eau en libérant du dihydrogène et en formant une solution basique:

La violence de la réaction croît du lithium au césium: le lithium bouillonne, le sodium fond en une bille qui court à la surface, le potassium enflamme le dihydrogène produit, le rubidium et le césium réagissent explosivement. La raison sera donnée au paragraphe 4.6: l'énergie d'ionisation diminue quand on descend le groupe. On les conserve sous huile minérale parce qu'ils réagissent aussi avec le dioxygène et la vapeur d'eau de l'air. L'hydrogène, malgré sa configuration , n'est pas un alcalin: il est non-métallique dans les conditions ordinaires et son énergie d'ionisation, , est presque trois fois celle du lithium.

Le groupe 2: les alcalino-terreux

Configuration , cations . Moins réducteurs que les alcalins, parce qu'il faut arracher deux électrons et non un, mais la réactivité croît là aussi vers le bas: le béryllium ne réagit pas avec l'eau, le magnésium seulement avec l'eau chaude, le calcium à froid:

Les ions et sont responsables de la dureté des eaux: dans le bassin lémanique, l'eau qui a percolé des roches calcaires en est chargée, et c'est la précipitation de qui entartre les chauffe-eau. Le carbonate de calcium est aussi la matière première du ciment, industrie helvétique de longue date.

Les groupes 3 à 12: les métaux de transition

Le bloc se remplit. Comme la sous-couche est interne par rapport à la sous-couche déjà occupée, les électrons ajoutés d'un élément au suivant modifient peu la couche externe: les propriétés varient beaucoup plus lentement le long d'une période du bloc que le long d'une période du bloc . De là trois caractères typiques:

  • plusieurs degrés d'oxydation, parce que les électrons et ont des énergies voisines et peuvent être perdus ensemble ou séparément: le fer donne et , le manganèse va de à dans ;
  • des composés colorés, parce que les transitions électroniques entre orbitales éclatées par l'environnement tombent dans le visible: est bleu, est violet;
  • des complexes de coordination, les orbitales vacantes acceptant les doublets libres de ligands.

Ce sont aussi les métaux d'usage: fer et acier, cuivre des conducteurs, zinc de la galvanisation, platine et palladium des catalyseurs.

Le groupe 17: les halogènes

Configuration . Il leur manque un électron pour atteindre la configuration du gaz noble suivant, et ils le prennent volontiers: ce sont les non-métaux les plus oxydants. Ils existent à l'état de corps simples diatomiques , , , , respectivement gaz jaune pâle, gaz vert-jaune, liquide brun-rouge et solide violet — la variation des états physiques dans une colonne est elle-même une propriété périodique, sur laquelle le chapitre 7 reviendra. Le pouvoir oxydant diminue vers le bas du groupe, ce qui se vérifie par des réactions de déplacement:

Le dichlore déplace le bromure, le dibrome déplace l'iodure, mais l'inverse n'a pas lieu. Avec les métaux, ils donnent des sels ioniques: .

Le groupe 18: les gaz nobles

Configuration (et pour l'hélium): toutes les sous-couches de valence sont pleines. Ils sont monoatomiques, chimiquement très peu réactifs, et leurs énergies d'ionisation sont les plus élevées de leur période. On les a longtemps appelés «gaz inertes», ce qui était une erreur: dès 1962 Neil Bartlett a préparé un composé du xénon, et on connaît aujourd'hui , , et quelques composés du krypton et du radon. L'inertie n'est donc pas absolue; elle décroît vers le bas du groupe, là où l'énergie d'ionisation devient assez faible pour que la chimie redevienne possible. Le mot «noble» est en revanche bien choisi: comme les métaux nobles, ils réagissent peu, pas jamais.

Exercice

Le dibrome est ajouté à une solution contenant des ions iodure et à une autre contenant des ions chlorure . Que prévoyez-vous?

4.4 La charge nucléaire effective

Tout ce qui suit — rayons, énergies d'ionisation, affinités, électronégativité — se déduit d'une seule idée, qu'il faut donc installer avant les tendances qu'elle explique.

Dans un atome à un seul électron, celui-ci ressent la charge nucléaire entière . Dans un atome à plusieurs électrons, un électron de valence ressent beaucoup moins: les électrons des couches internes s'interposent entre lui et le noyau, et leur charge négative annule une partie de l'attraction. On dit qu'ils écrantent le noyau.

Deux effets se combinent. L'écrantage proprement dit: plus il y a d'électrons entre le noyau et l'électron considéré, plus est grand. Et la pénétration: à égal, une orbitale a une densité de probabilité non nulle tout près du noyau — le chapitre 3 l'a montré sur les densités radiales — alors qu'une orbitale y est nulle, et une orbitale encore plus repoussée. Un électron pénètre donc mieux l'écran des couches internes, ressent un plus grand, et se trouve plus bas en énergie qu'un électron de la même couche. C'est l'origine de l'ordre dans un atome polyélectronique, et nous verrons au paragraphe 4.6 que c'est aussi l'origine d'une des deux grandes anomalies des énergies d'ionisation.

Les règles de Slater

Estimer exactement demande un calcul de structure électronique. En 1930, John Slater a proposé un jeu de règles empiriques qui donnent une estimation en quelques secondes et suffisent largement à prédire le sens des tendances.

Ce que fait le long d'une période

Appliquons la règle à la période 2 et à la période 3 entières. Chaque élément ajoute un proton ( augmente de 1) et un électron dans la même couche, qui n'écrante qu'à hauteur de 0,35:

Période 2LiBeBCNOFNe
1,301,952,603,253,904,555,205,85
Période 3NaMgAlSiPSClAr
2,202,853,504,154,805,456,106,75

L'incrément est constant et vaut par case. C'est le résultat structurant de tout le chapitre: le long d'une période, la charge effective augmente régulièrement à nombre de couches constant; le long d'un groupe, elle est presque constante et c'est le nombre de couches qui augmente. Les deux tendances orthogonales que vous allez rencontrer cinq fois de suite viennent de là.

Exercice

Calculez, par les règles de Slater, la charge nucléaire effective ressentie par un électron de l'atome de chlore ().

4.5 Rayon atomique et rayon ionique

Période 3: Zeff augmente, le rayon diminuerayons en pmNa186Mg160Al143Si118P110S103Cl100Zeff passe de 2,20 à 6,10Groupe 1: une couche de plus à chaque ligneLi152Na186K227Rb248Cs265n passe de 2 à 6, Zeff reste ≈ 2,2Cations plus petits, anions plus grandsNa186Na+102Mg160Mg2+72Cl100Cl181
Figure 4.2. Rayons atomiques et ioniques, disques de rayon proportionnel à la valeur tabulée (en picomètres). En haut, la période 3: la charge effective passe de 2,20 à 6,10 à nombre de couches constant et le rayon perd 46 %. Au milieu, le groupe 1: la charge effective reste voisine de 2,2 mais une couche s'ajoute à chaque ligne et le rayon augmente de 74 % du lithium au césium. En bas, l'atome neutre comparé à son ion: le sodium perd 45 % de son rayon en devenant Na⁺, le chlore en gagne 81 % en devenant Cl⁻. Valeurs tabulées usuelles: rayon métallique pour les métaux, covalent pour les non-métaux, ioniques de type Shannon pour les ions.

Dans une période: le rayon diminue

Du sodium au chlore, le rayon passe de 186 à 100 pm, soit une contraction de 46 % en sept cases. L'explication n'est pas «parce qu'il y a plus d'électrons» — il y en a plus, en effet, et on pourrait croire que l'atome grossit. Elle est que ces électrons entrent tous dans la même couche, où ils s'écrantent très mal les uns les autres (0,35 seulement), pendant que le noyau gagne une charge entière à chaque case. La charge effective monte de 0,65 par pas, l'attraction sur chaque électron de valence augmente, et le nuage électronique est tiré vers l'intérieur.

Le même raisonnement vaut pour la période 2, où le rayon passe de 152 pm (Li) à 72 pm (F). Dans les métaux de transition, la contraction existe aussi mais elle est beaucoup plus faible, puis s'inverse en fin de série: les électrons ajoutés sont internes par rapport à la couche et écrantent bien, si bien que vue par les électrons augmente à peine, tandis que la répulsion entre électrons finit par l'emporter.

Dans un groupe: le rayon augmente

Du lithium au césium, le rayon passe de 152 à 265 pm, un facteur 1,74. La charge effective, on l'a calculée, reste voisine de 2,2 à partir du sodium: ce n'est donc pas elle qui varie. Ce qui varie, c'est . Une orbitale de nombre quantique principal plus grand a son maximum de densité radiale plus loin du noyau, et le rayon suit. La règle générale est donc:

Dans une période, le rayon diminue de gauche à droite ( augmente). Dans un groupe, il augmente de haut en bas ( augmente). Le plus petit atome se trouve en haut à droite (hélium, puis fluor parmi les éléments qui font de la chimie); les plus gros en bas à gauche (césium, francium).

Rayons ioniques

Un cation est toujours plus petit que l'atome dont il dérive. Deux causes s'additionnent. D'abord, pour les éléments des blocs et , la perte des électrons de valence vide la couche externe: a sa valence en , a sa dernière couche en . Ensuite, les électrons restants sont moins nombreux à se partager la même charge nucléaire, donc mieux attirés. Le calcul de Slater le chiffre: dans neutre, l'électron ressent 2,20; dans , un électron ressent . Le rayon passe de 186 à 102 pm, soit %.

Un anion est toujours plus gros que l'atome dont il dérive. L'électron supplémentaire entre dans la couche de valence déjà occupée, la charge nucléaire ne change pas, et la répulsion entre électrons l'emporte: le nuage gonfle. Le chlore passe de 100 à 181 pm, soit %.

Les séries isoélectroniques

La série à dix électrons, de configuration , est l'exemple canonique. Toutes ces espèces ont la même constante d'écran vue par un électron :

et donc une charge effective qui ne dépend plus que de :

Espèce
789111213
2,853,854,856,857,858,85
Rayon (pm)1461401331027254

Le rayon décroît de façon monotone quand croît, et l'accord avec est qualitativement parfait: même nombre d'électrons, même écran, mais un noyau de plus en plus chargé qui les tire de plus en plus fort. C'est un bon test de compréhension, parce que l'intuition naïve — «plus de charge négative, plus gros» — donne la réponse inverse pour les trois anions et se trompe.

Exercice

Toujours par les règles de Slater et dans la série isoélectronique à dix électrons, quelle charge nucléaire effective un électron ressent-il dans l'ion ?

4.6 Énergie d'ionisation

05001000150020002500I1 (kJ·mol⁻¹)numéro atomique ZHHeLiBeBCNOFNeNaMgAlSiPSClArKCa2 → 132 → 1315 → 1615 → 16Creux 2 → 13: le nouvel électron occupe une orbitale np, plus haute que ns.Creux 15 → 16: le 4ᵉ électron np s’apparie dans une orbitale déjà occupée.
Figure 4.3. Énergie de première ionisation en fonction du numéro atomique, de l'hydrogène au calcium. Tous les points proviennent d'un tableau de valeurs tabulées standard déclaré en tête du fichier de la figure, aucun n'est placé à la main. Les maxima tombent sur les gaz nobles (He, Ne, Ar) et les minima sur les alcalins (Li, Na, K): c'est la périodicité. Les huit points en bleu marquent les quatre creux — deux par creux, l'élément avant et l'élément après — qui relèvent de deux familles contredisant la montée régulière attendue le long d'une période, et que le texte explique.

La tendance générale, et pourquoi

Le long d'une période, augmente. La charge effective augmente de 0,65 par case, l'électron de valence est plus fortement retenu, il coûte plus cher à arracher. Du lithium au néon, est multipliée par 4,00 (); du sodium à l'argon, par 3,07 ().

Le long d'un groupe, diminue. La charge effective stagne mais l'électron de valence est de plus en plus loin du noyau, donc de moins en moins retenu: , , pour Li, Na, K. C'est la justification quantitative de ce qui a été annoncé au paragraphe 4.3 sur la violence croissante de la réaction des alcalins avec l'eau.

Les chutes brutales marquent les débuts de période. De l'hélium au lithium, est divisée par 4,56; du néon au sodium, par 4,20; de l'argon au potassium, par 3,63. À chaque fois, l'électron arraché vient d'une couche nouvelle, plus éloignée et bien mieux écrantée. Ces chutes sont la signature visuelle de la périodicité sur la figure 4.3.

Les deux anomalies, et pourquoi elles valent mieux que la tendance

Si ne dépendait que de , la montée le long d'une période serait monotone. Elle ne l'est pas: deux creux reviennent dans chaque période du bloc . Ces exceptions sont plus instructives que la règle, parce qu'elles n'ont aucune explication dans le modèle grossier «charge effective seule» et qu'elles en ont une, exacte et simple, dans le modèle des orbitales.

Premier creux: du groupe 2 au groupe 13.

BeBMgAl
()899801738577
Variation

(La table donne pour l'aluminium; ce chapitre arrondit à 577 partout, y compris dans la figure 4.3 et dans l'exemple 4.4.)

a pourtant augmenté de 0,65 dans les deux cas. Ce qui a changé, c'est l'orbitale de départ: le béryllium est et perd un électron ; le bore est et perd un électron . Or une orbitale pénètre moins bien l'écran des couches internes qu'une orbitale de même , donc elle est plus haute en énergie, donc son électron part plus facilement. L'effet de pénétration l'emporte ici sur l'augmentation de .

Second creux: du groupe 15 au groupe 16.

NOPS
()1402131410121000
Variation

Ici, c'est l'appariement qui est en cause. L'azote a la configuration de valence : par la règle de Hund, ses trois électrons occupent les trois orbitales , , séparément, avec des spins parallèles. La sous-couche à demi remplie est une configuration particulièrement stable. L'oxygène, , doit loger son quatrième électron dans une orbitale déjà occupée: les deux électrons appariés dans le même volume se repoussent fortement, ce qui élève l'énergie de cet électron et le rend plus facile à arracher. En le retirant, l'oxygène retrouve d'ailleurs la configuration à demi remplie de l'azote.

Notez que l'effet s'atténue vers le bas du groupe: entre N et O, mais seulement entre P et S, et il est encore plus faible entre As et Se. La raison est géométrique: les orbitales sont plus volumineuses que les , deux électrons appariés y sont en moyenne plus éloignés, et la répulsion qu'ils exercent l'un sur l'autre est donc plus faible. Une explication qui prédit non seulement l'existence du creux mais aussi son atténuation vers le bas du groupe est une explication qu'on peut croire.

Les ionisations successives

On peut continuer à arracher des électrons. Les énergies , , … sont toujours croissantes, parce qu'on arrache un électron négatif à un ion de plus en plus positif. Mais la croissance n'est pas régulière: elle comporte un saut brutal.

Exercice

Les cinq premières énergies d'ionisation d'un élément valent 786, 1577, 3232, 4356 et 16 091 kJ·mol⁻¹. À quel groupe appartient-il?

4.7 Affinité électronique

Tendances

Les halogènes ont les affinités les plus élevées: 328, 349, 325, 295, en . Il ne leur manque qu'un électron pour atteindre la configuration d'un gaz noble, et l'anion formé est particulièrement stable. À l'opposé, les gaz nobles ont des affinités négatives dans notre convention — il faudrait fournir de l'énergie pour leur imposer un électron, qui devrait entrer dans une couche nouvelle — de même que les alcalino-terreux, dont la sous-couche est pleine.

Globalement, augmente de gauche à droite dans une période, pour la même raison que : la charge effective croissante rend l'atome plus avide d'électrons. La tendance verticale est en revanche beaucoup moins nette que pour l'énergie d'ionisation, et c'est là que se trouvent les enseignements.

Trois irrégularités instructives

Le fluor est moins avide que le chlore (328 contre 349, soit d'écart au bénéfice du chlore), alors que le fluor est plus petit, plus électronégatif et situé plus haut dans le groupe. La raison est précisément qu'il est trop petit: l'électron supplémentaire doit entrer dans une couche déjà très dense, où la répulsion avec les électrons présents est considérable. Dans le chlore, l'orbitale offre un volume nettement plus grand et l'électron entrant est moins gêné. Le même phénomène rend l'oxygène (141) moins avide que le soufre (200), avec 59 d'écart.

L'azote a une affinité électronique pratiquement nulle, voire négative, alors que ses voisins carbone (122) et oxygène (141) en ont de franchement positives. C'est le pendant exact de l'anomalie du paragraphe 4.6: la configuration à demi remplie est stable, et l'électron entrant devrait s'apparier dans une orbitale déjà occupée. Le même mécanisme explique deux anomalies de sens opposé — un creux dans pour l'élément suivant, un creux dans pour l'élément lui-même — et c'est cette capacité à rendre compte des deux à la fois qui doit emporter la conviction.

La deuxième affinité électronique est toujours défavorable. Fixer un électron sur un anion revient à approcher deux charges négatives:

Le bilan global de la formation de l'ion oxyde en phase gazeuse est donc nettement endothermique:

L'ion n'existe donc pas à l'état gazeux isolé, et pourtant il est omniprésent dans les oxydes solides. Ce paradoxe apparent n'est levé qu'au chapitre 5, par l'énergie réticulaire: dans un cristal, l'ion oxyde est entouré de cations qui le stabilisent bien au-delà de ces 603 kJ·mol⁻¹.

4.8 Électronégativité

Linus Pauling l'a définie en 1932 à partir d'un constat d'énergies de liaison. Si la liaison était purement covalente, son énergie de dissociation devrait valoir la moyenne géométrique de celles des liaisons homonucléaires. Or elle est presque toujours supérieure, et Pauling attribue l'excédent au caractère ionique partiel de la liaison:

avec en . L'échelle ne fixe que des différences; Pauling a levé l'indétermination en attribuant au fluor la valeur la plus élevée, . L'électronégativité est donc un nombre sans dimension, et les valeurs de Pauling s'échelonnent de (césium) à (fluor).

Période 2LiBeBCNOF
0,981,572,042,553,043,443,98
Groupe 17FClBrI
3,983,162,962,66

Les tendances sont celles de et de réunies, et pour la même raison: croît de gauche à droite dans une période ( augmente) et décroît de haut en bas dans un groupe (les électrons de liaison sont plus loin du noyau et mieux écrantés). Le fluor est l'élément le plus électronégatif, le césium le moins électronégatif de ceux qui font de la chimie stable. Les gaz nobles n'ont pas de valeur de Pauling tabulée, faute de liaisons dont on puisse mesurer l'énergie de dissociation dans les mêmes conditions.

Usage: prédire la polarité d'une liaison

C'est là que l'électronégativité gagne son statut d'outil. La différence indique comment le doublet de liaison se répartit:

Caractère de la liaisonExemple
covalente pure, doublet partagé également,
environ à covalente très peu polaire,
environ à covalente polaire, ; ,
au-delà d'environ à dominante ionique,

Le chapitre 5 reprendra cette idée pour construire le moment dipolaire d'une liaison, puis celui d'une molécule entière, où interviendra en plus la géométrie: possède deux liaisons très polaires () et un moment dipolaire global nul, parce que les deux vecteurs se compensent.

Explorateur des tendances périodiques (Li → Ca)

Balayez une période avec le curseur de numéro atomique et regardez la propriété choisie monter ou descendre. Les valeurs de rayon, d'énergie de première ionisation et d'électronégativité sont des valeurs tabulées standard; la charge nucléaire effective, elle, est recalculée à chaque pas par les règles de Slater. Les gaz nobles n'ont pas d'électronégativité de Pauling: le readout le dit au lieu d'afficher un nombre.

060120180240rayon atomique (pm)période 2période 3pér. 4LiNeArMgMg 160Valeurs tabulées standard; Zeff calculée par Slater.
Numéro atomique ZMg (Z = 12)
Propriété affichéeRayon atomique
Rayon atomique
160pm
Configuration de valence
3s²
Zeff (Slater)
2,85
Famille
alcalino-terreux
Position
période 3, groupe 2

4.9 Propriétés physiques et chimiques périodiques

Caractère métallique

Le caractère métallique — tendance à perdre des électrons, à conduire, à former des oxydes basiques — décroît de gauche à droite dans une période et croît de haut en bas dans un groupe. C'est exactement l'inverse des tendances de et de , ce qui est cohérent: un métal est un élément qui cède facilement ses électrons. Dans le groupe 14, la progression est spectaculaire et se lit à l'œil nu: le carbone est un non-métal, le silicium et le germanium sont des métalloïdes semi-conducteurs, l'étain et le plomb sont des métaux francs.

Points de fusion

Les points de fusion ne suivent pas une tendance monotone, et c'est instructif: ils ne dépendent pas d'une propriété de l'atome isolé mais du type de structure que les atomes forment ensemble. Valeurs tabulées usuelles pour la période 3, en degrés Celsius:

NaMgAlSiP blancSAr
Fusion (°C)98650660141444115

La courbe monte jusqu'au silicium puis s'effondre. Les trois premiers sont des métaux, dont la cohésion croît avec le nombre d'électrons cédés au nuage métallique: un électron pour , deux pour , trois pour . Le silicium est un solide covalent où chaque atome est lié à quatre voisins par des liaisons fortes en un réseau continu: pour le fondre, il faut rompre des liaisons covalentes, d'où 1414 °C. Après lui viennent des molécules discrètes — , , — puis des atomes isolés (Ar), qui ne tiennent ensemble que par des forces intermoléculaires faibles: la fusion n'a plus qu'à vaincre ces forces-là. Le chapitre 7 les détaillera; retenez pour l'instant que le point de fusion renseigne sur le type de solide, pas sur la position dans le tableau.

Densité

La masse volumique des solides croît généralement vers le bas d'un groupe, la masse atomique augmentant plus vite que le volume atomique. Dans le groupe 1: lithium, sodium et potassium sont tous moins denses que l'eau — le lithium est le solide élémentaire le moins dense connu — alors que le césium l'est près de deux fois plus. Le maximum de densité du tableau se trouve au centre du bloc de la période 6, autour de l'osmium et de l'iridium, où de grandes masses atomiques se combinent à de petits volumes: la contraction des lanthanides a resserré les atomes de cette période.

Réactivité des corps simples

Les deux grands gradients de réactivité se déduisent maintenant des tendances établies:

  • alcalins: la réactivité croît vers le bas du groupe, parce que décroît. Céder l'électron coûte 520 kJ·mol⁻¹ au lithium et 419 au potassium;
  • halogènes: le pouvoir oxydant décroît vers le bas du groupe. attaque presque tout, est un oxydant modéré.

Acidité des oxydes

La transition la plus visible le long d'une période est celle du caractère acido-basique des oxydes. Les oxydes des métaux de gauche sont basiques:

Les oxydes des non-métaux de droite sont acides:

Entre les deux, les oxydes des éléments frontaliers sont amphotères: ils réagissent avec les acides comme des bases et avec les bases comme des acides. L'alumine en est l'exemple canonique:

La logique est celle de l'électronégativité. Dans , la différence est énorme: la liaison est ionique, l'ion est libéré en solution et capte un proton de l'eau, produisant . Dans , : la liaison est covalente polaire, l'oxygène ne part pas, et c'est au contraire l'atome de soufre appauvri en électrons qui attaque l'eau, libérant finalement un proton. L'acidité de l'oxyde suit donc l'électronégativité de l'élément, qui suit — une même cause, une cinquième conséquence.

Synthèse

  • La classification périodique est née d'observations empiriques (triades, octaves), a pris son statut scientifique avec les cases vides et les prédictions vérifiées de Mendeleïev (gallium 1875, germanium 1886), et a trouvé son principe de classement définitif avec Moseley (1913): le numéro atomique , et non la masse.
  • Position et configuration de valence sont la même information: le numéro de période donne , le numéro de groupe donne le nombre d'électrons de valence, et le bloc donne le type de sous-couche en cours de remplissage. La périodicité des propriétés est la conséquence de la périodicité des configurations.
  • La charge nucléaire effective , estimée par les règles de Slater, augmente de 0,65 par case le long d'une période et reste quasi constante le long d'un groupe. C'est l'unique outil dont on se sert ensuite, et c'est un outil de comparaison, jamais de calcul d'énergie.
  • Rayon: diminue dans une période ( croît à constant), augmente dans un groupe ( croît). Les cations sont plus petits que l'atome, les anions plus gros, et dans une série isoélectronique le rayon décroît quand croît.
  • , et croissent vers la droite et décroissent vers le bas. Leurs exceptions — creux du groupe 13 dû au passage à une orbitale , creux du groupe 16 dû à l'appariement, fluor moins avide que le chlore parce que trop petit — sont la meilleure preuve de la théorie orbitalaire, et non des accidents à mémoriser.
  • Les propriétés qui dépendent de la structure du solide (points de fusion, densité) ne suivent pas de tendance monotone, alors que celles qui dépendent de l'atome isolé en suivent une. Savoir dans quelle catégorie tombe une propriété est la moitié du travail.

Série d'exercices du chapitre 4

Exercice 1 sur 5
Exercice

Parmi ces atomes, lequel possède le plus grand rayon atomique?

Problème guidé

Du silicium au soufre: prédire avant de consulter la table

On se propose de prédire, sans consulter aucune table de propriétés, comment le rayon atomique et l'énergie de première ionisation varient du silicium () au soufre (), puis de confronter la prédiction aux valeurs tabulées. Les rayons tabulés valent 118 pm pour le silicium et 103 pm pour le soufre; les énergies de première ionisation valent 786, 1012 et 1000 kJ·mol⁻¹ pour Si, P et S.

  1. 1

    Charge effective du silicium

    Appliquez les règles de Slater à un électron de valence du silicium (, configuration regroupée ).

    Exercice

    Valeur de pour un électron de valence du silicium.

  2. Variation de la charge effective jusqu'au soufre

  3. Confrontation: le rayon

  4. Confrontation: l'énergie d'ionisation, et sa surprise

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 4.1 · Position, configuration et famille

Pour chacun des éléments suivants, donnez la configuration électronique complète, la configuration de valence abrégée, la période, le groupe, le bloc et la famille: a) ; b) ; c) .

Corrigé

a) . Remplissage de Klechkowski: . Vérification du compte: . Forme abrégée .

Couche de valence , donc période 3. Cinq électrons de valence dans le bloc , donc groupe . C'est le phosphore, non-métal du bloc , de la famille de l'azote.

b) . , soit . Compte: .

Couche de valence , donc période 4; deux électrons de valence dans le bloc , donc groupe 2. C'est le calcium, métal alcalino-terreux. Attention à ne pas écrire : la sous-couche se remplit avant la (règle de Klechkowski, contre ).

c) . , soit . Compte: .

Couche de valence ; la sous-couche est pleine et sort de la valence. Les électrons de valence sont donc , soit sept électrons, et le groupe vaut . Période 4, groupe 17, bloc : c'est le brome, un halogène. Son corps simple est , seul non-métal liquide à température ambiante.

Exercice 4.2 · Slater appliqué à un atome et à un ion

a) Calculez, par les règles de Slater, la charge nucléaire effective ressentie par un électron du calcium ().

b) Calculez celle que ressent un électron de l'ion .

c) Le rayon du calcium vaut 197 pm et celui de vaut 100 pm. Ces deux résultats suffisent-ils à expliquer un rapport de rayons aussi grand? Argumentez.

Corrigé

a) Calcium neutre. Configuration , regroupée . Pour un électron :

b) Ion . L'ion a perdu ses deux électrons : il reste , regroupé . Pour un électron :

c) La charge effective a été multipliée par — voilà pour l'attraction. Mais ce facteur ne suffit pas à lui seul à rendre compte du rapport de rayons , et il ne faut surtout pas chercher une relation numérique entre les deux: les règles de Slater ne prétendent pas cela.

L'explication principale est ailleurs et elle est qualitative: en perdant ses deux électrons , le calcium perd sa couche externe tout entière. Le rayon de n'est plus celui d'un atome dont la valence est en , mais celui d'un ion dont la dernière couche occupée est . On compare donc, en réalité, deux objets dont les couches externes ont des nombres quantiques principaux différents, et c'est ce changement de couche, renforcé par la hausse de , qui donne la division du rayon par près de deux.

Exercice 4.3 · Classer et justifier

Rangez chacune de ces séries par ordre croissant de la propriété indiquée, et justifiez chaque classement par , par le nombre de couches, ou par les deux.

a) Rayon atomique: , , , .

b) Énergie de première ionisation: , , , .

c) Rayon: , , , .

Corrigé

a) (103) (118) (160) (197) pm.

Mg, Si et S sont dans la période 3, donc à nombre de couches égal: leur ordre suit décroissante, (S), (Si), (Mg) — plus la charge effective est grande, plus l'atome est petit. Le calcium est dans la période 4: il possède une couche de plus, et sa charge effective (2,85) est exactement la même que celle du magnésium. À charge effective égale, c'est qui décide, et le calcium est le plus gros.

b) (496) (577) (738) (786) .

La tendance générale ferait attendre , dans l'ordre des croissantes (2,20; 2,85; 3,50; 4,15). L'aluminium fait exception et passe sous le magnésium: son électron le plus faible à retenir est un électron , alors que le magnésium perd un électron . Une orbitale pénètre moins bien l'écran des couches internes, donc elle est plus haute en énergie, donc son électron part pour moins cher. C'est le creux du groupe 2 au groupe 13.

c) (100) (103) (181) (184) pm.

Chez les atomes neutres, le chlore est plus petit que le soufre ( contre ). Les deux anions sont beaucoup plus gros que les atomes correspondants: l'électron ajouté entre dans une couche déjà occupée sans que la charge du noyau change, la répulsion l'emporte et le nuage gonfle (+81 % pour ). Entre et , qui sont isoélectroniques (18 électrons chacun), c'est la charge du noyau qui tranche: 17 protons pour le chlorure, 16 seulement pour le sulfure, donc le sulfure est le plus gros. Les deux effets — ajout d'électrons, puis comparaison à nombre d'électrons égal — doivent être traités séparément, et c'est le piège classique de ce type de question.

Exercice 4.4 · Identifier un élément par ses ionisations successives

Un élément gazeux du bloc de la période 3 présente les énergies d'ionisation successives suivantes, en :

a) Calculez les rapports et identifiez le saut.

b) Combien d'électrons de valence cet élément possède-t-il? À quel groupe appartient-il, et de quel élément s'agit-il?

c) Expliquez pourquoi le saut est aussi brutal.

Corrigé

a) Les rapports successifs valent:

Les cinq premières ionisations se suivent avec des rapports compris entre 1,26 et 1,88; la sixième coûte 3,39 fois la cinquième. Le saut est net et unique: il se situe entre et .

b) Cinq électrons peuvent être arrachés avant le saut: l'élément possède cinq électrons de valence. Dans le bloc , cela correspond au groupe . Période 3 et groupe 15: c'est le phosphore, , de configuration .

Vérification de cohérence: les cinq électrons arrachés sont bien puis , ce qui laisse le cœur intact. La valeur est bien celle du phosphore dans les tables, et elle est supérieure à celle du soufre — le creux du groupe 16 discuté au paragraphe 4.6.

c) Après la cinquième ionisation, l'ion est , dont la configuration est exactement celle du néon, . Le sixième électron doit donc être arraché à la couche , et non plus à la couche . Trois facteurs s'additionnent: cette couche est plus proche du noyau, elle est beaucoup moins écrantée (l'électron d'un ion à 15 protons ressent ), et la charge de l'ion de départ est déjà . Le coût explose.

C'est la raison pour laquelle le phosphore forme des composés où il engage jusqu'à cinq électrons de valence, comme ou , et jamais davantage: la sixième ionisation coûte plus de vingt fois la première et aucune réaction chimique ne la rentabilise.

Exercice 4.5 · Trois exceptions, une seule théorie

Les trois faits suivants contredisent chacun une tendance périodique énoncée «en gros». Expliquez-les avec le même cadre théorique, et dites dans chaque cas quel ingrédient du modèle orbitalaire est indispensable.

a) L'affinité électronique du fluor (328) est inférieure à celle du chlore (349 ), alors que le fluor est plus haut dans le groupe 17.

b) L'énergie de première ionisation de l'azote (1402) est supérieure à celle de l'oxygène (1314 ), alors que l'oxygène a une charge effective plus grande.

c) L'ion n'est pas stable en phase gazeuse, et il est pourtant l'anion le plus répandu dans la croûte terrestre.

Corrigé

a) Fluor contre chlore: la répulsion dans une petite couche.

La tendance «l'affinité croît vers le haut d'un groupe» suppose implicitement que seul compte l'attrait du noyau pour l'électron entrant. Il faut y ajouter la répulsion que subit cet électron de la part de ceux qui occupent déjà la couche de valence. Le fluor a sa valence en , dans un volume très petit (rayon 72 pm); y insérer un neuvième électron coûte beaucoup de répulsion. Le chlore offre une couche (rayon 100 pm), où l'électron entrant est nettement moins gêné. Le bilan — attraction moins répulsion — penche finalement du côté du chlore, de .

Ingrédient indispensable: la répulsion interélectronique, absente du modèle « seule». Le même argument prédit correctement que l'oxygène (141) est moins avide que le soufre (200), et il est donc testable sur un second couple.

b) Azote contre oxygène: le coût de l'appariement.

L'azote est : par la règle de Hund, ses trois électrons occupent trois orbitales différentes avec des spins parallèles, sans aucun appariement. L'oxygène est : son quatrième électron partage une orbitale avec un autre, et les deux, confinés dans le même volume, se repoussent fortement. Cet électron est donc plus haut en énergie et part plus facilement, malgré une charge effective supérieure de 0,65. En le perdant, l'oxygène retrouve la configuration à demi remplie.

Ingrédient indispensable: la règle de Hund et le coût énergétique de l'appariement dans une même orbitale. Prédiction supplémentaire, vérifiable: l'effet doit s'atténuer quand les orbitales grossissent, et c'est le cas — 88 kJ·mol⁻¹ entre N et O, 12 seulement entre P et S.

c) L'ion oxyde: ce que le bilan en phase gazeuse ne dit pas.

Le bilan des deux captures d'électron vaut : former à partir de est franchement endothermique, parce que la seconde capture approche un électron d'un ion déjà négatif. L'ion oxyde isolé est donc effectivement instable.

Mais dans un oxyde solide il n'est jamais isolé: il est entouré de cations. L'énergie libérée quand les ions s'assemblent en réseau cristallin — l'énergie réticulaire, que le chapitre 5 calculera par le cycle de Born-Haber — est d'un ordre de grandeur bien supérieur à ces 603 kJ·mol⁻¹. Pour , la différence d'électronégativité signale d'ailleurs une liaison très ionique, et donc un réseau à forte énergie réticulaire.

Ingrédient indispensable: se souvenir qu'une grandeur définie pour l'atome ou l'ion isolé en phase gazeuse ne suffit jamais à décider de la stabilité d'un solide. C'est un avertissement qui vaut bien au-delà de ce chapitre.

Références

  • P. Atkins, L. Jones, Principes de chimie, De Boeck. Chapitres sur la structure atomique et la périodicité; l'exposé des règles de Slater et des tendances y est particulièrement clair.
  • R. Chang, J. Overby, Chimie générale, Dunod. Tableaux comparatifs des prédictions de Mendeleïev et des valeurs mesurées pour le gallium et le germanium.
  • R. Petrucci et al., Chimie générale, Pearson. Discussion détaillée des anomalies d'énergie d'ionisation et d'affinité électronique.
  • C. Housecroft, E. Constable, Chemistry, Pearson. Chapitres sur les familles d'éléments et sur le caractère acido-basique des oxydes.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press. Source de référence pour les rayons atomiques et ioniques, les énergies d'ionisation successives, les affinités électroniques et les électronégativités utilisés dans ce chapitre.
  • Recommandations de nomenclature de l'IUPAC, Nomenclature of Inorganic Chemistry. Numérotation des groupes de 1 à 18 et noms des familles.

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