Chapitre 1

Matière, mesures et stœchiométrie

Grandeurs et unités SI, chiffres significatifs, mole et masse molaire, formules, équations bilan et réactif limitant.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • classer un échantillon de matière (corps pur ou mélange, élément ou composé, homogène ou hétérogène) et distinguer une transformation physique d'une transformation chimique;
  • exprimer un résultat de mesure avec le bon nombre de chiffres significatifs, en appliquant la règle des décimales à l'addition et la règle des chiffres significatifs à la multiplication, et distinguer exactitude et précision;
  • lire un symbole nucléaire , en déduire le nombre de protons, de neutrons et d'électrons, et calculer une masse atomique relative comme moyenne pondérée des masses isotopiques;
  • convertir sans hésiter entre masse, quantité de matière, nombre d'entités, volume d'un gaz et volume d'une solution;
  • déterminer une formule empirique puis une formule moléculaire à partir d'une composition centésimale ou d'une analyse par combustion, et nommer les composés simples selon les recommandations de l'IUPAC;
  • équilibrer une équation chimique, identifier le réactif limitant, calculer la masse de produit attendue et le rendement en pourcentage, et préparer une solution de concentration donnée.

La matière et ses transformations

Ce que la chimie prend pour objet

La chimie est la science des substances et de leurs transformations. Là où la physique du chapitre précédent de votre cursus décrit le mouvement d'un corps sans se préoccuper de sa nature, la chimie s'intéresse précisément à ce dont il est fait, à ce qui le distingue d'un autre, et à ce qu'il devient lorsqu'on le met en présence d'un troisième. Le fil conducteur de ce premier chapitre est simple à énoncer et exigeant à pratiquer: tout ce que l'on compte en chimie se compte en moles, et toute équation chimique est un énoncé de conservation.

Commençons par ordonner le paysage. Un échantillon de matière est d'abord soit un corps pur, soit un mélange. Cette distinction n'est pas affaire d'apparence: un verre d'eau minérale et un verre d'eau distillée se ressemblent parfaitement, et pourtant le premier est un mélange de plusieurs dizaines d'espèces dissoutes tandis que le second est, à l'approximation du laboratoire, un corps pur. Le critère opératoire est celui de la séparation: un mélange peut être séparé en ses constituants par des procédés qui ne font intervenir aucune réaction chimique — filtration, décantation, distillation, chromatographie, centrifugation. Un corps pur, non.

Les corps purs se subdivisent à leur tour. Un élément est un corps pur que l'on ne peut décomposer en substances plus simples par aucune réaction chimique: le fer, le cuivre, l'hélium, mais aussi le dioxygène , le diazote et le soufre , qui sont des corps simples formés d'un seul type d'atomes. Un composé est un corps pur formé de plusieurs éléments combinés dans des proportions fixes et définies: , , , le glucose . Cette constance des proportions est la loi des proportions définies, établie par Joseph Proust au tournant du XIXe siècle: l'eau contient toujours 11,19 % d'hydrogène et 88,81 % d'oxygène en masse, qu'elle provienne d'un glacier valaisan ou d'une synthèse au laboratoire.

séparable physiquement?décomposable?aspect uniforme?MatièreCorps pursÉlémentsComposésMélangesHomogènesHétérogènesFe, Cu, HeO2, S8, P4H2O, NaClCO2, C6H12O6air, eau saléeacier, laitongranite, laitbrouillardUn mélange se sépare par un procédé physique (filtration, distillation, décantation).Un composé ne se décompose que par réaction chimique; un élément, pas du tout.
Figure 1.1. Classification de la matière. À chaque embranchement correspond une opération concrète: on sépare un mélange par un procédé physique, on décompose un composé par une réaction chimique, on ne décompose pas un élément. Les exemples des feuilles sont des cas usuels, non une liste exhaustive.

L'arbre de la figure 1.1 se lit de haut en bas comme une suite de questions. Attention à l'ordre: la première question porte sur la séparabilité physique, pas sur l'homogénéité. Le laiton, alliage de cuivre et de zinc, est parfaitement homogène — une seule phase, aucune frontière visible — et reste un mélange, car sa composition varie continûment d'un laiton à l'autre et se sépare par des procédés métallurgiques. À l'inverse, la glace pilée dans l'eau liquide est hétérogène tout en ne contenant qu'un seul corps pur.

Les états de la matière

Aux conditions ordinaires, un corps pur se présente dans l'un des trois états physiques familiers. Le solide a un volume et une forme propres: les entités y occupent des positions fixes, autour desquelles elles vibrent. Le liquide a un volume propre mais épouse la forme du récipient: les entités restent au contact mais glissent les unes sur les autres. Le gaz n'a ni forme ni volume propres et se dilate jusqu'à occuper tout le volume offert: les entités y sont très éloignées, et le gaz est de ce fait environ mille fois moins dense que la phase condensée correspondante. On rencontrera au chapitre 7 un quatrième état, le fluide supercritique, et l'on notera que l'état d'un échantillon dépend de la température et de la pression, non de sa nature seule: à 25 °C et 1 bar, le mercure est liquide et le brome aussi, alors que l'iode est solide.

En notation chimique, l'état physique se précise entre parenthèses après la formule: pour la glace, pour l'eau liquide, pour la vapeur d'eau, et pour une espèce dissoute dans l'eau — désigne le chlorure de sodium en solution aqueuse, c'est-à-dire les ions et hydratés. Cette précision n'est pas cosmétique: au chapitre 8, l'enthalpie de formation de et celle de diffèrent de 44,0 kJ·mol⁻¹, ce qui est exactement l'enthalpie de vaporisation.

Propriétés physiques, propriétés chimiques

Une propriété physique s'observe et se mesure sans modifier l'identité chimique de la substance: couleur, masse volumique, température de fusion, conductivité électrique, solubilité, dureté. Une propriété chimique ne se manifeste qu'au cours d'une transformation qui change cette identité: l'inflammabilité du méthane, le caractère oxydant du dichlore, la réactivité du sodium avec l'eau, la résistance à la corrosion d'un acier inoxydable.

On distingue par ailleurs les grandeurs extensives, qui dépendent de la quantité de matière présente (masse, volume, quantité de matière, capacité thermique), et les grandeurs intensives, qui n'en dépendent pas (masse volumique, température, concentration, capacité thermique massique). Le rapport de deux grandeurs extensives est intensif: c'est ainsi qu'on obtient la masse volumique à partir de la masse et du volume. Les grandeurs intensives sont celles qui identifient une substance, et c'est pourquoi on tabule des masses volumiques et non des masses.

Les signes usuels d'une réaction — dégagement gazeux, formation d'un précipité, changement de couleur, échauffement — sont des indices, pas des preuves. La dissolution du chlorure de sodium fait disparaître les cristaux sans qu'aucune liaison covalente ne soit rompue: c'est une transformation physique, même si elle libère ou absorbe de la chaleur. À l'inverse, la dissolution du chlorure d'hydrogène gazeux dans l'eau est une réaction: , et l'on ne récupère pas par simple évaporation.

Exercice

Parmi ces quatre échantillons, lequel est un corps pur composé?

Mesurer: unités, chiffres significatifs, exactitude

Le Système international

Toute grandeur chimique est un nombre suivi d'une unité, et une réponse sans unité est fausse. Le Système international fournit sept unités de base; la chimie en utilise surtout cinq: le mètre (m), le kilogramme (kg), la seconde (s), le kelvin (K) et la mole (mol).

Les préfixes évitent les puissances de dix explicites. Ceux que la chimie emploie constamment sont les suivants.

Préfixenanomicromillicentidécikiloméga
SymbolenµmcdkM
Facteur

Deux points méritent une attention particulière. D'abord, un préfixe appliqué à une unité élevée à une puissance s'élève avec elle: , et non . Ensuite, le litre n'est pas une unité SI mais est admis avec elle: , donc . Cette dernière égalité est l'une des plus utiles du laboratoire.

La méthode de conversion la plus sûre consiste à multiplier par des fractions qui valent 1 et à traiter les unités comme des facteurs algébriques. Pour convertir en :

Si les unités ne se simplifient pas, c'est qu'une fraction est à l'envers. Cette discipline supprime l'éternelle hésitation entre multiplier et diviser, et elle est la même que celle qui rendra les calculs stœchiométriques mécaniques à la fin de ce chapitre.

Masse volumique et densité

La masse volumique est intensive: elle ne dépend pas de la taille de l'échantillon, et elle identifie donc une substance. Elle dépend en revanche de la température, faiblement pour les solides et les liquides, fortement pour les gaz. L'eau liquide fait exception à la monotonie usuelle: sa masse volumique passe par un maximum à 4 °C, ce qui explique que la glace flotte et que les lacs suisses gèlent par le haut.

Exactitude et précision

Une balance analytique affiche 0,0001 g: elle est très précise. Si elle n'a pas été tarée, elle est néanmoins inexacte, et aucun nombre de répétitions ne corrigera ce biais. Seul l'étalonnage le fera. Retenez la conséquence pratique: la répétition réduit l'erreur aléatoire, l'étalonnage réduit l'erreur systématique, et un résultat annoncé avec beaucoup de décimales n'est pas pour autant juste.

Chiffres significatifs: la règle que ce cours appliquera partout

Le nombre de chiffres significatifs d'un résultat annonce la confiance que l'on accorde à sa dernière décimale. Écrire que la masse volumique d'un métal vaut après une mesure au décilitre près n'est pas une preuve de rigueur, c'est une faute: les six derniers chiffres sont du bruit numérique.

Ces règles sont des conventions raisonnables, pas un calcul d'incertitude rigoureux — celui-ci passe par la propagation des variances. Elles ont cependant un mérite décisif: elles empêchent d'annoncer une précision que l'on n'a pas, et elles coûtent dix secondes. Ce cours les appliquera visiblement dans chaque exemple; quand un résultat est donné avec trois chiffres significatifs, c'est parce que la donnée la moins précise en avait trois.

Un cas mérite un avertissement séparé: la soustraction de deux nombres voisins détruit les chiffres significatifs. Si une pesée par différence donne , les données avaient quatre chiffres significatifs et le résultat n'en a plus qu'un. C'est exactement ce qui arrive dans une analyse par combustion mal conçue, et c'est pourquoi on y pèse des échantillons assez gros.

Exercice

Une solution aqueuse occupe dans une fiole jaugée et pèse . Calculez sa masse volumique en , avec le nombre correct de chiffres significatifs.

g/mL

L'atome: symboles, isotopes, ions

Numéro atomique et nombre de masse

Un atome est constitué d'un noyau de protons et de neutrons, entouré d'électrons. Le numéro atomique est le nombre de protons: il définit l'élément et rien d'autre. Un noyau à six protons est un noyau de carbone, quel que soit le nombre de ses neutrons. Le nombre de masse est le nombre total de nucléons:

est le nombre de neutrons. On écrit le symbole nucléaire , le numéro atomique en bas, le nombre de masse en haut: , , . Le numéro atomique est redondant avec le symbole, et on l'omet souvent: , «carbone 14».

Un atome neutre porte autant d'électrons que de protons. Sa masse est concentrée dans le noyau: le proton et le neutron pèsent chacun environ , l'électron fois moins.

Le chlore naturel est un mélange de (17 protons, 18 neutrons) et de (17 protons, 20 neutrons). L'hydrogène possède trois isotopes assez différents pour avoir reçu des noms propres: le protium , le deutérium ou , et le tritium , radioactif. L'eau lourde bout à 101,4 °C au lieu de 100,0 °C, ce qui est l'un des rares effets isotopiques visibles à l'échelle macroscopique. L'analyse des rapports isotopiques est devenue un outil de routine en sciences de la Terre et en contrôle alimentaire: le rapport permet, par exemple, de distinguer un sucre de canne d'un sucre de betterave.

Ions

L'ion possède 20 protons, neutrons et électrons. La charge se note en exposant après la formule, le nombre avant le signe: et non . Dans un ion polyatomique, la charge appartient à l'édifice entier: est un groupe de cinq atomes portant globalement deux charges négatives.

Masse atomique relative

La masse d'un atome isolé est minuscule: celle d'un atome de carbone 12 vaut exactement par définition de l'unité de masse atomique. On préfère donc travailler avec des masses relatives, exprimées en unités de masse atomique unifiées , avec . Dans cette échelle, un atome de pèse exactement , et la masse d'un isotope est numériquement très proche de son nombre de masse — sans lui être égale, à cause du défaut de masse nucléaire.

La masse atomique d'un élément tabulée dans le tableau périodique n'est la masse d'aucun atome particulier: c'est la moyenne pondérée des masses de ses isotopes naturels, pondérée par leurs abondances.

Exercice

L'ion contient combien de protons, de neutrons et d'électrons?

La mole

Pourquoi compter en moles

Un chimiste raisonne en entités — atomes, molécules, ions — mais ne peut peser que des grammes. Le pont entre les deux est la quantité de matière, mesurée en moles. L'idée est celle de toute unité de comptage: comme le charpentier compte en douzaines de planches, le chimiste compte en paquets de entités, parce que c'est le nombre qui fait correspondre l'échelle atomique à l'échelle du laboratoire.

Ordre de grandeur pour fixer les idées: une mole de molécules d'eau pèse et occupe environ , à peu près une gorgée. Elle contient molécules. Une goutte d'eau de contient , soit molécules — mille fois plus que le nombre estimé d'étoiles dans l'univers observable. C'est cette démesure qui rend indispensable une unité de comptage.

÷ M× M× NA÷ NA÷ Vm× Vm÷ c× cmassem (g)nombre d'entitésNvolume d'un gazV (L)volume d'une solutionV (L)quantité de matièren (mol)M: masse molaire (g·mol−1)NA: constante d'AvogadroVm: volume molaire(gaz, T et p précisées)c: concentrationmolaire (mol·L−1)
Figure 1.2. Carte des conversions du chapitre. La quantité de matière n est le carrefour obligé: on ne passe jamais directement d'une masse à un volume de gaz, on passe par les moles. Chaque flèche porte le facteur qui l'effectue; la flèche inverse porte le facteur inverse. Les deux voies verticales ne sont valables que sous les conditions indiquées: gaz supposé parfait à une température et une pression précisées, solution de concentration molaire c.

La figure 1.2 est le plan de travail de tout ce cours. Elle dit une chose et une seule, mais décisive: la quantité de matière est le carrefour. Une masse ne se convertit pas directement en volume gazeux, ni un nombre de molécules en volume de solution. On monte toujours d'abord vers les moles, on circule dans l'équation chimique en moles, et l'on redescend vers la grandeur demandée à la fin. Les trois quarts des erreurs de stœchiométrie de première année viennent d'une tentative de court-circuit.

Masse molaire d'un composé

La masse molaire d'un composé s'obtient en additionnant les masses molaires atomiques, chacune multipliée par son indice. Avec les valeurs du tableau de constantes de ce cours (H 1,008 · C 12,011 · N 14,007 · O 15,999 · Na 22,99 · Cl 35,45 · Ca 40,08):

Les indices d'une formule sont des nombres exacts: ils ne limitent jamais les chiffres significatifs. C'est la masse molaire atomique la moins précise qui commande, et c'est pourquoi ce cours en donne quatre partout. La flèche compte: la somme brute (, , ) n'est qu'un intermédiaire de calcul, et c'est la valeur arrondie à quatre chiffres qui est la masse molaire du cours. Tous les chapitres emploient ces valeurs arrondies — , , , , , — et jamais les sommes brutes. La conséquence, que l'on rencontrera plus bas, est qu'un bilan de masse exprimé en grammes par mole ne boucle qu'aux arrondis près.

Volume molaire des gaz

Pour un gaz, mesurer un volume est souvent plus commode que peser. À température et pression fixées, un gaz supposé parfait occupe un volume proportionnel à sa quantité de matière, indépendamment de sa nature — c'est la loi d'Avogadro (1811). Elle n'est pas une conséquence de l'équation d'état: le chapitre 7 la posera au contraire, à côté des lois de Boyle-Mariotte, de Charles et de Gay-Lussac, parmi les quatre observations expérimentales dont il tirera . Une fois cette équation écrite, elle redonne évidemment la loi d'Avogadro comme cas particulier à et fixés:

Le volume molaire dépend donc de et de , et une valeur citée sans ses conditions ne veut rien dire. Trois valeurs à connaître, recalculées depuis avec :

Conditions
0 °C et 1 atm (101 325 Pa)
0 °C et 1 bar (100 000 Pa)
25 °C et 1 bar
Exercice

Calculez la quantité de matière contenue dans de carbonate de calcium , sachant que .

mol

Formules et composition

Trois niveaux d'information

Une formule chimique peut dire trois choses différentes, et il faut savoir laquelle on écrit.

  • La formule brute (ou moléculaire) donne le nombre exact d'atomes de chaque élément dans une molécule: pour le glucose, pour l'éthylène glycol.
  • La formule empirique (ou formule statistique) donne le rapport entier le plus simple entre ces nombres: pour le glucose, pour l'éthylène glycol. C'est tout ce qu'une analyse élémentaire peut fournir sans mesure de masse molaire.
  • La formule développée (ou semi-développée) précise en outre quels atomes sont liés à quels autres: pour l'acide lactique, à distinguer de , l'acide 3-hydroxypropanoïque, qui a pourtant la même formule brute . Ces deux substances sont des isomères: même formule brute, connectivité différente, propriétés différentes.

Pour les solides ioniques, il n'existe pas de molécule et la formule est nécessairement empirique: décrit un cristal où chaque ion est entouré de six ions et réciproquement, dans le rapport . On parle alors d'unité formulaire plutôt que de molécule, et la «masse molaire» est celle de cette unité.

Composition centésimale massique

Pour le glucose, et

dont la somme vaut bien , soit aux arrondis près. Ces pourcentages sont ceux de tous les composés de formule empirique : le formaldéhyde , l'acide acétique , le glucose ont exactement la même composition centésimale. Une analyse élémentaire seule ne peut donc pas les distinguer — il faut une masse molaire.

De l'analyse à la formule

Dans une analyse par combustion, on brûle une masse connue de composé dans un excès de dioxygène. Tout le carbone se retrouve dans et tout l'hydrogène dans ; on piège et l'on pèse ces deux produits. L'oxygène du composé, lui, ne peut pas se mesurer ainsi puisqu'on en a ajouté: on l'obtient par différence, ce qui explique qu'il soit toujours l'élément le moins bien connu d'une telle analyse.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la détermination d'une formule moléculaire à partir d'une analyse par combustion.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Diviser la masse molaire mesurée par celle de la formule empirique pour obtenir la formule moléculaire
  • 2.
  • Multiplier au besoin par 2 ou 3 pour rendre tous les rapports entiers: on tient la formule empirique
  • 3.
  • Convertir ces masses en quantités de matière: et
  • 4.
  • Peser l'échantillon, puis peser le et le formés par la combustion complète
  • 5.
  • Calculer et , puis obtenir par différence avec la masse de l'échantillon
  • 6.
  • Diviser toutes les quantités de matière par la plus petite d'entre elles

Nomenclature: nommer selon l'IUPAC

L'Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC) publie les recommandations qui fixent la nomenclature chimique. Ce cours les suit, en signalant les usages traditionnels encore courants dans les catalogues et sur les flacons des laboratoires suisses.

Composés ioniques binaires

Un composé ionique binaire associe un cation métallique et un anion monoatomique. L'anion prend le suffixe -ure, sauf l'oxygène qui donne «oxyde»: chlorure, bromure, sulfure, nitrure, oxyde. Le nom s'écrit «anion de cation»: chlorure de sodium, oxyde de calcium, oxyde d'aluminium.

La formule se déduit de la neutralité électrique, et c'est l'unique règle à retenir: la somme des charges d'une unité formulaire est nulle. Le calcium donne et le chlore , il faut donc deux chlorures par calcium: . L'aluminium donne et l'oxygène : le plus petit multiple commun de 3 et 2 étant 6, on écrit , dont la charge totale vaut .

Lorsque le métal a plusieurs nombres de charge possibles — c'est le cas de presque tous les métaux de transition — il faut le préciser: est le chlorure de fer(II), le chlorure de fer(III). Les noms traditionnels «chlorure ferreux» et «chlorure ferrique» ne sont plus recommandés.

Ions polyatomiques usuels

Il n'y a pas de règle miracle: cette courte liste s'apprend, et elle sert dans tous les chapitres suivants.

IonNomIonNom
ammoniumnitrate
hydroxydenitrite
cyanuresulfate
carbonatesulfite
hydrogénocarbonatephosphate
permanganatehypochlorite

Deux régularités aident la mémoire. D'abord, le couple -ate / -ite: l'oxanion le plus riche en oxygène prend le suffixe -ate, celui qui en a un de moins prend -ite ( sulfate, sulfite). Ensuite, le préfixe hydrogéno- signale un proton ajouté, qui diminue d'une unité la charge négative: carbonate donne hydrogénocarbonate. Ainsi , l'hydrogénocarbonate de calcium responsable de la dureté de l'eau du lac Léman, est électriquement neutre: .

Composés moléculaires et acides

Pour deux non-métaux, on utilise les préfixes multiplicatifs: monoxyde de carbone, dioxyde de carbone, tétraoxyde de diazote, hexafluorure de soufre, décaoxyde de tétraphosphore. Le préfixe «mono-» est omis devant le premier élément nommé: on dit «dioxyde de carbone» et non «dioxyde de monocarbone».

Les acides se nomment à partir de leur anion. Un acide dont l'anion se termine en -ure donne un «acide ...hydrique»: acide chlorhydrique, acide fluorhydrique. Un acide dont l'anion se termine en -ate donne un «acide ...ique»: acide nitrique (nitrate), acide sulfurique (sulfate), acide phosphorique (phosphate). Un anion en -ite donne un acide en «-eux»: acide nitreux, acide sulfureux.

Notez que est le chlorure d'hydrogène, un gaz moléculaire, tandis que est l'acide chlorhydrique, une solution d'ions et . La mention d'état n'est donc pas facultative: elle change le nom.

Équations chimiques

Écrire une équation

Ainsi la combustion du méthane s'écrit

Cette ligne se lit: «une mole de méthane gazeux réagit avec deux moles de dioxygène gazeux pour donner une mole de dioxyde de carbone gazeux et deux moles d'eau liquide». Elle ne dit rien sur le temps que cela prend (chapitre 10), ni sur la fraction qui réagit réellement (chapitre 11), ni sur la chaleur dégagée (chapitre 8). Elle dit un bilan, et rien de plus.

Conservation de la masse et de la charge

Origine de la relation. La conservation des éléments est la traduction moderne de la loi de Lavoisier, «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme», énoncée à partir de pesées d'un système clos: une réaction chimique réarrange les liaisons entre des noyaux qui, eux, ne sont ni détruits ni créés. Puisque la masse molaire d'un composé est la somme des masses molaires atomiques de ses constituants, l'égalité des comptes d'atomes entraîne immédiatement l'égalité des masses totales. La conservation de la charge découle de celle du nombre d'électrons: une réaction déplace des électrons, elle n'en fabrique pas.

Ces deux invariants sont les vérifications que ce chapitre demande pour chaque équation qu'il écrit, et ils ont été assertés en Python pour toutes celles qui figurent dans ces pages. Sur la combustion du méthane: à gauche, 1 C, 4 H, 4 O; à droite, 1 C, 4 H, O; charges nulles des deux côtés. La masse: à gauche, à droite — l'écart de vient des seuls arrondis à quatre chiffres des masses molaires, la somme exacte valant des deux côtés.

Sur une équation ionique, la charge devient une contrainte active. La réaction du zinc avec un acide fort s'écrit

Atomes: 1 Zn et 2 H de chaque côté. Charges: à gauche, à droite. Une équation ionique dont les charges ne s'équilibrent pas est fausse, même si les atomes tombent juste — c'est l'erreur la plus fréquente sur les équations de précipitation et d'oxydoréduction, et le chapitre 2 y reviendra en détail.

Équilibrer par la méthode des coefficients

Appliquons la méthode à la combustion de l'éthane, .

Le carbone n'apparaît que dans deux espèces: une molécule d'éthane apporte 2 C, il faut donc . L'hydrogène: 6 H à gauche, donc à droite. L'oxygène arrive en dernier: la droite en compte , la gauche doit donc en fournir 7, soit . On multiplie tout par 2 pour obtenir des entiers:

Vérification. Carbone: à gauche, à droite. Hydrogène: à gauche, à droite. Oxygène: à gauche, à droite. Charges nulles des deux côtés. Masse, avec les masses molaires à quatre chiffres significatifs: à gauche, à droite. L'écart de , soit , n'est pas une violation de la conservation de la masse: c'est le résidu de l'arrondi des masses molaires. La conservation exacte, elle, est garantie par le décompte des atomes qui précède, et c'est lui le vrai contrôle.

Calculs stœchiométriques

Le rapport molaire

Le mode d'emploi de la relation (1.8) est toujours le même, et il suit exactement la carte de la figure 1.2: masse moles (rapport molaire) moles masse. C'est la seule route. Les coefficients stœchiométriques sont des rapports de quantités de matière, jamais de masses: écrire que «2 grammes de dihydrogène réagissent avec 1 gramme de dioxygène» parce que l'équation porte est une erreur qui se détecte en dix secondes avec un bilan de masse.

Réactif limitant et réactif en excès

Dans la pratique, on ne mélange presque jamais les réactifs dans les proportions exactes de l'équation. L'un s'épuise avant les autres et arrête la réaction: c'est le réactif limitant. Les autres restent partiellement inutilisés: ce sont les réactifs en excès.

2 Al + 3 Cl2 ⟶ 2 AlCl3consomméen excèsforméavancement maximal ξ = 2,00 molAl4,00 mol consommées1,00 mol en excès5,00 molCl26,00 mol — totalement consommé6,00 molAlCl34,00 mol formées4,00 mol0123456quantité de matière n (mol)Le dichlore est limitant: 6,00/3 = 2,00 est inférieur à 5,00/2 = 2,50.
Figure 1.3. Réactif limitant pour la réaction 2 Al + 3 Cl₂ ⟶ 2 AlCl₃, à partir de 5,00 mol d'aluminium et 6,00 mol de dichlore. Les longueurs des blocs sont proportionnelles aux quantités de matière (échelle en bas). Le dichlore s'épuise le premier (6,00/3 = 2,00 contre 5,00/2 = 2,50 pour l'aluminium): il est limitant, l'avancement maximal vaut 2,00 mol, et 1,00 mol d'aluminium reste inutilisée. Bilan de masse vérifié: 560,30 g avant, 560,30 g après.

La figure 1.3 rend visible ce que la relation (1.9) énonce. On y lit que ce n'est pas le réactif présent en plus petite quantité qui est limitant: il y a moins d'aluminium (5,00 mol) que de dichlore (6,00 mol), et pourtant c'est le dichlore qui manque, parce qu'il en faut trois pour deux. Diviser par le coefficient n'est pas une coquetterie de notation: c'est l'opération qui rend les réactifs comparables.

Rendements

Réactif limitant et rendement théorique

Synthèse de l'ammoniac N₂ + 3 H₂ ⟶ 2 NH₃. Réglez les masses des deux réactifs: les quantités de matière, le réactif limitant, la masse théorique d'ammoniac et l'excédent sont recalculés. La masse totale, elle, ne change pas.

N2 + 3 H2 ⟶ 2 NH3consomméen excèsforméN20,8271,000 molH22,4802,480 molNH31,6531,653 mol0,000,501,001,502,00quantité de matière n (mol)Le dihydrogène est limitant; il reste 4,84 g de diazote.
Masse de diazote m(N2)28g
Masse de dihydrogène m(H2)5,00g
n(N2)
1,000mol
n(H2)
2,480mol
Réactif limitant
H₂
Avancement maximal ξ
0,827mol
Masse théorique de NH3
28,16g
Rapport n(H2)/n(N2) (théorique 3,00)
2,48
Excédent restant
4,84 g de N₂
Masse totale avant = après
33,00 = 33,00g

L'explorateur ci-dessus reprend la synthèse de l'ammoniac. Faites varier les deux masses et observez trois choses. D'abord, le réactif limitant bascule au passage du rapport stœchiométrique : en dessous c'est le dihydrogène qui manque, au-dessus c'est le diazote. Ensuite, la masse théorique d'ammoniac ne croît que tant que le limitant augmente: ajouter du réactif en excès ne produit rien de plus, ce qui est exactement le contenu de la relation (1.9). Enfin, le dernier afficheur ne bouge jamais: la masse totale avant réaction égale toujours la masse totale après. C'est le théorème 1.1 rendu visible, et c'est le contrôle que vous devez faire sur chacun de vos propres calculs.

Solutions: concentration et dilution

La plupart des réactions du laboratoire se font en solution. Il faut donc savoir convertir un volume de solution en quantité de matière — la quatrième branche de la figure 1.2.

Préparer une solution de concentration donnée suit une marche invariable. Pour d'une solution de chlorure de sodium à : on calcule d'abord la quantité de matière requise, , puis la masse correspondante, . On pèse cette masse, on la dissout dans un peu d'eau dans une fiole jaugée de , puis on complète jusqu'au trait de jauge et l'on homogénéise. Peser le sel puis ajouter d'eau donnerait un volume final légèrement différent et donc une concentration fausse.

Diluer une solution, c'est lui ajouter du solvant sans toucher à la quantité de soluté. De et de (1.11) découle immédiatement la relation de dilution:

Son domaine de validité est exactement celui de son hypothèse: aucune matière n'est ajoutée ni retirée, le soluté ne réagit pas, et le volume final est mesuré, non additionné. Pour préparer d'acide sulfurique à à partir d'une solution mère à :

Contrôle: avant, après. La quantité de matière est conservée, comme elle doit l'être.

Le chapitre 2 approfondira tout cela: électrolytes forts et faibles, concentrations des ions en solution, réactions de précipitation, titrages et bilans de matière. Vous y retrouverez la relation (1.12) et surtout la discipline de ce chapitre — monter vers les moles, raisonner, redescendre.

Synthèse

  • La matière se classe en corps purs (éléments, composés) et mélanges (homogènes, hétérogènes); le critère n'est pas l'apparence mais la séparabilité par un procédé physique. Une transformation chimique change l'identité des entités présentes, une transformation physique non.
  • Un résultat porte autant de décimales que la donnée la moins précise dans une addition, autant de chiffres significatifs que la donnée la moins précise dans une multiplication ou une division; on arrondit une seule fois, à la fin. Exactitude et précision sont indépendantes: l'étalonnage corrige la première, la répétition améliore la seconde.
  • définit l'élément, le nombre de nucléons; les isotopes diffèrent par , les ions par le nombre d'électrons. La masse atomique relative tabulée est la moyenne pondérée des masses isotopiques par leurs abondances, et n'est la masse d'aucun atome réel.
  • Depuis 2019, la mole est définie par un nombre exact fixé, , et non plus par le carbone 12. La quantité de matière est le carrefour de toutes les conversions: , , pour un gaz aux conditions précisées, pour une solution.
  • Une analyse élémentaire donne une formule empirique; il faut une masse molaire indépendante pour en tirer la formule moléculaire, et une méthode structurale pour départager les isomères.
  • Toute équation chimique équilibrée conserve les atomes de chaque élément et la charge totale; ces deux contrôles se font en dix secondes et détectent presque toutes les erreurs. Le réactif limitant est celui de plus petit rapport — jamais celui de plus petite masse — et c'est de lui, et de lui seul, que se calcule le rendement théorique.

Série d'exercices du chapitre 1

Exercice 1 sur 5
Exercice

Combien de chiffres significatifs porte le nombre ?

Problème guidé

Analyse d'un antigel par combustion

L'antigel des circuits de refroidissement est un liquide contenant uniquement du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène. Un échantillon de , brûlé dans un excès de dioxygène, produit de et de . Une mesure indépendante donne une masse molaire de . Masses molaires à utiliser: 12,011 · 1,008 · 15,999 · 44,01 · 18,02 .

  1. 1

    Masse de carbone dans l'échantillon

    Tout le carbone de l'échantillon se retrouve dans le dioxyde de carbone, à raison d'un atome de C par molécule.

    Exercice

    Calculez la masse de carbone contenue dans l'échantillon, en grammes.

    g
  2. Masse d'hydrogène, puis d'oxygène par différence

  3. Formule empirique

  4. Formule moléculaire et bilan de combustion

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 1.1 · Chiffres significatifs, conversions et masse volumique
  1. Donnez le nombre de chiffres significatifs de: ; ; ; ; . Pourquoi l'écriture est-elle ambiguë?
  2. Effectuez en respectant les règles: ; ; .
  3. Convertissez: en grammes; en millilitres puis en ; en .
  4. L'éthanol a une masse volumique de à 20 °C. Quelle masse contient une bouteille de , et quelle quantité de matière cela représente-t-il? On donne .
Solution

1. : trois (les zéros de tête ne comptent pas, le zéro de queue compte). : trois (la notation scientifique lève toute ambiguïté). : trois. : quatre. : six (les zéros intercalaires comptent toujours). L'écriture est ambiguë parce que rien n'indique si les deux zéros de queue sont mesurés ou s'ils ne servent qu'à placer l'ordre de grandeur: il peut s'agir de trois, quatre ou cinq chiffres significatifs. La notation scientifique lève l'ambiguïté: , ou .

2. ; règle des décimales, le terme n'en a qu'une: . ; règle des chiffres significatifs, le facteur en a trois: . ; trois chiffres significatifs de chaque côté: .

3. (trois chiffres significatifs conservés, le facteur est exact). . .

4. (trois chiffres significatifs, imposés par ). Puis . À titre de comparaison, un litre d'eau contient : à volume égal, l'eau apporte trois fois plus de molécules que l'éthanol, parce qu'elle est à la fois plus dense et beaucoup plus légère par molécule.

Exercice 1.2 · Isotopes: du bore au cuivre
  1. L'ion : combien de protons, de neutrons et d'électrons?
  2. Le bore naturel est un mélange de () et de (). Sa masse atomique relative vaut . Déterminez les abondances des deux isotopes.
  3. Le cuivre naturel est un mélange de () et de (), et sa masse atomique relative vaut . Même question, puis vérifiez votre résultat.
  4. Pourquoi la masse atomique relative du chlore, , est-elle beaucoup plus proche de 35 que de 37?
Solution

1. donne 35 protons — c'est du brome quoi qu'il arrive. Neutrons: . L'anion a gagné un électron: électrons, soit la configuration du krypton.

2. Posons l'abondance de , celle de valant . La relation (1.3) donne

Soit de et de . Vérification: . C'est bien la valeur de départ. Ces abondances sont celles qui font du bore l'un des rares éléments dont l'IUPAC publie un intervalle de masse atomique, tant la composition isotopique varie selon la provenance du minerai.

3. Même méthode: , soit de et de . Vérification: . Remarquez que l'abondance obtenue est très sensible aux chiffres significatifs de la masse atomique: donnée à au lieu de , elle donnerait . C'est la faiblesse générale des inversions.

4. Parce que la moyenne est pondérée: l'isotope représente environ trois quarts des atomes, un quart seulement. La moyenne se place donc au quart de l'intervalle entre les deux masses, près de la plus abondante. Le calcul de l'exemple 1.2 le confirme: est situé à de l'intervalle depuis , c'est-à-dire exactement à l'abondance de .

Exercice 1.3 · Formule d'un hydrocarbure par combustion

Un hydrocarbure gazeux ne contenant que du carbone et de l'hydrogène est analysé par combustion. Un échantillon de produit de et de . Sa masse molaire, mesurée par densité gazeuse, vaut .

  1. Déterminez les masses de carbone et d'hydrogène dans l'échantillon, et vérifiez qu'elles bouclent le bilan de masse. Pourquoi ce contrôle est-il possible ici alors qu'il ne l'était pas dans l'exemple 1.3?
  2. Déterminez la formule empirique, puis la formule moléculaire.
  3. Écrivez et équilibrez l'équation de combustion complète, et vérifiez la conservation des atomes et de la masse.
  4. Citez deux isomères possibles de ce composé; l'analyse permet-elle de les distinguer?
Solution

1. Carbone: , donc . Hydrogène: , donc et . Somme: , à comparer aux pesés: le bilan boucle au millième près.

Ce contrôle n'était pas possible dans l'exemple 1.3 parce que le composé y contenait de l'oxygène, précisément l'élément que l'on déduit par différence: le bilan y est bouclé par construction et ne vérifie donc rien. Ici, les deux seuls éléments sont mesurés indépendamment, et leur somme constitue un vrai test de la qualité de l'analyse.

2. Rapport: . Le rapport n'est pas entier: il faut multiplier par 2, d'où , de masse molaire . Puis , donc la formule moléculaire est , le butane. Arrondir à aurait donné puis , une molécule qui n'existe pas: c'est exactement le piège que signale la méthode.

3. Squelette: . Le carbone impose , l'hydrogène . L'oxygène à droite vaut alors , donc à gauche. En multipliant par 2:

Vérification. Carbone: . Hydrogène: . Oxygène: à gauche, à droite. Charges nulles des deux côtés. Masse, avec , , et :

L'écart résiduel de , soit , vient uniquement de l'arrondi des quatre masses molaires: calculé sans arrondir, chaque membre vaut . Retenez le principe: c'est le décompte des atomes qui prouve la conservation de la masse, et le contrôle en grammes par mole n'en est qu'une conséquence, limitée par la précision des masses molaires employées.

4. Le butane (linéaire) et le méthylpropane (ramifié, appelé isobutane dans le commerce) ont tous deux la formule . L'analyse par combustion ne peut pas les distinguer: elle ne donne que des rapports d'atomes, jamais la connectivité. Leurs propriétés physiques diffèrent pourtant nettement — le butane bout à °C, le méthylpropane à °C — ce qui suffit à les séparer par distillation et à les identifier.

Exercice 1.4 · Réactif limitant, excédent et rendement

On introduit de zinc dans d'acide chlorhydrique à . La réaction est

Données: ; ; ; à 25 °C sous 1 bar.

  1. Vérifiez que l'équation conserve les atomes et la charge.
  2. Identifiez le réactif limitant.
  3. Calculez la masse de dihydrogène formée et son volume à 25 °C sous 1 bar.
  4. Calculez la quantité de réactif en excès qui subsiste.
  5. On recueille en pratique de dihydrogène. Quel est le rendement?
Solution

1. Atomes: 1 Zn, 2 H et 2 Cl de chaque côté. Charges: toutes les espèces écrites sont neutres, la somme est nulle des deux côtés. (En écriture ionique, , la charge vaut des deux côtés.) Masse molaire totale: à gauche, à droite.

2. et . On divise par les coefficients: pour le zinc, pour l'acide. Le plus petit rapport est celui de : l'acide chlorhydrique est limitant, et .

3. , donc

Près de quatre litres de gaz pour trois dixièmes de gramme: c'est l'ordre de grandeur qui rend un dégagement de dihydrogène dangereux en récipient fermé.

4. Zinc consommé: . Il reste , soit de zinc métallique non attaqué — visible au fond du bécher, ce qui constitue d'ailleurs la vérification expérimentale de l'identité du limitant.

Contrôle de masse: avant, de solutés; après, (Zn) () () . L'invariant tient.

5. . Les manquants s'expliquent aisément: dihydrogène dissous dans la solution, fuites au montage, gaz resté dans le ciel du ballon. Un rendement supérieur à aurait en revanche signalé une erreur — le plus souvent un volume gazeux mesuré humide, donc contenant de la vapeur d'eau.

Exercice 1.5 · Précipitation: bilan de matière et bilan de charge

On mélange d'une solution de nitrate d'argent à et d'une solution de chlorure de sodium à . Il se forme un précipité blanc de chlorure d'argent. On donne et l'on admettra que les volumes s'ajoutent.

  1. Écrivez l'équation ionique nette et vérifiez la conservation de la charge.
  2. Identifiez le réactif limitant et calculez la masse de précipité.
  3. Calculez les concentrations de toutes les espèces ioniques restées en solution.
  4. Vérifiez l'électroneutralité de la solution finale. Que se passerait-il si votre bilan ne la respectait pas?
Solution

1. En solution, le nitrate d'argent est entièrement dissocié en et , le chlorure de sodium en et . Seuls et réagissent; et sont des ions spectateurs. L'équation ionique nette est donc

Charges: à gauche, à droite. Atomes: 1 Ag et 1 Cl de chaque côté. Masse: des deux côtés.

2. et . Les coefficients valant tous 1, on compare directement: l'ion chlorure est limitant. Il précipite donc de , soit

3. Volume final: . Les ions spectateurs ne sont que dilués, l'argent excédentaire reste en solution, et le chlorure est entièrement consommé:

Ion (mol) ()
(excès)

La mention «» est importante: le chlorure d'argent n'est pas absolument insoluble. Le chapitre 12 montrera qu'il subsiste une concentration résiduelle fixée par le produit de solubilité , ici de l'ordre de compte tenu de l'excès d'argent: parfaitement négligeable dans ce bilan, mais non nulle.

4. Charges positives: . Charges négatives: . Les deux sommes sont égales: la solution est électriquement neutre, comme toute solution macroscopique doit l'être.

Un bilan qui ne respecterait pas l'électroneutralité serait nécessairement faux, car aucune solution ne peut porter une charge nette appréciable: il faudrait une énergie électrostatique colossale pour séparer les charges à cette échelle. Concrètement, un tel écart signale soit un ion oublié, soit une charge mal comptée, soit une quantité de précipité erronée. C'est le contrôle gratuit du chapitre 2, exactement comme le bilan de masse est celui du chapitre 1.

Références

  • Atkins, P. et Jones, L., Principes de chimie, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, «Les fondements» et chapitres introductifs sur la stœchiométrie.
  • Chang, R. et Overby, J., Chimie générale, Dunod, Paris, chapitres 1 à 3 (matière et mesure, atomes et molécules, relations massiques dans les réactions chimiques).
  • Petrucci, R. H. et al., Chimie générale, Pearson, Montréal, chapitres 1 à 4.
  • Zumdahl, S. S., Chimie générale, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chapitres 1 à 3.
  • Bureau international des poids et mesures, Le Système international d'unités (SI), 9e édition, Sèvres, 2019 — définitions en vigueur depuis le 20 mai 2019.
  • Union internationale de chimie pure et appliquée, Nomenclature of Inorganic Chemistry (Livre rouge) et Quantities, Units and Symbols in Physical Chemistry (Livre vert), RSC Publishing.

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