Chapitre 7

Gaz, liquides et forces intermoléculaires

Loi des gaz parfaits, pressions partielles, théorie cinétique, gaz réels, forces de van der Waals, liaison hydrogène et solutions.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • convertir une pression entre pascal, bar, atmosphère, millimètre de mercure et torr, et lire un baromètre ou un manomètre;
  • appliquer la loi des gaz parfaits en choisissant la valeur de cohérente avec vos unités, et l'utiliser pour une masse volumique, une masse molaire ou une stœchiométrie en phase gazeuse;
  • calculer des pressions partielles et des fractions molaires, et corriger la pression d'un gaz recueilli sur l'eau de la pression de vapeur saturante;
  • relier température et énergie cinétique moyenne, calculer , lire une distribution de Maxwell-Boltzmann et appliquer la loi de Graham à l'effusion;
  • diagnostiquer l'écart au gaz parfait avec le facteur de compressibilité , interpréter les paramètres et de van der Waals et calculer une pression avec les deux modèles;
  • classer des substances selon leurs forces intermoléculaires, en déduire des températures d'ébullition, lire un diagramme de phases et calculer une pression osmotique ou un abaissement cryoscopique.

La pression

Les trois états de la matière se distinguent par une seule chose: l'importance relative de l'agitation thermique et des forces qui retiennent les particules les unes aux autres. Dans un gaz, l'agitation gagne, les molécules sont si éloignées que leurs interactions sont presque sans effet, et la matière prend la forme et le volume du récipient. Dans un liquide, les deux se compensent: les molécules restent au contact mais glissent les unes sur les autres. Dans un solide, les forces gagnent et fixent chacune à sa place. Ce chapitre parcourt cette échelle, du gaz le plus dilué — où un modèle sans aucune interaction suffit — jusqu'aux liquides et aux solutions, où ce sont précisément les interactions qui font toute la physique.

Commençons par la grandeur qui décrit un gaz avant toutes les autres.

Le pascal est une unité minuscule à l'échelle du laboratoire: une feuille de papier posée à plat exerce quelques pascals. La chimie utilise donc couramment des multiples et quelques survivances historiques.

Baromètre et manomètre

Le baromètre de Torricelli (1643) est un tube vertical fermé en haut, rempli de mercure et retourné dans une cuve. Le mercure descend jusqu'à ce que le poids de la colonne équilibre la pression atmosphérique qui s'exerce sur la cuve: la hauteur de la colonne obéit alors à

est la masse volumique du mercure. Au niveau de la mer, — d'où l'unité. Avec de l'eau () la même pression demanderait une colonne de : c'est la raison pour laquelle une pompe aspirante ne peut pas élever l'eau au-delà d'une dizaine de mètres, quelle que soit sa puissance.

Le manomètre mesure non pas une pression absolue mais une différence. Dans sa version en U ouverte à l'air, la dénivellation entre les deux branches donne

avec compté positivement quand le mercure est plus haut du côté de l'atmosphère. Un manomètre de bouteille industrielle affiche de même une pression relative (gauge pressure): une bouteille marquée «200 bar» contient un gaz à absolus. Cette distinction est une source d'erreur classique en laboratoire: la loi des gaz parfaits ne connaît que les pressions absolues.

Les lois historiques et leur synthèse

Quatre observations expérimentales, obtenues entre 1662 et 1811, se combinent en une seule relation.

  • Loi de Boyle-Mariotte (1662): à quantité de matière et température constantes, . Doubler la pression réduit le volume de moitié.
  • Loi de Charles (vers 1787): à et constants, avec en kelvins. C'est l'extrapolation des droites de différents gaz, qui se coupent toutes en , qui a fourni le zéro absolu — un résultat remarquable: une température inaccessible déduite d'une extrapolation.
  • Loi de Gay-Lussac (1802): à et constants, . C'est elle qui fait éclater une bombe aérosol jetée au feu.
  • Loi d'Avogadro (1811): à et fixés, . Des volumes égaux de gaz différents contiennent le même nombre de molécules.

Origine de la relation. Combinons les quatre lois. Boyle donne , Charles , Avogadro ; comme ces trois dépendances sont établies en gardant les autres variables fixées, elles se multiplient: . En appelant la constante de proportionnalité, , c'est-à-dire . La loi de Gay-Lussac n'est alors plus indépendante: elle s'obtient en fixant et dans .

La constante est universelle: c'est la même pour l'hélium et pour l'hexafluorure de soufre. Elle vaut

Ces trois écritures sont la même constante: exactement, et .

Le volume molaire ne dépend que de et , jamais de la nature du gaz. Aux conditions normales de température et de pression retenues dans ce cours:

La valeur est si célèbre qu'elle est appliquée à tort et à travers: elle ne vaut qu'à et sous , et elle est fausse de 10 % à température ambiante.

Exercice

Vous calculez le volume occupé par de gaz à sous . Quelles combinaisons donnent un résultat correct?

Plusieurs réponses possibles

Trois applications directes

Masse volumique d'un gaz

En posant dans et en divisant par :

Trois conséquences se lisent immédiatement. La masse volumique d'un gaz est proportionnelle à sa masse molaire — c'est pourquoi l'hélium s'élève et le se répand au sol. Elle est proportionnelle à la pression et inversement proportionnelle à la température — c'est le moteur de la convection et des montgolfières. Et elle est de l'ordre du gramme par litre, soit mille fois moins qu'un liquide: à sous , contre pour l'eau liquide. Ce facteur mille est la traduction macroscopique du fait que, dans un gaz, les molécules sont environ dix fois plus éloignées les unes des autres que dans un liquide.

L'air sec a une masse molaire moyenne de (moyenne pondérée par les fractions molaires de , de , d'argon et de ). Un gaz de masse molaire supérieure «coule», un gaz de masse molaire inférieure «flotte».

Détermination d'une masse molaire

La relation se retourne en : mesurer la masse d'un volume connu de gaz, à et connues, donne la masse molaire. C'est la méthode de Dumas, et c'est historiquement l'une des premières manières d'obtenir des masses molaires fiables.

Exercice

Un gaz pur a une masse volumique de à sous . Quelle est sa masse molaire, en ?

g·mol⁻¹

Mélanges gazeux: pressions partielles

Dans le modèle du gaz parfait, les molécules ne se voient pas. Une conséquence immédiate: chaque espèce d'un mélange se comporte comme si elle était seule.

Démonstration. Si chaque constituant obéit à , alors en sommant sur à et communs: , d'où . En divisant par on obtient .

Un gaz recueilli sur l'eau

Beaucoup de manipulations recueillent un gaz par déplacement d'eau: le gaz barbote dans une éprouvette retournée, remplie d'eau, et repousse le liquide. Le gaz collecté n'est alors jamais pur: il est saturé en vapeur d'eau. La pression lue est donc

est la pression de vapeur saturante de l'eau à la température de l'expérience — une grandeur tabulée, indépendante de la quantité d'eau et du gaz présent.

Exercice

Un récipient de à contient de , de et d'hélium. Quelle est la pression partielle de l'hélium, en bar?

bar

La théorie cinétique des gaz

Jusqu'ici, est une loi empirique. La théorie cinétique en donne l'origine microscopique, et fournit au passage une interprétation de la température.

De la mécanique des chocs à la pression

Considérons molécules de masse dans un cube d'arête . Une molécule de vitesse selon frappe la paroi perpendiculaire à , rebondit élastiquement, et voit sa quantité de mouvement passer de à : la paroi reçoit . Entre deux chocs sur la même paroi, la molécule parcourt , ce qui prend . La force moyenne exercée par cette molécule vaut donc, par le théorème de la quantité de mouvement,

En sommant sur les molécules et en divisant par l'aire de la paroi:

Le mouvement étant isotrope, , d'où

Voilà le résultat central: la pression est l'énergie cinétique de translation par unité de volume, au facteur près. En comparant à (avec ), on obtient

La température n'est donc rien d'autre qu'une mesure de l'énergie cinétique moyenne de translation. À , par molécule, soit — une énergie minuscule devant celle d'une liaison covalente (quelques centaines de ), ce qui explique pourquoi chauffer un gaz ne le décompose pas.

Vitesse quadratique moyenne

En posant et en multipliant par (, ), on obtient la vitesse quadratique moyenne:

Attention aux unités: doit être en pour que le résultat sorte en avec . À :

Gaz () ()
2,0161921
4,0031363
16,04681
28,014515
31,998482
44,01411
146,06226

Toutes ces molécules ont la même énergie cinétique moyenne — c'est la même température. Leurs vitesses diffèrent uniquement par : le dihydrogène va fois plus vite que le dioxygène, et l'on retrouve bien . Ces vitesses ne sont pas anecdotiques: à , une molécule de diazote se déplace plus vite que le son dans l'air (), ce qui est logique puisque le son est transporté par ces molécules.

La distribution de Maxwell-Boltzmann

Les molécules n'ont évidemment pas toutes la même vitesse: les chocs en redistribuent constamment. Maxwell (1860) puis Boltzmann ont établi la loi de répartition:

La quantité est la fraction des molécules dont la vitesse est comprise entre et ; l'aire totale sous la courbe vaut donc 1. La forme résulte de la compétition entre deux facteurs: le terme , qui croît (il y a de plus en plus de directions possibles à mesure que augmente), et l'exponentielle de Boltzmann , qui décroît (les états très énergétiques sont peu peuplés). Leur produit passe par un maximum.

05001000150020000,511,522,5vitesse v (m·s⁻¹)f(v) (10⁻³ s·m⁻¹)ump = 422 m·s⁻¹ (300 K)urms = 517 m·s⁻¹ (300 K)200 K300 K1000 KDiazote. L’aire sous chaque courbe vaut 1: élargir la distribution l’abaisse.Rapports exacts ump : ū : urms = 1 : 1,128 : 1,225, indépendants de T et de M.
Figure 7.1. Distribution des vitesses du diazote à trois températures, échantillonnée directement depuis l'expression (7.12). Élever la température déplace le maximum vers la droite et aplatit la courbe — l'aire, elle, reste égale à 1. Les deux verticales repèrent la vitesse la plus probable et la vitesse quadratique moyenne de la courbe à 300 K: la seconde est toujours 1,225 fois la première, quels que soient le gaz et la température.

Trois vitesses caractéristiques se déduisent de et il faut savoir les distinguer:

La première, vitesse la plus probable, annule : c'est l'abscisse du maximum. La deuxième, vitesse moyenne, est . La troisième, vitesse quadratique moyenne, est la racine de ; c'est elle, et elle seule, qui apparaît dans l'énergie cinétique. Leurs rapports sont exacts et universels:

Ils ne dépendent ni de ni de , parce que les trois vitesses partagent le même facteur : changer de gaz ou de température dilate la courbe sans la déformer. Pour le diazote à : , , .

L'effet de la température est asymétrique, et c'est ce qui compte en cinétique chimique: la queue à droite grossit beaucoup plus vite que le maximum ne se déplace. Par intégration numérique de (aucune bibliothèque utilisée: somme de Riemann à pas), la fraction de molécules de plus rapides que passe de % à à % à : un facteur 32 pour un facteur 3,3 sur la température. C'est ce mécanisme, et non la simple augmentation de la vitesse moyenne, qui explique pourquoi les réactions s'accélèrent si vite avec la température (chapitre 10).

L'effet de la masse molaire est le même, en sens inverse: à température égale, un gaz léger a une distribution large et décalée vers les grandes vitesses, un gaz lourd une distribution étroite et resserrée près de zéro.

Exercice

Quelle est la vitesse quadratique moyenne des molécules de à , en ?

m·s⁻¹

Effusion, diffusion et loi de Graham

Origine de la relation. Le débit à travers un petit orifice est proportionnel au nombre de molécules qui l'atteignent par unité de temps, donc à la densité moléculaire et à la vitesse moyenne . À et égales, les densités moléculaires sont égales (loi d'Avogadro), et il ne reste que le rapport des vitesses moyennes, en .

Dans la pratique, les vitesses d'effusion se mesurent par des temps: puisque pour une même quantité de gaz, . Un gaz lourd met plus longtemps.

Une application décisive: la séparation isotopique

L'uranium naturel contient % de (fissile) et pratiquement tout le reste en . Chimiquement, les deux isotopes sont indiscernables. La seule différence exploitable est leur masse, et le seul composé volatil commode est l'hexafluorure d'uranium , qui se sublime vers . Ses deux variétés ont pour masses molaires et (en prenant et les masses isotopiques et ), d'où un facteur de séparation par étage

Un enrichissement de % par étage. Pour porter la teneur de % à % (combustible de réacteur), il faut multiplier le rapport par , ce qui demande étages idéaux; pour atteindre 90 % il en faudrait environ . Ces nombres supposent une séparation parfaite à chaque étage et aucun reflux: une cascade réelle en exige davantage. C'est un ordre de grandeur, pas un chiffre de conception. Il suffit cependant à expliquer pourquoi l'enrichissement de l'uranium est une entreprise industrielle gigantesque, et pourquoi la technologie moderne lui préfère la centrifugation, dont le facteur par étage est bien plus favorable.

Exercice

Classez ces gaz du plus rapide au plus lent à l'effusion, à température égale.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • ()
  • 2.
  • ()
  • 3.
  • ()
  • 4.
  • ()
  • 5.
  • ()

Les gaz réels

Où le modèle parfait échoue

Deux postulats du modèle cinétique sont des approximations: les molécules occupent un volume, et elles s'attirent. Tant que le gaz est dilué, ces deux défauts sont sans conséquence. Ils cessent de l'être dans deux régimes:

  • à haute pression, parce que le volume propre des molécules devient une fraction non négligeable du volume total;
  • à basse température, parce que l'énergie cinétique n'écrase plus les énergies d'attraction — à la limite, le gaz se liquéfie, ce que ne prévoit à aucun moment.

Le diagnostic se fait avec une grandeur sans dimension.

13103010030010000,511,52pression p (atm), échelle logarithmiqueZ = pV/nRTconditionsordinairesZ > 1: le volume propre l’emporteZ < 1: les attractions l’emportentHeN₂CH₄CO₂Z = 1Calculé depuis l’équation de van der Waals à T = 350 K, constantes a et b tabulées.
Figure 7.2. Facteur de compressibilité de quatre gaz à 350 K, calculé point par point depuis l'équation de van der Waals avec les constantes tabulées (l'équation est inversée par dichotomie sur le volume molaire). L'axe des pressions est logarithmique. Dans la zone grisée, entre 1 et 10 atm, les quatre courbes restent à 3 % de 1: c'est le domaine où pV = nRT suffit. Au-delà, chaque gaz suit d'abord ses attractions (Z descend), puis son volume propre (Z remonte et dépasse 1). L'hélium, très peu polarisable, n'a pas de creux du tout; le dioxyde de carbone, le plus attractif des quatre, descend jusqu'à Z = 0,49 vers 140 atm avant de remonter.

Trois lectures de la figure 7.2. D'abord, aucun gaz réel n'a partout, mais tous l'ont presque à basse pression: le modèle parfait est une limite, pas une approximation grossière. Ensuite, le creux est d'autant plus profond que le gaz est facile à liquéfier: (température critique ) n'en a pratiquement pas, () en a un énorme. Enfin, à très haute pression dépasse toujours 1: quand on serre assez, c'est l'encombrement stérique qui gagne, et il ne peut que rendre le gaz plus difficile à comprimer.

L'équation de van der Waals

Johannes van der Waals (1873) a corrigé par deux termes, un pour chaque défaut.

Retour sur la bouteille d'azote de l'exemple 7.1

Nous avions promis de chiffrer l'erreur commise en traitant de diazote comme un gaz parfait. Faisons-le, avec les constantes du tableau ci-dessus, et , et en travaillant en atmosphères: , , .

Le gaz parfait donne . En résolvant par dichotomie sur à la même pression et à la même température, van der Waals donne , soit

Six millièmes de pour-cent d'écart. Ce n'est pas une faute de frappe, et ce n'est surtout pas une validation du gaz parfait à : c'est une annulation accidentelle. Décomposons la pression que le modèle calcule à ce volume molaire:

Chacune des deux corrections vaut près de la moitié de la pression totale — elles sont énormes —, mais elles se compensent à cet état précis, et il ne reste rien. Le covolume et les attractions se neutralisent vers et pour le diazote, comme deux erreurs de signes opposés dans une addition.

Deux enseignements, et le second est le plus important.

  • Un modèle à deux paramètres n'est pas la réalité. Les mesures donnent pour le diazote un facteur de compressibilité de l'ordre de vers sous (valeur expérimentale, donnée ici comme ordre de grandeur), c'est-à-dire un écart réel de quelques pour-cent, dans le sens du volume propre. Le gaz parfait sous-estime donc d'environ 4 % le volume molaire réel — et surestime d'autant la quantité de gaz contenue dans la bouteille: les de l'exemple 7.1 sont plutôt . L'équation de van der Waals, elle, annonce % d'écart: à cette pression, elle n'est pas mieux placée que le gaz parfait pour prédire le résultat de la pesée.
  • Un accord numérique n'est pas une preuve. aurait pu être lu comme «le diazote est un gaz parfait à », conclusion doublement fausse: le gaz n'est pas parfait, et le modèle qui l'affirme n'est pas fiable dans ce domaine. Retenez plutôt l'ordre de grandeur honnête: quelques pour-cent d'erreur sur la masse de gaz d'une bouteille industrielle, à corriger par une table de mesurée si la précision compte.

Gaz parfait contre van der Waals

Une mole de gaz. Les deux isothermes sont recalculées à chaque déplacement des curseurs: p = nRT/V en bleu, l'équation de van der Waals p = nRT/(V − nb) − an²/V² en orange, avec les constantes a et b tabulées du gaz choisi. Aux volumes molaires ordinaires (quelques dizaines de litres) les deux courbes se superposent; en comprimant, elles divergent. Le facteur de compressibilité Z = pV/nRT mesure cet écart.

0,030,10,313100,1110100100010⁴volume V (L), échelle logarithmiquep (atm)nbT = 300 K, n = 1,00 molgaz parfaitvan der Waals (CO₂)a = 3,6100 L²·atm·mol⁻², b = 0,0429 L·mol⁻¹ (valeurs tabulées)
GazCO₂
Volume V19,95L
Température T300K
p gaz parfait
1,23atm
p van der Waals
1,23atm
Écart relatif
-0,5 %
Z = pV/nRT
0,995
Terme répulsif nRT/(V−nb)
1,24atm
Terme attractif an²/V²
0,009atm
Verdict
le gaz parfait suffit
Exercice

Un gaz réel présente à une certaine pression. Que peut-on en conclure?

Plusieurs réponses possibles

Les forces intermoléculaires

Nous avons vu que les molécules s'attirent; voyons comment. Toutes ces forces sont d'origine électrostatique et toutes sont bien plus faibles que les liaisons chimiques: elles lient des molécules entre elles, pas des atomes à l'intérieur d'une molécule.

Dispersion de London

Une molécule, même parfaitement apolaire, possède à chaque instant un dipôle instantané: les électrons ne sont pas répartis symétriquement à tout instant. Ce dipôle fugace polarise le nuage électronique de la molécule voisine et y induit un dipôle orienté de manière à l'attirer. Le résultat, moyenné dans le temps, est une attraction nette: la force de dispersion de London.

Ses deux propriétés essentielles:

  • Elle existe entre toutes les espèces, sans exception — polaires ou non, atomes ou molécules. C'est la seule force attractive entre atomes de gaz rares, et c'est elle qui permet de liquéfier l'hélium.
  • Elle croît avec la polarisabilité, c'est-à-dire avec la facilité qu'a le nuage électronique à se déformer, donc avec le nombre d'électrons et la taille. D'où la montée régulière des températures d'ébullition dans une famille: , , , (valeurs tabulées standard). La forme compte aussi: le pentane linéaire bout à , son isomère néopentane, compact et donc de plus faible surface de contact, à .

Il ne faut pas conclure que la dispersion est toujours faible: pour de grosses molécules elle devient dominante et peut dépasser des interactions dipolaires.

Interactions dipôle-dipôle

Une molécule polaire possède un dipôle permanent (chapitre 6). Deux telles molécules s'orientent partiellement tête-bêche, ce qui produit une attraction nette. L'agitation thermique combat cette orientation, si bien que l'énergie d'interaction moyenne décroît quand la température monte — une différence notable avec la dispersion.

À masses molaires comparables, une molécule polaire bout plus haut qu'une molécule apolaire: le propane (, apolaire) bout à , l'acétaldéhyde (, polaire) à .

La liaison hydrogène

La liaison hydrogène est nettement plus forte que les autres forces intermoléculaires, pour trois raisons qui s'additionnent: est très électronégatif, donc le dipôle est fort; l'atome d'hydrogène est minuscule et dépourvu d'électrons de cœur, ce qui permet à de s'approcher très près; et l'interaction a un caractère partiellement covalent (recouvrement orbitalaire), ce qui la rend directionnelle — contrairement aux forces de dispersion, elle privilégie l'alignement .

Exercice

Dans lesquelles de ces substances pures existe-t-il des liaisons hydrogène entre molécules?

Plusieurs réponses possibles

Ce que les forces intermoléculaires font au monde macroscopique

Températures de changement d'état: l'anomalie de l'eau

Comparez les hydrures des colonnes 14 à 17 (températures d'ébullition normales, valeurs tabulées standard, en °C):

PériodeGroupe 14Groupe 15Groupe 16Groupe 17
2
3
4
5

La colonne 14 est le cas normal: apolaires, seule la dispersion agit, et la température d'ébullition croît régulièrement avec la masse molaire. Les trois autres colonnes suivent la même pente à partir de la période 3 — mais leur premier terme fait un saut vertigineux vers le haut. L'extrapolation de la droite placerait l'eau vers : elle bout plus haut. et présentent la même anomalie, moins spectaculaire.

L'explication est la liaison hydrogène, et l'eau la porte à son maximum parce qu'elle est la seule à pouvoir en former quatre par molécule: deux via ses deux (donneur) et deux via les deux doublets libres de l'oxygène (accepteur). a un donneur et trois doublets, trois donneurs et un seul doublet: dans les deux cas le réseau est limité par le membre déficitaire, et l'anomalie est plus faible. C'est le réseau tridimensionnel de l'eau, et non la force d'une liaison hydrogène isolée, qui fait toute la différence.

Que la vie soit apparue dans un liquide qui, sans cette particularité, serait gazeux sur toute la surface terrestre n'est pas un détail.

Tension superficielle, viscosité, capillarité

Trois manifestations directes de la cohésion d'un liquide.

La tension superficielle (en ou ) est le travail nécessaire pour créer une unité d'aire de surface. Une molécule au sein du liquide est entourée de voisines dans toutes les directions; une molécule de surface en a moins, elle est donc dans un état énergétiquement défavorable. Le liquide minimise son aire — d'où les gouttes sphériques. À , l'eau a , contre pour l'éthanol et pour l'hexane (valeurs tabulées standard): l'ordre est celui des forces intermoléculaires.

La viscosité mesure la résistance à l'écoulement. Elle croît avec les forces intermoléculaires et avec l'enchevêtrement des molécules, et décroît fortement avec la température: le glycérol, qui porte trois groupes , est environ mille fois plus visqueux que l'eau à température ambiante.

La capillarité résulte de la compétition entre cohésion (liquide–liquide) et adhésion (liquide–paroi). Quand l'adhésion l'emporte, le liquide monte dans un tube étroit et son ménisque est concave — cas de l'eau dans le verre, qui forme des liaisons hydrogène avec les silanols de la surface. Quand la cohésion l'emporte, le liquide descend et son ménisque est convexe — cas du mercure, d'où l'importance de lire un baromètre au sommet du ménisque. La hauteur atteinte varie en : c'est l'un des mécanismes qui contribuent à la montée de la sève, sans suffire à l'expliquer seul.

Pression de vapeur et équation de Clausius-Clapeyron

Un liquide à fortes interactions retient ses molécules: il est peu volatil et a une basse. La dépendance en température est exponentielle, parce que la fraction de molécules assez énergétiques pour s'échapper est régie par le facteur de Boltzmann .

En conséquence, tracé contre donne une droite de pente : c'est la méthode standard de détermination d'une enthalpie de vaporisation.

États condensés et diagramme de phases

Corps pur quelconquep (unités arbitraires)Tsolideliquidegazpente > 0point triplepointcritiqueEau (valeurs tabulées)p (bar)20040060010⁻⁴10⁻²110²10⁴T (K)glaceeau liquidevapeurpoint triple273,16 Kpoint critique647,1 KAgrandissement: la courbe de fusion de l’eau (axes linéaires)p (bar)01 0002 000−15−10−502 100 bar → −15,6 °C (limite de la glace I)1 bar → 0,00 °Ctempérature (°C)Bleu: sublimation. Orange: vaporisation. Brun: fusion. Zone grisée: fluide supercritique.
Figure 7.3. À gauche, un diagramme de phases générique: schématique et en unités arbitraires, les courbes de vaporisation et de sublimation étant calculées depuis Clausius-Clapeyron et l'inclinaison de la courbe de fusion étant délibérément exagérée (seul son signe, positif, est à lire). À droite, l'eau avec ses valeurs tabulées et une échelle logarithmique de pression: point triple à 273,16 K et 6,117 mbar, point critique à 647,1 K et 220,6 bar. En bas, l'agrandissement qui est tout l'enjeu: la courbe de fusion de l'eau penche vers la gauche, de pente −135 bar par kelvin calculée par la relation de Clapeyron. Il faut 2 100 bar pour abaisser le point de fusion à −15,6 °C, limite au-delà de laquelle apparaît une autre variété de glace.

Le point triple de l'eau a eu un rôle métrologique de premier plan: de 1954 à 2019, le kelvin était défini comme de la température thermodynamique du point triple de l'eau. Depuis la réforme de 2019, le kelvin est défini en fixant , et devient une valeur mesurée — d'excellente précision, mais plus une définition.

Le point critique marque la disparition de la distinction liquide/gaz: au-delà de , aucune pression, si grande soit-elle, ne liquéfie le gaz. Les fluides supercritiques ont des propriétés hybrides — densité proche d'un liquide, viscosité et diffusivité proches d'un gaz — qui en font d'excellents solvants réglables. Le supercritique (, ) sert industriellement à décaféiner le café et à extraire les arômes du houblon, en remplacement de solvants chlorés.

Le dioxyde de carbone solide («neige carbonique») illustre l'importance du point triple: celui du se situe à et . Sous la pression atmosphérique ordinaire, , on se trouve sous le point triple: il n'existe aucune température à laquelle le soit liquide, et le solide sublime directement à .

La pente négative de la courbe de fusion de l'eau

La relation de Clapeyron donne la pente de toute courbe d'équilibre:

Pour une fusion, toujours, et : le signe de la pente est celui de . Presque toutes les substances se dilatent en fondant () et leur courbe de fusion penche vers la droite. L'eau fait exception: la glace est moins dense que l'eau liquide, parce que le réseau tétraédrique de liaisons hydrogène de la glace est une structure ouverte, pleine de vide. Numériquement, avec , et :

Les conséquences sont considérables: la glace flotte, les lacs gèlent par le haut et conservent une colonne d'eau liquide en dessous, et les canalisations éclatent en hiver. C'est aussi pourquoi comprimer la glace la fait fondre — mais il faut voir à quel prix.

Solutions: gaz dissous et propriétés colligatives

Solubilité des gaz et loi de Henry

Contrairement aux solides, la solubilité des gaz diminue quand la température augmente: la dissolution d'un gaz est exothermique (on passe d'un état dispersé à un état où les molécules sont entourées de solvant), et le principe de Le Chatelier (chapitre 11) prévoit alors un déplacement défavorable. C'est pourquoi l'eau qu'on chauffe libère des bulles bien avant de bouillir, et pourquoi le rejet d'eau tiède par une centrale appauvrit une rivière en dioxygène dissous — une préoccupation constante de la surveillance des cours d'eau.

Avec les constantes de Henry tabulées à , et (valeurs tabulées standard), l'eau d'un lac en équilibre avec l'air () contient

ce qui est bien l'ordre de grandeur mesuré dans les eaux de surface bien oxygénées. Une boisson gazéifiée, embouteillée sous de , contient de dissous; une fois la bouteille ouverte, la pression partielle de tombe à sa valeur atmosphérique, environ , et la concentration d'équilibre devient : le gaz s'échappe. La même loi explique l'accident de décompression du plongeur, dont le sang, saturé en diazote sous pression, forme des bulles si la remontée est trop rapide.

Propriétés colligatives

Toutes découlent du même fait: un soluté non volatil abaisse la pression de vapeur du solvant, selon la loi de Raoult.

Dans une solution où le solvant a la fraction molaire , la pression partielle de vapeur du solvant vaut

est la pression de vapeur saturante du solvant pur à la même température.

Conditions de validité. Comme toutes les lois de ce chapitre, celle-ci a un domaine, et il est plus étroit qu'il n'y paraît. Elle suppose une solution idéale: les interactions soluté-solvant doivent être comparables aux interactions solvant-solvant, de sorte que le solvant ne «voie» le soluté que comme une dilution. En pratique cela demande un soluté non volatil (sinon il contribue lui-même à la vapeur), non dissociant et non associant, et une fraction molaire de solvant proche de : la loi de Raoult est exacte à la limite et seulement approchée ailleurs — c'est une loi limite, exactement comme . Les écarts croissent avec la concentration et avec la différence de nature chimique entre soluté et solvant. Si le soluté se dissocie, ce sont les particules réellement présentes qui comptent, et il faut introduire le facteur de van 't Hoff défini plus bas — c'est lui qui figure dans et .

Puisque , la vapeur est moins abondante, il faut donc chauffer davantage pour que atteigne la pression extérieure — d'où une ébullition retardée — et refroidir davantage pour atteindre l'équilibre avec le solide — d'où une congélation abaissée. En pratique on utilise les formes proportionnelles à la molalité (en de solvant, et non par litre de solution: contrairement à la concentration, la molalité ne dépend pas de la température):

Pour l'eau, et (valeurs tabulées standard). Ces constantes sont des propriétés du solvant seul.

La quatrième propriété, la plus sensible de loin, est la pression osmotique.

Synthèse

  • La pression se mesure en pascals; et sont exacts par définition, . La loi des gaz parfaits synthétise Boyle, Charles, Gay-Lussac et Avogadro; la première erreur à éliminer est le mélange des unités de , dont les trois écritures usuelles sont , et .
  • Dans un mélange, chaque gaz exerce sa pression partielle (loi de Dalton). Un gaz recueilli sur l'eau est saturé en vapeur: il faut retrancher , tabulée, avant tout calcul — la correction atteint 3 % à et 20 % à .
  • La théorie cinétique donne , donc : la température est l'énergie cinétique moyenne de translation. Les vitesses se répartissent selon Maxwell-Boltzmann, avec exactement, et varie en . La loi de Graham en découle: .
  • Les gaz réels s'écartent du modèle parfait à haute pression et à basse température. Le facteur diagnostique l'écart: quand les attractions dominent, quand le volume propre domine. L'équation de van der Waals corrige les deux effets par (attractions) et (covolume), dont les valeurs sont ajustées sur les coordonnées critiques.
  • Les forces intermoléculaires sont, par ordre de portée décroissante en énergie typique: liaison hydrogène (), dipôle-dipôle, dispersion de London — cette dernière universelle et croissante avec la polarisabilité, donc avec la taille. Ce sont elles qui fixent températures d'ébullition, tension superficielle, viscosité et pression de vapeur, et l'anomalie des hydrures du groupe 16 en est l'illustration canonique.
  • Un diagramme de phases montre trois courbes, un point triple et un point critique. Le signe de la pente de la courbe de fusion est celui de ; il est négatif pour l'eau (), ce qui fait flotter la glace mais n'explique pas le patinage, dont le mécanisme réel combine couche prémoulée et frottement.
  • En solution, la loi de Henry donne la solubilité d'un gaz (, décroissante avec ) et les propriétés colligatives ne dépendent que du nombre de particules, corrigé par le facteur de van 't Hoff . La pression osmotique est de loin la plus sensible: elle mesure les masses molaires des macromolécules là où la cryoscopie est aveugle.

Série d'exercices du chapitre 7

Exercice 1 sur 5
Exercice

Une bouteille de gaz porte l'indication «150 bar» sur son manomètre. Quelle est la pression absolue du gaz à l'intérieur?

Problème guidé

Du magnésium au dihydrogène, étape par étape

On fait réagir de magnésium avec un excès d'acide chlorhydrique selon . Le dihydrogène est recueilli sur l'eau à ; la pression totale lue est et la pression de vapeur saturante de l'eau à cette température vaut (valeur tabulée). On prendra .

  1. 1

    1. Quantité de dihydrogène produite

    Le magnésium est le réactif limitant et la stœchiométrie est de 1 pour 1.

    Exercice

    Combien de moles de sont produites?

    mol
  2. 2. Pression partielle du dihydrogène

  3. 3. Volume de gaz recueilli

  4. 4. Une vérification cinétique

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 7.1 · Pressions, unités et manomètre

Un baromètre à mercure indique .

(a) Exprimez cette pression en pascals, en kilopascals, en bars et en atmosphères.

(b) Quelle serait la hauteur de la colonne si le baromètre était rempli d'eau (, )?

(c) Un ballon de verre est relié à un manomètre en U à mercure ouvert sur l'atmosphère. Le mercure est plus haut de du côté ouvert. Quelle est la pression absolue du gaz dans le ballon, en kPa?

Solution

(a) Le millimètre de mercure vaut exactement . Donc

En bars: . En atmosphères: .

Contrôle de cohérence: . ✓

(b) De , :

Le rapport est bien le rapport des masses volumiques mercure/eau, comme l'exige à pression égale. Un baromètre à eau ferait donc plus de dix mètres de haut — d'où le choix du mercure par Torricelli.

(c) Le mercure étant plus haut du côté ouvert, l'atmosphère pousse moins fort que le gaz: le gaz est en surpression. De ,

Erreur classique: donner comme réponse. Le manomètre ouvert mesure une différence; la pression absolue exige d'ajouter la pression atmosphérique.

Exercice 7.2 · Masse volumique et masse molaire d'un gaz

(a) Calculez la masse volumique de l'hexafluorure de soufre () à sous , et son rapport à celle de l'air ().

(b) Un ballon de est rempli d'hélium à sous . Quelle charge utile peut-il soulever, enveloppe et nacelle non comptées?

Solution

(a) De , :

Le rapport à l'air ne dépend que des masses molaires, puisque et sont communs: . L'hexafluorure de soufre est cinq fois plus dense que l'air; il stagne au sol, et c'est pourquoi on peut faire flotter un bateau en aluminium dessus dans une démonstration de cours. C'est aussi un gaz à très fort potentiel de réchauffement, réglementé à ce titre.

(b) La poussée d'Archimède vaut le poids de l'air déplacé; la charge utile est la différence entre la masse d'air déplacée et la masse d'hélium.

Le même volume contient le même nombre de moles d'air (loi d'Avogadro), d'où

Un mètre cube d'hélium soulève donc environ un kilogramme: il faut une dizaine de mètres cubes pour soulever un enfant, ce qui donne l'échelle réelle des ballons.

Exercice 7.3 · Mélange gazeux et loi de Dalton

Un récipient rigide de maintenu à contient de , de et d'hélium.

(a) Calculez les trois fractions molaires et vérifiez leur somme.

(b) Calculez la pression totale et les trois pressions partielles.

(c) On ajoute d'argon (). Que devient la pression partielle de l'hélium?

Solution

(a) Quantités de matière:

Fractions molaires: , , . Somme: (l'écart vient des arrondis). ✓

Remarquez le renversement: l'hélium ne représente que % de la masse mais % des molécules. Les fractions molaires ne sont pas des fractions massiques.

(b)

Puis :

Contrôle: la somme vaut . ✓

(c) Elle ne change pas. À volume et température constants, ne dépend que de la quantité d'hélium, qui n'a pas bougé: .

Vérifions par l'autre voie, celle des fractions molaires. On ajoute , donc . Alors

La fraction molaire de l'hélium a bien diminué () et la pression totale a augmenté (), mais exactement dans le rapport inverse: leur produit est inchangé. Une pression partielle ne dépend que de la quantité de l'espèce concernée, jamais de ce qu'on ajoute à côté — tant que le gaz reste parfait.

Exercice 7.4 · Effusion et identification d'un gaz

Dans un dispositif d'effusion, de dioxygène met à traverser un orifice. Dans les mêmes conditions, la même quantité d'un gaz inconnu met .

(a) Quelle est la masse molaire du gaz inconnu?

(b) Proposez une identification et discutez-en la fiabilité.

(c) À , quelle est la vitesse quadratique moyenne des molécules de ce gaz, et comment se compare-t-elle à celle du dioxygène?

Solution

(a) Pour une même quantité de gaz, la vitesse d'effusion est inversement proportionnelle au temps: . La loi de Graham donne donc

(b) correspond très bien au méthane (). Mais la mesure ne distingue pas le méthane d'un autre gaz de masse molaire voisine; ici aucun candidat courant n'est à moins de ( vaut , l'hélium ), donc l'identification est assez sûre. Réserve importante: la loi de Graham suppose un régime d'effusion vraie. Si l'orifice n'est pas petit devant le libre parcours moyen, l'écoulement devient hydrodynamique et le rapport des temps n'est plus en . Une mesure d'effusion valide exige donc une pression suffisamment basse.

(c)

Le rapport vaut — la même racine que celle des temps d'effusion, ce qui était attendu: c'est la même dépendance en qui gouverne les deux phénomènes. Notez bien que les deux gaz ont malgré tout la même énergie cinétique moyenne, .

Exercice 7.5 · Osmométrie d'un électrolyte et facteur de van 't Hoff

On dissout d'un composé ionique de formule , entièrement dissocié, dans de l'eau jusqu'à de solution. À , la pression osmotique mesurée vaut .

(a) En supposant , déterminez la masse molaire de et proposez une identification.

(b) Quel résultat aurait-on trouvé en oubliant le facteur de van 't Hoff? Commentez.

(c) Quel abaissement cryoscopique cette solution présenterait-elle? On admettra que la molalité est numériquement égale à la concentration molaire (solution diluée) et on prendra , valeur mesurée typique pour un électrolyte de ce type à cette concentration.

Solution

(a) De , , on tire la concentration en soluté:

La quantité de matière dissoute est , d'où

a pour masse molaire : l'accord est excellent. La formule étant donnée, et correspondant bien à , l'identification est cohérente.

(b) Avec on aurait obtenu une concentration trois fois plus grande, donc une masse molaire trois fois plus petite: . Oublier revient à diviser la masse molaire par le nombre d'ions. C'est l'erreur classique des propriétés colligatives, et elle est d'autant plus insidieuse qu'elle donne un résultat qui «a l'air» d'une masse molaire plausible.

(c) La molalité est prise égale à . Avec et :

La solution congèlerait vers . Deux remarques. D'abord, est mesurable mais avec une précision médiocre, alors que se mesure aisément: l'osmométrie est bien la méthode la plus sensible. Ensuite, la différence entre (idéal) et (mesuré) n'est pas du bruit: elle traduit l'appariement partiel des ions et , d'autant plus marqué que les charges sont grandes. Un résultat colligatif n'a de sens que si l'on précise quel on utilise et d'où il vient.

Références

  • P. Atkins, L. Jones, L. Laverman, Principes de chimie, De Boeck Supérieur — chapitres sur les gaz, les liquides et les forces intermoléculaires; excellente présentation du facteur de compressibilité et des isothermes de van der Waals.
  • R. Chang, J. Overby, Chimie générale, Dunod — traitement très progressif de la loi des gaz parfaits, des pressions partielles et de la théorie cinétique, avec de nombreux exercices résolus.
  • R. H. Petrucci et al., Chimie générale, Pearson — chapitres sur les gaz, les états de la matière et les solutions; tableaux de constantes de Henry et de propriétés colligatives.
  • P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck Supérieur — pour aller plus loin: dérivation complète de la distribution de Maxwell-Boltzmann, équations d'état, principe des états correspondants et relation de Clapeyron.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press — source des valeurs tabulées utilisées dans ce chapitre: constantes de van der Waals, pressions de vapeur saturante de l'eau, températures d'ébullition, tensions superficielles, constantes ébullioscopiques et cryoscopiques.
  • Bureau international des poids et mesures, Le Système international d'unités (brochure SI, 9ᵉ édition, 2019) — définitions du pascal, du kelvin et statut du point triple de l'eau depuis la révision de 2019.

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