Chapitre 2

Réactions en solution aqueuse

Concentrations et dilutions, électrolytes, précipitation, acide-base et oxydoréduction, titrages et bilans de matière.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • expliquer, à partir de la polarité de la molécule d'eau, pourquoi un solide ionique se solvate et pourquoi certains sels se dissolvent alors que d'autres restent au fond du bécher;
  • distinguer électrolytes forts, électrolytes faibles et non-électrolytes, écrire l'équation de dissolution et l'équation de dissociation d'un soluté, et relier ces notions à la conductivité d'une solution;
  • calculer et convertir les différentes mesures de composition d'une solution — concentration molaire, concentration massique, fraction molaire, molalité, ppm et ppb — en utilisant la masse volumique, et préparer une solution par dissolution ou par dilution;
  • écrire une réaction de précipitation aux trois niveaux (équation moléculaire, équation ionique complète, équation ionique nette), identifier les ions spectateurs, déterminer le réactif limitant et calculer la masse de précipité;
  • reconnaître un acide et une base au sens d'Arrhenius puis de Brønsted-Lowry, écrire les couples conjugués, et exploiter un titrage acide fort–base forte pour déterminer une concentration inconnue;
  • attribuer les nombres d'oxydation, écrire les demi-équations et équilibrer une équation d'oxydoréduction en milieu acide puis en milieu basique, en vérifiant à chaque étape la conservation de la masse et de la charge;
  • dresser un tableau d'avancement en trois lignes pour une réaction en solution et en tirer l'état final complet du système.

L'eau, un solvant qui n'est pas neutre

Une molécule polaire

Presque toute la chimie que vous rencontrerez en biologie, en pharmacie, en géologie ou en génie de l'environnement se déroule en solution aqueuse. Ce n'est pas un hasard historique: c'est une conséquence de la structure de la molécule d'eau.

Dans , les deux liaisons font entre elles un angle de — la molécule est coudée, non linéaire. L'oxygène attire les électrons de liaison beaucoup plus fortement que l'hydrogène: sa charge partielle est négative, celle des hydrogènes positive. On note ces charges partielles et . Comme la molécule est coudée, les deux moments de liaison ne se compensent pas: leur somme vectorielle est non nulle et la molécule porte un moment dipolaire permanent, dirigé de la région vers la région . Si était linéaire, comme , ce moment serait nul et l'eau serait un solvant médiocre.

Solvatation et hydratation

Plongez un cristal de chlorure de sodium dans l'eau. À la surface du cristal, chaque ion est exposé aux molécules d'eau. Les dipôles de l'eau s'orientent: leur pôle négatif, l'oxygène, se tourne vers les cations ; leur pôle positif, un hydrogène, se tourne vers les anions . Cette interaction ion–dipôle stabilise l'ion en solution: on dit qu'il est solvaté, et hydraté lorsque le solvant est l'eau.

Cation hydraté (Na+)l’oxygène (δ−) fait face à l’ionAnion hydraté (Cl)un hydrogène (δ+) fait face à l’ionHHOHHOHHOHHOHHONa+HHOHHOHHOHHOHHOClδ−δ+δ−δ+Interaction ion–dipôle: elle compense l’énergie réticulaire du solide.
Figure 2.1. Hydratation d'un cation et d'un anion. Les positions des atomes sont calculées: chaque molécule d'eau est placée sur un rayon issu du centre de l'ion, puis ses deux hydrogènes sont obtenus par rotation de ± 52,25° autour de l'oxygène (angle HOH = 104,5°). À gauche, l'oxygène (δ−) fait face au cation; à droite, c'est un hydrogène (δ+) qui fait face à l'anion. Cinq molécules sont dessinées par ion pour la lisibilité; la coordinence réelle est généralement de 4 à 6.

Deux règles de grandeur méritent d'être retenues. D'abord, l'énergie d'hydratation croît avec la charge de l'ion et décroît avec son rayon: , petit et doublement chargé, est bien plus fortement hydraté que , gros et simplement chargé. Ensuite, l'ion hydraté est plus gros que l'ion nu, et l'ordre des tailles peut s'inverser: en solution, hydraté est plus encombrant que hydraté, alors que l'ion nu est le plus petit des deux. C'est pourquoi le lithium migre plus lentement que le césium dans un champ électrique — un résultat qui déroute tant qu'on raisonne sur l'ion nu.

Pourquoi certains solides ioniques se dissolvent et d'autres non

Dissoudre un solide ionique, c'est faire deux choses opposées sur le plan énergétique. Il faut d'abord détruire le réseau cristallin, c'est-à-dire séparer des ions qui s'attirent: cela coûte de l'énergie, et cette énergie est l'énergie réticulaire. Il faut ensuite hydrater les ions libérés: cela en libère. Le bilan s'écrit, en enthalpies:

Le premier terme est grand et positif, le second grand et négatif, et leur somme est la petite différence de deux grands nombres. Pour , l'énergie nécessaire pour disloquer le réseau est de l'ordre de et l'hydratation des deux ions libère de l'ordre de (valeurs tabulées standard à 25 °C, type CRC Handbook / Atkins): la dissolution est très légèrement endothermique, . Une erreur de 1 % sur l'un des deux grands termes suffirait à changer le signe du résultat: on ne prédit donc pas la solubilité en comparant des tables d'enthalpies à la main.

Cette compétition explique les cas extrêmes. Le chlorure d'argent a une énergie réticulaire élevée que l'hydratation ne compense pas: il est pratiquement insoluble, et son produit de solubilité vaut à 25 °C. Le sulfate de baryum , avec deux ions doublement chargés, a un réseau encore plus cohésif: . À l'inverse, tous les nitrates sont solubles: l'ion est gros, sa charge est délocalisée, et il forme des réseaux peu cohésifs avec n'importe quel cation.

La même logique gouverne la dissolution des composés moléculaires, résumée par l'adage «qui se ressemble se dissout»: un soluté polaire ou capable de liaisons hydrogène se dissout dans un solvant polaire (l'éthanol et le glucose dans l'eau), un soluté apolaire dans un solvant apolaire (le diiode dans le cyclohexane). L'huile et l'eau ne se mélangent pas parce qu'insérer une chaîne hydrocarbonée dans l'eau obligerait les molécules d'eau voisines à se réorganiser en perdant des interactions favorables.

Exercice

Dans une solution aqueuse de , comment les molécules d'eau de la première sphère d'hydratation sont-elles orientées autour de l'ion ?

Électrolytes forts, faibles et non-électrolytes

Ce qui conduit et ce qui ne conduit pas

L'eau pure ne conduit presque pas le courant. Sa conductivité à 25 °C est de l'ordre de , valeur de référence de l'eau ultrapure, parce que l'autoprotolyse n'engendre qu'une concentration à 25 °C, avec . Ajoutez une pincée de sel et la conductivité fait un bond de plusieurs ordres de grandeur: ce sont les ions mobiles qui transportent le courant, pas le solvant.

Équation de dissolution et équation de dissociation

Il faut distinguer deux écritures que l'on confond souvent.

L'équation de dissolution décrit le passage du soluté de son état initial (solide, liquide ou gaz) à l'état dissous. L'équation de dissociation décrit la séparation en ions de l'espèce dissoute. Pour un électrolyte fort, les deux étapes sont simultanées et on les écrit d'un trait:

Vérifiez systématiquement les deux invariants: les éléments sont conservés, et la charge totale est conservée. Dans la dernière équation, la charge est nulle à gauche; à droite, . Une équation de dissociation dont les charges ne se compensent pas est fausse, et l'erreur vient presque toujours d'un indice oublié dans la formule du sel.

Pour un non-électrolyte, l'équation de dissolution n'est suivie d'aucune dissociation:

Pour un électrolyte faible, la dissolution est complète mais la dissociation est partielle, et c'est elle qui porte la double flèche:

Prenons l'acide acétique à . La donnée tabulée est le , pas le : les tables de ce cours, comme celles des ouvrages de référence, publient à 25 °C, et la constante d'acidité s'en déduit par . L'ordre est important: un donné à deux décimales ne porte que trois chiffres significatifs sur , et écrire avec cinq décimales serait inventer une précision que la mesure n'a pas. Avec cette valeur, la résolution exacte de l'équilibre donne : 1,31 % seulement des molécules sont dissociées, contre 100 % pour un acide fort de même concentration. C'est cette différence, et non une différence de concentration, qui distingue un acide faible d'un acide fort. Le calcul complet de cet équilibre appartient au chapitre 12; retenez pour l'instant l'ordre de grandeur.

Conductivité d'une solution

La conductivité d'une solution, en , mesure son aptitude à transporter le courant. Elle croît avec la concentration des ions, avec leur charge et avec leur mobilité. À dilution suffisante, chaque ion apporte une contribution indépendante, et l'on peut écrire

est la conductivité molaire ionique de l'espèce et sa concentration. Cette additivité, connue sous le nom de loi de Kohlrausch des migrations indépendantes, n'est valable qu'en solution diluée: aux concentrations élevées, les ions s'écrantent mutuellement et croît moins vite que , voire décroît.

Trois observations qualitatives suffisent au laboratoire. Une solution d'électrolyte fort conduit fortement et sa conductivité est proportionnelle à la concentration en solution diluée. Une solution d'électrolyte faible conduit peu, et sa conductivité n'est pas proportionnelle à la concentration, parce que le taux de dissociation lui-même dépend de la dilution. Une solution de non-électrolyte ne conduit pas plus que le solvant. La mesure de conductivité est ainsi devenue un contrôle de routine: c'est elle qui qualifie l'eau déminéralisée d'un laboratoire, l'eau d'alimentation d'une chaudière, ou la salinité d'une eau de rivière.

Exercice

On dispose de quatre solutions aqueuses de même concentration : (1) glucose, (2) acide acétique, (3) , (4) . Classées par conductivité croissante, dans quel ordre viennent-elles?

Exprimer la composition d'une solution

Une même solution peut être décrite de plusieurs manières, et savoir passer de l'une à l'autre est une compétence de laboratoire autant qu'un exercice de calcul. Dans tout ce cours, désigne une quantité de matière en mol, une masse molaire en , un volume, une masse volumique. La notation et la notation désignent indifféremment la concentration molaire de l'espèce ; nous utiliserons dans les expressions d'équilibre et ailleurs.

Concentration molaire

Une concentration molaire dépend de la température, puisque le volume de la solution se dilate. Pour des travaux de précision ou en thermodynamique, on lui préfère la molalité, qui n'en dépend pas.

Concentration massique

La concentration massique , ou titre massique volumique, est la masse de soluté par litre de solution, en :

C'est la grandeur qu'emploient les analyses médicales et les rapports d'analyse d'eau, presque toujours en . À côté d'elle, on rencontre le pourcentage massique , quotient de la masse de soluté par la masse de solution: c'est ainsi que sont étiquetés les réactifs commerciaux («acide chlorhydrique à 36 %»).

Fraction molaire

La fraction molaire est la grandeur naturelle dès qu'on raisonne sur des mélanges: elle intervient dans la loi de Raoult, dans la loi de Dalton des pressions partielles (chapitre 7) et dans l'expression des activités.

Molalité

En solution aqueuse très diluée, de solution pèse environ et contient environ de solvant: la molalité et la concentration molaire sont alors numériquement voisines. Cette coïncidence disparaît dès que la solution est concentrée, comme le montre l'exemple 2.1.

ppm et ppb

Pour les espèces présentes à l'état de traces — métaux lourds, pesticides, gaz dissous — on emploie des rapports de masses.

Une eau qui contient d'ions titre donc environ en calcium; en concentration molaire, cela fait , soit . Notez l'ordre de grandeur: un rapport de masses ne dit rien tant qu'on n'a pas divisé par la masse molaire.

Passer d'une grandeur à l'autre: le rôle de la masse volumique

C'est la masse volumique qui fait le pont entre les grandeurs volumiques (concentration molaire, concentration massique) et les grandeurs massiques (pourcentage massique, molalité, fraction molaire). La méthode est toujours la même: choisir une base de calcul, généralement de solution ou de solution, puis remplir un petit bilan de masses.

Dilution et préparation d'une solution

Diluer, c'est ajouter du solvant sans toucher au soluté. La quantité de matière de soluté est donc conservée, et c'est de cette conservation que tout découle:

Exercice

Une solution commerciale d'acide nitrique titre en masse et a une masse volumique de . Quelle est sa concentration molaire, en ? (On prendra .)

mol/L

Trois familles de réactions en solution

Les réactions que l'on rencontre en solution aqueuse se rangent presque toutes dans trois familles, définies par ce qui est échangé:

FamilleCe qui est échangéMoteurSigne visible
Précipitationdes ions, qui quittent la solutionformation d'un solide peu solubleun trouble, un dépôt
Acide-baseun proton formation d'eau ou d'un acide plus faiblechaleur, virage d'indicateur
Oxydoréductiondes électronsdifférence d'affinité pour les électronscouleur, dégagement gazeux, dépôt métallique

Nous les traitons dans cet ordre, du plus simple — un solide se forme — au plus riche — des électrons changent de propriétaire. Les trois obéissent aux deux mêmes invariants, qui forment le fil rouge de ce chapitre.

Origine de la relation. Une réaction chimique ne fait que réarranger des liaisons: les noyaux ne sont ni créés, ni détruits, ni transmutés, d'où la conservation élément par élément. Quant à la charge, elle est conservée parce que les électrons ne sont ni créés ni détruits non plus: en oxydoréduction, ils changent de propriétaire, et tout électron cédé par le réducteur est capté par l'oxydant. La charge d'un système fermé est donc une constante du mouvement.

Le bilan de charge, discret en précipitation et en acide-base — où il se contente de confirmer l'écriture — devient l'outil de travail principal en oxydoréduction: c'est lui qui produit les coefficients stœchiométriques.

Réactions de précipitation

Des règles empiriques, pas une théorie

Prédire si un sel précipitera demande en toute rigueur de comparer le quotient réactionnel au produit de solubilité , ce que fera le chapitre 12. En attendant, les chimistes se servent d'un jeu de règles de solubilité. Ce sont des règles empiriques: elles résument des observations de laboratoire, souffrent des exceptions, et la frontière entre «soluble» et «insoluble» y est conventionnelle — on considère habituellement comme insoluble un sel dont la solubilité est inférieure à . Elles ne remplacent pas un calcul de ; elles permettent de décider vite au bord de la paillasse.

Les trois niveaux d'écriture

Une même réaction de précipitation s'écrit de trois manières, chacune répondant à une question différente.

L'équation moléculaire écrit tous les réactifs et produits sous forme de composés neutres. C'est l'écriture du flacon et de la stœchiométrie: elle dit quoi peser.

L'équation ionique complète représente les électrolytes forts par leurs ions réellement présents en solution. C'est l'écriture de la réalité microscopique: elle dit qui est là.

L'équation ionique nette ne retient que les espèces qui changent d'état. C'est l'écriture du chimiste: elle dit ce qui se passe.

1 · Équation moléculaire2 · Équation ionique complète — les électrolytes forts sont dissociés3 · Équation ionique nette — ce qui change réellementBaCl2(aq)+Na2SO4(aq)BaSO4(s)+2 NaCl(aq)Ba2+(aq)+2 Cl(aq)+2 Na+(aq)+SO42−(aq)BaSO4(s)+2 Na+(aq)+2 Cl(aq)Ba2+(aq)+SO42−(aq)BaSO4(s)Ions spectateurs barrés: identiques et dissous des deux côtés.Charge conservée: (+2) + (−2) = 0 à gauche, 0 à droite.
Figure 2.2. Les trois niveaux d'écriture d'une même précipitation. Les jetons sont positionnés par calcul de leur largeur, puis les ions spectateurs — 2 Na⁺ et 2 Cl⁻, présents à l'identique des deux côtés de l'équation ionique complète — sont barrés à l'endroit exact où ils apparaissent. L'équation ionique nette qui subsiste conserve la masse et la charge: (+2) + (−2) = 0 de chaque côté.

Détaillons le passage. L'équation moléculaire de la réaction entre le chlorure de baryum et le sulfate de sodium est

Les trois solutés sont des électrolytes forts; le sulfate de baryum, lui, est un solide qu'on n'écrit jamais dissocié. D'où l'équation ionique complète

puis, en biffant les et les qui figurent des deux côtés,

Contrôle des invariants. Masse: un baryum, un soufre et quatre oxygènes de chaque côté. Charge: à gauche, à droite. Les deux invariants sont satisfaits.

Un exemple complet: réactif limitant et masse de précipité

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes qui conduisent de l'énoncé à l'équation ionique nette d'une réaction de précipitation.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Repérer le produit insoluble à l'aide des règles empiriques de solubilité
  • 2.
  • Écrire l'équation moléculaire équilibrée à partir des formules des réactifs
  • 3.
  • Dissocier en ions tous les électrolytes forts dissous, et eux seuls
  • 4.
  • Identifier les ions spectateurs, présents à l'identique des deux côtés
  • 5.
  • Éliminer les spectateurs et vérifier la conservation de la masse et de la charge

Réactions acide-base

D'Arrhenius à Brønsted-Lowry

Cette définition a un défaut rédhibitoire: elle est prisonnière de l'eau, et elle ne sait pas expliquer pourquoi l'ammoniac , qui ne contient aucun groupe , se comporte en base. La définition de Johannes Brønsted et Thomas Lowry, proposée indépendamment en 1923, lève la difficulté en déplaçant l'attention de la substance vers l'échange.

L'eau apparaît dans deux couples: elle peut céder un proton comme en capter. On dit qu'elle est amphotère. Les ions et le sont également. La dissolution de l'ammoniac illustre parfaitement la définition de Brønsted:

L'ammoniac est bien une base, sans jamais contenir de groupe hydroxyle: c'est l'eau qui fournit l', après avoir cédé son proton.

Acides et bases forts: la liste à connaître

Un acide est fort s'il cède son proton totalement en solution aqueuse; une base est forte si elle capte le proton totalement. La liste des acides forts usuels est courte et se retient:

Pour l'acide sulfurique, la première acidité est totale, la seconde (, ) ne l'est pas: c'est un diacide dont seul le premier proton est fort. Les bases fortes usuelles sont les hydroxydes des alcalins (, , ) et, dans la limite de leur solubilité, ceux des alcalino-terreux lourds (, , ). Tout le reste est faible: (), l'acide acétique (), (), (), les acides carbonique et phosphorique.

Neutralisation

Mélangez un acide fort et une base forte: les protons libérés par l'un rencontrent les hydroxydes libérés par l'autre. L'équation moléculaire

se réduit, une fois les spectateurs et éliminés, à une seule équation ionique nette, la même pour tout couple acide fort–base forte:

La masse est conservée (deux hydrogènes et un oxygène de part et d'autre) et la charge aussi (). Cette réaction est fortement exothermique et pratiquement totale: sa constante vaut à 25 °C. Quand l'un des partenaires est faible, l'équation nette change — avec l'acide acétique, elle devient , l'acide restant écrit sous forme moléculaire puisqu'il n'est pas dissocié.

Titrage acide fort–base forte

Origine de la relation. À l'équivalence, l'avancement est celui qui épuise les deux réactifs en même temps: et . En éliminant entre ces deux égalités, on obtient exactement la relation annoncée. La relation (2.13) en est le cas particulier ; oublier de diviser par les coefficients est l'erreur classique du dosage d'un diacide.

Pour un titrage acide fort–base forte, la courbe se calcule exactement, sans aucune approximation, à partir de trois relations: le bilan de matière, l'électroneutralité de la solution et le produit ionique de l'eau. Si est la quantité d'acide initialement présente et le volume de base ajouté, on pose et l'électroneutralité donne, avec ,

Trois traits caractérisent la courbe obtenue. Avant l'équivalence, et le pH monte lentement. À l'équivalence, exactement, la formule donne , donc à 25 °C — c'est une propriété du couple fort/fort, et non une règle générale des titrages. Après l'équivalence, et le pH se rapproche de celui de la base ajoutée. Le saut de pH au voisinage de l'équivalence est ce qui rend le point de fin de dosage détectable, à l'œil par un indicateur coloré ou au pH-mètre.

L'explorateur ci-dessous trace la même courbe, point par point, depuis la formule exacte (2.14): rien n'y est dessiné à la main. Faites d'abord glisser la concentration de l'analyte et regardez le volume à l'équivalence se déplacer proportionnellement, tandis que le pH à l'équivalence ne bouge pas d'un centième — il reste à quoi que vous fassiez, parce que la solution y est une solution de et rien d'autre. Cette invariance est la leçon de la section. Changez ensuite seule: le volume équivalent varie en sens inverse, mais le produit reste égal à , et l'afficheur «concentration de l'analyte déduite» retombe sur la valeur que vous aviez fixée — c'est le titrage tout entier en un contrôle. Diluez enfin les deux solutions ensemble d'un facteur dix et observez ce qui se passe au saut de pH: il rétrécit, et c'est pourquoi un titrage trop dilué devient imprécis.

Explorateur de titrage acide fort – base forte

Un volume V(a) d'acide chlorhydrique de concentration c(a) est titré par de la soude de concentration c(b). Chaque point de la courbe est calculé exactement (bilan de matière, électroneutralité et produit ionique de l'eau), sans aucune approximation. Observez le readout du bas: la concentration de l'analyte déduite du titrage ne bouge pas quand vous changez le titrant ou le volume de la prise d'essai — c'est tout l'intérêt de la méthode.

0246810121401020304050volume de soude ajouté (mL)pHéquivalence25,00 mL · pH 7,00
Concentration de l’analyte ca0,100mol/L
Concentration du titrant cb0,10mol/L
Volume initial d’analyte Va25mL
Volume à l’équivalence
25,00mL
Quantité de matière à l’équivalence
2,500mmol
Concentration de l’analyte déduite
0,100mol/L
pH initial
1,00
pH à l’équivalence
7,00
Exercice

On titre d'une solution d'acide sulfurique à par de la soude à . Quel volume de soude faut-il pour atteindre l'équivalence, en mL? (On traitera l'acide sulfurique comme un diacide entièrement dosé.)

mL

Réactions d'oxydoréduction

Nombres d'oxydation

Pour suivre les électrons dans une réaction, on a besoin d'un instrument de comptabilité. C'est le nombre d'oxydation: une charge fictive attribuée à chaque atome selon une convention, comme si toutes les liaisons étaient ioniques.

Appliquons la règle 7 à quelques espèces du chapitre. Dans : , donc . Dans : , donc . Dans : , donc . Dans : , donc . Dans : , donc . Dans : , donc . Et dans le glucose : , donc — un n.o. moyen nul pour un carbone qui n'a évidemment rien d'un corps simple, ce qui illustre le caractère purement conventionnel de l'outil.

Oxydant, réducteur, demi-équations

Le moyen mnémotechnique est immédiat une fois qu'on l'a écrit: l'oxydant oxyde le partenaire et se réduit lui-même. Les électrons n'existent jamais libres en solution: ils ne figurent que dans les demi-équations, et l'équation bilan n'en contient aucun. C'est précisément cette exigence — que les électrons cédés soient exactement ceux qui sont captés — qui fournit les coefficients stœchiométriques.

Transfert de 5 électrons, en milieu acideRéducteur — il s’oxyden.o.(Fe): +II ⟶ +III, soit −1 e par ionFe2+Fe3+1 eFe2+Fe3+1 eFe2+Fe3+1 eFe2+Fe3+1 eFe2+Fe3+1 eOxydant — il se réduitMnO4 + 8 H+ + 5 e⟶ Mn2+ + 4 H2On.o.(Mn): +VII ⟶ +IIgain de 5 e par ionBilan: MnO4 + 5 Fe2+ + 8 H+ ⟶ Mn2+ + 5 Fe3+ + 4 H2OCharge: −1 + 5(+2) + 8(+1) = +17 = +2 + 5(+3) des deux côtés.
Figure 2.3. Transfert d'électrons entre le fer(II) et le permanganate en milieu acide. Le nombre de flèches n'est pas choisi: il est déduit des nombres d'oxydation déclarés dans le code. Le manganèse passe de +VII à +II, soit un gain de 5 électrons; chaque ion fer(II) n'en cède qu'un en passant à +III; il faut donc 5 ions fer(II) et 5 flèches. Le bilan des charges, +17 de chaque côté, est affiché sous le schéma.

Équilibrer une équation redox en milieu acide

Beaucoup d'équations redox sont impossibles à équilibrer «à vue»: il faut une méthode. La méthode des demi-équations la fournit, et elle repose entièrement sur les deux invariants du chapitre.

Appliquons-la au permanganate et au fer(II), la réaction de la figure 2.3.

Étape 1. Le manganèse passe de dans à dans : il est réduit, est l'oxydant. Le fer passe de à : il est oxydé, est le réducteur.

Étapes 2 à 5, demi-équation de réduction. On part de . Quatre oxygènes à gauche, aucun à droite: on ajoute à droite. Huit hydrogènes apparaissent à droite: on ajoute à gauche. Les charges valent alors à gauche et à droite: il faut à gauche.

Contrôle: électrons, exactement la variation . Charge: à gauche, à droite.

Demi-équation d'oxydation. . Charge: des deux côtés.

Étape 6. Le ppcm de 5 et 1 vaut 5: on multiplie la demi-équation d'oxydation par 5.

Étape 7. En additionnant, les se simplifient:

Vérification des deux invariants. Masse: : 1 = 1. : 4 = 4. : 5 = 5. : 8 = 8. Charge: à gauche ; à droite . L'équation est équilibrée en masse et en charge.

Équilibrer en milieu basique

En milieu basique, les ions ne peuvent pas figurer dans le bilan: leur concentration y est infime. Deux voies équivalentes existent.

Traitons la réduction du permanganate par le sulfite en milieu basique, qui donne le dioxyde de manganèse solide:

Nombres d'oxydation. Le manganèse passe de à : gain de 3 électrons. Le soufre passe de à : perte de 2 électrons.

Demi-équation de réduction, voie directe. perd deux oxygènes à droite; on ajoute à gauche et à droite, ce qui équilibre à la fois les oxygènes ( à gauche, à droite) et les hydrogènes (4 de chaque côté). Charges: à gauche, à droite; il faut à gauche:

Contrôle: charge à gauche, à droite. Les 3 électrons correspondent bien à .

Demi-équation d'oxydation. manque d'un oxygène: on ajoute à gauche et à droite. Charges: à gauche, à droite; il faut à droite:

Combinaison. Le ppcm de 3 et 2 vaut 6: on multiplie (2.17) par 2 et (2.18) par 3.

En additionnant, les six électrons disparaissent; il reste à gauche contre à droite, soit une seule à gauche, et à droite contre à gauche, soit deux à droite:

Vérification des deux invariants. Masse: : 2 = 2. : 3 = 3. : 2 = 2. : à gauche ; à droite . Charge: à gauche ; à droite . L'équation est correcte.

Exercice

Dans la réaction , quelle proposition est exacte?

Titrage redox: la permanganimétrie

Un titrage redox obéit exactement aux mêmes principes qu'un titrage acide-base, avec une différence de commodité: l'ion permanganate est intensément violet et l'ion pratiquement incolore. Tant qu'il reste du réducteur, la goutte de permanganate qui tombe se décolore immédiatement; à la première goutte en excès, la solution rosit durablement. Le titrant est son propre indicateur, ce qui fait de la permanganimétrie l'une des méthodes volumétriques les plus anciennes et les plus robustes. Elle se pratique en milieu acide sulfurique — jamais chlorhydrique, car le permanganate oxyderait les chlorures.

Bilan de matière en solution: le tableau d'avancement

Tous les calculs de ce chapitre relèvent d'un même outil, que nous formalisons maintenant parce qu'il portera tout le reste du cours.

On présente le calcul en trois lignes — état initial, variation, état final — et l'on travaille de préférence en quantités de matière plutôt qu'en concentrations, car le volume change quand on mélange deux solutions.

Applications: la dureté de l'eau, le traitement des eaux et l'analyse quantitative

La dureté de l'eau

Ces ions proviennent de la dissolution des roches carbonatées par l'eau chargée de dioxyde de carbone, une réaction qui est à la fois une acide-base et une dissolution:

C'est pourquoi les eaux qui traversent le calcaire du Jura ou la molasse du Plateau sont plus dures que celles qui descendent des massifs cristallins alpins. Considérons, à titre d'exercice, une eau dont l'analyse indique de et de . On convertit chaque teneur en concentration molaire:

soit au total. En équivalent carbonate de calcium, , c'est-à-dire . Sur l'échelle usuelle — douce en dessous de , moyennement dure de 15 à 25, assez dure de 25 à 32, dure au-delà — cette eau est assez dure.

Une eau dure n'est pas dangereuse pour la santé; elle est incommode. Chauffée, elle déplace l'équilibre (2.21) vers la gauche en chassant le dissous et dépose du tartre, , dans les bouilloires, les échangeurs de chaleur et les conduites. Elle consomme aussi davantage de savon, les carboxylates de calcium étant insolubles. On l'adoucit de deux manières: par échange d'ions sur une résine, où deux fixés sont libérés pour chaque capté, ou par précipitation, soit au carbonate de sodium

soit par décarbonatation à la chaux, où l'ajout de transforme les hydrogénocarbonates en carbonates et fait précipiter le calcium des deux origines:

Contrôle de cette dernière: deux calciums, quatre hydrogènes, deux carbones et huit oxygènes de chaque côté; la charge est nulle des deux côtés.

Le traitement des eaux

Le traitement d'une eau de consommation enchaîne des opérations physiques et des réactions chimiques qui relèvent toutes des trois familles de ce chapitre. Après le dégrillage et le tamisage viennent la coagulation-floculation, où l'on ajoute un sel de fer(III) ou d'aluminium dont l'hydrolyse produit un hydroxyde gélatineux qui piège les colloïdes:

puis la décantation, la filtration sur sable, souvent une filtration sur charbon actif, et enfin une désinfection par l'ozone, le rayonnement ultraviolet ou le chlore. Chaque étape a sa chimie: l'hydrolyse coagulante est une réaction acide-base, l'ozonation une oxydation, l'adoucissement une précipitation.

Du côté des eaux usées, les stations d'épuration suisses combinent un traitement mécanique, un traitement biologique et une déphosphatation chimique par précipitation du phosphate au fer(III):

La charge est nulle des deux côtés et la masse est conservée. Cette étape a été déterminante pour la restauration des lacs suisses après les épisodes d'eutrophisation des années 1960 et 1970. Plus récemment, la révision de l'ordonnance fédérale sur la protection des eaux entrée en vigueur en 2016 impose à une partie des stations une étape supplémentaire d'élimination des micropolluants, par charbon actif en poudre ou par ozonation.

L'analyse quantitative au laboratoire

Les titrages de ce chapitre sont les représentants les plus simples de l'analyse volumétrique, l'une des deux grandes familles de l'analyse quantitative classique; l'autre est l'analyse gravimétrique, où l'on pèse un précipité — la détermination du sulfate par précipitation au baryum de l'exemple 2.3 en est le cas d'école. Quelques principes valent d'être retenus:

  • un titrage ne vaut que par son étalon. Un étalon primaire est une substance pure, stable, non hygroscopique et de masse molaire élevée, qu'on peut peser directement: l'hydrogénophtalate de potassium pour les bases, le dichromate de potassium ou l'oxalate de sodium pour les oxydants. La soude et le permanganate ne sont pas des étalons primaires — la première absorbe le de l'air, le second se décompose lentement — et doivent être étalonnés avant emploi;
  • l'incertitude finale se construit à partir de celles de la verrerie, de la balance et de la détection de l'équivalence. Une fiole jaugée de de classe A est tolérancée à quelques centièmes de pour-cent, une burette de à quelques centièmes de millilitre: c'est presque toujours la lecture du point de fin de dosage qui domine;
  • un essai à blanc, conduit sans échantillon, corrige la consommation de titrant due aux réactifs eux-mêmes;
  • lorsque la réaction est lente ou l'équivalence mal visible, on pratique un titrage en retour: on ajoute un excès connu de réactif, on laisse réagir, et l'on dose l'excès. Le calcul se fait alors par différence de deux quantités de matière;
  • en Suisse, la traçabilité des mesures aux unités du Système international est assurée par l'Institut fédéral de métrologie (METAS), et les laboratoires d'analyse accrédités travaillent sous un référentiel de qualité qui impose ces contrôles.

Synthèse

  • L'eau est un solvant parce qu'elle est polaire. Ses dipôles s'orientent autour des ions — oxygène vers les cations, hydrogène vers les anions — et l'énergie d'hydratation ainsi libérée compense, ou non, l'énergie réticulaire du solide. La solubilité résulte de la petite différence de ces deux grands termes, à quoi s'ajoute un effet d'entropie décisif que le chapitre 9 quantifiera.
  • Trois comportements de soluté. Un électrolyte fort est totalement dissocié et sa solution conduit bien; un électrolyte faible ne l'est que partiellement, et un non-électrolyte pas du tout. «Fort» qualifie le taux de dissociation, jamais la concentration.
  • Cinq façons d'exprimer une composition, reliées entre elles par la masse volumique: concentration molaire, concentration massique, fraction molaire (dont la somme vaut 1), molalité (indépendante de la température) et rapports de masse en ppm et ppb. La dilution conserve la quantité de matière: .
  • Trois familles de réactions, selon ce qui est échangé: des ions qui quittent la solution en précipitation, un proton en acide-base, des électrons en oxydoréduction. L'équation ionique nette, obtenue en biffant les ions spectateurs, est celle qui dit ce qui se passe réellement.
  • Un titrage transforme un volume en concentration. À l'équivalence, les réactifs ont été introduits dans les proportions stœchiométriques; la relation vaut pour une réaction et doit être corrigée des coefficients dans tous les autres cas. Pour un titrage acide fort–base forte, l'équivalence est à à 25 °C — une propriété de ce cas particulier, pas une règle générale.
  • Masse et charge se conservent, toujours. C'est l'invariant de ce chapitre, et c'est lui qui fournit les coefficients d'une équation redox: on équilibre l'élément, puis les oxygènes par , les hydrogènes par (milieu acide) ou par le couple (milieu basique), et enfin les charges par les électrons. Le tableau d'avancement en trois lignes, enfin, est l'outil qui portera les chapitres 10, 11 et 12.

Série d'exercices du chapitre 2

Exercice 1 sur 5
Exercice

Parmi ces quatre solutés, lequel est un électrolyte fort?

Problème guidé

Analyse complète d'un effluent industriel

Un effluent acide contient de l'acide sulfurique et du sulfate de fer(II) , tous deux entièrement dissous. On veut le caractériser avant de le neutraliser. On dispose de trois prises d'essai de chacune. La première est titrée par de la soude à : l'équivalence est atteinte à (on négligera l'acidité due à l'hydrolyse de ). La deuxième, acidifiée, est titrée par du permanganate de potassium à : la teinte rose persiste à . La troisième servira à doser le sulfate par précipitation.

  1. 1

    1. Concentration de l'acide sulfurique

    Le titrage acide-base dose tous les protons libérés. L'acide sulfurique en libère deux par molécule; le sulfate de fer(II) n'en libère aucun.

    Exercice

    Quelle est la concentration en acide sulfurique de l'effluent, en ?

    mol/L
  2. 2. Concentration en fer(II)

  3. 3. Concentration totale en sulfate, et contrôle d'électroneutralité

  4. 4. Dosage gravimétrique du sulfate

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 2.1 · Préparer et diluer une solution de permanganate

On souhaite préparer d'une solution de permanganate de potassium à à partir du solide, puis en tirer par dilution d'une solution à .

  1. Quelle masse de faut-il peser? On prendra , et .
  2. Décrivez le protocole de préparation.
  3. Quel volume de la solution mère faut-il prélever pour la dilution, et quel est le facteur de dilution?
  4. Le permanganate de potassium n'est pas un étalon primaire. Qu'est-ce que cela change au résultat, et comment y remédier?
Solution

1. La masse molaire vaut

La quantité de matière voulue est , d'où

2. Peser de sur une balance analytique, transférer quantitativement dans une fiole jaugée de en rinçant la coupelle, dissoudre dans environ d'eau distillée en agitant, compléter jusqu'au trait de jauge à hauteur d'œil, boucher et homogénéiser par retournements successifs. La dissolution donne : la charge est nulle des deux côtés.

3. Par conservation de la quantité de matière,

Le facteur de dilution vaut , et l'on prélève à la pipette jaugée de , ce qui est un volume confortable.

4. Un étalon primaire doit être pur, stable et non hygroscopique. Le permanganate de potassium ne l'est pas: il oxyde lentement les traces de matière organique de l'eau et se décompose à la lumière en , si bien que la concentration réelle dérive et devient inférieure à la concentration nominale calculée par pesée. La solution préparée est donc une solution de titre approché. On la standardise avant usage en la titrant contre un véritable étalon primaire — l'oxalate de sodium ou le fer métallique pur — et l'on conserve la solution en flacon brun, en la réétalonnant périodiquement.

Exercice 2.2 · Précipitation du chlorure d'argent

On mélange de nitrate d'argent à et de chlorure de calcium à .

  1. Écrivez l'équation moléculaire, l'équation ionique complète et l'équation ionique nette; identifiez les ions spectateurs.
  2. Déterminez le réactif limitant et la masse de précipité. On prendra .
  3. Calculez les concentrations de toutes les espèces en solution après réaction, en admettant l'additivité des volumes, et vérifiez l'électroneutralité.
  4. Avec , estimez la concentration résiduelle en ions chlorure et concluez sur la légitimité de l'hypothèse d'une précipitation totale.
Solution

1. Le chlorure d'argent est insoluble (règle 3, exception de ); le nitrate de calcium est soluble (règle 2). D'où l'équation moléculaire

l'équation ionique complète

et, après élimination des spectateurs et , l'équation ionique nette

Contrôle: un argent et un chlore de chaque côté; charge à gauche, à droite.

2. Quantités initiales:

— le facteur 2 vient de ce que chaque libère deux chlorures. La stœchiométrie de l'équation nette étant , le chlorure est limitant. Il se forme de précipité, soit

3. Le volume total vaut . Il reste d'argent:

Électroneutralité: . Les charges se compensent exactement.

4. À l'équilibre, . Rapportée aux initialement présentes dans (soit si rien n'avait précipité), la fraction restée en solution est de l'ordre de . L'hypothèse d'une précipitation totale est donc pleinement justifiée, parce que l'argent est en excès: si les deux réactifs avaient été introduits en proportions exactement stœchiométriques, la concentration résiduelle serait , cent fois plus grande. En analyse gravimétrique, on ajoute toujours le réactif précipitant en excès pour cette raison.

Exercice 2.3 · Équilibrer en milieu acide, puis en milieu basique

Équilibrez les deux équations suivantes par la méthode des demi-équations, en écrivant chaque demi-équation et en vérifiant explicitement la conservation de la masse et de la charge.

  1. En milieu acide: .
  2. En milieu basique: .
  3. Dans chaque cas, dites quel est l'oxydant, quel est le réducteur, et combien d'électrons sont échangés.
Solution

1. Milieu acide. Nombres d'oxydation: dans , donne ; le chrome descend à , il est réduit. L'iode monte de à : il est oxydé.

Demi-équation de réduction. On équilibre le chrome, puis les oxygènes par à droite, puis les hydrogènes par à gauche. Charges: à gauche contre à droite, il faut donc à gauche:

Contrôle: 6 électrons pour deux chromes qui descendent chacun de trois unités. Charge: des deux côtés.

Demi-équation d'oxydation. ; charge des deux côtés.

Combinaison. Le ppcm de 6 et 2 vaut 6: on multiplie la seconde par 3.

Vérification. Masse: 2 = 2; 7 = 7; 6 = 6; 14 = 14. Charge: à gauche; à droite. Équilibrée.

2. Milieu basique. Nombres d'oxydation: dans , donne ; le chlore descend à , il est réduit. Le soufre monte de à : il est oxydé.

Demi-équation de réduction. a un oxygène de trop à gauche: on ajoute à gauche et à droite, ce qui équilibre oxygènes () et hydrogènes (). Charges: à gauche, à droite, il faut à gauche:

Charge: à gauche; à droite.

Demi-équation d'oxydation. ; charge des deux côtés.

Combinaison. Les deux demi-équations échangent déjà 2 électrons: on additionne directement.

Vérification. Masse: 1 = 1; 1 = 1; 2 = 2; … plus précisément, à gauche oxygène dans et dans , soit 2; à droite dans les deux : 2 = 2. Charge: à gauche; à droite. Équilibrée.

3. Dans la première réaction, l'oxydant est le dichromate , le réducteur l'ion iodure, et 6 électrons sont échangés. C'est la réaction utilisée en iodométrie: le diiode formé est ensuite dosé par le thiosulfate. Dans la seconde, l'oxydant est l'hypochlorite — le principe actif de l'eau de Javel — le réducteur l'ion sulfure, et 2 électrons sont échangés. Cette réaction explique pourquoi l'eau de Javel détruit les odeurs de sulfure: elle oxyde le sulfure en soufre élémentaire, insoluble et inodore.

Exercice 2.4 · Dosage d'une eau oxygénée du commerce

Une eau oxygénée commerciale est trop concentrée pour être dosée directement. On en prélève que l'on dilue à en fiole jaugée. On prélève ensuite de cette solution diluée, on les acidifie à l'acide sulfurique, et on les titre par du permanganate de potassium à . La teinte rose persiste à .

  1. Équilibrez l'équation de la réaction de titrage en milieu acide, sachant que y est oxydé en tandis que est réduit en .
  2. Calculez la concentration en peroxyde d'hydrogène de la solution commerciale.
  3. Exprimez le résultat en concentration massique, avec .
  4. Les flacons commerciaux portent une indication «en volumes»: le nombre de litres de dioxygène, mesurés à 0 °C et 1 atm, que libère un litre de solution. Calculez ce nombre, avec .
Solution

1. Dans , l'oxygène est au nombre d'oxydation (règle 5 prioritaire sur la règle 6); dans , il est à : chaque molécule cède 2 électrons. La demi-équation d'oxydation, équilibrée en milieu acide, s'écrit

— charge à gauche, à droite. La demi-équation de réduction est (2.15). Le ppcm de 2 et 5 vaut 10: on multiplie l'oxydation par 5 et la réduction par 2, puis on additionne. Les se simplifient, et les apparaissent des deux côtés ( à gauche, à droite), d'où à gauche:

Vérification. Masse: 2 = 2; à gauche, à droite; à gauche, à droite. Charge: à gauche; à droite. Équilibrée. La stœchiométrie utile est pour , soit un rapport .

2. Quantité de titrant: . D'où, dans la prise d'essai,

La prise d'essai de représente de la fiole, donc la fiole contient , sa concentration valant . Or cette fiole provient de de solution commerciale, qui contenaient donc :

Le facteur de dilution valait 25,0, et l'on retrouve bien .

3. , soit environ en masse si l'on assimile la masse volumique à — approximation acceptable à cette dilution.

4. La décomposition s'écrit : une mole de peroxyde libère une demi-mole de dioxygène. Par litre de solution commerciale,

Il s'agit donc d'une eau oxygénée à 12,3 volumes, c'est-à-dire du produit usuellement vendu comme «10 volumes» renforcé, ou d'un lot dont le titre réel dépasse le titre nominal. Notez au passage la double vie du peroxyde d'hydrogène: réducteur face au permanganate ici, il est oxydant face aux iodures. C'est une espèce à nombre d'oxydation intermédiaire, qui peut évoluer dans les deux sens — elle se dismute d'ailleurs spontanément, ce qui est exactement la réaction de la question 4.

Exercice 2.5 · Dureté d'une eau et adoucissement

L'analyse d'une eau de distribution donne d'ions et d'ions .

  1. Exprimez ces teneurs en , puis calculez la dureté totale en degrés français. Cette eau est-elle douce, moyennement dure, assez dure ou dure?
  2. On adoucit de cette eau en précipitant tout le calcium par ajout de carbonate de sodium. Écrivez l'équation ionique nette, puis calculez la masse de théoriquement nécessaire et la masse de calcaire formée. On prendra et .
  3. Après traitement, la concentration résiduelle en carbonate est maintenue à . Avec , quelle est la concentration résiduelle en calcium, en ? Quelle fraction de la dureté calcique subsiste?
  4. L'adoucissement par échange d'ions remplace chaque par deux . Quelle masse de sodium par litre cela ajoute-t-il, et pourquoi cette méthode est-elle déconseillée pour l'eau de boisson de personnes soumises à un régime pauvre en sel? (.)
Solution

1. Conversion en concentrations molaires:

La somme vaut . En équivalent carbonate de calcium,

soit une dureté de . Sur l'échelle usuelle (assez dure de 25 à 32 °f), cette eau est assez dure. Notez que le magnésium contribue pour de la dureté molaire bien qu'il ne représente que de la masse d'ions: c'est sa masse molaire plus faible qui fait la différence, et c'est pourquoi une dureté ne se lit jamais directement sur des .

2. L'équation ionique nette est

équilibrée en masse (un calcium, un carbone, trois oxygènes) et en charge ( des deux côtés). Pour , la quantité de calcium vaut . La stœchiométrie étant :

Le carbonate de sodium apporte au passage d'ions sodium, qui restent en solution: l'adoucissement ne supprime pas la minéralisation, il la remplace.

3. À l'équilibre de solubilité,

soit . Il subsiste donc , soit de la dureté calcique initiale. La précipitation est quantitative — mais elle ne touche pas le magnésium, dont l'hydroxyde ne précipiterait qu'à pH élevé: en pratique, on combine chaux et carbonate.

4. Chaque mole de calcium échangée libère deux moles de sodium, soit

de sodium ajouté. Boire deux litres d'une telle eau apporterait environ de sodium, à comparer à un apport quotidien recommandé qui se compte en grammes de sel: la contribution n'est pas négligeable pour une personne soumise à un régime hyposodé. C'est la raison pour laquelle les adoucisseurs domestiques sont généralement installés sur le circuit d'eau chaude sanitaire et non sur le robinet d'eau de boisson. Sur le plan chimique, l'échange se résume à , où désigne un site anionique de la résine: la charge est bien conservée, de chaque côté.

Références

  • Atkins, P. et Jones, L., Principes de chimie, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve — chapitres consacrés aux solutions aqueuses, aux réactions de précipitation, aux acides et bases et à l'oxydoréduction.
  • Chang, R. et Overby, J., Chimie générale, Dunod, Paris — chapitre «Réactions en solution aqueuse»: électrolytes, équations ioniques nettes, titrages.
  • Petrucci, R. H. et al., Chimie générale, Pearson, Montréal — traitement détaillé des concentrations, de la stœchiométrie en solution et de l'équilibrage des équations redox.
  • Zumdahl, S. S., Chimie générale, De Boeck, Bruxelles — nombreuses applications analytiques et exercices de titrage.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press — masses molaires, produits de solubilité, enthalpies d'hydratation et énergies réticulaires; toutes les valeurs numériques tabulées de ce chapitre en proviennent ou sont du même ordre.
  • Recommandations de nomenclature de l'IUPAC (Nomenclature of Inorganic Chemistry, «Livre rouge») — écriture des formules, des charges et des nombres d'oxydation.

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