Chapitre 12

Équations différentielles ordinaires

Équations du premier ordre à variables séparables et linéaires, équations linéaires du second ordre à coefficients constants.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • reconnaître une équation différentielle ordinaire, son ordre, et traduire un problème d'ingénierie (décroissance, refroidissement, circuit RC, oscillateur) en un problème de Cauchy;
  • interpréter géométriquement une équation du premier ordre par son champ des directions et approcher sa solution par la méthode d'Euler;
  • résoudre les équations à variables séparables et discuter l'existence et l'unicité des solutions;
  • résoudre les équations linéaires du premier ordre par la méthode de variation de la constante;
  • résoudre les équations linéaires du second ordre à coefficients constants, avec ou sans second membre, et imposer des conditions initiales;
  • analyser l'oscillateur amorti (pulsation propre, taux d'amortissement, régimes) et le phénomène de résonance.

Vocabulaire et modélisation

Qu'est-ce qu'une équation différentielle?

Les chapitres précédents ont appris à dériver et à intégrer des fonctions données. Les équations différentielles renversent le point de vue: la fonction est inconnue, et l'on connaît seulement une relation entre elle et ses dérivées. C'est la situation la plus courante en sciences de l'ingénieur, car les lois de la physique (loi de Newton, lois de Kirchhoff, lois de conservation) s'expriment naturellement comme des relations entre une grandeur et sa vitesse de variation.

Le mot «ordinaire» signifie que la fonction inconnue ne dépend que d'une variable; les équations aux dérivées partielles (équation de la chaleur, équation des ondes), où l'inconnue dépend de plusieurs variables, relèvent de l'Analyse III. En physique, la variable est souvent le temps, noté , et les dérivées sont notées , ; nous utiliserons librement les deux notations.

Une équation différentielle possède en général une infinité de solutions. Par exemple, a pour solutions toutes les fonctions , : chaque constante d'intégration correspond à une solution. Pour une équation d'ordre , on doit s'attendre à constantes, puisqu'il faut «intégrer fois».

Physiquement, les conditions initiales décrivent l'état du système à l'instant (position et vitesse pour un point matériel, charge du condensateur pour un circuit); l'équation différentielle décrit la loi d'évolution. La question centrale du chapitre est: étant donné l'état initial, le futur est-il déterminé, et comment le calculer?

Quelques modèles

Chacune des situations suivantes est décrite par une équation différentielle que nous saurons résoudre à la fin du chapitre.

  • Décroissance radioactive. Le nombre de noyaux d'un isotope décroît à un taux proportionnel à : , où est la constante de désintégration. La solution donne la demi-vie : pour le cobalt 60, ans, donc an.
  • Loi de Newton du refroidissement. La température d'un corps placé dans un milieu à température varie à un taux proportionnel à l'écart: , .
  • Circuit RC. Un condensateur chargé à travers une résistance par une source de tension obéit à la loi des mailles avec , soit . La constante est la constante de temps du circuit.
  • Chute avec frottement. Un corps de masse soumis à la pesanteur et à un frottement visqueux vérifie : la vitesse tend vers la vitesse limite .
  • Croissance logistique. Une population limitée par les ressources suit : le taux de croissance est freiné lorsque approche la capacité du milieu.
  • Oscillateur masse–ressort. Une masse rappelée par un ressort de raideur et freinée par un amortisseur de coefficient vérifie (deuxième loi de Newton), où est une force extérieure.
  • Circuit RLC. La charge du condensateur d'un circuit série vérifie : même équation que l'oscillateur, avec la correspondance , , .

Les quatre premiers modèles sont du premier ordre, les deux derniers du second ordre. Tous sauf la logistique sont linéaires: l'inconnue et ses dérivées n'y apparaissent qu'au premier degré. Cette distinction structurera le chapitre.

Interprétation géométrique: champ des directions

Considérons une équation du premier ordre résolue . En chaque point du plan, l'équation prescrit la pente que doit avoir la tangente à toute courbe solution passant par ce point. Dessiner en chaque point d'une grille un petit segment de pente donne le champ des directions; les graphes des solutions, appelés courbes intégrales, sont les courbes tangentes en chacun de leurs points à ce champ. On lit ainsi qualitativement le comportement des solutions sans les calculer.

Les isoclines sont les courbes le long desquelles la pente est constante; l'isocline est le lieu des tangentes horizontales, donc des extremums éventuels des solutions.

isocline y′ = 0 (y = x)-2-2-1-11122xyy′ = y − xC = 0,4C = 0 : y = x + 1C = −0,4
Figure 12.1. Champ des directions de l'équation y′ = y − x. Les segments gris indiquent la pente prescrite en chaque point; les trois courbes colorées sont des courbes intégrales, de la famille y = x + 1 + C eˣ, tangentes au champ en chacun de leurs points. Sur l'isocline y = x (pointillés), la pente est nulle: la solution y = x + 1 (C = 0), qui ne rencontre jamais cette droite, est la seule à ne pas exploser.

Sur la figure 12.1, on devine deux propriétés que nous démontrerons: par chaque point passe une seule courbe intégrale, et deux courbes intégrales ne se croisent jamais. Le champ des directions est aussi l'idée de départ de la méthode numérique la plus simple.

La méthode d'Euler

Pour résoudre numériquement le problème de Cauchy , , Euler propose de suivre le champ des directions par petits pas rectilignes. On fixe un pas , on pose , et l'on remplace la courbe sur par sa tangente en , dont la pente est connue:

C'est exactement l'approximation du chapitre 7. L'erreur commise à chaque pas est en (formule de Taylor, chapitre 9); après pas, l'erreur totale est de l'ordre de : diviser le pas par divise l'erreur par environ.

Exercice

Appliquez la méthode d'Euler à , , avec le pas . Quelle valeur approchée de obtenez-vous?

Exercice

Parmi les équations suivantes, laquelle est linéaire?

Équations du premier ordre à variables séparables

La méthode

Démonstration. Puisque sur , l'équation (12.2) équivaut à . Par la règle de dérivation des fonctions composées (chapitre 7), le membre de gauche est la dérivée de , et le membre de droite celle de . Deux fonctions dérivables sur l'intervalle ont la même dérivée si et seulement si elles diffèrent d'une constante (chapitre 8), d'où l'équivalence avec (12.3).

Exemples fondamentaux

k = −0,5 : décroissance-2-11231234tyy = 0 (solution constante)k = 0,5 : croissance-2-11231234tyy = 0 (solution constante)
Figure 12.2. Solutions y = A e^{kt} de l'équation y′ = ky. À gauche, k = −0,5: toutes les solutions convergent vers la solution constante y = 0 (en gris), qui est stable. À droite, k = 0,5: les solutions s'en écartent, y = 0 est instable. Par chaque point de l'axe vertical passe exactement une courbe: la valeur initiale détermine la solution.
Exercice

Une pièce métallique à est plongée dans un bain maintenu à . Après minutes, elle est à . Au bout de combien de minutes atteindra-t-elle ?

min

Existence et unicité

Les exemples précédents suggèrent que le problème de Cauchy possède une solution et une seule, au moins localement. C'est vrai sous une hypothèse de régularité sur .

Nous admettons ce théorème, dont la démonstration (par le théorème du point fixe de Picard) relève de l'Analyse II: elle consiste à écrire le problème sous la forme intégrale et à construire la solution comme limite d'approximations successives. La régularité de en est l'hypothèse essentielle: elle assure que (condition de Lipschitz), ce qui empêche deux solutions de se séparer. Géométriquement, le théorème dit que par chaque point du rectangle passe une courbe intégrale et une seule: les courbes intégrales ne se croisent pas, comme sur la figure 12.1.

Exercice

Combien le problème de Cauchy , , admet-il de solutions au voisinage de ?

Équations linéaires du premier ordre

Structure des solutions

Le mot «linéaire» renvoie à la propriété suivante: l'application vérifie , ce qui découle de la linéarité de la dérivation. C'est elle qui donne à l'ensemble des solutions une structure particulièrement simple.

Démonstration. 1. Si , alors . 2. Si , alors : la somme est solution. Réciproquement, si , alors , donc est solution de l'homogène et .

En résumé: solution générale = solution générale de l'homogène + une solution particulière. La résolution se fait donc en deux temps.

Démonstration. Soit dérivable sur et posons . Alors , et comme l'exponentielle ne s'annule pas, sur si et seulement si sur , c'est-à-dire si et seulement si est constante (chapitre 8), soit . Si de plus , alors .

Cette démonstration ne divise jamais par : elle évite ainsi la discussion des solutions perdues et prouve d'un coup que (12.7) donne toutes les solutions. On peut aussi retrouver (12.7) par séparation des variables, comme dans l'exemple 12.2, au prix de cette discussion.

Variation de la constante

Pour trouver une solution particulière de l'équation complète, Lagrange propose une idée féconde: chercher sous la forme (12.7), mais en laissant la «constante» dépendre de .

Démonstration. Posons . Par la règle du produit, , d'où . L'équation équivaut donc à . Cette fonction est continue sur , donc possède des primitives (théorème fondamental, chapitre 10), et les choix de diffèrent d'une constante, ce qui redonne exactement la structure du théorème 12.3.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la résolution de par variation de la constante.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Poser avec fonction dérivable inconnue
  • 2.
  • Reporter dans l'équation complète et simplifier: il reste
  • 3.
  • Écrire la solution générale de l'équation homogène:
  • 4.
  • Choisir une primitive de sur l'intervalle
  • 5.
  • Revenir à et, s'il y a lieu, fixer la constante avec la condition initiale
  • 6.
  • Intégrer pour obtenir à une constante près

Exemples

Le problème de Cauchy linéaire

Démonstration. D'après (12.8), les solutions sur sont les , où est une primitive fixée de sur ; elles sont toutes définies sur entier. La condition s'écrit , équation du premier degré en qui a exactement une solution.

Contrairement à l'exemple 12.3, une équation linéaire n'a jamais de solution qui explose à l'intérieur de l'intervalle où ses coefficients sont continus: c'est l'un des grands conforts des modèles linéaires.

Équations linéaires du second ordre à coefficients constants

Équation caractéristique

Le théorème 12.3 se transpose mot pour mot: les solutions de l'homogène forment un espace vectoriel, et la solution générale de (12.11) est la somme de la solution générale de l'homogène et d'une solution particulière (la démonstration est identique, avec ). Reste à résoudre l'homogène. L'idée est de chercher des solutions exponentielles: donne , qui s'annule si et seulement si . Le discriminant distingue trois cas.

Démonstration. Nous travaillons d'abord avec des fonctions à valeurs complexes , dérivées composante par composante; les théorèmes 12.4 et 12.5 restent valables pour de telles fonctions et des coefficients complexes, car leurs preuves n'utilisent que les règles de dérivation et la relation . Vérifions cette relation pour : d'après le chapitre 2, , et en dérivant les deux composantes,

Soient les racines de (éventuellement confondues), de sorte que et . Pour toute fonction deux fois dérivable, posons . Alors

Ainsi est solution de l'homogène si et seulement si , c'est-à-dire (théorème 12.4) avec , puis si et seulement si . Cette équation linéaire du premier ordre se résout par variation de la constante: avec .

Si (cas ): , d'où avec arbitraires (car l'est). Si (cas ): , donc et .

Il reste à extraire les solutions réelles. Dans les cas 1 et 2, les racines sont réelles et est réelle si et seulement si (évaluer et en ). Dans le cas 3, et . Une solution est réelle si et seulement si ; comme et ne sont pas proportionnelles (leur quotient n'est pas constant), cela impose , et alors . En écrivant avec ,

ce qui est la forme annoncée. Dans les trois cas, les solutions dépendent linéairement de deux paramètres réels, et les deux fonctions de base ne sont pas proportionnelles: l'espace des solutions est de dimension . Enfin, résoudre , revient à résoudre un système linéaire en , dont le déterminant (le wronskien de l'exercice 12.5) est non nul: la solution existe et est unique.

Exercice

Quelle est la solution générale de ?

Solution particulière: méthode des coefficients indéterminés

Pour un second membre quelconque, il existe une méthode de variation des constantes (à deux fonctions inconnues) que nous ne détaillerons pas. Dans les applications, est presque toujours un polynôme, une exponentielle, une sinusoïde ou un produit de ceux-ci; on cherche alors de la même forme, avec des coefficients à déterminer par identification, comme dans l'exemple 12.8.

Second membre Forme de à essayerCas de résonance
polynôme de degré polynôme de degré multiplier par si (par si est racine double)
multiplier par si (par si est racine double)
ou multiplier par si
multiplier par si
somme de plusieurs termessomme des formes correspondantes(principe de superposition)

La résonance se produit lorsque le second membre est lui-même solution de l'équation homogène: la forme naïve échoue (elle donne en la reportant) et il faut la multiplier par . Le principe de superposition — si et sont des solutions particulières pour et , alors en est une pour — découle de la linéarité et permet de traiter les seconds membres composés.

L'oscillateur amorti

Revenons au système masse–ressort–amortisseur en l'absence de force extérieure: , avec et . En divisant par , on l'écrit sous la forme normalisée

Le polynôme caractéristique a pour discriminant réduit : les trois cas du théorème 12.7 correspondent à trois régimes physiques.

Régime pseudo-périodique (). Les racines sont avec la pseudo-pulsation , et

Le système oscille avec la pseudo-période , dans une enveloppe exponentielle de constante de temps . Le rapport de deux maximums successifs vaut ; son logarithme, le décrément logarithmique

se mesure directement sur un enregistrement et permet d'estimer : c'est ainsi que l'on caractérise l'amortissement d'une structure réelle.

Régime critique (). Racine double : . Le système revient à l'équilibre sans osciller, et c'est le retour le plus rapide: c'est le réglage recherché pour les amortisseurs de véhicules et les appareils de mesure à aiguille.

Régime apériodique (). Deux racines réelles négatives : , retour à l'équilibre sans oscillation mais plus lent, car la racine la plus proche de tend vers lorsque croît.

Dans tous les cas où , toutes les solutions tendent vers : l'équilibre est asymptotiquement stable, l'énergie mécanique étant dissipée par l'amortisseur. Pour , on retrouve l'oscillateur harmonique, dont les solutions oscillent indéfiniment.

enveloppe ±e^(−ζω₀t)1234-1-0,50,51t (s)x(t)ω₀ = 5 rad/s, x(0) = 1, ẋ(0) = 0ζ = 0,1 : pseudo-périodiqueζ = 1 : critiqueζ = 2 : apériodique
Figure 12.3. Réponse libre x(t) de l'oscillateur ẍ + 2ζω₀ẋ + ω₀²x = 0 pour ω₀ = 5 rad/s, lâché sans vitesse de la position x(0) = 1. Pour ζ = 0,1, le mouvement est pseudo-périodique et reste dans l'enveloppe ±e^{−ζω₀t} (pointillés); pour ζ = 1 (critique), le retour à l'équilibre est le plus rapide sans oscillation; pour ζ = 2 (apériodique), il est plus lent.

Explorateur de l'oscillateur amorti

Réponse libre de ẍ + 2ζω₀ẋ + ω₀²x = 0 avec x(0) = 1 et ẋ(0) = 0. Faites varier le taux d'amortissement ζ et la pulsation propre ω₀: observez le passage du régime pseudo-périodique au régime apériodique en passant par le régime critique (ζ = 1), qui ramène le système à l'équilibre le plus vite sans oscillation.

enveloppe ±e^(−ζω₀t)246810-1-0,50,51t (s)x(t)ζ = 0,20, ω₀ = 3,0 rad/s, ωd = 2,94 rad/s
Régime
pseudo-périodique
Pseudo-pulsation ωd = ω0√(1 − ζ²)
2,939rad/s
Pseudo-période Td = 2π/ωd
2,138s
Constante de temps 1/(ζω0)
1,667s
Décrément logarithmique δ
1,283
Taux d'amortissement ζ0,20
Pulsation propre ω03,0rad/s
Exercice

Un oscillateur a une masse kg, une raideur N/m et un amortissement N·s/m. Calculez sa pseudo-pulsation en rad/s.

rad/s

Oscillateur forcé et résonance

Soumettons l'oscillateur à une force sinusoïdale : . Pour , la solution homogène s'éteint (régime transitoire) et seule subsiste la solution particulière , calculée comme dans l'exemple 12.8. On trouve

Pour , : c'est la déformation statique. Lorsque approche , le premier terme sous la racine s'annule et l'amplitude est limitée seulement par l'amortissement: , soit fois la déformation statique pour , et fois pour . Le maximum de est atteint en (pour ) et vaut . C'est la résonance; pour , on retrouve l'amplitude infinie (croissance linéaire) de l'exemple 12.11. Pour , l'amplitude décroît comme : le système ne suit plus l'excitation, principe de l'isolation vibratoire.

Le circuit RLC série, , obéit à la même équation avec et . Pour mH, nF et : rad/s, soit kHz, et : le circuit est très faiblement amorti, et son amplification à la résonance, , permet de sélectionner une fréquence (accord d'un récepteur radio). La résistance critique vaudrait .

Aperçu: au-delà des coefficients constants

Équations d'Euler. L'équation sur n'est pas à coefficients constants, mais le changement de variable (soit ), avec , l'y ramène: on calcule et , d'où . Les solutions de la forme correspondent à , où est racine de l'équation indicielle . Par exemple, donne , soit ou , et la solution générale (vérifiez-le). Cette équation apparaît dans les problèmes à symétrie radiale, comme le calcul des contraintes dans un tube sous pression.

Systèmes et ordre supérieur. Une équation d'ordre se ramène à un système de équations du premier ordre en prenant pour inconnues ; réciproquement, les systèmes linéaires se résolvent avec les valeurs propres de la matrice , qui généralisent les racines de l'équation caractéristique. Le théorème de Cauchy–Lipschitz s'étend aux systèmes, et le résultat de dimension du théorème 12.7 devient: les solutions d'une équation linéaire homogène d'ordre forment un espace vectoriel de dimension . L'Analyse II et l'algèbre linéaire fourniront ces outils, ainsi que l'étude qualitative (stabilité, portraits de phase) des équations non linéaires que l'on ne sait pas résoudre explicitement — c'est-à-dire la plupart.

Synthèse

  • Une équation différentielle d'ordre possède une solution générale à constantes; un problème de Cauchy la fixe par conditions initiales. Le champ des directions donne l'allure des solutions de , et la méthode d'Euler les approche avec une erreur en .
  • Équations à variables séparables : on intègre , sans oublier les solutions stationnaires . Le théorème de Cauchy–Lipschitz garantit l'existence et l'unicité locales si est continûment dérivable en ; l'unicité peut se perdre sinon, et une solution peut exploser en temps fini.
  • Équations linéaires du premier ordre : solution générale , la solution particulière s'obtenant par variation de la constante (); le problème de Cauchy a une unique solution définie sur tout l'intervalle.
  • Équations linéaires du second ordre à coefficients constants: l'équation caractéristique donne (), () ou (); l'espace des solutions est de dimension 2.
  • Une solution particulière se cherche de la même forme que le second membre (polynôme, exponentielle, sinusoïde), multipliée par en cas de résonance; les conditions initiales se traitent sur la solution complète.
  • L'oscillateur est pseudo-périodique (, pseudo-pulsation , décrément logarithmique ), critique () ou apériodique (); excité à sa pulsation propre, il entre en résonance avec une amplitude .

Série d'exercices du chapitre 12

Exercice 1 sur 5
Exercice

Laquelle de ces équations est à la fois du premier ordre, linéaire et à variables séparables?

Problème guidé

Charge d'un condensateur

Un condensateur µF, initialement déchargé, est relié à l'instant à une source continue V à travers une résistance k. On note la tension aux bornes du condensateur et la constante de temps. On cherche et le temps nécessaire pour que le condensateur soit chargé à .

  1. 1

    Mise en équation

    La loi des mailles s'écrit , et le courant qui charge le condensateur vaut .

    Exercice

    Quelle équation différentielle vérifie ?

  2. Équation homogène

  3. Solution particulière et condition initiale

  4. Temps de charge à 95 %

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 12.1 · Séparation des variables

Résoudre les problèmes de Cauchy suivants et préciser l'intervalle de définition de la solution maximale.

  1. , .
  2. , .
  3. , .
Solution

1. La solution nulle est écartée par la condition initiale. Pour , , d'où . La condition donne , donc

Le dénominateur s'annule en : la solution maximale est définie sur et tend vers aux deux bords. Vérification: .

2. Séparation: , d'où . Avec : . Ainsi , ce qui n'a de sens que tant que , c'est-à-dire , soit . Par la formule d'addition de la tangente,

Vérification: et : égalité.

3. L'équation s'écrit ( ne s'annule jamais: pas de solution stationnaire), d'où . Avec : , et , définie sur . On vérifie que . Pour une autre condition initiale , on aurait , définie seulement pour : si , la solution n'existe que sur .

Exercice 12.2 · Équations linéaires du premier ordre

Résoudre les équations suivantes sur l'intervalle indiqué.

  1. sur , puis la solution vérifiant .
  2. sur .
  3. sur .
Solution

1. Homogène: , , . Solution particulière: la constante convient (). Par variation de la constante, on retrouve , , . Solution générale:

La condition donne : , d'où ; toutes les solutions tendent vers à l'infini.

2. On remarque que : l'équation s'écrit , d'où et

La méthode générale donne le même résultat: forme normale , , puis avec , soit . Seule la solution , , reste bornée en (elle tend vers ).

3. Homogène: , , dont une primitive est (car sur l'intervalle); donc . Variation de la constante: , , d'où et :

Vérification pour : .

Exercice 12.3 · Second ordre et conditions initiales
  1. Résoudre avec , . Mettre la solution sous la forme et donner ses zéros.
  2. Résoudre (attention à la résonance).
  3. Résoudre avec , .
Solution

1. , racines : . On a et , d'où et :

puisque . Les zéros sont donnés par , soit , : ils sont régulièrement espacés de , la demi-pseudo-période.

2. : racine double , . Le second membre correspond à , racine double: on cherche . Avec et ,

donc et

3. Homogène: . Par superposition, on traite les deux termes du second membre séparément. Pour : , donne , soit . Pour : résonance ( sont racines), ; le calcul de l'exemple 12.11 (avec ) donne , donc , et . Solution générale:

Conditions initiales: ; , donc et :

Vérification: et .

Exercice 12.4 · Cuve de mélange

Une cuve contient L d'eau dans laquelle sont dissous kg de sel. À partir de , on y verse de la saumure à kg/L au débit de L/min; le mélange, supposé homogène à chaque instant, s'écoule au même débit. On note la masse de sel (en kg) dans la cuve à l'instant (en minutes).

  1. Établir l'équation différentielle vérifiée par et identifier sa solution stationnaire.
  2. Résoudre le problème de Cauchy et tracer l'allure de .
  3. Quelle est la concentration dans la cuve après une heure? Au bout de combien de temps la masse de sel atteint-elle kg?
Solution

1. Le volume reste constant, égal à L, puisque les débits entrant et sortant sont égaux. Le sel entre au taux kg/min. Il sort au taux (débit) (concentration) kg/min. Le bilan de masse donne

C'est une équation linéaire à coefficients constants, . La solution stationnaire est kg: c'est la masse pour laquelle la concentration de la cuve, kg/L, égale celle de la saumure entrante.

2. Homogène: . Particulière: . Avec , et

La fonction décroît de kg vers l'asymptote kg, avec une constante de temps de min (le temps de renouvellement du volume de la cuve): l'excès de sel initial est «lavé» exponentiellement. L'équation se résout aussi par séparation des variables, , avec la précaution habituelle sur le signe de (ici positif).

3. Après min, kg, soit une concentration de kg/L. La masse atteint kg lorsque , soit et

un peu moins de trois heures. Si le débit sortant était différent du débit entrant, le volume varierait linéairement et l'équation aurait un coefficient non constant: la variation de la constante resterait applicable.

Exercice 12.5 · Superposition et wronskien

Soient et .

  1. Montrer que si et sont solutions de sur , alors l'est aussi pour tous .
  2. On appelle wronskien de deux fonctions dérivables la fonction . Calculer le wronskien de et et montrer qu'il ne s'annule jamais si .
  3. En déduire que si , les fonctions et sont linéairement indépendantes: pour tout implique .
  4. Montrer que si et sont deux solutions quelconques de , leur wronskien vérifie (formule d'Abel), et en déduire que est soit identiquement nul, soit jamais nul.
Solution

1. La dérivation est linéaire: et de même pour la dérivée seconde. Donc

L'ensemble des solutions est donc stable par combinaison linéaire: c'est un sous-espace vectoriel de l'espace des fonctions deux fois dérivables (il contient la fonction nulle).

2. Avec et ,

L'exponentielle ne s'annule jamais; si , le facteur est non nul, donc pour tout . (Le calcul reste valable pour complexes, avec la relation établie dans la preuve du théorème 12.7.)

3. Supposons pour tout . En dérivant, . En un point fixé, est solution du système linéaire homogène

dont le déterminant est précisément . Par la règle de Cramer, la seule solution est . Ainsi les deux fonctions sont linéairement indépendantes et, avec le point 1, l'espace qu'elles engendrent est de dimension : c'est la partie «indépendance» du théorème 12.7 dans le cas . Le même argument, avec pour , , traite le cas .

4. Dérivons par la règle du produit: . Comme et sont solutions, , donc

Par le théorème 12.4 (ou l'exemple 12.2), : si en un point, est identiquement nul; sinon ne s'annule jamais. On vérifie sur le point 2: , car . Le wronskien est l'outil qui, en Analyse II, permettra d'étendre la théorie aux coefficients variables: deux solutions dont le wronskien est non nul forment toujours une base de l'espace des solutions.

Références

  • Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
  • Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles, chap. 7.
  • Boyce, W. E. et DiPrima, R. C., Équations différentielles, Chenelière Éducation, Montréal.
  • Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
  • Apostol, T. M., Calculus, vol. 1, 2e éd., Wiley, New York, chap. 8.
  • Rao, S. S., Mechanical Vibrations, 6e éd., Pearson, Harlow, chap. 2–3 (oscillateur amorti et résonance).

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