Chapitre 3

Suites numériques

Convergence, opérations sur les limites, suites monotones, Bolzano–Weierstrass, suites de Cauchy et suites récurrentes.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • reconnaître une suite explicite, une suite récurrente, une suite arithmétique ou géométrique, et calculer la somme de leurs premiers termes;
  • énoncer la définition ε–N de la limite d'une suite, la lire en français et l'appliquer pour prouver une convergence simple;
  • calculer des limites à l'aide des opérations sur les limites, du théorème des gendarmes et des croissances comparées;
  • utiliser le théorème de la limite monotone et les suites adjacentes pour établir la convergence d'une suite sans connaître sa limite;
  • énoncer le théorème de Bolzano–Weierstrass et le critère de Cauchy, et expliquer leur lien avec la complétude de ;
  • mener l'étude complète d'une suite récurrente : points fixes, monotonie, intervalle stable, convergence.

Suites: définitions et premiers exemples

Une suite est la façon la plus simple de décrire un phénomène qui évolue par étapes: le solde d'un compte d'année en année, la position d'un robot à chaque tic d'horloge, la valeur d'un signal échantillonné toutes les millisecondes, ou l'approximation successive d'une racine calculée par un ordinateur. L'analyse commence par les suites parce que tout le reste (séries, limites de fonctions, intégrales) se ramène à des limites de suites.

Il ne faut pas confondre la suite , qui est une fonction, avec l'ensemble de ses valeurs : la suite n'a que deux valeurs, mais une infinité de termes.

Suites explicites et suites récurrentes

Une suite peut être donnée de deux manières.

  • De façon explicite, par une formule en : , , .
  • De façon récurrente, par son premier terme et une relation qui donne chaque terme à partir des précédents: et . Le calcul de exige alors, en principe, le calcul de tous les termes intermédiaires. C'est exactement ce que fait un programme avec une boucle.

Suites arithmétiques et géométriques

Ces deux familles sont connues du gymnase; on rappelle les formules qui serviront tout au long du cours.

La formule (3.2) se démontre en une ligne: si , alors . Elle est à la base des séries géométriques (chapitre 4) et des calculs d'annuités. Par exemple .

Suites bornées, suites monotones

Pour étudier la monotonie, on examine le signe de ou, si les termes sont strictement positifs, la position du quotient par rapport à 1. Ainsi vérifie , quotient inférieur à 1 dès que : la suite décroît à partir du rang 3, bien que , et soient croissants.

Exercice

Parmi les suites suivantes, laquelle est bornée?

Limite d'une suite

La définition ε–N

Dire que «tend vers» , c'est dire que est aussi proche de qu'on le veut pourvu que soit assez grand. La définition suivante, due à Cauchy et Weierstrass, traduit cette phrase en quantificateurs.

Lisons (3.3) en français: «quelle que soit la tolérance , aussi petite soit-elle, il existe un rang à partir duquel tous les termes de la suite sont à distance moins de de ». Le rang dépend de (on le note parfois ou ): plus la tolérance est petite, plus il faut attendre. Géométriquement, tous les points finissent dans la bande horizontale , et seul un nombre fini de termes reste à l'extérieur (figure 3.1).

ℓ + εℓ − ε-1-0,500,515101520nunN(ε) = 7un = (−1)n/n, ε = 0,15
Figure 3.1. Termes de la suite u_n = (−1)^n/n. Pour ε = 0,15, tous les termes à partir du rang N = 7 sont dans la bande ]−ε, ε[: les six premiers termes, et eux seuls, peuvent en sortir.

Explorateur de la définition ε–N

La suite u_n = 2 + (−1)^n·a/n converge vers 2. Choisissez la tolérance ε et l'amplitude a: le rang N(ε) à partir duquel tous les termes restent dans la bande ]2 − ε, 2 + ε[ se recalcule.

2 + ε2 − ε-101234510203040nunN(ε) = 8
N(ε) = ⌊a/ε⌋ + 1
8
uN
2.1875
|uN − 2|
0.1875
Termes dans la bande (n ≤ 40)
33
Tolérance ε0.20
Amplitude a1.50
Exercice

Pour la suite , déterminez le plus petit entier tel que pour tout .

Premières propriétés

Démonstration. Supposons que et avec , et posons . Il existe tel que pour , et tel que pour . Pour , l'inégalité triangulaire donne

ce qui est absurde. Donc .

Cette démonstration est le prototype de nombreux raisonnements du chapitre: on choisit en fonction de la conclusion voulue, on prend le maximum des rangs, et l'inégalité triangulaire fait le reste.

Démonstration. Soit . Appliquons la définition avec : il existe tel que , donc , pour tout . Les termes d'indice inférieur à sont en nombre fini; posons . Alors pour tout .

La réciproque est fausse: est bornée mais ne converge pas. En effet, si elle convergeait vers , on aurait pour et assez grand , alors que pour tout . La suite est l'exemple type de suite sans limite: elle ne tend ni vers un réel ni vers l'infini.

Suites divergentes vers l'infini

Par exemple (prendre ), et pour (par l'inégalité de Bernoulli, ). Une suite qui tend vers l'infini n'est pas bornée; une suite non bornée ne tend pas forcément vers l'infini, comme le montre .

Opérations sur les limites

Somme, produit, quotient

Démonstration (somme et produit). Soit . Il existe tel que pour et tel que pour . Pour ,

Pour le produit, on écrit . La suite est convergente, donc bornée (théorème 3.2): pour tout . Alors

Soit . À partir d'un certain rang, et , donc . Le point 3 se démontre de même en écrivant et en minorant par à partir d'un certain rang; le point 4 découle de .

Ces règles s'étendent partiellement aux limites infinies: et minorée impliquent ; et impliquent ; implique . En revanche, certaines combinaisons ne permettent aucune conclusion.

Passage à la limite dans les inégalités et théorème des gendarmes

Démonstration. Si l'on avait , on poserait ; pour assez grand, , contradiction.

Attention: les inégalités strictes ne passent pas à la limite. On a pour tout , mais , pas . Le passage à la limite transforme toujours une inégalité stricte en inégalité large.

Démonstration. Soit . Il existe tel que, pour , on ait simultanément , et . Alors , c'est-à-dire .

Le cas particulier le plus utile est le suivant: si avec , alors . Par exemple car , et car

Limites usuelles et croissances comparées

Démonstration (partielle). Le point 1 a été vu dans l'exemple 3.2 (cas , le cas s'en déduit par ) et à la section précédente. Pour le point 3, posons ; la formule du binôme donne , donc et par les gendarmes. Pour , on écrit et, pour assez grand, avec un entier , d'où . Le point 4 est admis ici: il sera démontré au chapitre 6 avec les propriétés du logarithme; on peut aussi le voir comme conséquence des suites adjacentes de l'exemple 3.4.

La règle mnémotechnique de (3.4): à l'infini, le logarithme est écrasé par les puissances, les puissances par les exponentielles, les exponentielles par la factorielle, et la factorielle par . Numériquement, , mais vaut encore pour : la croissance comparée ne dit rien sur les premiers termes.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration du théorème des gendarmes.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Écrire, pour , la chaîne
  • 2.
  • Choisir un rang à partir duquel , et
  • 3.
  • Fixer un réel quelconque
  • 4.
  • Conclure que converge vers par la définition
  • 5.
  • En déduire pour tout

Suites monotones

Le théorème de la limite monotone

Les résultats précédents supposent la limite connue, ou au moins devinée. Le théorème suivant permet de prouver qu'une suite converge sans savoir vers quoi: c'est le premier résultat d'existence du cours, et il repose sur l'axiome de la borne supérieure du chapitre 1.

Démonstration. Soit croissante et majorée. L'ensemble est une partie non vide et majorée de ; par l'axiome de la borne supérieure, elle admet une borne supérieure . Soit . Comme n'est pas un majorant de , il existe un indice tel que . Pour , la croissance donne , et par définition de , . Donc pour tout : . Le cas décroissant s'obtient en considérant . Enfin, si est croissante et non majorée, pour tout il existe avec , et alors pour .

11,522,530123456789nunmajorant M = 3sup un = e ≈ 2,718u₀ = 1u₁ = 2u₂ = 2,5un = 1/0! + 1/1! + … + 1/n!
Figure 3.2. La suite u_n = 1/0! + 1/1! + … + 1/n! est croissante et majorée par 3; elle converge vers sa borne supérieure, qui est le nombre e.

Suites adjacentes

Démonstration. La suite est décroissante (différence d'une suite décroissante et d'une suite croissante) et tend vers 0, donc pour tout (sinon, à partir d'un certain rang, elle resterait inférieure à un nombre strictement négatif). Ainsi : la suite est croissante et majorée par , donc converge vers un réel (théorème 3.7). De même , décroissante et minorée par , converge vers . Enfin . L'encadrement découle de .

L'intérêt pratique est l'encadrement: à chaque étape, on connaît une valeur par défaut et une valeur par excès de , donc une borne d'erreur . Avec et (exercice 3.3), on obtient dès . C'est aussi le principe de la dichotomie, utilisée dans la démonstration du théorème de Bolzano–Weierstrass ci-dessous et dans celle du théorème des valeurs intermédiaires (chapitre 5).

Exercice

La suite de Héron , approche . Calculez (4 décimales).

Sous-suites et théorème de Bolzano–Weierstrass

Comme est strictement croissante, on a pour tout (récurrence immédiate). Il en résulte que si , alors toute sous-suite tend aussi vers : le rang qui convient pour convient pour . Réciproquement, si les sous-suites des termes pairs et des termes impairs tendent vers la même limite , alors . Et si deux sous-suites ont des limites différentes, la suite diverge: c'est la façon la plus rapide de prouver que n'a pas de limite, puisque et .

Démonstration (par dichotomie). Soit à valeurs dans . On construit par récurrence des intervalles emboîtés contenant chacun une infinité de termes de la suite. On pose . Si est construit, on le coupe en deux moitiés et avec ; l'une au moins contient pour une infinité d'indices , et on l'appelle . Par construction, est croissante, est décroissante et : les suites sont adjacentes et convergent vers un même réel .

On extrait maintenant la sous-suite: on choisit , puis, contenant une infinité de termes, un indice tel que . Alors pour tout , et le théorème des gendarmes donne .

Ce théorème, dû au mathématicien de Prague Bernard Bolzano (1817) et redécouvert par Karl Weierstrass, est le résultat de compacité fondamental de : il sera l'ingrédient clé du théorème de Weierstrass sur les fonctions continues (chapitre 5) et du critère de Cauchy ci-dessous.

Exercice

Quelles sont les valeurs d'adhérence de la suite ()?

Suites de Cauchy

La définition de la limite exige de connaître . Cauchy a proposé un critère interne, qui ne fait intervenir que les termes de la suite: une suite converge si et seulement si ses termes finissent par être tous proches les uns des autres.

Démonstration. Sens direct. Soit et . Il existe tel que pour . Pour , l'inégalité triangulaire donne .

Sens réciproque. Soit de Cauchy. Elle est bornée: avec , il existe tel que pour , et l'on conclut comme au théorème 3.2. Par Bolzano–Weierstrass, elle admet une sous-suite convergeant vers un réel . Montrons que toute la suite tend vers . Soit ; il existe tel que pour , et tel que pour . Pour , choisissons avec (possible car ); alors

Exercice

Parmi les affirmations suivantes, laquelle est vraie pour toute suite de réels?

Suites récurrentes

Les suites définies par une relation sont omniprésentes: méthodes itératives (Newton, point fixe), modèles de population, filtres numériques, calcul du régime permanent d'un circuit échantillonné. Leur étude suit un plan en quatre points que nous illustrons sur l'exemple .

Points fixes et intervalle stable

Démonstration. L'appartenance se montre par récurrence: et, si , alors . Si et est continue en (notion précisée au chapitre 5; ici il suffit de savoir que implique ), alors ; mais est une sous-suite de , donc tend vers . Par unicité de la limite, .

Ce résultat ne prouve pas la convergence: il dit seulement que, si la suite converge, sa limite est à chercher parmi les points fixes. La convergence elle-même vient en général du théorème de la limite monotone.

Monotonie: le signe de

Si est croissante sur l'intervalle stable , la suite est monotone, et son sens de variation est fixé par le premier pas: si , alors , et par récurrence est croissante; si , elle est décroissante. Or : le signe de sur donne le sens de variation. La figure 3.3 montre cette dynamique: on reporte sur l'axe, on monte jusqu'au graphe de pour lire , on revient sur la diagonale pour recommencer.

000,50,5111,51,5222,52,533xyy = xy = √(x + 2)u0u1u2point fixe ℓ = 2
Figure 3.3. Itération graphique («toile d'araignée» ou escalier) de u_{n+1} = √(u_n + 2) à partir de u_0 = 0,1. Comme f est croissante et f(x) est supérieur à x sur [0, 2[, la suite monte en escalier vers le point fixe 2.

La méthode de Héron

Le calcul de par la suite , connu de Héron d'Alexandrie et des Babyloniens, est l'exemple le plus ancien de méthode de Newton (chapitre 8): on remplace la courbe par sa tangente. Pour , on trouve d'abord pour , car

Ensuite : la suite est décroissante à partir du rang 1 et minorée par , donc convergente, et sa limite vérifie , soit . La formule (3.6) dit bien plus: comme ,

L'erreur à l'étape est de l'ordre du carré de l'erreur à l'étape : le nombre de décimales exactes double à chaque itération. Pour et , les erreurs successives valent , , , , : cinq itérations suffisent pour la précision d'un nombre flottant en double précision. C'est la convergence quadratique, incomparablement plus rapide que la convergence linéaire de l'exemple 3.5.

Synthèse

  • Une suite est une application ; elle est définie explicitement ou par récurrence. Suites arithmétiques: ; géométriques: , somme .
  • signifie: , , , . La limite est unique et une suite convergente est bornée; la réciproque est fausse ().
  • Les limites se combinent par somme, produit, quotient; les inégalités larges passent à la limite; le théorème des gendarmes et les croissances comparées lèvent les formes indéterminées.
  • Toute suite croissante majorée converge vers sa borne supérieure (conséquence de l'axiome de la borne supérieure); deux suites adjacentes convergent vers la même limite et l'encadrent.
  • Bolzano–Weierstrass: toute suite bornée a une sous-suite convergente. Critère de Cauchy: dans , convergente de Cauchy ( est complet, ne l'est pas).
  • Suite récurrente : points fixes, intervalle stable, signe de , limite monotone. La méthode de Héron converge quadratiquement vers .

Série d'exercices du chapitre 3

Exercice 1 sur 5
Exercice

Que vaut ?

Problème guidé

Étude complète d'une suite récurrente

On considère la suite définie par et , c'est-à-dire avec sur . On veut établir sa convergence et identifier sa limite.

  1. 1

    Premiers termes

    Calculez numériquement les premiers termes pour deviner le comportement de la suite.

    Exercice

    Calculez .

  2. Points fixes

  3. Position par rapport au point fixe et monotonie

  4. Conclusion

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 3.1 · Calculs de limites

Déterminer la limite (finie ou infinie), ou montrer l'absence de limite, de chacune des suites suivantes.

  1. ;
  2. ;
  3. ;
  4. ;
  5. ;
  6. .

Pour la suite 2, prouver ensuite la convergence directement avec la définition ε–N en donnant explicitement un rang .

Solution

1. On factorise le terme dominant: .

2. Forme ; on multiplie par la quantité conjuguée:

Preuve par la définition. Soit . On a dès que , c'est-à-dire . Le rang convient: pour tout , . Pour , ; en réalité , très proche de la borne.

3. On divise numérateur et dénominateur par : , car et (suites géométriques de raison dans ).

4. Comme , on a . Or pour , qui tend vers . Par comparaison, : le terme oscillant est négligeable devant .

5. . Par le théorème des gendarmes, .

6. La sous-suite des termes pairs vérifie , celle des termes impairs . Deux sous-suites ayant des limites différentes, la suite n'a pas de limite. Elle est bornée () et possède exactement deux valeurs d'adhérence, et ; on a et .

Exercice 3.2 · Accumulation d'un médicament (suite arithmético-géométrique)

Un patient reçoit chaque matin une dose de 3 mg d'un médicament; en 24 heures, l'organisme en élimine 20 %. On note la quantité (en mg) présente dans l'organisme juste après la -ième prise, avec .

  1. Justifier que et calculer , , .
  2. Déterminer le réel tel que , puis montrer que la suite est géométrique.
  3. En déduire l'expression explicite de , sa monotonie et sa limite. Interpréter.
  4. À partir de quelle prise la quantité dépasse-t-elle 14 mg?
Solution

1. Entre deux prises, l'organisme élimine 20 % de la quantité présente: il en reste juste avant la prise suivante, à laquelle s'ajoutent 3 mg. Donc . Avec : , , mg.

2. . En soustrayant de la relation de récurrence, on obtient , c'est-à-dire : la suite est géométrique de raison et de premier terme .

3. , donc

On vérifie: . La suite est croissante puisque , majorée par 15, et car . Interprétation: la quantité de médicament tend vers un régime permanent de 15 mg, niveau pour lequel l'élimination journalière ( de 15 mg mg) compense exactement la dose. Ce niveau ne dépend pas de : seule la vitesse d'approche en dépend.

4. . Donc : à partir de la douzième prise après la première (la treizième au total), la quantité dépasse 14 mg. Vérification: mg et mg.

Exercice 3.3 · Suites adjacentes et nombre e

Pour , on pose et .

  1. Montrer que est croissante et que est décroissante (pour la seconde, calculer et réduire au même dénominateur).
  2. Montrer que et sont adjacentes; on note leur limite commune.
  3. Déterminer le plus petit tel que et donner l'encadrement de correspondant.
  4. (Plus difficile.) En supposant avec , utiliser l'encadrement strict multiplié par pour aboutir à une contradiction. Conclure que est irrationnel.
Solution

1. : est strictement croissante. Pour ,

Comme , on a . Le dénominateur commun est et le numérateur vaut

donc : est strictement décroissante.

2. puisque . Les deux suites sont adjacentes (théorème 3.8), donc convergent vers une même limite, notée , et pour tout (inégalités strictes car les suites sont strictement monotones).

3. : pour , ; pour , . Le plus petit rang est , avec

d'où . (Valeur exacte: )

4. Supposons avec entiers strictement positifs. D'après la question 2, . Multiplions par :

Or est un entier (chaque quotient est entier pour ), donc est un entier; et est aussi un entier. On aurait donc un entier strictement compris entre les entiers consécutifs et , ce qui est impossible. Par conséquent est irrationnel. (Cette preuve est due à Fourier; Euler avait déjà établi l'irrationalité de en 1737 par les fractions continues.)

Exercice 3.4 · Division sans diviseur

Les processeurs calculent souvent l'inverse d'un nombre sans effectuer de division, par la suite (méthode de Newton appliquée à ).

  1. Déterminer les points fixes de .
  2. Montrer que pour tout , et en déduire l'expression explicite de en fonction de et de .
  3. Montrer que si , alors . Que se passe-t-il si ?
  4. Pour et , calculer , , , et le nombre de chiffres exacts à chaque étape. Quel type de convergence observe-t-on?
Solution

1. : les points fixes sont et .

2. . En posant , on a , d'où par récurrence immédiate

3. Si , alors et , donc et (sous-suite de la suite géométrique ). Ainsi , soit . Si , alors , et (l'exposant est pair dès ): . La méthode diverge; il faut donc choisir dans , ce que les processeurs font à l'aide d'une petite table d'initialisation.

4. Pour et : .

Chiffres exacts de
00,50
10,250
20,31251
32
44
59

L'erreur est élevée au carré à chaque itération: le nombre de chiffres exacts double approximativement d'une étape à l'autre. C'est la convergence quadratique de la méthode de Newton, la même que celle de la méthode de Héron (section 8 du chapitre). Aucune division n'est nécessaire: seulement deux multiplications et une soustraction par itération.

Exercice 3.5 · Lemme de Cesàro

Soit une suite convergeant vers . On pose (moyenne arithmétique des premiers termes).

  1. Démontrer que . Indication: fixer , choisir tel que pour , puis découper la somme en les indices et .
  2. Montrer par un exemple que la réciproque est fausse: trouver une suite divergente dont la moyenne de Cesàro converge.
  3. Application: en déduire que si , alors .
  4. Soit définie par et . Montrer que est croissante et tend vers , puis que . En déduire , c'est-à-dire pour grand.
Solution

1. Soit . Comme , il existe tel que pour tout . Pour , écrivons

Le second morceau est petit: . Le premier morceau a un numérateur fixe: posons (constante indépendante de ); alors , qui tend vers 0, donc il existe tel que pour . Pour , on obtient . Ainsi .

2. Prenons , qui diverge. La somme vaut si est impair et si est pair, donc : la moyenne de Cesàro converge vers 0. La réciproque du lemme est donc fausse; la moyenne «lisse» les oscillations.

3. Posons pour ; par hypothèse . La somme est télescopique: , donc par la question 1

Enfin avec (c'est la suite précédente décalée) et , donc .

4. Croissance et divergence. Par récurrence, pour tout (si , alors ). Donc : la suite est strictement croissante. Si elle était majorée, elle convergerait vers un réel vérifiant, par passage à la limite dans la relation de récurrence, , c'est-à-dire : absurde. Donc est croissante non majorée et (théorème 3.7).

Différence des carrés. En élevant au carré, , donc puisque .

Conclusion. La question 3 appliquée à la suite , dont les accroissements tendent vers , donne . Autrement dit : pour grand, . Numériquement, et ; l'écart relatif diminue lentement, car croît encore, de l'ordre de (le quotient vaut pour , pour et pour ).

Références

  • Douchet, J., Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
  • Liret, F., Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
  • Ramis, E., Deschamps, C., Odoux, J., Cours de mathématiques spéciales, tome 3: Topologie et éléments d'analyse, Masson, Paris.
  • Rudin, W., Principles of Mathematical Analysis, McGraw-Hill, New York (chapitre 3, Numerical Sequences and Series).
  • Spivak, M., Calculus, Cambridge University Press (chapitre 22, Infinite Sequences).
  • Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, volume 1, De Boeck, Bruxelles.

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