Chapitre 8

Théorèmes du calcul différentiel

Extrema, théorèmes de Rolle et des accroissements finis, règle de l'Hospital, convexité et étude de fonctions.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • déterminer les extrema locaux et globaux d'une fonction dérivable sur un intervalle, et résoudre un problème d'optimisation issu de l'ingénierie;
  • énoncer et démontrer les théorèmes de Rolle et des accroissements finis, et en expliquer le sens géométrique et cinématique;
  • utiliser le signe de la dérivée pour établir la monotonie d'une fonction et démontrer des inégalités;
  • calculer des limites de formes indéterminées avec la règle de l'Hospital, en connaissant ses hypothèses et ses pièges;
  • caractériser la convexité par la dérivée seconde, situer les points d'inflexion et appliquer la méthode de Newton;
  • mener l'étude complète d'une fonction: domaine, limites, asymptotes, tableau de variation, convexité et graphe.

Extrema d'une fonction

Le chapitre 7 a introduit la dérivée comme pente de la tangente. Ce chapitre en tire les conséquences globales: si l'on connaît la dérivée en chaque point, que peut-on dire de la fonction sur tout un intervalle? Les réponses (Rolle, accroissements finis, monotonie, convexité) forment l'ossature du calcul différentiel et alimentent des outils quotidiens de l'ingénieur: optimiser une forme, borner une erreur, résoudre une équation par la méthode de Newton, tracer une courbe.

Extrema locaux et globaux

Un extremum global est en particulier local, mais la réciproque est fausse: la fonction possède un maximum local en et un minimum local en , mais n'est bornée ni supérieurement ni inférieurement sur . Rappelons le résultat clé du chapitre 7, qui relie extremum et dérivée.

Démonstration. Supposons que admet un maximum local en . Pour assez petit, et , donc le taux d'accroissement est négatif ou nul; sa limite à droite vérifie . Pour , le numérateur est encore négatif ou nul mais le dénominateur est négatif: le taux est positif ou nul, d'où par passage à la limite à gauche. Comme est dérivable en , les deux limites coïncident et . Le cas du minimum se traite en remplaçant par .

Recherche des extrema sur un segment

Le théorème de Weierstrass (chapitre 5) affirme qu'une fonction continue sur un segment y atteint un maximum et un minimum. Combiné au théorème de Fermat, il fournit une méthode systématique.

Exercice

Soit sur le segment . Où atteint-elle son maximum global?

Théorèmes de Rolle et des accroissements finis

Le théorème de Rolle

Démonstration. Par le théorème de Weierstrass, atteint sur un minimum et un maximum . Si , la fonction est constante et est nulle partout sur : n'importe quel convient. Sinon , et l'une au moins des deux valeurs diffère de la valeur commune ; elle est donc atteinte en un point qui n'est ni ni , c'est-à-dire en un point intérieur. En ce point, est dérivable et possède un extremum local: le théorème de Fermat donne .

xy1234-112abf(a) = f(b)cf′(c) = 0y = f(x)
Figure 8.1. Théorème de Rolle: la fonction prend la même valeur aux extrémités a et b du segment; quelque part entre les deux, la tangente est horizontale.

Michel Rolle (1652–1719) a énoncé ce résultat pour les polynômes; la forme générale que nous utilisons date du XIXᵉ siècle. Chacune des trois hypothèses est indispensable: la fonction sur vérifie et est continue, mais sa dérivée ne s'annule nulle part, faute de dérivabilité en ; la fonction valant sur et en vérifie et est dérivable sur , mais elle n'est pas continue en et partout.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration du théorème de Rolle (cas où n'est pas constante).

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • En , la fonction est dérivable et admet un extremum local
  • 2.
  • Par Weierstrass, continue sur atteint son minimum et son maximum
  • 3.
  • Comme n'est pas constante, , donc l'une des deux valeurs diffère de
  • 4.
  • Par le théorème de Fermat,
  • 5.
  • Cette valeur extrême est atteinte en un point distinct de et de , donc intérieur

Le théorème des accroissements finis

Le théorème de Rolle traite d'une corde horizontale. En «redressant» le graphe, on obtient l'énoncé général: entre et , il existe un point où la tangente est parallèle à la corde.

Démonstration. Considérons la fonction auxiliaire , différence entre et la fonction affine dont le graphe est la corde. Elle est continue sur , dérivable sur , et par construction. Le théorème de Rolle fournit tel que , c'est-à-dire .

xy1234123abf(a)f(b)corde, pente (f(b) − f(a))/(b − a)c1c2tangentes parallèles à la corde: f′(c) = pente de la corde
Figure 8.2. Théorème des accroissements finis: la corde joignant (a, f(a)) à (b, f(b)) a pour pente le taux d'accroissement moyen; il existe au moins un point c où la tangente lui est parallèle. Ici il y en a deux, ce qui rappelle que c n'est pas unique.

Le théorème se lit en cinématique. Si est la position d'un train entre Lausanne et Genève, le quotient est sa vitesse moyenne sur le trajet, et sa vitesse instantanée à l'instant : à un instant au moins, la vitesse instantanée égale la vitesse moyenne. Un radar tronçon exploite exactement cet argument: si la vitesse moyenne mesurée entre deux portiques dépasse la limite, le conducteur l'a nécessairement dépassée à un instant donné.

Exercice

Pour sur , déterminez la valeur donnée par le théorème des accroissements finis.

Inégalité des accroissements finis

En pratique, on connaît rarement le point ; ce qui importe, c'est qu'il existe et que soit contrôlée par une borne de .

Démonstration. D'après (8.1), avec , et ; on multiplie par . L'encadrement s'obtient de même à partir de .

Cette inégalité est l'outil de base pour majorer une erreur: si une mesure est connue à près, la grandeur est connue à près, où borne sur l'intervalle d'incertitude. Elle intervient aussi dans l'étude des suites récurrentes du chapitre 3: si , alors et la suite converge géométriquement vers le point fixe .

Applications: fonctions constantes, monotonie, inégalités

Démonstration. Soient dans . Le théorème des accroissements finis appliqué sur donne (donc intérieur à ) avec . Si , la différence est nulle: pour tout couple, et est constante (point 1). Si , la différence est positive ou nulle: est croissante; si , elle est strictement positive: est strictement croissante (points 2 et 3, sens direct). Réciproquement, si est croissante et intérieur, les taux d'accroissement sont tous positifs ou nuls, donc leur limite aussi.

Le point 1 a une conséquence fondamentale: deux fonctions de même dérivée sur un intervalle diffèrent d'une constante. C'est ce qui rend les primitives du chapitre 10 uniques à une constante près. Le point 2 justifie le tableau de variation de la section 6. Enfin, la monotonie est la méthode la plus courante pour établir des inégalités.

Le théorème des accroissements finis généralisé

Démonstration. Si l'on avait , le théorème de Rolle donnerait un zéro de , exclu par hypothèse. Posons . Cette fonction est continue sur , dérivable sur , et un calcul direct montre . Rolle fournit avec , soit ; on divise par .

Pour on retrouve (8.1). Géométriquement, si décrit une courbe paramétrée du plan, la formule affirme qu'en un point de la courbe la tangente est parallèle à la corde joignant les extrémités. Ce théorème est l'ingrédient de la règle de l'Hospital.

La règle de l'Hospital

Énoncé

Démonstration (cas , fini, limite à droite). Prolongeons et en par : elles deviennent continues sur pour tout dans . Le théorème de Cauchy (8.3) sur fournit tel que

Lorsque , on a , donc par le théorème des gendarmes, et le quotient tend vers par hypothèse. Le cas est symétrique, le cas se ramène au cas fini par le changement de variable , et le cas demande un argument plus technique que nous admettons.

Exemples

Exercice

Calculez .

Convexité

Définition et caractérisations

Lorsque parcourt , le point parcourt et le membre de droite de (8.5) est l'ordonnée de la corde: la définition dit exactement que l'arc de courbe est sous le segment. Les fonctions , , sont convexes sur ; et sont concaves sur . Pour les fonctions dérivables, la convexité se lit sur la dérivée.

Démonstration de convexe. Supposons ; alors est croissante (théorème 8.5). Soient dans , et . Le théorème des accroissements finis sur et sur fournit et tels que

Comme et croît, . Or et , donc

En multipliant par et en réordonnant: , c'est-à-dire (8.5).

xyf((a+b)/2) ≤ (f(a)+f(b))/2abx₀tangentecordef convexe: f″ ≥ 0xypoint d’inflexionconcave (f″ < 0)convexe (f″ > 0)f(x) = x³ − 3x, f″(x) = 6x
Figure 8.3. À gauche: une fonction convexe est au-dessus de chacune de ses tangentes et en dessous de chacune de ses cordes; la zone grisée entre corde et arc illustre l'inégalité de Jensen. À droite: en un point d'inflexion, la dérivée seconde change de signe et la tangente traverse la courbe.

Comme pour le théorème de Fermat, la condition n'est pas suffisante: vérifie mais reste convexe, sans inflexion. On vérifie toujours le changement de signe.

Exercice

Soit . Laquelle des affirmations suivantes est correcte?

Inégalité de Jensen et inégalités de moyennes

Démonstration. Le cas à deux points est la définition (8.5) avec . Le cas général se démontre par récurrence sur en regroupant les premiers termes: nous l'admettons, le principe étant identique.

Démonstration. La fonction est strictement concave sur puisque . Jensen (renversée) donne , et l'on conclut par croissance de l'exponentielle. L'égalité dans une inégalité de Jensen stricte n'a lieu que si . Le cas à points s'obtient avec les poids .

L'inégalité arithmético-géométrique donne une seconde solution de l'exemple 8.3: , avec égalité lorsque les trois termes sont égaux, soit : on retrouve sans dériver. Signalons aussi l'inégalité de Young: pour avec et , on a ; elle résulte de la concavité de appliquée à et avec les poids et , et elle est à la base des inégalités de Hölder utilisées en traitement du signal.

La méthode de Newton

Résoudre exactement est rarement possible; la méthode de Newton (ou de Newton–Raphson) remplace la courbe par sa tangente. Partant d'une approximation , on calcule l'abscisse où la tangente en coupe l'axe des : de on tire

Nous admettons ce théorème; l'unicité du zéro vient de la stricte monotonie, la monotonie de la suite de la position de la tangente par rapport à une courbe convexe (figure 8.3), et l'estimation quadratique de la formule de Taylor du chapitre 9, avec . Concrètement, le nombre de décimales exactes double à chaque itération.

Étude de fonctions

Tous les outils de ce chapitre convergent vers un même savoir-faire: décrire complètement le comportement d'une fonction et en tracer le graphe.

La famille de fonctions polynomiales de degré 3 rassemble en un seul objet la plupart des phénomènes rencontrés: selon les coefficients, la dérivée a deux racines (un maximum et un minimum), une racine double (point critique sans extremum) ou aucune (fonction strictement croissante), et il y a toujours un unique point d'inflexion, centre de symétrie du graphe.

Explorateur de la famille f(x) = x³ + ax² + bx

Faites varier a et b: les points critiques (racines de f′), leur nature et le point d’inflexion (racine de f″) se déplacent. Lorsque le discriminant de f′ devient négatif, la fonction est strictement croissante.

−20−101020−3−2−1123xymax localmin localinflexionf(x) = x³ + 0,0 3,0x
Discriminant de f′: 4a² − 12b
36,00
Points critiques
−1,00 (max) ; 1,00 (min)
Point d’inflexion x = −a/3
0,00 ; f = 0,00
Coefficient a0,0
Coefficient b−3,0

Synthèse

  • Sur un segment, une fonction continue atteint ses extrema aux bords, aux points critiques () ou aux points de non-dérivabilité; on compare les valeurs de en ces candidats.
  • Rolle: entraîne l'existence de avec . Accroissements finis: ; en cinématique, la vitesse moyenne est atteinte à un instant. Inégalité: si .
  • Le signe de donne la monotonie; sur un intervalle donne une constante; la monotonie démontre les inégalités du type , , .
  • Règle de l'Hospital: pour une forme ou , si cette dernière existe. Vérifier la forme, ne pas boucler, préférer les développements limités quand ils sont disponibles.
  • Convexité croissante : cordes au-dessus, tangentes en dessous; point d'inflexion là où change de signe; Jensen donne l'inégalité arithmético-géométrique. Méthode de Newton: , convergence quadratique.
  • Étude de fonction: domaine, limites, asymptotes (oblique: , ), tableau de variation, convexité, graphe.

Série d'exercices du chapitre 8

Exercice 1 sur 5
Exercice

Pour laquelle de ces limites la règle de l'Hospital est-elle applicable directement (hypothèses vérifiées et limite du quotient des dérivées existante)?

Problème guidé

Boîte de conserve de surface minimale

Une boîte de conserve cylindrique fermée doit contenir L . On cherche le rayon et la hauteur qui minimisent la quantité de fer-blanc, c'est-à-dire la surface totale (fond, couvercle et paroi latérale).

  1. 1

    Exprimer la surface en fonction du rayon

    Utilisez la contrainte de volume pour éliminer .

    Exercice

    Quelle est l'expression de en cm²?

  2. Point critique

  3. Hauteur optimale

  4. Nature du point critique et surface minimale

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 8.1 · Câble sous-marin de coût minimal

Une station électrique est située sur une côte rectiligne. Une île se trouve à 3 km au large, en face d'un point de la côte situé à 8 km de . On veut relier à par un câble posé d'abord le long de la côte de jusqu'à un point , puis en ligne droite sous l'eau de à . Le câble coûte 3 kCHF par kilomètre à terre et 5 kCHF par kilomètre sous l'eau. On note la distance de à (en km).

  1. Exprimer le coût total pour .
  2. Déterminer la position de qui minimise le coût, et le coût minimal.
  3. Comparer avec les solutions «tout à terre puis perpendiculaire» () et «tout sous l'eau» ().
Solution

1. Coût total. Le tronçon terrestre mesure km et le tronçon sous-marin km (Pythagore). Le coût, en kCHF, vaut donc

2. Minimum. La fonction est continue sur le segment et dérivable sur :

Le point critique vérifie , soit (les deux membres étant positifs) , d'où et km. Le signe de est celui de : négatif en (où ) et croissant, puisque est croissante; décroît sur puis croît sur , et est le minimum global. On peut aussi vérifier que : est convexe.

Le coût minimal vaut, avec :

Le point se situe donc à km de .

3. Comparaison. Pour (câble le long de la côte jusqu'à puis perpendiculairement): kCHF. Pour (tout sous l'eau, en ligne droite de à ): kCHF. La solution optimale économise 3 kCHF (8 %) par rapport à la première et 6,7 kCHF par rapport à la seconde. Remarquons que : l'angle optimal ne dépend que du rapport des coûts, exactement comme la loi de la réfraction de Snell–Descartes en optique (principe de Fermat).

Exercice 8.2 · Limites par la règle de l'Hospital

Calculer les limites suivantes, en précisant à chaque étape la forme indéterminée.

  1. (indication: passer au logarithme).
Solution

1. Forme . Le quotient des dérivées est

Donc . (Sans la simplification trigonométrique, il aurait fallu appliquer la règle deux fois de plus.) Les développements limités du chapitre 9 confirment: et .

2. On écrit , forme . Deux applications successives donnent (encore ) puis . Donc : l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de .

3. Forme en . Le quotient des dérivées tend vers . Donc . Autre méthode: , où le premier facteur est le taux d'accroissement de en , de limite .

4. Pour , . Or est une forme dont le quotient des dérivées tend vers ; donc et, par continuité de l'exponentielle, .

Exercice 8.3 · Étude complète de f(x) = x·e^(1/x)

Étudier la fonction : domaine, limites aux bornes, asymptotes (on montrera que la droite est asymptote en et l'on précisera la position de la courbe par rapport à elle), tableau de variation, convexité, puis tracer le graphe. On pourra utiliser la limite .

Solution

Domaine. . Pas de parité: n'est ni ni .

Limites en . Posons . Lorsque , et (croissance comparée, exercice 8.2.2): la droite est asymptote verticale à droite. Lorsque , et car et ; est négative sur , donc . On peut prolonger par continuité à gauche en posant ; de plus quand : la courbe arrive en avec une demi-tangente horizontale.

Limites en et asymptote oblique. , donc quand . Ensuite , et

(taux d'accroissement de l'exponentielle en ). La droite est asymptote en et en . Position: avec l'indication,

Le numérateur est positif ou nul pour tout (exemple 8.4 c), donc le signe est celui de , c'est-à-dire de : la courbe est au-dessus de l'asymptote pour et en dessous pour .

Dérivée et variation. Pour ,

Le signe est celui de : positif pour , négatif sur , positif pour . Unique point critique , avec : minimum local (et minimum de sur ).

Convexité. En dérivant :

est concave sur et convexe sur ; il n'y a pas de point d'inflexion puisque .

Graphe. La branche gauche, concave, monte de en restant sous la droite et vient mourir à l'origine avec une tangente horizontale. La branche droite, convexe, descend de (asymptote verticale ) jusqu'au minimum , puis remonte en se rapprochant de l'asymptote par le dessus. Vérification numérique: et .

Exercice 8.4 · Inégalités par les accroissements finis
  1. Montrer que pour tout : .
  2. Montrer que pour tous réels : .
  3. En déduire de 1. que pour tout entier : , puis que . Que retrouve-t-on sur la série harmonique (chapitre 4)?
Solution

1. Soit . La fonction est continue sur et dérivable sur ; le théorème des accroissements finis donne tel que

Comme , on a , et en multipliant par : . Les inégalités sont strictes parce que est strictement entre les bornes.

2. Si l'inégalité est triviale. Sinon, par le théorème des accroissements finis appliqué à entre et , il existe entre et tel que , d'où . C'est l'inégalité (8.2) avec : la fonction est lipschitzienne de rapport .

3. Prenons dans 1.: et , d'où

En sommant l'inégalité de droite pour , la somme de gauche est télescopique: . En sommant l'inégalité de gauche pour (pour ): , donc ; pour , , d'où le de l'énoncé. Finalement

Comme , la série harmonique diverge, ce qui était établi au chapitre 4 par le regroupement en paquets; on obtient ici l'information plus précise : les sommes partielles croissent comme le logarithme. (Vérification: , et .)

Exercice 8.5 · Deux démonstrations
  1. Soit dérivable sur un intervalle , avec pour tout . Montrer que est lipschitzienne de rapport , c'est-à-dire pour tous , puis que est uniformément continue sur (chapitre 5). La fonction est-elle lipschitzienne sur ? uniformément continue?
  2. Soit un polynôme réel. Montrer qu'entre deux racines réelles distinctes de se trouve au moins une racine de . En déduire que si est de degré et possède racines réelles distinctes, alors possède racines réelles distinctes, et que toutes les racines de sont réelles.
Solution

1. Dérivée bornée et caractère lipschitzien. Soient avec ; quitte à échanger, . Le théorème des accroissements finis sur fournit avec , donc . Le cas est trivial. Ainsi est lipschitzienne de rapport .

Uniforme continuité: soit . Si , est constante et tout convient. Sinon, posons ; pour tous avec , on a . Le ne dépend pas du point: c'est exactement la définition de l'uniforme continuité.

Contre-exemple: sur . Pour et : quand ; aucun rapport ne convient, n'est pas lipschitzienne (sa dérivée n'est pas bornée près de ). Elle est pourtant uniformément continue sur : soit par le théorème de Heine (fonction continue sur un segment, chapitre 5), soit directement grâce à l'inégalité , qui permet de prendre . Une dérivée bornée est donc une condition suffisante, non nécessaire, d'uniforme continuité.

2. Racines d'un polynôme et de sa dérivée. Soient deux racines réelles de . Le polynôme est continu sur , dérivable sur et : le théorème de Rolle fournit avec .

Supposons de degré avec racines réelles distinctes . D'après ce qui précède, chacun des intervalles ouverts contient une racine de . Ces intervalles sont deux à deux disjoints, donc les sont deux à deux distincts: possède au moins racines réelles distinctes. Or est de degré exactement et ne peut avoir plus de racines (chapitre 2): les sont toutes ses racines, elles sont simples et toutes réelles. En itérant, a racines réelles distinctes, et ainsi de suite jusqu'à , de degré . Ce résultat est à la base du théorème de Rolle «original» et des méthodes de séparation des racines (suites de Sturm).

Références

  • Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
  • Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles.
  • Spivak, M., Calculus, 4ᵉ éd., Publish or Perish, Houston.
  • Rudin, W., Principles of Mathematical Analysis, 3ᵉ éd., McGraw-Hill, New York.
  • Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
  • L'Hospital, G. de, Analyse des infiniment petits pour l'intelligence des lignes courbes, Paris, 1696 (réédition ACL, 1988).

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