Extrema, théorèmes de Rolle et des accroissements finis, règle de l'Hospital, convexité et étude de fonctions.
Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
déterminer les extrema locaux et globaux d'une fonction dérivable sur un intervalle, et résoudre un problème d'optimisation issu de l'ingénierie;
énoncer et démontrer les théorèmes de Rolle et des accroissements finis, et en expliquer le sens géométrique et cinématique;
utiliser le signe de la dérivée pour établir la monotonie d'une fonction et démontrer des inégalités;
calculer des limites de formes indéterminées avec la règle de l'Hospital, en connaissant ses hypothèses et ses pièges;
caractériser la convexité par la dérivée seconde, situer les points d'inflexion et appliquer la méthode de Newton;
mener l'étude complète d'une fonction: domaine, limites, asymptotes, tableau de variation, convexité et graphe.
Extrema d'une fonction
Le chapitre 7 a introduit la dérivée comme pente de la tangente. Ce chapitre en tire les conséquences globales: si l'on connaît la dérivée en chaque point, que peut-on dire de la fonction sur tout un intervalle? Les réponses (Rolle, accroissements finis, monotonie, convexité) forment l'ossature du calcul différentiel et alimentent des outils quotidiens de l'ingénieur: optimiser une forme, borner une erreur, résoudre une équation par la méthode de Newton, tracer une courbe.
Extrema locaux et globaux
Un extremum global est en particulier local, mais la réciproque est fausse: la fonction x↦x3−3x possède un maximum local en −1 et un minimum local en 1, mais n'est bornée ni supérieurement ni inférieurement sur R. Rappelons le résultat clé du chapitre 7, qui relie extremum et dérivée.
Démonstration. Supposons que f admet un maximum local en x0. Pour h>0 assez petit, x0+h∈I et f(x0+h)−f(x0)≤0, donc le taux d'accroissement hf(x0+h)−f(x0) est négatif ou nul; sa limite à droite f′(x0) vérifie f′(x0)≤0. Pour h<0, le numérateur est encore négatif ou nul mais le dénominateur est négatif: le taux est positif ou nul, d'où f′(x0)≥0 par passage à la limite à gauche. Comme f est dérivable en x0, les deux limites coïncident et f′(x0)=0. Le cas du minimum se traite en remplaçant f par −f. □
Recherche des extrema sur un segment
Le théorème de Weierstrass (chapitre 5) affirme qu'une fonction continue sur un segment [a,b] y atteint un maximum et un minimum. Combiné au théorème de Fermat, il fournit une méthode systématique.
Exercice
Soit f(x)=x3−3x sur le segment [−2,3]. Où f atteint-elle son maximum global?
Théorèmes de Rolle et des accroissements finis
Le théorème de Rolle
Démonstration. Par le théorème de Weierstrass, f atteint sur [a,b] un minimum m et un maximum M. Si m=M, la fonction est constante et f′ est nulle partout sur ]a,b[: n'importe quel c convient. Sinon m<M, et l'une au moins des deux valeurs diffère de la valeur commune f(a)=f(b); elle est donc atteinte en un point c qui n'est ni a ni b, c'est-à-dire en un point intérieur. En ce point, f est dérivable et possède un extremum local: le théorème de Fermat donne f′(c)=0. □
Figure 8.1. Théorème de Rolle: la fonction prend la même valeur aux extrémités a et b du segment; quelque part entre les deux, la tangente est horizontale.
Michel Rolle (1652–1719) a énoncé ce résultat pour les polynômes; la forme générale que nous utilisons date du XIXᵉ siècle. Chacune des trois hypothèses est indispensable: la fonction x↦∣x∣ sur [−1,1] vérifie f(−1)=f(1) et est continue, mais sa dérivée ne s'annule nulle part, faute de dérivabilité en 0; la fonction valant x sur [0,1[ et 0 en 1 vérifie f(0)=f(1) et est dérivable sur ]0,1[, mais elle n'est pas continue en 1 et f′=1 partout.
Exercice
Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration du théorème de Rolle (cas où f n'est pas constante).
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
1.
En c, la fonction est dérivable et admet un extremum local
2.
Par Weierstrass, f continue sur [a,b] atteint son minimum m et son maximum M
3.
Comme f n'est pas constante, m<M, donc l'une des deux valeurs diffère de f(a)=f(b)
4.
Par le théorème de Fermat, f′(c)=0
5.
Cette valeur extrême est atteinte en un point c distinct de a et de b, donc intérieur
Le théorème des accroissements finis
Le théorème de Rolle traite d'une corde horizontale. En «redressant» le graphe, on obtient l'énoncé général: entre a et b, il existe un point où la tangente est parallèle à la corde.
Démonstration. Considérons la fonction auxiliaire g(x)=f(x)−f(a)−b−af(b)−f(a)(x−a), différence entre f et la fonction affine dont le graphe est la corde. Elle est continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[, et g(a)=0=g(b) par construction. Le théorème de Rolle fournit c∈]a,b[ tel que g′(c)=0, c'est-à-dire f′(c)=b−af(b)−f(a). □
Figure 8.2. Théorème des accroissements finis: la corde joignant (a, f(a)) à (b, f(b)) a pour pente le taux d'accroissement moyen; il existe au moins un point c où la tangente lui est parallèle. Ici il y en a deux, ce qui rappelle que c n'est pas unique.
Le théorème se lit en cinématique. Si x(t) est la position d'un train entre Lausanne et Genève, le quotient b−ax(b)−x(a) est sa vitesse moyenne sur le trajet, et x′(c) sa vitesse instantanée à l'instant c: à un instant au moins, la vitesse instantanée égale la vitesse moyenne. Un radar tronçon exploite exactement cet argument: si la vitesse moyenne mesurée entre deux portiques dépasse la limite, le conducteur l'a nécessairement dépassée à un instant donné.
Exercice
Pour f(x)=x3 sur [0,2], déterminez la valeur c∈]0,2[ donnée par le théorème des accroissements finis.
Inégalité des accroissements finis
En pratique, on connaît rarement le point c; ce qui importe, c'est qu'il existe et que f′(c) soit contrôlée par une borne de f′.
Démonstration. D'après (8.1), f(b)−f(a)=f′(c)(b−a) avec c∈]a,b[, et ∣f′(c)∣≤M; on multiplie par b−a>0. L'encadrement s'obtient de même à partir de m≤f′(c)≤M. □
Cette inégalité est l'outil de base pour majorer une erreur: si une mesure x est connue à ε près, la grandeur f(x) est connue à Mε près, où M borne ∣f′∣ sur l'intervalle d'incertitude. Elle intervient aussi dans l'étude des suites récurrentes un+1=f(un) du chapitre 3: si ∣f′∣≤k<1, alors ∣un+1−ℓ∣≤k∣un−ℓ∣ et la suite converge géométriquement vers le point fixe ℓ.
Démonstration. Soient x1<x2 dans I. Le théorème des accroissements finis appliqué sur [x1,x2] donne c∈]x1,x2[ (donc intérieur à I) avec f(x2)−f(x1)=f′(c)(x2−x1). Si f′=0, la différence est nulle: f(x1)=f(x2) pour tout couple, et f est constante (point 1). Si f′≥0, la différence est positive ou nulle: f est croissante; si f′>0, elle est strictement positive: f est strictement croissante (points 2 et 3, sens direct). Réciproquement, si f est croissante et x0 intérieur, les taux d'accroissement x−x0f(x)−f(x0) sont tous positifs ou nuls, donc leur limite f′(x0) aussi. □
Le point 1 a une conséquence fondamentale: deux fonctions de même dérivée sur un intervalle diffèrent d'une constante. C'est ce qui rend les primitives du chapitre 10 uniques à une constante près. Le point 2 justifie le tableau de variation de la section 6. Enfin, la monotonie est la méthode la plus courante pour établir des inégalités.
Le théorème des accroissements finis généralisé
Démonstration. Si l'on avait g(a)=g(b), le théorème de Rolle donnerait un zéro de g′, exclu par hypothèse. Posons φ(x)=f(x)[g(b)−g(a)]−g(x)[f(b)−f(a)]. Cette fonction est continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[, et un calcul direct montre φ(a)=f(a)g(b)−g(a)f(b)=φ(b). Rolle fournit c avec φ′(c)=0, soit f′(c)[g(b)−g(a)]=g′(c)[f(b)−f(a)]; on divise par g′(c)[g(b)−g(a)]=0. □
Pour g(x)=x on retrouve (8.1). Géométriquement, si t↦(g(t),f(t)) décrit une courbe paramétrée du plan, la formule affirme qu'en un point de la courbe la tangente est parallèle à la corde joignant les extrémités. Ce théorème est l'ingrédient de la règle de l'Hospital.
La règle de l'Hospital
Énoncé
Démonstration (cas 0/0, a fini, limite à droite). Prolongeons f et g en a par f(a)=g(a)=0: elles deviennent continues sur [a,x] pour tout x>a dans I. Le théorème de Cauchy (8.3) sur [a,x] fournit cx∈]a,x[ tel que
g(x)f(x)=g(x)−g(a)f(x)−f(a)=g′(cx)f′(cx).
Lorsque x→a+, on a a<cx<x, donc cx→a+ par le théorème des gendarmes, et le quotient f′(cx)/g′(cx) tend vers L par hypothèse. Le cas x→a− est symétrique, le cas a=±∞ se ramène au cas fini par le changement de variable x=1/t, et le cas ∞/∞ demande un argument plus technique que nous admettons. □
Exemples
Exercice
Calculez x→0limsin3xe2x−1.
Convexité
Définition et caractérisations
Lorsque t parcourt [0,1], le point (1−t)a+tb parcourt [a,b] et le membre de droite de (8.5) est l'ordonnée de la corde: la définition dit exactement que l'arc de courbe est sous le segment. Les fonctions x2, ex, ∣x∣ sont convexes sur R; ln et ⋅ sont concaves sur ]0,+∞[. Pour les fonctions dérivables, la convexité se lit sur la dérivée.
Démonstration de f′′≥0⟹ convexe. Supposons f′′≥0; alors f′ est croissante (théorème 8.5). Soient a<b dans I, t∈]0,1[ et x=(1−t)a+tb∈]a,b[. Le théorème des accroissements finis sur [a,x] et sur [x,b] fournit c1∈]a,x[ et c2∈]x,b[ tels que
f(x)−f(a)=f′(c1)(x−a),f(b)−f(x)=f′(c2)(b−x).
Comme c1<c2 et f′ croît, f′(c1)≤f′(c2). Or x−a=t(b−a) et b−x=(1−t)(b−a), donc
En multipliant par t(1−t)>0 et en réordonnant: (1−t)f(x)+tf(x)≤(1−t)f(a)+tf(b), c'est-à-dire (8.5). □
Figure 8.3. À gauche: une fonction convexe est au-dessus de chacune de ses tangentes et en dessous de chacune de ses cordes; la zone grisée entre corde et arc illustre l'inégalité de Jensen. À droite: en un point d'inflexion, la dérivée seconde change de signe et la tangente traverse la courbe.
Comme pour le théorème de Fermat, la condition f′′(x0)=0 n'est pas suffisante: x↦x4 vérifie f′′(0)=0 mais reste convexe, sans inflexion. On vérifie toujours le changement de signe.
Exercice
Soit f(x)=x3−6x2+9x+1. Laquelle des affirmations suivantes est correcte?
Inégalité de Jensen et inégalités de moyennes
Démonstration. Le cas à deux points est la définition (8.5) avec t=1/2. Le cas général se démontre par récurrence sur n en regroupant les n−1 premiers termes: nous l'admettons, le principe étant identique. □
Démonstration. La fonction ln est strictement concave sur ]0,+∞[ puisque (ln)′′(x)=−1/x2<0. Jensen (renversée) donne ln2a+b≥2lna+lnb=lnab, et l'on conclut par croissance de l'exponentielle. L'égalité dans une inégalité de Jensen stricte n'a lieu que si a=b. Le cas à n points s'obtient avec les poids λk=1/n. □
L'inégalité arithmético-géométrique donne une seconde solution de l'exemple 8.3: S=2πr2+rV+rV≥332πr2⋅rV⋅rV=332πV2, avec égalité lorsque les trois termes sont égaux, soit 2πr3=V: on retrouve r∗ sans dériver. Signalons aussi l'inégalité de Young: pour p,q>1 avec p1+q1=1 et u,v≥0, on a uv≤pup+qvq; elle résulte de la concavité de ln appliquée à up et vq avec les poids 1/p et 1/q, et elle est à la base des inégalités de Hölder utilisées en traitement du signal.
La méthode de Newton
Résoudre f(x)=0 exactement est rarement possible; la méthode de Newton (ou de Newton–Raphson) remplace la courbe par sa tangente. Partant d'une approximation xn, on calcule l'abscisse xn+1 où la tangente en (xn,f(xn)) coupe l'axe des x: de f(xn)+f′(xn)(xn+1−xn)=0 on tire
xn+1=xn−f′(xn)f(xn).(8.6)
Nous admettons ce théorème; l'unicité du zéro vient de la stricte monotonie, la monotonie de la suite de la position de la tangente par rapport à une courbe convexe (figure 8.3), et l'estimation quadratique de la formule de Taylor du chapitre 9, avec K=max∣f′′∣/(2min∣f′∣). Concrètement, le nombre de décimales exactes double à chaque itération.
Étude de fonctions
Tous les outils de ce chapitre convergent vers un même savoir-faire: décrire complètement le comportement d'une fonction et en tracer le graphe.
La famille de fonctions polynomiales de degré 3 rassemble en un seul objet la plupart des phénomènes rencontrés: selon les coefficients, la dérivée a deux racines (un maximum et un minimum), une racine double (point critique sans extremum) ou aucune (fonction strictement croissante), et il y a toujours un unique point d'inflexion, centre de symétrie du graphe.
Explorateur de la famille f(x) = x³ + ax² + bx
Faites varier a et b: les points critiques (racines de f′), leur nature et le point d’inflexion (racine de f″) se déplacent. Lorsque le discriminant de f′ devient négatif, la fonction est strictement croissante.
Discriminant de f′: 4a² − 12b
36,00
Points critiques
−1,00 (max) ; 1,00 (min)
Point d’inflexion x = −a/3
0,00 ; f = 0,00
Coefficient a0,0
Coefficient b−3,0
Synthèse
Sur un segment, une fonction continue atteint ses extrema aux bords, aux points critiques (f′=0) ou aux points de non-dérivabilité; on compare les valeurs de f en ces candidats.
Rolle: f(a)=f(b) entraîne l'existence de c avec f′(c)=0. Accroissements finis: f(b)−f(a)=f′(c)(b−a); en cinématique, la vitesse moyenne est atteinte à un instant. Inégalité: ∣f(b)−f(a)∣≤M(b−a) si ∣f′∣≤M.
Le signe de f′ donne la monotonie; f′=0 sur un intervalle donne une constante; la monotonie démontre les inégalités du type sinx≤x, ln(1+x)≤x, ex≥1+x.
Règle de l'Hospital: pour une forme 0/0 ou ∞/∞, limf/g=limf′/g′si cette dernière existe. Vérifier la forme, ne pas boucler, préférer les développements limités quand ils sont disponibles.
Convexité ⟺f′ croissante ⟺f′′≥0: cordes au-dessus, tangentes en dessous; point d'inflexion là où f′′ change de signe; Jensen donne l'inégalité arithmético-géométrique. Méthode de Newton: xn+1=xn−f(xn)/f′(xn), convergence quadratique.
Étude de fonction: domaine, limites, asymptotes (oblique: a=limf/x, b=lim(f−ax)), tableau de variation, convexité, graphe.
Série d'exercices du chapitre 8
Exercice 1 sur 5
Exercice
Pour laquelle de ces limites la règle de l'Hospital est-elle applicable directement (hypothèses vérifiées et limite du quotient des dérivées existante)?
Problème guidé
Boîte de conserve de surface minimale
Une boîte de conserve cylindrique fermée doit contenir 0,5 L =500cm3. On cherche le rayon r et la hauteur h qui minimisent la quantité de fer-blanc, c'est-à-dire la surface totale S (fond, couvercle et paroi latérale).
1
Exprimer la surface en fonction du rayon
Utilisez la contrainte de volume πr2h=500 pour éliminer h.
Exercice
Quelle est l'expression de S(r) en cm²?
Point critique
Hauteur optimale
Nature du point critique et surface minimale
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Exercice 8.1 · Câble sous-marin de coût minimal
Une station électrique A est située sur une côte rectiligne. Une île I se trouve à 3 km au large, en face d'un point B de la côte situé à 8 km de A. On veut relier A à I par un câble posé d'abord le long de la côte de A jusqu'à un point P, puis en ligne droite sous l'eau de P à I. Le câble coûte 3 kCHF par kilomètre à terre et 5 kCHF par kilomètre sous l'eau. On note x=PB la distance de P à B (en km).
Exprimer le coût total C(x) pour x∈[0,8].
Déterminer la position de P qui minimise le coût, et le coût minimal.
Comparer avec les solutions «tout à terre puis perpendiculaire» (x=0) et «tout sous l'eau» (x=8).
Solution
1. Coût total. Le tronçon terrestre mesure AP=8−x km et le tronçon sous-marin PI=PB2+BI2=x2+9 km (Pythagore). Le coût, en kCHF, vaut donc
C(x)=3(8−x)+5x2+9,x∈[0,8].
2. Minimum. La fonction C est continue sur le segment [0,8] et dérivable sur ]0,8[:
C′(x)=−3+x2+95x.
Le point critique vérifie 5x=3x2+9, soit (les deux membres étant positifs) 25x2=9x2+81, d'où 16x2=81 et x∗=49=2,25 km. Le signe de C′ est celui de 5x−3x2+9: négatif en 0 (où C′(0)=−3) et croissant, puisque x↦x2+95x est croissante; C décroît sur [0,9/4] puis croît sur [9/4,8], et x∗ est le minimum global. On peut aussi vérifier que C′′(x)=(x2+9)3/245>0: C est convexe.
Le coût minimal vaut, avec (9/4)2+9=225/16=415:
C(49)=3⋅423+5⋅415=469+75=36 kCHF.
Le point P se situe donc à 8−2,25=5,75 km de A.
3. Comparaison. Pour x=0 (câble le long de la côte jusqu'à B puis perpendiculairement): C(0)=24+15=39 kCHF. Pour x=8 (tout sous l'eau, en ligne droite de A à I): C(8)=573≈42,7 kCHF. La solution optimale économise 3 kCHF (8 %) par rapport à la première et 6,7 kCHF par rapport à la seconde. Remarquons que sinBIP=x∗2+9x∗=53: l'angle optimal ne dépend que du rapport des coûts, exactement comme la loi de la réfraction de Snell–Descartes en optique (principe de Fermat).
Exercice 8.2 · Limites par la règle de l'Hospital
Calculer les limites suivantes, en précisant à chaque étape la forme indéterminée.
Donc x→0limx−sinxtanx−x=2. (Sans la simplification trigonométrique, il aurait fallu appliquer la règle deux fois de plus.) Les développements limités du chapitre 9 confirment: tanx−x∼x3/3 et x−sinx∼x3/6.
2. On écrit x2e−x=exx2, forme ∞/∞. Deux applications successives donnent ex2x (encore ∞/∞) puis ex2→0. Donc x→+∞limx2e−x=0: l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de x.
3. Forme 0/0 en x=1. Le quotient des dérivées 2x1/x=2x21 tend vers 21. Donc x→1limx2−1lnx=21. Autre méthode: x−1lnx⋅x+11, où le premier facteur est le taux d'accroissement de ln en 1, de limite ln′(1)=1.
4. Pour x>0, xx=exlnx. Or xlnx=1/xlnx est une forme ∞/∞ dont le quotient des dérivées −1/x21/x=−x tend vers 0; donc xlnx→0 et, par continuité de l'exponentielle, x→0+limxx=e0=1.
Exercice 8.3 · Étude complète de f(x) = x·e^(1/x)
Étudier la fonction f(x)=xe1/x: domaine, limites aux bornes, asymptotes (on montrera que la droite y=x+1 est asymptote en ±∞ et l'on précisera la position de la courbe par rapport à elle), tableau de variation, convexité, puis tracer le graphe. On pourra utiliser la limite limt→0tet−1−t=0.
Solution
Domaine.D=R∗=]−∞,0[∪]0,+∞[. Pas de parité: f(−x)=−xe−1/x n'est ni f(x) ni −f(x).
Limites en 0. Posons t=1/x. Lorsque x→0+, t→+∞ et f(x)=tet→+∞ (croissance comparée, exercice 8.2.2): la droite x=0 est asymptote verticale à droite. Lorsque x→0−, t→−∞ et f(x)=tet→0 car et→0 et 1/t→0; f est négative sur ]−∞,0[, donc f(x)→0−. On peut prolonger f par continuité à gauche en posant f(0)=0; de plus f′(x)=e1/x(1−1/x)=et(1−t)→0 quand t→−∞: la courbe arrive en 0 avec une demi-tangente horizontale.
Limites en ±∞ et asymptote oblique.e1/x→1, donc f(x)→±∞ quand x→±∞. Ensuite xf(x)=e1/x→1=a, et
f(x)−x=x(e1/x−1)=tet−1t→01=b
(taux d'accroissement de l'exponentielle en 0). La droite y=x+1 est asymptote en +∞ et en −∞. Position: avec l'indication,
f(x)−(x+1)=x(e1/x−1−x1)=tet−1−t.
Le numérateur et−1−t est positif ou nul pour tout t (exemple 8.4 c), donc le signe est celui de t, c'est-à-dire de x: la courbe est au-dessus de l'asymptote pour x>0 et en dessous pour x<0.
Dérivée et variation. Pour x=0,
f′(x)=e1/x+x⋅(−x21)e1/x=e1/x(1−x1)=xx−1e1/x.
Le signe est celui de xx−1: positif pour x<0, négatif sur ]0,1[, positif pour x>1. Unique point critique x=1, avec f(1)=e≈2,718: minimum local (et minimum de f sur ]0,+∞[).
f est concave sur ]−∞,0[ et convexe sur ]0,+∞[; il n'y a pas de point d'inflexion puisque 0∈/D.
Graphe. La branche gauche, concave, monte de −∞ en restant sous la droite y=x+1 et vient mourir à l'origine avec une tangente horizontale. La branche droite, convexe, descend de +∞ (asymptote verticale x=0) jusqu'au minimum (1,e), puis remonte en se rapprochant de l'asymptote y=x+1 par le dessus. Vérification numérique: f(10)−11≈0,052 et f(−10)+9≈−0,048.
Exercice 8.4 · Inégalités par les accroissements finis
Montrer que pour tout x>0: 1+xx<ln(1+x)<x.
Montrer que pour tous réels a,b: ∣sina−sinb∣≤∣a−b∣.
En déduire de 1. que pour tout entier n≥1: n+11<ln(n+1)−lnn<n1, puis que ln(n+1)<1+21+⋯+n1≤1+lnn. Que retrouve-t-on sur la série harmonique (chapitre 4)?
Solution
1. Soit x>0. La fonction ln est continue sur [1,1+x] et dérivable sur ]1,1+x[; le théorème des accroissements finis donne c∈]1,1+x[ tel que
ln(1+x)−ln1=c1(1+x−1)=cx.
Comme 1<c<1+x, on a 1+x1<c1<1, et en multipliant par x>0: 1+xx<ln(1+x)<x. Les inégalités sont strictes parce que c est strictement entre les bornes.
2. Si a=b l'inégalité est triviale. Sinon, par le théorème des accroissements finis appliqué à sin entre a et b, il existe c entre a et b tel que sina−sinb=cos(c)(a−b), d'où ∣sina−sinb∣=∣cosc∣∣a−b∣≤∣a−b∣. C'est l'inégalité (8.2) avec M=1: la fonction sin est lipschitzienne de rapport 1.
3. Prenons x=n1 dans 1.: 1+1/n1/n=n+11 et ln(1+n1)=ln(n+1)−lnn, d'où
n+11<ln(n+1)−lnn<n1.
En sommant l'inégalité de droite pour k=1,…,n, la somme de gauche est télescopique: ln(n+1)−ln1<k=1∑nk1=Hn. En sommant l'inégalité de gauche pour k=1,…,n−1 (pour n≥2): k=1∑n−1k+11=Hn−1<lnn, donc Hn<1+lnn; pour n=1, H1=1=1+ln1, d'où le ≤ de l'énoncé. Finalement
ln(n+1)<Hn≤1+lnn.
Comme ln(n+1)→+∞, la série harmonique ∑1/ndiverge, ce qui était établi au chapitre 4 par le regroupement en paquets; on obtient ici l'information plus précise Hn∼lnn: les sommes partielles croissent comme le logarithme. (Vérification: H10≈2,929, ln11≈2,398 et 1+ln10≈3,303.)
Exercice 8.5 · Deux démonstrations
Soit f:I→R dérivable sur un intervalle I, avec ∣f′(x)∣≤M pour tout x∈I. Montrer que f est lipschitzienne de rapport M, c'est-à-dire ∣f(x)−f(y)∣≤M∣x−y∣ pour tous x,y∈I, puis que f est uniformément continue sur I (chapitre 5). La fonction x↦x est-elle lipschitzienne sur [0,1]? uniformément continue?
Soit P un polynôme réel. Montrer qu'entre deux racines réelles distinctes de P se trouve au moins une racine de P′. En déduire que si P est de degré n et possède n racines réelles distinctes, alors P′ possède n−1 racines réelles distinctes, et que toutes les racines de P′ sont réelles.
Solution
1. Dérivée bornée et caractère lipschitzien. Soient x,y∈I avec x=y; quitte à échanger, x<y. Le théorème des accroissements finis sur [x,y]⊂I fournit c∈]x,y[ avec f(y)−f(x)=f′(c)(y−x), donc ∣f(y)−f(x)∣=∣f′(c)∣∣y−x∣≤M∣y−x∣. Le cas x=y est trivial. Ainsi f est lipschitzienne de rapport M.
Uniforme continuité: soit ε>0. Si M=0, f est constante et tout δ convient. Sinon, posons δ=ε/M; pour tous x,y∈I avec ∣x−y∣<δ, on a ∣f(x)−f(y)∣≤M∣x−y∣<Mδ=ε. Le δ ne dépend pas du point: c'est exactement la définition de l'uniforme continuité.
Contre-exemple: g(x)=x sur [0,1]. Pour y=0 et x>0: ∣x−0∣∣g(x)−g(0)∣=xx=x1→+∞ quand x→0+; aucun rapport M ne convient, g n'est pas lipschitzienne (sa dérivée 2x1 n'est pas bornée près de 0). Elle est pourtant uniformément continue sur [0,1]: soit par le théorème de Heine (fonction continue sur un segment, chapitre 5), soit directement grâce à l'inégalité ∣x−y∣≤∣x−y∣, qui permet de prendre δ=ε2. Une dérivée bornée est donc une condition suffisante, non nécessaire, d'uniforme continuité.
2. Racines d'un polynôme et de sa dérivée. Soient α<β deux racines réelles de P. Le polynôme P est continu sur [α,β], dérivable sur ]α,β[ et P(α)=P(β)=0: le théorème de Rolle fournit c∈]α,β[ avec P′(c)=0.
Supposons P de degré n avec n racines réelles distinctes x1<x2<⋯<xn. D'après ce qui précède, chacun des n−1 intervalles ouverts ]xk,xk+1[ contient une racine ck de P′. Ces intervalles sont deux à deux disjoints, donc les ck sont deux à deux distincts: P′ possède au moins n−1 racines réelles distinctes. Or P′ est de degré exactement n−1 et ne peut avoir plus de n−1 racines (chapitre 2): les ck sont toutes ses racines, elles sont simples et toutes réelles. En itérant, P′′ a n−2 racines réelles distinctes, et ainsi de suite jusqu'à P(n−1), de degré 1. Ce résultat est à la base du théorème de Rolle «original» et des méthodes de séparation des racines (suites de Sturm).
Références
Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles.
Spivak, M., Calculus, 4ᵉ éd., Publish or Perish, Houston.
Rudin, W., Principles of Mathematical Analysis, 3ᵉ éd., McGraw-Hill, New York.
Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
L'Hospital, G. de, Analyse des infiniment petits pour l'intelligence des lignes courbes, Paris, 1696 (réédition ACL, 1988).
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