Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- calculer une intégrale par parties, en choisissant judicieusement le facteur à dériver et le facteur à intégrer;
- effectuer un changement de variable dans une intégrale, dans les deux sens, et reconnaître les substitutions trigonométriques et hyperboliques classiques;
- décomposer une fraction rationnelle en éléments simples et en déterminer une primitive;
- définir une intégrale impropre, étudier sa convergence par comparaison et par équivalents, et connaître les intégrales de référence;
- utiliser l'intégrale pour calculer des aires, des volumes de révolution, des longueurs d'arc, des centres de gravité et des travaux;
- démontrer les formules du chapitre (intégration par parties, changement de variable, critère de comparaison, ).
Intégration par parties
Le chapitre 10 a montré que calculer une intégrale, c'est trouver une primitive. Or les règles de dérivation ne s'inversent pas toutes de façon évidente: la dérivée d'un produit n'est pas le produit des dérivées, et l'on ne dispose d'aucune «formule du produit» pour les primitives. L'intégration par parties est le remède partiel: elle transforme l'intégrale d'un produit en une autre intégrale, que l'on espère plus simple. C'est l'outil qui permet par exemple de calculer la réponse d'un circuit RC à une rampe de tension, ou l'énergie d'un signal amorti .
Démonstration. Par la règle de dérivation d'un produit (chapitre 7), , et cette fonction est continue sur . Le théorème fondamental du calcul intégral (chapitre 10) donne
et il suffit d'isoler la dernière intégrale.
Tout l'art consiste à choisir, dans le produit à intégrer, quel facteur jouera le rôle de (celui que l'on dérive) et quel facteur jouera le rôle de (celui dont on cherche une primitive). Le choix est bon si est plus simple que .
Pour calculer par parties, quel choix de et conduit au calcul le plus simple?
Les intégrales de Wallis
L'intégration par parties est aussi un moteur de relations de récurrence. L'exemple le plus célèbre est dû à John Wallis (1656), bien avant Newton et Leibniz.
Démonstration. Les valeurs de et sont immédiates. Pour , écrivons et intégrons par parties avec , , donc et :
car le crochet est nul aux deux bornes ( et ). Ainsi , soit . Les formules closes s'obtiennent en itérant (11.2) jusqu'à ou : par exemple , et l'on complète numérateur et dénominateur par les facteurs pairs pour faire apparaître .
Les premières valeurs sont , , , . L'exercice 11.5 montre que décroît vers 0 et que ; on en déduit la formule de Wallis , l'une des premières expressions de comme limite d'une suite de rationnels.
La formule de Taylor avec reste intégral
Au chapitre 9, le reste de la formule de Taylor était donné sous la forme de Lagrange, avec un point intermédiaire inconnu. L'intégration par parties fournit une expression exacte de ce reste, très utile pour les estimations numériques.
Démonstration. Par récurrence sur . Pour , la formule s'écrit : c'est le théorème fondamental. Supposons (11.3) vraie au rang pour toute fonction de classe , et soit de classe . Intégrons le reste par parties en posant et , donc (la variable est , et est fixé):
Le crochet vaut , qui est exactement le terme manquant du polynôme de Taylor au rang ; l'intégrale restante est le reste au rang .
Si sur , la majoration redonne l'inégalité de Taylor–Lagrange du chapitre 9.
Calculez (deux intégrations par parties).
Changement de variable
La deuxième règle de dérivation qui s'inverse est la règle de la chaîne. Elle donne la technique la plus puissante du calcul intégral: remplacer la variable d'intégration par une fonction d'une nouvelle variable, en n'oubliant pas de transformer l'élément différentiel et les bornes.
Démonstration. Soit une primitive de sur l'intervalle considéré (elle existe car est continue, chapitre 10). Par la règle de la chaîne, la fonction est de classe sur , de dérivée . Le théorème fondamental appliqué à cette fonction donne
Notez que n'a pas besoin d'être monotone ni bijective: la formule reste vraie si «fait des allers-retours», les contributions se compensant. Dans la pratique, on utilise la formule dans deux sens.
- De droite à gauche (on reconnaît une dérivée composée): l'intégrande est de la forme ; on pose , , et l'on intègre entre et . Exemple type: .
- De gauche à droite (on impose une paramétrisation): on remplace par avec bijective, on calcule , on transforme les bornes en résolvant et . C'est le sens des substitutions trigonométriques.
Substitutions classiques
Les substitutions suivantes éliminent les racines carrées des expressions quadratiques grâce aux identités et (chapitre 6).
| Expression | Substitution | Simplification | Domaine de |
|---|---|---|---|
| (ou ) | |||
| , | |||
Pour les intégrales d'une fraction rationnelle en et , la substitution universelle ramène toujours à une fraction rationnelle en grâce aux formules
Elle se démontre à partir des formules de duplication: et . Elle est efficace mais souvent lourde: avant de l'employer, on essaie (si l'intégrande est impair en ), (impair en ) ou (invariant par ).
Parité et périodicité
Démonstration. Pour 1 et 2, on coupe en et l'on pose dans la première: , qui vaut si est paire et si est impaire. Pour 3, posons . Par le théorème fondamental, est dérivable et : est constante.
Ces propriétés sont précieuses en traitement du signal: la valeur moyenne d'un signal périodique se calcule sur n'importe quelle période, et les coefficients de Fourier d'un signal pair ou impair se simplifient de moitié.
Calculez (4 décimales).
Intégration des fractions rationnelles
Une fraction rationnelle est un quotient de deux polynômes. Ces fonctions apparaissent dans les fonctions de transfert des systèmes linéaires (filtres, suspensions, régulateurs), et le passage du domaine de Laplace au domaine temporel exige précisément de savoir les intégrer. La bonne nouvelle: toute fraction rationnelle possède une primitive exprimable avec des fractions rationnelles, des logarithmes et des arctangentes.
Décomposition en éléments simples
Ce théorème est admis: sa démonstration repose sur la factorisation des polynômes réels (théorème de d'Alembert–Gauss, chapitre 2) et sur un argument d'algèbre linéaire qui sort du cadre de ce cours. Ce qui compte ici, c'est de savoir déterminer les coefficients. Trois techniques se complètent.
Primitives des éléments simples
Les éléments de première espèce s'intègrent immédiatement:
Pour les éléments de seconde espèce avec , on met le trinôme sous forme canonique avec , puis on sépare le numérateur en une partie proportionnelle à la dérivée du dénominateur et une constante:
Le premier terme vient de , le second du changement de variable dans . Pour , la partie en s'intègre en puissance, et la partie constante se traite par une récurrence obtenue par parties; nous ne la détaillerons pas, mais le principe est le même.
Intégrales se ramenant à une fraction rationnelle
Deux familles d'intégrales se ramènent au cas rationnel par une substitution bien choisie.
- Fractions rationnelles en : on pose , . Par exemple . Les fonctions hyperboliques, qui sont des fractions rationnelles en , relèvent du même traitement.
- Fractions rationnelles en et : substitution et formules (11.5), ou l'une des substitutions , , lorsque la parité s'y prête. Par exemple .
Remettez dans l'ordre les étapes du calcul de .
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Comparer les degrés: le numérateur est de degré 4, le dénominateur de degré 3
- Effectuer la division euclidienne:
- Factoriser le dénominateur:
- Intégrer terme à terme:
- Décomposer en et déterminer , , par la méthode du cache
- Vérifier en dérivant le résultat
Intégrales impropres
L'intégrale de Riemann du chapitre 10 est définie pour une fonction bornée sur un intervalle borné . Or l'ingénieur rencontre sans cesse des intégrales sur (énergie totale d'un signal amorti, transformée de Laplace, loi de probabilité) ou des intégrandes qui explosent en une borne ( en 0, apparaissant dans les problèmes de diffusion). On étend la définition par un passage à la limite.
Les intégrales de référence
Démonstration. 1. Pour et , . Si , l'exposant est négatif, et l'intégrale tend vers . Si , et l'intégrale diverge. Pour , : divergence.
- Pour et , . Si , quand et la limite vaut ; si , . Pour , .
Retenez la règle: à l'infini, il faut décroître plus vite que ; en 0, il faut exploser moins vite que . La fonction est exactement à la frontière des deux côtés, ce qui explique le rôle central du logarithme. Notez la parenté avec les séries de Riemann du chapitre 4, qui convergent aussi si et seulement si : ce n'est pas un hasard, comme nous le verrons plus bas.
Parmi les intégrales suivantes, lesquelles convergent?
Plusieurs réponses possibles
Critères de convergence pour les fonctions positives
Le plus souvent, on ne sait pas calculer une primitive: il faut décider de la convergence sans calculer la valeur. Pour une fonction positive, la situation est simple, parce que est alors croissante: elle converge si et seulement si elle est majorée (théorème de la limite monotone, chapitre 3, transposé aux fonctions).
Démonstration. Posons et . Comme , est croissante (si , ). Par positivité de l'intégrale, pour tout . Si converge, est croissante et tend vers une limite finie , donc et pour tout : la fonction croissante est majorée, elle admet une limite finie, inférieure ou égale à . Le point 2 est la contraposée du point 1. Enfin, modifier les fonctions sur un intervalle borné ne change les intégrales que d'une constante finie, ce qui justifie la remarque sur le voisinage.
Démonstration. Puisque , il existe un voisinage de sur lequel . Le critère de comparaison appliqué à chacune de ces deux inégalités donne le résultat.
Concrètement, pour étudier , on cherche un équivalent simple de en , souvent de la forme ou , et l'on applique le théorème 11.7 ou l'exemple 11.5 a).
Explorateur des intégrales de Riemann impropres
Faites varier l'exposant p et la borne supérieure A: l'aire sous 1/xᵖ entre 1 et A se recalcule. Elle reste bornée lorsque A grandit si et seulement si p est strictement supérieur à 1.
La fonction Gamma
Démonstration. Intégrons par parties sur avec , en posant et :
Quand , (l'exponentielle l'emporte sur toute puissance); quand , car . Le crochet tend donc vers 0 et il reste . Enfin , et par récurrence .
La fonction Gamma prolonge donc la factorielle aux réels positifs, ce qu'Euler cherchait précisément en 1729. Le changement de variable dans (11.7) donne d'après l'exemple 11.6, d'où le résultat surprenant .
Calculez .
Applications géométriques et physiques
L'intégrale est née de problèmes de mesure: aires, volumes, longueurs. Le principe est toujours le même, hérité des sommes de Riemann du chapitre 10: on découpe l'objet en tranches infinitésimales dont la mesure est facile à écrire, et l'on somme, c'est-à-dire l'on intègre.
Aire entre deux courbes
Si et sont continues sur avec , l'aire de la région comprise entre les deux graphes vaut . Par exemple, la parabole et la droite se coupent en et ; l'aire comprise entre elles est . Si les courbes se croisent, on découpe l'intervalle aux points d'intersection et l'on intègre .
Volume d'un solide de révolution
Idée de la démonstration. La tranche du solide comprise entre les abscisses et est un disque de rayon et d'épaisseur , de volume (figure 11.3). Une somme de Riemann de ces disques approche le volume; le passage à la limite donne (11.8). La justification complète, qui demande une définition rigoureuse du volume, relève de l'intégrale multiple (Analyse II).
Longueur d'un arc de courbe
L'origine de la formule est le théorème de Pythagore appliqué à un élément de courbe: . On peut la démontrer rigoureusement en approchant la courbe par des lignes brisées et en appliquant le théorème des accroissements finis (chapitre 8) à chaque segment.
Centre de gravité d'une plaque plane
Pour une plaque homogène occupant la région , , d'aire , les coordonnées du centre de gravité sont
La première formule vient du moment statique des bandes verticales ; la seconde, de ce que le centre de gravité d'une bande verticale est à mi-hauteur , ce qui donne le moment . Pour le demi-disque sur , la symétrie donne et
un résultat que l'ingénieur civil retrouve dans les tables de sections (et que Jakob Steiner utiliserait pour transporter les moments d'inertie).
Travail et énergie
Lorsqu'une force agit le long d'un déplacement rectiligne de à , le travail est . Pour un ressort de raideur étiré de à , et : avec N/m et cm, J, énergie stockée dans le ressort. Pour vidanger un réservoir, le principe est le même, mais c'est le déplacement qui varie d'une tranche à l'autre: la tranche d'eau située à la hauteur , de volume , doit être élevée jusqu'à la hauteur de sortie, ce qui coûte . Le problème guidé de fin de chapitre détaille ce calcul.
La transformée de Laplace
L'intégrale impropre est la transformée de Laplace de ; elle transforme les équations différentielles linéaires en équations algébriques et joue un rôle central en automatique et en électronique. D'après l'exemple 11.5 a), pour et pour . Vous la retrouverez dans les cours de systèmes et de signaux; notez simplement que les fractions rationnelles en qui en résultent se ramènent au domaine temporel par la décomposition en éléments simples de ce chapitre.
Le graphe de sur tourne autour de l'axe des . Quel est le volume du solide engendré?
Synthèse
- Intégration par parties: ; on dérive de préférence arc, logarithme, polynôme (règle ALPES). Elle fournit les récurrences de Wallis et le reste intégral de Taylor.
- Changement de variable: ; transformer et les bornes. Substitutions , , pour les racines de trinômes, pour les fractions en et .
- Fractions rationnelles: division euclidienne, factorisation du dénominateur, décomposition en éléments simples (cache, limite à l'infini, identification), puis primitives en , puissances et .
- Intégrales impropres: limites en chaque borne impropre, indépendamment. Références: converge ssi , converge ssi , , .
- Pour les fonctions positives: comparaison et équivalents; convergence absolue pour les autres. , , .
- Applications: aire , volume de révolution , longueur , centre de gravité, travail , transformée de Laplace.
Série d'exercices du chapitre 11
Exercice 1 sur 5Quelle est une primitive de sur ?
Vidange d'un réservoir parabolique
Un réservoir a la forme du solide engendré par la rotation de la courbe , (en mètres), autour de l'axe des ; il est posé verticalement, la pointe en bas et l'ouverture m en haut. Il est plein d'eau ( kg/m³, m/s²). On veut le vider entièrement en pompant l'eau par le haut.
- 1
Rayon d'une tranche
À la hauteur (mesurée depuis la pointe), la section horizontale du réservoir est un disque.
ExerciceQuelle est l'aire de la section à la hauteur ?
Volume d'eau
Travail de pompage
Durée de la vidange
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Calculer les intégrales suivantes.
a) , puis en déduire .
b) .
c) (méthode du retour).
Solution
a) L'intégrande est un polynôme fois une exponentielle: d'après la règle ALPES, on dérive le polynôme. Posons , , donc , . La formule (11.1) donne
On recommence avec , , soit , :
En regroupant,
Vérification: la dérivée de vaut .
L'intégrale sur est impropre en . Pour ,
Par croissance comparée (chapitre 6), pour tout , donc la limite existe: l'intégrale converge et
On retrouve (théorème 11.10).
b) On dérive la fonction «arc» et l'on intègre le polynôme: , , d'où , . Alors
La dernière intégrande est une fraction rationnelle dont les degrés sont égaux: on écrit , donc
Finalement
c) Aucun des deux facteurs ne se simplifie par dérivation: on applique la méthode du retour de l'exemple 11.1 d). Notons et intégrons deux fois par parties en dérivant chaque fois la fonction trigonométrique. Première étape, , (, ):
Deuxième étape, , (, ):
L'intégrale de départ réapparaît: , soit et
C'est aussi ce que donne la primitive de l'exemple 11.1 d), évaluée entre 0 et : . Le signe négatif est cohérent: sur , est négatif là où est le plus grand.
Calculer, en précisant le changement de variable utilisé et les nouvelles bornes:
a) ;
b) ;
c) avec ;
d) () avec .
Solution
a) Le facteur est, à un facteur 2 près, la dérivée de : on lit (11.4) de droite à gauche. Posons , ; les bornes et deviennent et :
b) L'intégrande est une fraction rationnelle en . On multiplie numérateur et dénominateur par : , ce qui fait apparaître la dérivée de au numérateur. Posons , ; quand va de 0 à , va de 1 à 2:
On remarque que : l'intégrale vaut donc aussi , avec ; on vérifie que grâce à la formule , ce qui redonne le même résultat.
c) Substitution universelle , formules (11.5): et . Les bornes et deviennent et . Le dénominateur se simplifie:
Ainsi
Contrôle: sur , l'intégrande est comprise entre et 1, donc l'intégrale est comprise entre et .
d) Posons (bijection croissante de sur ), . Comme et , on a . La borne correspond à et la borne à , soit (chapitre 6). Donc
en utilisant et . En , et , d'où
Contrôle: sur , l'intégrande est comprise entre et , donc l'intégrale est comprise entre et .
a) Décomposer en éléments simples et calculer .
b) Calculer .
c) Déterminer une primitive de sur .
Solution
a) Le degré du numérateur (2) est strictement inférieur à celui du dénominateur (3), et est irréductible sur . D'après le théorème 11.6, on cherche
- Cache en : .
- Limite à l'infini: en multipliant par et en faisant , le membre de gauche tend vers 1 et le membre de droite vers ; donc .
- Valeur particulière : , d'où .
Vérification en (non utilisée): et . Donc
Sur , et le second terme est de la forme avec :
b) Les degrés sont 3 et 2: division euclidienne d'abord. , donc
Le reste est déjà un élément simple de seconde espèce; on le sépare comme dans (11.6) en la partie proportionnelle à la dérivée du dénominateur et une constante. Chaque terme s'intègre:
On retrouve l'exemple 11.4 c) () auquel s'ajoute .
c) Le pôle 0 est double et est irréductible: la forme générale est
- Cache pour le pôle double: on multiplie par et l'on fait : .
- Parité: la fraction est paire; par unicité de la décomposition, les termes impairs et doivent disparaître, donc . (On peut aussi le vérifier: la limite à l'infini après multiplication par donne , et la valeur jointe à donne .)
- Valeur particulière : , d'où .
Ainsi , ce que l'on vérifie directement: . Sur , une primitive est
Contrôle: la dérivée de vaut .
Étudier la nature (convergence ou divergence) des intégrales suivantes et calculer celles qui convergent.
a) ;
b) ;
c) ;
d) (nature seulement).
Solution
a) La fonction est continue et positive sur ; l'intégrale n'est impropre qu'en . On calcule directement par parties avec , , soit , :
Par croissance comparée, quand , et . La limite existe et est finie: l'intégrale converge et vaut
(On aurait pu prévoir la convergence par comparaison: pour , , donc , intégrable à l'infini d'après le théorème 11.7 avec .)
b) La fonction est continue et négative sur , non bornée au voisinage de 0: l'intégrale est impropre en 0. Pour , on intègre par parties sur avec , , soit , :
Quand , (limite du chapitre 6, avec ) et . L'intégrale converge et vaut
(Convergence prévisible aussi par comparaison: au voisinage de 0, car , donc avec : convergence absolue.)
c) La fonction est continue et positive sur ; l'intégrale est impropre aux deux bornes et l'on doit examiner séparément et .
- En 0: (car ), et converge (). Par le critère des équivalents (théorème 11.9), converge.
- En : (car ), et diverge (). Par le critère des équivalents, diverge.
L'intégrale diverge. On peut le voir aussi par calcul direct: avec , , ,
qui a une limite finie quand (à savoir ) mais tend vers quand .
d) La fonction est continue et positive sur (le dénominateur ne s'annule pas pour ): l'intégrale n'est impropre qu'en . Quand , , donc
Comme converge (, théorème 11.7), le critère des équivalents (théorème 11.9), applicable car les fonctions sont positives, montre que converge; sur , il s'agit d'une intégrale ordinaire. L'intégrale converge. (Sa valeur, , s'obtient par décomposition en éléments simples de ; elle n'était pas demandée.)
On note pour .
a) Montrer, par un changement de variable, que .
b) Établir la relation de récurrence pour (on refera la démonstration du théorème 11.2 sans la lire).
c) Montrer que la suite est décroissante et strictement positive, puis que pour tout .
d) En déduire que et que quand .
Solution
a) Posons , c'est-à-dire , . Quand va de 0 à , va de à 0, et . La formule (11.4) donne
Géométriquement, le graphe de sur est le symétrique de celui de par rapport à la droite .
b) Soit . Écrivons et intégrons par parties avec et , donc et (toutes ces fonctions sont de classe sur ):
Le crochet est nul: en , ; en 0, puisque . On remplace par :
En regroupant les termes en : , ce qui est la relation (11.2).
c) Positivité stricte. Sur , , donc ; la fonction est continue, positive et non identiquement nulle sur , si bien que son intégrale est strictement positive (chapitre 10, positivité stricte de l'intégrale d'une fonction continue positive non nulle): pour tout .
Décroissance. Pour , , donc . Par croissance de l'intégrale, : la suite est décroissante. (Elle est même strictement décroissante, la différence étant continue, positive et non nulle.)
La constante . Posons pour . Pour , la relation du b) donne , donc
La suite est donc constante, égale à . Ainsi
Contrôle avec les valeurs du cours: et .
d) Le quotient tend vers 1. Pour , la décroissance donne , et comme tous les termes sont strictement positifs on peut diviser par puis utiliser :
(La première égalité est le b); l'inégalité vient de .) Comme , le théorème des gendarmes donne
Équivalent de . D'après le c), . Donc , et en prenant la racine carrée (les deux membres sont positifs),
En particulier , ce qui n'était pas évident a priori: la fonction tend vers 0 en tout point de mais vaut 1 en . Contrôle numérique: tandis que , l'écart relatif étant d'environ , de l'ordre de .
Enfin, en écrivant avec la formule close du théorème 11.2, on obtient : c'est la formule de Wallis annoncée dans le cours.
Références
- Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne (chapitres sur les méthodes d'intégration et les intégrales généralisées).
- Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck (techniques d'intégration, applications de l'intégrale).
- Spivak, M., Calculus, Publish or Perish (chapitre «Integration in elementary terms»).
- Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod.
- Ramis, E., Deschamps, C. et Odoux, J., Cours de mathématiques spéciales, tome 3, Masson (décomposition en éléments simples, intégrales impropres).
- Apostol, T., Calculus, vol. 1, Wiley (fonction Gamma, formule de Wallis).