Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- écrire le polynôme de Taylor d'une fonction en un point et énoncer les formules de Taylor–Lagrange et de Taylor–Young en distinguant leurs hypothèses;
- majorer l'erreur d'une approximation polynomiale grâce au reste de Lagrange et choisir l'ordre nécessaire pour une précision donnée;
- manipuler la notation de Landau et connaître par cœur les développements limités des fonctions usuelles en 0;
- calculer un développement limité par somme, produit, quotient, composition, primitivation;
- utiliser les développements limités pour lever des formes indéterminées, trouver des équivalents, situer une courbe par rapport à sa tangente et déterminer ses asymptotes;
- estimer l'erreur commise par une approximation d'ingénieur (petites oscillations, dérivée numérique).
Approcher une fonction par un polynôme
Comment votre calculatrice évalue-t-elle ou ? Elle ne dispose que des quatre opérations: elle ne peut donc calculer que des polynômes. Toute la question est de savoir par quel polynôme remplacer la fonction, et quelle erreur on commet ce faisant.
Vous avez déjà rencontré la première réponse au chapitre 7: près de , une fonction dérivable se confond avec sa tangente,
C'est la linéarisation, que la mécanique utilise sans cesse: pour un pendule de faible amplitude on remplace par , ce qui transforme une équation non linéaire en un oscillateur harmonique. Mais la tangente s'écarte vite de la courbe; si l'on veut une meilleure approximation, ou une approximation valable plus loin de , il faut «pousser» la linéarisation à l'ordre 2, 3, …, : c'est l'objet de la formule de Taylor.
L'idée est due à Brook Taylor (1715), mais c'est Colin Maclaurin (1742) qui en popularisa le cas , et Joseph-Louis Lagrange qui donna en 1797 l'expression du reste qui porte son nom, transformant une identité formelle en un véritable outil de majoration d'erreur. Le mathématicien bâlois Johann Bernoulli avait d'ailleurs obtenu une formule équivalente dès 1694, sous forme de «série intégrale».
Formules de Taylor
Polynôme de Taylor
Le choix des coefficients n'a rien d'arbitraire: est l'unique polynôme de degré au plus qui a les mêmes dérivées que en jusqu'à l'ordre . En effet, en dérivant fois puis en évaluant en , on obtient si et si , d'où pour . Pour , on retrouve la tangente; pour , la «parabole osculatrice».
Formule de Taylor–Lagrange
Le polynôme de Taylor approche , mais de combien? La réponse généralise le théorème des accroissements finis du chapitre 8.
Démonstration. Fixons et définissons le nombre par l'égalité ; il s'agit de montrer que pour un certain . Considérons la fonction auxiliaire de la variable , définie entre et :
Elle est continue sur le segment fermé et dérivable à l'intérieur (par hypothèse sur ). On a et par définition de . Le théorème de Rolle fournit donc strictement entre et tel que . Or, en dérivant la somme, les termes se «télescopent»:
de sorte qu'il ne subsiste, après sommation de à , que le terme . Ainsi
et donne, puisque , .
Pour , la formule (9.2) est exactement le théorème des accroissements finis: . Son intérêt pratique est immédiat: si l'on sait majorer par une constante sur l'intervalle, on contrôle l'erreur:
On approche par . Quelle majoration de l'erreur fournit le reste de Lagrange (avec )? Donnez la valeur numérique de la borne.
Polynômes de Taylor de sin x
Faites varier l'ordre n et le point x₀ du développement. Le polynôme T_n (tirets) épouse la courbe près de x₀, puis s'en écarte; le rayon de validité grandit avec n. La lecture de l'erreur en x₀ + 1 est comparée à la majoration de Lagrange 1/(n + 1)!.
Formule de Taylor–Young
La formule de Taylor–Lagrange exige que soit fois dérivable sur tout un intervalle. Pour étudier le comportement local de en (limites, tangente, extrema), une hypothèse bien plus faible suffit, au prix d'une information moins précise sur le reste.
Retenez la différence entre les deux formules: Taylor–Lagrange est une formule globale (valable sur tout un intervalle, avec un reste explicite, donc majorable), Taylor–Young une formule locale (valable au voisinage de , avec un reste qualitatif). La seconde est celle qui sert au calcul des développements limités.
La notation o de Landau
Par exemple, quand : , , ; quand : , . Écrire signifie donc «un terme qui tend vers 0 plus vite que ». Les règles de calcul suivantes, toutes immédiates à partir de la définition, sont utilisées sans cesse (au voisinage de , avec ):
Au voisinage de , laquelle de ces égalités est fausse?
Développements limités
Définition et premières propriétés
La formule de Taylor–Young affirme précisément qu'une fonction fois dérivable en admet un , dont la partie régulière est le polynôme de Taylor. La réciproque est fausse dès l'ordre 2: la fonction vérifie , donc admet un , mais elle n'est pas deux fois dérivable en . La notion de développement limité est donc plus souple que celle de polynôme de Taylor: elle ne fait intervenir que le comportement de au voisinage du point, et se calcule le plus souvent sans dériver.
Démonstration. Supposons avec et de degré au plus . Alors est un polynôme de degré au plus qui vérifie . Si n'est pas nul, notons l'indice de son premier coefficient non nul: avec . Alors quand , alors que . Contradiction; donc et .
Trois conséquences pratiques découlent de l'unicité.
- Troncature. Si admet un de partie régulière , elle admet pour tout un , dont la partie régulière s'obtient en supprimant dans les termes de degré supérieur à (ils sont tous ).
- Parité. Si est paire, seuls les coefficients d'indice pair sont non nuls; si est impaire, seuls ceux d'indice impair. En effet, fournit un second de partie régulière , et l'unicité impose .
- Lien avec la dérivée. Si admet un , , alors est prolongeable par continuité en par et ce prolongement est dérivable en , de dérivée .
Développements limités des fonctions usuelles
Les développements ci-dessous, obtenus par la formule de Taylor–Young, sont à connaître par cœur; ils forment la «table de multiplication» du chapitre. Tous sont pris en ; on note .
| Fonction | Développement limité en |
|---|---|
Justifications. Pour , toutes les dérivées valent en . Pour et , on a vu à l'exemple 9.1 que les dérivées en valent cycliquement (resp. ); les fonctions hyperboliques s'obtiennent de même sans alternance de signe. Pour , la dérivée -ième est , qui vaut en ; divisée par , elle donne . Pour , la dérivée -ième est ; le cas donne et redonne . Le développement de est même exact à un reste explicite près: (somme géométrique), et . Celui de s'obtient en primitivant celui de (théorème 9.4 ci-dessous), et celui de par division de par (exemple 9.5).
Remarquez que l'ordre du reste tient compte de la parité: comme le coefficient de dans est nul, écrire plutôt que est gratuit et parfois décisif.
Quel est le développement limité d'ordre 2 en de ?
Développement en un point quelconque
Pour développer au voisinage de , on pose et l'on développe la fonction en ; le résultat s'écrit en puissances de . Par exemple, pour en :
De même en : . On ne développe jamais un en selon les puissances de : la variable naturelle est .
Opérations sur les développements limités
La force des développements limités est qu'ils se calculent algébriquement, à partir de la table, presque sans dériver. Dans tout ce qui suit, et admettent des de parties régulières et .
Démonstration (des points 1, 2 et 4). La somme est immédiate par (9.5). Pour le produit, ; comme et sont bornées près de , les trois derniers termes sont , et les monômes de de degré supérieur à le sont aussi. Pour la composition, , donc ; or donne , si bien que ; enfin se développe par le point 2 et se tronque au degré . La primitivation est une conséquence du théorème des accroissements finis appliqué à ; nous l'admettons, ainsi que le point 6. Le quotient se ramène au produit par , lui-même une composition avec .
Remettez dans l'ordre les étapes du calcul du développement limité d'ordre 4 de en .
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Écrire
- Contrôler la parité du résultat et l'ordre du reste
- Constater que , donc qu'un développement de à l'ordre 2 en suffit
- Écrire avec et vérifier que
- Calculer en tronquant au degré 4
- Substituer et regrouper:
Calculez le coefficient de dans le développement limité en de (valeur décimale).
Applications
Calcul de limites
Un développement limité remplace, au voisinage d'un point, une expression compliquée par un polynôme: c'est l'outil le plus efficace pour lever les formes indéterminées, souvent plus rapide et plus sûr que la règle de l'Hospital, qui exige de dériver un quotient autant de fois que nécessaire.
Équivalents
Un développement limité fournit immédiatement un équivalent: le premier terme non nul de la partie régulière. Ainsi, en :
Les équivalents se multiplient, se divisent et s'élèvent à une puissance fixe: si et , alors et . Ils se substituent dans une limite (si et , alors ). En revanche:
Quel est un équivalent en de ?
Position d'une courbe par rapport à sa tangente
Supposons que admette en un développement limité
où est le premier terme non nul après le terme linéaire. La droite est la tangente en , et la différence a, pour petit, le signe de . Deux cas se présentent (figure 9.3).
- Si est pair, des deux côtés: la courbe est localement au-dessus de sa tangente si , en dessous si . Lorsque de plus (tangente horizontale), est un extremum local: minimum si , maximum si . C'est la généralisation du critère du chapitre 8, qui traite les cas où .
- Si est impair, change de signe: la courbe traverse sa tangente, est un point d'inflexion. Si , il n'y a pas d'extremum.
Asymptotes et développements asymptotiques
Les développements limités en renseignent aussi sur le comportement en , grâce au changement de variable , qui tend vers . Si l'on obtient
alors la droite est asymptote à la courbe en (car ), et le signe de donne la position de la courbe par rapport à l'asymptote. Un tel développement, en puissances de , s'appelle un développement asymptotique.
Approximations en ingénierie
Un ingénieur remplace constamment une fonction par les premiers termes de son développement; la formule de Taylor lui dit jusqu'où cette simplification est légitime.
Un pendule est lâché avec une amplitude . De quel pourcentage la période réelle dépasse-t-elle , selon l'approximation ? Répondez en %.
Synthèse
- Le polynôme de Taylor est l'unique polynôme de degré ayant les mêmes dérivées que en jusqu'à l'ordre .
- Taylor–Lagrange (globale, de classe ): , d'où la majoration , qui permet de choisir l'ordre pour une précision donnée.
- Taylor–Young (locale, fois dérivable en ): ; c'est la source des développements limités, dont la partie régulière est unique.
- Les développements usuels (, , , , , , , ) se combinent par somme, produit (tronquer), quotient (division suivant les puissances croissantes ou ), composition (variable auxiliaire ), primitivation.
- Applications: limites (développer jusqu'au premier terme non nul), équivalents (premier terme non nul; jamais de somme d'équivalents), position par rapport à la tangente et extrema (parité et signe du premier terme non nul après le terme linéaire), asymptotes ().
- En ingénierie, une approximation polynomiale n'a de sens qu'accompagnée d'une estimation de l'erreur: c'est ce que fournit le reste de Lagrange.
Série d'exercices du chapitre 9
Exercice 1 sur 5Quel est le développement limité d'ordre 4 en de ?
Développement limité de ln(1 + x)/(1 + x) et ses conséquences
On considère la fonction , définie pour . On veut son développement limité d'ordre 3 en , puis en tirer une limite et la position de la courbe par rapport à sa tangente à l'origine.
- 1
Le terme d'ordre 2
Écrivez comme le produit ; comme commence à l'ordre 1, il suffit de développer à l'ordre 2.
ExerciceQuel est le coefficient de dans le développement de ?
Le terme d'ordre 3
Une limite
Position par rapport à la tangente
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Calculer les développements limités suivants en .
- à l'ordre 3.
- à l'ordre 2.
- à l'ordre 5 (par primitivation).
- à l'ordre 4.
Solution
1. On multiplie les développements et (théorème 9.4, point 2) en tronquant au degré :
soit . Remarquez que le coefficient de est la somme partielle de la série de .
2. Numérateur et dénominateur s'annulent en ; on factorise en haut et en bas (théorème 9.4, point 3, après simplification). Pour obtenir l'ordre du quotient, il faut et à l'ordre . Or , donc, avec et ,
Le produit, tronqué au degré , donne
soit . (Vérification: la division suivant les puissances croissantes de par donne le même quotient.)
3. La dérivée de est . En composant avec (théorème 9.4, point 4), on obtient
le reste pouvant être écrit puisque la fonction est paire (le coefficient de est nul). Comme est la primitive de cette fonction qui s'annule en , le point 5 du théorème 9.4 donne, en intégrant terme à terme,
(et même , par primitivation du reste ).
4. On écrit avec , qui tend vers . Comme , il suffit de développer à l'ordre en pour obtenir l'ordre en . Avec :
Comme , on conclut que
Contrôle numérique: pour , le polynôme vaut et , écart de , compatible avec un reste en .
Déterminer les limites suivantes à l'aide de développements limités.
Solution
1. On développe à l'ordre : (exemple 9.5) et . Les termes linéaires se compensent:
donc et . On peut le vérifier sans développer : .
2. Pour , , on écrit . Or
donc avec . Comme il suffit de l'ordre au numérateur, et
(À l'ordre suivant, donne .) Interprétation: la suite converge vers avec une erreur , ce qui explique sa lenteur.
3. Forme . On pose et l'on développe le logarithme à l'ordre (le facteur fait perdre deux ordres, comme à l'exemple 9.9):
Ainsi , et l'expression tend vers sa limite par valeurs inférieures, comme .
4. Il faut l'ordre . Composons avec : on a et , donc
Par ailleurs . Par différence, et
Autre chemin: avec , donc et ; les équivalents se multiplient, ce qui redonne .
- Soit pour . Déterminer un développement asymptotique de en à la précision , en déduire l'asymptote oblique et la position de la courbe par rapport à elle en et en .
- Soit . Écrire le développement limité de à l'ordre 5 en , donner la tangente en et la position de la courbe par rapport à elle. Le point est-il un extremum de ?
- Soit . Montrer que est un minimum local strict de bien que .
Solution
1. Posons , qui tend vers quand . Alors . À cause du facteur , il faut développer l'exponentielle à l'ordre pour atteindre la précision :
En revenant à :
Comme , la droite est asymptote en et en . La différence a le signe de pour grand: la courbe est au-dessus de l'asymptote en et en dessous en . (Contrôle: et , proches de .)
2. Avec (il suffit de l'ordre à cause du facteur ) et :
car et . Ainsi (la fonction est impaire, on peut même écrire ). Le développement n'a ni terme constant ni terme linéaire: , et la tangente en est l'axe . Le premier terme non nul, , est d'ordre , impair: la courbe traverse sa tangente en , qui est un point d'inflexion; elle est en dessous pour et au-dessus pour . Par conséquent n'est pas un extremum de , bien que . (On retrouve ce résultat avec , qui est négatif de part et d'autre de : est décroissante.)
3. On a et , donc et : le critère de la dérivée seconde du chapitre 8 ne conclut pas. Le développement de donne
Le premier terme non nul après le terme constant est , d'ordre pair et de coefficient positif: d'après le critère de la section «Position d'une courbe par rapport à sa tangente», pour assez petit. Le point est donc un minimum local strict de , et la courbe est au-dessus de sa tangente horizontale . (En fait le minimum est global: a le signe de , puisque pour et l'inverse pour .)
- Pendule. On admet avec . Une horloge à pendule est réglée pour une amplitude de et fonctionne ensuite avec une amplitude de . De combien de secondes par jour avance-t-elle ou retarde-t-elle?
- Énergie cinétique relativiste. L'énergie cinétique d'une particule de masse et de vitesse est . Développer à l'ordre 2 en la variable et montrer que . Quelle est l'erreur relative de la formule classique pour un satellite à km/s? Pour un électron à ?
- Flèche d'un câble. La longueur d'un câble suspendu de portée et de flèche vaut . Pour m et m, calculer avec un puis deux termes correctifs et estimer l'erreur commise en ne gardant que le premier.
Solution
1. Pendule. Convertissons en radians: rad et rad, d'où et . Le facteur correctif vaut
L'horloge est réglée à : sa période correspond exactement à la seconde d'horloge. À , chaque oscillation dure plus longtemps, dans le rapport
Au premier ordre, ce rapport vaut ; le terme en ne modifie que la troisième décimale (), preuve que le développement à l'ordre suffit ici. Sur un jour de s, l'horloge compte s: elle retarde d'environ s par jour (soit min s). C'est pourquoi les horloges à pendule sont conçues pour de très petites amplitudes et un maintien d'amplitude constant.
2. Énergie cinétique relativiste. Posons . La table donne ; avec ,
donc
puisque . La formule classique est le premier terme; son erreur relative est
la formule classique sous-estime l'énergie d'environ en valeur relative.
- Satellite à km/s: , donc erreur relative , totalement négligeable.
- Électron à : , donc erreur relative (valeur exacte ). À la formule classique serait déjà fausse de et le développement lui-même perdrait son sens.
3. Flèche d'un câble. Avec m et m, , et . Les deux termes correctifs valent
- Un terme correctif: m.
- Deux termes correctifs: m.
Le développement est alterné à termes décroissants: l'erreur commise en s'arrêtant au premier terme correctif est de l'ordre du terme suivant, m, soit environ mm sur m ( en relatif), ce qui dépasse à peine la précision de pose d'un câble. Contrôle: la longueur exacte de la parabole de portée m et de flèche m, avec , vaut m; l'erreur de est bien de mm et celle de de mm.
Soit deux fois dérivable sur un intervalle , avec pour tout , et .
- En appliquant le théorème de Rolle à la fonction , où est choisi pour que , démontrer que pour tout tel que ,
- En déduire que la différence finie progressive approche avec une erreur au plus .
- On suppose de plus trois fois dérivable avec sur . En admettant la formule de Taylor–Lagrange à l'ordre 2, montrer que la différence finie centrée approche avec une erreur au plus .
- Application numérique: , , . Calculer , , leurs erreurs réelles par rapport à , et comparer aux bornes obtenues (avec ).
Solution
1. Si , l'inégalité est triviale (); supposons et notons . La fonction est définie sur le segment d'extrémités et par
où la constante est choisie de sorte que , c'est-à-dire
Hypothèses de Rolle. Comme est deux fois dérivable sur , la fonction est dérivable, donc continue, sur ; ainsi est continue sur et dérivable sur son intérieur. De plus et par le choix de . Le théorème de Rolle fournit donc un point strictement compris entre et tel que .
Calcul de . Pour , par les règles de dérivation d'un produit,
Les termes en se sont télescopés, exactement comme dans la démonstration du théorème 9.1. Puisque , l'égalité impose . En reportant dans la définition de :
ce qui est la formule de Taylor–Lagrange (9.2) à l'ordre . Comme , on conclut:
2. Pour , en divisant l'expression du point 1 par ,
d'où, par le point 1, . La différence finie progressive est donc d'ordre : diviser par divise la borne d'erreur par .
3. Supposons . La formule de Taylor–Lagrange à l'ordre (théorème 9.1 avec ), appliquée en puis en , donne deux points entre et et entre et tels que
Par soustraction, les termes en et, surtout, en disparaissent:
donc
La différence centrée est d'ordre : la symétrie élimine le terme en , et diviser par divise la borne par .
4. Pour , et sont bornées par , d'où . Avec , et les valeurs , , , :
| Approximation | Valeur | Erreur réelle | Borne théorique |
|---|---|---|---|
| (progressive) | |||
| (centrée) |
Les erreurs réelles respectent les bornes, et la différence centrée est près de fois plus précise pour le même . Les bornes sont d'ailleurs assez fines: d'après le point 1, l'erreur de vaut , et celle de vaut , en excellent accord avec les valeurs mesurées ( et ). Le signe négatif est le même dans les deux cas: les deux approximations sous-estiment .
Références
- Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
- Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles.
- Spivak, M., Calculus, 4e éd., Publish or Perish, Houston, chap. 20 («Approximation by polynomial functions»).
- Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
- Ramis, E., Deschamps, C. et Odoux, J., Cours de mathématiques spéciales, vol. 3, Topologie et éléments d'analyse, Masson, Paris.
- Apostol, T. M., Calculus, vol. 1, 2e éd., Wiley, New York, chap. 7 («Polynomial approximations to functions»).