Chapitre 5

Limites et continuité

Limite d'une fonction, continuité, théorème des valeurs intermédiaires, théorème de Weierstrass et continuité uniforme.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • énoncer la définition ε–δ de la limite d'une fonction en un point et l'utiliser pour prouver ou réfuter l'existence d'une limite;
  • calculer des limites à l'aide des opérations, du théorème des gendarmes, des limites usuelles et des techniques de levée d'indétermination;
  • définir la continuité en un point et sur un intervalle, reconnaître les types de discontinuité et prolonger une fonction par continuité;
  • appliquer le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de Weierstrass, et localiser une racine par dichotomie avec une précision garantie;
  • démontrer et utiliser le théorème de la bijection pour définir des fonctions réciproques continues;
  • distinguer continuité, continuité uniforme et caractère lipschitzien, et énoncer le théorème de Heine.

Fonctions réelles: rappels et vocabulaire

Les chapitres 3 et 4 étudiaient des suites, c'est-à-dire des fonctions définies sur . L'ingénieur rencontre bien plus souvent des grandeurs qui dépendent d'une variable continue: la tension aux bornes d'un condensateur, la flèche d'une poutre le long de son axe, la tension de sortie d'un capteur de pression. Ce chapitre installe les outils qui permettent de parler rigoureusement du comportement de telles fonctions «au voisinage» d'un point ou de l'infini.

Lorsqu'une fonction est donnée par une formule, son domaine est, sauf mention contraire, le plus grand sous-ensemble de sur lequel la formule a un sens: est définie sur et sur .

Quelques propriétés géométriques simplifient l'étude d'une fonction.

Le signal sinusoïdal est impair, borné par et périodique de période ; la réponse d'un circuit RC à un échelon, , est croissante et bornée par sur . Ces deux exemples reviendront tout au long du chapitre.

Une fonction strictement monotone est injective, donc bijective sur son image: c'est ainsi que l'on définit comme réciproque de sur , et que le chapitre 6 construira comme réciproque de . Le théorème de la bijection, plus loin dans ce chapitre, garantit que ces réciproques sont continues.

Exercice

La fonction , définie sur , est:

Limite d'une fonction

La définition ε–δ

Au chapitre 3, «» signifiait: pour toute tolérance , les termes sont à distance inférieure à de dès que est assez grand. Pour une fonction, « assez grand» devient « assez proche de », et le rang devient un rayon .

Géométriquement: quelle que soit la bande horizontale choisie, on peut trouver une bande verticale dont la portion de graphe correspondante est entièrement contenue dans la bande horizontale. L'explorateur ci-dessous vous permet de jouer ce jeu avec la fonction : pour chaque imposé, il s'agit de trouver un qui convient, et l'ordre des quantificateurs est essentiel: dépend de (et de ), jamais l'inverse.

Explorateur ε–δ

Pour f(x) = x², choisissez le point x₀, la tolérance ε sur les images et le rayon δ autour de x₀. La bande verticale devient grise dès que l'image de ]x₀ − δ, x₀ + δ[ déborde de la bande horizontale [f(x₀) − ε, f(x₀) + ε].

123123456x₀ = 1.20f(x₀) + εf(x₀) − εx₀ − δx₀ + δδ trop grand
f(x₀) = x₀²
1.440
Image de ]x₀ − δ, x₀ + δ[
]0.640, 2.560[
Verdict
δ trop grand
δmax pour ce ε
0.193
Point x01.20
Tolérance ε0.50
Rayon δ0.40

Limites à gauche, à droite, en l'infini, limites infinies

a) limite finiex₀b) limite infinief(x) → +∞ quand x → 00c) limites à gauche et à droite différenteslim f = −0,6x→0⁻lim f = 0,6x→0⁺d) pas de limite: sin(1/x)1−1
Figure 5.1. Quatre comportements au voisinage d'un point: a) limite finie ℓ en x₀; b) limite infinie (asymptote verticale); c) limites à gauche et à droite distinctes; d) la fonction sin(1/x) oscille indéfiniment près de 0 et n'a pas de limite.

Ainsi , , (le condensateur est chargé «au bout d'un temps infini»), et la fonction signe a pour limites latérales et en , donc pas de limite en .

Caractérisation séquentielle

Le lien avec le chapitre 3 est fourni par le théorème suivant, qui permet de recycler tout ce que l'on sait sur les suites.

Démonstration. () Supposons et soit une suite de telle que . Fixons . Par (5.1), il existe tel que . Comme , il existe tel que pour ; pour ces , . Donc .

() Raisonnons par contraposée: supposons que ne tend pas vers en . En niant (5.1), il existe tel que, pour tout , on puisse trouver avec et . Prenons successivement , : on obtient une suite de telle que , donc , et pour tout , donc ne converge pas vers . La condition séquentielle est donc violée.

Le sens () est l'outil idéal pour montrer qu'une limite n'existe pas: il suffit d'exhiber deux suites et tendant vers telles que et aient des limites différentes.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration que n'a pas de limite en .

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Calculer , donc
  • 2.
  • Calculer , donc
  • 3.
  • Choisir la suite , qui tend vers
  • 4.
  • Conclure par la caractérisation séquentielle: deux suites tendant vers ont des images de limites différentes, donc la limite n'existe pas
  • 5.
  • Choisir la suite , qui tend aussi vers

Unicité et opérations

Démonstration. Si et sont deux limites de en , choisissons une suite de tendant vers (elle existe car est adhérent à ). Par le théorème 5.1, et ; l'unicité de la limite d'une suite (chapitre 3) donne .

Démonstration. Chaque affirmation se ramène, par le théorème 5.1, à la propriété correspondante des suites démontrée au chapitre 3. Par exemple, pour le produit: si est une suite de tendant vers , alors et , donc par le théorème sur le produit de suites convergentes; comme cela vaut pour toute suite, . Pour la composée: donne , puis .

Théorème des gendarmes et limites usuelles

Démonstration. Pour toute suite de tendant vers , on a à partir d'un certain rang et ; le théorème des gendarmes pour les suites (chapitre 3) donne , et l'on conclut par le théorème 5.1.

Démonstration (de la première limite). Pour , considérons sur le cercle trigonométrique les points , , et (figure 5.2). Le triangle est contenu dans le secteur circulaire , lui-même contenu dans le triangle rectangle . En comparant les aires,

En divisant par : , puis en inversant, . Comme quand , le théorème des gendarmes donne à droite; la fonction étant paire, la limite à gauche est la même.

xOA = (1, 0)B = (cos x, sin x)T = (1, tan x)sin xtan xrayon 1aire(OAB) = ½ sin xaire du secteur = ½ xaire(OAT) = ½ tan x
Figure 5.2. Démonstration géométrique de sin x / x → 1: le triangle OAB (aire ½ sin x) est contenu dans le secteur OAB (aire ½ x), lui-même contenu dans le triangle OAT (aire ½ tan x).

La deuxième limite en découle: , donc . Les limites faisant intervenir et ainsi que les croissances comparées (5.3) sont admises ici: elles reposent sur la définition rigoureuse de l'exponentielle et du logarithme, objet du chapitre 6, et seront redémontrées au chapitre 9 avec les développements limités. Retenez le principe: à l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte sur tout logarithme.

Exercice

Calculez .

Continuité

Définition et caractérisations

Intuitivement, une fonction continue sur un intervalle a un graphe «que l'on peut tracer sans lever le crayon». Cette image est utile mais trompeuse: la fonction , prolongée par en , est continue sur et oscille pourtant une infinité de fois près de l'origine.

Démonstration. C'est le théorème 5.1 avec .

Cette caractérisation a déjà servi au chapitre 3 pour les suites récurrentes : si et est continue, alors , ce qui identifie les limites possibles parmi les points fixes de .

Opérations et fonctions usuelles

Démonstration. Les opérations algébriques découlent du théorème 5.3 avec et . Démontrons la composée directement avec les . Soit . Par continuité de en , il existe tel que . Par continuité de en appliquée avec la tolérance , il existe tel que . En enchaînant, , ce qui est la continuité de en .

Les fonctions constantes et l'identité sont évidemment continues; par le théorème 5.7, tous les polynômes et toutes les fractions rationnelles sont continus sur leur domaine. Nous admettons (chapitre 6) que , , , , , et leurs réciproques sont continues sur leur domaine; la continuité de se déduit d'ailleurs de , conséquence de l'inégalité vue dans la démonstration du théorème 5.5. Par composition, une expression «raisonnable» comme est continue sur sans qu'il soit besoin de le vérifier point par point.

Prolongement par continuité et discontinuités

Ainsi se prolonge en par la valeur (c'est le sinus cardinal, omniprésent en traitement du signal), et se prolonge en par la valeur .

a) sautb) discontinuité éliminablec) asymptote verticalesautx₀12f(1) non défini1x = 1
Figure 5.3. Trois types de discontinuité: a) saut (limites latérales finies et distinctes); b) discontinuité éliminable, réparable par prolongement par continuité; c) asymptote verticale (limite infinie), qui ne peut pas être réparée.

Lorsque n'est pas continue en , on distingue trois situations (figure 5.3):

  • discontinuité éliminable: la limite existe mais ou ; on la répare en (re)définissant ;
  • discontinuité de première espèce ou saut: les limites latérales et existent, sont finies, mais diffèrent; la hauteur du saut est . C'est le cas de la partie entière en tout entier, ou d'un signal de commande tout-ou-rien;
  • discontinuité de seconde espèce: au moins une limite latérale n'existe pas ou est infinie ( en , en ).
Exercice

Soit pour . Quelle affirmation est vraie?

Les grands théorèmes sur un intervalle

Les résultats de cette section n'ont pas d'équivalent pour les fonctions définies sur un ensemble quelconque: c'est la structure d'intervalle, alliée à la complétude de (chapitre 1), qui les rend possibles.

Théorème des valeurs intermédiaires

Démonstration (par dichotomie). Quitte à remplacer par et par , on suppose . Si ou , c'est terminé; sinon posons , continue, avec . Construisons deux suites et par récurrence: , , et si , on pose

Par construction, pour tout , est croissante, décroissante, et . Les suites sont donc adjacentes (chapitre 3) et convergent vers une limite commune . Par continuité de (théorème 5.6), et . Le passage à la limite dans les inégalités et donne et , donc , soit .

xyy = kabf(a)f(b)kcc₂c₃f continue sur [a, b] et k compris entre f(a) et f(b) ⟹ il existe c avec f(c) = k
Figure 5.4. Théorème des valeurs intermédiaires: toute droite horizontale y = k située entre f(a) et f(b) rencontre le graphe d'une fonction continue sur [a, b], en un point c au moins. Ici la droite est coupée trois fois: le TVI garantit l'existence, pas l'unicité.

La démonstration ci-dessus est constructive: elle fournit un algorithme, la méthode de dichotomie, qui est la première méthode numérique de résolution d'équations que vous rencontrez. Son corollaire le plus utilisé est le suivant.

Démonstration. est compris entre et , qui sont de signes opposés: le TVI donne avec , et puisque . Si est strictement monotone, elle est injective, donc ne peut s'annuler qu'une fois.

Exercice

On applique la dichotomie à une fonction continue changeant de signe sur . Combien d'étapes faut-il au minimum pour que la longueur de l'intervalle d'encadrement soit inférieure ou égale à ?

Théorème de Weierstrass

Démonstration. Montrons d'abord que est majorée. Sinon, pour tout il existe avec . La suite est bornée; par le théorème de Bolzano–Weierstrass (chapitre 3), elle possède une sous-suite convergeant vers un , qui appartient à car l'intervalle est fermé. Par continuité, , ce qui contredit . Donc est majorée; de même (avec ), elle est minorée.

Soit , qui existe par l'axiome de la borne supérieure (chapitre 1). Par caractérisation de la borne supérieure, il existe pour tout un tel que , donc . À nouveau par Bolzano–Weierstrass, une sous-suite converge vers un , et par continuité . Par unicité de la limite, : la borne supérieure est atteinte. Le minimum s'obtient en appliquant ce résultat à .

Image d'un intervalle et théorème de la bijection

Démonstration. Un sous-ensemble de est un intervalle si et seulement si, pour tous de , tout appartient à (chapitre 1). Soient et dans et entre les deux; le TVI appliqué sur le segment d'extrémités fournit avec , donc . Pour , Weierstrass donne que et sont atteints, et le TVI que toute valeur intermédiaire l'est aussi.

Attention: l'image d'un intervalle ouvert n'est pas nécessairement ouverte ( envoie sur ), et l'image d'un intervalle non borné peut être bornée ().

C'est ce théorème qui, au chapitre 6, justifie l'existence et la continuité de , de , , et des racines -ièmes: est continue et strictement croissante sur , d'image , donc est continue. L'existence de , obtenue laborieusement au chapitre 1 par la borne supérieure, devient ici une conséquence immédiate du TVI.

Exercice

Soit continue sur avec et . Laquelle des affirmations suivantes est garantie?

Continuité uniforme

Définition et comparaison avec la continuité

Relisons la définition (5.4): le rayon y dépend de et du point . Pour , l'explorateur ε–δ le montre bien: à fixé, le admissible diminue lorsque augmente, car la courbe est de plus en plus raide. La continuité uniforme exige un qui fonctionne partout à la fois.

La différence avec (5.4) tient à l'ordre des quantificateurs: dans la continuité, «»; dans la continuité uniforme, «». Une fonction uniformément continue est évidemment continue; la réciproque est fausse.

Théorème de Heine et fonctions lipschitziennes

Démonstration (par l'absurde). Supposons continue mais non uniformément continue sur . La négation de (5.6) fournit tel que, pour tout , il existe avec et . En prenant , on construit deux suites , de telles que

La suite est bornée: par Bolzano–Weierstrass, une sous-suite converge vers . Comme , on a aussi . Par continuité de en , et , donc , ce qui contredit .

Le théorème de Heine est le résultat clé qui, au chapitre 10, permettra de démontrer que toute fonction continue sur est intégrable au sens de Riemann: l'uniformité du garantit que les sommes de Riemann associées à une subdivision de pas inférieur à encadrent l'intégrale à près, quel que soit le choix des points dans chaque sous-intervalle.

Démonstration. Si , est constante. Sinon, pour , posons : si , alors . Le ne dépend pas de .

Les fonctions , (), () et toute fonction affine sont lipschitziennes sur ; le chapitre 8 montrera qu'une fonction dérivable à dérivée bornée par est -lipschitzienne (inégalité des accroissements finis). La réciproque du théorème 5.14 est fausse: est uniformément continue sur (Heine), mais non lipschitzienne, puisque n'est pas borné près de (exercice 5.4). On a donc la chaîne d'implications strictes

et sur un intervalle fermé borné, les deux dernières notions coïncident.

Exercice

Parmi les fonctions suivantes, lesquelles sont uniformément continues sur le domaine indiqué? (plusieurs réponses)

Plusieurs réponses possibles

Synthèse

  • signifie: pour tout , il existe tel que entraîne ; dépend de et de .
  • La caractérisation séquentielle ramène les limites de fonctions aux limites de suites: elle démontre les opérations sur les limites et les gendarmes, et deux suites bien choisies suffisent à réfuter l'existence d'une limite.
  • Limites usuelles: , , en ; formes indéterminées levées par terme dominant, factorisation ou quantité conjuguée.
  • est continue en si ; sommes, produits, quotients et composées de fonctions continues sont continus; une discontinuité éliminable se répare par prolongement par continuité.
  • Sur un intervalle: TVI (démontré par dichotomie, qui fournit un algorithme de précision ), corollaire de Bolzano, Weierstrass (bornes atteintes sur ), image d'un intervalle, théorème de la bijection.
  • Lipschitzienne uniformément continue continue; sur , continue uniformément continue (Heine), ce qui fondera l'intégrale de Riemann.

Série d'exercices du chapitre 5

Exercice 1 sur 5
Exercice

Que vaut ?

Problème guidé

Localiser une racine par dichotomie

On considère l'équation . On veut montrer qu'elle possède une unique solution dans , puis l'encadrer par trois étapes de dichotomie. On pose .

  1. 1

    Existence d'une racine

    Vérifiez les hypothèses du corollaire de Bolzano sur .

    Exercice

    Calculez le produit .

  2. Unicité

  3. Trois étapes de dichotomie

  4. Erreur garantie

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 5.1 · Calcul de limites

Calculer les limites suivantes, en précisant la technique utilisée.

a) ; b) ; c) ; d) ; e) .

Solution

a) Forme (le numérateur et le dénominateur s'annulent en ). Factorisation: et . Pour ,

b) Forme . Terme dominant :

La droite est asymptote horizontale.

c) Forme . On fait apparaître la limite usuelle :

d) Forme . Quantité conjuguée, puis factorisation de sous la racine:

e) Forme . On divise numérateur et dénominateur par :

Vérification numérique: pour , les expressions c) et e) valent respectivement et .

Exercice 5.2 · Continuité et prolongement

a) Déterminer le réel pour lequel la fonction si , si est continue sur .

b) Les fonctions suivantes admettent-elles un prolongement par continuité en ? Si oui, le préciser: , , .

c) Montrer, à l'aide de la définition ε–δ, que est continue en tout .

Solution

a) Sur et sur , est polynomiale, donc continue. En : et . La continuité en équivaut à , soit .

b) Fonction . Pour , . Par le théorème des gendarmes, : se prolonge par continuité en en posant . (Remarquez que seule n'a pas de limite en ; c'est le facteur qui écrase les oscillations.)

Fonction . Quantité conjuguée: pour , ,

Prolongement par continuité: .

Fonction . pour et pour : . Les limites latérales existent mais diffèrent: discontinuité de première espèce (saut de hauteur ), aucun prolongement par continuité n'est possible.

c) Soit et . Pour , la quantité conjuguée donne

puisque . Il suffit donc de prendre (et, pour rester dans le domaine, , soit ): si , alors . On observe que dépend de et tend vers lorsque ; c'est le signe que n'est pas lipschitzienne près de (exercice 5.4), mais cela n'empêche pas la continuité uniforme.

Exercice 5.3 · L'équation cos x = x

a) Montrer que l'équation possède une unique solution dans , et qu'elle appartient à .

b) Effectuer quatre étapes de dichotomie sur et donner l'encadrement obtenu de ainsi que la majoration de l'erreur commise en prenant le milieu de l'intervalle.

c) Combien d'étapes faut-il pour encadrer dans un intervalle de longueur inférieure ou égale à ?

Solution

a) Posons , continue sur . Localisation. Pour , . Pour , , avec égalité impossible car et ne peuvent avoir lieu simultanément; pour , et , donc . Ainsi sur et sur : toute solution est dans .

Existence. et . Par le corollaire de Bolzano, s'annule dans .

Unicité. Sur , est strictement décroissante et l'est aussi: est strictement décroissante sur , donc injective, et la racine est unique.

b) Dichotomie sur , avec :

ÉtapeMilieu Nouvel intervalle
1
2
3
4

Donc . En prenant le milieu , l'erreur est majorée par la demi-longueur de l'intervalle, . (Valeur de référence: , à du milieu, ce qui respecte bien la majoration.)

c) La longueur après étapes est . On veut , soit : étapes suffisent (), et ne suffisent pas ().

Exercice 5.4 · Continuité uniforme et fonctions lipschitziennes

a) Montrer que pour tous , . En déduire que est uniformément continue sur .

b) Montrer que n'est pas lipschitzienne sur .

c) Montrer que est lipschitzienne sur et préciser une constante.

d) Montrer que n'est pas uniformément continue sur (on pourra considérer et ).

Solution

a) Par symétrie, on peut supposer . Alors et

car . En prenant la racine carrée (fonction croissante), , ce qui est l'inégalité demandée.

Continuité uniforme. Soit ; posons . Si et , alors . Le ne dépend pas des points: est uniformément continue sur , bien que ce domaine ne soit pas borné (le théorème de Heine ne s'applique pas, mais l'inégalité fait le travail).

b) Supposons pour tous . Avec et : , soit . En faisant , : aucune constante ne convient. Les cordes issues de l'origine ont une pente arbitrairement grande (tangente verticale en ).

c) Pour , la quantité conjuguée donne

puisque . La fonction est donc -lipschitzienne sur ; on retrouvera cette constante au chapitre 8 comme borne de la dérivée sur cet intervalle.

d) Posons et pour . Alors

alors que et , donc pour tout . Prenons : pour tout , il existe tel que , et pourtant . La fonction , bornée et continue, n'est pas uniformément continue sur : ses oscillations deviennent de plus en plus serrées lorsque . Sur tout segment , elle l'est en revanche par le théorème de Heine.

Exercice 5.5 · Point fixe et fonctions périodiques

a) Soit une fonction continue. Montrer qu'il existe tel que (un point fixe de ). Le résultat subsiste-t-il si est remplacé par ? par ?

b) Soit continue et périodique de période . Montrer que est bornée, atteint ses bornes, et est uniformément continue sur .

Solution

a) Posons sur ; est continue comme différence de fonctions continues. Comme est à valeurs dans , on a et . Si ou , le point fixe est ou . Sinon et le corollaire de Bolzano fournit tel que , c'est-à-dire . Géométriquement: le graphe de , qui entre dans le carré par son côté gauche et en sort par son côté droit, doit traverser la diagonale.

Sur : le résultat tombe. La fonction envoie dans , est continue, et impose . La fermeture de l'intervalle est indispensable pour que la borne (ici ) soit «disponible».

Sur : le résultat tombe aussi. La fonction est continue de dans et n'a pas de solution. Le caractère borné est indispensable: rien ne force le graphe à retraverser la diagonale.

b) Bornée et bornes atteintes. Sur le segment , est continue: par le théorème de Weierstrass, elle y est bornée et atteint son minimum et son maximum . Soit quelconque; il existe un entier tel que , et par périodicité (appliquée fois) . Donc pour tout , et les bornes sont atteintes en et .

Continuité uniforme. Sur le segment , est uniformément continue par le théorème de Heine: pour , il existe tel que, pour , . Posons . Soient avec , et supposons . Soit , de sorte que ; alors vérifie , donc avec . Par périodicité, et , d'où . Le obtenu ne dépend que de : est uniformément continue sur . (Le passage par plutôt que sert à ce que et , ramenés par la même translation , tombent dans un même segment.)

Application: tout signal périodique continu, comme , est borné et uniformément continu, quelle que soit la largeur de la fenêtre d'observation.

Références

  • Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
  • Spivak, M., Calculus, 4ᵉ éd., Publish or Perish, Houston, 2008 (chapitres 5 à 8: limites, continuité, trois théorèmes fondamentaux).
  • Rudin, W., Principles of Mathematical Analysis, 3ᵉ éd., McGraw-Hill, New York, 1976 (chapitre 4).
  • Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles.
  • Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
  • Ramis, E., Deschamps, C. et Odoux, J., Cours de mathématiques spéciales, tome 3, Masson, Paris.

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