Chapitre 6

Fonctions élémentaires

Exponentielle, logarithme, puissances, fonctions trigonométriques et hyperboliques et leurs réciproques.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • définir la fonction exponentielle par sa série, démontrer ses propriétés fondamentales (équation fonctionnelle, positivité, monotonie, limites) et les utiliser dans des modèles de croissance et de décroissance;
  • manipuler le logarithme népérien, le logarithme en base et les échelles logarithmiques (décibels, pH, magnitudes);
  • définir les fonctions puissances et comparer les croissances de , et à l'infini;
  • utiliser les formules d'addition, de duplication et de linéarisation des fonctions trigonométriques et résoudre les équations , , ;
  • interpréter un signal en termes d'amplitude, de pulsation, de fréquence et de phase;
  • définir les fonctions réciproques , , et les fonctions hyperboliques , , ainsi que leurs réciproques, et démontrer leurs identités principales.

Pourquoi des fonctions «élémentaires»?

Les chapitres précédents ont construit les outils généraux de l'analyse: nombres réels, suites, séries, limites et continuité. Il est temps de les appliquer à un petit catalogue de fonctions qui reviennent sans cesse en ingénierie: l'exponentielle décrit la charge d'un condensateur, la décroissance d'un isotope ou le refroidissement d'une pièce; le logarithme comprime les échelles (décibels, pH, magnitude des séismes); les fonctions trigonométriques modélisent tout ce qui vibre ou tourne; les fonctions hyperboliques dessinent la forme d'un câble suspendu. Ces fonctions sont dites élémentaires parce que toutes les autres fonctions usuelles s'obtiennent à partir d'elles par les opérations algébriques et la composition.

Un point de méthode: les dérivées n'apparaissent qu'au chapitre 7. Nous définissons donc ici les fonctions élémentaires et démontrons leurs propriétés avec les seuls outils disponibles, à savoir les séries (chapitre 4), les limites et le théorème de la bijection (chapitre 5), et des équations fonctionnelles. Lorsqu'une propriété se démontre plus naturellement avec la dérivée, nous l'annonçons par «on verra au chapitre 7 que …».

La fonction exponentielle

Définition par une série

Au chapitre 4, nous avons montré que la série converge pour tout réel . Rappelons l'argument, car il est le point de départ de tout le chapitre.

Démonstration. Pour il n'y a rien à montrer. Pour , posons . Alors

Le critère de d'Alembert (chapitre 4) garantit la convergence de , c'est-à-dire la convergence absolue de la série (6.1).

Le nombre se calcule très vite: les sommes partielles valent ; ; ; ; ; ; ; , et l'on montre (exercice 6.5) que l'erreur commise en s'arrêtant au rang est inférieure à , soit moins de pour . On retient

L'équation fonctionnelle

La propriété qui fait de l'exponentielle un objet unique est qu'elle transforme les sommes en produits.

De (6.2) découlent immédiatement plusieurs conséquences.

Démonstration. 1. se lit sur la série. Avec dans (6.2), .

  1. Si , tous les termes de la série sont positifs et . Si , d'après le point 1.

  2. Soient . Alors , donc (tous les termes de la série sont positifs), et puisque .

  3. Pour , . Comme , on a quand ; et quand .

  4. Pour ,

donc quand . Pour quelconque, : est continue en .

Croissance comparée

L'exponentielle finit par dépasser n'importe quelle puissance de , et de très loin.

Démonstration. Pour , ne gardons dans la série (6.1) que le terme de rang , tous les autres étant positifs: . Donc . Pour la seconde limite, posons avec : d'après la première.

Exercice

Parmi les affirmations suivantes concernant la fonction exponentielle, laquelle est vraie?

Exercice

Le technétium 99m, utilisé en imagerie médicale, a une demi-vie de 6,01 h. Quel pourcentage de l'activité initiale subsiste 24 h après l'injection?

%

Le logarithme népérien

Définition et propriétés

La fonction est continue et strictement croissante sur , de limites en et en . Le théorème de la bijection (chapitre 5) affirme alors que réalise une bijection de sur et que sa réciproque est continue et strictement croissante.

y = x-4-3-2-1123456-3-2-11234xy(0, 1)(1, 0)(1, e)(e, 1)y = exp(x)y = ln xexp(x) → 0ln x → −∞
Figure 6.1. Les graphes de exp (accent) et de ln (bleu) sont symétriques l'un de l'autre par rapport à la première bissectrice y = x, comme ceux de toute fonction et de sa réciproque. Notez les points (0, 1) et (1, e) sur l'exponentielle, qui deviennent (1, 0) et (e, 1) sur le logarithme.

Démonstration. Posons et , de sorte que et . D'après (6.2), , donc . La deuxième formule s'obtient en appliquant la première à , et la troisième par récurrence sur , puis avec . La continuité et la stricte croissance viennent du théorème de la bijection; les limites traduisent le fait que prend des valeurs arbitrairement proches de 0 (pour ) et arbitrairement grandes.

Croissance comparée du logarithme

Démonstration. Posons ; quand , et d'après (6.3) avec . Pour la seconde limite, posons avec : .

Logarithme décimal, logarithme en base a

Le logarithme décimal compte les ordres de grandeur: , . C'est pourquoi les grandeurs physiques qui s'étendent sur de nombreuses décades sont exprimées sur une échelle logarithmique:

  • Décibels: un rapport de puissances s'exprime par dB; pour un rapport d'amplitudes (tension, pression acoustique) on écrit dB, puisque la puissance est proportionnelle au carré de l'amplitude. Doubler l'amplitude ajoute dB; multiplier la puissance par 1000 ajoute 30 dB.
  • pH: , où la concentration est en mol/L. Une solution à mol/L a un pH de .
  • Magnitude des séismes: la magnitude de moment est proportionnelle au logarithme de l'énergie libérée; un degré de magnitude correspond à un facteur en énergie.
Exercice

Un amplificateur multiplie la tension d'un signal par 40. Quel est son gain en décibels (gain en amplitude)?

dB

Fonctions puissances et racines

Définition générale

Pour un exposant entier, est un produit; pour un exposant rationnel , on peut définir . Mais que signifie ou ? L'exponentielle et le logarithme donnent une définition unifiée.

Cette définition coïncide avec la définition algébrique quand est rationnel (grâce à (6.4)) et donne, par exemple, .

Démonstration. Chaque règle se ramène à (6.2) ou (6.4). Par exemple . La continuité résulte de celle de , de et de , composées entre elles (chapitre 5); la monotonie de celles de et , en tenant compte du signe de .

Pour , on retrouve la racine -ième , réciproque de sur . Pour impair, on peut prolonger aux négatifs par , car est alors une bijection de sur . Mais attention: pour et non entier n'est pas défini en général, puisque n'existe pas.

Hiérarchie des croissances

Démonstration. Pour la première, posons , de sorte que et par (6.5). Pour la seconde, choisissons un entier : pour , par (6.3).

Exercice

Classez les fonctions suivantes de la plus lente à la plus rapide lorsque (c'est-à-dire de sorte que chaque fonction soit négligeable devant la suivante).

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • (pour entier)
  • 2.
  • 3.
  • 4.
  • 5.
  • 6.

Fonctions trigonométriques

Le cercle trigonométrique

Au chapitre 2, nous avons introduit l'exponentielle complexe et la représentation du point sur le cercle unité. Rappelons la définition géométrique.

xy1−11−1θM(cos θ, sin θ)T(1, tan θ)cos θsin θtan θOCercle de rayon 1, centré en O.θ est mesuré en radians:longueur de l’arc de (1, 0) à M.tangente en (1, 0)
Figure 6.2. Cercle trigonométrique pour θ = 50°. Le cosinus est l'abscisse de M, le sinus son ordonnée, et la tangente est l'ordonnée du point T où la droite OM coupe la tangente au cercle en (1, 0): c'est de là que vient son nom.

Cette définition entraîne aussitôt les propriétés suivantes, que la figure 6.2 rend évidentes: le théorème de Pythagore dans le triangle rectangle , , donne

la périodicité et (un tour de plus ramène au même point), tandis que est -périodique; la parité: est paire et , sont impaires (la symétrie par rapport à l'axe des abscisses change en ); enfin et . Les symétries du cercle donnent aussi , , et .

Les valeurs remarquables se lisent dans les triangles rectangles isocèle (angle ) et demi-équilatéral (angles et ):

La continuité de et est ici admise: elle est intuitive (le point se déplace continûment sur le cercle) et se démontre rigoureusement à partir de l'inégalité (la corde est plus courte que l'arc), combinée aux formules d'addition ci-dessous, exactement comme au point 5 du théorème 6.3. On verra au chapitre 7 que , résultat clé pour la dérivation.

Formules d'addition et leurs conséquences

Démonstration. Au chapitre 2, on a établi . Développons le membre de droite:

Le membre de gauche vaut . En identifiant parties réelles et imaginaires, on obtient les deux premières formules; la troisième s'en déduit en divisant par , puis numérateur et dénominateur par .

Avec on retrouve (6.8); avec on obtient les formules de duplication

d'où les formules de linéarisation, indispensables au chapitre 11 pour intégrer des puissances de sinus et cosinus:

En additionnant ou soustrayant les formules (6.9) écrites pour et , on obtient enfin les formules de transformation de produit en somme, par exemple et .

Équations trigonométriques

Parce que les fonctions trigonométriques sont périodiques, une équation comme possède soit aucune solution, soit une infinité. On les décrit toutes à partir d'une solution particulière.

Démonstration. Sur le cercle unité, l'ordonnée est atteinte en exactement deux points (un seul si ), symétriques par rapport à l'axe vertical: si l'un correspond à l'angle , l'autre correspond à . Tous les angles menant à ces points diffèrent de multiples de . Le cas du cosinus est identique avec la symétrie par rapport à l'axe horizontal ( et ). Pour la tangente, la droite de pente coupe le cercle en deux points diamétralement opposés, d'angles et .

Exercice

Quelles sont toutes les solutions de dans l'intervalle ?

Signaux sinusoïdaux

Un signal électrique, une vibration mécanique ou une onde acoustique se décrivent par une fonction du temps de la forme

est l'amplitude, la pulsation (en rad/s) et la phase à l'origine (en rad). Le signal est périodique de période et de fréquence (en Hz). La phase se traduit par un décalage temporel: avec ; une phase positive avance le signal, une phase négative le retarde. Le réseau électrique suisse fournit une tension V: pulsation rad/s, fréquence Hz, amplitude V (la valeur efficace V est ).

Explorateur de sinusoïde

Faites varier l'amplitude, la fréquence et la phase du signal A·sin(2πft + φ) (trait plein) et comparez-le au signal de référence sin(2πt) (pointillé).

0,00,51,01,52,0-2-1012temps t (s)T = 1,00 sA·sin(2πft + φ)sin(2πt)A = 1,00
Période T = 1/f
1.000s
Pulsation ω = 2πf
6.28rad/s
Phase φ
0.000rad
Décalage Δt = −φ/ω
0.0ms
Amplitude A1.00
Fréquence f1.00Hz
Phase φ0°

Fonctions trigonométriques réciproques

Les fonctions , et ne sont pas injectives sur (elles sont périodiques), donc pas inversibles. On les restreint à un intervalle sur lequel elles sont strictement monotones et prennent toutes leurs valeurs, puis on applique le théorème de la bijection.

Les trois fonctions sont continues et strictement monotones (théorème de la bijection). Quelques valeurs: , , , , ; de plus , et , sont impaires alors que .

Démonstration. 1. Posons . Alors et . Par définition de l'arccosinus (l'unique angle de dont le cosinus vaut ), , d'où l'identité.

  1. Soit et . Comme , , donc et . Donc . Pour on applique le résultat à et l'imparité de .

  2. Avec , (6.8) donne ; comme , et l'on peut prendre la racine positive. Même raisonnement pour , le sinus étant positif sur .

Exercice

Un pont en arc a une inclinaison de 3,5 % à la culée. Calculez l'angle correspondant, en degrés, en utilisant l'arctangente.

°

Fonctions hyperboliques

Définitions et identités

Les fonctions hyperboliques sont les «cousines réelles» des fonctions trigonométriques: là où (chapitre 2), on remplace par .

Ces fonctions sont continues (combinaisons d'exponentielles); est paire et (car et par l'inégalité pour ); et sont impaires, strictement croissantes, et (divisez numérateur et dénominateur par ). Pour , et sont tous deux équivalents à (figure 6.3).

-3-2-1123-3-2-1123xyy = cosh xy = sinh xy = tanh xy = −1y = 1e^x / 2e^(−x) / 2cosh 0 = 1cosh est paire, sinh et tanh sont impaires.
Figure 6.3. Les fonctions hyperboliques. cosh (accent) est paire et vaut 1 en 0; sinh (bleu) est impaire; toutes deux se rapprochent de e^x/2 pour x grand (pointillés). tanh (tan) est impaire, croissante et bornée par ±1. La courbe de cosh est la forme que prend un câble suspendu entre deux points: la chaînette.

Démonstration. Pour (6.13), développons: , en utilisant et . Pour (6.14), calculons le membre de droite de la première formule:

les termes croisés et s'éliminant. La formule pour se vérifie de même, et les formules de duplication sont le cas .

L'identité (6.13) explique le nom: le point parcourt la branche droite de l'hyperbole , comme parcourt le cercle . Notez le changement de signe par rapport à (6.8) et (6.9): c'est la seule différence entre les formulaires trigonométrique et hyperbolique, résumée par la «règle d'Osborn»: un produit de deux sinus change de signe.

Exercice

On sait que . Que vaut ?

Fonctions hyperboliques réciproques

est continue, strictement croissante, de limites en : c'est une bijection de sur . restreinte à est une bijection sur , et une bijection de sur . Leurs réciproques, notées , et («argument sinus hyperbolique», etc.), ont l'avantage inattendu de s'exprimer avec le logarithme.

Démonstration. Démontrons la première formule. Soit et , c'est-à-dire . Posons : l'équation s'écrit , équation du second degré en de discriminant , dont les racines sont . Comme , la racine est strictement négative: elle ne convient pas puisque . Donc et .

Pour , la même méthode donne , de racines (réelles pour ), toutes deux positives et inverses l'une de l'autre; la condition , c'est-à-dire , sélectionne . Pour , l'équation s'écrit , soit , d'où .

Par exemple et .

La chaînette

Synthèse

  • L'exponentielle vérifie , est strictement positive, strictement croissante, continue, et domine toute puissance: .
  • Le logarithme népérien est sa réciproque: , , ; , et les échelles logarithmiques (dB, pH, magnitude) comptent les ordres de grandeur.
  • Les puissances sont définies par pour ; hiérarchie des croissances: .
  • Les fonctions trigonométriques sont définies sur le cercle unité; formules d'addition (6.9), duplication (6.10), linéarisation (6.11); ou ; un signal a pour période et pour décalage temporel .
  • , , sont les réciproques des restrictions de , , à , , ; , .
  • ; les réciproques hyperboliques s'expriment par des logarithmes, ; la chaînette est la forme d'un câble suspendu.

Série d'exercices du chapitre 6

Exercice 1 sur 5
Exercice

Que vaut ?

Problème guidé

Refroidissement d'une pièce moulée

Une pièce en aluminium sort d'un moule à °C et refroidit dans un atelier à °C selon la loi de Newton . Après 5 minutes, on mesure °C. On cherche la constante de temps , puis le temps nécessaire pour que le régime transitoire soit terminé (écart à la température ambiante réduit à 1 % de l'écart initial).

  1. 1

    Écart réduit

    La loi de Newton porte sur l'écart , pas sur la température elle-même. Formez le rapport entre l'écart mesuré à 5 min et l'écart initial.

    Exercice

    Calculez le rapport .

  2. Constante de temps

  3. Prévision

  4. Fin du régime transitoire

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 6.1 · Équations exponentielles et logarithmiques

Résoudre dans les équations suivantes, en précisant à chaque fois le domaine de validité.

  1. ;
  2. ;
  3. ;
  4. (attention: combien de solutions?).
Solution

1. L'équation est définie pour tout . Posons : , d'où ou , c'est-à-dire ou . Les solutions sont et .

2. Domaine: il faut et , donc . Sur ce domaine, et, étant injective, l'équation équivaut à , soit . La racine est hors du domaine: l'unique solution est . Vérification: .

3. Les deux membres sont strictement positifs; prenons le logarithme: , soit et

4. Domaine: , donc . Alors . Il y a deux solutions, et . L'erreur classique consiste à écrire , ce qui suppose et fait perdre la solution négative; la formule correcte est .

Exercice 6.2 · Décibels

Le niveau sonore d'une source d'intensité acoustique (en W/m²) est dB, avec W/m². Lorsque plusieurs sources indépendantes agissent, leurs intensités s'additionnent.

  1. Une perceuse produit 75 dB et une conversation 60 dB. Quel est le rapport des intensités?
  2. Quel niveau sonore produisent deux perceuses identiques de 75 dB fonctionnant simultanément?
  3. Combien de conversations à 60 dB faut-il pour atteindre le niveau d'une perceuse?
  4. Un panneau antibruit abaisse le niveau de 15 dB. De quel facteur l'intensité est-elle divisée?
Solution

Notons l'intensité de la perceuse et celle de la conversation.

1. dB, donc : la perceuse est environ 32 fois plus intense.

2. Deux perceuses: , donc dB. Doubler l'intensité n'ajoute que 3 dB: l'échelle des décibels est conçue pour suivre la perception, qui est logarithmique.

3. Il faut conversations telles que , soit : une trentaine de conversations simultanées (32 pour dépasser 75 dB).

4. Une atténuation de 15 dB correspond à , donc l'intensité est divisée par .

Exercice 6.3 · Trigonométrie
  1. Résoudre dans l'équation .
  2. Écrire sous la forme avec et .
  3. En déduire toutes les solutions de dans .
  4. Linéariser (exprimer comme combinaison de , et ).
Solution

1. Posons : , donc ou . Dans : donne ; donne ou . Solutions: .

2. On cherche et tels que pour tout . Il faut donc et . En élevant au carré et en additionnant, , donc ; puis et , d'où . Ainsi

Vérification en : .

3. L'équation devient , soit . D'après le théorème 6.10, ou , c'est-à-dire ou . Dans : et . Vérification: et .

4. D'après (6.11), . Donc

On linéarise à nouveau :

Contrôle en : et .

Exercice 6.4 · Chaînette d'une ligne électrique

Une ligne à haute tension est suspendue entre deux pylônes de même hauteur, distants de m. Le câble suit la chaînette avec m, l'origine étant placée à la verticale du point le plus bas.

  1. Calculer la flèche du câble.
  2. On admet que la longueur du câble vaut . Calculer et l'allongement relatif .
  3. En utilisant la série de l'exponentielle, montrer que et en déduire que avec une erreur relative voisine de . Comparer à la valeur exacte.
  4. Vérifier que , quelle que soit la portée. (Indication: utiliser (6.13).)
Solution

Ici .

1. , donc

2. , donc m. L'allongement relatif vaut : la ligne est très tendue et presque rectiligne, bien que la flèche atteigne 10 m.

3. En remplaçant par puis par dans la série (6.1) et en additionnant, les termes de degré impair s'éliminent:

Ainsi . L'approximation parabolique néglige le facteur entre parenthèses, d'où une erreur relative voisine de . Numériquement: m, et ; la valeur exacte m est bien supérieure de à l'approximation.

4. On a et . D'après (6.13),

Cette relation, indépendante de , permet de déterminer (donc la tension du câble) à partir de deux mesures purement géométriques: la longueur du câble et sa flèche.

Exercice 6.5 · Inégalités fondamentales de l'exponentielle et du logarithme
  1. Montrer, à partir de la série (6.1), que pour tout . (Indication: pour , regrouper les termes de la série deux par deux: .) En déduire que pour tout réel .
  2. En déduire que pour tout , puis que pour tout .
  3. Montrer que, pour , . En déduire l'encadrement pour et la limite
  1. Montrer que l'erreur commise en approchant par la somme partielle vérifie . (Indication: majorer par et sommer une série géométrique.)
Solution

1. Cas . Tous les termes de la série sont positifs, donc .

Cas . Écrivons et regroupons les termes deux par deux (la série étant absolument convergente, ce regroupement est licite):

Or et, puisque et , on a , donc . Chaque terme regroupé est positif, et .

Cas . Alors (théorème 6.3). L'inégalité est donc vraie pour tout réel , avec égalité seulement en .

2. Pour , on a et . Le logarithme étant strictement croissant, , c'est-à-dire . En posant , on obtient pour tout : la courbe du logarithme est partout sous sa tangente en , ce que le chapitre 8 interprétera comme la concavité de .

3. Appliquons le point 1 à : . Pour , le membre de droite est strictement positif; en inversant (fonction décroissante sur ), . D'où l'encadrement, valable pour :

Retranchons 1: . Divisons par , en distinguant le signe:

  • si : ;
  • si : la division par renverse les inégalités, .

Dans les deux cas, est encadré par et , qui tendent tous deux vers quand . Par le théorème des gendarmes (chapitre 5),

Cette limite signifie que la pente de la corde entre et tend vers 1: au chapitre 7, on dira que est dérivable en 0, de dérivée 1, et l'on en déduira grâce à l'équation fonctionnelle.

4. Par définition, , somme de termes strictement positifs: . Pour la majoration, écrivons , produit de facteurs tous supérieurs ou égaux à ; donc , avec inégalité stricte dès que . Il vient

où l'on a sommé la série géométrique de raison (chapitre 4). Pour , la borne vaut (erreur réelle: ); pour , elle vaut : dix termes suffisent pour sept décimales exactes de . Cette majoration est aussi la clé de la démonstration classique de l'irrationalité de : si , on multiplie par et l'on obtient un entier strictement compris entre 0 et , ce qui est absurde.

Références

  • Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.
  • Stewart, J., Analyse: concepts et contextes, vol. 1, De Boeck, Bruxelles.
  • Spivak, M., Calculus, 4e éd., Publish or Perish, Houston, 2008 (chapitres 15 et 18 pour une construction rigoureuse de exp, ln et des fonctions trigonométriques).
  • Rudin, W., Principles of Mathematical Analysis, 3e éd., McGraw-Hill, New York, 1976 (chapitre 8, «Some special functions»).
  • Liret, F. et Martinais, D., Analyse 1re année, Dunod, Paris.
  • Euler, L., Introductio in analysin infinitorum, Lausanne, 1748 (édité par Marc-Michel Bousquet; le livre où , et la série exponentielle reçoivent leur forme moderne).

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