Annexe B

Outils mathématiques

Dérivées, optimisation avec et sans contrainte, multiplicateur de Lagrange, élasticités et logarithmes.

La microéconomie du premier cycle n'exige pas de mathématiques nouvelles: tout ce dont ce cours a besoin figure au programme de maturité, mais il faut le mobiliser avec aisance et dans un vocabulaire un peu différent. Une courbe de demande est une fonction; une recette marginale est une dérivée; le choix du consommateur est un problème d'optimisation sous contrainte; une élasticité est une dérivée logarithmique; un surplus est une aire, donc une intégrale; un équilibre est la solution d'un système d'équations; et un choix risqué se compare par une espérance. Cette annexe rassemble ces outils, dans l'ordre où le cours les rencontre, avec les notations de l'annexe A et des exemples chiffrés en francs suisses. Les chapitres 2 à 4 utilisent surtout les fonctions linéaires, les aires et les élasticités; les chapitres 5 à 8 reposent sur les dérivées et l'optimisation; les chapitres 9 et 10 sur les systèmes d'équations; le chapitre 11 sur l'espérance.

Le lecteur qui souhaite aller plus loin (fonctions de plusieurs variables, matrices hessiennes, programmation non linéaire) trouvera dans les références de fin d'annexe les manuels de mathématiques pour économistes utilisés dans les hautes écoles suisses.

Fonctions et graphiques

La plupart des modèles du cours sont linéaires parce qu'ils se résolvent à la main. Une demande linéaire s'écrit avec : à prix nul on demanderait unités, et chaque franc supplémentaire réduit la quantité demandée de unités. La quantité demandée s'annule au prix de réservation . Par exemple, vaut pour , pour , et pour .

Avec , on obtient : la pente de la demande inverse est , l'inverse de la pente de la demande directe. Cette distinction est constante dans le cours: la recette marginale, le surplus, la tarification du monopole se calculent avec la demande inverse, tandis que l'élasticité se calcule d'abord avec la demande directe.

Deux courbes se coupent là où leurs équations sont simultanément satisfaites: c'est l'équilibre, traité plus bas avec les systèmes d'équations. Une droite horizontale représente un prix imposé; une droite verticale représente une quantité fixée (quota, offre rigide à court terme).

Dérivées

Les règles de calcul utilisées dans le cours tiennent en une table. Les fonctions et sont dérivables et , sont des constantes réelles.

RègleFonctionDérivée
Constante
Puissance
Somme
Produit par une constante
Produit
Quotient
Composée (chaîne)
Logarithme naturel
Exponentielle
Racine carrée

La règle de la puissance vaut pour tout exposant réel: , . Combinée à la règle de la chaîne, elle donne , formule centrale pour les élasticités.

Le tableau suivant récapitule les dérivées qui reviennent d'un chapitre à l'autre.

ObjetFonctionDérivée utilisée
Demande linéaire
Recette du monopole
Recette avec demande inverse linéaire
Coût quadratique
Utilité Cobb–Douglas,
Utilité logarithmique
Production
Fonction à élasticité constante

La ligne de la recette du monopole illustre la règle du produit: comme , la recette marginale est inférieure au prix, car vendre une unité de plus oblige à baisser le prix sur toutes les unités (chapitre 8). Pour une fonction de deux variables, désigne la dérivée partielle: on dérive par rapport à en traitant comme une constante.

Exercice

Une fromagerie de Gruyère a pour coût total (CHF, en meules). Calculez le coût marginal de la dixième meule.

CHF

Optimisation sans contrainte

La condition du premier ordre a toujours la même lecture économique: à l'optimum, le bénéfice marginal égale le coût marginal. Tant que la dernière unité rapporte plus qu'elle ne coûte, il faut en faire davantage; dès qu'elle coûte plus qu'elle ne rapporte, on en a trop fait. La condition du second ordre garantit que l'on a trouvé un sommet et non un creux; elle est automatiquement satisfaite lorsque le bénéfice marginal est décroissant et le coût marginal croissant.

Pour le monopole, le prix dépend de la quantité vendue et la même méthode donne . Avec et , on a , et ; l'égalité donne , CHF et CHF. Le lecteur vérifiera que .

Optimisation sous contrainte

Le consommateur maximise son utilité sous la contrainte de son budget; le producteur minimise son coût sous la contrainte de produire une quantité donnée. Deux méthodes permettent de résoudre ces problèmes.

Méthode de substitution

On résout la contrainte pour une variable, on la reporte dans l'objectif, et l'on se ramène à un problème sans contrainte. Pour sous , on écrit et l'on maximise . La règle de la chaîne donne

Le rapport est le taux marginal de substitution : à l'optimum, la pente de la courbe d'indifférence égale la pente de la droite de budget (chapitre 5). La substitution est rapide à deux variables mais devient lourde au-delà; d'où la méthode suivante.

Méthode de Lagrange

Les deux premières équations disent que le gradient de est proportionnel à celui de (les courbes de niveau sont tangentes); la troisième n'est autre que la contrainte. La dernière affirmation est la clé de l'interprétation: mesure de combien l'objectif optimal augmente lorsque l'on relâche la contrainte d'une unité.

Exercice

Dans le problème du consommateur sous , le multiplicateur de Lagrange à l'optimum s'interprète comme:

Élasticités et logarithmes

Démonstration. Posons , de sorte que et . Par la règle de la chaîne appliquée à ,

Cette identité a trois conséquences pratiques.

Fonctions à élasticité constante. Si avec , alors , dont la dérivée par rapport à est : l'élasticité vaut en tout point. Par exemple a une élasticité-prix de partout; à CHF on demande unités. À l'inverse, une demande linéaire a une élasticité qui varie le long de la droite: pour , en , en et en (chapitre 3).

Régression log-linéaire. Si l'on dispose d'observations , par exemple le prix et les ventes mensuelles d'un produit chez Coop, la régression de sur ,

fournit directement une estimation de l'élasticité-prix. C'est la raison pour laquelle les études empiriques d'élasticité (essence, tabac, électricité, primes LAMal) rapportent presque toujours des coefficients de régressions «en logs».

Pourcentages et taux de croissance. Pour une petite variation, : une hausse de correspond à , une hausse de à . Comme le logarithme transforme les produits en sommes, et donc, en variations relatives,

La recette totale augmente avec le prix si (demande inélastique) et diminue si (demande élastique).

Exercice

Le prix d'un billet de cinéma à Lausanne passe de à CHF et les entrées hebdomadaires tombent de à . Calculez l'élasticité d'arc (formule du point milieu), arrondie à trois décimales.

Aires et surplus

Les surplus du chapitre 2 et les pertes sèches du chapitre 4 sont des aires comprises entre une courbe et une droite de prix. Avec des courbes linéaires, il suffit de deux formules:

Pour une courbe quelconque, l'aire sous entre et est l'intégrale , et la primitive d'une fonction affine est .

Une règle utile pour les chapitres 4 et 8: la perte sèche d'une distorsion de taille est proportionnelle à (base et hauteur du triangle croissent toutes deux avec ). Doubler une taxe quadruple approximativement la perte sèche.

Systèmes d'équations

Un équilibre de marché est un couple qui satisfait à la fois l'équation de demande et l'équation d'offre: c'est la solution d'un système de deux équations à deux inconnues.

Démonstration. L'égalité équivaut à , d'où ; en reportant dans la demande, . La condition assure , c'est-à-dire que le prix de réservation dépasse le prix minimal d'offre .

Avec , , , : CHF et . Les formules (B.4) rendent aussi les statiques comparatives immédiates: une hausse de (déplacement de la demande vers la droite) élève et ; une hausse de (déplacement de l'offre vers la gauche) élève mais réduit .

Fonctions de réaction et systèmes 2×2

En oligopole (chapitre 9), chaque entreprise choisit sa quantité en fonction de celle de sa rivale. Dans le duopole de Cournot avec demande inverse et coûts marginaux constants et , le profit de l'entreprise 1 est ; la condition du premier ordre donne la fonction de réaction

et symétriquement . L'équilibre de Nash–Cournot est le point où chacune réagit optimalement à l'autre, solution du système linéaire

On le résout par substitution ou par combinaison (multiplier la première équation par 2 et soustraire la seconde élimine ). Sous forme matricielle, le système s'écrit avec , de déterminant : la solution existe et est unique, et la règle de Cramer donne

Avec , on retrouve la solution symétrique , et CHF. Le cours d'Algèbre linéaire développe le calcul matriciel et les systèmes à inconnues, indispensables dès que l'oligopole compte plus de deux entreprises ou que le modèle d'équilibre général relie plusieurs marchés (chapitre 12).

Exercice

Duopole de Cournot avec , et . Calculez la quantité d'équilibre de l'entreprise la plus efficace.

Espérance et risque

Le chapitre 11 (assurance, sélection adverse) et les choix en incertitude demandent de comparer des perspectives aléatoires. Une loterie est une liste de résultats (ici des niveaux de richesse en CHF) et de probabilités de somme .

L'espérance et l'utilité espérée ne se confondent pas. Un individu est averse au risque s'il préfère recevoir avec certitude plutôt que la loterie elle-même, c'est-à-dire si . C'est exactement la propriété des fonctions concaves (, utilité marginale de la richesse décroissante): la corde joignant deux points du graphe est sous la courbe (inégalité de Jensen). L'équivalent certain est la richesse sûre qui procure la même utilité que la loterie, , et la prime de risque est .

Exercice

Même cycliste ( CHF, ), mais le risque de vol est de . Quelle prime maximale (en CHF) accepte-t-il de payer pour une assurance complète?

CHF
Exercice

Ordonnez les étapes de la résolution du problème du consommateur par la méthode de Lagrange.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Diviser les deux premières conditions pour obtenir .
  • 2.
  • Calculer et l'interpréter comme utilité marginale du revenu.
  • 3.
  • Annuler les dérivées partielles , et .
  • 4.
  • Écrire le lagrangien .
  • 5.
  • Reporter la relation entre et dans la contrainte budgétaire pour trouver et .

Références

  • A. C. Chiang et K. Wainwright, Fundamental Methods of Mathematical Economics, 4e éd., McGraw-Hill. Le classique: dérivées, optimisation libre et sous contrainte, statiques comparatives, avec de nombreux exemples économiques.
  • C. P. Simon et L. Blume, Mathématiques pour économistes, De Boeck (trad. de Mathematics for Economists). Plus complet et plus rigoureux; les chapitres sur le lagrangien et les conditions du second ordre prolongent cette annexe.
  • K. Sydsæter, P. Hammond et A. Strøm, Mathématiques pour l'économie, 5e éd., Pearson. Manuel de référence en première année dans plusieurs universités suisses, avec des exercices corrigés sur chaque outil présenté ici.
  • H. R. Varian, Introduction à la microéconomie, De Boeck. Les appendices mathématiques de chaque chapitre montrent comment le cours utilise dérivées et lagrangiens.
  • Polycopiés Mathématiques I et Mathématiques II (HEC Lausanne) et Méthodes mathématiques pour économistes (UNIGE, GSEM): notes de cours disponibles auprès des enseignants, alignées sur les prérequis de ce cours.

Connectez-vous pour enregistrer votre progression.

Connexion pour poser des questions sur ce chapitre.