Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- expliquer pourquoi la pente d'une courbe de demande ne mesure pas la sensibilité au prix, et définir une élasticité comme un rapport de variations relatives;
- calculer une élasticité-prix de la demande par la méthode de l'arc (point milieu) et par la formule ponctuelle , puis classer une demande (élastique, inélastique, unitaire);
- démontrer comment l'élasticité varie le long d'une demande linéaire et pourquoi une demande de la forme a une élasticité constante;
- prévoir l'effet d'une variation de prix sur la recette totale grâce à la relation et déterminer le prix qui maximise la recette;
- interpréter les élasticités-revenu et croisées (biens normaux, inférieurs, de luxe; substituts et compléments) et l'élasticité de l'offre à court et à long terme;
- appliquer les élasticités à des questions concrètes: partage d'une taxe, chocs pétroliers, paradoxe des bonnes récoltes, estimation économétrique.
Pourquoi mesurer la sensibilité?
Trois questions suisses
Le chapitre 2 a établi que la quantité demandée diminue quand le prix monte. Mais de combien? Cette question quantitative est celle que se posent chaque jour les entreprises et les autorités:
- Le Conseil fédéral relève l'impôt sur le tabac et le paquet de cigarettes passe de CHF 8,50 à CHF 9,00. Les fumeurs réduiront-ils leur consommation de ou de ? La réponse détermine à la fois les recettes fiscales et l'effet de santé publique.
- Les CFF augmentent le prix du billet Lausanne–Genève. Perdront-ils des voyageurs au profit de la voiture, et la hausse rapportera-t-elle finalement plus ou moins d'argent?
- Le prix du carburant grimpe de à la suite d'une crise pétrolière. Les automobilistes suisses rouleront-ils moins, et dans quelle proportion, la semaine prochaine et dans cinq ans?
Dans les trois cas, il faut mesurer la réaction de la quantité au prix. L'outil qui le permet, l'élasticité, est sans doute le concept le plus utilisé de toute la microéconomie appliquée.
Pente ou élasticité?
Une première idée serait d'utiliser la pente de la courbe de demande, . Elle a un défaut rédhibitoire: elle dépend des unités. Prenons une demande de billets de cinéma , avec en francs. Sa pente vaut billets par franc. Si l'on exprime le prix en centimes, , la même demande s'écrit et sa pente devient billet par centime. Rien n'a changé dans le comportement des spectateurs, mais le chiffre a été divisé par cent. Comparer la «sensibilité» de la demande de cinéma (en billets par franc) et celle de la demande d'électricité (en kilowattheures par centime) n'aurait aucun sens.
La solution consiste à comparer des variations relatives, c'est-à-dire des pourcentages, qui sont des nombres sans unité: «une hausse de du prix réduit la quantité de » a le même sens quels que soient le bien et la monnaie.
La seconde forme de (3.1) est la limite de la première lorsque : (cours d'Analyse I, définition de la dérivée). Comme , l'élasticité est aussi la pente de la courbe tracée en coordonnées logarithmiques; nous y reviendrons.
Élasticité-prix de la demande
Élasticité d'arc et élasticité ponctuelle
Par la loi de la demande, , donc . Beaucoup d'auteurs (et beaucoup de tableaux statistiques) reportent la valeur absolue et parlent d'une «élasticité de 0,4» pour . Nous garderons le signe dans les formules, car il joue un rôle dans la règle de la recette totale, mais nous dirons «plus élastique» pour «de plus grande valeur absolue».
Pourquoi la méthode du point milieu? Parce que le pourcentage de variation dépend du point de départ: passer de 8 à 9 est une hausse de , mais revenir de 9 à 8 est une baisse de . En divisant par la moyenne des deux valeurs, la formule (3.3) donne le même résultat dans les deux sens.
Le prix d'un trajet de bus urbain passe de CHF 2,50 à CHF 3,00 et le nombre de trajets vendus par jour tombe de à . Calculez l'élasticité-prix d'arc par la méthode du point milieu (avec son signe).
Classification
Les deux cas extrêmes sont des idéalisations utiles. Une demande parfaitement inélastique décrit un bien vital sans substitut (l'insuline pour un diabétique, sur une plage de prix raisonnable). Une demande parfaitement élastique décrit celle qui s'adresse à un vendeur individuel sur un marché concurrentiel: un producteur de lait vaudois qui demanderait un centime de plus que le prix du marché ne vendrait plus rien; nous y reviendrons au chapitre 7.
Les déterminants de l'élasticité-prix
Qu'est-ce qui rend une demande plus ou moins élastique? Cinq facteurs reviennent dans toutes les études empiriques.
- L'existence de substituts proches. Plus il est facile de remplacer le bien, plus la demande est élastique. La demande de beurre de la marque Migros est très élastique (on prend celui de Coop ou d'Aldi); la demande de beurre en général l'est moins; la demande de matières grasses encore moins.
- La définition du marché. Conséquence du point précédent: plus le bien est défini étroitement, plus sa demande est élastique. «Les transports» sont inélastiques, «le train» moins, «le train de 7 h 34 pour Berne» beaucoup moins encore.
- La part du budget. Une hausse de du prix du sel passe inaperçue; une hausse de du loyer ou des primes LAMal oblige à réagir. Les biens qui pèsent lourd dans le budget ont une demande plus élastique.
- Nécessité ou luxe. Les biens de première nécessité (pain, électricité, médicaments) ont une demande inélastique; les biens de luxe ou reportables (voyages, restaurant, montre) une demande élastique.
- L'horizon temporel. À court terme, on ne change ni de voiture ni de logement: la demande de carburant ou de chauffage est rigide. À long terme, on achète une voiture plus sobre, on isole la maison, on déménage près d'une gare: la demande devient beaucoup plus élastique. Presque toutes les demandes sont plus élastiques à long terme qu'à court terme.
Parmi les demandes suivantes, laquelle est vraisemblablement la plus élastique (en valeur absolue)?
Élasticité le long d'une demande linéaire
Une erreur fréquente consiste à confondre élasticité et pente. Le cas de la demande linéaire, dont la pente est constante, montre que l'élasticité, elle, varie d'un bout à l'autre de la droite.
Démonstration. La dérivée de est , constante. En reportant dans (3.2), , ce qui est (3.4). Le numérateur croît avec tandis que le dénominateur décroît vers : est croissante, nulle en et tend vers quand . Enfin équivaut à , soit ; en ce point : c'est le milieu du segment reliant les deux intersections avec les axes.
Demande à élasticité constante
Existe-t-il des courbes de demande dont l'élasticité est la même en tout point? Oui, et elles jouent un rôle central en économétrie.
Démonstration. Première méthode (dérivation directe): , donc
Seconde méthode (dérivation logarithmique, chapitre sur les logarithmes d'Analyse I): en prenant le logarithme de (3.5), . La dérivée de par rapport à vaut , et c'est précisément l'élasticité puisque .
En coordonnées logarithmiques, la demande (3.5) est une droite de pente : c'est ce qui la rend si commode pour l'estimation statistique (section «Applications»). Sa courbe dans le plan est une hyperbole généralisée, qui ne coupe aucun des deux axes. Pour , la recette totale est constante: c'est le cas où un consommateur consacre un budget fixe au bien, quel que soit son prix.
Ordres de grandeur
Le tableau suivant rassemble des ordres de grandeur issus de synthèses de la littérature empirique (notamment les méta-analyses d'Espey sur l'essence et de Gallet et List sur le tabac). Ce sont des fourchettes indicatives: les valeurs varient selon le pays, la période, la méthode d'estimation et la définition exacte du bien, et les études suisses sont rares.
| Bien | court terme | long terme |
|---|---|---|
| Essence | 0,1 – 0,3 | 0,6 – 0,8 |
| Cigarettes | 0,3 – 0,5 | 0,5 – 0,8 |
| Électricité des ménages | 0,1 – 0,3 | 0,5 – 1,0 |
| Alimentation (ensemble) | 0,2 – 0,5 | — |
| Logement (services) | 0,3 – 0,7 | — |
| Repas au restaurant | 1,5 – 2,5 | — |
| Voyages en avion (loisirs) | 1,3 – 2,0 | — |
Tableau 3.1 — Ordres de grandeur d'élasticités-prix de la demande (valeurs absolues). On retrouve les déterminants: les biens de nécessité sans substitut (essence, électricité, tabac) sont inélastiques à court terme; les biens reportables (restaurant, voyages) sont élastiques; tout est plus élastique à long terme.
Explorateur d'élasticité
Demande linéaire Q = a − b p. Déplacez le prix courant: le point se déplace le long de la demande, le rectangle de recette totale p × Q se déforme et l'élasticité-prix change de −0 (en bas) à −∞ (en haut). À droite, la recette totale RT(p) est maximale au prix a/(2b), là où ε = −1.
Élasticité et recette totale
La règle de la recette
Pour un vendeur, la question pratique est: une hausse de prix augmente-t-elle mes recettes? La réponse dépend de l'élasticité.
Démonstration. Par la règle de dérivation d'un produit,
Comme , le signe de est celui de : positif si , c'est-à-dire ; négatif si .
L'intuition est simple. Une hausse de prix a deux effets opposés sur : chaque unité vendue rapporte plus (effet prix, ), mais on vend moins d'unités (effet quantité, ). L'élasticité compare exactement ces deux effets: si la quantité baisse proportionnellement moins que le prix ne monte, l'effet prix l'emporte.
La demande d'abonnements à une salle de fitness a une élasticité-prix au prix actuel. Le gérant augmente le prix de . Qu'advient-il, approximativement, de sa recette totale?
Le prix qui maximise la recette
Démonstration. est un polynôme du second degré en de coefficient dominant : sa courbe est une parabole tournée vers le bas et son maximum est atteint là où la dérivée s'annule. Or , nulle pour , avec (condition du second ordre). On calcule et . On peut aussi partir de (3.6): s'annule pour , soit d'après le théorème 3.1.
Remettez dans l'ordre les étapes permettant de trouver le prix qui maximise la recette d'un vendeur confronté à la demande .
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Annuler la dérivée: , d'où
- Dériver:
- Écrire la recette totale comme fonction du prix:
- Calculer , et contrôler que
- Vérifier la condition du second ordre: , il s'agit bien d'un maximum
Applications de la règle de la recette
Tarification des CFF. Les CFF vendent le même trajet à des prix très différents: billet plein tarif, demi-tarif, abonnement général, billets dégriffés (supersaver) en heures creuses. Chaque segment de clientèle a sa propre élasticité: le pendulaire du matin, sans alternative, a une demande inélastique; le retraité qui choisit son heure de départ une demande élastique. La règle (3.6) recommande des prix élevés pour les premiers et des rabais pour les seconds, ce que l'entreprise fait précisément par ses tarifs différenciés selon l'heure. Le succès de l'abonnement demi-tarif s'explique par le même mécanisme: une fois l'abonnement payé, le prix marginal du voyage est divisé par deux, ce qui attire des voyageurs occasionnels dont la demande est élastique, sans réduire de moitié la recette tirée des pendulaires.
Le paradoxe des bonnes récoltes. La demande de produits agricoles de base (pommes de terre, blé, lait) est inélastique. Une récolte exceptionnellement bonne déplace l'offre vers la droite et fait chuter le prix; comme la quantité augmente proportionnellement moins que le prix ne baisse, la recette totale des agriculteurs diminue. Ce mécanisme explique la volatilité des revenus agricoles et une partie des interventions publiques (paiements directs, anciens prix garantis du lait) discutées au chapitre 4.
Taxes sur le tabac. Une demande inélastique est une aubaine fiscale: la Confédération peut relever l'impôt sans que l'assiette (les paquets vendus) ne fonde, et la recette fiscale augmente. Le revers est que l'effet dissuasif est faible à court terme; il est plus marqué chez les jeunes, dont la demande est plus élastique (part du budget, habitude moins ancrée), et à long terme.
Autres élasticités de la demande
Le prix du bien n'est pas la seule variable qui fait bouger la demande: le chapitre 2 a énuméré le revenu, le prix des autres biens, les goûts. À chacune de ces variables correspond une élasticité.
Élasticité-revenu
Élasticité croisée
On rencontre encore l'élasticité-publicité (, où est le budget publicitaire) et, pour les marchés d'exportation, l'élasticité-taux de change: lorsque le franc s'apprécie de , les montres et le chocolat suisses renchérissent d'autant à l'étranger, et c'est l'élasticité-prix de la demande étrangère qui dit de combien les exportations reculent. Le principe reste toujours celui de (3.1): un rapport de variations relatives.
Une étude trouve une élasticité croisée de entre la demande de trajets en train Lausanne–Genève et le prix du carburant, et une élasticité de entre la demande de skis et le prix des forfaits de remontées mécaniques. Quelles affirmations sont correctes?
Plusieurs réponses possibles
Élasticité de l'offre
Définition et déterminants
L'élasticité de l'offre dépend de la facilité avec laquelle les producteurs peuvent augmenter la production quand le prix monte:
- Capacités et stocks. Une usine tournant à de sa capacité, ou un négociant disposant de stocks, répondent vite à une hausse de prix: offre élastique. Une centrale hydroélectrique en hiver ou un hôtel complet ne le peuvent pas.
- Mobilité des facteurs. Si le travail et le capital peuvent être redéployés depuis d'autres usages (main-d'œuvre saisonnière, terrains constructibles disponibles), l'offre est élastique. Les biens qui exigent des facteurs spécifiques et rares (vignoble du Lavaux, personnel médical qualifié) ont une offre rigide.
- Horizon temporel. C'est le déterminant majeur. À très court terme, la quantité est fixe (la récolte est faite, le nombre de logements est donné): . À moyen terme, on ajuste l'emploi des capacités existantes. À long terme, on construit de nouvelles usines, de nouveaux immeubles, on forme du personnel: l'offre devient très élastique. Marshall distinguait ainsi la période de marché, la courte période et la longue période.
Offre linéaire
Démonstration. , donc . En écrivant , on obtient . Comme , si et seulement si , si et seulement si , et si et seulement si .
Ce résultat surprend souvent: pour une offre linéaire, ce n'est pas la pente qui décide du caractère élastique ou inélastique, mais l'ordonnée à l'origine. Une droite très pentue passant par l'origine a une élasticité unitaire, exactement comme une droite presque plate passant par l'origine.
Le marché du logement à Genève ou à Zurich est l'exemple type d'une offre rigide à court terme: le parc immobilier est donné, les procédures d'autorisation et les chantiers prennent des années. Toute hausse de la demande (arrivée d'entreprises, croissance démographique) se traduit d'abord par une hausse des loyers et une baisse du taux de vacance, avant qu'une construction supplémentaire ne desserre lentement la contrainte; c'est l'objet de l'exercice 3.4. Le marché de la main-d'œuvre qualifiée (infirmières, ingénieurs, informaticiens) présente la même rigidité: former un spécialiste prend des années, si bien que les salaires réagissent fortement à court terme.
L'offre de fromage d'alpage d'une vallée valaisanne est (tonnes par an, en CHF/kg). Calculez l'élasticité-prix de l'offre au prix CHF/kg.
Applications de l'élasticité
Qui supporte une taxe?
Lorsque l'État prélève une taxe de francs par unité vendue, le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur se séparent: . Qui paie réellement la taxe? Le chapitre 4 traitera la question en détail; les élasticités en donnent déjà la réponse.
Démonstration. À l'équilibre avec taxe, , d'où et . En dérivant, et . À l'équilibre initial , on a et ; en divisant numérateur et dénominateur de par , on obtient . Les deux parts sont positives et somment à .
Chocs pétroliers et OPEP
En 1973 puis en 1979, l'OPEP a réduit sa production de quelques pour cent et le prix du baril a été multiplié par trois puis par deux. Comment une petite variation de quantité provoque-t-elle un tel bond? Parce qu'à court terme, la demande de pétrole et l'offre des producteurs hors OPEP sont toutes deux très inélastiques. Avec , écouler de pétrole en moins exige une hausse de prix de . Mais à long terme, la demande devient plus élastique (véhicules sobres, isolation, nucléaire et renouvelables) et l'offre hors OPEP augmente (mer du Nord, puis pétrole de schiste): le prix réel du baril est retombé dans les années 1980. Le cartel gagne à court terme et perd du terrain à long terme, un thème que nous retrouverons au chapitre 9.
Le prix du chocolat suisse et le cacao
En 2024, de mauvaises récoltes en Côte d'Ivoire et au Ghana ont fait plus que tripler le prix mondial du cacao. L'offre de cacao est parfaitement inélastique à court terme (les cacaoyers mettent des années à produire) et la demande industrielle est inélastique (les chocolatiers ne peuvent pas remplacer le cacao): la pénurie s'est donc traduite presque intégralement en prix. Pour une tablette suisse, où le cacao ne représente qu'une fraction du coût (emballage, lait, sucre, distribution et marketing pèsent davantage), un triplement du prix de la fève renchérit le coût de production de l'ordre de à . La hausse du prix de vente qui en résulte, et la baisse des volumes exportés, dépendent alors de l'élasticité-prix de la demande de chocolat suisse, elle-même modérée par la fidélité aux marques (Lindt, Cailler, Toblerone) et l'absence de substitut proche pour le chocolat haut de gamme.
Estimer une élasticité
D'où viennent les chiffres du tableau 3.1? De l'économétrie. La forme (3.5) à élasticité constante devient linéaire en logarithmes: avec des observations sur plusieurs années ou plusieurs régions, on estime
où est un terme d'erreur. Les coefficients et sont directement l'élasticité-prix et l'élasticité-revenu, et on les obtient par la méthode des moindres carrés: on cherche qui minimisent , ce qui revient à projeter orthogonalement le vecteur des sur le sous-espace engendré par les colonnes , et (cours d'Algèbre linéaire, équations normales). Avec seulement deux observations, la droite passe exactement par les points: si, d'une année à l'autre, le prix de l'essence passe de CHF 2,00 à CHF 2,20 tandis que la consommation passe de à (indice), l'estimation est
Le point délicat n'est pas le calcul mais l'identification: les prix et les quantités observés sont des équilibres, où offre et demande bougent en même temps. Si la consommation a baissé parce que le revenu a baissé et non à cause du prix, on attribue à tort la variation au prix; d'où l'importance des variables de contrôle comme dans (3.13), et des techniques (variables instrumentales) enseignées en économétrie.
Synthèse
- Une élasticité est un rapport de variations relatives, : sans unité, elle mesure la sensibilité de à , contrairement à la pente. Entre deux points, on utilise la méthode du point milieu (3.3).
- L'élasticité-prix de la demande classe la demande en inélastique (), unitaire ou élastique (). Elle est d'autant plus forte que les substituts sont nombreux, le marché étroit, la part du budget élevée, le bien superflu et l'horizon long.
- Le long d'une demande linéaire , varie de à , avec élasticité unitaire au milieu . La demande a l'élasticité constante .
- Règle de la recette: . Une hausse de prix accroît la recette si la demande est inélastique, la réduit si elle est élastique; la recette d'une demande linéaire est maximale en et vaut .
- L'élasticité-revenu distingue biens inférieurs (), de nécessité () et de luxe (); l'élasticité croisée distingue substituts () et compléments ().
- L'élasticité de l'offre croît avec l'horizon temporel; pour une offre linéaire, son caractère élastique dépend du signe de l'ordonnée à l'origine (). Le côté du marché le moins élastique supporte l'essentiel d'une taxe: .
Série d'exercices du chapitre 3
Exercice 1 sur 5La demande de forfaits de ski journaliers d'une station est ( en CHF). Au prix , la demande est:
Tarification d'une liaison CFF
La demande quotidienne de billets pour une liaison régionale des CFF est estimée à , où est le prix du billet en CHF. Le coût d'un voyageur supplémentaire est négligeable (les trains circulent de toute façon). Le prix actuel est de CHF 40.
- 1
Élasticité au prix actuel
Calculez d'abord la quantité vendue à CHF 40, puis appliquez la formule ponctuelle .
ExerciceQuelle est l'élasticité-prix de la demande au prix CHF (avec son signe)?
Prix de recette maximale
Effet d'une hausse à CHF 50
Élasticité croisée avec le carburant
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Un cinéma de Lausanne relève ses tarifs de CHF 14 à CHF 16; la fréquentation hebdomadaire passe de à entrées.
- Calculez l'élasticité-prix en pourcentages simples, dans le sens de la hausse puis dans le sens de la baisse. Commentez.
- Calculez l'élasticité d'arc par la méthode du point milieu.
- On suppose maintenant que la demande est linéaire, (en centaines d'entrées, prix en CHF). Calculez l'élasticité ponctuelle aux prix , et CHF et classez la demande en chacun de ces points. À quel prix la recette est-elle maximale?
Solution
1. Dans le sens de la hausse: et , d'où . Dans le sens de la baisse (de 16 à 14, de à ): et , d'où . Le même arc paraît inélastique dans un sens et élastique dans l'autre: les pourcentages simples dépendent du point de référence.
2. Point milieu: et :
La demande est à peu près unitaire sur cet arc, ce qui est cohérent avec les deux valeurs de la question 1 qui l'encadrent.
3. Avec et , :
| classification | |||
|---|---|---|---|
| 10 | 400 | inélastique | |
| 25 | 250 | unitaire | |
| 40 | 100 | élastique |
La recette est maximale au prix d'élasticité unitaire CHF, avec (centaines de CHF). Les tarifs de CHF 14 à 16 de la question 1 sont donc, dans ce modèle, sur la partie inélastique: le cinéma gagnerait à augmenter encore ses prix, au moins tant qu'il ne considère que sa recette de billetterie.
La demande journalière de forfaits d'une station des Alpes vaudoises est ( en CHF). Le coût marginal d'un skieur supplémentaire est nul tant que les remontées ne sont pas saturées. Le prix actuel est de CHF 55.
- Calculez la quantité, la recette et l'élasticité-prix au prix actuel. La station devrait-elle augmenter ou baisser son prix?
- Déterminez le prix qui maximise la recette, la recette correspondante et le gain par rapport à la situation actuelle.
- La station envisage un tarif «famille» à CHF 30. Calculez l'élasticité et la recette à ce prix, et comparez avec le prix optimal.
- Un concurrent ouvre une station voisine. Comment cela affecte-t-il l'élasticité de la demande et le prix optimal? Répondez qualitativement.
Solution
1. forfaits, CHF, . La demande est élastique: d'après la règle de la recette (3.6), , la station devrait baisser son prix.
2. CHF, , CHF. Le gain par rapport à CHF 55 est de CHF par jour, soit , avec skieurs de plus (ce qui suppose que les remontées puissent les absorber: si ce n'est pas le cas, le coût marginal cesse d'être nul et l'analyse relève du chapitre 8).
3. À CHF 30: , CHF, . La demande est maintenant inélastique: on est passé de l'autre côté du maximum, et la recette est inférieure de CHF à l'optimum. Le tarif famille ne se justifie que s'il est réservé à un segment (les familles) dont la demande est plus élastique que la moyenne, sans être offert à tous les skieurs: c'est la discrimination par les prix du chapitre 8.
4. Un substitut proche rend la demande plus élastique à chaque prix (premier déterminant): la courbe pivote et devient plus plate, augmente. Le prix optimal diminue: la concurrence pousse les prix à la baisse, mécanisme que formaliseront les chapitres 7 et 9.
Une enquête de consommation auprès de ménages genevois donne les résultats suivants, à prix constants, lorsque le revenu augmente de : les achats de produits bio augmentent de , ceux de pâtes de premier prix baissent de et ceux de pain augmentent de . Par ailleurs, lorsque Coop augmente de le prix de son café en capsules, les ventes de capsules Migros augmentent de et les ventes de lait dans les magasins Coop baissent de .
- Calculez les trois élasticités-revenu et classez les biens.
- Que dit la loi d'Engel sur la part du pain dans le budget des ménages lorsque le revenu augmente? Vérifiez-le avec vos chiffres.
- Calculez les deux élasticités croisées et interprétez leur signe.
- Le prix de toutes les capsules (Coop et Migros) augmente de . Peut-on prédire l'effet sur les ventes de capsules Migros à l'aide des élasticités calculées? Expliquez.
Solution
1. : bien de luxe. : bien inférieur. : bien normal de nécessité.
2. La loi d'Engel affirme que la part du budget consacrée à l'alimentation de base diminue quand le revenu augmente, ce qui correspond à une élasticité-revenu comprise entre et . Ici, les dépenses de pain augmentent de tandis que le revenu augmente de : la part du pain, proportionnelle au rapport dépense/revenu, est multipliée par , elle baisse d'environ . En général, la part d'un bien évolue au taux approximatif : elle baisse si et monte si .
3. : les deux marques de capsules sont des substituts, et d'assez bons substituts vu la valeur. : café et lait sont des compléments (faibles).
4. Non. L'élasticité croisée mesure la réaction des ventes Migros à une hausse du prix Coop seul, prix Migros inchangé: les clients changent d'enseigne. Si les deux prix augmentent ensemble, il n'y a plus de report d'une marque à l'autre; l'effet sur les ventes Migros est celui d'une hausse du prix des capsules en général, gouverné par l'élasticité-prix propre de la demande de capsules (négative, et vraisemblablement inélastique compte tenu de l'absence de substitut proche pour les possesseurs d'une machine). Cet exercice illustre l'importance de la définition du marché: la demande pour une marque est bien plus élastique que la demande pour la catégorie.
On modélise le marché de la location d'appartements de trois pièces à Genève. La demande est , où est le loyer mensuel en CHF et le nombre d'appartements. À court terme, le parc est fixe: . À long terme, la construction réagit au loyer: .
- Vérifiez que les deux offres passent par le même équilibre initial et calculez le loyer d'équilibre .
- Calculez, à l'équilibre initial, l'élasticité-prix de la demande, de l'offre de court terme et de l'offre de long terme.
- L'arrivée d'organisations internationales ajoute ménages à la demande: . Calculez le nouveau loyer d'équilibre à court terme et à long terme, en pourcentage de .
- Expliquez pourquoi la hausse de long terme est plus faible et reliez le résultat aux élasticités de la question 2. Que se passerait-il si l'offre de long terme était parfaitement élastique?
Solution
1. Court terme: donne CHF. Long terme: , donc l'offre de long terme passe bien par . Le loyer d'équilibre initial est CHF pour appartements.
2. Demande: (unitaire). Offre de court terme: , donc (parfaitement inélastique). Offre de long terme: (élastique, comme le prévoit le théorème 3.5 puisque ).
3. Court terme: donne CHF, soit ; la quantité est inchangée et tout le choc passe dans le loyer. Long terme: donne , CHF, soit , avec appartements: logements ont été construits.
4. À court terme, l'offre ne peut pas réagir (): la hausse de la demande se traduit intégralement par une hausse du loyer, jusqu'à ce que la demande soit ramenée au parc existant. À long terme, l'offre élastique () absorbe une partie du choc par des quantités supplémentaires, ce qui modère la hausse de prix. En général, l'effet prix d'un déplacement de la demande est d'autant plus faible que l'offre est élastique. Si l'offre de long terme était parfaitement élastique (droite horizontale en ), le loyer reviendrait à CHF et la quantité passerait à : le choc serait entièrement absorbé par la construction. Ce modèle éclaire le débat genevois sur les loyers: tant que l'offre reste rigide (rareté du foncier, procédures, oppositions), toute hausse de la demande alimente les loyers plutôt que la construction.
Soit une fonction de demande dérivable et strictement décroissante sur , d'élasticité .
- Démontrer que la recette totale vérifie , et en déduire qu'en un maximum intérieur de la recette, l'élasticité vaut .
- Montrer que la demande () a une élasticité constante égale à .
- Réciproque: montrer que si l'élasticité d'une demande est constante, pour tout , alors est nécessairement de la forme . (Indication: écrire la condition comme une équation différentielle à variables séparables et la résoudre, comme au chapitre 12 d'Analyse I.)
- En considérant la recette comme fonction de la quantité, où est la demande inverse, montrer que la recette marginale vérifie . Que vaut pour une demande unitaire? Pour une demande parfaitement élastique?
Solution
1. Par la règle du produit, . En mettant en facteur,
En un maximum intérieur de , la dérivée s'annule (condition nécessaire du premier ordre, Analyse I); comme , il faut , soit .
2. , donc
indépendamment de .
3. L'hypothèse s'écrit , équation différentielle du premier ordre à variables séparables en la fonction inconnue . Comme , le membre de gauche est la dérivée de et le membre de droite celle de . Deux fonctions dérivables sur l'intervalle ayant la même dérivée diffèrent d'une constante:
avec . Les demandes à élasticité constante sont donc exactement les fonctions puissances (3.5); c'est ce qui justifie le modèle log-linéaire (3.13) de l'économétrie.
4. Notons la demande inverse, réciproque de ; par la dérivation des fonctions réciproques, . Alors
puisque . Pour une demande unitaire (), : vendre une unité de plus ne rapporte rien, ce qui est une autre façon de dire que la recette est maximale. Pour une demande parfaitement élastique (), : chaque unité supplémentaire se vend au prix du marché sans le faire baisser, situation du producteur en concurrence parfaite (chapitre 7). Pour une demande élastique, mais ; pour une demande inélastique, . Cette formule est le point de départ de la règle de tarification du monopole au chapitre 8.
Références
- Varian, H. R., Introduction à la microéconomie, 9e éd., De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chap. 15 (demande du marché et élasticité).
- Pindyck, R. S. et Rubinfeld, D. L., Microéconomie, 9e éd., Pearson, Montreuil, chap. 2.
- Mankiw, N. G. et Taylor, M. P., Principes de l'économie, 5e éd., De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chap. 5 (l'élasticité et ses applications).
- Krugman, P. et Wells, R., Microéconomie, 4e éd., De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chap. 6.
- Espey, M., «Gasoline demand revisited: an international meta-analysis of elasticities», Energy Economics, 20(3), 1998, p. 273–295; Gallet, C. A. et List, J. A., «Cigarette demand: a meta-analysis of elasticities», Health Economics, 12(10), 2003, p. 821–835.
- Office fédéral de la statistique (OFS), Enquête sur le budget des ménages (EBM), Neuchâtel, résultats annuels (structure des dépenses par classe de revenu).