Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- décrire les faits stylisés des fluctuations économiques (comouvement de la production, du chômage et de l'inflation, volatilité inégale des composantes de la demande) et calculer un écart de production en sachant pourquoi sa mesure est incertaine;
- dériver la courbe de demande globale à partir du modèle IS-LM du chapitre 8 en faisant varier le niveau des prix à quantité de monnaie nominale donnée, et énoncer les trois canaux qui la rendent décroissante;
- justifier la verticalité de l'offre globale de long terme en et rattacher ce niveau au taux de chômage naturel du chapitre 4 et à la croissance du chapitre 5;
- exposer les trois familles d'explications concurrentes de l'offre globale de court terme croissante (salaires rigides, prix rigides, information imparfaite) et dire ce qui les départage — ou ne les départage pas;
- analyser un choc de demande et un choc d'offre: équilibre de court terme, trajectoire d'ajustement par révision des anticipations de prix, et arbitrage de politique économique en cas de stagflation;
- discuter les arguments pour et contre la politique de stabilisation — délais, incertitude sur les multiplicateurs, risque de procyclicité, stabilisateurs automatiques — et les appliquer au cas d'une petite économie ouverte comme la Suisse.
Les fluctuations économiques: ce que montrent les données
Récession, expansion, cycle
Le chapitre 5 a décrit la croissance de long terme: l'accumulation du capital et le progrès technique font monter le PIB potentiel d'année en année, lentement et assez régulièrement. Mais la production effective ne suit pas cette tendance comme un train suit ses rails. Elle avance par à-coups: des années où elle croît nettement plus vite que la tendance, des années où elle stagne, et parfois des années où elle recule. Ces mouvements autour de la tendance sont ce que l'on appelle les fluctuations économiques, ou cycle conjoncturel.
Le mot «cycle» est trompeur. Un cycle, en physique, a une période: on peut prédire quand reviendra le prochain maximum. Les fluctuations économiques n'ont rien de périodique. Les expansions d'après-guerre ont duré de deux à plus de dix ans selon les pays et les décennies; les récessions durent en général de quelques trimestres à deux ans. Ce qui se répète n'est pas un rythme mais une structure: un ensemble de régularités entre les grandeurs macroéconomiques, que l'on appelle les faits stylisés du cycle.
Ce qui bouge ensemble
Trois régularités sont suffisamment robustes, dans les pays et dans le temps, pour servir de cahier des charges à tout modèle des fluctuations.
Premièrement, la production et l'emploi bougent ensemble. Quand le PIB réel recule, l'emploi recule et le chômage monte — avec un léger retard, parce que les entreprises commencent par réduire les heures, les intérimaires et les embauches avant de licencier. Cette relation empirique entre la croissance de la production et la variation du chômage porte le nom de loi d'Okun; nous l'introduisons ici, le chapitre 10 l'étudiera pour elle-même, et nous retiendrons dans tout le cours le calibrage
où est la croissance du PIB réel et la croissance tendancielle de la Sylvanie — exactement le auquel croît le PIB réel total en état stationnaire dans le modèle de Solow du chapitre 5. Autrement dit, il faut une croissance d'au moins pour simplement stabiliser le chômage, et chaque point de croissance en plus ou en moins fait varier le chômage de point dans l'autre sens. Le coefficient est une hypothèse de travail de ce cours, pas une constante universelle: il diffère d'un pays à l'autre selon la flexibilité du marché du travail, et il n'est stable ni dans le temps ni entre les phases du cycle.
Deuxièmement, l'inflation est procyclique, mais de façon lâche et retardée. Les périodes de forte activité s'accompagnent en général d'une accélération des prix, les récessions d'une désinflation. Le lien est cependant beaucoup plus flou que le lien production–chômage, et il s'est nettement affaibli dans plusieurs pays depuis les années 1990. Le chapitre 10 lui est entièrement consacré: c'est la courbe de Phillips.
Troisièmement, toutes les composantes de la demande ne bougent pas de la même manière. C'est le fait stylisé le plus utile pour comprendre d'où viennent les récessions.
Pourquoi cette différence? Quatre mécanismes se conjuguent, et il vaut la peine de les distinguer.
- Le lissage de la consommation. Les ménages cherchent à maintenir un niveau de vie régulier. Face à une baisse de revenu qu'ils jugent temporaire, ils puisent dans leur épargne ou empruntent plutôt que de couper brutalement leurs dépenses. La consommation suit donc le revenu permanent plutôt que le revenu courant, et elle amortit les chocs au lieu de les amplifier. Les dépenses de biens durables (voitures, électroménager) font exception: on peut toujours reporter d'un an le remplacement d'une voiture, et ce poste est presque aussi volatile que l'investissement.
- L'irréversibilité et l'option d'attendre. Une machine installée ne se revend pas à son prix d'achat, un bâtiment industriel encore moins. Quand l'avenir devient incertain, il y a une valeur à attendre avant d'engager une dépense irréversible: on repousse la décision d'un ou deux trimestres, le temps d'y voir clair. Si toutes les entreprises font ce calcul en même temps, l'investissement agrégé s'effondre alors même qu'aucune d'elles n'a révisé ses perspectives de long terme.
- L'accélérateur. L'investissement net sert à faire croître le stock de capital. Si le capital désiré est proportionnel à la production, , alors l'investissement net vaut : il dépend de la variation de la production, pas de son niveau. Un simple ralentissement de la croissance — pas même une baisse de la production — suffit à faire chuter l'investissement net. Ce mécanisme, dit de l'accélérateur, amplifie mécaniquement toute inflexion de la conjoncture.
- Le financement. L'investissement est financé par crédit et par fonds propres. En récession, les bilans se dégradent, les garanties perdent de la valeur, les banques resserrent leurs critères, et les entreprises les plus dépendantes du crédit coupent leurs projets même rentables. La crise financière de 2008 est l'exemple canonique de ce canal.
L'écart de production, et pourquoi on ne le connaît pas
Pour dire si une économie est en récession ou en surchauffe, il ne suffit pas de regarder la croissance: il faut la comparer à ce dont l'économie est capable. C'est l'objet de l'écart de production.
En 2024, la Sylvanie produit pour un potentiel : son écart de production est nul, et son chômage égale exactement . Les deux constats se répondent, et ce n'est pas un hasard: est défini comme le niveau de production associé à .
En 2024, la Sylvanie produit pour un potentiel estimé et affiche pour . Laquelle de ces affirmations est correcte?
La demande globale
Ce que la courbe de demande globale n'est pas
Attention au piège: la DG n'est pas la courbe de demande d'un marché particulier agrandie. Sur le marché des vélos, une hausse du prix du vélo fait baisser la quantité demandée parce que les acheteurs se reportent sur d'autres biens. Ici, il n'y a pas d'ailleurs: est le prix de tous les biens à la fois, et l'effet de substitution vers un autre bien n'existe pas. La pente négative de la DG a donc des causes entièrement différentes.
Trois canaux
- L'effet d'encaisses réelles. La quantité de monnaie nominale en circulation est donnée à court terme par la banque centrale. Si monte, le pouvoir d'achat de cette monnaie, , diminue: les ménages sont moins riches en termes réels et réduisent leurs dépenses. Cet effet direct porte le nom d'effet Pigou.
- L'effet de taux d'intérêt (le plus important en pratique, et celui que formalise IS-LM). Si monte, les encaisses réelles diminuent; comme la demande de monnaie réelle dépend du revenu et du taux d'intérêt, l'équilibre du marché monétaire exige un taux d'intérêt plus élevé; l'investissement et les achats de biens durables, sensibles au taux, reculent; la production demandée baisse. C'est l'effet Keynes.
- L'effet de change. En économie ouverte, la hausse du taux d'intérêt attire les capitaux et apprécie la monnaie nationale; les exportations deviennent plus chères pour l'étranger et les importations meilleur marché, si bien que recule. Par ailleurs, à taux de change nominal donné, une hausse de renchérit directement les produits nationaux par rapport aux produits étrangers. Ce canal est central pour la Suisse et fait l'objet du chapitre 12.
Les trois jouent dans le même sens; leur importance relative dépend du régime de change et du degré d'ouverture.
Dérivation propre: la DG sort d'IS-LM
Les trois canaux ci-dessus sont des arguments verbaux. La construction rigoureuse consiste à reprendre le modèle IS-LM du chapitre 8 et à y faire varier , la quantité de monnaie nominale restant fixe. Chaque valeur de donne un équilibre IS-LM, donc un couple : l'ensemble de ces couples est la courbe de demande globale.
Rappelons le calibrage du chapitre 8 pour la Sylvanie (prix normalisés à en 2024):
d'où la courbe IS , et la courbe LM avec . Rappelons aussi la convention de notation du cours: est en points de pourcentage, donc signifie .
Démonstration. Résolvons IS en : . Résolvons LM en : de on tire . Égalons les deux expressions:
d'où . Avec et : . En , et , ce qui redonne l'équilibre du chapitre 8, donc et : les comptes nationaux sont retrouvés.
Lisez l'équation comme la traduction algébrique de l'effet Keynes: c'est le rapport — les encaisses réelles — qui entre dans la demande globale. Doubler à constant a exactement le même effet sur que diviser par deux à constant. Quelques points de la courbe:
| d'équilibre | |||
|---|---|---|---|
| 0,90 | 266,7 | 626,7 | 2,33 |
| 0,95 | 252,6 | 612,6 | 2,68 |
| 1,00 | 240,0 | 600,0 | 3,00 |
| 1,05 | 228,6 | 588,6 | 3,29 |
| 1,10 | 218,2 | 578,2 | 3,55 |
| 1,20 | 200,0 | 560,0 | 4,00 |
On voit la mécanique: quand les prix montent de , les encaisses réelles tombent de à , le taux d'intérêt d'équilibre passe de à , l'investissement recule et la production demandée passe de à .
Ce qui déplace la courbe de demande globale
Un mouvement le long de la DG répond à une variation de . Un déplacement de la DG répond à tout ce qui change à donné, c'est-à-dire à tout ce qui déplace IS ou LM:
- politique budgétaire: une hausse de ou une baisse de déplace IS vers la droite, donc la DG vers la droite;
- politique monétaire: une hausse de augmente à donné, donc déplace la DG vers la droite;
- chocs de demande privés: effondrement de la confiance des ménages (), révision des anticipations de profit des entreprises (), resserrement du crédit, chute de la richesse immobilière ou boursière;
- chocs externes: récession chez les principaux partenaires commerciaux, appréciation de la monnaie — deux mécanismes qui pèsent sur et que la Suisse connaît bien.
Avec le calibrage de la Sylvanie, l'amplitude du déplacement se calcule: si la dépense autonome varie de , l'intercept de l'IS varie de , donc la DG se déplace horizontalement de . Le multiplicateur pertinent pour la demande globale vaut , et non : la moitié du multiplicateur keynésien est mangée par l'éviction par le taux d'intérêt, exactement comme au chapitre 8.
Le gouvernement de la Sylvanie augmente ses dépenses de milliards UM. De combien la courbe de demande globale se déplace-t-elle horizontalement (en milliards UM, à niveau des prix donné)?
L'offre globale
La demande globale dit ce que l'on veut acheter à chaque niveau de prix. L'offre globale dit ce que l'on veut produire. Et c'est ici que la macroéconomie se dédouble: la réponse n'est pas la même selon l'horizon.
L'offre globale de long terme: verticale
Démonstration (argument d'homogénéité). Supposons que tous les prix nominaux — prix des biens, salaires, loyers, prix des consommations intermédiaires — doublent simultanément. Aucun prix relatif n'a changé: le salaire réel , le prix relatif de l'énergie, le rapport du prix de vente au coût unitaire sont tous inchangés. Une entreprise qui maximisait son profit en produisant une certaine quantité maximise encore son profit en produisant exactement la même quantité, puisque son programme ne dépend que de prix relatifs. Un travailleur qui acceptait un certain nombre d'heures accepte le même nombre d'heures. L'équilibre réel est donc inchangé: ne dépend pas de .
Cette propriété porte un nom: la dichotomie classique, c'est-à-dire la séparation entre les variables réelles (production, emploi, salaire réel, taux d'intérêt réel), déterminées par la technologie, les dotations et les préférences, et les variables nominales (niveau des prix, PIB nominal, salaire nominal), déterminées par la quantité de monnaie. On dit aussi que la monnaie est neutre à long terme. Le chapitre 7 en a donné l'expression la plus célèbre, l'équation quantitative : à et donnés, est proportionnel à .
Le niveau se déplace, mais pour des raisons réelles, et généralement lentement:
- la technologie et le capital: c'est tout le chapitre 5. Le progrès technique et la croissance de la population active retenus pour la Sylvanie donnent une croissance du potentiel de par an pour le PIB réel total, et de pour le PIB par tête. Attention au piège: en unités efficaces, la croissance d'état stationnaire est nulle par construction — c'est tout le sens de la normalisation du chapitre 5. La croissance observée en 2024, , est inférieure à cette tendance de : c'est une année de croissance légèrement sous la tendance, et non la tendance elle-même. C'est précisément ce qui ramène la Sylvanie sur son potentiel: avec , le potentiel de 2023 valait pour un PIB réel effectif de , soit un écart de production de en 2023, refermé en 2024. Par la loi d'Okun , point, et le chômage remonte de en 2023 à en 2024;
- le marché du travail: tout ce qui abaisse — meilleur appariement entre offres et demandes d'emploi, formation, mobilité, fiscalité du travail, générosité et conditionnalité de l'assurance chômage — relève et donc . C'est la raison pour laquelle le chapitre 4 et ce chapitre-ci sont indissociables: et sont les deux faces de la même grandeur, et un choc structurel qui fait monter fait baisser ;
- les ressources et les institutions: la disponibilité de l'énergie, la qualité des infrastructures, l'ouverture commerciale, la sécurité juridique.
L'offre globale de court terme: trois théories concurrentes
À court terme, l'expérience et les données montrent qu'une hausse du niveau général des prix s'accompagne d'une hausse de la production. La courbe d'offre globale de court terme (OGCT) est croissante. Pourquoi? Il n'y a pas une réponse mais trois, développées par des traditions différentes, qui aboutissent à la même forme réduite.
Théorie 1 — Les salaires nominaux sont rigides. Les salaires sont fixés par des contrats, des conventions collectives, des usages de négociation annuelle. Sur l'horizon d'un tel contrat, le salaire nominal est donné. Si le niveau des prix dépasse ce qu'on anticipait, le salaire réel baisse mécaniquement, le travail devient meilleur marché pour les entreprises, elles embauchent et produisent davantage. Conséquence testable: le salaire réel devrait être contracyclique.
Théorie 2 — Les prix sont rigides. Changer un prix coûte quelque chose: réimprimer les catalogues et les cartes, reprogrammer les caisses, renégocier avec les clients, perdre en lisibilité commerciale — ce sont les coûts de menu, au sens large. Une partie des entreprises garde donc son prix affiché inchangé pendant un temps. Si la demande globale augmente, ces entreprises vendent simplement plus au même prix, tandis que les autres ajustent: le niveau général des prix ne monte que partiellement, et la production augmente. C'est le cœur de la macroéconomie néo-keynésienne contemporaine.
Théorie 3 — Les perceptions sont imparfaites. Une entreprise observe très bien le prix de son propre produit et très mal, en temps réel, le niveau général des prix. Si elle voit son prix de vente monter, elle ne peut pas savoir immédiatement s'il s'agit d'une hausse de son prix relatif — auquel cas il faut produire davantage — ou d'une inflation générale — auquel cas il ne faut rien changer. Dans le doute, elle produit un peu plus. Cette théorie, développée par Milton Friedman et Edmund Phelps puis formalisée par Robert Lucas, met l'accent sur l'information et non sur les rigidités nominales.
Calibrage retenu dans ce chapitre. Nous posons et, en 2024, , d'où
C'est une hypothèse didactique de ce chapitre, ajoutée au calibrage commun du cours: elle n'est pas estimée sur des données et elle a été choisie pour rendre les calculs lisibles. Elle signifie qu'une surprise de prix d'un point d'indice () fait varier la production de milliards UM, soit environ du PIB. Vérifions la cohérence avec la DG: l'équilibre de 2024 résout , soit , soit , dont la racine positive est et alors . Les trois courbes passent bien par le même point, comme le montre la figure 9.1.
Rangez ces étapes dans l'ordre du mécanisme qui rend l'OGCT croissante dans la version «salaires nominaux rigides».
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Le niveau des prix effectif dépasse
- La production dépasse le potentiel
- Les salaires nominaux sont fixés par contrat sur la base d'un niveau de prix anticipé
- Le salaire réel baisse en dessous de ce qui était prévu
- Le coût réel du travail diminue et les entreprises embauchent davantage
Équilibre de court terme et ajustement vers le long terme
L'équilibre de court terme est l'intersection de la DG et de l'OGCT: c'est le couple qui rend compatibles ce que l'on veut acheter et ce que l'on veut produire, les anticipations étant données. L'équilibre de long terme exige en plus que les anticipations soient vérifiées, , ce qui d'après équivaut à : les trois courbes se coupent en un même point.
Le passage de l'un à l'autre se fait par un mécanisme unique, qu'il faut savoir énoncer:
Nous modéliserons la révision des anticipations de la façon la plus simple possible, dite adaptative: , les agents anticipent pour la période suivante le niveau des prix qu'ils viennent d'observer. C'est une hypothèse commode et clairement insuffisante — elle suppose que les agents se trompent systématiquement dans le même sens pendant tout l'ajustement. Le chapitre 10 lui opposera les anticipations rationnelles et montrera que le choix entre les deux change radicalement le coût d'une désinflation. Ici, elle a l'avantage de produire une trajectoire que l'on peut calculer pas à pas et lire sur un graphique.
Un choc de demande négatif
Le choc et son effet immédiat
Supposons qu'en 2025 les entreprises de la Sylvanie révisent à la baisse leurs perspectives de profit et que l'investissement autonome passe de à , soit milliards UM. Rien d'autre ne change: la banque centrale maintient , le budget est inchangé.
- L'IS se déplace: devient , un déplacement horizontal de .
- La DG se déplace de moitié: devient , soit milliards UM à chaque niveau de prix. L'autre moitié est absorbée par la baisse du taux d'intérêt le long de la LM, qui soutient l'investissement.
C'est exactement le choc traité au chapitre 8, et l'on peut vérifier la continuité entre les deux chapitres: à prix fixes (), la nouvelle DG donne , soit la réponse du modèle IS-LM. Le modèle OG/DG ne contredit pas ce résultat, il le raffine: en laissant les prix baisser, il montre qu'une partie du choc est absorbée par la déflation et que la récession est donc moins profonde que ne le prédisait le modèle à prix fixes. Nous allons obtenir et non .
Remarquez la chaîne complète: un choc nominalement neutre sur les prix — une révision des anticipations de profit — produit une récession et une déflation, parce que l'OGCT n'est pas verticale. Si elle l'était, le choc de demande ne ferait baisser que les prix et pas du tout la production.
L'ajustement spontané
Le point n'est pas un état de repos: à , le chômage excède et la pression déflationniste persiste. En anticipations adaptatives, est révisé à , l'OGCT descend, un nouvel équilibre de court terme apparaît, et ainsi de suite. Le tableau ci-dessous donne la trajectoire, calculée tour après tour (chaque ligne résout pour le de la colonne de gauche):
| Tour | hérité | d'équilibre | Écart de production | |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 1,000 | 0,9390 | 575,6 | −4,07 % |
| 2 | 0,9390 | 0,9032 | 585,7 | −2,38 % |
| 3 | 0,9032 | 0,8828 | 591,8 | −1,36 % |
| 4 | 0,8828 | 0,8714 | 595,4 | −0,76 % |
| 5 | 0,8714 | 0,8650 | 597,4 | −0,43 % |
| 6/7 = 0,8571 | 0,8571 | 600,0 | 0,00 % |
L'équilibre de long terme se trouve directement: il faut sur la nouvelle DG, donc , soit . Le niveau des prix a baissé de au total, dont dès le premier tour, et la production est revenue à son potentiel. Au point final, et : les encaisses réelles ont augmenté de à , ce qui a suffi à ramener l'investissement à son niveau initial malgré la baisse de .
Reprenez le choc de demande de la Sylvanie (DG: ) mais supposez que l'OGCT est plus plate, avec au lieu de , l'anticipation restant . Quel est l'écart de production de court terme, en pourcentage (donnez un nombre négatif)?
Un choc d'offre négatif: la stagflation
Le cas qui casse le modèle simple
Jusqu'ici, production et prix bougeaient dans le même sens: une demande plus faible, et les deux baissent. C'est le monde dans lequel la politique de stabilisation est facile, parce qu'il n'y a pas d'arbitrage: soutenir la demande corrige à la fois la récession et la déflation.
Un choc d'offre détruit cette commodité. Une hausse brutale du prix du pétrole, du gaz ou de l'électricité, une mauvaise récolte mondiale, une rupture d'approvisionnement, une hausse des coûts salariaux non compensée par la productivité: tous renchérissent la production d'une quantité donnée de biens. Pour chaque niveau de production, les entreprises exigent désormais un prix plus élevé, et l'OGCT se déplace vers le haut.
Formellement, nous écrivons l'OGCT choquée
où mesure le choc: c'est la hausse de prix que les entreprises exigent, à production inchangée, pour couvrir le renchérissement de leurs coûts. Nous retiendrons , soit un choc qui exige de prix en plus — un choc énergétique sévère. C'est une hypothèse de ce chapitre, posée pour fixer les idées.
L'arbitrage sans solution
Voici pourquoi ce passage est le plus instructif du chapitre. Face à une récession de demande, la banque centrale et le gouvernement ont un objectif unique: soutenir la demande. Face à un choc d'offre, les deux objectifs de la stabilisation — production et prix — pointent dans des directions opposées, et il n'existe aucun instrument de demande qui corrige les deux à la fois.
Option A: accommoder. La banque centrale augmente la quantité de monnaie pour ramener la production à son potentiel. Il faut que la DG passe par sur la nouvelle OGCT. Sur , donne exactement . Comme la DG s'écrit , il faut , soit
c'est-à-dire une hausse de la monnaie nominale de . Le chômage revient à , le taux d'intérêt revient à et les encaisses réelles à — mais le niveau des prix est monté de et il y reste. On a acheté l'emploi avec de l'inflation.
Option B: ne pas accommoder. La banque centrale laisse . L'économie reste en : de production en moins et point de chômage en plus, mais l'inflation supplémentaire est absorbée et, quand le choc se dissipe ( revient vers ) et que les anticipations sont révisées, l'économie retourne vers avec un niveau des prix inchangé à long terme.
Option C: durcir. Pour ramener immédiatement les prix à , il faudrait réduire et creuser encore la récession. C'est la politique de désinflation de type Volcker, et elle sera étudiée au chapitre 10.
Aucune de ces options n'est dominée par une autre: le choix dépend de la valeur relative que l'on accorde à la stabilité des prix et à l'emploi, de la crédibilité de la banque centrale, et surtout du risque que l'inflation temporaire s'inscrive dans les anticipations et devienne permanente. C'est ce dernier risque — l'accommodation d'aujourd'hui qui devient l'inflation anticipée de demain — qui a conduit, après les années 1970, à la généralisation des banques centrales indépendantes chargées d'un mandat de stabilité des prix.
Une économie subit un choc d'offre négatif. La banque centrale décide d'accommoder entièrement en augmentant la quantité de monnaie. Que devient l'économie à court terme?
L'explorateur OG/DG
Le modèle complet tient en trois équations et deux chocs. L'explorateur ci-dessous les met sous vos doigts: le curseur déplace horizontalement la demande globale (choc de demande), le curseur déplace verticalement l'offre globale de court terme (choc d'offre), et le curseur en change la pente. La verticale en , elle, ne bouge jamais: aucun choc de demande, aucune politique de demande ne déplace le PIB potentiel. C'est la leçon que le readout «PIB potentiel» répète en restant figé pendant que tout le reste bouge.
Trois manipulations à faire avant de lire la suite:
- Mettez et faites varier seul: et varient dans le même sens. Diagnostic: récession ou surchauffe.
- Mettez et faites varier seul: et varient en sens opposés. Diagnostic: stagflation pour .
- Fixez un choc de demande négatif, puis augmentez : la récession s'aggrave et la baisse des prix s'atténue. Une économie à prix très rigides encaisse les chocs de demande en quantités.
Explorateur offre globale / demande globale
DG: Y = 360 + Δ + 240/P, dérivée d'IS-LM à monnaie nominale fixe. OGCT: Y = 600 + λ(P − 1 − σ). OGLT: Y = 600, que rien ne déplace. Le diagnostic affiché («surchauffe», «récession», «stagflation», «à son potentiel») repose sur des seuils de ±0,5 % que nous avons choisis pour la lisibilité: c'est une construction didactique, pas une définition officielle du cycle.
La politique de stabilisation: pour et contre
Le modèle OG/DG rend un service très concret: il permet de poser correctement la question de la politique conjoncturelle. Faut-il chercher activement à combler les écarts de production par la politique budgétaire et monétaire, ou faut-il s'abstenir et laisser jouer l'ajustement?
Les arguments pour
- Le coût du sous-emploi est réel et en partie irréversible. Un chômage prolongé détruit du capital humain: les compétences se dégradent, les réseaux professionnels se défont, les employeurs discriminent contre les chômeurs de longue durée. Le chômage conjoncturel se transforme alors en chômage structurel, et monte — un phénomène appelé hystérèse. Dans ce cas, la récession n'est pas un simple écart temporaire autour d'une tendance: elle abîme la tendance elle-même, et l'argument «l'économie reviendra seule à » perd sa force puisque a baissé entre-temps.
- L'ajustement peut être très lent, voire bloqué. Nous l'avons vu: rigidité des salaires nominaux à la baisse, déflation par la dette, et — argument devenu central depuis 2008 — borne inférieure sur les taux d'intérêt nominaux. Quand est déjà à zéro ou légèrement négatif, la politique monétaire conventionnelle ne peut plus déplacer la DG vers la droite, et c'est la politique budgétaire qui devient l'instrument disponible.
- La stabilisation est moins coûteuse que l'assurance privée. Les ménages ne peuvent pas s'assurer individuellement contre une récession générale: le risque est agrégé, donc non diversifiable. L'État, qui peut emprunter à long terme et lisser sur plusieurs générations, est le seul agent capable de le porter.
Les arguments contre
- Les trois délais. C'est l'objection de Milton Friedman, et elle est redoutable parce qu'elle est purement pratique.
- Le délai de reconnaissance: les comptes nationaux trimestriels sortent avec plusieurs semaines de retard et sont ensuite révisés. On sait souvent qu'une récession a commencé six à neuf mois après son début.
- Le délai de décision: une mesure budgétaire doit être conçue, arbitrée, votée, parfois soumise au référendum en Suisse. Ce délai est court pour la politique monétaire (un comité qui se réunit quelques fois par an) et long pour la politique budgétaire.
- Le délai d'action: une baisse de taux met plusieurs trimestres à se transmettre à l'investissement et à l'inflation; un programme d'infrastructures met des années à se dépenser.
- Additionnez: une relance décidée sur un diagnostic vieux de six mois produira son effet principal deux ans plus tard, c'est-à-dire souvent après la fin de la récession. La politique de stabilisation risque alors d'être procyclique: elle stimule une économie qui est déjà repartie, et elle ajoute de l'inflation au lieu d'ajouter de l'emploi.
- L'incertitude sur les multiplicateurs. Pour doser une relance, il faut connaître le multiplicateur — de combien le PIB augmente par franc dépensé. Or c'est l'une des grandeurs les plus disputées de la discipline.
- L'incohérence temporelle et l'économie politique. Les relances sont politiquement faciles, les restrictions politiquement coûteuses. Le résultat empirique est un biais asymétrique: on stabilise vigoureusement en bas de cycle et beaucoup moins en haut, ce qui produit une dérive de la dette sur plusieurs cycles. C'est l'argument principal en faveur des règles budgétaires.
Les stabilisateurs automatiques: le compromis
Une grande partie du débat se dissout dès qu'on remarque qu'une économie moderne stabilise automatiquement, sans qu'aucune décision ne soit prise.
Leur grand avantage est qu'ils n'ont aucun délai de reconnaissance ni de décision: ils s'enclenchent au moment même où les revenus baissent. Leur inconvénient symétrique est qu'on ne peut pas les doser: leur puissance est fixée par la structure du système fiscal et social. Dans les pays où les prélèvements et les transferts représentent une part importante du PIB, ils absorbent une fraction substantielle des chocs de revenu — ce qui est, incidemment, l'une des raisons pour lesquelles les fluctuations sont plus amorties en Europe qu'aux États-Unis.
Le cas suisse: très exposée, peu volatile
La Suisse est un cas d'école pour ce chapitre, parce qu'elle réunit deux caractéristiques a priori contradictoires: une exposition aux chocs externes parmi les plus fortes des économies avancées, et des fluctuations historiquement modérées.
L'exposition
La Suisse est une petite économie ouverte. Les exportations et les importations de biens et services représentent, additionnées, une part du PIB supérieure à celle de la plupart des grands pays; l'industrie d'exportation est concentrée sur quelques branches à forte valeur ajoutée (chimie et pharma, machines et instruments de précision, horlogerie), et les services financiers ajoutent une sensibilité aux cycles financiers mondiaux. Une récession chez les principaux partenaires — l'Union européenne au premier chef — se transmet directement à , donc à la demande globale.
S'y ajoute un canal spécifiquement suisse: le franc comme valeur refuge. Lors d'un choc mondial, les capitaux affluent vers le franc, qui s'apprécie — au moment précis où les exportateurs auraient besoin du contraire. Une appréciation forte se comporte comme un choc de demande négatif (les exportations deviennent chères) et comme un choc d'offre favorable sur les prix (les importations, énergie comprise, deviennent bon marché): dans le diagramme OG/DG, la DG recule pendant que l'OGCT descend. C'est la combinaison qui a produit, lors de l'abandon du taux plancher EUR/CHF en janvier 2015, un ralentissement de l'activité accompagné d'une baisse du niveau des prix, et non de la stagflation. Le chapitre 12 traite ce mécanisme en détail.
Les amortisseurs
Pourquoi, alors, les fluctuations du chômage suisse sont-elles restées modérées, y compris dans des épisodes où le PIB a fortement reculé? Trois mécanismes, sans invoquer aucune statistique inventée.
Le chômage partiel (réduction de l'horaire de travail, RHT). C'est l'amortisseur le plus caractéristique.
Du point de vue du modèle, la RHT change la manière dont un choc de demande négatif se transmet: la production baisse, mais l'emploi mesuré baisse beaucoup moins, si bien que le chômage enregistré sous-estime l'ampleur du choc et que la loi d'Okun suisse a un coefficient plus faible qu'ailleurs. Les avantages sont réels — préservation du capital humain spécifique à l'entreprise, redémarrage rapide en sortie de crise, moindre risque d'hystérèse. Le coût l'est aussi, et il faut le dire: le dispositif ralentit la réallocation de la main-d'œuvre. Si le choc n'était pas temporaire mais structurel, la RHT maintient en vie des emplois qui auraient dû se déplacer vers d'autres secteurs. C'est le cœur du débat sur ce type d'instrument, en Suisse comme ailleurs.
La flexibilité de la main-d'œuvre étrangère et frontalière. Une part importante de l'emploi en Suisse est occupée par des travailleurs frontaliers et par des résidents étrangers sous permis. En récession, les flux d'entrée se tarissent et une partie de la main-d'œuvre non résidente quitte le marché suisse: la population active elle-même diminue. Comme , une baisse de l'emploi qui s'accompagne d'une baisse du dénominateur se traduit par une hausse du chômage plus faible qu'une baisse d'emploi équivalente dans une économie fermée. Ce mécanisme a joué un rôle majeur dans l'épisode du milieu des années 1970, où la contraction du PIB a été sévère alors que le chômage enregistré est resté très bas. C'est un amortisseur pour la statistique suisse du chômage; ce n'est évidemment pas un amortisseur pour les personnes concernées, dont l'ajustement est simplement exporté.
La structure de l'économie. Une partie de l'exportation suisse — la pharma en particulier — est peu sensible au cycle, parce que la demande de médicaments ne suit pas la conjoncture. La diversification entre branches très cycliques (machines, horlogerie de luxe) et branches acycliques amortit mécaniquement le PIB agrégé. S'y ajoutent des finances publiques solides, qui laissent de la place aux stabilisateurs automatiques sans mettre en cause la soutenabilité de la dette (chapitre 11), et un mandat clair de stabilité des prix confié à la BNS.
Synthèse
- Les fluctuations sont un ensemble de régularités, pas un cycle périodique: production, emploi et inflation bougent ensemble, la consommation est plus lisse que le PIB et l'investissement beaucoup plus volatile — pour des raisons de lissage, d'irréversibilité, d'accélérateur et de financement. L'écart de production résume la position conjoncturelle, mais est non observé et estimé avec une large incertitude.
- La demande globale est décroissante par trois canaux (encaisses réelles, taux d'intérêt, taux de change). Dérivée d'IS-LM à monnaie nominale fixe, elle s'écrit pour la Sylvanie et passe par . Elle se déplace de pour une variation de dépense autonome : le multiplicateur pertinent vaut , pas , à cause de l'éviction.
- L'offre globale de long terme est verticale en : la production de long terme dépend de la technologie, du capital et du marché du travail, jamais des prix, et est le pendant de . L'offre globale de court terme est croissante, , et trois théories concurrentes — salaires rigides, prix rigides, information imparfaite — y conduisent sans qu'aucune ne soit établie seule par les données.
- Un choc de demande négatif fait baisser production et prix; l'ajustement passe par la révision à la baisse de , qui ramène à au prix d'une baisse durable du niveau des prix ( puis en Sylvanie). Sa vitesse est contestée: rigidité à la baisse des salaires, déflation par la dette et borne inférieure des taux peuvent le bloquer.
- Un choc d'offre négatif fait baisser la production et monter les prix: c'est la stagflation (), le seul cas où les deux objectifs de la stabilisation s'opposent. Accommoder ( de à ) ramène à mais entérine ; ne pas accommoder préserve le niveau des prix au prix de la récession. Les années 1970 ont imposé cette distinction à toute la discipline.
- La politique de stabilisation se juge sur les délais (reconnaissance, décision, action), l'incertitude sur des multiplicateurs dont la taille est contestée et dépend de l'état du cycle, du régime de change et de la réaction monétaire, et le risque de procyclicité. Les stabilisateurs automatiques échappent aux délais mais pas au dosage. En Suisse, la RHT et la flexibilité de la main-d'œuvre frontalière amortissent la traduction des chocs en chômage enregistré — sans supprimer les chocs, et au prix d'une réallocation plus lente.
Série d'exercices du chapitre 9
Exercice 1 sur 5Laquelle de ces variations déplace la courbe de demande globale, plutôt que de provoquer un mouvement le long de cette courbe?
Un choc de demande et sa correction budgétaire
La Sylvanie est en 2024 à l'équilibre: DG , OGCT , OGLT , équilibre . En 2025, une récession chez ses partenaires commerciaux fait chuter les exportations autonomes de milliards UM. La banque centrale ne bouge pas () et les anticipations restent la première année.
- 1
1. De combien la courbe de demande globale se déplace-t-elle?
La dépense autonome varie de ; l'IS se déplace de et la DG de la moitié.
ExerciceDéplacement horizontal de la DG, en milliards UM (nombre négatif).
2. Quel est le niveau des prix d'équilibre de court terme?
3. Quel est l'écart de production?
4. Quelle hausse des dépenses publiques ramènerait immédiatement la production au potentiel?
Exercices
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Pour chacun des cinq événements suivants, dites quelle courbe se déplace (DG, OGCT, OGLT), dans quel sens, et ce qu'il advient à court terme de la production et du niveau des prix.
- La banque centrale relève fortement son taux directeur et réduit la monnaie en circulation.
- Le prix mondial du gaz double.
- Une réforme de l'assurance chômage améliore durablement l'appariement entre offres et demandes d'emploi et fait baisser .
- Une vague d'optimisme fait bondir l'investissement des entreprises.
- La monnaie nationale s'apprécie fortement.
Solution
- DG vers la gauche (baisse de , donc de ). Court terme: baisse et baisse. On descend le long de l'OGCT.
- OGCT vers le haut (choc d'offre négatif, ). Court terme: baisse et monte — stagflation. On remonte le long de la DG.
- OGLT vers la droite ( baisse donc et montent), et l'OGCT l'accompagne. Court terme: effet faible, l'essentiel se produit à long terme, où monte et baisse. C'est le seul des cinq événements qui améliore durablement la production.
- DG vers la droite (hausse de ). Court terme: monte et monte. Si la hausse porte au-dessus de , les anticipations seront révisées à la hausse et l'économie reviendra à avec un niveau des prix plus élevé.
- Effet double, et c'est l'intérêt de la question. La DG se déplace vers la gauche (les exportations deviennent chères, baisse) et l'OGCT vers le bas (les intrants importés, énergie comprise, coûtent moins cher: ). Les deux effets font baisser sans ambiguïté; l'effet sur est négatif par la DG et positif par l'OGCT, donc ambigu, mais il est généralement négatif à court terme pour une économie où la demande étrangère pèse lourd. C'est la situation suisse lors des épisodes de franc fort.
Une économie est décrite par , , , , , et par une demande de monnaie réelle . La quantité de monnaie nominale vaut .
- Établissez l'équation de la courbe IS.
- Établissez l'équation de la courbe de demande globale .
- Calculez pour et pour , et commentez.
Solution
1. Courbe IS. , car . Donc et
2. Demande globale. De l'IS: . De la LM: , soit . En égalant:
d'où
3. Deux points. : et . : et .
Une hausse de du niveau des prix réduit la production demandée de à , soit : les encaisses réelles tombent de à , le taux d'intérêt monte de à et l'investissement recule de à . La courbe est bien décroissante et convexe, comme celle de la Sylvanie. La forme générale, pour une IS et une LM , est
qui redonne ici (, , , ) et pour la Sylvanie (, , , ). Ce sont la décroissance et la convexité qui sont générales, pas les coefficients.
La Sylvanie part de avec DG , OGCT et . Le gouvernement augmente ses dépenses de milliards UM.
- Écrivez la nouvelle DG.
- Calculez l'équilibre de court terme et l'écart de production.
- Calculez l'équilibre de long terme et commentez ce qui est arrivé à la production et aux prix.
- Que vaut le multiplicateur budgétaire à court terme? Et à long terme?
Solution
1. déplace l'IS de et la DG de :
2. On résout , soit , soit :
Écart de production: . L'économie est en surchauffe, et le niveau des prix a monté de .
3. À long terme, impose . Sur la nouvelle DG: , donc
La production est revenue à et le niveau des prix a monté de . Toute la relance s'est transformée en prix: c'est l'éviction complète de long terme. Le taux d'intérêt final vaut contre initialement — la dépense publique a évincé l'investissement privé, qui passe de à , soit exactement les de dans l'autre sens.
4. Multiplicateur de court terme: . Multiplicateur de long terme: . Comparez avec le multiplicateur keynésien et avec le multiplicateur IS-LM à prix fixes, égal à : chaque couche de réalisme — éviction par le taux d'intérêt, puis réaction des prix — en retire une part. La leçon est que l'affirmation «le multiplicateur vaut tant» dépend entièrement de l'horizon et du modèle.
Reprenez le choc d'offre du chapitre: OGCT (soit , ), DG avec , et le point de stagflation .
- Calculez la quantité de monnaie qui ramène la production à , et le niveau des prix correspondant.
- Calculez la quantité de monnaie qui ramène le niveau des prix à , et la production correspondante.
- Rangez les trois issues (ne rien faire, accommoder, durcir) selon l'écart de production et selon le niveau des prix, et expliquez pourquoi aucune ne domine les autres.
Solution
1. Accommoder. Sur l'OGCT, exige , soit . Sur la DG, . Hausse de de la monnaie nominale; écart de production nul; niveau des prix .
2. Durcir. Sur l'OGCT, donne . Sur la DG, . Il faut donc réduire la monnaie nominale de à , soit . Écart de production: ; niveau des prix stabilisé à . Avec la loi d'Okun du cours, points, soit un chômage de l'ordre de .
3. Le tableau des trois issues.
| Politique | Écart | |||
|---|---|---|---|---|
| Durcir | 200 | 560,0 | −6,67 % | 1,000 |
| Ne rien faire | 240 | 585,6 | −2,40 % | 1,064 |
| Accommoder | 264 | 600,0 | 0,00 % | 1,100 |
Les trois lignes sont ordonnées de façon strictement opposée sur les deux colonnes qui comptent: plus on protège la production, moins on protège le niveau des prix, et réciproquement. Il n'existe aucune politique de demande qui améliore les deux, parce que le choc n'est pas un choc de demande: il a déplacé l'offre, et une courbe de demande ne peut que choisir un point sur la nouvelle offre. Le choix relève d'une pondération des objectifs — que l'on confie précisément pour cette raison à un mandat légal (stabilité des prix) plutôt qu'à une décision discrétionnaire au cas par cas. Ajoutons l'argument dynamique décisif: accommoder aujourd'hui fait monter demain, ce qui déplace à nouveau l'OGCT vers le haut et enclenche une spirale. C'est ce que la décennie 1970 a enseigné, et c'est le sujet du chapitre 10.
On observe, pour une économie dont on ne connaît pas le modèle, les faits suivants sur une année: le PIB réel recule de et le niveau des prix augmente de .
- Quelle est la nature la plus probable du choc? Justifiez avec le diagramme OG/DG.
- Un observateur affirme: «Cette économie est en récession, il faut une relance budgétaire.» Discutez.
- Avec le calibrage de la Sylvanie, montrez que la même DG et la même OGCT produisent un écart de production de si et de si pour un choc de demande de . Qu'en concluez-vous sur ce que l'on peut inférer d'une observation unique?
- Que faudrait-il connaître en plus pour donner un avis de politique économique défendable?
Solution
1. Production en baisse et prix en hausse: c'est la signature d'un choc d'offre négatif. Un choc de demande négatif ferait baisser les deux. Dans le diagramme, l'économie s'est déplacée le long de la DG vers le haut et la gauche, ce qui suppose que c'est l'OGCT qui a bougé. Les chiffres correspondent exactement au point du chapitre ( et ), obtenu avec .
2. L'affirmation confond le symptôme et la cause. Une relance budgétaire déplace la DG vers la droite: elle ramènerait effectivement la production vers , mais en poussant le niveau des prix encore plus haut — on l'a chiffré: passerait de à . Face à un choc d'offre, une politique de demande ne supprime pas le problème, elle choisit seulement la marge sur laquelle on l'encaisse. La réponse appropriée dépend de si le choc est jugé temporaire (auquel cas la patience est souvent la meilleure politique, pour éviter que l'inflation ne s'installe dans les anticipations) ou permanent (auquel cas a lui-même baissé, et il n'y a aucun écart de production à combler: la relance ne produirait que de l'inflation).
3. Avec , l'OGCT est ; l'équilibre avec résout , soit , dont la racine positive est , d'où et un écart de . Avec , l'OGCT est ; l'équilibre résout , soit , dont la racine positive est , d'où et un écart de .
Conclusion: le même choc de demande produit une récession deux fois plus profonde selon la valeur d'un paramètre que l'on n'observe pas directement. Une observation unique de ne permet donc ni d'identifier la taille du choc ni la pente de l'offre: il y a deux inconnues et une équation. C'est le problème d'identification fondamental de la macroéconomie empirique.
4. Il faudrait au minimum: (a) une estimation de et de son incertitude, pour savoir s'il y a vraiment un écart de production; (b) un diagnostic sur la nature du choc — un examen des prix relatifs (énergie, intrants importés) permet souvent de distinguer un choc d'offre; (c) un jugement sur son caractère temporaire ou permanent; (d) une idée du multiplicateur applicable dans ce contexte, c'est-à-dire compte tenu de la réaction attendue de la banque centrale, du régime de change et du degré d'ouverture; (e) l'état des finances publiques, qui détermine la marge de manœuvre (chapitre 11). Aucun de ces cinq éléments ne se lit dans les deux nombres donnés au départ, et c'est précisément pourquoi la prescription de politique économique est plus difficile que la lecture d'un graphique.
Références
- Blanchard, O., Amighini, A. et Giavazzi, F., Macroéconomie, Pearson — chapitres sur le modèle OG/DG, les chocs d'offre et la stabilisation.
- Mankiw, N. G., Macroéconomie, De Boeck — exposition de référence du diagramme demande globale / offre globale et des trois théories de l'offre de court terme.
- Burda, M. et Wyplosz, C., Macroéconomie: une perspective européenne, De Boeck — traitement des chocs d'offre et de la politique de stabilisation en économie ouverte.
- Krugman, P. et Wells, R., Macroéconomie, De Boeck — présentation pédagogique des faits stylisés du cycle et des stabilisateurs automatiques.
- Banque nationale suisse, Bulletin trimestriel — analyse conjoncturelle de l'économie suisse et commentaire de la politique monétaire.
- Secrétariat d'État à l'économie (SECO), statistiques du chômage et du chômage partiel (RHT); Office fédéral de la statistique (OFS), comptes nationaux et indice des prix à la consommation.