Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- distinguer la comptabilité financière de la comptabilité analytique par leur destinataire, leur cadre légal, leur horizon et leur degré de détail;
- passer des charges par nature du compte de résultat aux charges incorporables, en écartant les charges non incorporables et en ajoutant les charges supplétives, puis expliquer la différence d'incorporation;
- classer une charge selon les deux distinctions indépendantes directe/indirecte et fixe/variable, et décomposer une charge mixte par la méthode des points extrêmes;
- établir un tableau de répartition des charges indirectes entre centres auxiliaires et centres principaux, calculer un taux de frais et dérouler la cascade coût d'achat → coût de production → coût de revient → prix de vente;
- calculer une marge de contribution, un seuil de rentabilité, une marge de sécurité et un levier opérationnel, et en démontrer les formules;
- utiliser les coûts partiels pour décider: accepter une commande spéciale, sous-traiter, supprimer un produit, arbitrer sous contrainte de capacité.
Ce que la comptabilité financière ne dit pas
Trois questions sans réponse
Horlogerie Perret SA est une manufacture du Locle qui fabrique et assemble trois modèles de montres mécaniques: le Classique, entrée de gamme vendue CHF 520; le Sport, vendu CHF 780; et le Chronographe, pièce de complication vendue CHF 1 600. L'exercice N s'est bien terminé: le compte de résultat affiche un chiffre d'affaires de CHF 5 700 000 et un bénéfice net confortable. La direction, pourtant, est incapable de répondre à trois questions que lui pose son conseil d'administration.
- Lequel des trois modèles est rentable? Le compte de résultat ne connaît que des «charges de personnel» et des «amortissements»; il ignore l'existence même des trois modèles.
- Faut-il accepter la commande d'un distributeur autrichien qui offre CHF 620 par montre Sport, soit nettement moins que le prix catalogue? Il faudrait comparer ce prix au coût de la montre — mais à quel coût?
- Faut-il continuer à usiner les boîtiers en interne, ou les acheter à un sous-traitant jurassien? Il faudrait connaître le coût d'un boîtier fabriqué à l'atelier, ce que le compte de résultat n'indique nulle part.
Ces trois questions ont un point commun: elles portent sur un objet de coût (un produit, une commande, un composant, un client, une machine), alors que la comptabilité financière raisonne par nature de charge et sur l'entreprise prise dans son ensemble. Le chapitre 3 a montré que le compte de résultat par nature répond à la question «qu'avons-nous dépensé?»; il ne répond jamais à la question «pour quoi l'avons-nous dépensé?». C'est précisément l'objet de la comptabilité analytique — dite aussi comptabilité de gestion, comptabilité d'exploitation, ou Betriebsbuchhaltung en allemand.
Deux comptabilités, deux logiques
| Comptabilité financière | Comptabilité analytique | |
|---|---|---|
| Destinataire | Tiers: actionnaires, banques, fisc, fournisseurs, autorités | Direction et responsables internes |
| Obligation légale | Oui (art. 957 ss CO), avec contrôle éventuel (art. 727 CO) | Aucune |
| Horizon | Passé: l'exercice écoulé | Passé, présent et futur (prévisionnel) |
| Périodicité | Annuelle (semestrielle pour les sociétés cotées) | Mensuelle, hebdomadaire, à la commande |
| Objet | L'entreprise dans son ensemble | Produits, centres, commandes, activités |
| Classement des charges | Par nature (classes 4 à 8 du plan comptable) | Par destination et par comportement |
| Normes | CO, éventuellement Swiss GAAP RPC ou IFRS | Libres, propres à l'entreprise |
| Qualité recherchée | Exactitude, prudence, comparabilité | Pertinence et rapidité, quitte à approximer |
La dernière ligne est la plus importante. Un bilan doit être exact au centime et prudent, parce qu'il engage la responsabilité des organes vis-à-vis de tiers. Un calcul de coût doit être pertinent et disponible à temps: un chiffre approximatif obtenu le 5 du mois vaut mieux qu'un chiffre exact obtenu six mois plus tard, parce qu'il sert à décider et non à rendre des comptes.
Du compte de résultat aux charges incorporables
Charges par nature et charges non incorporables
Le point de départ de tout calcul de coût est le compte de résultat par nature: c'est la seule source exhaustive et vérifiable des charges de la période. Mais toutes les charges du compte de résultat n'ont pas leur place dans un coût de revient. Le coût d'une montre doit refléter ce que coûte l'activité normale et courante de fabriquer des montres. Trois familles de charges sont donc écartées.
Chez Horlogerie Perret SA, l'exercice N comporte CHF 170 000 de charges hors exploitation et exceptionnelles (les charges d'un petit immeuble locatif hérité de la famille et la perte sur la mise au rebut d'une machine) et CHF 90 000 d'impôts directs, soit CHF 260 000 de charges non incorporables sur un total de CHF 4 920 000 de charges par nature.
Les charges supplétives
Symétriquement, le coût de revient doit comprendre des charges que la comptabilité financière n'enregistre pas — et ne peut pas enregistrer, parce que le Code des obligations le lui interdit.
Pourquoi la comptabilité analytique s'autorise-t-elle ce que le CO interdit? Parce que les deux systèmes poursuivent des buts opposés. L'article 960a al. 1 CO impose la comptabilisation au coût d'acquisition ou de revient, et l'article 958c al. 1 ch. 5 CO le principe de prudence: le bilan ne doit pas laisser croire que l'entreprise vaut plus qu'elle ne vaut, et une charge fictive gonflerait artificiellement les charges tout en créant une contrepartie inexistante au passif. La comptabilité analytique, elle, ne s'adresse à personne d'autre qu'à la direction: elle peut donc préférer la pertinence économique à la prudence juridique. Une manufacture qui amortit une machine à commande numérique sur son prix payé il y a douze ans sous-estime ce qu'il lui en coûtera de la remplacer; le prix qu'elle calcule sur cette base ne financera pas le renouvellement de son outil de production.
Horlogerie Perret SA retient trois charges supplétives, pour un total de CHF 400 000:
| Charge supplétive | Base de calcul | CHF |
|---|---|---|
| Intérêt calculé sur les fonds propres | 5 % de CHF 3 000 000 | 150 000 |
| Supplément d'amortissement calculé | valeur de remplacement des machines | 130 000 |
| Loyer calculé des locaux en propriété | loyer du marché au Locle | 120 000 |
| Total | 400 000 |
Les charges incorporables et la différence d'incorporation
Pour Horlogerie Perret SA:
Le contrôle final s'écrit dans l'autre sens. Le chiffre d'affaires de l'exercice est de CHF 5 700 000 et l'entreprise a encaissé CHF 100 000 de produits hors exploitation (loyers de l'immeuble, gain sur cession). Le résultat analytique d'exploitation vaut donc
tandis que le bénéfice net de la comptabilité financière vaut CHF. La différence d'incorporation de CHF 240 000 se décompose exactement: de charges supplétives (qui alourdissent le coût sans alourdir le compte de résultat), de charges non incorporables et de produits non incorporables. Un tableau de concordance qui ne se ferme pas au franc près signale une erreur de délimitation: c'est le meilleur garde-fou du système.
Parmi les éléments suivants relevés chez Horlogerie Perret SA, lesquels sont des charges supplétives?
Plusieurs réponses possibles
Deux distinctions indépendantes
Charges directes et charges indirectes
Le caractère direct ou indirect n'est pas une propriété de la charge, mais de la relation entre la charge et l'objet retenu. Le salaire du chef d'atelier est indirect par rapport à une montre, mais parfaitement direct par rapport à l'atelier. Plus l'objet de coût est fin, plus la part indirecte augmente: c'est la raison profonde pour laquelle un coût par produit est toujours plus conventionnel qu'un coût par usine.
Charges fixes et charges variables
Ces deux distinctions sont indépendantes: elles répondent à deux questions différentes — «peut-on affecter cette charge sans arbitraire?» et «cette charge suit-elle le volume?». Les quatre combinaisons existent toutes chez Horlogerie Perret SA.
| Variable | Fixe | |
|---|---|---|
| Directe | Le mouvement mécanique monté dans chaque Chronographe | Le salaire de l'horloger affecté à plein temps à la seule ligne Chronographe |
| Indirecte | L'électricité des machines d'usinage, commune aux trois modèles | Le loyer calculé des ateliers, commun à tout l'atelier de production |
L'erreur classique consiste à croire que «direct» signifie «variable». Le salaire d'un horloger dédié à une ligne de produit est une charge directe (on sait à quelle ligne l'imputer) mais parfaitement fixe (il est versé que la ligne tourne à plein régime ou non). Inversement, l'énergie consommée par les machines est variable mais indirecte.
Paliers et charges mixtes
Un coût fixe ne l'est jamais que sur une plage d'activité. Doubler la production exige un deuxième atelier, un deuxième contremaître, une deuxième machine: les coûts fixes progressent alors par paliers (sprungfixe Kosten), et le coût fixe unitaire, au lieu de décroître indéfiniment, remonte brutalement à chaque franchissement de palier. C'est pourquoi on parle plus prudemment de charges de structure, réversibles seulement à moyen terme.
Beaucoup de charges, enfin, sont mixtes: une part fixe d'abonnement et une part proportionnelle à la consommation. Pour les utiliser dans un calcul de marge, il faut les décomposer. La méthode des points extrêmes (Hochrechnungsverfahren) le fait de la façon la plus simple qui soit: on retient le mois de plus forte et celui de plus faible activité, et l'on attribue la totalité de l'écart de charge à la part variable.
Les frais d'entretien de l'atelier d'usinage s'élèvent à CHF 19 400 pour le mois le plus chargé ( heures-machine) et à CHF 13 400 pour le mois le plus creux ( heures-machine). Par la méthode des points extrêmes, quelle est la part fixe mensuelle de cette charge?
Le coût complet
Centres de coûts et tableau de répartition
Les charges directes s'affectent d'elles-mêmes aux produits: un bon de sortie indique quel mouvement est monté sur quelle montre, une fiche de temps indique quel horloger a travaillé sur quel modèle. Le problème du coût complet est donc entièrement celui des charges indirectes. La solution classique consiste à les faire transiter par des centres de coûts avant de les imputer aux produits.
Le tableau de répartition des charges indirectes — le Betriebsabrechnungsbogen, ou BAB — se lit comme une matrice: les lignes sont les natures de charges, les colonnes les centres. Il se construit en quatre temps.
- Répartition primaire. Chaque charge indirecte par nature est ventilée entre les centres, soit par affectation directe quand elle appartient visiblement à un centre, soit par une clé de répartition (surfaces en m², nombre de collaborateurs, valeur des immobilisations, puissance installée).
- Répartition secondaire. Les centres auxiliaires sont vidés sur les centres qu'ils servent, selon des clés reflétant les prestations internes. Leur colonne se solde à zéro.
- Total par centre. Chaque centre principal porte alors la totalité des charges indirectes qui lui reviennent.
- Unité d'œuvre et taux de frais. On choisit pour chaque centre principal la grandeur qui explique le mieux la consommation de ses ressources, et l'on divise:
Remettez dans l'ordre les étapes de construction d'un tableau de répartition des charges indirectes et du calcul d'un coût de revient complet.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Répartir les charges indirectes primaires entre les centres au moyen de clés de répartition
- Déverser les centres auxiliaires sur les centres principaux selon les prestations internes
- Séparer les charges directes, affectées aux produits, des charges indirectes, qui passent par les centres
- Écarter les charges non incorporables du compte de résultat et ajouter les charges supplétives
- Imputer à chaque produit ses charges directes puis, par le taux de frais, sa part de charges indirectes
- Choisir une unité d'œuvre par centre principal et calculer son taux de frais
La cascade du coût de revient
Une fois les taux connus, le coût d'un produit se construit par empilements successifs, chacun ayant sa signification propre.
Deux raccourcis de calcul
La méthode du coefficient de majoration (Zuschlagskalkulation) est celle que nous venons d'employer: on rapporte les charges d'un centre à une base de valeur (matières achetées, coût de production, coût des ventes) et l'on obtient un pourcentage que l'on applique ensuite à chaque produit. Elle est simple, rapide et parfaitement adaptée aux centres dont l'activité suit effectivement la valeur traitée, comme l'approvisionnement ou la distribution. Son défaut est que la base retenue est une valeur monétaire, non une consommation physique: un produit cher supporte automatiquement davantage de frais généraux, même s'il n'en consomme pas plus.
La méthode du taux horaire machine (Maschinenstundensatz) corrige ce défaut là où la machine, et non la valeur, gouverne la consommation de ressources. On isole pour chaque machine ou groupe de machines les charges qui lui sont propres — amortissement calculé, énergie, entretien, place occupée, intérêt calculé du capital investi — et l'on divise par le nombre d'heures productives annuelles. Une montre est alors chargée du nombre d'heures qu'elle occupe réellement la machine. C'est la méthode dominante dans l'industrie mécanique et horlogère suisse, où le capital productif pèse lourd et où deux produits de prix très différents peuvent mobiliser le même équipement.
Le coût partiel et la marge de contribution
Pourquoi renoncer au coût complet
Le coût complet a un vice de construction: il impute aux produits des charges fixes, c'est-à-dire des charges qui ne dépendent pas d'eux. Le coût de revient unitaire du Classique dépend ainsi du nombre de Classiques fabriqués — plus on en fabrique, plus le coût fixe unitaire baisse, et plus le produit paraît rentable. Ce raisonnement circulaire est redoutable en période de baisse d'activité: les ventes reculent, le coût unitaire monte, on augmente les prix, les ventes reculent encore. C'est la fameuse spirale de la mort du coût complet.
Le coût partiel, ou direct costing, coupe court en n'imputant aux produits que les charges variables et en traitant les coûts fixes comme une charge globale de la période.
Démonstration. Le chiffre d'affaires vaut et les charges totales se décomposent en une part variable et une part fixe indépendante des . Donc
En dérivant par rapport à , les termes et le terme constant disparaissent, et il reste .
La deuxième partie du théorème est la clé de toute la section «Décider avec les coûts»: le seul chiffre qui mesure l'effet d'une décision marginale sur le résultat est la marge de contribution, jamais le résultat en coût complet, qui contient une quote-part de charges fixes inchangées par la décision.
Le compte de résultat par marges
Le direct costing conduit à présenter le compte de résultat non plus par nature ni par fonction, mais par marges:
Le conseil d'administration propose de supprimer le Classique, qui affiche une perte de CHF 81 280 en coût complet. En supposant que seuls ses coûts fixes spécifiques de CHF 180 000 disparaîtraient, que devient le résultat de l'entreprise?
Le seuil de rentabilité
Point mort, marge de sécurité, levier
Démonstration. D'après (12.6) appliqué à un seul produit, . C'est une fonction affine croissante de puisque ; elle s'annule pour , ce qui est la première formule de (12.8). En multipliant par : . La seconde écriture vaut d'ailleurs pour une entreprise multiproduits, à condition que la composition des ventes ne change pas: est alors le taux de marge de contribution moyen.
Pour le levier, faisons varier l'activité d'un facteur , à prix et à coûts unitaires inchangés. Le chiffre d'affaires devient , la marge de contribution et le résultat . Donc
Enfin, comme et ,
Le levier a une interprétation immédiate: signifie qu'une hausse de du chiffre d'affaires fait progresser le résultat de — et qu'une baisse de le fait chuter d'autant. Il est d'autant plus élevé que l'on est proche du point mort, et il tend vers l'infini lorsque le chiffre d'affaires s'en approche. Une entreprise à structure très fixe (une manufacture équipée de machines à commande numérique, une compagnie ferroviaire, un hôtel) a un taux de marge de contribution élevé mais un point mort haut placé: elle gagne beaucoup en haute conjoncture et perd beaucoup en basse. Une entreprise à structure très variable (un négoce, une entreprise qui sous-traite tout) a un levier faible: ses résultats sont plats mais robustes. Choisir sa structure de coûts, c'est choisir son profil de risque.
Pour l'ensemble d'Horlogerie Perret SA, avec , et CHF, le taux de marge de contribution moyen vaut et le seuil
La marge de sécurité est de CHF 1 900 000, soit un indice de sécurité de : l'entreprise peut perdre un tiers de son chiffre d'affaires avant de tomber en perte. Son levier opérationnel vaut , ce que confirme (12.9): .
Explorateur du seuil de rentabilité
Déplacez le prix, le coût variable unitaire, les coûts fixes et le volume vendu. La droite des recettes et celle des coûts totaux se recalculent, le point mort se déplace, et la position du volume courant montre si l'exercice se solde par un bénéfice ou par une perte. Si la marge de contribution unitaire devient nulle ou négative, aucun volume ne permet plus d'atteindre le seuil.
On n'impute au Chronographe que ses coûts fixes spécifiques, soit CHF 450 000. Sa marge de contribution unitaire est de CHF 900. Combien faut-il en vendre chaque année pour couvrir ces coûts fixes spécifiques?
Décider avec les coûts
Les quatre décisions ci-dessous reviennent dans toutes les entreprises. Elles se résolvent toutes par la même règle: ne comparer que les recettes et les charges que la décision modifie effectivement.
Accepter une commande supplémentaire à prix réduit
Le distributeur autrichien offre CHF 620 par montre Sport pour 400 pièces, alors que le coût de revient complet du Sport est de CHF 693,44. Le refus paraît évident: on vendrait à perte de CHF 73,44 par pièce. Il est pourtant erroné. Si la capacité de terminaison est disponible, cette commande ne modifie aucun coût fixe: elle rapporte CHF de marge de contribution par pièce, soit CHF de résultat supplémentaire. Seule la marge de contribution compte lorsque la capacité est libre. Trois réserves accompagnent toutefois cette conclusion: la commande ne doit pas cannibaliser les ventes au prix normal (si elle détournait 150 clients ordinaires, on perdrait CHF, plus que le gain); elle ne doit pas déclencher de coûts fixes supplémentaires non pris en compte; et elle ne doit pas s'installer dans la durée, car aucune entreprise ne survit en vendant durablement en dessous de son coût complet.
Faire ou faire faire
Horlogerie Perret SA usine elle-même les boîtiers du Classique. Le coût complet d'un boîtier est de CHF 138: CHF 98 de charges variables (matières CHF 46, main-d'œuvre CHF 34, charges de fabrication variables CHF 18) et CHF 40 de frais de fabrication fixes imputés. Un sous-traitant du Jura propose CHF 125 la pièce. Le coût complet de CHF 138 étant supérieur, faut-il sous-traiter? Non: il faut comparer le prix d'achat au coût évitable. Pour 4 000 boîtiers, la production interne coûte CHF de charges variables, plus CHF 60 000 de coûts fixes réellement supprimables (le contremaître de l'atelier de découpe et l'amortissement calculé de la presse), soit CHF 452 000. L'achat coûterait CHF: la sous-traitance renchérirait la production de CHF 48 000. Les autres coûts fixes imputés — bâtiment, direction — subsisteraient et se reporteraient simplement sur d'autres produits.
Supprimer un produit
C'est la même règle, appliquée à un abandon. Le critère n'est jamais le résultat après imputation des frais fixes, mais la marge de contribution de deuxième niveau: un produit ne doit être supprimé que si sa marge de contribution ne couvre pas ses coûts fixes spécifiques. Nous avons vu que supprimer le Classique ferait perdre CHF 480 000 de marge pour n'économiser que CHF 180 000, soit CHF 300 000 de résultat en moins. Un produit à marge apparente négative en coût complet reste utile tant qu'il contribue à la couverture des coûts de structure.
Choisir sous contrainte de capacité
C'est la décision la plus subtile, et celle où l'intuition se trompe le plus souvent. Le remplacement d'un centre d'usinage réduit la capacité de l'atelier de terminaison à 12 500 heures pour l'exercice, alors que le programme complet en exigerait 14 900. Quel modèle sacrifier?
| Classique | Sport | Chronographe | |
|---|---|---|---|
| Marge de contribution unitaire (CHF) | 120 | 240 | 900 |
| Heures de terminaison par pièce | 1,0 | 1,5 | 8,0 |
| Marge de contribution par heure (CHF) | 120 | 160 | 112,50 |
| Demande maximale (pièces) | 4 000 | 3 000 | 800 |
Classé par marge unitaire, le Chronographe écrase les deux autres. Rapporté à l'heure du facteur rare, il arrive dernier: il mobilise huit heures de terminaison pour rapporter CHF 900, soit CHF 112,50 par heure, contre CHF 160 pour le Sport. La règle est donc:
Justification. Les coûts fixes étant insensibles au programme retenu, maximiser le résultat revient à maximiser sous la contrainte et . En posant le nombre d'heures consacrées au produit , l'objectif s'écrit sous : chaque heure attribuée au produit rapporte , et il est donc optimal de servir d'abord le produit dont ce rapport est le plus élevé.
Appliquons la règle. Le Sport passe en premier: 3 000 pièces heures, marge CHF 720 000. Puis le Classique: 4 000 pièces heures, marge CHF 480 000. Il reste heures pour le Chronographe, soit pièces et CHF 450 000 de marge. Total: CHF 1 650 000 de marge de contribution, donc CHF de résultat.
Un dirigeant qui suivrait la marge unitaire servirait d'abord les 800 Chronographes (6 400 heures, CHF 720 000), puis les 3 000 Sport (4 500 heures, CHF 720 000), et n'aurait plus que 1 600 heures pour 1 600 Classiques (CHF 192 000): total CHF 1 632 000, soit CHF 18 000 de moins. L'erreur est modeste ici parce que les trois rapports sont proches; elle devient massive dès que les temps unitaires divergent fortement.
Les limites du calcul des coûts
Un coût de revient est une construction, pas une mesure. Il dépend du périmètre des charges incorporables, des clés de répartition, du choix des unités d'œuvre, de la frontière entre fixe et variable — autant de conventions révisables. Afficher un coût de revient à CHF 693,44 donne une impression de précision que la chaîne d'hypothèses ne justifie pas: un ordre de grandeur assorti d'une analyse de sensibilité est souvent plus honnête et plus utile qu'un chiffre au centime.
La seconde limite tient au long terme. La distinction fixe/variable n'a de sens que sur un horizon court et sur une plage d'activité donnée. À l'horizon de quelques années, presque toutes les charges deviennent variables: on résilie un bail, on redimensionne un atelier, on renégocie un effectif. Décider durablement sur la seule marge de contribution — accepter systématiquement des commandes à prix cassé, par exemple — revient à ne jamais couvrir les coûts de structure et conduit tout aussi sûrement à la faillite que la spirale du coût complet. Les deux approches sont complémentaires: le coût partiel pour décider à court terme, le coût complet pour fixer des prix et vérifier la viabilité à long terme.
Synthèse
- La comptabilité analytique reclasse les charges par destination pour éclairer des décisions internes; elle est libre de toute norme et privilégie la pertinence sur l'exactitude, à l'inverse de la comptabilité financière.
- Les charges incorporables valent charges par nature charges non incorporables (exceptionnelles, hors exploitation, impôt sur le bénéfice) charges supplétives (intérêt calculé, salaire calculé de l'exploitant, loyer et amortissements calculés). L'écart avec le résultat financier est la différence d'incorporation, qui doit se justifier au franc près.
- Les distinctions directe/indirecte et fixe/variable sont indépendantes: les quatre combinaisons existent. Une charge mixte se décompose par la méthode des points extrêmes, puis .
- Le coût complet fait transiter les charges indirectes par des centres (tableau de répartition: charges primaires, déversement des auxiliaires, total par centre, taux de frais par unité d'œuvre), puis empile coût d'achat, coût de production, coût de revient et prix de vente. Une clé mal choisie crée une subvention croisée entre produits.
- Le coût partiel ne retient que les charges variables et raisonne en marge de contribution , avec . Le seuil de rentabilité vaut et ; le levier opérationnel mesure la sensibilité du résultat et le risque lié à la structure de coûts.
- Toute décision se prend sur les seuls éléments qu'elle modifie: marge de contribution pour une commande spéciale, coût évitable pour une sous-traitance, marge de contribution de deuxième niveau pour un abandon, marge de contribution par unité de facteur rare sous contrainte de capacité. Les coûts irrécupérables sont hors sujet; les coûts d'opportunité, eux, comptent.
Série d'exercices du chapitre 12
Exercice 1 sur 5Laquelle de ces charges est une charge supplétive?
Le projet «Sport allégé» d'Horlogerie Perret SA
Horlogerie Perret SA étudie une variante allégée du modèle Sport, destinée à l'exportation. Elle serait vendue CHF 780 hors TVA. Grâce à un mouvement acheté à l'extérieur, son coût variable unitaire tomberait à CHF 420. Le projet exige une ligne d'assemblage dédiée dont les coûts fixes annuels s'élèveraient à CHF 900 000. La direction table sur un volume de 3 500 pièces par an.
- 1
Marge de contribution unitaire
Chaque pièce vendue laisse à l'entreprise la différence entre son prix et son coût variable: c'est ce qu'elle apporte à la couverture des coûts fixes du projet.
ExerciceQuelle est la marge de contribution unitaire du projet, en CHF?
Seuil de rentabilité
Marge de sécurité
Levier opérationnel
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Horlogerie Perret SA relève les heures-machine et la charge d'énergie de l'atelier d'assemblage:
| Mois | Heures-machine | Charge (CHF) |
|---|---|---|
| Janvier | 1 800 | 14 300 |
| Février | 1 500 | 13 000 |
| Mars | 2 400 | 17 000 |
| Avril | 2 000 | 15 100 |
| Mai | 1 200 | 11 600 |
| Juin | 2 600 | 17 900 |
- Décomposez la charge en une part fixe mensuelle et une part variable par heure-machine, par la méthode des points extrêmes.
- Écrivez l'équation de la charge et prévoyez la charge d'un mois à heures-machine.
- Calculez la part fixe unitaire au mois le plus creux et au mois le plus chargé. Commentez.
- Le responsable propose de prendre janvier et mars comme points de calcul, «parce que ce sont des mois normaux». Quelle part variable obtiendrait-il, et que pensez-vous de la méthode?
Solution
1. Les extrêmes sont juin ( heures, CHF 17 900) et mai ( heures, CHF 11 600):
Contrôle sur l'autre extrême: CHF. Les deux points donnent la même part fixe, comme il se doit.
2. . Pour : CHF.
3. Part fixe unitaire: CHF par heure au mois creux, contre CHF au mois chargé. Le coût fixe total n'a pas bougé, mais le coût fixe unitaire a été divisé par plus de deux: c'est l'effet de dilution des charges fixes, qui explique à la fois les économies d'échelle et le danger d'un coût de revient complet calculé sur un mois creux. Le coût complet horaire passe de CHF à CHF selon le seul niveau d'activité.
4. Avec janvier ( h, CHF 14 300) et mars ( h, CHF 17 000):
et CHF: le résultat est ici identique, parce que les six points sont presque alignés. Ce ne serait pas le cas avec des données réelles: la méthode des points extrêmes est fragile parce qu'elle n'utilise que deux observations, et le choix de ces deux observations change le résultat. Une régression linéaire sur les six mois, qui minimise la somme des carrés des écarts, est plus robuste et permet en outre de mesurer la qualité de l'ajustement.
Un atelier de mécanique du Val-de-Travers comptabilise CHF 900 000 de charges indirectes annuelles, réparties en répartition primaire comme suit: centre auxiliaire Entretien CHF 120 000, centre principal Usinage CHF 480 000, centre principal Montage CHF 300 000. Le centre Entretien est déversé à raison de sur l'usinage et de sur le montage. L'usinage a fonctionné heures-machine, le montage heures de main-d'œuvre.
- Établissez le tableau de répartition complet et vérifiez que le total est inchangé.
- Calculez le taux de frais de chacun des deux centres principaux.
- Une commande consomme heures-machine et heures de montage, ainsi que CHF 1 850 de matières et CHF 1 200 de main-d'œuvre directe. Calculez son coût de production.
- L'atelier envisage de déverser l'entretien au prorata de la valeur des machines ( à l'usinage, au montage). De combien varient les deux taux de frais? Le coût de la commande de la question 3 change-t-il beaucoup?
Solution
1. Le déversement de l'entretien vaut CHF à l'usinage et CHF au montage.
| Entretien | Usinage | Montage | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Charges primaires | 120 000 | 480 000 | 300 000 | 900 000 |
| Déversement Entretien | −120 000 | +84 000 | +36 000 | 0 |
| Total par centre | 0 | 564 000 | 336 000 | 900 000 |
Le total est bien inchangé: CHF.
2. Usinage: CHF par heure-machine. Montage: CHF par heure de main-d'œuvre.
3. Frais indirects imputés: CHF.
| Élément | CHF |
|---|---|
| Matières consommées | 1 850,00 |
| Main-d'œuvre directe | 1 200,00 |
| Frais d'usinage imputés (12 h × 120) | 1 440,00 |
| Frais de montage imputés (20 h × 80) | 1 600,00 |
| Coût de production de la commande | 6 090,00 |
4. Avec la nouvelle clé, l'entretien se déverse à raison de CHF à l'usinage et CHF au montage. Les totaux deviennent CHF 582 000 et CHF 318 000, d'où des taux de CHF par heure-machine et CHF par heure de montage. Les frais imputés à la commande deviennent CHF, soit CHF 39,84 de moins et un coût de production de CHF 6 050,16 (environ ).
Le changement de clé n'a donc presque aucun effet sur cette commande, parce qu'elle consomme les deux centres dans des proportions voisines de la moyenne de l'atelier. Il en irait tout autrement d'une commande presque entièrement usinée: elle verrait son coût augmenter de plus de . C'est le mécanisme de la subvention croisée: une clé n'est jamais neutre, elle déplace des charges entre commandes, et le total, lui, reste rigoureusement le même.
Horlogerie Perret SA étudie une édition limitée «Le Locle». Chaque pièce consomme CHF 400 de composants achetés, heures de main-d'œuvre directe à CHF 60 l'heure et heures-machine. Les taux de frais de l'exercice sont ceux de l'exemple 12.2: sur la valeur des matières achetées pour l'approvisionnement, CHF 100 par heure-machine pour la fabrication, du coût de production pour l'administration et la distribution. La marge bénéficiaire visée est de du coût de revient et la TVA de .
- Établissez la cascade complète: coût d'achat des matières, coût de production, coût de revient.
- Calculez le prix de vente hors TVA, la TVA et le prix TTC.
- Le service commercial estime que le marché n'acceptera pas plus de CHF 1 400 hors TVA. Quelle marge cela laisserait-il, en francs et en pourcentage du coût de revient? Le lancement reste-t-il défendable?
- Si la marge de était calculée sur le prix de vente et non sur le coût de revient, quel prix hors TVA obtiendrait-on?
Solution
1. et 2.
| Étape | Calcul | CHF |
|---|---|---|
| Prix d'achat des composants | 400,00 | |
| Frais d'approvisionnement imputés | 24 % de 400,00 | 96,00 |
| Coût d'achat des matières consommées | 496,00 | |
| Main-d'œuvre directe | 6 h × 60,00 | 360,00 |
| Frais de fabrication imputés | 2,4 h × 100,00 | 240,00 |
| Coût de production | 1 096,00 | |
| Frais d'administration et de distribution | 10 % de 1 096,00 | 109,60 |
| Coût de revient | 1 205,60 | |
| Marge bénéficiaire | 25 % de 1 205,60 | 301,40 |
| Prix de vente hors TVA | 1 507,00 | |
| TVA | 8,1 % de 1 507,00 | 122,07 |
| Prix de vente TTC | 1 629,07 |
3. À CHF 1 400 hors TVA, la marge tombe à CHF, soit du coût de revient. Le lancement reste tout à fait défendable: la marge est positive, donc chaque pièce vendue améliore le résultat. Il faut cependant vérifier deux points. D'une part, le coût de revient contient CHF 349,60 de frais imputés par des taux de frais moyens (approvisionnement, fabrication, administration): si l'édition limitée mobilise ces centres davantage que la moyenne — petits lots, contrôles renforcés, emballage spécifique — le coût réel est sous-estimé. D'autre part, si le projet exige des coûts fixes spécifiques (outillage, campagne de lancement), il faut leur opposer la marge de contribution cumulée et calculer un seuil de rentabilité propre à l'édition.
4. Une marge de du prix de vente signifie que le coût de revient représente les restants:
soit CHF 100,47 de plus que le prix calculé à la question 2. La confusion entre «marge sur coût de revient» (le coefficient de majoration, ou mark-up) et «marge sur prix de vente» (le taux de marge) est une source classique d'erreurs de tarification: un mark-up de correspond à un taux de marge de , et un taux de marge de à un mark-up de .
Le modèle Sport d'Horlogerie Perret SA se vend CHF 780 hors TVA; son coût variable unitaire est de CHF 540 et son coût de revient complet de CHF 693,44. L'entreprise en vend 3 000 par an et dispose d'une capacité inutilisée de 900 heures de terminaison ( heure par montre).
- Un distributeur autrichien offre CHF 620 par pièce pour un lot unique de 400 Sport. La capacité suffit-elle? Faut-il accepter, et quel serait l'effet sur le résultat?
- La commande exigerait un outillage spécifique de CHF 12 000, non réutilisable. La conclusion change-t-elle?
- Le service commercial craint que 150 clients suisses habituels n'achètent le modèle en Autriche au prix réduit. Refaites le calcul et concluez.
- Indépendamment de cette commande, Horlogerie Perret SA fabrique elle-même les 3 000 bracelets du Sport. Le coût complet d'un bracelet est de CHF 87: CHF 62 de charges variables et CHF 25 de frais fixes imputés, dont CHF 10 correspondent à des coûts fixes réellement supprimables si l'on cessait la production. Un sous-traitant offre CHF 78 la pièce. Que faut-il faire? Et si l'atelier ainsi libéré permettait de produire 40 Chronographes de plus par an (marge de contribution unitaire CHF 900)?
Solution
1. La commande consomme heures de terminaison, inférieures aux 900 heures disponibles: la capacité suffit et aucun coût fixe n'est modifié. La comparaison pertinente n'est donc pas avec le coût de revient complet de CHF 693,44, mais avec le coût variable de CHF 540:
Il faut accepter: le résultat augmente de CHF 32 000. Le «déficit» apparent de CHF par pièce, soit CHF 29 376 au total, est un artefact: il compare un prix à un coût qui contient des charges fixes que la commande ne fait pas naître.
2. L'outillage de CHF 12 000 est un coût fixe spécifique à la décision, donc bel et bien pertinent: il n'existerait pas sans la commande. Le gain net devient CHF. La commande reste avantageuse, mais la marge de manœuvre s'est réduite: le prix plancher passe de CHF 540 à CHF par pièce.
3. Les 150 ventes détournées coûtent leur marge de contribution normale, calculée au prix catalogue: CHF. Le bilan de la décision devient
Il faut refuser, ou bien exiger des garanties contractuelles de non-réexportation vers la Suisse. La cannibalisation est le risque principal de toute politique de prix différenciés: elle ne se voit dans aucun compte, mais elle se paie en marge perdue sur les clients qui payaient le plein tarif.
4. Comparons les seuls coûts que la décision modifie, pour 3 000 bracelets.
| Produire | Acheter | |
|---|---|---|
| Charges variables (3 000 × 62) | 186 000 | — |
| Coûts fixes supprimables (3 000 × 10) | 30 000 | — |
| Prix d'achat (3 000 × 78) | — | 234 000 |
| Coût pertinent | 216 000 | 234 000 |
Produire soi-même coûte CHF 18 000 de moins: il faut garder la fabrication interne. Les CHF 45 000 de frais fixes imputés non supprimables () subsisteraient dans les deux cas et se reporteraient simplement sur d'autres produits; les faire entrer dans la comparaison conduirait à la conclusion inverse et erronée ( CHF contre CHF 234 000).
Si en revanche l'atelier libéré permet de produire 40 Chronographes supplémentaires, il faut ajouter au coût de la production interne son coût d'opportunité: CHF de marge de contribution abandonnée. Le coût pertinent de la production interne passe à CHF, contre CHF 234 000 pour l'achat: il faut alors sous-traiter, pour un gain net de CHF 18 000. La décision «faire ou faire faire» ne dépend donc pas seulement des coûts, mais de ce que l'on peut faire d'autre avec la capacité libérée.
Une entreprise réalise un chiffre d'affaires , supporte des coûts variables proportionnels au chiffre d'affaires et des coûts fixes . On note son taux de marge de contribution, sa marge de contribution, son résultat (supposé strictement positif) et son seuil de rentabilité en chiffre d'affaires.
- Démontrez que le levier opérationnel vaut aussi , c'est-à-dire l'inverse de l'indice de sécurité.
- Que devient lorsque le chiffre d'affaires tend vers le seuil? Lorsqu'il tend vers l'infini? Interprétez.
- Application: CHF, , CHF. Calculez , , , l'indice de sécurité et . De combien varie le résultat si le chiffre d'affaires augmente de ? Vérifiez par le calcul direct.
- L'entreprise envisage d'automatiser: les coûts fixes passeraient à CHF 1 050 000 et le taux de marge de contribution à . Recalculez le seuil, le résultat et le levier au même chiffre d'affaires, puis comparez les résultats des deux structures pour un chiffre d'affaires de CHF 1 800 000 et de CHF 3 000 000. Que conseillez-vous?
Solution
1. Par définition et , donc et
Comme , on a et l'on peut diviser:
c'est bien l'inverse de l'indice de sécurité.
2. Quand , le dénominateur et : au voisinage du point mort, la moindre variation du chiffre d'affaires provoque une variation relative gigantesque du résultat, puisque celui-ci part de presque zéro. Quand , : très au-dessus du seuil, les coûts fixes deviennent négligeables et le résultat croît presque proportionnellement au chiffre d'affaires. Le levier est donc une mesure de risque d'exploitation: il est maximal là où l'entreprise est le plus fragile.
3. CHF; CHF; CHF. Indice de sécurité: , et , ce qui est bien .
Une hausse de du chiffre d'affaires accroît le résultat de , soit CHF. Vérification directe: CHF, CHF, CHF, soit exactement CHF. La relation est ici exacte et non seulement approchée, parce que le résultat est une fonction affine du chiffre d'affaires.
4. Structure automatisée, au même chiffre d'affaires de CHF 2 400 000: CHF, CHF, CHF et .
| Chiffre d'affaires | Structure actuelle | Structure automatisée |
|---|---|---|
| 1 800 000 | ||
| 2 400 000 | 210 000 | 270 000 |
| 3 000 000 |
L'automatisation est plus rentable dès que l'activité dépasse le point d'indifférence, obtenu en égalant les deux résultats:
Au-dessus de CHF 2 100 000, l'automatisation l'emporte, et son avantage croît avec le volume; en dessous, elle aggrave la perte. Elle relève simultanément le seuil de rentabilité (de CHF 1 800 000 à CHF 1 909 091) et le levier (de à ): plus de gain en haute conjoncture, plus de perte en basse. Le conseil dépend donc entièrement de la volatilité attendue du chiffre d'affaires. Si l'entreprise travaille sur carnet de commandes durablement au-dessus de CHF 2 400 000, l'automatisation est justifiée; si son activité est cyclique et peut retomber vers CHF 1 800 000, la structure souple protège mieux. C'est exactement l'arbitrage rentabilité/risque du chapitre 11 sur l'effet de levier financier, transposé du financement à l'exploitation.
Références
- Meyer, C., Comptabilité financière et analytique, Éditions Digilex, Lausanne (partie consacrée au calcul des coûts, au tableau de répartition et au seuil de rentabilité).
- Ammann, A. et Vuillemin, N., Comptabilité générale, LEP Loisirs et Pédagogie, Le Mont-sur-Lausanne (chapitres sur la comptabilité d'exploitation et les coûts).
- Sterchi, W., Mattle, H. et Helbling, M., Plan comptable général PME, veb.ch, Zurich (comptes de la comptabilité d'exploitation et articulation avec la comptabilité financière).
- Horngren, C. T., Datar, S. M. et Rajan, M. V., Cost Accounting: A Managerial Emphasis, 17e éd., Pearson, Harlow (référence internationale: coûts complets et partiels, ABC, décisions à court terme).
- Friedl, G., Hofmann, C. et Pedell, B., Kostenrechnung: Eine entscheidungsorientierte Einführung, 4e éd., Vahlen, Munich (traitement complet du BAB et des kalkulatorische Kosten dans la tradition germanique, celle des manuels suisses alémaniques).
- Le Code des obligations, titre trente-deuxième (art. 957–963b), en particulier les art. 958c et 960a, pour comprendre pourquoi les charges supplétives sont proscrites des comptes annuels mais admises dans le calcul des coûts.