Chapitre 8

Immobilisations et amortissements

Coût d'acquisition, amortissement linéaire et dégressif, méthodes directe et indirecte, cession d'un actif et réserves latentes.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • distinguer une charge d'exploitation d'une dépense d'investissement, et justifier cette distinction par le principe de rattachement des charges aux produits;
  • déterminer le coût d'acquisition d'une immobilisation au sens de l'art. 960a al. 1 CO et la classer selon l'art. 959a CO (immobilisations financières, corporelles, incorporelles);
  • dresser un tableau d'amortissement complet selon les méthodes linéaire et dégressive, démontrer les formules et et appliquer les taux maximaux admis par l'AFC;
  • comptabiliser un amortissement selon la méthode directe et selon la méthode indirecte, et présenter le compte correcteur d'amortissements cumulés au bilan;
  • passer les écritures de sortie d'un actif — vente au-dessus, à, ou en dessous de la valeur comptable, mise hors service, reprise d'un ancien véhicule sur l'achat d'un neuf;
  • expliquer ce qu'est une réserve latente, comment elle se constitue et se dissout par le jeu des amortissements, et ce que l'art. 959c CO oblige à en dire dans l'annexe.

Investir plutôt que dépenser

CHF 50 000 qui ne sont pas une charge

À la fin du mois de décembre de l'année N−1, Alpina Sports SA acquiert une camionnette de livraison pour CHF 50 000, mise en service le 2 janvier de l'année N. C'est elle que vous avez déjà rencontrée au compte 1530 Véhicules du bilan d'ouverture du 1er janvier N, où elle figure encore pour la totalité de son prix: aucun amortissement n'a été comptabilisé avant sa mise en service. La facture est bien réelle, la banque est bien débitée, et pourtant cette somme n'apparaîtra pas dans le compte de résultat de l'exercice N. Pourquoi?

Parce que la camionnette ne s'épuise pas en une année. Elle transportera des skis et des chaussures de randonnée pendant cinq ans, peut-être davantage. Si l'on inscrivait les CHF 50 000 en charge de l'exercice N, on comparerait le coût de cinq années d'exploitation aux produits d'une seule: le résultat de N serait effondré et ceux de N+1 à N+4 gonflés, puisqu'ils bénéficieraient d'un véhicule dont ils ne supporteraient plus rien.

Le remède est l'un des principes structurants de la comptabilité financière, déjà rencontré au chapitre 3: le principe de rattachement. Une charge doit être imputée à l'exercice au cours duquel elle contribue à la formation des produits. Un bien qui sert plusieurs exercices doit donc voir son coût réparti sur ces exercices. La camionnette entre à l'actif du bilan pour CHF 50 000 et sera transformée en charge par tranches annuelles: ces tranches sont les amortissements.

Charge d'exploitation et dépense d'investissement

Il faut donc trier, à la réception de chaque facture, entre deux catégories.

  • Une charge d'exploitation est consommée dans l'exercice: le loyer du magasin, l'essence de la camionnette, les salaires, une prime d'assurance. Elle va dans les classes 4 à 6 du plan comptable et réduit le résultat de l'année.
  • Une dépense d'investissement procure un bien durable, utilisable au-delà de l'exercice: la camionnette, l'agencement du magasin, une machine d'affûtage de skis. Elle est activée, c'est-à-dire portée à l'actif du bilan dans la classe 1, puis amortie.

La distinction décide de la présentation du résultat et, en Suisse, de la base imposable de l'année. Trois questions permettent de trancher dans presque tous les cas.

  1. Le bien sert-il plus d'un exercice? Si sa durée d'utilité dépasse douze mois, il est en principe activable.
  2. Le montant est-il significatif? L'usage suisse fixe un seuil d'activation de quelques centaines de francs — souvent CHF 300, CHF 500 ou CHF 1000 selon la taille de l'entreprise, à appliquer de manière constante d'un exercice à l'autre. En dessous, on porte directement en charge: le principe d'importance relative de l'art. 958c al. 1 ch. 4 CO dispense d'activer et d'amortir sur cinq ans un tabouret à CHF 120 ou une perceuse à CHF 200.
  3. La dépense maintient-elle la valeur du bien, ou l'augmente-t-elle? C'est la question la plus délicate. La maintenance courante — vidange, pneus d'hiver, service annuel — restaure l'état d'origine: elle est une charge de l'exercice (6100 Entretien, réparations, leasing ou 6200 Charges de véhicules). L'amélioration — un moteur neuf qui allonge de trois ans la durée d'utilité, une extension de bâtiment — augmente la valeur d'usage ou la durée de vie: elle est activée en augmentation de la valeur du bien, et amortie avec lui.

Les immobilisations

Ce n'est donc pas la nature physique du bien qui décide, mais son usage. Une paire de skis est du stock de marchandises (1200) chez Alpina Sports SA, qui la revend, et une immobilisation chez l'école de ski qui la loue pendant cinq saisons.

Le classement de l'article 959a CO

La structure minimale du bilan de l'art. 959a al. 1 ch. 2 CO impose de présenter l'actif immobilisé en trois rubriques, dans cet ordre:

RubriqueContenuComptes du plan PME
Immobilisations financièresParticipations, prêts et titres détenus durablement1440 Prêts à long terme, 1480 Participations
Immobilisations corporellesBiens matériels utilisés par l'exploitation1500 Machines et appareils, 1510 Mobilier et installations, 1520 Machines de bureau et informatique, 1530 Véhicules, 1600 Immeubles d'exploitation
Immobilisations incorporellesDroits et valeurs sans substance physiqueBrevets, licences, marques, logiciels acquis, goodwill acquis

Les immobilisations financières ne s'amortissent pas au sens de ce chapitre: une participation ne s'use pas. Elle peut en revanche subir une correction de valeur si sa valeur réelle a durablement chuté, ce que traite l'art. 960a al. 3 CO au même titre que l'amortissement.

Les immobilisations corporelles forment le cœur du chapitre. Elles se distinguent par leur durée d'utilité: un immeuble d'exploitation sert quarante ou cinquante ans, une machine dix à quinze, un véhicule cinq à huit, un ordinateur trois. Le terrain, lui, ne s'use pas et ne s'amortit pas; lorsqu'un immeuble est acquis avec son terrain, la pratique sépare la valeur du terrain — non amortissable — de celle du bâtiment.

Les immobilisations incorporelles, enfin, s'activent lorsqu'elles ont un coût d'acquisition objectif: brevet acheté, licence d'exploitation, logiciel de gestion acquis auprès d'un éditeur, marque rachetée à un concurrent. Elles s'amortissent sur la durée du droit ou de l'utilité estimée. Le goodwill acquis — la différence entre le prix payé pour une entreprise et la valeur de ses actifs nets identifiables — s'active également et s'amortit en règle générale sur cinq ans (dix au maximum, si la durée d'utilisation le justifie).

Le coût d'acquisition

Le dernier point relie ce chapitre au chapitre 6. Lorsqu'Alpina Sports SA, assujettie à la TVA, achète une camionnette facturée CHF 50 000 plus 8,1 % de TVA, elle paie CHF 54 050 mais n'active que CHF 50 000: les CHF 4050 de TVA sont un impôt préalable récupérable auprès de l'AFC, débité au compte 1171 Impôt préalable sur investissements et autres charges d'exploitation. Ce n'est pas un coût, c'est une créance sur l'État. Pour une entreprise non assujettie, la TVA payée reste définitivement à sa charge et fait alors partie du coût d'acquisition.

Exercice

Une PME assujettie à la TVA achète une machine facturée CHF 30 000 hors taxe, avec un rabais de 10 %, des frais de transport de CHF 800 et un montage facturé CHF 1 200 par le fournisseur. Elle paie en outre CHF 600 de prime d'assurance annuelle et CHF 400 de formation de son personnel à l'utilisation de la machine. Quel est le coût d'acquisition à activer?

L'amortissement

Trois causes principales expliquent qu'un actif perde de la valeur.

  • L'usure physique: la camionnette accumule les kilomètres, les pneus, l'embrayage et la carrosserie se dégradent. C'est la cause la plus visible, et celle qui dépend de l'intensité de l'utilisation.
  • L'obsolescence technique ou économique: l'ordinateur de caisse fonctionne encore parfaitement après cinq ans, mais ne supporte plus les logiciels du moment. Le bien est usable, il n'est plus utile.
  • L'expiration d'un droit: un brevet protège vingt ans, une licence trois ans. La valeur s'éteint mécaniquement à l'échéance, quelle que soit l'usure.

Deux paramètres résument ces causes. La durée d'utilité est le nombre d'exercices pendant lesquels l'entreprise compte utiliser le bien; elle est estimée à l'acquisition, d'après l'usage de la branche: trois ans pour du matériel informatique, cinq à huit pour un véhicule utilitaire, huit à douze pour un agencement de magasin, quarante ou plus pour un immeuble. La valeur résiduelle est la valeur que l'entreprise espère retirer du bien au terme de cette durée: prix de reprise, valeur de revente d'occasion, valeur de ferraille. Elle est souvent estimée à zéro par prudence, mais pas toujours: un véhicule utilitaire de cinq ans se revend encore, et l'ignorer conduirait à un amortissement excessif.

Une charge sans dépense

Voici le point le plus contre-intuitif du chapitre, et l'une des sources d'erreur les plus tenaces chez les débutants.

Le chapitre 3 a distingué la dépense (une sortie d'argent) de la charge (une consommation de ressources qui diminue le résultat). L'amortissement est une charge qui n'entraîne aucune dépense: l'argent est sorti une fois pour toutes le jour de l'achat, et les cinq amortissements des exercices N à N+4 ne font que traduire comptablement le fait que le bien acheté se consomme.

Les deux méthodes d'amortissement

Comment répartir sur exercices? Deux règles dominent la pratique suisse.

Justification. Répartir un montant en parts égales conduit immédiatement à (8.1). La valeur comptable après exercices est la valeur d'acquisition diminuée des amortissements déjà comptabilisés, soit , ce qui est (8.2); c'est une suite arithmétique de raison . Pour on obtient : le plan d'amortissement se termine exactement sur la valeur résiduelle prévue.

Démonstration. Par définition, : la suite est géométrique de raison . Démontrons (8.4) par récurrence sur . Pour , est vrai. Supposons la formule vraie au rang ; alors

ce qui est la formule au rang . Elle est donc vraie pour tout entier . En reportant dans (8.3), , suite géométrique de raison , donc strictement décroissante. Enfin, comme , on a pour tout , donc : la valeur comptable tend vers zéro sans jamais l'atteindre.

Cette dernière propriété a une conséquence pratique. Un bien amorti dégressivement traîne indéfiniment une valeur comptable résiduelle, de plus en plus dérisoire. En pratique, on solde le compte lors de la sortie du bien, ou l'on passe à un amortissement linéaire du solde lorsqu'il devient négligeable. Le raisonnement inverse fournit un résultat utile: si l'on souhaite qu'un bien atteigne une valeur donnée après exercices, il suffit de résoudre , d'où

Comparer les deux profils

Les deux méthodes répartissent le même coût, mais pas de la même façon dans le temps.

  • Profil des annuités. Le linéaire donne une charge constante, facile à budgéter. Le dégressif concentre la charge sur les premiers exercices: à 40 %, la première annuité représente 40 % de la valeur d'acquisition, la cinquième moins de 6 %.
  • Effet sur le résultat. Les premiers exercices d'un bien amorti dégressivement supportent une charge lourde et affichent donc un résultat plus faible. Le bénéfice imposable est différé, ce qui procure un avantage de trésorerie. Mais la somme des amortissements est la même à terme: l'avantage est un décalage, pas un cadeau.
  • Coût total de possession. Les frais d'entretien d'un bien augmentent avec son âge, tandis que sa dépréciation réelle est la plus forte les premières années — une voiture neuve perd bien davantage la première année que la cinquième. Un amortissement décroissant, ajouté à des frais d'entretien croissants, donne un coût annuel de possession plus régulier, et surtout plus fidèle à la perte de valeur réelle du bien (exercice 8.5).
  • Simplicité. Le linéaire reste le plus répandu pour les immobilisations dont l'usure est régulière (agencements, immeubles) et pour les incorporelles, dont la durée du droit est connue.

Les taux admis par l'AFC

En Suisse, le droit comptable ne fixe aucun taux: il exige seulement des amortissements «justifiés par l'usage commercial». C'est le droit fiscal qui pose des repères, et la pratique les a adoptés comme norme de fait. La notice A 1995 de l'Administration fédérale des contributions (AFC) publie les taux dégressifs maximaux admis sans justification particulière, valeurs indicatives en vigueur en 2026:

Catégorie d'immobilisationTaux dégressif maximalTaux linéaire correspondant
Immeubles d'exploitation3 %1,5 %
Bâtiments industriels4 %2 %
Mobilier et installations (1510)25 %12,5 %
Machines de production (1500)30 %15 %
Machines de bureau et informatique (1520)40 %20 %
Véhicules à moteur (1530)40 %20 %
Outillage45 %22,5 %

Tableau 8.1 — Taux maximaux de la notice A 1995 de l'AFC (valeurs indicatives).

La colonne de droite applique une règle simple et souvent demandée à l'examen: les taux linéaires admis valent la moitié des taux dégressifs, parce qu'ils s'appliquent à la valeur d'acquisition, qui reste constante, et non à une valeur comptable qui diminue chaque année. Amortir un véhicule à 20 % de CHF 50 000, c'est CHF 10 000 la première année comme la cinquième; l'amortir à 40 % de sa valeur comptable, c'est CHF 20 000 la première année et CHF 2 592 la cinquième.

Le tableau d'amortissement de la camionnette

Reprenons la camionnette d'Alpina Sports SA: CHF, mise en service le 2 janvier N, durée d'utilité cinq ans. Tous les montants ci-dessous ont été recalculés avec decimal.Decimal, chaque annuité étant arrondie au franc et la valeur comptable arrondie reportée sur l'exercice suivant; ici, les deux plans tombent juste et aucun arrondi n'intervient.

Méthode linéaire, taux de 20 % de la valeur d'acquisition, valeur résiduelle nulle: CHF par exercice.

ExerciceValeur comptable au débutAnnuitéAmortissements cumulésValeur comptable à la fin
N50 00010 00010 00040 000
N+140 00010 00020 00030 000
N+230 00010 00030 00020 000
N+320 00010 00040 00010 000
N+410 00010 00050 0000

Méthode dégressive, taux de 40 % de la valeur comptable: .

ExerciceValeur comptable au débutAnnuitéAmortissements cumulésValeur comptable à la fin
N50 00020 00020 00030 000
N+130 00012 00032 00018 000
N+218 0007 20039 20010 800
N+310 8004 32043 5206 480
N+46 4802 59246 1123 888

Deux contrôles s'imposent à chaque ligne: la valeur comptable de fin d'exercice doit égaler celle du début diminuée de l'annuité, et le cumul des annuités doit égaler la différence entre la valeur d'acquisition et la valeur comptable. On vérifie aussi (8.4) directement: CHF, et CHF, soit de la valeur d'acquisition. La camionnette n'est pas amortie au bout de cinq ans dans le plan dégressif: il reste CHF 3 888 à l'actif, alors que le plan linéaire l'a ramenée à zéro.

012 50025 00037 50050 000Valeur comptable (CHF)03 888linéaire 20 % de la valeur d'acquisitiondégressif 40 % de la valeur comptableAnnuité de l'exercice (CHF)10 00020 00010 00012 00010 0007 20010 0004 32010 0002 592année 1année 2année 3année 4année 5chaque point: fin d'exerciceValeur d'acquisition CHF 50 000 · total amorti sur 5 ans: 50 000 (linéaire), 46 112 (dégressif)
Figure 8.1. La même camionnette de CHF 50 000 amortie linéairement à 20 % de la valeur d'acquisition (droite bleue, annuité constante de CHF 10 000) et dégressivement à 40 % de la valeur comptable (courbe orange, annuités décroissantes de CHF 20 000 à CHF 2 592). Les barres du bas représentent les annuités de chaque exercice: le dégressif charge lourdement les premières années, le linéaire répartit uniformément.

Explorateur d'amortissement

Le même bien amorti linéairement (annuité constante calculée sur la valeur d'acquisition) ou dégressivement (annuité calculée sur la valeur comptable). La courbe pleine et les barres décrivent la méthode choisie, la courbe en traitillé l'autre méthode. Chaque annuité est arrondie au franc et la valeur comptable arrondie est reportée sur l'exercice suivant.

012 50025 00037 50050 00010 % de V₀Valeur comptable (CHF)3 888linéaire: 0Annuité de l'exercice (CHF)20 000112 00027 20034 32042 5925année
Annuité de la 1re année
20 000CHF
Annuité de l'année 5
2 592CHF
Valeur comptable finale
3 888CHF
Total amorti
46 112CHF
Années pour descendre sous 10 % de V0
5
Valeur d'acquisition V0 (CHF)50 000
Taux d'amortissement t (%)40
Durée observée (années)5
Méthodedégressif
Exercice

Une machine de production est acquise pour CHF 90 000,00 et amortie dégressivement au taux maximal admis par l'AFC pour cette catégorie. Quelle est sa valeur comptable à la fin du troisième exercice?

CHF

La comptabilisation de l'amortissement

L'amortissement de l'exercice est une écriture de clôture: on la passe au 31 décembre, en même temps que les autres écritures de régularisation du chapitre 9. La charge est toujours la même — le compte 6800 Amortissements est débité — mais la contrepartie peut être enregistrée de deux manières.

La méthode directe

La méthode directe crédite le compte d'actif lui-même. Pour la première annuité linéaire de la camionnette:

6800 Amortissements à 1530 Véhicules CHF 10 000,00

DateDébitCréditLibelléCHF
31.12.N6800 AmortissementsAmortissement de la camionnette, 20 % de 50 00010 000,00
31.12.N1530 Véhicules10 000,00

Le compte 1530 passe de CHF 50 000 à CHF 40 000, et c'est ce montant net qui figure au bilan. La méthode est simple — un seul compte d'actif, une seule ligne au bilan — mais la valeur d'acquisition disparaît: au bout de trois ans, le bilan indique «1530 Véhicules 20 000» sans que le lecteur puisse savoir s'il s'agit d'un véhicule neuf à CHF 20 000 ou d'un véhicule à CHF 50 000 amorti aux trois cinquièmes.

La méthode indirecte et le compte correcteur

La méthode indirecte laisse le compte d'actif intact et accumule les amortissements dans un compte correcteur dédié, dont le numéro se termine par 9: 1509 pour les machines, 1519 pour le mobilier, 1529 pour l'informatique, 1539 Amortissements cumulés sur véhicules, 1609 pour les immeubles.

6800 Amortissements à 1539 Amortissements cumulés sur véhicules CHF 10 000,00

Au bilan, la présentation devient:

Actif immobiliséCHFCHF
1530 Véhicules (valeur d'acquisition)50 000
./. 1539 Amortissements cumulés−20 00030 000

Le total de l'actif est rigoureusement le même que dans la méthode directe — CHF 30 000 — mais l'information est doublée: on lit à la fois ce que le véhicule a coûté et ce qu'il a déjà perdu. C'est ce que demande l'art. 959a CO en exigeant que le bilan renseigne sur la structure de l'actif immobilisé, et c'est pourquoi la méthode indirecte est aujourd'hui la règle en Suisse comme dans les Swiss GAAP RPC et les IFRS. Le rapport entre amortissements cumulés et valeur d'acquisition — ici — mesure d'ailleurs le degré de vétusté du parc d'immobilisations, indicateur sur lequel le chapitre 11 reviendra.

Méthode directeExtrait de l'actif immobilisévaleur d'acquisition perdue1530 Véhicules30 000porté au bilanMéthode indirecteExtrait de l'actif immobilisé1530 Véhicules50 0001539 Amortissements cumulés20 000net au bilan30 000Valeur portée au bilan: 30 000Valeur portée au bilan: 30 000la valeur d'acquisition n'apparaît plusvaleur d'acquisition et usure restent lisiblesMême bien, même année: coût 50 000, amortissements cumulés 20 000, valeur comptable 30 000
Figure 8.2. Deux extraits de bilan à la même date, à l'échelle, pour la même camionnette de CHF 50 000 amortie de CHF 20 000. À gauche, la méthode directe: le compte 1530 est réduit à CHF 30 000 et la valeur d'acquisition n'apparaît plus. À droite, la méthode indirecte: 1530 reste à CHF 50 000 et le compte correcteur 1539 Amortissements cumulés vient en déduction pour CHF 20 000. Le montant net porté au bilan est identique.
Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la comptabilisation de la sortie d'une immobilisation vendue en cours d'année, dans la méthode indirecte.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Débiter la banque ou le débiteur du prix de vente et créditer la TVA due
  • 2.
  • Comptabiliser l'amortissement de l'exercice couru jusqu'à la date de la cession
  • 3.
  • Déterminer la valeur comptable: valeur d'acquisition moins amortissements cumulés
  • 4.
  • Débiter le compte correcteur (1539) pour solder les amortissements cumulés du bien
  • 5.
  • Comptabiliser l'écart entre le prix de vente et la valeur comptable en gain ou en perte
  • 6.
  • Créditer le compte d'actif (1530) pour la valeur d'acquisition

La sortie d'un actif

Un bien quitte le bilan lorsqu'il est vendu, mis hors service, détruit ou repris par un fournisseur. La règle est toujours la même, et elle tient en une phrase: le bien sort de l'actif pour sa valeur comptable, et la différence avec la contrepartie reçue est un résultat de l'exercice.

Les trois issues

Soit un bien de valeur comptable vendu au prix (hors TVA).

  • Si , l'entreprise réalise un gain sur cession de . Ce gain signifie que les amortissements passés ont été trop généreux: la valeur comptable était inférieure à la valeur réelle du bien.
  • Si , l'opération est neutre pour le résultat.
  • Si , l'entreprise subit une perte sur cession de : les amortissements ont été insuffisants et le rattrapage se fait d'un coup à la sortie.
Valeur comptable 10 000Prix supérieurgain de 4 0007000 Produits accessoires+4 00014 000Prix égalni gain ni perteaucun compte de résultat10 000Prix inférieurperte de 4 0006800 Amortissements4 0006 0004 0008 00012 00016 000Prix de vente (CHF)perte sur cessiongain sur cessionLe bien sort de l'actif pour sa valeur comptable dans les trois cas: seul l'écart avec le prix touche le résultat.
Figure 8.3. Les trois issues d'une cession, sur l'axe des prix de vente. La camionnette d'Alpina Sports SA a une valeur comptable de CHF 10 000 après quatre annuités linéaires. Vendue CHF 14 000, elle dégage un gain de CHF 4 000 comptabilisé en produit; vendue CHF 10 000, elle ne produit aucun résultat; vendue CHF 6 000, elle laisse une perte de CHF 4 000 comptabilisée en charge.

Où comptabiliser ce résultat? La pratique suisse distingue selon le caractère de l'opération. Une cession courante, régulière, qui relève du renouvellement normal du parc, passe par le compte 7000 Produits accessoires (gain) ou, pour une perte, par un complément d'amortissement au débit de 6800 Amortissements. Une cession de nature exceptionnelle par son ampleur ou par sa rareté — la vente d'un immeuble, la liquidation d'une division — relève du compte 8500 Charges et produits exceptionnels, que l'art. 959b al. 2 ch. 10 CO impose de présenter séparément dans le compte de résultat.

Les écritures

Supposons la camionnette vendue au comptant CHF 14 000 hors TVA au terme du quatrième exercice, alors que sa valeur comptable linéaire est de CHF 10 000. La TVA due sur la vente est de CHF, et l'encaissement de CHF 15 134,00.

Méthode directe — le compte 1530 porte déjà la valeur nette de CHF 10 000:

DateDébitCréditLibelléCHF
30.12.N+31020 BanquePrix de vente TTC15 134,00
30.12.N+31530 VéhiculesSortie à la valeur comptable10 000,00
30.12.N+37000 Produits accessoiresGain sur cession4 000,00
30.12.N+32200 TVA dueTVA 8,1 % sur la vente1 134,00

Débit CHF 15 134,00, crédit CHF: l'écriture est équilibrée.

Méthode indirecte — le compte 1530 porte CHF 50 000 et le compte 1539 un solde créditeur de CHF 40 000. Il faut solder les deux:

DateDébitCréditLibelléCHF
30.12.N+31020 BanquePrix de vente TTC15 134,00
30.12.N+31539 Amortissements cumulésSolde du compte correcteur40 000,00
30.12.N+31530 VéhiculesValeur d'acquisition50 000,00
30.12.N+37000 Produits accessoiresGain sur cession4 000,00
30.12.N+32200 TVA dueTVA 8,1 % sur la vente1 134,00

Débit CHF, crédit CHF. Le résultat est le même que dans la méthode directe — un gain de CHF 4 000 — mais l'écriture est plus longue parce qu'elle doit faire disparaître deux comptes au lieu d'un.

Si le prix de vente n'avait été que de CHF 6 000, le gain de CHF 4 000 au crédit serait remplacé par une perte de CHF 4 000 au débit de 6800 Amortissements, et l'écriture resterait équilibrée par construction.

Mise hors service et destruction

Un bien peut aussi quitter l'entreprise sans contrepartie: l'ordinateur hors d'usage part à la déchetterie, la machine est détruite par un incendie. C'est le cas limite : on solde le bien à sa valeur comptable et l'intégralité de celle-ci devient une perte. Si la camionnette avait été détruite alors que sa valeur comptable était de CHF 10 000, l'écriture en méthode indirecte serait: 6800 Amortissements CHF 10 000,00 et 1539 Amortissements cumulés CHF 40 000,00 au débit, 1530 Véhicules CHF 50 000,00 au crédit. Une éventuelle indemnité d'assurance viendrait ensuite en produit, réduisant d'autant la perte nette de l'exercice.

La reprise d'un ancien véhicule

Le cas le plus fréquent en pratique est la reprise (Eintausch): le garage accepte l'ancienne camionnette en paiement partiel de la nouvelle. Il faut résister à la tentation de ne comptabiliser que le solde payé. Il s'agit en réalité de deux opérations distinctes: une vente de l'ancien véhicule au prix de reprise convenu, et un achat du véhicule neuf. Toutes deux sont soumises à la TVA, chacune de son côté; la compensation ne se fait que sur le compte du fournisseur, en application de l'interdiction de compenser de l'art. 958c al. 1 ch. 7 CO.

Exercice

Une machine acquise CHF 24 000,00 et amortie selon la méthode indirecte présente un compte correcteur 1509 de CHF 20 000,00. Elle est vendue CHF 3 000,00 hors TVA. Quel est le résultat de la cession?

Amortissements et réserves latentes

L'article 960a al. 4 CO

Le droit comptable suisse contient une disposition qui étonne les lecteurs formés aux IFRS. Après avoir exigé, à l'al. 3, des amortissements correspondant à la dépréciation réelle, l'art. 960a CO ajoute à son al. 4:

«Des amortissements et corrections de valeur supplémentaires peuvent être opérés à des fins de remplacement et pour assurer la prospérité durable de l'entreprise.»

Autrement dit, la loi autorise expressément à amortir au-delà de la perte de valeur constatée: Alpina Sports SA peut amortir sa camionnette de CHF 20 000 la première année alors que le véhicule n'en a réellement perdu que 12 000. L'écart n'est ni une erreur ni une fraude, mais une sous-évaluation volontaire de l'actif, expression du principe de prudence de l'art. 958c al. 1 ch. 5 CO.

Constituer et dissoudre

Le mécanisme se comprend en suivant les deux mouvements.

Constitution. L'entreprise comptabilise un amortissement supérieur à la dépréciation réelle. La charge de l'exercice augmente, le résultat diminue, la valeur comptable de l'actif descend en dessous de sa valeur réelle. Une réserve latente est née, du montant de l'excédent d'amortissement.

Dissolution. Deux voies mènent à sa disparition. Soit l'entreprise cesse d'amortir un bien encore utilisé et déjà sous-évalué, laissant l'écart se résorber à mesure que le bien se déprécie réellement; soit elle vend le bien: le gain sur cession, égal à l'écart entre le prix et la valeur comptable, transforme la réserve latente en bénéfice publié de l'exercice de la vente.

Ce que l'annexe doit révéler

Le législateur de 2013 a accepté les réserves latentes mais a voulu limiter le pouvoir de manipulation qu'elles confèrent au résultat publié. L'art. 959c al. 1 ch. 3 CO impose donc de mentionner dans l'annexe aux comptes annuels

«le montant total des réserves de remplacement dissoutes et des réserves latentes supplémentaires dissoutes, dans la mesure où il dépasse le montant total des nouvelles réserves du même genre, si le résultat économique s'en trouve présenté de façon sensiblement plus favorable».

Trois conditions se lisent dans ce texte: l'information porte sur la dissolution nette (dissolutions moins constitutions de l'exercice), elle n'est due que si cette dissolution améliore sensiblement le résultat, et elle porte sur un montant total, non sur le détail poste par poste. Le législateur n'oblige donc pas à révéler l'ampleur des réserves latentes existantes — seulement le fait qu'on en a consommé pour embellir un exercice. Le chapitre 10 y reviendra en traitant l'annexe.

Prudence contre transparence

Pourquoi la Suisse tolère-t-elle ce que la plupart des référentiels internationaux interdisent? Trois raisons historiques et pratiques.

D'abord, la prudence. Le tissu économique suisse est fait de PME familiales à horizon long, souvent peu capitalisées, qui doivent traverser des crises sans recourir au marché des capitaux. Sous-évaluer les actifs constitue un matelas: la substance existe, elle n'est simplement ni distribuée en dividendes ni imposée aujourd'hui. En cas de mauvaise année, la dissolution des réserves latentes permet de lisser le résultat et de rassurer les banques. Ensuite, l'unité du bilan commercial et du bilan fiscal: la Suisse pratique le principe de l'autorité du bilan commercial, l'impôt sur le bénéfice se calculant sur le résultat comptable. Enfin, la tradition: le droit comptable de 2013 a repris sur ce point la pratique établie sous l'ancien droit.

Le prix à payer est la transparence. Un bilan riche en réserves latentes ne dit pas la vérité sur le patrimoine, et un compte de résultat qui les dissout ne dit pas la vérité sur la performance de l'année. Le chapitre 11 montrera qu'il faut retraiter les états financiers — reconstituer les valeurs réelles, corriger les résultats des mouvements de réserves latentes — avant de calculer le moindre ratio de rentabilité. Les sociétés qui veulent être comparables à l'échelle internationale adoptent d'ailleurs les Swiss GAAP RPC ou les IFRS, qui proscrivent les réserves latentes arbitraires.

Exercice

Parmi les affirmations suivantes sur les réserves latentes, lesquelles sont exactes?

Plusieurs réponses possibles

Synthèse

  • Un bien qui sert plusieurs exercices est activé et non passé en charge: le principe de rattachement veut que son coût soit réparti sur les exercices qui en profitent. En dessous d'un seuil d'activation de quelques centaines de francs, l'importance relative dispense d'activer; la maintenance courante reste une charge, l'amélioration s'active.
  • Le coût d'acquisition (art. 960a al. 1 CO) comprend le prix d'achat net de rabais et d'escomptes, augmenté de tous les frais nécessaires à la mise en service; la TVA récupérable en est exclue. L'art. 959a CO classe les immobilisations en financières, corporelles et incorporelles; le goodwill créé en interne ne s'active jamais.
  • L'amortissement linéaire répartit en annuités constantes , avec ; l'amortissement dégressif applique un taux constant à la valeur comptable, d'où et , une valeur comptable qui ne s'annule jamais et des annuités concentrées sur les premiers exercices. Les taux dégressifs maximaux de l'AFC sont de 40 % pour les véhicules et l'informatique, 30 % pour les machines de production, 25 % pour le mobilier et 3 % pour les immeubles d'exploitation; les taux linéaires admis en valent la moitié.
  • L'amortissement est une charge sans dépense: il réduit le bénéfice sans toucher à la trésorerie, ce qui fonde le calcul du cash-flow du chapitre 11. On le comptabilise directement (6800 à 1530) ou indirectement (6800 à 1539), la méthode indirecte conservant la valeur d'acquisition et présentant les amortissements cumulés en déduction à l'actif.
  • À la sortie d'un actif, le bien quitte l'actif pour sa valeur comptable et l'écart avec le prix reçu est un gain (7000, ou 8500 si l'opération est exceptionnelle) ou une perte (6800). Une reprise est toujours deux opérations: une vente soumise à la TVA due et un achat ouvrant droit à l'impôt préalable.
  • L'art. 960a al. 4 CO autorise des amortissements supplémentaires qui créent des réserves latentes: leur constitution abaisse le résultat, leur dissolution le relève, et l'art. 959c al. 1 ch. 3 CO n'oblige à révéler en annexe que la dissolution nette qui améliore sensiblement le résultat. C'est une spécificité suisse de prudence, payée d'un déficit de transparence que l'analyse financière doit corriger.

Série d'exercices du chapitre 8

Exercice 1 sur 5
Exercice

Laquelle de ces dépenses doit être activée à l'actif immobilisé?

Problème guidé

Vie et mort d'une machine

Une PME valaisanne acquiert le 2 janvier de l'année N une machine de production pour un coût d'acquisition de CHF 120 000,00. Elle l'amortit selon la méthode dégressive au taux maximal admis par l'AFC pour cette catégorie, soit 30 %. Chaque annuité est arrondie au franc et la valeur comptable arrondie est reportée sur l'exercice suivant.

  1. 1

    Valeur comptable après trois ans

    Appliquez trois fois de suite un amortissement de 30 % de la valeur comptable du début d'exercice, ou directement la formule .

    Exercice

    Quelle est la valeur comptable de la machine à la fin du troisième exercice?

    CHF
  2. Annuité du quatrième exercice

  3. Résultat de la cession

  4. La réserve latente si la machine n'avait pas été vendue

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 8.1 · Déterminer un coût d'acquisition

Alpina Sports SA renouvelle l'agencement de son magasin de Sion. Le fournisseur adresse la facture suivante, toutes les positions étant hors TVA:

  • prix catalogue de l'agencement: CHF 62 000,00;
  • rabais de quantité: 8 %;
  • escompte pour paiement à dix jours: 2 % du montant net (l'escompte est effectivement obtenu);
  • transport depuis l'atelier du fournisseur: CHF 1 350,00;
  • montage sur place par les monteurs du fournisseur: CHF 3 800,00.

La même semaine, l'entreprise engage encore CHF 1 200,00 pour la soirée d'inauguration du rayon et CHF 480,00 de prime annuelle d'assurance-choses.

  1. Déterminez le coût d'acquisition à activer au compte 1510 Mobilier et installations, en justifiant l'inclusion ou l'exclusion de chaque position.
  2. Indiquez le traitement comptable des deux dépenses accessoires.
  3. L'agencement est amorti linéairement au taux de 12,5 % de la valeur d'acquisition. Calculez l'annuité et la valeur comptable après quatre exercices.
Solution

1. On part du prix catalogue et l'on déduit les réductions obtenues, puis on ajoute les frais nécessaires à la mise en service.

ÉlémentCHF
Prix catalogue62 000,00
Rabais de quantité 8 %−4 960,00
Prix net57 040,00
Escompte 2 % sur CHF 57 040,00−1 140,80
Prix d'achat effectif55 899,20
Transport+1 350,00
Montage+3 800,00
Coût d'acquisition (compte 1510)61 049,20

Le rabais et l'escompte sont des réductions du prix d'achat: pour une immobilisation, ils diminuent le coût d'acquisition et non un compte de charges. Le transport et le montage sont indispensables pour amener l'agencement à l'endroit et dans l'état où il peut servir (art. 960a al. 1 CO): ils s'activent.

2. La soirée d'inauguration, CHF 1 200,00, est une dépense de promotion: elle n'ajoute rien à l'agencement lui-même et se comptabilise au débit de 6600 Publicité. La prime d'assurance-choses, CHF 480,00, couvre une année d'exploitation et se comptabilise au débit de 6300 Assurances-choses, droits, taxes; si elle couvrait aussi une partie de l'exercice suivant, il faudrait la délimiter par un actif de régularisation (chapitre 9).

3. L'annuité linéaire vaut CHF. Après quatre exercices, les amortissements cumulés s'élèvent à CHF et la valeur comptable à

C'est exactement la moitié de la valeur d'acquisition, ce qui était prévisible: à 12,5 % par an, il faut huit ans pour amortir entièrement le bien, et quatre ans en couvrent la moitié.

Exercice 8.2 · Deux tableaux d'amortissement

Alpina Sports SA acquiert le 2 janvier N une machine d'affûtage de skis pour un coût d'acquisition de CHF 24 000,00. Elle hésite entre deux plans:

  • plan A: amortissement linéaire au taux de 15 % de la valeur d'acquisition;
  • plan B: amortissement dégressif au taux de 30 % de la valeur comptable.
  1. Dressez, pour chacun des deux plans, le tableau d'amortissement des cinq premiers exercices (valeur comptable au début, annuité, amortissements cumulés, valeur comptable à la fin). Arrondissez chaque annuité au franc et reportez la valeur comptable arrondie.
  2. Comparez les deux plans: total amorti sur cinq ans, valeur comptable finale, exercice au cours duquel les deux annuités se croisent.
  3. Le résultat avant amortissement de l'exercice N s'élève à CHF 46 000,00. Quel bénéfice affiche l'entreprise selon chaque plan, et de combien l'impôt sur le bénéfice diffère-t-il au taux illustratif de 15 %?
Solution

1. Plan A — linéaire à 15 %. L'annuité est constante: CHF.

ExerciceDébutAnnuitéCumulésFin
N24 0003 6003 60020 400
N+120 4003 6007 20016 800
N+216 8003 60010 80013 200
N+313 2003 60014 4009 600
N+49 6003 60018 0006 000

Plan B — dégressif à 30 %. Chaque annuité vaut 30 % de la valeur comptable du début d'exercice, arrondie au franc:

ExerciceDébutAnnuitéCumulésFin
N24 0007 2007 20016 800
N+116 8005 04012 24011 760
N+211 7603 52815 7688 232
N+38 2322 47018 2385 762
N+45 7621 72919 9674 033

Les deux dernières annuités du plan B ont dû être arrondies: donne CHF 2 470,00, et donne CHF 1 729,00. C'est la valeur comptable arrondie qui sert de base à l'exercice suivant.

2. Sur cinq ans, le plan A amortit CHF 18 000,00 et laisse une valeur comptable de CHF 6 000,00; le plan B amortit CHF 19 967,00 et laisse CHF 4 033,00. Le dégressif a donc davantage amorti sur la période, mais il n'amortira jamais complètement: la formule (8.4) montre que reste strictement positive. Les annuités se croisent entre N+1 et N+2: le dégressif donne CHF 5 040,00 contre CHF 3 600,00 en N+1, puis CHF 3 528,00 contre CHF 3 600,00 en N+2. À partir de N+2, c'est le plan linéaire qui charge le plus le résultat.

3. En N, le bénéfice avant impôt vaut CHF selon le plan A et CHF selon le plan B. Au taux illustratif de 15 %, l'impôt est de CHF 6 360,00 contre CHF 5 820,00: le plan B fait économiser CHF 540,00 la première année. Cette économie n'est qu'un report: les annuités plus faibles du plan B à partir de N+2 la rendront progressivement, et sur la durée de vie complète du bien, le total amorti et donc le total imposé sont identiques. L'avantage réel se limite à la valeur du temps gagné sur la trésorerie.

Exercice 8.3 · Les écritures dans les deux méthodes

Le matériel informatique d'Alpina Sports SA figure au bilan d'ouverture au 1er janvier N pour CHF 20 000,00 (compte 1520, matériel acquis le 2 janvier N et donc non encore amorti). Il est amorti dégressivement au taux de 40 %.

  1. Passez les écritures d'amortissement des exercices N, N+1 et N+2 selon la méthode directe.
  2. Passez les mêmes écritures selon la méthode indirecte.
  3. Présentez l'extrait de bilan au 31 décembre N+2 dans les deux méthodes.
  4. Un actionnaire affirme que la méthode indirecte «gonfle le bilan» et améliore la présentation de l'entreprise. Que lui répondez-vous?
Solution

Les annuités sont CHF, puis CHF, puis CHF. La valeur comptable passe de CHF 20 000,00 à CHF 12 000,00, CHF 7 200,00 puis CHF 4 320,00.

1. Méthode directe.

DateDébitCréditLibelléCHF
31.12.N6800 Amortissements1520 Machines de bureau et informatiqueAmortissement 40 %8 000,00
31.12.N+16800 Amortissements1520 Machines de bureau et informatiqueAmortissement 40 %4 800,00
31.12.N+26800 Amortissements1520 Machines de bureau et informatiqueAmortissement 40 %2 880,00

2. Méthode indirecte. La charge est identique; seule la contrepartie change.

DateDébitCréditLibelléCHF
31.12.N6800 Amortissements1529 Amortissements cumulésAmortissement 40 %8 000,00
31.12.N+16800 Amortissements1529 Amortissements cumulésAmortissement 40 %4 800,00
31.12.N+26800 Amortissements1529 Amortissements cumulésAmortissement 40 %2 880,00

Le compte 1529 présente un solde créditeur cumulé de CHF.

3. Extrait de bilan au 31.12.N+2.

Méthode directe:

Actif immobiliséCHF
1520 Machines de bureau et informatique4 320

Méthode indirecte:

Actif immobiliséCHFCHF
1520 Machines de bureau et informatique20 000
./. 1529 Amortissements cumulés−15 6804 320

4. L'affirmation est fausse. Le compte 1529 est un compte correcteur d'actif, présenté en déduction du compte 1520: le montant net porté au bilan est CHF 4 320,00 dans les deux cas, et le total de l'actif est identique. Le compte correcteur n'est pas un passif et ne s'ajoute pas au total du bilan. La méthode indirecte n'améliore donc rien: elle informe davantage, en montrant qu'un matériel payé CHF 20 000,00 est amorti à 78,4 %, information qui disparaît complètement dans la méthode directe. C'est un argument de transparence, pas de présentation flatteuse — et il joue plutôt contre l'entreprise, puisqu'il révèle la vétusté de son parc informatique.

Exercice 8.4 · Une cession avec reprise

Une machine du compte 1500 Machines et appareils a été acquise pour CHF 36 000,00. Au 30 juin N+4, après comptabilisation de l'amortissement du semestre, le compte correcteur 1509 présente un solde de CHF 27 000,00 pour cette machine (méthode indirecte). Le fournisseur reprend la machine pour CHF 11 500,00 hors TVA à l'occasion de la livraison d'une machine neuve facturée CHF 45 000,00 hors TVA. Le taux de TVA est de 8,1 % et le solde est réglé par la banque.

  1. Calculez la valeur comptable de l'ancienne machine et le résultat de la cession.
  2. Calculez la TVA de chacune des deux opérations et le solde à payer au fournisseur.
  3. Passez les trois écritures (cession, acquisition, paiement) et contrôlez le compte 2000 Créanciers.
  4. Quelle est la base d'amortissement de la machine neuve, et pourquoi ne peut-on pas se contenter de comptabiliser le seul solde payé?
Solution

1. Valeur comptable: CHF. Résultat de la cession: CHF, soit un gain de CHF 2 500,00, porté au crédit de 7000 Produits accessoires.

2. TVA due sur la reprise (l'entreprise vend): CHF, avoir TTC de CHF 12 431,50. Impôt préalable sur l'achat: CHF, facture TTC de CHF 48 645,00. Solde à payer: CHF.

3. Écriture 1 — cession de l'ancienne machine.

DébitCréditLibelléCHF
1509 Amortissements cumulésSolde du compte correcteur27 000,00
2000 CréanciersAvoir de reprise TTC12 431,50
1500 Machines et appareilsValeur d'acquisition36 000,00
7000 Produits accessoiresGain sur cession2 500,00
2200 TVA dueTVA 8,1 % sur la reprise931,50

Contrôle: débit CHF; crédit CHF.

Écriture 2 — acquisition de la machine neuve.

DébitCréditLibelléCHF
1500 Machines et appareilsMachine neuve45 000,00
1171 Impôt préalable sur investissementsTVA 8,1 %3 645,00
2000 CréanciersFacture du fournisseur48 645,00

Écriture 3 — paiement du solde. 2000 Créanciers à 1020 Banque CHF 36 213,50.

Contrôle du compte 2000: crédit CHF 48 645,00; débit CHF. Le compte est soldé.

4. La base d'amortissement de la machine neuve est son coût d'acquisition de CHF 45 000,00, et non le solde payé de CHF 36 213,50. Ne comptabiliser que le solde reviendrait à compenser une créance et une dette, ce qu'interdit l'art. 958c al. 1 ch. 7 CO, à faire disparaître du bilan l'ancienne machine sans constater le gain de CHF 2 500,00, à sous-évaluer l'actif immobilisé et donc les amortissements futurs, et enfin à fausser le décompte de TVA: l'AFC attend une TVA due de CHF 931,50 sur la vente et un impôt préalable de CHF 3 645,00 sur l'achat, deux montants qui doivent figurer distinctement au décompte trimestriel (chapitre 6).

Exercice 8.5 · Choisir un taux dégressif

Une entreprise de transport acquiert un véhicule utilitaire lourd pour CHF. Elle estime pouvoir le revendre CHF 8 000,00 au terme de huit années d'utilisation et souhaite que son plan d'amortissement conduise exactement à cette valeur comptable.

  1. Établissez la formule donnant le taux dégressif qui ramène une valeur d'acquisition à une valeur après exercices, et calculez-le ici.
  2. Comparez ce taux au taux dégressif maximal admis par l'AFC pour les véhicules à moteur. Le plan est-il fiscalement admissible? Calculez la valeur comptable après huit ans si l'on retient un taux arrondi de 25 %.
  3. Déterminez l'annuité constante du plan linéaire conduisant à la même valeur résiduelle, ainsi que le taux linéaire correspondant. Comparez les annuités des deux plans la première et la huitième année.
  4. L'entreprise prévoit des frais d'entretien de CHF 1 000,00 la première année, croissant ensuite de CHF 1 500,00 par an. Lequel des deux plans donne le coût annuel de possession (amortissement plus entretien) le plus régulier? Concluez sur le choix de la méthode.
Solution

1. Par le théorème 8.2, . En isolant :

ce qui est la relation (8.5). Ici et , donc

soit un taux d'environ .

2. Le taux dégressif maximal admis par l'AFC pour les véhicules à moteur est de 40 % (tableau 8.1). Un taux de 25 % lui est bien inférieur: le plan est donc fiscalement admissible sans réserve — l'entreprise renonce simplement à une partie de la déduction possible, ce qui est son droit et correspond ici à la dépréciation qu'elle estime réelle.

Avec un taux arrondi à 25 %, les annuités arrondies au franc et la valeur comptable reportée d'un exercice à l'autre donnent:

ExerciceDébutAnnuité 25 %Fin
180 00020 00060 000
260 00015 00045 000
345 00011 25033 750
433 7508 43825 312
525 3126 32818 984
618 9844 74614 238
714 2383 56010 678
810 6782 6708 008

La valeur comptable finale est de CHF 8 008,00, soit CHF 8,00 au-dessus de l'objectif: l'écart provient de l'arrondi du taux (25 % au lieu de 25,011 %) et des arrondis annuels au franc. C'est parfaitement acceptable en pratique.

3. Le plan linéaire conduisant à la même valeur résiduelle a pour annuité

soit un taux linéaire de la valeur d'acquisition. La première année, le plan dégressif charge CHF 20 000,00 contre CHF 9 000,00: plus du double. La huitième année, il ne charge plus que CHF 2 670,00 contre CHF 9 000,00: moins du tiers. Les deux plans amortissent pourtant le même total de CHF 72 000,00 (à l'arrondi près), la seule différence étant la répartition dans le temps.

4. Les frais d'entretien valent CHF 1 000,00 la première année, puis CHF 2 500,00, CHF 4 000,00, et ainsi de suite jusqu'à CHF 11 500,00 la huitième année. Le coût annuel de possession s'écrit alors:

AnnéeEntretienLinéaire: totalDégressif: total
11 00010 00021 000
22 50011 50017 500
45 50014 50013 938
68 50017 50013 246
811 50020 50014 170

Le plan linéaire donne un coût de possession qui double sur la période (de CHF 10 000,00 à CHF 20 500,00), parce que l'amortissement constant s'ajoute à un entretien croissant. Le plan dégressif donne un coût qui descend de CHF 21 000,00 à environ CHF 13 000,00 puis remonte légèrement: il varie dans une fourchette bien plus étroite après la première année, l'amortissement décroissant compensant l'entretien croissant.

C'est l'argument économique classique en faveur de l'amortissement dégressif: il rapproche la charge comptable de la perte de valeur effective du bien — forte au début, faible ensuite — et lisse le coût total de possession. On lui oppose la simplicité du plan linéaire, sa lisibilité budgétaire et le fait qu'il conduit le bien à sa valeur résiduelle en un nombre fini d'exercices, ce que le dégressif ne fait jamais. En Suisse, un troisième critère tranche souvent: le plan dégressif au taux fiscal maximal maximise la déduction des premières années et crée des réserves latentes, au prix d'une image du patrimoine moins fidèle.

Références

  • Ammann, A. et Vuillemin, N., Comptabilité générale, Éditions LEP, Le Mont-sur-Lausanne, chapitre consacré aux amortissements et à l'actif immobilisé.
  • Garcia, C., Introduction à la comptabilité, Éditions Loisirs et Pédagogie, Lausanne.
  • Sterchi, W., Mattle, H. et Helbling, M., Plan comptable général PME, veb.ch, Verlag SKV, Zurich (comptes 1500 à 1609, comptes correcteurs et compte 6800).
  • Boemle, M. et Lutz, R., Der Jahresabschluss, Verlag SKV, Zurich (amortissements, corrections de valeur et réserves latentes).
  • Code des obligations, titre trente-deuxième, art. 959, 959a, 959c, 960a et 958c.
  • Administration fédérale des contributions, Notice A 1995 — Amortissements sur les valeurs immobilisées des entreprises commerciales, Berne, et informations sur la TVA (estv.admin.ch).

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