Chapitre 7

Salaires et charges sociales

Du salaire brut au salaire net: AVS/AI/APG, AC, LPP, LAA, impôt à la source, charges patronales et écritures de paie.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • distinguer salaire brut, salaire net et coût employeur, et expliquer pourquoi ces trois montants diffèrent;
  • situer chaque assurance sociale suisse dans le système des trois piliers et des assurances de risque, avec sa base légale et son financement;
  • calculer les retenues sur un salaire (AVS/AI/APG, AC, LPP, LAA non professionnelle, impôt à la source) et établir un décompte de salaire complet du brut au net;
  • construire un salaire coordonné LPP et la bonification de vieillesse correspondante, y compris lorsque le seuil d'entrée, le minimum ou le maximum jouent;
  • passer les écritures de paie d'un mois (comptes 5000, 5700, 2270 et 1020), les paiements aux assureurs et la régularisation du treizième salaire;
  • énumérer les obligations annexes de l'employeur: certificat de salaire, déclarations annuelles, conservation des pièces et confidentialité.

Le salaire, première charge d'une PME de services

Alpina Sports SA occupe six personnes dans son magasin de Sion: une gérante, trois vendeurs, une vendeuse à temps partiel et un magasinier. Additionnez leurs salaires et vous obtenez, de très loin, le premier poste de charges de l'entreprise, devant les achats de marchandises rapportés à la marge et bien devant le loyer. Dans la plupart des PME de services suisses, les charges de personnel représentent la moitié ou davantage des charges d'exploitation. Une erreur de paie n'est donc jamais une petite erreur.

Elle n'est pas non plus une erreur anodine sur le plan juridique. L'employeur suisse n'est pas seulement débiteur d'un salaire: il est organe d'encaissement pour le compte de tiers. Il retient sur le salaire de ses collaborateurs des cotisations qui ne lui appartiennent pas, il y ajoute ses propres cotisations, et il verse le tout à des caisses qui ne sont pas l'administration fiscale. S'il ne le fait pas, il répond personnellement du dommage causé à l'AVS (art. 52 LAVS), et cette responsabilité s'étend aux administrateurs de la société anonyme. La paie est ainsi le domaine de la comptabilité où le formalisme est le plus strict et l'improvisation la plus coûteuse.

Posons tout de suite la question qui structure le chapitre. Marc Délèze, vendeur de 38 ans chez Alpina Sports SA, est payé CHF 6 000 par mois, treizième salaire compris, soit CHF 78 000 par an. Combien reçoit-il réellement, et combien coûte-t-il à l'entreprise?

Nous verrons que Marc touche CHF 5 305,25 par mois, soit environ de son brut, et qu'il coûte à Alpina Sports SA CHF 88 065 par an, soit près de de plus que son salaire brut. Entre le chiffre écrit dans le contrat de travail et le chiffre viré sur le compte du collaborateur, il y a les retenues; entre ce même chiffre du contrat et la charge du compte de résultat, il y a les cotisations patronales. Un gérant qui raisonne uniquement sur le brut se trompe de deux côtés à la fois: il surestime ce que reçoit son collaborateur et il sous-estime ce qu'il dépense.

Le salaire brut

Le contrat de travail

Le salaire trouve sa source dans le contrat individuel de travail des articles 319 et suivants du Code des obligations. L'article 319 al. 1 CO en donne la définition: par le contrat de travail, le travailleur s'engage à travailler au service de l'employeur pour un temps déterminé ou indéterminé, et l'employeur à payer un salaire fixé d'après le temps ou le travail fourni. Trois éléments sont donc essentiels: une prestation de travail, un rapport de subordination et une rémunération.

Le contrat peut être conclu oralement, mais l'article 330b CO impose à l'employeur de communiquer par écrit, dans le mois qui suit le début du rapport de travail, les noms des parties, la date du début, la fonction, le salaire et la durée hebdomadaire du travail. Dans de nombreuses branches, une convention collective de travail (CCT) fixe en outre des salaires minimaux, un treizième salaire obligatoire et des suppléments; le commerce de détail valaisan en connaît une, et Alpina Sports SA y est soumise.

Salaire mensuel et treizième salaire

Le salaire suisse se compte le plus souvent en mensualités. Lorsque le contrat prévoit un treizième salaire, l'année compte treize mensualités: un salaire mensuel de CHF 6 000 correspond alors à un salaire annuel de CHF. Le treizième salaire n'est pas une gratification: dès qu'il est prévu par le contrat ou par une CCT, c'est un élément de salaire dû, payable au prorata si le rapport de travail se termine en cours d'année.

Attention à la conversion, qui est une source d'erreurs constante: le taux horaire ou la comparaison entre deux offres doivent toujours se faire sur le salaire annuel. Une offre à CHF 6 200 sur douze mois (CHF 74 400 par an) est moins avantageuse qu'une offre à CHF 6 000 sur treize mois (CHF 78 000 par an), alors que le premier chiffre paraît supérieur.

Heures supplémentaires

L'article 321c CO règle le travail supplémentaire. Le travailleur doit accomplir des heures supplémentaires si elles sont nécessaires, s'il est en mesure de le faire et si les règles de la bonne foi permettent de le lui demander. Ces heures sont d'abord compensées, avec l'accord du travailleur, par un congé de durée équivalente. À défaut de compensation et sauf accord écrit contraire, l'employeur les rétribue en versant le salaire normal majoré d'un quart au moins, soit du salaire horaire ordinaire.

La loi sur le travail (LTr) ajoute une seconde notion, le travail supplémentaire au-delà de la durée maximale légale (45 ou 50 heures par semaine selon la branche), qui donne droit à un supplément de non renonçable au-delà de 60 heures par année civile. Comptablement, les deux catégories aboutissent au même endroit: un montant de salaire brut supplémentaire, soumis aux mêmes cotisations que le salaire ordinaire.

Gratifications, bonus et allocations familiales

La gratification de l'article 322d CO est une rétribution spéciale versée à des occasions particulières. Sa nature juridique dépend de la manière dont elle est promise: si le contrat en fixe le principe et le montant, c'est un élément de salaire dû; si elle reste facultative et véritablement accessoire, c'est une gratification que l'employeur peut supprimer. La jurisprudence du Tribunal fédéral requalifie en salaire les bonus versés régulièrement pendant plusieurs années sans réserve, ou dont le montant devient prépondérant par rapport au salaire fixe. Dans le doute, la comptabilité traite le bonus comme du salaire: il est soumis à l'AVS de la même manière.

Les allocations familiales (allocation pour enfant, allocation de formation professionnelle) sont d'une tout autre nature. Elles ne sont pas dues par l'employeur: elles sont dues par la caisse d'allocations familiales au parent salarié. L'employeur ne fait que les avancer, en les ajoutant au salaire net, puis se les fait rembourser par la caisse. Elles apparaissent donc dans le décompte de salaire mais ne sont pas soumises aux cotisations sociales, et elles ne font pas partie du salaire brut déterminant. En Valais, l'allocation pour enfant s'élève à CHF 275 par mois et par enfant et l'allocation de formation à CHF 425 (valeurs indicatives 2026, les cantons fixent des montants supérieurs aux minima fédéraux de CHF 200 et CHF 250).

Le salaire déterminant AVS

La distinction entre salaire déterminant et remboursement de frais mérite un mot: si Alpina Sports SA verse CHF 400 par mois à sa gérante pour ses déplacements, ce montant échappe aux cotisations seulement s'il correspond à des frais effectifs justifiés ou à un règlement de frais approuvé par l'administration fiscale cantonale. Un forfait généreux et non justifié serait requalifié en salaire lors d'un contrôle de la caisse de compensation, avec rappel de cotisations sur cinq ans et intérêts moratoires.

Le système suisse des assurances sociales

La Suisse n'a pas construit une assurance sociale, mais un empilement de branches nées à des époques différentes: l'AVS en 1948, l'assurance-chômage obligatoire en 1984, la prévoyance professionnelle obligatoire en 1985, l'assurance-maternité en 2005. Pour s'y retrouver, on distingue la prévoyance vieillesse — organisée en trois piliers depuis la révision constitutionnelle de 1972 — et les assurances de risque.

Prévoyance vieillesse, survivants et invalidité — les trois pilierstaux 2026, indicatifs1er pilier — AVS / AI / PCMinimum vital: rentes devieillesse, de survivants etd'invalidité, prestationscomplémentaires.Répartition — LAVS, LAI, LPCQui paie5,3 % employé+ 5,3 % employeur2e pilier — LPPMaintien du niveau de vieantérieur, en complémentdu 1er pilier. Capitalisationindividuelle — loi LPP.Obligatoire dès CHF 22 680Qui paieBonification 7 / 10 / 15 / 18 %partagée au moins par moitié3e pilier — 3a / 3bPrévoyance individuellefacultative: pilier 3a liéet déductible du revenu,pilier 3b libre.Hors décompte de salaireQui paieEntièrement à la chargedu salariéAssurances de risque et allocations, prélevées sur le même salaire déterminantAC — LACIIndemnités de chômage,réduction de l'horairede travail, insolvabilitéde l'employeur1,1 % employé+ 1,1 % employeurLAAAccidents et maladiesprofessionnels, etaccidents nonprofessionnelsProf.: employeur seulNon prof.: employé 1,6 %APG — LAPGPerte de gain: servicemilitaire, protectioncivile, maternité,congé de paternité0,25 % employé+ 0,25 % employeurAllocations fam. — LAFamAllocation pour enfantet de formation, verséeavec le salaire pour lecompte de la caisseEmployeur seul1,5 à 3 % (canton)AVS, AI, APG, AC et allocations familiales sont encaissés par une seule caisse de compensation.
Figure 7.1. Le système suisse de sécurité sociale. Les trois piliers couvrent la vieillesse, le décès et l'invalidité: le premier assure le minimum vital par répartition, le deuxième maintient le niveau de vie antérieur par capitalisation, le troisième est individuel et facultatif. Les assurances de risque (chômage, accidents, perte de gain, allocations familiales) s'ajoutent sur le même salaire déterminant, avec des financements différents.

Le premier pilier (AVS, AI, prestations complémentaires) fonctionne par répartition: les cotisations encaissées cette année paient les rentes servies cette année. Il est obligatoire pour toute personne domiciliée ou exerçant une activité lucrative en Suisse, sans plafond de salaire, et vise la couverture du minimum vital. Le deuxième pilier (prévoyance professionnelle, LPP) fonctionne par capitalisation: chaque assuré accumule un avoir de vieillesse sur un compte individuel auprès d'une institution de prévoyance. Il n'est obligatoire qu'au-delà d'un seuil de salaire et vise, avec le premier pilier, le maintien du niveau de vie antérieur — l'objectif constitutionnel est d'environ du dernier salaire. Le troisième pilier (3a lié et fiscalement privilégié, 3b libre) est une affaire privée entre l'assuré et sa banque ou son assurance: il n'apparaît jamais dans un décompte de salaire.

Le tableau suivant récapitule le financement de chaque branche. Ce sont les valeurs en vigueur en 2026, indicatives: les taux LAA et d'allocations familiales varient selon l'assureur, la branche et le canton, et le plan de prévoyance peut être plus généreux que le minimum LPP.

AssuranceBase légalePart employéPart employeurPlafond du salaire assuré
AVS (vieillesse et survivants)LAVS4,35 %4,35 %aucun
AI (invalidité)LAI0,70 %0,70 %aucun
APG (perte de gain, maternité)LAPG0,25 %0,25 %aucun
AC (chômage)LACI1,1 %1,1 %CHF 148 200
AC, cotisation de solidaritéLACI0,5 %0,5 %au-delà de CHF 148 200
LPP (prévoyance professionnelle)LPPmoitié au plus de la bonificationmoitié au moins de la bonificationsalaire coordonné, max. CHF 64 260
LAA professionnelleLAAenv. 0,5 % à 2 %CHF 148 200
LAA non professionnelleLAAenv. 1,6 %CHF 148 200
Allocations familialesLAFamenv. 1,5 % à 3 %aucun
Frais d'administrationLAVSenv. 0,1 % à 0,5 %aucun

Tableau 7.1 — Financement des assurances sociales suisses (2026, valeurs indicatives). Les trois premières lignes sont toujours regroupées: on parle de la cotisation AVS/AI/APG de 5,3 %, prélevée en une seule ligne sur le décompte de salaire et versée à une seule caisse de compensation, qui encaisse également l'AC, les allocations familiales et ses propres frais d'administration.

Exercice

Parmi les branches suivantes, lesquelles sont financées par l'employeur seul, sans aucune retenue sur le salaire du collaborateur?

Plusieurs réponses possibles

Les retenues sur le salaire

Passons au calcul, ligne par ligne. Toutes les retenues se calculent sur le salaire brut du mois, à l'exception de la LPP, qui se calcule sur un salaire annuel.

AVS / AI / APG: 5,3 %, sans plafond

C'est la retenue la plus simple et la plus lourde: du salaire déterminant, sans aucun plafond, dès le 1er janvier qui suit le dix-septième anniversaire du travailleur. L'employeur retient ce montant et y ajoute une cotisation identique de : la charge totale de la branche est donc de du salaire, moitié-moitié.

Sur un brut mensuel de CHF 6 000, cela fait CHF. L'absence de plafond est une particularité suisse: un directeur payé CHF 400 000 cotise sur la totalité de son salaire, alors que la rente maximale qu'il touchera est la même que celle d'un salarié cotisant sur CHF 90 000. Le premier pilier comporte ainsi une forte composante de solidarité.

Assurance-chômage: 1,1 % jusqu'à CHF 148 200

La cotisation d'assurance-chômage est de pour l'employé et de pour l'employeur, sur la part du salaire annuel qui ne dépasse pas CHF 148 200 (le montant maximal du gain assuré LAA). Au-delà de ce plafond, une cotisation de solidarité de de chaque côté continue de s'appliquer, sans limite supérieure. Sur un brut mensuel de CHF 6 000, la retenue est de CHF; le plafond ne joue pas, puisque le salaire annuel de CHF 78 000 lui est très inférieur.

LAA non professionnelle: environ 1,6 %

L'assurance-accidents obligatoire de la LAA couvre deux risques distincts. Les accidents professionnels et les maladies professionnelles sont couverts pour tout salarié et leur prime est entièrement à la charge de l'employeur. Les accidents non professionnels ne sont couverts que si le travailleur est occupé au moins huit heures par semaine chez le même employeur; leur prime, de l'ordre de , est à la charge du travailleur, sauf si l'employeur accepte contractuellement de la prendre à sa charge. Le gain assuré est plafonné à CHF 148 200 par an.

Sur CHF 6 000, la retenue vaut donc CHF. Notez la conséquence pratique pour un employé à temps très partiel: en dessous de huit heures hebdomadaires, il n'est pas assuré contre les accidents non professionnels, il ne subit pas la retenue, et il doit couvrir ce risque par son assurance-maladie.

LPP: le salaire coordonné, point le plus difficile du chapitre

La prévoyance professionnelle ne s'applique pas à l'ensemble du salaire, pour une raison de fond: le premier pilier couvre déjà la première tranche du revenu. Le deuxième pilier ne doit assurer que ce qui reste, d'où le mécanisme dit de coordination.

Trois seuils, donc quatre régimes possibles, qu'il faut savoir reconnaître:

  1. Salaire annuel inférieur à CHF 22 680: pas d'assurance obligatoire du tout. Ni retenue, ni part patronale. C'est le cas de nombreux emplois à faible taux d'occupation.
  2. Salaire annuel entre CHF 22 680 et CHF 30 240: la différence est nulle ou inférieure à CHF 3 780; le salaire coordonné est fixé au minimum de CHF 3 780. Ce plancher évite qu'un assuré cotise sur presque rien.
  3. Salaire annuel entre CHF 30 240 et CHF 90 720: régime ordinaire, .
  4. Salaire annuel supérieur à CHF 90 720: le salaire coordonné est plafonné au maximum de CHF 64 260. Au-delà, le régime obligatoire ne couvre plus rien; les plans dits surobligatoires prennent le relais, à la discrétion de l'employeur.

Le montant à verser chaque année s'appelle la bonification de vieillesse. Son taux dépend uniquement de l'âge de l'assuré:

Âge révoluTaux de bonification
25 à 34 ans7 %
35 à 44 ans10 %
45 à 54 ans15 %
55 à 65 ans18 %

Tableau 7.2 — Bonifications de vieillesse LPP, en pour-cent du salaire coordonné. La bonification est partagée au minimum par moitié entre l'employeur et le travailleur (art. 66 al. 1 LPP): l'employeur doit en supporter la moitié au moins, jamais moins. Alpina Sports SA applique le partage légal minimal, moitié-moitié.

Appliquons la formule (7.2) à Marc Délèze, 38 ans, salaire annuel de CHF 78 000:

puis la bonification de vieillesse au taux de correspondant à sa tranche d'âge:

dont la moitié, soit CHF 2 577,00, est à la charge de Marc. Comme la retenue est prélevée sur douze mensualités et non sur treize — la déduction de coordination et le salaire coordonné sont déjà calculés sur le salaire annuel treizième compris —, la retenue mensuelle vaut

Exercice

Une cheffe de rayon perçoit un salaire annuel AVS de CHF 110 000. Quel est son salaire coordonné LPP?

CHF

Impôt à la source

Les travailleurs étrangers qui ne sont pas titulaires d'un permis d'établissement C et qui ne sont pas mariés à une personne de nationalité suisse ou titulaire d'un permis C sont imposés à la source: l'employeur retient l'impôt sur le revenu (fédéral, cantonal et communal) directement sur le salaire et le verse à l'administration fiscale cantonale. Le taux résulte d'un barème cantonal qui dépend de l'état civil, du nombre d'enfants et du fait que le conjoint exerce ou non une activité lucrative; il est appliqué au salaire brut, avant les retenues sociales, car les barèmes intègrent déjà des déductions forfaitaires. Les taux vont de zéro pour les bas revenus à plus de pour les revenus élevés.

L'employeur reçoit pour ce service une commission de perception (de l'ordre de à de l'impôt retenu, selon le canton), qu'il comptabilise en produit. Les frontaliers relèvent en outre d'accords internationaux particuliers, notamment l'accord franco-suisse pour les cantons romands.

L'explorateur ci-dessous refait ce calcul pour n'importe quel salaire, n'importe quel âge et n'importe quel taux LAA. Il raisonne sur un salaire annuel versé en douze mensualités, sans treizième salaire: avec CHF 78 000 par an, il affiche donc un net mensuel de CHF 5 765,25 et non les CHF 5 305,25 de Marc, qui reçoit le même total annuel en treize versements. Faites glisser le curseur de salaire au-delà de CHF 90 720 et observez la troisième barre: le salaire coordonné cesse de croître, alors que le brut continue d'augmenter. Faites glisser l'âge et regardez la bonification changer de palier à 35, 45 et 55 ans.

Explorateur de paie: du brut au net et au coût employeur

Salaire annuel versé en douze mensualités, taux et seuils 2026. Les trois barres sont à la même échelle horizontale: la première mesure ce que l'employeur paie en plus du brut, la deuxième découpe le brut en retenues et salaire net, la troisième montre comment se construit le salaire coordonné LPP. Faites glisser l'âge pour voir la bonification de vieillesse changer de palier, et le salaire pour franchir le maximum coordonné de CHF 64 260.

Charges patronales, en plus du brut: CHF 10 065 (12,9 %)Salaire annuel brut: CHF 78 000 (100 %)Salaire net CHF 69 183 (88,7 %)retenues CHF 8 817 (11,3 %)AVS / AI / APGACLAALPPAF et fraisConstruction du salaire coordonné LPPdéduction CHF 26 460salaire coordonné CHF 51 540bonification de vieillesse 10 % = CHF 5 154,00, dont CHF 2 577,00 à la charge du collaborateurCoût total employeur CHF 88 065 pour un salaire net de CHF 69 183.
Salaire net mensuel
5 765,25CHF
Retenues (par mois)
734,75CHF
Salaire coordonné LPP
51 540CHF
Bonification de vieillesse (10 %)
5 154,00CHF
Charges patronales (an)
10 065,00CHF
Coût total employeur (an)
88 065,00CHF
Coût en pour-cent du brut
12,9 %
Salaire annuel brut78 000CHF
Âge du collaborateur38ans
Taux LAA non professionnelle1,6%
Exercice

Sofia Terrettaz, 41 ans, titulaire d'un permis C, est payée CHF 5 700 par mois, treizième salaire compris. Son employeur applique le partage légal minimal de la bonification LPP. Calculez son salaire net mensuel, en CHF.

CHF

Le coût employeur

Le collaborateur voit son net; l'entreprise, elle, voit une charge nettement supérieure au brut. Sur le salaire déterminant, l'employeur doit acquitter:

  • AVS/AI/APG, au même taux de que l'employé, sans plafond;
  • assurance-chômage, au même taux de jusqu'à CHF 148 200, puis ;
  • LAA professionnelle, entièrement à sa charge, de à selon le risque de la branche — Alpina Sports SA, commerce de détail avec un petit atelier de service des skis, paie ;
  • allocations familiales, de à selon le canton et la caisse — retenons pour le Valais;
  • frais d'administration de la caisse de compensation, ici du salaire déterminant;
  • sa part de la bonification LPP, au minimum la moitié.

Les cinq premiers postes forment un taux fixe, indépendant de la personne:

Le sixième, la LPP, dépend de l'âge et du salaire. D'où le résultat suivant, qui explique pourquoi il n'existe pas de «taux de charges patronales» unique en Suisse.

Démonstration. La première égalité est la simple addition des trois composantes de la dépense: le salaire brut versé au collaborateur, les cotisations patronales proportionnelles et la part patronale LPP. En mettant en facteur, , d'où (7.3).

Pour la variation de , écrivons , où est le taux de bonification de la tranche d'âge et le salaire coordonné de la formule (7.2). Sur le régime ordinaire, c'est-à-dire pour , on a et donc

fonction croissante de : la déduction de coordination pèse proportionnellement moins lourd quand le salaire augmente. Pour , en revanche, est constant, donc l'est aussi et

fonction décroissante de , qui tend vers lorsque devient grand. Le taux de charges patronales atteint donc son maximum exactement en CHF.

L'ordre de grandeur usuel en Suisse est de à de charges patronales, LPP comprise: la règle du pouce des gérants est qu'un collaborateur coûte «un cinquième de plus que son brut». Les valeurs basses correspondent à des collaborateurs jeunes (bonification de ) dans une branche à faible risque d'accident; les valeurs hautes à des collaborateurs de plus de 55 ans (bonification de ), à un canton où les allocations familiales sont chères, ou à un plan de prévoyance plus généreux que le minimum légal — beaucoup d'employeurs prennent en charge de la bonification, voire davantage.

Salaire mensuel brut CHF 6 000,00 (100 %)vendeur de 38 ans, salaire annuel CHF 78 000, treizième salaire comprisRetenues CHF 694,7511,6 %Salaire net CHF 5 305,2588,4 %impôt à la source éventuel: 8 % = CHF 480,00 (sans permis C)Agrandissement de la zone des retenuesAVS / AI / APG318,005,3 %AC66,001,1 %LAA NP96,001,6 %LPP214,753,6 %AC = assurance-chômage · LAA NP = accidents non professionnels · LPP = part employé de la bonification
Figure 7.2. Le salaire mensuel brut de CHF 6 000 de l'exemple 7.1, découpé à l'échelle. Les quatre retenues ne pèsent ensemble que 11,6 % du brut, mais elles sont si petites en regard du net qu'il faut les agrandir pour les lire: l'agrandissement du bas remet les quatre blocs à la même largeur totale. Le rectangle hachuré rappelle qu'un collaborateur sans permis C subirait en plus l'impôt à la source, ici 8 % du brut.
Exercice

Alpina Sports SA verse CHF 6 000 de salaire brut mensuel à un collaborateur. Parmi les affirmations suivantes, lesquelles sont exactes?

Plusieurs réponses possibles

Les écritures de paie

Les deux écritures du mois

La paie donne lieu à deux écritures mensuelles, et à elles seules elles résument toute la mécanique du chapitre.

La première enregistre le salaire brut comme charge et le répartit entre ce qui reste dû aux assureurs et ce qui part sur le compte du collaborateur:

  • débit 5000 Salaires du montant brut, parce que c'est la charge de l'entreprise pour le travail fourni;
  • crédit 2270 Charges sociales à payer du total des retenues, parce que l'entreprise doit désormais cet argent à des tiers;
  • crédit 1020 Banque du salaire net, parce que c'est le décaissement effectif.

La seconde enregistre la part patronale, qui n'apparaît nulle part dans le décompte remis au collaborateur mais qui est une charge bien réelle:

  • débit 5700 Charges sociales du total des cotisations patronales;
  • crédit 2270 Charges sociales à payer du même montant.
retenuessalaire netpart patronaledébit 2270crédit 1020paiement5000SalairesDébitsalaire brut du mois5700Charges socialesDébitpart de l'employeur2270Charges sociales à payerCrédit, puis débitdette envers les assureurs1020BanqueCréditsorties de trésorerieCaisse de compensationAVS·AI·APG, AC, AF, fraisCaisse de pensioncotisations LPPAssureur LAAprimes prof. et non prof.Administration fiscaleimpôt à la sourceLe 2270 accumule les retenues et la part patronale, puis se vide au rythme des acomptes et du décompte annuel:son solde est une dette du bilan, jamais une charge du compte de résultat.
Figure 7.3. Les écritures de paie et les flux de paiement. Le compte 5000 Salaires reçoit le brut, le compte 5700 Charges sociales la part patronale; les deux se déversent dans la dette 2270 Charges sociales à payer, à l'exception du net, viré directement du 1020 Banque. Le 2270 se vide ensuite au rythme des acomptes versés aux quatre destinataires, toujours par le crédit du 1020.

Acomptes, décompte annuel et solde

Les caisses ne facturent pas au mois le mois. Elles procèdent par acomptes calculés sur une masse salariale annuelle estimée, que l'employeur annonce en début d'année, puis établissent un décompte annuel définitif sur la masse salariale effective, communiquée par la déclaration annuelle des salaires. La différence est facturée ou remboursée l'année suivante.

La régularisation du treizième salaire

Alpina Sports SA verse le treizième salaire avec la paie d'avril, à la fin de la saison d'hiver. Or ce treizième salaire rémunère le travail de l'année civile écoulée: au 31 décembre, les collaborateurs y ont droit, l'entreprise le doit, mais elle ne l'a pas encore versé. Le principe de délimitation périodique (art. 958b CO) impose donc de rattacher cette charge à l'exercice qui l'a engendrée.

Le montant à régulariser est le treizième salaire brut, soit une mensualité de CHF 32 700, augmenté des charges patronales qui le grèveront — mais sans la LPP, dont la cotisation annuelle a déjà été intégralement comptabilisée en douze mensualités puisque le salaire coordonné inclut le treizième salaire:

DateDébitCréditLibelléCHF
31.125000 SalairesTreizième salaire dû, non versé32 700,00
31.125700 Charges socialesCharges patronales sur le treizième3 139,20
2300 Passifs de régularisationCharge à payer35 839,20

Notez le compte de contrepartie: 2300 Passifs de régularisation, et non 2270. Le 2270 enregistre les cotisations déjà décomptées et exigibles; le 2300 enregistre une charge de l'exercice dont le paiement, et donc le décompte, n'interviendront que l'an prochain. Nous reviendrons en détail sur ce mécanisme au chapitre 9, consacré aux délimitations.

Exercice

Remettez dans l'ordre chronologique les opérations de paie d'un mois, puis de la clôture, dans une PME suisse.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Régulariser au 31 décembre le treizième salaire non encore versé, par le crédit du 2300 Passifs de régularisation
  • 2.
  • Établir en janvier la déclaration annuelle des salaires, puis régler le solde du décompte au débit du 2270
  • 3.
  • Établir le décompte de salaire de chaque collaborateur, du brut au net
  • 4.
  • Comptabiliser le salaire brut: débit 5000 Salaires, crédit 2270 Charges sociales à payer et crédit 1020 Banque
  • 5.
  • Verser les acomptes à la caisse de compensation, à la caisse de pension et à l'assureur LAA, au débit du 2270
  • 6.
  • Comptabiliser la part patronale: débit 5700 Charges sociales, crédit 2270 Charges sociales à payer
  • 7.
  • Saisir les heures, les absences, les allocations familiales et les éventuelles heures supplémentaires du mois

Les obligations annexes de l'employeur

Le certificat de salaire

Chaque année, l'employeur établit pour chaque collaborateur un certificat de salaire (formulaire 11, modèle unique adopté par la Conférence suisse des impôts et l'Administration fédérale des contributions). Ce document récapitule le salaire brut, les prestations en nature, les retenues sociales et l'impôt à la source; il sert de base à la déclaration d'impôt du salarié. Le certificat doit être remis même si le rapport de travail a cessé en cours d'année, et une copie en est transmise directement à l'administration fiscale dans la plupart des cantons.

Les déclarations annuelles

Dans les premières semaines de janvier, l'employeur transmet:

  • à la caisse de compensation AVS, la déclaration annuelle des salaires, qui liste chaque collaborateur avec son numéro AVS à treize chiffres et son salaire déterminant de l'année; elle déclenche le décompte final vu à l'exemple 7.4;
  • à l'assureur LAA, la déclaration des salaires assurés, qui permet de calculer la prime définitive et de fixer l'acompte de l'année suivante;
  • à l'institution de prévoyance, les attestations de salaire LPP: tout changement de salaire annuel modifie le salaire coordonné et donc les bonifications, et l'institution en a besoin pour établir le certificat de prévoyance individuel;
  • à l'administration fiscale cantonale, la liste récapitulative des employés soumis à l'impôt à la source.

Ces transmissions se font aujourd'hui par voie électronique au moyen de la norme Swissdec (procédure ELM, Einheitliches Lohnmeldeverfahren): un logiciel de salaires certifié transmet en une seule opération les données à toutes les caisses et à l'administration fiscale. C'est l'une des rares simplifications administratives que les PME suisses saluent unanimement.

Conservation et confidentialité

Les décomptes de salaire, les contrats, les décomptes des caisses et les certificats de salaire font partie des pièces comptables au sens de l'article 958f CO: ils doivent être conservés dix ans. En pratique, on conserve plus longtemps les données de prévoyance, car un litige sur une rente peut survenir des décennies plus tard.

Synthèse

  • Le salaire brut du contrat n'est ni ce que reçoit le collaborateur, ni ce que paie l'entreprise: il faut en retrancher les retenues pour obtenir le net, et lui ajouter les cotisations patronales pour obtenir le coût employeur.
  • Les retenues sur le salaire suisse sont l'AVS/AI/APG à sans plafond, l'AC à jusqu'à CHF 148 200 puis , la LAA non professionnelle d'environ , la part employé de la bonification LPP, et l'impôt à la source pour les collaborateurs sans permis C.
  • Le salaire coordonné LPP vaut , à condition que le salaire annuel dépasse le seuil d'entrée de CHF 22 680. La bonification de vieillesse vaut , , ou de selon l'âge, partagée au minimum par moitié.
  • Les charges patronales ajoutent les mêmes taux AVS/AI/APG et AC, la LAA professionnelle, les allocations familiales, les frais d'administration et la part patronale LPP: en Suisse, de à du brut selon l'âge du collaborateur, le canton et le plan de prévoyance. Le taux est maximal pour un salaire annuel de CHF 90 720 et décroît au-delà.
  • Les écritures sont toujours les mêmes: 5000 Salaires au débit du brut, 2270 Charges sociales à payer au crédit des retenues, 1020 Banque au crédit du net; puis 5700 Charges sociales au débit et 2270 au crédit de la part patronale. Le 2270 est une dette, jamais une charge, et il n'est pas soldé en cours d'année parce que les acomptes ne suivent pas le rythme des salaires.
  • L'employeur doit enfin établir le certificat de salaire (formulaire 11), transmettre les déclarations annuelles à la caisse de compensation, à l'assureur LAA et à l'institution de prévoyance, conserver les pièces dix ans et protéger la confidentialité des données de salaire.

Série d'exercices du chapitre 7

Exercice 1 sur 5
Exercice

Une collaboratrice auxiliaire perçoit un salaire annuel de CHF 21 000. Est-elle soumise à la prévoyance professionnelle obligatoire?

Problème guidé

Le décompte complet d'une collaboratrice de 47 ans

Nadia Fournier, 47 ans, responsable des achats d'une PME lausannoise, perçoit un salaire annuel de CHF 96 000, versé en douze mensualités de CHF 8 000 (pas de treizième salaire). Elle est titulaire d'un permis C. L'employeur applique le partage légal minimal de la bonification LPP, un taux de LAA non professionnelle de 1,6 % et des cotisations patronales proportionnelles de 9,6 % du salaire brut (AVS/AI/APG 5,3 %, AC 1,1 %, LAA professionnelle 1,0 %, allocations familiales 2,0 %, frais d'administration 0,2 %).

  1. 1

    Le salaire coordonné

    Appliquez la formule (7.2): retranchez la déduction de coordination de CHF 26 460 du salaire annuel, puis vérifiez que le résultat reste compris entre CHF 3 780 et CHF 64 260.

    Exercice

    Quel est le salaire coordonné LPP de Nadia Fournier, en CHF?

    CHF
  2. La bonification de vieillesse

  3. Le salaire net mensuel

  4. Le coût annuel employeur

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 7.1 · Du brut au net et au coût employeur

Léa Crettaz, 32 ans, titulaire d'un permis C, est engagée par une PME sédunoise à CHF 6 300 par mois, treizième salaire compris. L'employeur applique le partage légal minimal de la bonification LPP, un taux de LAA non professionnelle de 1,6 % et des cotisations patronales proportionnelles de 9,6 % du brut (AVS/AI/APG 5,3 %, AC 1,1 %, LAA professionnelle 1,0 %, allocations familiales 2,0 %, frais d'administration 0,2 %).

  1. Calculez le salaire annuel, le salaire coordonné LPP et la bonification de vieillesse annuelle.
  2. Établissez le décompte de salaire mensuel de Léa, du brut au net.
  3. Calculez les charges patronales mensuelles et le coût mensuel total.
  4. Quelle proportion du coût employeur Léa reçoit-elle effectivement?
Solution

1. Salaire annuel: CHF. Salaire coordonné: CHF, compris entre CHF 3 780 et CHF 64 260, donc retenu tel quel. À 32 ans, la bonification est de : CHF par an, dont la moitié, soit CHF 1 940,40, à la charge de Léa, ce qui donne CHF par mois.

2. Décompte mensuel:

RubriqueTauxCHF
Salaire brut6 300,00
AVS / AI / APG5,3 %−333,90
Assurance-chômage1,1 %−69,30
LAA non professionnelle1,6 %−100,80
LPP, part employé−161,70
Total des retenues10,57 %−665,70
Salaire net5 634,30

Contrôle: et CHF.

3. Charges patronales: CHF pour les cinq postes proportionnels, plus CHF 161,70 de part patronale LPP, soit CHF 766,50 au total, ce qui représente du brut. Le coût mensuel total vaut CHF.

4. Léa reçoit du coût employeur. Un franc sur cinq dépensé par l'entreprise pour son poste va aux assurances sociales, dont elle bénéficiera plus tard sous forme de rentes et de couverture des risques.

Exercice 7.2 · Trois salaires coordonnés

Une institution de prévoyance doit établir les salaires coordonnés de trois assurés au 1er janvier. Les salaires annuels AVS sont les suivants:

  • Amélie, 28 ans, salaire annuel de CHF 20 400;
  • Bastien, 38 ans, salaire annuel de CHF 72 800;
  • Corinne, 50 ans, salaire annuel de CHF 130 000.
  1. Pour chacun, indiquez si l'assurance obligatoire s'applique et calculez le salaire coordonné.
  2. Calculez la bonification de vieillesse annuelle de chacun et la part retenue sur son salaire, en supposant le partage légal minimal.
  3. Un quatrième assuré, Damien, gagne CHF 28 600 par an. Calculez son salaire coordonné et commentez.
  4. Corinne obtient une augmentation de CHF 10 000 par an. De combien augmente sa bonification de vieillesse? Expliquez.
Solution

1. Amélie: CHF est inférieur au seuil d'entrée de CHF 22 680. Elle n'est pas soumise à la prévoyance professionnelle obligatoire; son salaire coordonné est nul et aucune cotisation LPP n'est prélevée ni due par l'employeur. Bastien: CHF, compris entre CHF 3 780 et CHF 64 260, donc CHF. Corinne: CHF, supérieur au maximum, donc CHF.

2. Amélie: aucune bonification. Bastien, 38 ans, taux de : CHF par an, dont CHF 2 317,00 retenus sur son salaire, soit CHF 193,08 par mois après arrondi au centime. Corinne, 50 ans, taux de : CHF par an, dont CHF 4 819,50 retenus, soit CHF 401,63 par mois.

3. CHF dépasse le seuil d'entrée: Damien est assuré. La différence vaut CHF, inférieure au minimum de CHF 3 780; son salaire coordonné est donc porté à CHF 3 780. Ce plancher garantit qu'un assuré déjà soumis au régime obligatoire accumule un avoir de vieillesse non dérisoire; sans lui, un salarié à CHF 23 000 cotiserait sur moins de CHF 600 par an. Remarquez au passage l'effet de seuil: Amélie, à CHF 20 400, ne cotise pas du tout, alors que Damien, à CHF 28 600, cotise sur CHF 3 780.

4. Sa bonification n'augmente pas du tout. Son salaire coordonné était déjà plafonné à CHF 64 260, et un salaire de CHF 140 000 donne le même plafond: CHF, ramené à CHF 64 260. La bonification reste de CHF 9 639,00. Dans le régime obligatoire, tout ce qui dépasse CHF de salaire annuel n'est pas assuré. C'est précisément pour combler cette lacune que les employeurs proposent aux cadres des plans surobligatoires, dont les cotisations, elles, croissent avec le salaire.

Exercice 7.3 · Les écritures de paie d'un mois

La fiduciaire Léman Sàrl occupe trois collaborateurs. Pour le mois de septembre, le récapitulatif de paie donne un salaire brut total de CHF 18 000. Les taux appliqués sont: AVS/AI/APG 5,3 %, AC 1,1 %, LAA non professionnelle 1,6 % (part employé), LAA professionnelle 1,0 %, allocations familiales 2,0 %, frais d'administration 0,2 % (part employeur). La part employé de la LPP s'élève à CHF 620,00 et la part employeur au même montant. Aucun collaborateur n'est soumis à l'impôt à la source.

  1. Calculez le total des retenues et le salaire net à verser.
  2. Calculez le total des charges patronales.
  3. Passez les deux écritures du 30 septembre et vérifiez que débit et crédit s'équilibrent.
  4. Le 30 septembre, la fiduciaire verse également l'acompte mensuel de CHF 2 700,00 à la caisse de compensation et de CHF 1 240,00 à la caisse de pension. Passez ces écritures et calculez le solde du compte 2270 après ces opérations, sachant qu'il était nul au 1er septembre. Interprétez ce solde.
Solution

1. Retenues: AVS/AI/APG ; AC ; LAA non professionnelle ; LPP CHF 620,00. Total CHF. Salaire net: CHF.

2. Charges patronales: AVS/AI/APG CHF 954,00; AC CHF 198,00; LAA professionnelle ; allocations familiales ; frais d'administration ; LPP CHF 620,00. Total CHF 2 348,00. Contrôle par le taux fixe: plus CHF 620,00 égale bien CHF 2 348,00, soit du brut.

3. Les écritures:

DateDébitCréditLibelléCHF
30.095000 SalairesSalaires bruts de septembre18 000,00
2270 Charges sociales à payerRetenues sociales2 060,00
1020 BanqueSalaires nets virés15 940,00
30.095700 Charges socialesPart patronale de septembre2 348,00
2270 Charges sociales à payerCotisations patronales2 348,00

Débit total CHF; crédit total CHF: les colonnes s'équilibrent.

4. Les paiements:

DateDébitCréditLibelléCHF
30.092270 Charges sociales à payerAcompte caisse de compensation2 700,00
1020 Banque2 700,00
30.092270 Charges sociales à payerAcompte caisse de pension1 240,00
1020 Banque1 240,00

Mouvement du 2270: crédité de CHF, débité de CHF. Solde créancier: CHF.

Ce solde s'interprète exactement: c'est la prime LAA du mois, non encore versée, soit (part employé) (part employeur) CHF. La LAA se paie en effet par acompte annuel ou semestriel, alors que la caisse de compensation et la caisse de pension ont été réglées au mois. Le solde du 2270 est bien une dette du bilan, non une charge, et il n'a aucune raison d'être nul en cours d'exercice.

Exercice 7.4 · Le coût annuel d'une équipe

Une entreprise de services genevoise emploie quatre personnes. Les salaires annuels AVS et les âges sont les suivants: Anna, 29 ans, CHF 62 400; Bruno, 41 ans, CHF 78 000; Carla, 50 ans, CHF 104 000; David, 58 ans, CHF 143 000. Les cotisations patronales proportionnelles s'élèvent à 9,6 % du salaire brut et la bonification LPP est partagée par moitié.

  1. Calculez pour chacun le salaire coordonné, la bonification de vieillesse et la part patronale LPP.
  2. Calculez la masse salariale brute annuelle, le total des charges patronales et le coût annuel total de l'équipe.
  3. Calculez le taux de charges patronales de l'équipe, puis celui de chaque collaborateur pris isolément. Commentez la dispersion.
Solution

1. Salaires coordonnés et bonifications:

CollaborateurÂgeSalaire annuelSalaire coordonnéTauxBonificationPart employeur
Anna2962 400,0035 940,007 %2 515,801 257,90
Bruno4178 000,0051 540,0010 %5 154,002 577,00
Carla50104 000,0064 260,0015 %9 639,004 819,50
David58143 000,0064 260,0018 %11 566,805 783,40
Total387 400,0028 875,6014 437,80

Les salaires coordonnés de Carla et de David sont tous deux plafonnés à CHF 64 260, puisque et dépassent le maximum.

2. Masse salariale brute: CHF 387 400,00. Cotisations proportionnelles: CHF. Part patronale LPP: CHF 14 437,80. Total des charges patronales: CHF. Coût annuel total: CHF.

3. Taux de l'équipe: . Par collaborateur:

CollaborateurCharges patronalesTaux
Anna11,62 %
Bruno12,90 %
Carla14,23 %
David13,64 %

La dispersion tient entièrement à la LPP, seule composante non proportionnelle au salaire. Le taux croît d'Anna à Carla, sous le double effet de l'âge (la bonification passe de à ) et de la dilution de la déduction de coordination. Il redescend chez David malgré une bonification de , parce que son salaire coordonné est plafonné alors que son salaire brut, lui, continue de croître: la part patronale LPP ne représente plus que de son brut, contre pour Carla. C'est exactement le mécanisme démontré au théorème 7.1.

Exercice 7.5 · Deux raisonnements sur le coin social

On reprend les paramètres du chapitre: cotisations patronales proportionnelles de 9,6 % du salaire brut (AVS/AI/APG 5,3 %, AC 1,1 % jusqu'à CHF 148 200 puis 0,5 %, LAA professionnelle 1,0 % plafonnée à CHF 148 200, allocations familiales 2,0 %, frais d'administration 0,2 %), bonification LPP partagée par moitié.

  1. Pour un collaborateur de 45 ans (bonification de 15 %), calculez le taux de charges patronales, en pour-cent du salaire brut, pour des salaires annuels de CHF 60 000, CHF 90 720, CHF 148 200 et CHF 250 000. Représentez mentalement l'allure de la courbe.
  2. Démontrez que ce taux atteint son maximum pour un salaire annuel de CHF 90 720, et expliquez le phénomène en une phrase.
  3. Marc Délèze (38 ans, CHF 6 000 par mois, treizième salaire compris, salaire coordonné de CHF 51 540) obtient une augmentation de CHF 200 par mois. De combien augmente son salaire net? De combien augmente le coût employeur? Où va la différence?
  4. Un gérant en conclut qu'il vaut mieux verser une prime unique de CHF 2 600 en fin d'année plutôt qu'une augmentation de CHF 200 par mois. A-t-il raison du point de vue des charges sociales? Discutez.
Solution

1. Le salaire coordonné vaut et la part patronale LPP la moitié de de ce montant. Les postes proportionnels doivent tenir compte des plafonds de l'AC et de la LAA au-delà de CHF 148 200.

Salaire annuel60 00090 720148 200250 000
Salaire coordonné33 540,0064 260,0064 260,0064 260,00
AVS / AI / APG 5,3 %3 180,004 808,167 854,6013 250,00
Assurance-chômage660,00997,921 630,202 139,20
LAA professionnelle 1,0 %600,00907,201 482,001 482,00
Allocations familiales 2,0 %1 200,001 814,402 964,005 000,00
Frais d'administration 0,2 %120,00181,44296,40500,00
LPP, part employeur2 515,504 819,504 819,504 819,50
Total8 275,5013 528,6219 046,7027 190,70
Taux13,79 %14,91 %12,85 %10,88 %

Pour CHF 250 000, l'AC vaut CHF et la LAA professionnelle est plafonnée à CHF. La courbe monte jusqu'à CHF 90 720, puis redescend lentement.

2. Notons le taux des postes proportionnels (pour ) et le taux de bonification. Pour , le salaire coordonné vaut et

expression strictement croissante en puisque décroît. Pour , le salaire coordonné est bloqué à CHF 64 260, donc

expression strictement décroissante en , qui tend vers (et même en dessous, dès que les plafonds de l'AC et de la LAA jouent à leur tour). Le maximum est donc atteint au point de raccordement CHF.

En une phrase: en dessous du maximum, la déduction de coordination pèse proportionnellement moins lourd quand le salaire monte, ce qui fait croître le taux; au-dessus, la cotisation LPP est figée alors que le salaire continue de croître, ce qui le fait décroître. Les assurances sociales suisses sont donc légèrement dégressives dans le haut de l'échelle des salaires.

3. Nouveau salaire mensuel CHF 6 200, salaire annuel CHF, salaire coordonné CHF, bonification CHF, part employé CHF 2 707,00 par an soit CHF 225,58 par mois.

AvantAprèsÉcart
Salaire brut6 000,006 200,00+200,00
AVS / AI / APG318,00328,60+10,60
Assurance-chômage66,0068,20+2,20
LAA non professionnelle96,0099,20+3,20
LPP, part employé214,75225,58+10,83
Salaire net5 305,255 478,42+173,17
Charges patronales790,75820,78+30,03
Coût employeur6 790,757 020,78+230,03

Marc gagne CHF 173,17 de plus par mois, soit de l'augmentation nominale, tandis que l'entreprise dépense CHF 230,03 de plus, soit . La différence, CHF, part aux assurances sociales: c'est le coin social, qui absorbe ici du coût de l'augmentation. Un employeur qui veut offrir «CHF 200 de plus dans la poche» doit en réalité augmenter le brut d'environ CHF 231 et budgéter environ CHF 266 de dépense supplémentaire.

4. Non, pas du point de vue des charges sociales. Une prime, une gratification contractuelle ou un bonus font partie du salaire déterminant au sens de la LAVS: ils supportent exactement les mêmes cotisations AVS/AI/APG, AC et LAA que le salaire ordinaire, et ils entrent dans le salaire annuel qui sert de base au salaire coordonné LPP de l'année suivante. Sur CHF 2 600 versés en une fois, les cotisations sont donc les mêmes que sur douze fois CHF 200 — au centime près pour les postes proportionnels, à quelques francs près pour la LPP, selon la date à laquelle l'institution de prévoyance recalcule le salaire annoncé.

Il existe malgré tout deux nuances. D'une part, une prime véritablement facultative et accessoire au sens de l'article 322d CO n'engage pas l'employeur pour l'avenir, alors qu'une augmentation de salaire est irréversible: l'avantage est de flexibilité, non de coût. D'autre part, une prime versée en fin d'année ne modifie le salaire coordonné LPP qu'avec un décalage, ce qui peut représenter une économie ponctuelle et non récurrente. Aucun de ces deux arguments ne justifie l'idée, très répandue et fausse, que «les primes ne sont pas soumises aux charges sociales».

Références

  • Assurance-vieillesse et survivants, Mémentos et directives sur les cotisations (ahv-iv.ch), notamment les mémentos 2.01 (cotisations à l'AVS, à l'AI et aux APG) et 6.02 (prévoyance professionnelle obligatoire).
  • Office fédéral des assurances sociales (OFAS), La sécurité sociale en Suisse et Statistique de la sécurité sociale, Berne (bsv.admin.ch), pour les montants-limites LPP et les taux de cotisation en vigueur.
  • Ammann, A. et Vuillemin, N., Comptabilité générale, Éditions LEP, Le Mont-sur-Lausanne, chapitre consacré aux charges de personnel.
  • Sterchi, W., Mattle, H. et Helbling, M., Plan comptable général PME, veb.ch, Zurich, classe 5 (charges de personnel) et compte 2270.
  • Garcia, C., Introduction à la comptabilité, Éditions Loisirs et Pédagogie, Lausanne, chapitre sur les salaires et les assurances sociales.
  • Code des obligations, art. 319 à 362 (contrat individuel de travail) et art. 957 à 963b (comptabilité commerciale); lois LAVS, LACI, LPP, LAA, LAPG et LAFam, consultables sur fedlex.admin.ch.

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