Chapitre 1

La comptabilité et son cadre légal

Rôle de la comptabilité, utilisateurs de l'information financière, obligations du Code des obligations, principes de régularité et plan comptable suisse PME.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • expliquer à quoi sert la comptabilité et distinguer les deux questions auxquelles elle répond, celle du patrimoine et celle de la performance, qui donneront le bilan et le compte de résultat;
  • identifier les utilisateurs de l'information financière, la question que chacun se pose et le poste des comptes qui y répond, et distinguer comptabilité financière et comptabilité analytique;
  • déterminer, pour une entreprise donnée, l'obligation de tenir une comptabilité (art. 957 CO), l'assujettissement à la TVA et le type de contrôle exigé par les articles 727 et 727a CO;
  • énoncer et commenter les principes de la tenue régulière (art. 957a CO) et de la présentation régulière des comptes (art. 958c CO), en particulier la règle «pas d'écriture sans pièce justificative» et l'interdiction de compenser;
  • vous orienter dans le plan comptable général PME: les neuf classes, la logique du numéro à quatre chiffres et le rattachement de chaque classe au bilan ou au compte de résultat;
  • situer les référentiels complémentaires (Swiss GAAP RPC, IFRS, US GAAP) et reconnaître les pratiques d'habillage du bilan qui franchissent la ligne du faux dans les titres.

À quoi sert la comptabilité?

Deux questions que se pose tout dirigeant

Faites connaissance avec Alpina Sports SA, un magasin de sport de Sion qui achète et revend du matériel de ski et de randonnée. Six personnes y travaillent, le capital-actions est de CHF 200 000 réparti en 2 000 actions de CHF 100, les locaux sont loués et l'exercice coïncide avec l'année civile. Cette entreprise nous accompagnera tout au long du cours.

Sa directrice, Madame Fournier, se pose chaque semaine deux questions qui n'ont l'air que d'une seule:

  • «Est-ce que je gagne de l'argent?» Sur les douze derniers mois, les produits se sont élevés à CHF 1 209 500 et l'ensemble des charges (achats de marchandises, salaires, loyer, assurances, amortissements, intérêts, impôts) à CHF 1 141 500. La différence, CHF 68 000, est le bénéfice de l'exercice: l'entreprise a créé de la valeur, à raison d'environ 5,7 % du chiffre d'affaires.
  • «Est-ce que je pourrai payer demain?» Le 1er janvier, la caisse et le compte bancaire contenaient ensemble CHF 90 000, tandis que les factures des fournisseurs, la TVA due et les charges à payer représentaient CHF 110 000 exigibles à brève échéance. Les liquidités seules ne suffisaient donc pas; en y ajoutant les créances sur les clients, nettes du ducroire, soit CHF 57 000, on atteint CHF 147 000 et la situation redevient tenable, à condition que les clients paient à temps.

Ces deux questions sont bien distinctes. Une entreprise peut être rentable et insolvable (elle vend avec profit, mais ses clients paient à 90 jours alors que ses fournisseurs exigent 30 jours), ou au contraire liquide et déficitaire (elle vient d'encaisser un emprunt bancaire, sa trésorerie est confortable, et elle perd de l'argent sur chaque paire de skis vendue). Confondre le bénéfice et la trésorerie est l'erreur la plus coûteuse du débutant, et nous y reviendrons souvent.

Retenez cette dualité: le bilan répond à «que possédons-nous et que devons-nous, aujourd'hui?», le compte de résultat à «qu'avons-nous gagné ou perdu, entre le 1er janvier et le 31 décembre?». Les chapitres 2 et 3 leur sont entièrement consacrés; le chapitre 4 montrera que les deux documents sont les deux faces d'un même mécanisme, la partie double.

Informer celui qui finance ce qu'il ne dirige pas

Pourquoi la loi impose-t-elle de tenir une comptabilité, alors qu'un artisan pourrait très bien se contenter de son carnet et de son intuition? Parce que, dès qu'une entreprise dépasse la taille du travailleur indépendant, celui qui dirige et celui qui finance ne sont plus la même personne. L'actionnaire d'Alpina Sports SA qui vit à Bâle, la banque qui a prêté CHF 60 000, le fournisseur qui livre à 30 jours: tous engagent leur argent dans une entreprise dont ils ne voient pas les stocks, ne connaissent pas les commandes et n'assistent pas aux décisions.

Sans information crédible, la banque prêterait plus cher (elle facturerait son ignorance), le fournisseur exigerait le paiement comptant, l'actionnaire minoritaire refuserait d'investir. La comptabilité n'est donc pas une formalité administrative: c'est la condition qui rend le financement externe possible, et c'est pour cela qu'elle est réglée par la loi et non laissée au bon vouloir de chacun. Le terme juridique consacré est la reddition de comptes: rendre compte à ceux qui ont confié quelque chose.

De la pièce justificative aux comptes annuels

Entre la facture reçue d'un fournisseur d'Isnau et le bilan publié quatorze mois plus tard, l'information suit toujours le même chemin. Ce chemin est la colonne vertébrale de tout le cours.

Pièces justificativesfacture, quittance, extraitart. 957a al. 2 ch. 2 COJournalécritures chronologiquesGrand livreun compte par posteBalance de vérificationtotal débit = total créditComptes annuelsbilan, résultat, annexeart. 958 al. 2 COUtilisateursdirection, banque, AFCEnregistrement au jour le jourClôture annuelle et communication
Figure 1.1. Le flux de l'information comptable. Chaque étape se justifie par la précédente: aucun chiffre du bilan ne doit être orphelin d'une pièce. Les chapitres 4 et 5 détaillent le journal, le grand livre et la balance; les chapitres 2, 3 et 10 les comptes annuels.

Ce trajet a une conséquence pratique essentielle: on remonte le courant. Si un actionnaire conteste le montant des amortissements du bilan, on redescend au grand livre, puis au journal, puis à la pièce justificative — la facture d'achat du véhicule. C'est ce que la loi appelle la traçabilité des enregistrements, et c'est ce qui distingue une comptabilité d'une simple estimation.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes que parcourt une information comptable, de son origine à son destinataire final.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Les comptes annuels sont communiqués aux actionnaires, à la banque et à l'AFC
  • 2.
  • Les comptes annuels sont établis: bilan, compte de résultat et annexe
  • 3.
  • L'écriture est passée au journal, dans l'ordre chronologique
  • 4.
  • La pièce justificative est reçue, datée et classée
  • 5.
  • L'écriture est reportée au grand livre, dans les comptes concernés
  • 6.
  • La balance de vérification contrôle que le total des débits égale le total des crédits

Les utilisateurs et leurs questions

Qui lit des comptes annuels?

Les comptes annuels ne sont pas écrits pour le comptable: ils sont écrits pour être lus. Chaque lecteur arrive avec une question précise, et cette question détermine le poste qu'il regarde en premier.

UtilisateurLa question qu'il se poseLe poste des comptes qui y répond
DirectionOù gagnons-nous et où perdons-nous de l'argent? Faut-il embaucher?marge brute, charges de personnel (5000, 5700), bénéfice de l'exercice
ActionnairesQuel dividende puis-je espérer, et mon investissement se valorise-t-il?bénéfice de l'exercice, bénéfice reporté (2970), fonds propres
BanqueL'entreprise pourra-t-elle rembourser? Les covenants sont-ils respectés?liquidités (1000, 1020), dettes bancaires (2100, 2400), fonds propres, cash-flow
FournisseursPuis-je livrer à 30 jours sans risque d'impayé?liquidités, débiteurs (1100), créanciers (2000), ratio de liquidité
Employés et syndicatsUn treizième salaire ou une hausse sont-ils finançables?charges de personnel (5000, 5700), bénéfice, part du personnel dans les charges
AFC et fisc cantonalLe bénéfice imposable et la TVA déclarée sont-ils exacts?ventes (3200), TVA due (2200), impôt préalable (1170, 1171), impôts directs (8900)
Acheteur potentielCombien vaut cette entreprise?fonds propres, résultat des trois derniers exercices, réserves latentes
Public, presse, ONGL'entreprise est-elle solide, utile, responsable?chiffre d'affaires, effectif, rapport annuel

Tableau 1.1 — Chaque utilisateur, sa question et le poste qui y répond.

Un covenant est une clause d'un contrat de crédit qui oblige l'emprunteur à respecter en permanence un ratio comptable — par exemple un taux de fonds propres d'au moins 30 % du total du bilan, ou un endettement net inférieur à trois fois le cash-flow. Le covenant illustre parfaitement le rôle de la comptabilité: la banque ne surveille pas l'entreprise au quotidien, elle surveille un chiffre issu de ses comptes, et ce chiffre doit donc être établi selon des règles que la banque connaît d'avance. Le chapitre 11 calcule ces ratios.

Exercice

Un fournisseur d'Alpina Sports SA hésite à lui accorder un délai de paiement de 30 jours. Quels postes des comptes annuels examinera-t-il en priorité?

Comptabilité financière et comptabilité analytique

Tous ces lecteurs sont extérieurs à l'entreprise, sauf le premier. C'est pourquoi la comptabilité se dédouble.

CritèreComptabilité financièreComptabilité analytique
Destinatairetiers: actionnaires, banque, fiscdirection et responsables internes
Caractèreobligatoire (art. 957 CO)facultative
Règlesimposées: CO, éventuellement un référentiel reconnulibres, choisies par l'entreprise
Périodicitéannuelle, parfois semestriellecontinue: mensuelle, hebdomadaire, par commande
Objetl'entreprise entièreproduits, rayons, secteurs, projets
Horizonl'exercice écouléle passé et le futur (budgets, décisions)
Grandeur produitebénéfice ou perte de l'exercicecoût de revient, marge de contribution
Publicationoui, dans certains casjamais

Tableau 1.2 — Les deux comptabilités.

Prenez Alpina Sports SA: la comptabilité financière dira qu'elle a réalisé CHF 68 000 de bénéfice. La comptabilité analytique dira que le rayon «location de skis» a dégagé une marge de contribution positive alors que le rayon «textile» en a consommé — information sans valeur pour la banque, mais décisive pour Madame Fournier. Le chapitre 12 y est consacré.

Le cadre légal suisse

Le titre trente-deuxième du Code des obligations

Depuis la révision entrée en vigueur en 2013, le droit comptable suisse est rassemblé dans le titre trente-deuxième du Code des obligations, articles 957 à 963b, intitulé «De la comptabilité commerciale et de la présentation des comptes». Sa logique est nouvelle et remarquablement simple: les obligations ne dépendent plus de la forme juridique mais de la taille économique de l'entreprise. Une société anonyme minuscule et une raison individuelle prospère obéissent aux mêmes règles de fond, ce qui n'était pas le cas auparavant.

L'article 957 CO répartit les entreprises entre ces deux régimes:

  • doivent tenir une comptabilité complète et présenter des comptes: les entreprises individuelles et les sociétés de personnes (société simple, société en nom collectif, société en commandite) qui ont réalisé un chiffre d'affaires d'au moins CHF 500 000 lors du dernier exercice, ainsi que toutes les personnes morales — société anonyme, société à responsabilité limitée, société coopérative, association et fondation inscrites au registre du commerce;
  • ne tiennent qu'une comptabilité des recettes et des dépenses et du patrimoine: les entreprises individuelles et les sociétés de personnes dont le chiffre d'affaires est inférieur à CHF 500 000, ainsi que les associations et fondations qui n'ont pas l'obligation de s'inscrire au registre du commerce, et les fondations dispensées de désigner un organe de révision.

Remarquez la conséquence: le boulanger de Fully qui exploite une raison individuelle et vend pour CHF 380 000 par an n'est pas tenu à la partie double, alors qu'une Sàrl nouvellement créée qui n'a encore rien vendu l'est immédiatement, du seul fait qu'elle est une personne morale. Quant au minimum de capital, il reste attaché à la forme juridique: CHF 100 000 pour la société anonyme, libéré à 20 % au moins et à hauteur de CHF 50 000 au minimum, et CHF 20 000 entièrement libérés pour la Sàrl.

Les comptes annuels et leur conservation

L'annexe est la partie la moins connue et la plus riche: elle complète et commente les chiffres du bilan et du compte de résultat (méthodes d'évaluation, engagements de leasing, dettes envers les institutions de prévoyance, actifs mis en gage, nombre d'emplois à plein temps). Un bilan sans son annexe est un texte sans ses notes de bas de page. Le chapitre 10 en présente le contenu obligatoire pour la société anonyme.

Enfin, l'article 958f CO impose de conserver dix ans les livres, les pièces comptables, le rapport de gestion et le rapport de révision. Le délai court dès la fin de l'exercice. Les livres et les pièces peuvent être conservés sur support électronique pour autant que la concordance avec les opérations soit garantie et que la lecture reste possible; le rapport de gestion et le rapport de révision, eux, doivent exister sur papier et être signés.

CHF 100 000TVACHF 500 000comptabilité complèteCHF 40 miocontrôle ordinaireComptabilitérecettes, dépenseset patrimoine (art. 957 al. 2)comptabilité en partie double complète(art. 957 al. 1)TVAnon assujettieassujettie — taux normal 8,1 %Révisioncontrôle restreint (art. 727a); opting-out si moins de 10 emploisà plein temps et accord de tous les actionnairescontrôleordinaire10 000100 0001 mio10 mio100 mioChiffre d'affaires annuel (CHF, échelle logarithmique)
Figure 1.2. Les trois seuils de chiffre d'affaires qui structurent les obligations d'une entreprise suisse, portés sur une échelle logarithmique: CHF 100 000 pour l'assujettissement à la TVA, CHF 500 000 pour la comptabilité complète, CHF 40 millions pour le critère de chiffre d'affaires du contrôle ordinaire. Valeurs en vigueur en 2026, indicatives.
Exercice

Deux entreprises se présentent chez vous. La première est une raison individuelle qui a réalisé CHF 460 000 de chiffre d'affaires l'an dernier; la seconde est une Sàrl créée en janvier et qui n'a encore rien facturé. Laquelle doit tenir une comptabilité complète en partie double?

Les principes de régularité

Le droit comptable ne dicte pas quelle écriture passer: il fixe des principes, c'est-à-dire des exigences de qualité que le résultat doit satisfaire. Ils se répartissent en deux familles, selon qu'ils visent la manière de tenir les livres au jour le jour ou la manière de présenter les comptes une fois l'exercice terminé.

Ces douze exigences méritent chacune un commentaire, car elles reviendront à chaque chapitre.

Intégralité et fidélité. Tout doit être enregistré, et enregistré tel que cela s'est produit. Une vente encaissée en espèces et «oubliée» viole ce principe; il ne s'agit pas d'une négligence mais d'une falsification, avec les conséquences pénales évoquées plus bas.

Justification par pièces. C'est la règle d'or: pas d'écriture sans pièce justificative, en allemand le Belegprinzip. Chaque montant du grand livre doit pouvoir être rattaché à un document daté et vérifiable.

Clarté et adaptation à la taille. Un tiers compétent doit pouvoir se retrouver dans les livres en un temps raisonnable. Mais la loi n'exige pas d'une PME valaisanne l'appareil d'un groupe coté: un magasin de six personnes tient un plan comptable de cinquante comptes, non de cinq mille.

Traçabilité. De la pièce à l'écriture et de l'écriture à la pièce, le chemin doit être praticable dans les deux sens: c'est exactement le trajet de la figure 1.1.

Importance relative. L'information est présentée dans le détail qui compte pour le lecteur: on ne crée pas un poste séparé du bilan pour une caisse à monnaie de CHF 200 dans une entreprise dont le total du bilan est de CHF 440 000. Inversement, un litige portant sur CHF 300 000 doit figurer à l'annexe.

Fiabilité et permanence. Les chiffres doivent être exempts d'erreur significative et de parti pris; et les méthodes retenues (mode d'amortissement, méthode d'évaluation des stocks) doivent être conservées d'un exercice à l'autre, sans quoi la comparaison entre deux années perdrait tout sens. Changer de méthode reste possible, mais il faut le mentionner et en chiffrer l'effet.

Exercice

Une entreprise présente dans son compte de résultat une seule ligne «Résultat financier: CHF 4 000», qui regroupe CHF 9 000 de produits d'intérêts et CHF 5 000 de charges d'intérêts. Quel principe est violé?

Le plan comptable

Pourquoi numéroter les comptes?

Une entreprise qui tient sa comptabilité manipule des dizaines de comptes. Les désigner uniquement par leur nom conduit vite au désordre: «Loyer», «Loyer du magasin», «Charges de locaux» désignent-ils le même compte? Le remède est un plan comptable: une liste ordonnée et numérotée, décidée une fois pour toutes.

Le numéro rend les comptes triables, comparables d'une entreprise à l'autre et exploitables par un logiciel. Il porte de surcroît une information: le premier chiffre indique la classe, donc la nature du compte et l'état financier auquel il appartient.

Les neuf classes

Bilan (art. 959a CO)Compte de résultat (art. 959b CO)1Actif1000 Caisse · 1020 Banque1100 Débiteurs · 1200 Stock1510 Mobilier · 1530 Véhicules2Passif et fonds propres2000 Créanciers · 2200 TVA due2400 Dettes à long terme2800 Capital-actions · 2950 Réserve3Produits d'exploitation3200 Ventes de marchandises4Charges de marchandises4200 Achats de marchandises5Charges de personnel5000 Salaires · 5700 Charges sociales6Autres charges d'exploitation6000 Loyer · 6800 Amortissements7Activités annexes7000 Produits accessoires8Hors exploitation et impôts8500 Exceptionnel · 8900 Impôts9Clôture9000 Compte de résultat · 9100 Bilan de clôture · 9200 Résultat de l'exercice
Figure 1.3. Les neuf classes du plan comptable général PME. Les classes 1 et 2 alimentent le bilan (art. 959a CO), les classes 3 à 8 le compte de résultat (art. 959b CO); la classe 9 ne contient que les comptes techniques de clôture, utilisés au chapitre 5.

Chaque numéro comporte quatre chiffres, du plus général au plus précis: le premier donne la classe, le deuxième le groupe principal, le troisième le sous-groupe, le quatrième le compte utilisé pour les écritures. Ainsi:

  • 6 — autres charges d'exploitation, donc une charge, donc le compte de résultat;
  • 60 — charges de locaux;
  • 6000 — le compte «Charges de locaux (loyer)» dans lequel on débitera le loyer mensuel du magasin de Sion.

Le même raisonnement vaut pour 1, actif, puis 10, actif circulant, puis 100, liquidités, puis 1000, «Caisse». Quand vous hésitez sur le compte à utiliser, posez-vous d'abord la question de la classe: est-ce un élément de patrimoine (1 ou 2), un produit (3, parfois 7), une charge (4, 5, 6, parfois 8)? Le reste suit.

Exercice

Alpina Sports SA paie chaque mois le loyer de son magasin de Sion. Dans quel compte du plan comptable PME cette charge est-elle enregistrée? Donnez le numéro à quatre chiffres.

Référentiels et exigences supplémentaires

Les grandes entreprises en font plus

Le Code des obligations impose un socle. Les entreprises soumises au contrôle ordinaire doivent y ajouter trois éléments (art. 961 CO):

  1. des indications supplémentaires dans l'annexe aux comptes annuels;
  2. un tableau des flux de trésorerie, qui explique d'où vient et où va l'argent, en séparant l'exploitation, l'investissement et le financement (chapitres 10 et 11);
  3. un rapport annuel, texte de la direction sur la marche des affaires, les commandes, les activités de recherche et les perspectives.

Une entreprise qui établit ses comptes selon un référentiel reconnu peut être dispensée de ces éléments (art. 961d CO), car ces référentiels sont plus exigeants encore.

RéférentielPortéeIdée directrice
Code des obligationstoute entreprise suisseprotection des créanciers, prudence, réserves latentes admises
Swiss GAAP RPCPME et sociétés cotées au SIX hors segment internationalimage fidèle («true and fair view»), sans réserves latentes, taille modérée du corpus
IFRSgroupes cotés en Suisse et en Europeimage fidèle, forte orientation vers la juste valeur, corpus très volumineux
US GAAPsociétés cotées aux États-Unisimage fidèle, corpus détaillé et fortement casuistique

Tableau 1.3 — Le Code des obligations et les référentiels reconnus.

L'organe de révision, tiers de confiance

Publier des comptes ne suffit pas: encore faut-il que le lecteur puisse y croire. C'est la fonction de l'organe de révision, un professionnel indépendant qui examine les comptes et remet un rapport à l'assemblée générale. Le droit suisse connaît trois niveaux.

  • Le contrôle ordinaire (art. 727 CO) est le plus étendu: le réviseur vérifie aussi le système de contrôle interne. Il est obligatoire pour les sociétés ouvertes au public, pour celles qui doivent établir des comptes de groupe, et pour toute société qui dépasse deux des trois seuils suivants durant deux exercices successifs: total du bilan de CHF 20 millions, chiffre d'affaires de CHF 40 millions, 250 emplois à plein temps en moyenne annuelle.
  • Le contrôle restreint (art. 727a CO) est le régime ordinaire des PME: il repose sur des auditions, des opérations de contrôle analytique et des vérifications ponctuelles, sans examen du contrôle interne.
  • L'opting-out: avec l'accord de tous les actionnaires, une société qui compte moins de 10 emplois à plein temps en moyenne annuelle peut renoncer au contrôle restreint. La quasi-totalité des micro-entreprises suisses fait ce choix — et perd du même coup l'atout que représente un rapport de révision auprès d'une banque.

Quelles obligations pour quelle entreprise?

Déplacez les trois curseurs: le chiffre d'affaires décide du type de comptabilité (art. 957 CO) et de l'assujettissement à la TVA; le contrôle ordinaire (art. 727 CO) exige que deux des trois seuils soient dépassés durant deux exercices successifs, et il entraîne les comptes annuels supplémentaires de l'article 961 CO. L'échelle du chiffre d'affaires est logarithmique. Valeurs en vigueur en 2026, indicatives.

Chiffre d'affaires annuelCHF 398 000100 000TVA500 000compta. complète40 miocontrôle ord.Total du bilanCHF 1 500 00020 miocontrôle ord.Emplois à plein temps610opting-out250contrôle ord.
Comptabilité exigée
recettes, dépenses, patrimoine
Assujettissement TVA
oui (8,1 %)
Contrôle
restreint ou opting-out
Comptes annuels suppl. (art. 961)
non
Seuils de l'art. 727 atteints
0 sur 3
Chiffre d'affaires annuel (CHF)398 000
Total du bilan (CHF)1 500 000
Emplois à plein temps6

Un peu d'histoire et de déontologie

Venise, 1494

La partie double n'a pas été inventée par un législateur: elle est née dans les comptoirs marchands de l'Italie du Nord, à Gênes, à Florence et surtout à Venise, entre le treizième et le quinzième siècle. Elle y répondait à un besoin très concret: des associés qui mettaient en commun un capital pour armer un navire devaient pouvoir, au retour, partager le gain sans se disputer.

En 1494 paraît à Venise la Summa de arithmetica, geometria, proportioni et proportionalità de Luca Pacioli, moine franciscain, mathématicien et ami de Léonard de Vinci. Ce n'est pas un livre de comptabilité: c'est une somme mathématique dont un traité, le Particularis de computis et scripturis, décrit «la méthode vénitienne» — le journal, le grand livre, le mémorial, et la règle selon laquelle chaque opération s'inscrit deux fois, au débit d'un compte et au crédit d'un autre. Imprimé, traduit, copié dans toute l'Europe, ce texte a fait de la partie double un langage commun.

C'est bien le mot juste: la comptabilité est un langage. Elle a un vocabulaire (les comptes du plan comptable), une grammaire (la partie double et ses règles d'imputation), une syntaxe (les états financiers) et des dialectes (le CO, les Swiss GAAP RPC, les IFRS). Apprendre la comptabilité, c'est apprendre à lire et à écrire dans cette langue — et, comme pour toute langue, la pratique compte plus que la théorie.

Où passe la ligne rouge?

Les comptes annuels servent à décider: prêter ou non, investir ou non, imposer ou non. Les embellir n'est donc jamais anodin. On appelle habillage du bilan (window dressing) l'ensemble des procédés qui améliorent l'apparence des comptes à la date de clôture sans rien changer à la réalité économique: pousser les clients à payer le 30 décembre pour gonfler les liquidités, retarder d'une semaine le paiement des fournisseurs, antidater une facture pour la rattacher à l'exercice suivant, faire disparaître un stock invendable de l'inventaire.

Certaines de ces pratiques sont simplement discutables; d'autres constituent des infractions. Comptabiliser une vente fictive, dissimuler des recettes en espèces ou présenter un inventaire mensonger, c'est établir un titre faux dans son contenu.

Synthèse

  • La comptabilité répond à deux questions distinctes: que possédons-nous et que devons-nous (le bilan, à une date donnée) et qu'avons-nous gagné ou perdu (le compte de résultat, sur une période). Un bénéfice n'est pas de la trésorerie, et une trésorerie confortable n'est pas un bénéfice.
  • Elle existe parce que celui qui dirige et celui qui finance ne sont pas la même personne: elle réduit l'asymétrie d'information entre la direction et les actionnaires, la banque, les fournisseurs, les employés, l'AFC et l'acheteur potentiel — chacun avec sa question et son poste de prédilection.
  • Le titre trente-deuxième du Code des obligations (art. 957 ss) impose une comptabilité complète aux personnes morales et aux entreprises individuelles ou sociétés de personnes dès CHF 500 000 de chiffre d'affaires, une comptabilité des recettes, des dépenses et du patrimoine en dessous; les comptes annuels comprennent bilan, compte de résultat et annexe (art. 958), et tout se conserve dix ans (art. 958f).
  • Les principes de tenue régulière (art. 957a: intégralité, pièce justificative, clarté, adaptation, traçabilité) et de présentation régulière (art. 958c: clarté, intégralité, fiabilité, importance relative, prudence, permanence, interdiction de compenser) forment la grille de lecture de tout le cours. La prudence suisse va jusqu'à admettre les réserves latentes (art. 960a al. 4).
  • Le plan comptable général PME organise les comptes en neuf classes: 1 et 2 pour le bilan, 3 à 8 pour le compte de résultat, 9 pour la clôture; le premier chiffre du numéro à quatre chiffres donne à lui seul la nature du compte.
  • Trois seuils de chiffre d'affaires jalonnent la vie d'une entreprise suisse: CHF 100 000 (assujettissement à la TVA, taux normal 8,1 %), CHF 500 000 (comptabilité complète) et CHF 40 millions qui, avec un total du bilan de CHF 20 millions et 250 emplois à plein temps, forme le triplet du contrôle ordinaire (deux critères sur trois durant deux exercices successifs).

Série d'exercices du chapitre 1

Exercice 1 sur 5
Exercice

Dans quelle classe du plan comptable général PME figure le compte «5700 Charges sociales»?

Problème guidé

Une créatrice ouvre son magasin

Léa Berthoud ouvre à Neuchâtel un magasin de vêtements et d'accessoires de sa propre création. Elle constitue pour cela une société à responsabilité limitée, Atelier Lumière Sàrl, au capital de CHF 20 000 entièrement libéré, dont elle est l'unique associée. Elle emploiera deux personnes à plein temps. Son plan d'affaires prévoit un chiffre d'affaires de CHF 380 000 la première année, puis de CHF 620 000 la deuxième. Toutes les valeurs légales sont celles en vigueur en 2026.

  1. 1

    Quelle comptabilité doit-elle tenir?

    Commencez par la question de la forme juridique: l'article 957 CO distingue les personnes morales des entreprises individuelles et des sociétés de personnes.

    Exercice

    Quelle comptabilité Atelier Lumière Sàrl doit-elle tenir la première année, avec un chiffre d'affaires prévu de CHF 380 000?

  2. Le seuil qui aurait compté en raison individuelle

  3. La TVA

  4. Révision et archives

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 1.1 · Classer douze comptes

Pour chacun des comptes suivants du plan comptable général PME, indiquez la classe, la nature du compte (actif, passif, fonds propres, produit ou charge) et l'état financier dans lequel il apparaît (bilan ou compte de résultat).

1020 Banque · 2000 Créanciers (fournisseurs) · 3200 Ventes de marchandises · 4200 Achats de marchandises · 5700 Charges sociales · 6000 Charges de locaux (loyer) · 1100 Débiteurs (clients) · 2800 Capital-actions · 6800 Amortissements · 1200 Stock de marchandises · 2300 Passifs de régularisation · 8900 Impôts directs

Solution
CompteClasseNatureÉtat financier
1020 Banque1actif circulantbilan
2000 Créanciers (fournisseurs)2capitaux étrangers à court termebilan
3200 Ventes de marchandises3produit d'exploitationcompte de résultat
4200 Achats de marchandises4charge de marchandisescompte de résultat
5700 Charges sociales5charge de personnelcompte de résultat
6000 Charges de locaux (loyer)6autre charge d'exploitationcompte de résultat
1100 Débiteurs (clients)1actif circulantbilan
2800 Capital-actions2fonds propresbilan
6800 Amortissements6autre charge d'exploitationcompte de résultat
1200 Stock de marchandises1actif circulantbilan
2300 Passifs de régularisation2capitaux étrangers à court termebilan
8900 Impôts directs8charge d'impôtcompte de résultat

Méthode. Le premier chiffre suffit dans tous les cas: 1 et 2 renvoient au bilan, 3 à 8 au compte de résultat. Au sein du bilan, la classe 1 est l'actif et la classe 2 le passif; à l'intérieur de la classe 2, il faut encore distinguer les dettes envers des tiers (2000 à 2600) des fonds propres (2800 et suivants).

Points d'attention. Le compte 5700 «Charges sociales» est une charge de l'exercice; il ne doit pas être confondu avec 2270 «Charges sociales à payer», qui est la dette envers les caisses de compensation au 31 décembre. De même, 2300 «Passifs de régularisation» est une dette (les charges à payer et les produits reçus d'avance), alors que 1300 «Actifs de régularisation» est un actif: les deux comptes se ressemblent mais figurent de part et d'autre du bilan. Enfin, 6800 «Amortissements» est bien une charge malgré l'absence de tout paiement, et 8900 «Impôts directs» est une charge de la classe 8, séparée des charges d'exploitation parce qu'elle ne dépend pas de l'activité mais du résultat.

Exercice 1.2 · À chacun sa question

Voici six phrases prononcées par des lecteurs des comptes d'Alpina Sports SA. Pour chacune, identifiez l'utilisateur qui la prononce, puis le ou les postes des comptes annuels qui lui répondent.

  1. «Quelle part du bénéfice me sera versée cette année?»
  2. «L'entreprise respectera-t-elle son covenant de fonds propres de 30 % à la prochaine clôture?»
  3. «Puis-je livrer pour CHF 40 000 de marchandises payables à 30 jours?»
  4. «Le chiffre d'affaires déclaré correspond-il aux décomptes trimestriels que j'ai reçus?»
  5. «Un treizième salaire est-il finançable pour les six collaborateurs?»
  6. «Combien devrais-je payer pour reprendre ce magasin?»
Solution
PhraseUtilisateurPostes qui répondent
1actionnairebénéfice de l'exercice (2979), bénéfice reporté (2970), réserves disponibles, dividendes à verser (2261)
2banquefonds propres rapportés au total du bilan, dettes bancaires (2100, 2400), résultat et cash-flow
3fournisseurliquidités (1000, 1020), débiteurs nets du ducroire (1100, 1109), créanciers (2000), ratio de liquidité
4AFC (Administration fédérale des contributions)ventes de marchandises (3200), TVA due (2200), impôt préalable (1170, 1171), décompte TVA (2201)
5employés et représentants du personnelsalaires (5000), charges sociales (5700), bénéfice de l'exercice, part des charges de personnel dans le total des charges
6acheteur potentielfonds propres, résultats des trois derniers exercices, réserves latentes indiquées à l'annexe, valeur des immobilisations

Commentaire. Les six phrases montrent que le même document sert des intérêts différents et parfois opposés. L'actionnaire souhaite un bénéfice élevé (et un dividende); la banque préfère un bénéfice conservé dans l'entreprise, qui renforce les fonds propres et son covenant; le fisc s'intéresse au bénéfice imposable; les employés lisent la même ligne comme une capacité à financer une hausse de salaire. Cette pluralité explique pourquoi les règles ne peuvent pas être laissées à la seule direction: si celle-ci choisissait librement ses méthodes, elle pourrait présenter à chaque lecteur le chiffre qu'il souhaite. Les principes de l'article 958c CO — en particulier la fiabilité et la permanence de la présentation — sont précisément la garantie contre ce risque.

Notez aussi que la question 3 n'a pas la même réponse que la question 2, bien que les deux portent sur la solvabilité: le fournisseur regarde le court terme (liquidités et créances contre dettes à court terme), la banque le long terme (structure de financement et capacité bénéficiaire). Le chapitre 11 systématise cette distinction.

Exercice 1.3 · Trois entreprises, trois régimes

Déterminez, pour chacune des trois entreprises suivantes: (a) le type de comptabilité exigé et sa base légale; (b) l'assujettissement obligatoire à la TVA; (c) le type de contrôle par un organe de révision; (d) la durée de conservation des pièces. Toutes les valeurs sont celles en vigueur en 2026.

  1. Fromagerie Berset, raison individuelle à Fribourg, chiffre d'affaires de CHF 420 000, deux employés.
  2. Alpina Sports SA, société anonyme à Sion, chiffre d'affaires de CHF 1 200 000, total du bilan de CHF 440 000, six emplois à plein temps, tous les actionnaires sont d'accord entre eux.
  3. Valais Habitat SA, société anonyme à Martigny, total du bilan de CHF 22 millions, chiffre d'affaires de CHF 41 millions, 90 emplois à plein temps, ces valeurs étant stables depuis trois exercices.
Solution

1. Fromagerie Berset. (a) Raison individuelle dont le chiffre d'affaires de CHF 420 000 est inférieur à CHF 500 000: elle ne tient qu'une comptabilité des recettes et des dépenses et du patrimoine (art. 957 al. 2 CO). Elle peut évidemment tenir une comptabilité complète volontairement, ce que recommande tout fiduciaire dès que l'entreprise emploie du personnel. (b) Chiffre d'affaires supérieur à CHF 100 000: assujettie à la TVA. Le fromage étant une denrée alimentaire, la vente au détail relève du taux réduit de 2,6 %. (c) Aucun organe de révision: les articles 727 et 727a CO visent les sociétés commerciales, non la raison individuelle. (d) Dix ans (art. 958f CO): l'obligation de conservation ne dépend ni de la forme juridique ni du régime comptable.

2. Alpina Sports SA. (a) Personne morale: comptabilité complète, avec bilan, compte de résultat et annexe (art. 957 al. 1 ch. 2 et art. 958 al. 2 CO), quel que soit le chiffre d'affaires. (b) CHF 1 200 000 de chiffre d'affaires: assujettie à la TVA, au taux normal de 8,1 % pour du matériel de sport. (c) Aucun des trois seuils de l'article 727 CO n'est atteint (total du bilan CHF 440 000 contre CHF 20 millions, chiffre d'affaires CHF 1 200 000 contre CHF 40 millions, 6 emplois contre 250): contrôle restreint (art. 727a CO). Comme l'entreprise compte moins de 10 emplois à plein temps et que tous les actionnaires sont d'accord, un opting-out est possible. Attention: y renoncer prive l'entreprise d'un rapport de révision que sa banque appréciera lors du renouvellement du crédit de CHF 60 000. (d) Dix ans.

3. Valais Habitat SA. (a) Personne morale: comptabilité complète. (b) Assujettie à la TVA, largement au-delà du seuil. (c) On compte les seuils dépassés: total du bilan CHF 22 millions contre CHF 20 millions — dépassé; chiffre d'affaires CHF 41 millions contre CHF 40 millions — dépassé; 90 emplois contre 250 — non dépassé. Deux critères sur trois, et ce durant deux exercices successifs au moins: contrôle ordinaire (art. 727 al. 1 ch. 2 CO). En conséquence, l'entreprise doit aussi établir les comptes annuels supplémentaires de l'article 961 CO: indications supplémentaires dans l'annexe, tableau des flux de trésorerie et rapport annuel. Elle pourrait s'en dispenser en établissant ses comptes selon un référentiel reconnu, par exemple les Swiss GAAP RPC (art. 961d CO). (d) Dix ans.

Le raisonnement à retenir. Trois questions indépendantes, trois seuils différents: la forme juridique et le chiffre d'affaires décident du régime comptable; le seul chiffre d'affaires décide de la TVA; le triplet bilan – chiffre d'affaires – emplois décide de la révision. Ne mélangez jamais CHF 100 000, CHF 500 000 et CHF 40 millions.

Exercice 1.4 · Six pratiques douteuses

Pour chacune des pratiques suivantes, indiquez le ou les principes de régularité violés, avec la base légale, et expliquez en une phrase la conséquence pour le lecteur des comptes.

  1. Le comptable enregistre une vente au comptant de CHF 3 200 sans conserver le double du ticket de caisse.
  2. Le bilan présente un poste unique «Position nette envers les clients et fournisseurs: CHF 25 000», obtenu en soustrayant CHF 95 000 de dettes fournisseurs de CHF 120 000 de créances clients.
  3. L'entreprise évalue son stock au coût d'acquisition une année, au prix de vente l'année suivante, puis à nouveau au coût la troisième année, sans rien mentionner.
  4. Le propriétaire encaisse certaines ventes en espèces et les garde hors des livres.
  5. Le stock de skis de la saison précédente, invendable, est maintenu à son prix d'achat pour ne pas détériorer le résultat.
  6. Le grand livre contient une écriture mensuelle unique «Divers: CHF 43 000», sans détail ni référence.
Solution

1. Absence de pièce justificative. Violation de l'article 957a al. 2 ch. 2 CO (justification de chaque enregistrement par une pièce comptable) et, par contrecoup, du ch. 5 (traçabilité). Conséquence: le montant devient invérifiable; ni le réviseur ni l'AFC ne peuvent s'assurer qu'il correspond à une opération réelle, et le principe «pas d'écriture sans pièce» est le premier que contrôle un contrôleur TVA.

2. Compensation d'un actif et d'un passif. Violation de l'article 958c al. 1 ch. 7 CO. Conséquence: le total du bilan est amputé de CHF 95 000, la structure du financement est illisible et tous les ratios de liquidité et d'endettement sont faussés. Il faut présenter CHF 120 000 au poste 1100 Débiteurs et CHF 95 000 au poste 2000 Créanciers.

3. Changement de méthode d'évaluation à chaque exercice. Violation de l'article 958c al. 1 ch. 6 CO (permanence de la présentation et des méthodes d'évaluation), et accessoirement du ch. 5 puisque l'évaluation au prix de vente contrevient à la prudence et à l'article 960c CO (la valeur la plus basse du coût ou du prix du marché). Conséquence: aucune comparaison entre exercices n'est possible; la variation du résultat mesure le changement de méthode, non la performance.

4. Recettes en espèces hors des livres. Violation de l'article 957a al. 2 ch. 1 CO (enregistrement intégral et fidèle) et de l'article 958c al. 1 ch. 2 CO (intégralité). Conséquence: ce n'est plus une question de principe comptable mais de droit pénal — soustraction d'impôt, soustraction de TVA et, dès que les comptes annuels sont établis, faux dans les titres au sens de l'article 251 CP.

5. Stock invendable maintenu à son coût. Violation du principe de prudence (art. 958c al. 1 ch. 5 CO) et de la règle d'évaluation des stocks de l'article 960c CO, qui impose la valeur la plus basse entre le coût et le prix du marché à la date du bilan. Conséquence: l'actif et le résultat sont tous deux surévalués; l'entreprise distribuera peut-être un dividende sur un bénéfice qui n'existe pas. Le chapitre 9 traite cette correction de valeur.

6. Écriture globale non détaillée. Violation des principes de clarté (art. 957a al. 2 ch. 3 CO) et de traçabilité (ch. 5), ainsi que de la clarté de la présentation (art. 958c al. 1 ch. 1 CO). Conséquence: impossible de remonter de l'écriture à la pièce; le chemin de la figure 1.1 est rompu et la comptabilité perd sa valeur probante.

Vue d'ensemble. Les cas 1, 4 et 6 concernent la tenue des livres (art. 957a), les cas 2, 3 et 5 la présentation des comptes (art. 958c et règles d'évaluation). Trois d'entre eux — 3, 5 et surtout 4 — améliorent artificiellement le résultat ou le patrimoine; les autres détruisent la vérifiabilité. Un réviseur commence toujours son travail par les seconds, car sans traçabilité aucune opinion n'est possible.

Exercice 1.5 · Prudence contre image fidèle

Alpina Sports SA détient au 31 décembre un stock de marchandises dont le coût d'acquisition est de CHF 180 000 et dont la valeur de marché est au moins égale. Invoquant l'article 960a al. 4 CO, la direction décide de porter ce stock au bilan pour CHF 140 000, constituant ainsi une réserve latente de CHF 40 000. Le taux d'imposition du bénéfice est de 15 % (taux illustratif). Avant cette opération, les fonds propres s'élevaient à CHF 270 000 et le bénéfice de l'exercice à CHF 68 000.

  1. Quel est l'effet de l'opération sur le bénéfice de l'exercice et sur les fonds propres présentés au bilan?
  2. Estimez les fonds propres «effectifs» de l'entreprise, c'est-à-dire ceux qu'un analyste reconstituerait, en tenant compte de l'impôt latent sur la réserve.
  3. Que se passera-t-il l'année où l'entreprise décidera de dissoudre cette réserve latente? Un lecteur des comptes annuels pourra-t-il s'en apercevoir?
  4. Cette pratique est-elle compatible avec le principe de l'article 958c al. 1 ch. 3 CO (fiabilité)? Discutez l'arbitrage que le législateur suisse a opéré entre la protection des créanciers et l'information des investisseurs, et dites ce que changerait l'application des Swiss GAAP RPC.
Solution

1. Sous-évaluer le stock de CHF 40 000 revient à comptabiliser une charge supplémentaire de CHF 40 000 (correction de valeur sur le stock). Le bénéfice présenté tombe de CHF 68 000 à CHF 28 000, et les fonds propres présentés au bilan de CHF 270 000 à CHF 230 000. Le total du bilan diminue lui aussi de CHF 40 000. Aucun franc n'est sorti de l'entreprise: l'opération est purement comptable.

2. La réserve latente de CHF 40 000 est un bénéfice non encore imposé. Lorsqu'elle sera dissoute, elle sera imposée au taux de 15 %, soit CHF 6 000. Les fonds propres effectifs valent donc

à comparer aux CHF 230 000 présentés. Notez que CHF 264 000 est aussi égal à CHF 270 000 moins l'impôt de CHF 6 000 économisé pour l'instant seulement, et non définitivement: la réserve latente est un report d'impôt, pas une exonération.

3. L'année de la dissolution, le stock est ramené à sa valeur réelle: la charge passée est annulée et le bénéfice de cet exercice augmente de CHF 40 000, sans qu'aucune vente supplémentaire n'ait été réalisée. C'est l'effet de lissage recherché: une mauvaise année peut ainsi être «réparée» par la dissolution d'une réserve constituée dans une bonne année. Le lecteur n'est pas totalement démuni: l'annexe doit indiquer le montant de la dissolution nette de réserves latentes lorsqu'il est significatif (art. 959c CO). Il connaît donc l'ampleur de la dissolution — mais pas le montant total des réserves latentes qui subsistent, ni celles constituées dans l'exercice.

4. La tension est réelle. La fiabilité (art. 958c al. 1 ch. 3 CO) exige des informations exemptes d'erreur significative et de parti pris; or une sous-évaluation délibérée est, par définition, un parti pris. Le législateur suisse a explicitement tranché en faveur de la protection des créanciers: un bilan systématiquement pessimiste garantit qu'il reste dans l'entreprise plus de substance qu'il n'y paraît, et il freine la distribution de dividendes, ce qui protège les fournisseurs et la banque. Il l'a fait au détriment de l'image fidèle, donc de l'investisseur, de l'actionnaire minoritaire et de l'acheteur potentiel, qui ne peuvent pas évaluer correctement l'entreprise — d'où le travail de retraitement du chapitre 11.

Les Swiss GAAP RPC opèrent l'arbitrage inverse: elles interdisent les réserves latentes et exigent une présentation donnant une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et des résultats. Une entreprise qui y passe doit dissoudre ses réserves latentes lors de la transition, ce qui produit, une fois pour toutes, des fonds propres et un bénéfice sensiblement plus élevés. C'est la raison pour laquelle une PME qui prépare l'entrée d'un investisseur, une transmission ou une cotation change souvent de référentiel plusieurs années à l'avance: elle a besoin que ses chiffres publiés cessent de mentir par pessimisme.

Une remarque de méthode. Rien de tout cela n'est illégal — c'est même expressément prévu par l'article 960a al. 4 CO. La ligne rouge de l'exercice 1.4 n'est pas franchie ici: l'opération est enregistrée, justifiée et traçable. La différence entre une réserve latente et une falsification tient à ceci: la première sous-évalue un actif réel dans des comptes vérifiables, la seconde invente ou dissimule une opération. Le droit suisse tolère la première et réprime la seconde.

Références

  • Ammann, A. et Vuillemin, N., Comptabilité générale, Éditions LEP, Le Mont-sur-Lausanne — chapitres introductifs sur le rôle et le cadre de la comptabilité.
  • Garcia, C., Introduction à la comptabilité, Éditions Loisirs et Pédagogie, Lausanne.
  • Sterchi, W., Mattle, H. et Helbling, M., Plan comptable général PME, veb.ch, Zurich — la référence de fait pour la numérotation des comptes en Suisse.
  • Boemle, M. et Lutz, R., Der Jahresabschluss, Verlag SKV, Zurich — traité de référence sur le droit comptable suisse et les réserves latentes.
  • Code des obligations, titre trente-deuxième, art. 957 à 963b (comptabilité commerciale et présentation des comptes) et art. 727 à 731a (organe de révision), sur fedlex.admin.ch.
  • Administration fédérale des contributions (AFC), Info TVA: assujettissement à la TVA et taux applicables, Berne, estv.admin.ch; Fondation pour les recommandations relatives à la présentation des comptes, Swiss GAAP RPC, Zurich.

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