Chapitre 2

Le bilan

Actifs, passifs et fonds propres, équation fondamentale, classement par liquidité et exigibilité, structure minimale de l'article 959a CO.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • expliquer pourquoi un inventaire précède nécessairement un bilan, et distinguer inventaire physique et inventaire comptable;
  • appliquer les critères de l'art. 959 al. 2 CO pour décider si un élément peut être porté à l'actif, et ceux de l'art. 959 al. 5 CO pour une dette;
  • démontrer et utiliser l'équation fondamentale , et lire un bilan aussi bien comme un patrimoine que comme un tableau des emplois et des ressources;
  • classer les postes de l'actif par liquidité décroissante et ceux du passif par exigibilité décroissante, puis les répartir entre actif circulant, actif immobilisé, capitaux étrangers à court et à long terme et fonds propres;
  • dresser un bilan conforme à la structure minimale de l'art. 959a CO à partir d'un inventaire brut;
  • reconnaître les quatre types de modification du bilan et montrer que chacun préserve l'équilibre;
  • tirer d'un bilan les premières informations sur le financement d'une entreprise, et reconnaître les situations de perte de capital et de surendettement des art. 725a et 725b CO.

L'inventaire avant le bilan

Compter, mesurer, évaluer

Le 1er janvier N, Alpina Sports SA ouvre son exercice. Avant de pouvoir présenter quoi que ce soit, quelqu'un doit être passé dans le magasin de Sion avec un carnet: combien de paires de skis en réserve, combien d'espèces dans la caisse, combien de factures clients encore impayées dans le classeur, combien de factures fournisseurs en attente de paiement. Cette opération matérielle s'appelle l'inventaire, et elle est la condition de tout le reste. Un bilan n'est pas une opinion sur l'entreprise: c'est le résumé chiffré d'un dénombrement.

L'inventaire comporte trois gestes successifs, qu'il faut se garder de confondre.

  1. Compter: établir la liste exhaustive des éléments. Sept paires de skis de randonnée du modèle X, quatre de plus dans la réserve, un véhicule de livraison, un solde bancaire.
  2. Mesurer: attacher à chaque élément une quantité et une unité. Deux cent quarante articles, trois cent douze mètres carrés de local, quarante-deux jours de crédit accordé à un client.
  3. Évaluer: convertir ces quantités en francs. C'est le geste le plus délicat, celui qui fait toute la difficulté de la comptabilité: à quel prix compter une paire de skis achetée CHF 400 il y a deux saisons et qui ne se vendra plus qu'à CHF 250? L'art. 960a CO impose une première comptabilisation au coût d'acquisition, et l'art. 960c CO exige, pour les stocks, de retenir la valeur la plus basse entre le coût et le prix du marché. Nous reviendrons longuement sur ces règles au chapitre 9.

On distingue l'inventaire physique, qui procède par constatation matérielle (on ouvre la caisse et on compte les billets, on parcourt les rayons et on scanne les articles), de l'inventaire comptable, qui recense les droits et les obligations à partir des pièces justificatives: extraits bancaires, factures émises non encore encaissées, factures reçues non encore payées, contrats de leasing, décompte de TVA. Une créance ne se voit pas dans un rayon; elle se lit dans un dossier. Les deux inventaires se recoupent: si le stock théorique du logiciel indique 240 articles et que le comptage physique en trouve 233, la différence de sept articles — vol, casse, erreur de saisie — doit être expliquée et comptabilisée. Le comptage physique l'emporte toujours, car il constate la réalité.

Le patrimoine d'Alpina Sports SA au 1er janvier N

L'inventaire du 1er janvier N donne, pour Alpina Sports SA, les éléments suivants.

Ce que l'entreprise possède: CHF 5 000 en espèces dans la caisse du magasin; CHF 85 000 sur son compte courant à la banque; CHF 60 000 de factures adressées à des clients (essentiellement des clubs de ski et des écoles) et non encore réglées, dont l'expérience enseigne qu'une partie ne rentrera pas, ce qui conduit à en déduire CHF 3 000; un stock de skis, de chaussures, de matériel de randonnée et de vêtements évalué à CHF 180 000; un loyer du premier trimestre déjà payé et une facture d'électricité à recevoir, pour un total de CHF 3 000; le mobilier et les installations du magasin pour CHF 40 000; deux ordinateurs et la caisse enregistreuse pour CHF 20 000; enfin une camionnette de livraison pour CHF 50 000.

Ce que l'entreprise doit: CHF 95 000 à ses fournisseurs de matériel; CHF 8 000 à l'Administration fédérale des contributions au titre de la TVA du dernier trimestre; CHF 7 000 de charges déjà consommées mais pas encore facturées (salaire du mois, intérêts courus); et CHF 60 000 à sa banque au titre d'un crédit d'investissement remboursable sur cinq ans.

Reste à mettre tout cela en ordre. C'est précisément ce que fait le bilan.

Actif, passif, fonds propres

Ce qu'est un actif

L'intuition dit qu'un actif est «ce que l'entreprise possède». C'est une bonne approximation, mais le droit est plus précis, et cette précision est ce qui empêche les bilans de raconter n'importe quoi.

Chaque condition écarte une catégorie d'illusions. La première exclut ce qui n'est encore qu'un projet: une commande que vous espérez recevoir la semaine prochaine ne repose sur aucun événement passé. Notez le vocabulaire: le CO parle de disposition, non de propriété. Une machine prise en leasing financier, dont l'entreprise assume les risques et les avantages, peut figurer à son actif bien qu'elle ne lui appartienne pas juridiquement; inversement, des marchandises livrées mais encore payables sont déjà à l'actif de l'acheteur. La deuxième condition exige que l'élément serve à quelque chose: une machine irréparable, un stock de vêtements invendables, une créance sur un débiteur en faillite ne procureront plus aucune entrée de fonds et doivent disparaître de l'actif. La troisième condition exige un chiffre défendable: si la valeur ne peut être établie qu'au jugé, l'élément n'entre pas au bilan.

Ce qu'est une dette

La symétrie avec la définition de l'actif est parfaite, et le vocabulaire est celui de l'obligation: une dette est un engagement envers un tiers, dont l'entreprise ne peut se libérer qu'en payant, en livrant ou en rendant un service. La facture du fournisseur de skis, la TVA due à l'AFC, le salaire de décembre payable en janvier, l'emprunt bancaire: tous naissent d'un fait passé et se solderont par une sortie de fonds. Lorsque le montant ou l'échéance sont incertains mais l'obligation probable, on parle de provision (art. 960e al. 2 CO, en allemand Rückstellung): un litige avec un client, une garantie donnée sur du matériel vendu. La provision reste une dette; elle ne devient pas moins réelle parce qu'elle est estimée.

Ce qui reste: les fonds propres

Cette définition résiduelle est capitale et souvent mal comprise. Les fonds propres ne sont pas un coffre-fort quelque part dans l'entreprise; ce n'est pas de l'argent que l'on pourrait aller chercher. Ce sont les CHF 270 000 qui resteraient aux actionnaires d'Alpina Sports SA si l'entreprise réalisait tous ses actifs à leur valeur comptable et remboursait toutes ses dettes. Ils sont donc doublement dépendants de l'évaluation: si le stock ne vaut en réalité que la moitié de sa valeur comptable, ce ne sont pas les dettes qui diminuent — les fournisseurs réclameront le même montant — ce sont les fonds propres qui fondent, franc pour franc.

Exercice

Alpina Sports SA voudrait renforcer l'apparence de son bilan. Lequel des quatre éléments suivants peut être porté à l'actif selon l'art. 959 al. 2 CO?

L'équation fondamentale du bilan

L'énoncé

Démonstration. Considérons l'ensemble des francs dont l'entreprise a disposé depuis sa fondation. Chacun d'eux a une origine et un seul: soit il a été apporté par les propriétaires (capital-actions libéré), soit il a été laissé dans l'entreprise par l'activité elle-même (bénéfices non distribués: réserves, bénéfice reporté, résultat de l'exercice), soit il a été prêté par un tiers (banque, fournisseur, État, salarié). Les deux premières origines forment les fonds propres , la troisième les capitaux étrangers : le total des ressources vaut donc .

Chacun de ces mêmes francs a par ailleurs un emploi et un seul: il est encore en caisse ou en banque, ou il a servi à acheter des marchandises, une machine, un véhicule, ou il a été avancé à un client sous forme de crédit, ou encore il a été consommé — mais dans ce dernier cas la consommation a réduit d'autant le résultat, donc les fonds propres, et le franc a quitté les deux membres à la fois. Le total des emplois encore présents dans l'entreprise est, par définition, le total de l'actif .

Comme on décrit deux fois le même ensemble de francs — une fois par leur origine, une fois par leur emploi — les deux totaux sont égaux: . En isolant , on obtient (2.1), qui n'est que la même relation lue autrement.

Il faut insister sur la nature de ce résultat, car c'est là que beaucoup d'étudiants se trompent. L'égalité du bilan n'est pas une découverte empirique, c'est une identité de construction. Elle ne dit rien sur la santé de l'entreprise, elle ne se «vérifie» pas comme une loi physique: elle tient parce que les fonds propres sont définis comme le solde . Une entreprise florissante et une entreprise ruinée ont toutes deux un bilan équilibré; simplement, la seconde affiche des fonds propres faibles, voire négatifs. Lorsqu'un bilan ne balance pas, cela ne signale jamais un fait économique: cela signale une erreur d'écriture, un poste oublié ou une addition fausse.

Deux lectures du bilan

La démonstration ci-dessus a fait apparaître deux façons de lire la même page, également légitimes et complémentaires.

La lecture juridique (patrimoniale). L'actif est l'ensemble des biens et des droits dont l'entreprise dispose; le passif est l'ensemble de ses obligations envers les tiers, augmenté de ce qui revient aux propriétaires. Le bilan répond alors à la question: que possède l'entreprise et envers qui est-elle engagée? C'est la lecture du créancier et du juge: en cas de faillite, les actifs seront réalisés et le produit servira à désintéresser les créanciers selon leur rang; les actionnaires ne touchent que le solde éventuel.

La lecture économique (emplois et ressources). Le passif indique d'où vient l'argent, l'actif ce qu'on en a fait. Le bilan devient un tableau de financement figé: à droite les ressources, classées selon leur origine et leur durée; à gauche leurs emplois, classés selon leur degré d'immobilisation. C'est la lecture du financier et de l'analyste, et c'est celle qui rend le classement des postes intéressant: on veut savoir si des ressources durables financent bien des emplois durables.

Ces deux lectures ne s'opposent pas. La seconde explique pourquoi le passif se lit «de haut en bas» comme une hiérarchie d'exigibilité, et pourquoi les fonds propres, qui ne sont exigibles par personne, figurent tout en bas.

ACTIFemplois des fondsPASSIForigine des fondsCHF 100 000Actif circulantCHF 330 00075,0 %Actif immobiliséCHF 110 00025,0 %Capitaux étrangersà court termeCHF 110 00025,0 %Capitaux étrangersà long termeCHF 60 000Fonds propresCHF 270 00061,4 %Total CHF 440 000Total CHF 440 000
Figure 2.1. Le bilan d'Alpina Sports SA au 1er janvier N, dessiné à l'échelle: la hauteur de chaque bloc est proportionnelle à son montant. Les traits fins intérieurs séparent les postes: à gauche trésorerie CHF 90 000, créances nettes CHF 57 000, stock CHF 180 000 et actifs de régularisation CHF 3 000 (bande trop mince pour être libellée), puis mobilier CHF 40 000, machines de bureau CHF 20 000 et véhicules CHF 50 000; à droite créanciers CHF 95 000, TVA due CHF 8 000 et passifs de régularisation CHF 7 000, puis la dette bancaire à long terme, enfin capital-actions CHF 200 000, réserve légale CHF 30 000 et bénéfice reporté CHF 40 000. Les deux colonnes ont exactement la même hauteur: c'est l'égalité A = D + FP.
Exercice

Une PME genevoise présente un total de l'actif de CHF 685 000 et des capitaux étrangers de CHF 412 000. Quel est le montant de ses fonds propres?

CHF

Le classement des postes

Actif circulant et actif immobilisé

Un bilan n'est pas une liste dans l'ordre où l'on a pensé aux choses. L'art. 959 al. 3 et 4 CO impose un classement, et l'ordre choisi porte lui-même de l'information.

La mention du cycle normal des affaires est importante: elle permet de classer dans l'actif circulant des éléments qui mettront plus de douze mois à se transformer en argent, mais qui appartiennent au cycle d'exploitation. Le vin d'un encaveur valaisan qui vieillit trois ans en cave, le bois d'un scieur, les travaux en cours d'un architecte restent des stocks, donc de l'actif circulant, parce qu'ils ne sont pas acquis pour être utilisés durablement, mais pour être vendus.

Le même raisonnement vaut au passif, où le critère est symétrique: non plus la vitesse à laquelle un actif se transforme en argent, mais la vitesse à laquelle une dette devra être payée.

Liquidité et exigibilité

L'actif commence donc par la caisse, liquidité parfaite par définition, puis la banque, puis les titres cotés en bourse (vendables en un jour), puis les créances sur les clients (encaissables en trente à soixante jours), puis les stocks (qu'il faut d'abord vendre, puis encaisser: deux étapes), puis les actifs de régularisation, et se termine par les immobilisations, dont la vente prendrait des mois et détruirait l'exploitation. Le passif commence par ce qu'il faudra payer le plus vite — les fournisseurs, la TVA du trimestre échu, les découverts bancaires — et se termine par les fonds propres, qui ne sont exigibles par personne: aucun actionnaire ne peut réclamer le remboursement de ses actions à la société. C'est cette non-exigibilité qui fait des fonds propres le véritable matelas de sécurité des créanciers.

ACTIFliquidité décroissante12 mois: circulant / immobiliséCaisseBanqueTitres cotés en bourseDébiteurs (créances clients)Stock de marchandisesActifs de régularisationMachines, mobilier, véhiculesImmeubles et participationsle moins liquidePASSIFexigibilité décroissante12 mois: court terme / long termeCréanciers (fournisseurs)TVA dueDettes bancaires à court termePassifs de régularisationDettes bancaires à long termeProvisions à long termeCapital-actions et réservesBénéfice reportéfonds propres: jamais exigibles
Figure 2.2. Les deux échelles du bilan. À gauche, les postes de l'actif du plus liquide (la caisse) au moins liquide (les immeubles et les participations); à droite, les postes du passif du plus exigible (les factures fournisseurs) au moins exigible (les fonds propres, qui ne le sont jamais). Les traits tiretés marquent la frontière des douze mois, qui sépare l'actif circulant de l'actif immobilisé d'une part, les capitaux étrangers à court terme de ceux à long terme d'autre part.
Exercice

Classez ces postes du bilan du plus liquide au moins liquide.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Titres cotés en bourse
  • 2.
  • Caisse
  • 3.
  • Stock de marchandises
  • 4.
  • Banque
  • 5.
  • Débiteurs (créances résultant de ventes)
  • 6.
  • Véhicules
  • 7.
  • Immeuble d'exploitation

La structure minimale de l'article 959a CO

Le schéma légal

L'art. 959a CO ne se contente pas d'exiger un classement: il énumère les postes qui doivent figurer séparément au bilan, dans l'ordre suivant. Une entreprise peut ajouter des postes ou les subdiviser (art. 959a al. 3 CO), mais elle ne peut pas en supprimer, sauf lorsqu'un poste est vide.

ACTIFPASSIF
Actif circulantCapitaux étrangers à court terme
Trésorerie et actifs cotés en bourse détenus à court termeDettes résultant de l'achat de biens et de prestations de services
Créances résultant de la vente de biens et de prestations de servicesDettes à court terme portant intérêt
Autres créances à court termeAutres dettes à court terme
Stocks et prestations de services non facturéesPassifs de régularisation
Actifs de régularisationCapitaux étrangers à long terme
Actif immobiliséDettes à long terme portant intérêt
Immobilisations financièresAutres dettes à long terme
ParticipationsProvisions et postes analogues prévus par la loi
Immobilisations corporellesFonds propres
Immobilisations incorporellesCapital social (capital-actions), le cas échéant non libéré
Capital social ou capital de fondation non libéréRéserve légale issue du capital
Réserve légale issue du bénéfice
Réserves facultatives issues du bénéfice
Propres parts du capital, en diminution des fonds propres (poste négatif)
Bénéfice ou perte reporté
Bénéfice ou perte de l'exercice

Tableau 2.1 — Structure minimale du bilan selon l'art. 959a CO.

Trois remarques sur ce schéma. D'abord, la ligne «capital social non libéré» figure à l'actif: lorsque les actionnaires n'ont libéré qu'une partie du capital souscrit — la loi n'exige que 20 % et au minimum CHF 50 000 pour une SA au capital de CHF 100 000 — la société détient une créance sur eux, et cette créance est un actif. Ensuite, les propres parts du capital (actions propres rachetées par la société) constituent un poste négatif des fonds propres: la société ne peut pas être son propre actionnaire, et une présentation à l'actif gonflerait artificiellement le bilan. Enfin, l'art. 959a al. 4 CO exige que les créances et les dettes envers les détenteurs de participations directes, les organes et les entreprises liées soient indiquées séparément: un prêt de l'actionnaire majoritaire à sa société n'est pas une dette bancaire ordinaire et le lecteur doit pouvoir le distinguer.

Le bilan d'Alpina Sports SA

Exercice

Dans quel groupe de la structure de l'art. 959a CO classez-vous un loyer du premier trimestre payé d'avance le 20 décembre?

Le bilan bouge: les quatre opérations élémentaires

Une photographie, et le film qui suit

Le bilan du 1er janvier N décrit un instant. Dès le 2 janvier, un client paie, un fournisseur livre, la banque prélève des intérêts, et le bilan n'est déjà plus le même. Toute la comptabilité consiste à enregistrer ces changements. Ce qui est remarquable — et ce qui rend la partie double possible, comme nous le verrons au chapitre 4 — c'est que toutes les opérations imaginables, aussi variées soient-elles, se ramènent à quatre types seulement.

Prenons quatre opérations effectuées par Alpina Sports SA dans les premiers jours de janvier. Pour ne pas alourdir le raisonnement, les montants sont ici considérés hors TVA; le mécanisme de l'impôt préalable et de la TVA due est traité au chapitre 6.

1. Échange à l'actif. Le 3 janvier, un club de ski règle sa facture de CHF 20 000 par virement bancaire. Le poste 1100 Débiteurs diminue de CHF 20 000, le poste 1020 Banque augmente du même montant. L'entreprise n'est ni plus riche ni plus pauvre: elle a simplement transformé une créance en argent. Le total du bilan reste CHF 440 000. Cette opération améliore pourtant la liquidité, puisqu'elle déplace un montant vers le haut de la colonne de l'actif.

2. Échange au passif. Le 4 janvier, une facture fournisseur de CHF 30 000 arrive à échéance et l'entreprise, à court de trésorerie, la règle au moyen d'un crédit d'exploitation ouvert par sa banque. Le poste 2000 Créanciers diminue de CHF 30 000 et le poste 2100 Dettes bancaires à court terme augmente d'autant. L'actif ne bouge pas: l'entreprise a changé de créancier, rien d'autre. Le total du bilan reste CHF 440 000. Ici encore la présentation compte: la dette bancaire porte intérêt, la dette fournisseur non — l'opération n'est pas neutre économiquement, même si elle l'est arithmétiquement.

3. Augmentation du bilan. Le 5 janvier, l'entreprise achète pour CHF 25 000 de matériel de randonnée, payable à soixante jours. Le poste 1200 Stock de marchandises augmente de CHF 25 000 à l'actif et le poste 2000 Créanciers augmente de CHF 25 000 au passif. Les deux colonnes s'allongent simultanément: le total du bilan passe à CHF 465 000. L'entreprise contrôle davantage de biens, mais doit également davantage; ses fonds propres, eux, n'ont pas bougé.

4. Diminution du bilan. Le 8 janvier, l'entreprise rembourse une tranche de CHF 15 000 de son crédit d'investissement par le débit de son compte bancaire. Le poste 1020 Banque diminue de CHF 15 000 et le poste 2400 Dette bancaire à long terme diminue de CHF 15 000. Les deux colonnes raccourcissent ensemble: le total du bilan passe à CHF 450 000. Là encore les fonds propres sont inchangés, mais la structure de financement s'est améliorée puisque la part des dettes a reculé.

1. Échange à l'actifUn client règle sa facture de CHF 20 000par virement bancaireActifPassif+Débiteurs − 20 000Banque + 20 000Total du bilan inchangé2. Échange au passifUne facture fournisseur de CHF 30 000 estpayée au moyen d'un crédit bancaireActifPassif+Créanciers − 30 000Dette bancaire CT + 30 000Total du bilan inchangé3. AugmentationAchat de marchandises à créditpour CHF 25 000ActifPassif++Stock + 25 000Créanciers + 25 000Total du bilan + 25 0004. DiminutionRemboursement d'un emprunt deCHF 15 000 par la banqueActifPassifBanque − 15 000Dette à long terme − 15 000Total du bilan − 15 000
Figure 2.3. Les quatre types de modification du bilan. Dans un échange à l'actif ou au passif, un bloc cède sa place à un autre à l'intérieur d'une seule colonne et le total ne bouge pas. Dans une augmentation, les deux colonnes s'allongent du même montant; dans une diminution, elles raccourcissent du même montant. Schéma de principe: les hauteurs ne sont pas à l'échelle.

Pourquoi l'équilibre résiste

Démonstration. Posons ; par l'équation fondamentale, avant l'opération. Notons , et les variations provoquées par l'opération, de sorte qu'après celle-ci . Il suffit donc de vérifier que dans chacun des quatre cas.

  • Échange à l'actif: un poste d'actif augmente de et un autre diminue de , d'où , tandis que . La somme vaut .
  • Échange au passif: par symétrie et (ou, si l'échange touche les fonds propres, ). La somme vaut .
  • Augmentation: et, selon l'origine des fonds, (achat à crédit, emprunt) ou (apport en capital, bénéfice encaissé). Dans les deux cas .
  • Diminution: avec ou , et la somme vaut de nouveau .

Dans tous les cas , donc après l'opération comme avant. Par récurrence sur le nombre d'opérations, l'égalité vaut à tout instant de l'exercice.

Ce théorème est la clé de voûte de la technique comptable. Il justifie d'avance la partie double du chapitre 4: si toute opération a nécessairement deux effets de même montant, il est naturel de l'enregistrer par une écriture à deux membres, un débit et un crédit égaux. Il fournit aussi le contrôle le plus efficace du travail comptable: à tout moment, la somme des débits doit égaler la somme des crédits, et le bilan doit balancer. Une différence ne se discute pas, elle se cherche.

Exercice

Le total du bilan d'une entreprise s'élève à CHF 620 000. Elle achète pour CHF 30 000 de marchandises à crédit, rembourse CHF 25 000 d'emprunt bancaire par la banque, paie CHF 18 000 à un fournisseur en espèces et encaisse une augmentation de capital de CHF 100 000 versée sur son compte bancaire. Quel est le nouveau total du bilan?

CHF

Explorateur du bilan

Bilan d'Alpina Sports SA au 1er janvier N. Le stock est réévalué (sa contrepartie est le résultat, donc les fonds propres); l'emprunt à long terme et le bénéfice de l'exercice sont encaissés en banque. Les deux colonnes conservent toujours exactement la même hauteur — c'est l'égalité A = D + FP —, mais la part des fonds propres, elle, se déforme.

ACTIFPASSIFTrésorerieCHF 90 000Créances nettesCHF 57 000Stock de marchandisesCHF 180 000Régularisations 3 000ImmobilisationsCHF 110 000Capitaux étrangersà court termeCHF 110 000Capitaux étrangersà long termeCHF 60 000Fonds propresCHF 270 000seuil art. 725aCHF 115 000CHF 440 000CHF 440 000
Total du bilan
440 000CHF
Fonds propres
270 000CHF
Part des fonds propres
61,4 %
Capitaux étrangers
170 000CHF
Situation
Aucun seuil légal atteint
Stock de marchandises180 000CHF
Dette bancaire à long terme60 000CHF
Bénéfice de l'exercice0CHF

Lire un bilan

La question du financement

Le premier renseignement qu'un lecteur cherche dans un bilan concerne la structure de financement: dans quelle mesure l'entreprise travaille-t-elle avec l'argent de ses propriétaires, et dans quelle mesure avec celui de tiers? La réponse tient dans un rapport.

Pour Alpina Sports SA, : près de deux tiers du bilan sont financés par les actionnaires et par les bénéfices conservés. C'est une structure confortable pour un commerce de détail, où l'on considère généralement qu'un tiers de fonds propres constitue un plancher raisonnable. Une entreprise qui descend nettement en dessous est dite sous-capitalisée: le moindre exercice déficitaire entame un matelas déjà mince, et sa capacité à emprunter davantage est épuisée. À l'inverse, un excès de fonds propres n'est pas gratuit non plus, puisque les actionnaires attendent une rémunération de leur capital: l'arbitrage entre dettes et fonds propres, avec l'effet de levier qu'il produit sur la rentabilité, fait l'objet du chapitre 11.

Le second renseignement concerne la cohérence des durées. Une règle d'or du financement veut que les emplois durables — machines, véhicules, immeubles — soient financés par des ressources durables, faute de quoi l'entreprise devrait rembourser à court terme des dettes ayant servi à acheter des biens qu'elle ne peut pas vendre. On mesure cette marge de sécurité par le fonds de roulement: la différence entre l'actif circulant et les capitaux étrangers à court terme, soit ici francs. Un fonds de roulement positif signifie que les ressources à long terme couvrent l'ensemble de l'actif immobilisé et laissent encore de quoi financer une partie du cycle d'exploitation. Le chapitre 11 en fait une analyse complète.

Quand les fonds propres fondent

Ce que le bilan ne dit pas

Il faut terminer par une mise en garde, car un bilan bien présenté inspire une confiance qu'il ne mérite pas toujours.

Le bilan ne donne pas la valeur de l'entreprise. Les actifs y figurent au coût d'acquisition diminué des amortissements (art. 960a CO), non à leur prix de marché. Un immeuble acheté à Sion en 1985 et amorti depuis quarante ans peut valoir dix fois sa valeur comptable; un stock de skis d'un modèle abandonné peut ne rien valoir du tout. La différence entre valeur comptable et valeur réelle forme les réserves latentes (stille Reserven), que le droit suisse tolère et même encourage par l'art. 960a al. 4 CO. Le chapitre 8 y revient.

Le bilan ignore l'essentiel de ce qui fait une entreprise. L'équipe, le savoir-faire, la réputation, la fidélité des clients, la qualité des fournisseurs: rien de tout cela n'apparaît, pour les raisons vues plus haut. Deux magasins de sport au même bilan peuvent être des entreprises radicalement différentes.

Le bilan est daté. C'est une photographie prise au 31 décembre à minuit, et les entreprises le savent: une facture payée le 30 décembre plutôt que le 3 janvier améliore les ratios de la photographie sans rien changer à la réalité de l'année. La pratique porte un nom, window dressing, et la parade s'appelle la comparaison de plusieurs exercices et la lecture du compte de résultat, qui est un film et non une photographie.

Exercice

Une SA au capital-actions de CHF 500 000 et à la réserve légale issue du bénéfice de CHF 100 000 présente un total de l'actif de CHF 900 000 et des dettes de CHF 640 000. Quelle est sa situation au regard des art. 725a et 725b CO?

Synthèse

  • L'inventaire — compter, mesurer, évaluer — précède toujours le bilan. L'inventaire physique constate les biens, l'inventaire comptable recense les droits et les obligations à partir des pièces justificatives; en cas de divergence, le comptage physique l'emporte.
  • Un actif ne peut être comptabilisé que si l'entreprise en a la disposition en raison d'un événement passé, si une entrée de fonds est probable et si sa valeur peut être estimée de façon fiable (art. 959 al. 2 CO). Une équipe compétente, un carnet de commandes et une marque créée en interne échouent à ces tests. Une dette obéit aux critères symétriques de l'art. 959 al. 5 CO.
  • Les fonds propres sont un solde, , et non un trésor: toute erreur d'évaluation à l'actif se répercute franc pour franc sur eux.
  • L'équation fondamentale est une identité de construction, non une découverte: le passif dit d'où vient l'argent, l'actif ce qu'on en a fait. Un bilan qui ne balance pas signale une erreur, jamais un fait économique.
  • L'actif se présente par liquidité décroissante et se partage entre actif circulant (douze mois ou cycle d'exploitation) et actif immobilisé; le passif se présente par exigibilité décroissante et se partage entre capitaux étrangers à court terme, à long terme et fonds propres. L'art. 959a CO fixe la liste minimale des postes.
  • Toute opération relève de l'un des quatre types — échange à l'actif, échange au passif, augmentation, diminution — et produit exactement deux effets de même montant, ce qui préserve l'équilibre et fonde la partie double.
  • Un bilan renseigne sur le financement (part des fonds propres, fonds de roulement) et sur les seuils légaux de perte de capital (art. 725a CO) et de surendettement (art. 725b CO); il ne dit rien de la valeur de marché, du capital humain, ni de ce qui s'est passé entre deux photographies.

Série d'exercices du chapitre 2

Exercice 1 sur 5
Exercice

Le bilan d'une PME fribourgeoise présente un actif circulant de CHF 268 000, un actif immobilisé de CHF 300 000, des capitaux étrangers à court terme de CHF 154 000 et des capitaux étrangers à long terme de CHF 120 000. Quel est le montant de ses fonds propres?

CHF
Problème guidé

De l'inventaire au bilan: Vallée Cycles Sàrl

Vallée Cycles Sàrl, atelier de vélos à Martigny, dresse son inventaire au 31 décembre N. Elle relève: CHF 3 200 en caisse, CHF 47 800 sur son compte bancaire, CHF 62 000 de créances sur des clients, un stock de vélos et de pièces de CHF 118 000, une camionnette d'atelier valant CHF 36 000, CHF 54 000 de dettes envers ses fournisseurs et un emprunt hypothécaire de CHF 90 000 remboursable dans huit ans. Le capital social entièrement libéré s'élève à CHF 100 000.

  1. 1

    Classer les postes de l'actif

    Un poste est de l'actif circulant s'il sera réalisé, consommé ou vendu dans les douze mois ou dans le cycle normal des affaires; sinon il est immobilisé. La camionnette est acquise pour être utilisée durablement.

    Exercice

    Quel est le total de l'actif circulant?

    CHF
  2. Calculer les fonds propres

  3. Dresser le bilan et le contrôler

  4. L'effet de deux opérations

Exercices

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Exercice 2.1 · Dresser un bilan à partir d'un inventaire

Bike Passion Sàrl, magasin de cycles à Yverdon-les-Bains, relève au 31 décembre N: caisse CHF 2 400; avoir en banque CHF 38 600; créances sur des clients CHF 45 000; stock de marchandises CHF 96 000; machines de bureau et informatique CHF 12 000; véhicule de livraison CHF 28 000; mobilier et installations CHF 18 000; dettes envers des fournisseurs CHF 41 000; TVA due à l'AFC CHF 6 400; dette bancaire remboursable dans six ans CHF 70 000. Le capital social entièrement libéré s'élève à CHF 20 000.

  1. Dressez le bilan au 31 décembre N selon la structure de l'art. 959a CO, en faisant apparaître les sous-totaux de l'actif circulant, de l'actif immobilisé, des capitaux étrangers à court terme, des capitaux étrangers à long terme et des fonds propres.
  2. Quel est le montant des réserves et du bénéfice reporté?
  3. Calculez la part des fonds propres dans le total du bilan et le fonds de roulement. Commentez en une ou deux phrases.
Solution

1. L'actif circulant réunit la caisse, la banque, les créances et le stock; l'actif immobilisé réunit les machines de bureau, le véhicule et le mobilier. Au passif, les dettes fournisseurs et la TVA due sont exigibles dans les douze mois; la dette bancaire à six ans est à long terme. Les fonds propres se déduisent comme solde.

ActifCHFPassifCHF
1000 Caisse2 4002000 Créanciers41 000
1020 Banque38 6002200 TVA due6 400
1100 Débiteurs45 000Capitaux étrangers à court terme47 400
1200 Stock de marchandises96 0002400 Dette bancaire à long terme70 000
Actif circulant182 000Capitaux étrangers117 400
1510 Mobilier et installations18 0002800 Capital social20 000
1520 Machines de bureau et informatique12 000Réserves et bénéfice reporté102 600
1530 Véhicules28 000Fonds propres122 600
Actif immobilisé58 000
Total240 000Total240 000

Contrôle: à l'actif et au passif.

2. Les fonds propres valent francs. Le capital social entièrement libéré s'élevant à CHF 20 000 — le minimum légal d'une Sàrl — les réserves et le bénéfice reporté totalisent francs. L'entreprise a donc accumulé, au fil des exercices, cinq fois son capital de départ en bénéfices non distribués: c'est le mode de financement habituel des PME suisses.

3. Part des fonds propres: . Fonds de roulement: francs, et liquidité générale .

La moitié du bilan est financée par les propriétaires et l'actif circulant représente près de quatre fois les dettes à court terme: la structure est très solide. On pourrait même objecter qu'elle est trop prudente, une part importante du bilan restant immobilisée dans un stock de CHF 96 000 dont il faudrait vérifier la rotation (chapitre 11).

Exercice 2.2 · Retrouver un poste manquant

Un incendie a détruit une page de l'inventaire de Rhône Négoce SA. On sait seulement que le bilan au 31 décembre N comporte, à l'actif, une caisse de CHF 6 500, un avoir en banque de CHF 74 500, des débiteurs pour CHF 112 000, un stock de marchandises d'un montant inconnu, des actifs de régularisation de CHF 4 000 et un actif immobilisé de CHF 300 000. Au passif figurent: créanciers CHF 98 000, TVA due CHF 12 000, passifs de régularisation CHF 8 000, dettes bancaires à court terme CHF 36 000, dette bancaire à long terme CHF 120 000, capital-actions CHF 250 000, réserve légale issue du bénéfice CHF 25 000, bénéfice reporté CHF 19 000.

  1. Retrouvez le montant du stock de marchandises.
  2. Calculez le total de l'actif circulant, celui de l'actif immobilisé, les capitaux étrangers à court terme, à long terme et les fonds propres, puis vérifiez l'équation fondamentale.
  3. Calculez le fonds de roulement, la liquidité générale et la part des fonds propres.
  4. La société envisage d'emprunter CHF 200 000 à long terme pour ouvrir une succursale. Sans faire de nouveau calcul détaillé, dites comment le total du bilan et la part des fonds propres évolueraient, et de quel type d'opération il s'agit.
Solution

1. Le passif est entièrement connu:

Par l'équation fondamentale, le total de l'actif vaut aussi CHF 568 000. Les postes connus de l'actif totalisent francs, d'où

C'est l'usage le plus courant de l'équation (2.2): elle permet de reconstituer par différence n'importe quel poste manquant, à condition que tous les autres soient connus.

2. Actif circulant: ; actif immobilisé CHF 300 000; total CHF 568 000. Capitaux étrangers à court terme: ; à long terme CHF 120 000, soit . Fonds propres: . Contrôle: .

3. Fonds de roulement francs; liquidité générale ; part des fonds propres . La société est correctement capitalisée, mais sa liquidité est nettement plus tendue que celle de Bike Passion: un franc soixante-quatorze d'actif circulant seulement par franc de dette à court terme, et une part appréciable de cet actif circulant dort dans le stock.

4. L'emprunt encaissé en banque augmente simultanément un actif (la banque, ) et une dette à long terme (): c'est une augmentation du bilan. Le total passerait à CHF 768 000 et les fonds propres, inchangés à CHF 294 000, ne représenteraient plus que du bilan. L'opération n'appauvrit pas la société — ses fonds propres sont les mêmes — mais elle accroît son endettement relatif et donc son risque: c'est exactement l'arbitrage que le chapitre 11 formalisera sous le nom d'effet de levier.

Exercice 2.3 · Classer huit opérations

Le total du bilan de Valais Outdoor SA s'élève à CHF 620 000 au 1er juillet N. Au cours du mois, l'entreprise effectue les opérations suivantes.

  1. Un client règle sa facture de CHF 12 000 par virement bancaire.
  2. L'entreprise achète des marchandises pour CHF 30 000, payables à soixante jours.
  3. Elle rembourse CHF 25 000 d'emprunt bancaire par le débit de son compte.
  4. Elle convertit une dette fournisseur de CHF 40 000 en un emprunt à long terme accordé par le même fournisseur.
  5. Elle achète un véhicule de CHF 45 000, payé comptant par la banque.
  6. Elle règle une facture fournisseur de CHF 18 000 en espèces.
  7. Les actionnaires libèrent une augmentation de capital de CHF 100 000, versée sur le compte bancaire.
  8. Elle vend au comptant, à sa valeur comptable de CHF 5 000, un ancien comptoir de magasin; le produit est encaissé en banque.

Pour chaque opération, indiquez le type (échange à l'actif, échange au passif, augmentation, diminution) et les deux postes touchés, puis calculez le total du bilan au 31 juillet N.

Solution
TypePostes touchésEffet sur le total
1Échange à l'actifBanque , Débiteurs 0
2AugmentationStock , Créanciers
3DiminutionBanque , Dette bancaire
4Échange au passifCréanciers , Emprunt à long terme 0
5Échange à l'actifVéhicules , Banque 0
6DiminutionCaisse , Créanciers
7AugmentationBanque , Capital-actions
8Échange à l'actifBanque , Mobilier 0

Le total varie de francs et s'établit à

Trois remarques. L'opération 4 est un échange au passif bien que le créancier soit le même: ce qui change est l'échéance, donc la classification entre court et long terme, et le lecteur du bilan doit le voir. L'opération 7 est la seule qui accroisse les fonds propres: c'est un apport des propriétaires, non un bénéfice. L'opération 8 n'est un simple échange à l'actif que parce que le prix de vente égale la valeur comptable; si le comptoir avait été vendu CHF 8 000, la différence de CHF 3 000 aurait constitué un produit, donc une augmentation du bilan de CHF 3 000 avec accroissement des fonds propres — cas traité au chapitre 8.

Exercice 2.4 · Corriger un bilan mal présenté

Un stagiaire a établi le «bilan» suivant pour Trek Outdoor SA au 31 décembre N.

ActifCHFPassifCHF
Mobilier35 000Ducroire4 400
Caisse4 000Créanciers76 000
Stock de marchandises162 000Capital-actions150 000
Banque52 000Dette hypothécaire (échéance dans 8 ans)90 000
Valeur de la marque «Trek Outdoor» créée en interne60 000TVA due9 600
Débiteurs88 000Réserve légale issue du bénéfice30 000
Véhicules40 000Passifs de régularisation6 000
Actifs de régularisation5 000Bénéfice de l'exercice80 000
Total446 000Total446 000
  1. Relevez toutes les erreurs de présentation et d'évaluation.
  2. Dressez le bilan corrigé selon l'art. 959a CO, en déterminant le véritable bénéfice de l'exercice.
  3. De combien le total du bilan et le bénéfice affiché étaient-ils surévalués? Expliquez pourquoi ces deux écarts diffèrent.
Solution

1. Le tableau balance, mais il contient quatre défauts.

  • Un actif fictif. La marque créée en interne ne peut pas être portée à l'actif: sa valeur ne peut pas être estimée avec un degré de fiabilité suffisant (art. 959 al. 2 ch. 3 CO). Seul un goodwill acquis lors du rachat d'une entreprise pourrait l'être. Il faut éliminer les CHF 60 000.
  • Le ducroire du mauvais côté. Le poste 1109 Ducroire est un compte correcteur d'actif: il se présente en déduction des débiteurs, avec un signe négatif, et non au passif. Le placer au passif revient à compenser un actif par une dette, ce qu'interdit le principe de non-compensation de l'art. 958c al. 1 ch. 7 CO, et gonfle artificiellement les deux colonnes de CHF 4 400.
  • Aucun classement. Les postes sont énumérés dans le désordre. L'actif doit être présenté par liquidité décroissante et scindé en actif circulant et actif immobilisé; le passif par exigibilité décroissante, avec les capitaux étrangers à court terme, puis à long terme, puis les fonds propres. La dette hypothécaire à huit ans, en particulier, doit figurer parmi les capitaux étrangers à long terme.
  • Aucun sous-total. Les cinq sous-totaux exigés par la structure de l'art. 959a CO manquent, ce qui rend le bilan illisible et contrevient au principe de clarté.

2. Après élimination de la marque et transfert du ducroire à l'actif:

ActifCHFPassifCHF
Caisse4 000Créanciers76 000
Banque52 000TVA due9 600
Débiteurs88 000Passifs de régularisation6 000
Ducroire−4 400Capitaux étrangers à court terme91 600
Stock de marchandises162 000Dette hypothécaire90 000
Actifs de régularisation5 000Capitaux étrangers181 600
Actif circulant306 600Capital-actions150 000
Mobilier35 000Réserve légale issue du bénéfice30 000
Véhicules40 000Bénéfice de l'exercice20 000
Actif immobilisé75 000Fonds propres200 000
Total381 600Total381 600

Le bénéfice se retrouve par différence: l'actif corrigé vaut francs; le passif hors bénéfice vaut francs; le bénéfice de l'exercice s'élève donc à francs. Contrôle: .

3. Le total du bilan était surévalué de francs et le bénéfice de francs. Les deux écarts diffèrent de CHF 4 400, exactement le montant du ducroire, et cette différence est instructive:

  • l'actif fictif de CHF 60 000 est une erreur d'évaluation: comme les fonds propres sont le solde , chaque franc inscrit indûment à l'actif se retrouve franc pour franc dans le bénéfice. D'où les CHF 60 000 de bénéfice fantôme;
  • le ducroire mal placé est une erreur de présentation: il gonfle simultanément les deux colonnes de CHF 4 400, sans toucher au solde. Le bénéfice n'en est pas affecté, mais le total du bilan et tous les ratios calculés sur lui le sont.

L'entreprise a donc annoncé un bénéfice quatre fois supérieur à la réalité et un bilan de CHF 446 000 au lieu de CHF 381 600. Un organe de révision qui laisserait passer la marque activée engagerait sa responsabilité.

Exercice 2.5 · Fonds propres négatifs: surendettement et assainissement

Valrando SA, société anonyme au capital-actions de CHF 200 000 et à la réserve légale issue du bénéfice de CHF 20 000, présente au 31 décembre N un total de l'actif de CHF 480 000, des capitaux étrangers de CHF 570 000, une perte reportée de CHF 60 000 et une perte de l'exercice de CHF 250 000. Son actif immobilisé, inscrit au bilan pour CHF 180 000, ne serait vendu que CHF 60 000 en cas de cessation d'activité.

  1. Calculez les fonds propres de deux manières et montrez que la société est surendettée au sens de l'art. 725b CO.
  2. La société était-elle déjà en perte de capital au sens de l'art. 725a CO à la fin de l'exercice précédent? Justifiez par le calcul.
  3. Établissez le montant des fonds propres aux valeurs de liquidation et dites ce que le conseil d'administration doit faire.
  4. Un actionnaire créancier de CHF 300 000 accepte de postposer une partie de sa créance. Quel montant minimal doit-il postposer pour que l'avis au tribunal puisse être omis? Citez trois autres mesures d'assainissement envisageables et dites ce qu'elles changent au bilan.
Solution

1. Première méthode, par le solde. francs.

Seconde méthode, par les composantes. francs.

Les deux calculs concordent, ce qui confirme l'équation (2.2). Les fonds propres étant négatifs, les actifs de CHF 480 000 ne couvrent plus les dettes de CHF 570 000: il manque CHF 90 000 pour désintéresser les créanciers. C'est la définition même du surendettement de l'art. 725b CO. Remarquez que le bilan continue de balancer: le découvert de CHF 90 000 apparaît comme un excédent de passif, souvent présenté à l'actif sous le nom de «capital non couvert» précisément pour que les deux colonnes restent égales. L'égalité comptable est indifférente à la faillite.

2. À la fin de l'exercice précédent, la perte de l'exercice N n'était pas encore survenue: les fonds propres valaient francs. Le seuil de l'art. 725a CO est la moitié de la somme du capital-actions et des réserves légales, soit francs. Comme , la société n'était pas en perte de capital: elle est passée en un seul exercice d'une situation encore régulière à un surendettement, ce qui est fréquent lorsque la perte annuelle dépasse les fonds propres restants.

3. Aux valeurs de liquidation, l'actif immobilisé ne vaut plus que CHF 60 000 au lieu de CHF 180 000, soit une moins-value de CHF 120 000 qui vient tout entière en déduction des fonds propres:

Le surendettement est confirmé selon les deux méthodes d'évaluation, aux valeurs d'exploitation comme aux valeurs de liquidation. L'art. 725b CO impose alors au conseil d'administration d'établir des comptes intermédiaires, de les faire vérifier par un réviseur agréé et, à défaut de postposition suffisante ou de perspective d'assainissement dans les quatre-vingt-dix jours, d'aviser le tribunal, qui prononcera en règle générale la faillite. Ne pas le faire engage la responsabilité personnelle des administrateurs pour l'aggravation du dommage.

4. La postposition doit couvrir le découvert. Aux valeurs d'exploitation, il faut postposer au minimum CHF 90 000; comme le surendettement est aussi constaté aux valeurs de liquidation, la prudence — et la pratique des réviseurs — commande de couvrir le découvert le plus élevé, soit CHF 210 000, montant que la créance de CHF 300 000 permet d'atteindre. Le créancier postposé accepte de n'être remboursé qu'après tous les autres; sa créance reste au bilan et le total ne change pas, mais l'avis au juge peut être omis (art. 725b al. 4 ch. 1 CO).

Trois autres mesures d'assainissement:

  • Augmentation de capital. Les actionnaires versent des fonds nouveaux: la banque augmente à l'actif et le capital-actions au passif. C'est une augmentation du bilan qui accroît directement les fonds propres. Un apport de CHF 250 000 ramènerait à CHF 160 000 et éteindrait le surendettement.
  • Abandon de créance. Un créancier renonce définitivement à tout ou partie de sa créance: la dette disparaît du passif et la contrepartie est un produit, donc une hausse des fonds propres du même montant. C'est une diminution des dettes sans sortie d'argent, mais elle a un coût fiscal potentiel pour la société.
  • Vente d'actifs non nécessaires à l'exploitation (un immeuble de rendement, une participation): elle procure des liquidités permettant de rembourser des dettes, donc une diminution du bilan. Elle n'améliore les fonds propres que si le prix obtenu dépasse la valeur comptable, en libérant des réserves latentes. La réévaluation d'immeubles ou de participations au sens de l'art. 725c CO produit le même effet sans vente, mais elle est strictement encadrée: la valeur réelle doit être établie, la réévaluation ne peut aller au-delà et doit être vérifiée par un réviseur agréé.

Aucune de ces mesures ne fabrique de l'argent: elles ne font que reconnaître des ressources existantes ou en apporter de nouvelles. C'est bien là ce que dit l'équation fondamentale — les fonds propres ne se décrètent pas, ils se constatent.

Références

  • Ammann, A. et Vuillemin, N., Comptabilité générale, Éditions LEP, Le Mont-sur-Lausanne, chapitres consacrés à l'inventaire et au bilan.
  • Garcia, C., Introduction à la comptabilité, Loisirs et Pédagogie, Le Mont-sur-Lausanne (présentation du bilan et des quatre types d'opérations).
  • Sterchi, W., Mattle, H. et Helbling, M., Plan comptable général PME, veb.ch, Zurich (classes 1 et 2, structure du bilan).
  • Boemle, M. et Lutz, R., Der Jahresabschluss, Verlag SKV, Zurich (bilan, évaluation, réserves latentes).
  • Code des obligations, titre trente-deuxième, art. 957 à 963b, en particulier les art. 959, 959a et 958c, ainsi que les art. 725a à 725c sur la perte de capital et le surendettement.
  • Fondation pour les recommandations relatives à la présentation des comptes, Swiss GAAP RPC, Zurich (RPC 2 et RPC 3, structure du bilan), pour la comparaison avec le droit comptable.

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