Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- calculer le coût variable unitaire et la marge de contribution de chaque produit, et présenter le résultat d'une entreprise sous la forme d'un compte de résultat par marges;
- expliquer pourquoi la marge de contribution ne dépend d'aucune clé de répartition des coûts fixes, alors que le résultat par produit en coût complet en dépend entièrement;
- isoler les coûts fixes spécifiques d'un produit, calculer une marge sur coûts spécifiques et construire des marges à plusieurs niveaux (produit, groupe de produits, entreprise), en distinguant coût spécifique et coût évitable;
- calculer le résultat d'un exercice où la production diffère des ventes en coût complet et en coût partiel, et rapprocher les deux résultats par les coûts fixes contenus dans les stocks;
- dire quand chaque méthode convient — évaluation des stocks, prix à long terme, décisions à court terme, rapports mensuels — et reconnaître l'usage abusif du stockage pour améliorer un résultat;
- discuter le caractère largement fixe de la main-d'œuvre directe en Suisse et en chiffrer les conséquences sur les marges et sur le risque de l'entreprise.
Le résultat vu par les marges
La question laissée ouverte par le coût complet
Le calcul du coût de revient a donné, pour l'exercice N de Cycles Léman SA, une réponse nette à la question «quel vélo rapporte de l'argent?»: le Volta dégage CHF 463,20 par unité, la City CHF 100,16 seulement, soit CHF 694 800 contre CHF 300 480. Le chapitre 5 s'est arrêté sur la question que ce classement soulève: faut-il en conclure que la City est un produit faible, qu'il faudrait cesser de pousser, voire abandonner? Le chapitre 1 avait déjà suggéré que non, en montrant qu'en abandonnant la City l'entreprise passerait d'un bénéfice de CHF 995 280 à une perte de CHF 154 320. Ce chapitre développe la méthode qui permet de le voir d'emblée: le calcul en coûts partiels, et son instrument principal, la marge de contribution.
Rappelons le cadre. Cycles Léman SA, à Morges, assemble deux vélos à partir de composants achetés: la City, vendue CHF 1 200, et le Volta, vélo électrique vendu CHF 3 000. Les données sont fictives, construites pour le cours; tous les montants sont hors TVA et tous les résultats avant impôts. En N, l'entreprise a produit et vendu 3 000 City et 1 500 Volta, sans stock initial ni final, pour un chiffre d'affaires de CHF 8 100 000 et des coûts de CHF 7 104 720. Ces chiffres de l'exercice N sont fixés pour tout le cours et nous ne les modifions pas; lorsque nous aurons besoin d'une autre situation — en particulier d'un exercice où la production diffère des ventes —, nous la présenterons comme une variante explicitement distincte.
Le coût complet répond à une question précise: si l'on répartit tous les coûts de la période entre les produits selon les conventions du tableau de répartition, que reste-t-il à chacun? La réponse dépend de ces conventions. Les CHF 1 603 320 de coûts fixes de l'exercice N — le loyer, l'encadrement, les amortissements et intérêts calculés, la publicité — ne sont causés par aucun vélo en particulier; le calcul complet les distribue néanmoins, par l'intermédiaire des taux d'imputation, à raison de CHF 283,04 par City et de CHF 502,80 par Volta. Une autre clé donnerait une autre répartition, et un autre classement. Le chapitre 9 montrera d'ailleurs qu'une clé fondée sur les activités en donne un sensiblement différent.
Le calcul en coûts partiels prend le parti inverse: il ne rattache aux produits que ce qu'ils causent réellement à court terme, c'est-à-dire leurs coûts variables, et laisse les coûts fixes en un bloc que l'ensemble des produits doit couvrir.
Le mot «contribution» dit exactement ce que mesure la marge: chaque vélo vendu ne «gagne» rien tant que les coûts fixes ne sont pas couverts; il contribue à les couvrir, puis, une fois qu'ils le sont, à former le bénéfice. La notation est celle du cours Comptabilité (Comptabilité, chapitre 13), que nous gardons sans changement: pour le chiffre d'affaires, pour le prix, pour la quantité vendue, , et , pour le taux de marge de contribution, pour les coûts fixes et pour le résultat.
Le coût variable de la City et du Volta
Le chapitre 1 a fixé les parts variables des frais des trois centres principaux: 4 % de la valeur des matières directes pour l'approvisionnement, CHF 20 par heure de MOD pour l'atelier (sur un taux complet de CHF 70), 5 % du prix de vente pour l'administration et la vente (commissions des revendeurs et livraison). Les matières directes et la main-d'œuvre directe sont traitées comme variables; nous discuterons cette convention pour la MOD dans la dernière partie du chapitre. Le coût variable unitaire se décompose alors ainsi (CHF par unité).
| Élément du coût variable | City | Volta |
|---|---|---|
| Matières directes | 420,00 | 1 350,00 |
| MOD (4 h et 6 h à CHF 60) | 240,00 | 360,00 |
| Approvisionnement variable (4 % des matières) | 16,80 | 54,00 |
| Atelier variable (CHF 20 par heure) | 80,00 | 120,00 |
| Coût variable de production | 756,80 | 1 884,00 |
| Administration et vente variables (5 % du prix) | 60,00 | 150,00 |
| Coût variable unitaire | 816,80 | 2 034,00 |
| Prix de vente | 1 200,00 | 3 000,00 |
| Marge de contribution unitaire | 383,20 | 966,00 |
| Taux de marge |
On vérifie: et pour la City; et pour le Volta. Nous avons fait apparaître un sous-total que le chapitre 1 ne montrait pas, le . Il servira dès que la production différera des ventes: un vélo stocké a consommé ses matières, ses heures et sa part variable des frais d'approvisionnement et d'atelier, mais pas encore de commission ni de livraison, qui ne naissent qu'à la vente.
Le tableau appelle une première observation. Les deux vélos ont des taux de marge presque identiques, 31,93 % et 32,20 %: sur chaque franc de chiffre d'affaires, ils laissent à peu près 32 centimes pour couvrir les coûts fixes. La différence de rentabilité que montrait le coût complet — 8,3 % du prix pour la City, 15,4 % pour le Volta — ne vient donc pas de ce que chaque vélo coûte en plus quand on le fabrique; elle vient entièrement de la manière dont les coûts fixes leur ont été répartis.
Lequel de ces éléments ne fait pas partie du coût variable unitaire d'une City dans le modèle de Cycles Léman SA?
Le compte de résultat par marges
Le compte de résultat par nature range les charges selon ce qu'elles sont (salaires, loyers, amortissements); le compte de résultat par fonction, que le cours Comptabilité a présenté, les range selon les fonctions de l'entreprise (production, vente, administration). Le compte de résultat par marges les range selon leur comportement: il retranche d'abord du chiffre d'affaires les coûts variables, produit par produit, puis, du total des marges ainsi obtenues, les coûts fixes.
Le compte de résultat par marges a une propriété que le résultat par produit en coût complet n'a pas: il ne dépend d'aucune clé de répartition. Les marges se calculent avec des prix, des quantités et des coûts variables, que l'on mesure; les coûts fixes apparaissent en bloc, sans qu'il faille décider quelle part en revient à qui. Énonçons-le avec précision, car c'est le fondement de tout ce qui suit dans ce chapitre et dans les deux suivants.
Démonstration. Le coût complet du produit est la somme de ses coûts variables et de la part des coûts fixes qui lui est attribuée, d'où . En sommant sur et en utilisant , on obtient , expression où les ont disparu. Pour le second point, le résultat de l'entreprise s'écrit ; si seule varie de et que reste le même, , et aucune part n'intervient.
Le théorème dit ce que la répartition des coûts fixes peut et ne peut pas faire. Elle peut changer le classement des produits, leur résultat apparent, le prix que l'on croit «nécessaire»; elle ne change ni le résultat de l'entreprise, ni l'effet d'une vente supplémentaire. C'est pourquoi le cours Comptabilité concluait déjà que seul le second chiffre mesure l'effet d'une décision marginale (Comptabilité, théorème 13.1): vendre une City de plus rapporte CHF 383,20, pas CHF 100,16.
Toutes choses égales par ailleurs, Cycles Léman SA vend 100 Volta de moins que dans l'exercice N (1 400 au lieu de 1 500), sans aucune économie de coûts fixes. Quel serait son résultat, en CHF?
Coûts fixes spécifiques et marges à plusieurs niveaux
Tous les coûts fixes ne sont pas communs
La méthode des coûts variables a un défaut symétrique de celui du coût complet. Le coût complet attribue aux produits des coûts fixes qu'ils ne causent pas; le coût variable leur refuse des coûts fixes qu'ils causent bel et bien. Un technicien qui ne s'occupe que des systèmes électriques du Volta, l'homologation périodique de ce système, la campagne publicitaire qui ne vante que la City: ces coûts ne varient pas avec le nombre de vélos produits, mais ils n'existent qu'à cause d'un produit. Les fondre dans le bloc des coûts fixes communs, c'est perdre une information essentielle pour juger chaque produit. Le chapitre 1 l'avait annoncé en laissant vide, dans le modèle de l'exercice N, la case des coûts directs fixes; il est temps de la remplir.
Comme le caractère direct, le caractère spécifique dépend de l'objet. Le salaire du chef d'atelier est commun aux deux vélos, mais spécifique à l'atelier; le loyer du bâtiment est commun à tout ce qui s'y fait, mais spécifique à l'entreprise. On peut donc construire une hiérarchie d'objets emboîtés — le produit, le groupe de produits, la division, l'entreprise — et rattacher chaque coût fixe au niveau le plus bas auquel il est spécifique.
Les manuels français parlent aussi de méthode des coûts directs, pour désigner un calcul qui impute aux produits tous leurs coûts directs, variables et fixes; c'est la même idée, sous un nom qui prête à confusion avec le direct costing américain, lequel n'impute que les coûts variables. Dans ce cours, «marge de contribution» sans précision désigne toujours la marge sur coûts variables, , où désigne le total des coûts variables.
Les coûts spécifiques de Cycles Léman SA
Pour construire ses marges à plusieurs niveaux, Cycles Léman SA a examiné un à un les CHF 1 603 320 de coûts fixes de l'exercice N, avec les responsables des centres. Il ne s'agit pas d'une variante: les coûts sont ceux de l'exercice N, avec les mêmes totaux par nature et par centre; on les classe seulement d'une nouvelle manière, en cherchant pour chacun s'il existerait encore sans la City ou sans le Volta.
La figure 6.1 représente ce compte à l'échelle. Les deux premières barres décomposent le chiffre d'affaires de chaque vélo; les deux suivantes montrent que les deux marges sur coûts spécifiques, mises bout à bout, ont exactement la longueur des coûts communs et du résultat réunis.
On peut comparer cette lecture à celle du coût complet. Le calcul complet chargeait la City de CHF de coûts fixes. Parmi eux, CHF 78 000 seulement lui sont spécifiques; les CHF restants sont une part des coûts communs, attribuée par les taux d'imputation. Le résultat en coût complet de la City, CHF 300 480, est précisément sa marge sur coûts spécifiques diminuée de cette part: CHF. De même pour le Volta: CHF de coûts communs attribués, et CHF. Les deux parts communes font bien CHF. Le coût complet et les marges à plusieurs niveaux ne se contredisent pas: le premier ajoute au second un dernier étage, la répartition des coûts communs, qui est .
Spécifique ne veut pas dire évitable
Il serait tentant d'en conclure qu'abandonner la City ferait économiser ses CHF 78 000 de coûts spécifiques. Ce n'est vrai que de ceux qui sont évitables, c'est-à-dire qui disparaîtraient effectivement, et dans le délai considéré, si l'on renonçait au produit.
- La publicité propre à la City (CHF 60 000) est évitable: il suffit de ne pas reconduire la campagne.
- L'amortissement calculé des gabarits dédiés à la City (CHF 18 000) ne l'est pas: les gabarits sont achetés, ils ne servent à rien d'autre et ne se revendent pas. Leur coût est irrécupérable (sunk cost): il a été engagé par une décision passée, et aucune décision future ne le fera disparaître. L'amortissement continuera de figurer dans les coûts, ou les gabarits seront mis au rebut avec une perte; dans les deux cas, l'abandon de la City ne libère aucun franc.
- Le salaire du technicien du Volta (CHF 105 000) n'est évitable qu'au terme du délai de congé, et sous réserve qu'on ne puisse pas l'affecter à une autre tâche; sur un horizon de quelques mois, il ne l'est pas.
La marge sur coûts spécifiques est donc une borne: elle dit ce qu'un produit apporte au-delà de ce qui n'existe que pour lui. Pour une décision d'abandon, on retiendra la marge sur coûts spécifiques évitables, qui est en général plus élevée et rend l'abandon encore moins attrayant. Si l'on abandonnait la City en n'économisant que sa publicité, le résultat deviendrait CHF. Le chapitre 8 reprend ce raisonnement en le généralisant, et y ajoute les coûts d'opportunité.
Plus de deux niveaux
Avec deux produits seulement, la hiérarchie de Cycles Léman SA s'arrête au deuxième niveau. Dans une entreprise plus diversifiée, on intercale autant de niveaux qu'il existe de regroupements portant leurs propres coûts fixes: le produit, la gamme ou le groupe de produits (une ligne de fabrication dédiée, un chef de produit), la division ou le marché (une force de vente régionale, une filiale), enfin l'entreprise (la direction générale, le siège, la comptabilité). Chaque niveau a sa marge — DB I, DB II, DB III… — et le résultat de l'entreprise est la dernière d'entre elles. L'exercice 6.3 construit un tel calcul à trois niveaux pour une brasserie.
La règle de construction est toujours la même: on retranche un coût fixe au niveau le plus bas auquel il est spécifique, jamais plus bas. Rattacher la cuve de fermentation d'une gamme à l'un de ses produits, ou le salaire du chef de produit d'une gamme à la bière qui se vend le mieux, réintroduirait une clé de répartition, c'est-à-dire précisément l'arbitraire que la méthode veut éviter.
Remettez dans l'ordre les lignes d'un compte de résultat à plusieurs niveaux, du haut vers le bas.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Marge sur coûts spécifiques de chaque produit (DB II)
- Coûts fixes communs à toute l'entreprise
- Coûts fixes spécifiques de chaque produit
- Coûts fixes spécifiques de chaque groupe de produits
- Résultat de l'entreprise
- Chiffre d'affaires de chaque produit
- Marge de contribution de chaque produit (DB I)
- Marge de chaque groupe de produits (DB III)
- Coûts variables de chaque produit
L'effet des stocks: coût complet et coût partiel
Deux évaluations d'un même stock
Tant que la production égale les ventes, coût complet et coût partiel donnent le même résultat: ils répartissent différemment les mêmes coûts, mais tous ces coûts sont imputés à la période. Le chapitre 1 l'a vérifié pour l'exercice N, et l'exemple 6.1 vient de le confirmer. Tout change dès qu'une partie de la production n'est pas vendue. Les vélos invendus restent au bilan comme stock de produits finis, et la question devient: pour quelle valeur? Car tout ce qui entre dans la valeur du stock sort des coûts de la période, et améliore d'autant son résultat.
Pour une City, les deux valeurs sont CHF en coût complet (le coût de production de la cascade du chapitre 5) et CHF en coût partiel. L'écart, CHF 225,20, est la part fixe des frais de production qu'une City absorbe au taux de l'exercice N:
On reconnaît les 6 % fixes du taux d'approvisionnement de 10 % et les CHF 50 fixes du taux de l'atelier de CHF 70. Notez que les CHF 283,04 de coûts fixes que le coût de revient attribue à une City comprennent aussi CHF de frais fixes d'administration et de vente: ceux-là n'entrent jamais dans un stock, quelle que soit la méthode. Pour un Volta, la part fixe de production vaut CHF, entre un coût de production complet de CHF 2 265 et un coût variable de production de CHF 1 884.
Variante: une année où l'on produit 3 400 City et en vend 3 000
Pour voir l'effet d'un stock, nous construisons une variante: une année hypothétique, que nous appellerons la variante de stockage. Elle est distincte de l'exercice N, dont aucun chiffre ne change, et ce n'est pas l'exercice N+1: le seul N+1 du cours est le budget que construira le chapitre 11, qui repose sur d'autres volumes.
Variante: une année de stockage. Une année au printemps de laquelle la direction de Cycles Léman SA prévoit une forte demande de City et fait assembler 3 400 City; la saison est pluvieuse, et elle n'en vend que 3 000. Le Volta est produit et vendu à 1 500 unités, comme en N. Pour isoler l'effet du stock, nous posons explicitement les hypothèses suivantes:
- il n'y a aucun stock initial au début de l'année;
- les prix de vente, les coûts variables unitaires (matières, MOD à CHF 60 de l'heure, 4 %, CHF 20 par heure, 5 % du prix) et les coûts fixes de chaque centre sont ceux de l'exercice N: CHF 197 100 pour l'approvisionnement, CHF 1 050 000 pour l'atelier, CHF 356 220 pour l'administration et la vente, en tout CHF 1 603 320;
- les taux d'imputation de l'exercice N — 10 % des matières, CHF 70 par heure de MOD, 12 % du coût de production — sont conservés comme taux normaux pour valoriser la production; la différence d'imputation entre frais imputés et frais réels des centres de production est portée au résultat de la période;
- l'atelier a la capacité d'assembler 400 City de plus sans coût fixe supplémentaire: les coûts fixes restent fixes dans ce domaine.
L'activité de cette année se calcule à partir de ces hypothèses. Matières directes: CHF. Heures de MOD: h, soit CHF de MOD. Chiffre d'affaires: les ventes étant celles de N, CHF. Frais variables: approvisionnement , atelier , administration et vente CHF. Les frais réels des centres sont donc de CHF pour l'approvisionnement, CHF pour l'atelier et CHF pour l'administration et la vente.
Le résultat de l'exemple n'est pas un hasard de chiffres: c'est une identité, qui vaut pour tout exercice et toute politique de stockage.
Démonstration. Dans les deux méthodes, le résultat est le chiffre d'affaires diminué des coûts de la période qui ne sont pas stockés. Notons le total des coûts réels de la période, identique dans les deux méthodes, et , la valeur des stocks initial et final. Le coût des ventes vaut , et donc dans chaque méthode. En coût complet, , puisque les deux évaluations ne diffèrent que par la part fixe de production. En soustrayant,
Si chaque unité porte la part fixe , en unités, et la variation du stock en unités est .
La démonstration vaut aussi lorsque le coût complet est calculé avec des taux normaux, comme dans l'exemple 6.3: la différence d'imputation n'est alors qu'une correction qui ramène les coûts imputés aux coûts réels , et elle disparaît dans le calcul. Elle n'est d'ailleurs pas l'écart entre les deux résultats en général. Dans l'exemple, la sur-imputation (CHF 90 080) égale par coïncidence les coûts fixes stockés, parce que les ventes de l'année de stockage sont exactement celles de N, sur lesquelles les taux ont été calculés. Si l'on vendait 3 200 City au lieu de 3 000, l'activité de production serait inchangée et la sur-imputation aussi, mais le stock ne compterait plus que 200 City et l'écart des résultats tomberait à CHF 45 040. L'explorateur 6.1 permet de le constater.
La figure 6.2 fait varier la production de City de 3 000 à 4 200 unités, les ventes restant de 3 000. Le résultat en coût partiel est une droite horizontale: il ne dépend que des ventes. Le résultat en coût complet monte de CHF 225,20 par City produite et non vendue.
Le retournement: l'exercice où l'on déstocke
Les CHF 90 080 reportés au bilan ne disparaissent pas; ils reviennent. Prolongeons la variante d'une année. Variante: l'année de déstockage, celle qui suit l'année de stockage, avec les mêmes prix, coûts variables, coûts fixes et taux normaux: l'atelier assemble 2 600 City et en vend 3 000, en écoulant les 400 City du stock initial (évaluées à CHF 982 en coût complet et à CHF 756,80 en coût partiel); le Volta reste à 1 500 unités produites et vendues.
En coût partiel, rien ne change: les ventes sont les mêmes, donc les marges aussi, et le résultat vaut encore CHF 995 280. En coût complet, l'activité baisse: heures et CHF de matières. L'atelier n'impute plus que CHF de ses CHF 1 050 000 de frais fixes, l'approvisionnement CHF de ses CHF 197 100: une de CHF, qui grève le résultat.
| Année de déstockage (CHF) | Coût complet | Coût partiel |
|---|---|---|
| Résultat avant différence d'imputation | 995 280 | |
| Sous-imputation des centres de production (D) | −90 080 | |
| Résultat | 905 200 | 995 280 |
| Coûts fixes dans le stock initial | 90 080 | |
| Coûts fixes dans le stock final | 0 |
Le théorème 6.2 donne CHF, et l'on vérifie CHF. L'exercice qui écoule le stock paie les coûts fixes que l'exercice précédent avait mis de côté. Sur les deux exercices réunis, les deux méthodes donnent le même total: CHF en coût complet, CHF en coût partiel.
Démonstration. Pour l'exercice , le théorème 6.2 donne , où désigne les coûts fixes de production dans le stock à la fin de l'exercice . En sommant de à , les termes intermédiaires s'annulent deux à deux et il reste , qui est nul par hypothèse.
Les deux méthodes ne disent donc pas des choses différentes sur la rentabilité de l'entreprise à long terme; elles répartissent différemment le résultat dans le temps. Le coût complet attribue les coûts fixes de production à l'exercice où l'on vend les vélos qui les ont absorbés; le coût partiel, à l'exercice où l'on supporte ces coûts. Ce qui les sépare, c'est la réponse à une question de principe: les coûts fixes de l'atelier sont-ils le prix de la capacité de produire pendant une période — et alors ils appartiennent à cette période — ou une partie du coût des vélos que l'atelier a assemblés — et alors ils les suivent dans le stock?
Taux normaux, taux réels et plafond légal
Dans la variante de stockage, nous avons valorisé le stock aux taux normaux de l'exercice N. C'est l'usage en comptabilité de gestion, que la tradition française appelle imputation rationnelle des charges fixes (la sous-imputation y prend le nom de coût de sous-activité, la sur-imputation celui de boni de suractivité): des taux stables permettent de calculer un coût dès qu'un vélo est terminé, sans attendre la clôture, et ne font pas varier le coût d'un vélo avec l'activité du mois. Mais l'activité de l'année de stockage étant supérieure à celle de N, les frais fixes réels se répartissent sur plus d'heures, et le coût de production réel d'une City est plus bas que CHF 982. Avec les taux réels de cette année — l'exercice 6.4 les calcule — il vaut CHF 966,61, dont CHF 209,81 de frais fixes; le stock de 400 City vaut alors CHF 386 644, soit CHF 6 156 de moins qu'aux taux normaux, et le résultat en coût complet CHF 1 079 204. Le rapprochement du théorème 6.2 vaut encore: CHF.
La différence n'est pas qu'une affaire de méthode. Pour le bilan, l'art. 960a CO interdit d'évaluer un actif au-dessus de son coût d'acquisition ou de revient: le coût d'acquisition ou de revient est un plafond: un stock est porté au bilan au plus à ce coût, ou à sa valeur nette de réalisation si elle est inférieure (art. 960c CO). Et ce plafond est le coût réellement encouru (chapitre 2): un stock évalué à des taux normaux supérieurs aux coûts réels doit être ramené au coût réel, et ce coût réel doit encore être purgé des coûts calculés qui ne correspondent à aucune charge, en premier lieu les intérêts calculés. L'exercice 6.4 fait le calcul: sans les CHF 93 333 d'intérêts calculés que contiennent les deux centres de production, le plafond est de CHF 952,13 par City, soit CHF 380 852 pour les 400 City, et non CHF 386 644. À l'inverse, rien n'empêche, en droit suisse, d'évaluer le stock plus bas que son coût de revient: une évaluation au coût variable de production, qui ignore la part fixe, est admise comme une forme de réserve latente (art. 960a al. 4 CO, que le chapitre 1 a résumé). Les normes comptables internationales sont plus strictes. La norme IAS 2 (Stocks) des IFRS exige d'incorporer aux stocks les frais généraux fixes de production, répartis sur la base de la capacité normale; lorsque la production est anormalement élevée, la part fixe par unité doit être réduite pour que le stock ne dépasse pas le coût réel, et la part des frais fixes non absorbée en cas de sous-activité est une charge de la période. Les Swiss GAAP RPC, dans leur recommandation sur les stocks, retiennent également le coût de production complet. Une évaluation au coût variable n'est donc admise que dans les comptes établis selon le seul Code des obligations.
L'explorateur suivant reprend la variante de stockage et vous laisse régler la production et les ventes de City. Ses deux résultats sont calculés indépendamment, par les flux; la seule chose que le programme n'impose pas, c'est leur rapprochement — que vous verrez pourtant se vérifier à chaque position des curseurs.
Réglez la production et les ventes de City de la variante de stockage, une année hypothétique (le Volta reste à 1 500 unités produites et vendues). À gauche, le résultat en coût partiel et en coût complet; à droite, le stock final de City dans les deux évaluations. Les barres partagent la même échelle: la part du résultat complet qui dépasse le résultat partiel a exactement la hauteur des coûts fixes restés dans le stock. Hypothèses de la variante: aucun stock initial, prix, coûts variables unitaires et coûts fixes de l'exercice N, taux de N conservés comme taux normaux, différence d'imputation portée au résultat; les ventes ne peuvent pas dépasser la production.
Quatre manipulations sont instructives. Placez d'abord production et ventes à la même valeur: le stock est nul, les deux barres de résultat sont égales, quelle que soit la valeur choisie — même à 2 000 City, où les centres de production sont pourtant fortement sous-imputés. Augmentez ensuite la production seule: le résultat partiel ne bouge pas, le résultat complet monte, et le bloc qui le surmonte grandit exactement comme le bloc des coûts fixes stockés à droite. Diminuez alors les ventes seules: les deux résultats baissent, de CHF 383,20 par City non vendue en coût partiel, de CHF seulement en coût complet, puisque la City invendue emporte sa part fixe dans le stock. Enfin, comparez la différence d'imputation et l'écart des résultats: ils ne coïncident que lorsque les ventes de City valent 3 000, le volume sur lequel les taux normaux ont été calculés.
Dans la variante de stockage, la direction aurait pu faire assembler 3 600 City au lieu de 3 400, les ventes restant de 3 000 City. De combien le résultat en coût complet aurait-il alors dépassé le résultat en coût partiel, en CHF?
Coût complet ou coût partiel: lequel employer?
Les deux méthodes ne sont pas rivales; elles répondent à des questions différentes, et la plupart des entreprises qui calculent sérieusement leurs coûts tiennent les deux. Le tableau suivant résume les usages; nous les commentons ensuite.
| Question ou usage | Méthode adaptée | Raison principale |
|---|---|---|
| Valeur des stocks au bilan | Coût de production réellement encouru (plafond) | CO, IAS 2, Swiss GAAP RPC |
| Prix de vente durable, calcul d'offre | Coût complet (de revient) | Les prix doivent couvrir tous les coûts |
| Commande, abandon, facteur limitant | Coût partiel et marges | Seuls changent les coûts variables et évitables |
| Seuil de rentabilité, sensibilité | Coût partiel | Il sépare ce qui varie de ce qui ne varie pas |
| Rapport mensuel de la direction | Coût partiel | Le résultat suit les ventes, pas la production |
| Évaluation d'un responsable | Coût partiel, ou complet avec contrôle des stocks | Éviter l'incitation à stocker |
Le coût complet reste indispensable pour trois raisons. La première est légale: le stock d'une entreprise industrielle doit être évalué à son coût de production, et une entreprise soumise aux IFRS ou aux Swiss GAAP RPC doit y inclure les frais fixes de production. La deuxième tient aux prix: à long terme, une entreprise ne survit que si ses prix couvrent tous ses coûts, y compris l'atelier, les loyers et l'encadrement; un prix calculé sur le seul coût variable, s'il devenait la règle, la conduirait à la faillite. Le chapitre 8 distinguera le prix plancher de court terme, fondé sur le coût variable, du prix durable, fondé sur le coût complet. La troisième raison est plus subtile: le coût complet rappelle que les coûts fixes ont été engagés pour les produits — on n'a pas loué l'atelier pour le plaisir —, et qu'un produit qui ne les couvre jamais, année après année, pose un problème que sa marge de contribution positive ne résout pas.
Le coût partiel est l'outil des décisions à court terme, lorsque la capacité est donnée et que les coûts fixes ne changent pas: accepter une commande, choisir entre deux produits quand l'atelier est saturé, calculer un seuil de rentabilité (chapitres 7 et 8). Il est aussi le meilleur outil de compte rendu périodique, parce que son résultat suit les ventes et non la production. C'est un avantage décisif pour un vélociste.
Il reste l'usage le plus délicat: juger un responsable. Si la prime d'un directeur d'usine dépend du résultat en coût complet, l'encouragement à stocker est réel, et l'histoire de la comptabilité de gestion en fournit de nombreux exemples. Deux parades sont possibles: mesurer la performance en coût partiel, ou garder le coût complet mais suivre les stocks — en volume, en jours de vente, en ancienneté — et neutraliser l'effet de leur variation dans le calcul de la prime. L'exercice 6.5 chiffre ce mécanisme sur trois exercices.
Pendant un exercice, une entreprise produit moins qu'elle ne vend et puise dans un stock initial évalué au coût complet. Sans autre changement, que peut-on affirmer?
La main-d'œuvre directe, un coût fixe en Suisse
Une convention commode, une réalité différente
Depuis le chapitre 1, nous traitons la main-d'œuvre directe comme un coût variable: chaque City exige 4 heures de montage à CHF 60, chaque Volta 6 heures, et la MOD totale est censée suivre le nombre de vélos. C'est la convention des manuels, et celle de la Grenzplankostenrechnung allemande, qui tient les salaires de fabrication pour proportionnels à l'activité. Le chapitre 1 avait prévenu qu'en Suisse cette convention décrit mal la réalité à court terme, et promis d'y revenir. Voici pourquoi.
Les monteurs de Cycles Léman SA sont des salariés au mois, engagés pour une durée indéterminée. Leur salaire est dû que l'atelier soit plein ou à moitié vide; il ne baisse pas parce que les commandes de mai sont inférieures à celles d'avril. Pour réduire la masse salariale, l'entreprise doit licencier, et le droit lui impose des délais.
Ces règles créent une asymétrie. Vers le haut, la MOD est assez souple: l'entreprise peut demander des heures supplémentaires, payées 25 % de plus, ou engager des intérimaires; le coût d'une heure supplémentaire est alors bien variable, et même plus élevé que l'heure normale. Vers le bas, elle est rigide: une baisse d'activité de quelques mois ne réduit pas la masse salariale, sauf à recourir à la réduction de l'horaire de travail (RHT, le «chômage partiel»), que l'assurance-chômage indemnise en partie lorsque la baisse est due à des causes économiques et passagères (art. 31 ss LACI). Les conventions collectives de travail, le treizième salaire et le souci de garder des monteurs qualifiés, difficiles à recruter, renforcent encore cette rigidité. La littérature anglo-saxonne parle de coûts rigides à la baisse (sticky costs), notion popularisée par une étude d'Anderson, Banker et Janakiraman publiée en 2003 sur les frais généraux d'entreprises américaines.
La conclusion n'est pas que la MOD est fixe en toutes circonstances, mais que son comportement dépend de l'horizon de la décision. Sur un mois ou un trimestre, et pour une baisse d'activité, elle est largement fixe. Sur deux ou trois ans, elle s'ajuste par les départs naturels, les embauches et l'organisation des équipes: elle devient variable, par paliers. Le chapitre 3 a décrit ces coûts fixes par paliers; la MOD de l'atelier de Cycles Léman SA, heures par an, soit environ 11 postes à plein temps à quelque 1 900 heures de travail annuelles par monteur, en est l'exemple type: on n'engage ni ne licencie un dixième de monteur.
Faut-il alors abandonner la convention du cours? Non, mais il faut savoir ce qu'elle suppose. Traiter la MOD comme variable revient à admettre que l'entreprise peut ajuster ses effectifs à son activité, ce qui est vrai sur un horizon de plusieurs trimestres, et faux pour une décision qui porte sur quelques semaines. Pour une commande ponctuelle qui occupe des monteurs momentanément inoccupés, la MOD n'est pas un coût pertinent: elle sera payée de toute façon. Pour une commande qui exige des heures supplémentaires, elle l'est, et au taux majoré. Pour la décision de supprimer un produit, elle ne l'est que si l'on peut réellement réduire l'effectif, au terme des délais de congé. Le chapitre 8 tiendra compte de ces distinctions. Une solution pratique consiste à présenter la MOD sur une ligne distincte du compte de résultat par marges, entre les coûts variables et les coûts fixes, pour que chaque lecteur puisse la classer selon la question qu'il se pose.
Synthèse
- La méthode des coûts variables n'impute aux produits que leurs coûts variables et traite les coûts fixes comme un bloc de la période. Chez Cycles Léman SA, en N, la City apporte CHF 1 149 600 de marge de contribution et le Volta CHF 1 449 000; leurs taux de marge sont presque égaux (31,93 % et 32,20 %), et CHF.
- Le compte de résultat par marges range les coûts selon leur comportement. Les marges ne dépendent d'aucune clé de répartition (théorème 6.1); une vente supplémentaire modifie le résultat de sa marge de contribution unitaire, jamais de son résultat unitaire en coût complet.
- Les marges à plusieurs niveaux retranchent à chaque niveau de la hiérarchie les coûts fixes qui lui sont spécifiques. Avec CHF 78 000 de coûts spécifiques pour la City et CHF 270 000 pour le Volta, les marges sur coûts spécifiques sont de CHF 1 071 600 et CHF 1 179 000, et couvrent CHF 1 255 320 de coûts communs. Un coût spécifique n'est pas forcément évitable: l'amortissement d'un outillage dédié est irrécupérable.
- Lorsque la production diffère des ventes, le coût complet stocke une part des coûts fixes de production. L'écart des résultats égale la variation des coûts fixes contenus dans les stocks (théorème 6.2): dans la variante de stockage, CHF. L'exercice qui déstocke rend cet écart, et les résultats cumulés sont égaux (théorème 6.3).
Dans la variante de stockage, quelle est la valeur des 400 City du stock final en coût partiel?
Variante, distincte de l'exercice N et de l'exemple 6.3: une année où Cycles Léman SA produit et vend 3 000 City, mais assemble 1 700 Volta et n'en vend que 1 500, sans stock initial. Prix, coûts variables unitaires et coûts fixes sont ceux de l'exercice N; les taux de N (approvisionnement 10 % des matières, dont 6 % fixes; atelier CHF 70 par heure de MOD, dont CHF 50 fixes) sont des taux normaux, et la différence d'imputation est portée au résultat. Un Volta consomme CHF 1 350 de matières et 6 heures de MOD; son coût de production complet vaut CHF 2 265, son coût variable de production CHF 1 884.
La part fixe d'un Volta stocké
Seuls les frais fixes des centres de production accompagnent un Volta dans le stock.
Combien de frais fixes de production un Volta absorbe-t-il au taux normal, en CHF?
Le stock dans les deux méthodes
Les deux résultats
L'exercice suivant
Exercices
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La Chocolaterie du Mont-Pèlerin Sàrl fabrique des tablettes et des boîtes de pralinés. Les données suivantes sont fictives, construites pour l'exercice; les montants sont hors TVA, les résultats avant impôts, et il n'y a ni stock initial ni stock final.
| Tablettes | Pralinés | |
|---|---|---|
| Prix de vente unitaire (CHF) | 6,00 | 24,00 |
| Coût variable unitaire (CHF) | 2,70 | 13,20 |
| Quantité vendue | 120 000 | 25 000 |
Les coûts fixes de l'exercice s'élèvent à CHF 520 000.
- Établissez le compte de résultat par marges: chiffre d'affaires, coûts variables, marge de contribution et taux de marge de chaque produit, puis le résultat.
- Calculez le taux de marge de contribution de l'entreprise.
- Le comptable répartit les coûts fixes au prorata du chiffre d'affaires. Calculez le résultat de chaque produit en coût complet, et vérifiez que leur somme redonne le résultat de la question 1.
- Une campagne publicitaire de CHF 10 000 augmenterait de CHF 50 000 le chiffre d'affaires de l'un des deux produits, au choix, sans changer les prix. Sur lequel faut-il la faire porter, et que rapporte-t-elle?
Solution
1. Compte de résultat par marges (CHF):
| Tablettes | Pralinés | Total |
|---|
Variante, distincte de l'exercice N: Cycles Léman SA ne vend plus que 1 200 Volta (au lieu de 1 500), à cause d'un concurrent qui a cassé les prix des vélos électriques; tout le reste est inchangé — 3 000 City, prix, coûts variables unitaires, coûts fixes spécifiques (City CHF 78 000, Volta CHF 270 000) et coûts communs (CHF 1 255 320) de l'exemple 6.2.
- Établissez le compte de résultat à deux niveaux et calculez le résultat.
- Un administrateur propose d'abandonner le Volta. Parmi ses coûts spécifiques, la publicité (CHF 95 000), l'homologation (CHF 38 000) et le salaire du technicien (CHF 105 000, en supposant qu'on le licencie et que l'horizon dépasse son délai de congé) disparaîtraient; l'amortissement calculé du banc de test des batteries (CHF 32 000) resterait, le banc n'ayant aucune valeur de revente. Calculez le résultat sans le Volta.
- En dessous de quel nombre de Volta vendus l'abandon deviendrait-il favorable, toutes choses égales par ailleurs?
Solution
1. Compte de résultat à deux niveaux (CHF):
| City | Volta | Total | |
|---|---|---|---|
| Marge de contribution | 1 149 600 | 1 159 200 | 2 308 800 |
| Coûts fixes spécifiques | −78 000 | −270 000 | −348 000 |
| Marge sur coûts spécifiques | 1 071 600 | 889 200 | 1 960 800 |
| Coûts fixes communs | −1 255 320 | ||
| Résultat |
La Brasserie du Gibloux SA (FR) produit trois bières, réparties en deux groupes: les bières permanentes (Blonde et Ambrée), brassées toute l'année sur une ligne de fermentation dédiée, et les bières de saison (une Blanche d'été), brassées sur une petite installation louée pour la saison. Les données sont fictives, construites pour l'exercice; montants hors TVA, résultats avant impôts, sans variation de stock.
| Blonde | Ambrée | Blanche | |
|---|---|---|---|
| Hectolitres vendus | 4 000 | 1 500 | 800 |
| Prix de vente par hl (CHF) | 400 | 450 | 480 |
| Coût variable par hl (CHF) | 180 | 210 | 260 |
| Coûts fixes spécifiques du produit (CHF) | 120 000 | 90 000 | 140 000 |
Coûts fixes spécifiques des groupes: CHF 180 000 pour les bières permanentes (ligne de fermentation), CHF 60 000 pour les bières de saison (location de l'installation). Coûts fixes communs à l'entreprise: CHF 700 000.
- Établissez le compte de résultat à trois niveaux (DB I, DB II, DB III) et calculez le résultat.
- Le conseil d'administration envisage de renoncer aux bières de saison. En supposant que tous les coûts spécifiques de la Blanche et de son groupe disparaîtraient, que deviendrait le résultat?
- Le directeur commercial estime que 10 % des clients de la Blonde l'achètent parce que le même distributeur leur livre la Blanche en été, et qu'ils partiraient avec elle. Que devient la réponse à la question 2?
- Le comptable propose de répartir les coûts communs au prorata du chiffre d'affaires. Quel résultat afficherait alors le groupe des bières de saison? Pourquoi ce chiffre ne doit-il pas servir à décider?
Solution
On reprend la variante de stockage de l'exemple 6.3 (3 400 City produites, 3 000 vendues; 1 500 Volta produits et vendus; mêmes prix, coûts variables unitaires et coûts fixes qu'en N), mais le coût complet est maintenant calculé avec les taux réels de l'année de stockage, et non avec les taux normaux de N.
- Calculez les taux réels de l'approvisionnement (en pour-cent des matières) et de l'atelier (par heure de MOD), et leur part fixe.
- Calculez le coût de production complet d'une City aux taux réels, et la part de frais fixes qu'il contient. Arrondissez chaque élément au centime.
- Calculez la valeur du stock final et le résultat en coût complet; vérifiez le théorème 6.2.
- Comparez avec l'évaluation aux taux normaux de l'exemple 6.3. Laquelle Cycles Léman SA peut-elle retenir dans son bilan?
Solution
1. Frais réels de l'année de stockage (exemple 6.3): approvisionnement CHF 335 220 pour CHF 3 453 000 de matières, atelier CHF 1 502 000 pour 22 600 heures. Taux réels: et CHF par heure (arrondi). Parts fixes: et CHF par heure; les parts variables, 4 % et CHF 20, sont inchangées. Les taux baissent parce que les mêmes frais fixes se répartissent sur une activité plus forte.
Skis Jura SA, au Sentier (VD), fabrique un seul modèle de skis de randonnée. Les données sont fictives, construites pour l'exercice; montants hors TVA, résultats avant impôts. Elles sont identiques pour les trois exercices étudiés:
- prix de vente: CHF 600 la paire;
- coût variable de production: CHF 250 la paire (matières, MOD tenue pour variable, frais variables de l'atelier);
- frais variables de distribution: CHF 30 par paire vendue;
- frais fixes de production: CHF 1 200 000 par an; frais fixes d'administration et de vente: CHF 300 000 par an;
- les frais fixes de production ne contiennent aucun coût calculé (ni intérêt calculé, ni amortissement différent de celui des comptes);
- en coût complet, l'entreprise impute les frais fixes de production au taux normal calculé sur une activité normale de 8 000 paires, et porte la différence d'imputation au résultat; les stocks sont évalués selon la méthode «premier entré, premier sorti».
| Exercice 1 | Exercice 2 | Exercice 3 | |
|---|---|---|---|
| Paires produites | 8 000 | 9 000 | 6 000 |
| Paires vendues | 7 000 | 8 500 | 7 500 |
Il n'y a pas de stock au début de l'exercice 1.
- Calculez le résultat de chaque exercice en coût partiel, et leur total.
- Calculez le taux normal, le coût de production complet d'une paire, le stock final de chaque exercice (en paires et en CHF dans les deux méthodes), puis le résultat de chaque exercice en coût complet.
- Rapprochez les deux résultats de chaque exercice, puis les totaux des trois exercices.
- Le directeur reçoit une prime de 5 % du résultat en coût complet. Au début de l'exercice 3, il aurait pu faire produire 9 500 paires au lieu de 6 000, l'atelier en ayant la capacité. Calculez le résultat des deux méthodes et sa prime dans ce cas, et commentez.
- Le stock de la fin de l'exercice 2 est-il correctement évalué pour le bilan selon le CO? Que recommanderiez-vous au conseil d'administration pour le calcul de la prime?
Références
- Horngren, C. T., Datar, S. M. et Rajan, M. V., Cost Accounting: A Managerial Emphasis, Pearson (variable costing et absorption costing, rapprochement des résultats, incitation à stocker, capacité normale).
- Garrison, R. H., Noreen, E. W. et Brewer, P. C., Managerial Accounting, McGraw-Hill (compte de résultat par marges, coûts fixes spécifiques et communs, segmented income statement).
- Horngren, C. T., Bhimani, A., Datar, S. M., Foster, G. et Rajan, M. V., Contrôle de gestion et gestion budgétaire, Pearson (adaptation française: coûts variables, marges et évaluation des stocks).
- Bouquin, H., Comptabilité de gestion, Economica (coûts partiels, coûts directs et coûts spécifiques dans la tradition française).
- Alazard, C. et Sépari, S., DCG 11 — Contrôle de gestion, Dunod (méthode des coûts variables, coûts spécifiques, imputation rationnelle des charges fixes).
- Code des obligations, art. 960a et 960c (évaluation des actifs et des stocks), art. 321c et 335c (heures supplémentaires et délais de congé).