Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- décrire le processus de communication (codage, média, décodage, bruit, rétroaction) et expliquer, filtre par filtre, pourquoi la très grande majorité des messages diffusés n'atteint personne;
- formuler un objectif de communication dans les termes de l'étape visée — cognitive, affective ou conative — et exposer les limites des modèles de hiérarchie des effets du type AIDA;
- construire une copy strategy en une page à partir d'un insight, d'une promesse, d'une preuve et d'un ton, et distinguer la cible de communication de la cible marketing;
- comparer les moyens du mix de communication par ce qu'ils font bien, ce qu'ils coûtent et ce qu'ils ne peuvent pas faire, et articuler stratégies push et pull avec le canal de distribution;
- calculer et interpréter une couverture, une répétition moyenne, un GRP, un coût pour mille et un coût par contact utile, et choisir un support autrement qu'au CPM le plus bas;
- établir la condition de rentabilité d'une campagne, en déduire le coût d'acquisition maximal admissible, et corriger un retour publicitaire de l'effet d'incrémentalité mesuré par un groupe témoin;
- définir proprement les indicateurs digitaux, expliquer pourquoi deux modèles d'attribution donnent des verdicts différents sur les mêmes données, et situer les règles suisses (LCD, Commission suisse pour la loyauté, nLPD) qui encadrent une campagne.
Sauf mention contraire, les chiffres de ce chapitre décrivent Cyclo Léman SA, fabricant de vélos électriques à Yverdon-les-Bains: entreprise fictive, chiffres construits pour l'exercice.
Communiquer, c'est perdre de l'information
Le schéma de la communication
Une campagne n'est pas un message que l'on «fait passer». C'est une chaîne de transformations, empruntée à la théorie de l'information de Shannon et Weaver (1949), dont chaque maillon peut détruire une partie du sens.
Le bruit et les filtres du récepteur
Le bruit prend trois formes. Le bruit externe est physique et contextuel: l'affiche est masquée par un camion, la radio est allumée pendant une conversation, la page se charge trop lentement. Le bruit concurrentiel est le plus lourd: un consommateur suisse vit dans un environnement saturé de sollicitations commerciales, où le message d'une marque de vélos entre en compétition avec des centaines d'autres. Le bruit interne vient du récepteur lui-même: préoccupations, préjugés sur la catégorie, méfiance envers la publicité.
À ces perturbations s'ajoutent les filtres décrits au chapitre 4. L'exposition sélective fait que l'on se place rarement là où le message est diffusé, ou que l'on quitte la pièce pendant la coupure publicitaire. L'attention sélective fait que, parmi les stimuli présents dans le champ perceptif, seuls quelques-uns sont traités: l'attention est une ressource rare, et une publicité doit la gagner contre le contenu qui l'entoure. La perception sélective déforme ensuite le message pour le rendre compatible avec les croyances existantes: une preuve d'autonomie sera lue comme exagérée par qui doute des vélos électriques. Enfin la rétention sélective élimine, en quelques jours, presque tout ce qui n'a pas été relié à quelque chose de déjà présent en mémoire.
La conclusion pratique est brutale, et c'est le seul point de ce chapitre qu'il faut retenir avant tous les autres: la communication est une activité à très faible rendement unitaire. Acheter des messages ne sert à rien si le codage n'est pas compatible avec le cadre de référence de la cible, et une campagne dont on n'a pas prévu comment elle franchirait le filtre de l'attention est déjà perdue au moment de l'achat d'espace. C'est aussi pourquoi la répétition est nécessaire: elle n'est pas un luxe, elle compense mécaniquement une déperdition connue.
Une marque diffuse un message dont le sens est parfaitement clair pour son équipe marketing, mais que la moitié des personnes interrogées après la campagne interprètent autrement. Où se situe le problème dans le schéma de la communication?
Ce qu'on peut attendre d'une campagne
Trois familles d'objectifs
Les modèles de hiérarchie des effets, et leur critique
Le modèle AIDA (Attention, Intérêt, Désir, Action), formulé par Elias St. Elmo Lewis vers 1898, postule que le consommateur franchit ces quatre étapes dans l'ordre. Ses successeurs — la hiérarchie des effets de Lavidge et Steiner (1961), le modèle DAGMAR de Colley (1961), les modèles «apprendre – ressentir – agir» — reprennent la même architecture: du cognitif vers l'affectif, puis de l'affectif vers le conatif.
Ces modèles ont une vertu réelle: ils obligent à dire à quelle étape on veut agir, et donc à choisir un indicateur. Mais ils sont faux comme description universelle du comportement, et il faut le dire clairement.
- La séquence n'est pas universelle. Pour les produits à faible implication (chapitre 4) — une boisson, un paquet de biscuits, un stylo — l'ordre observé est souvent apprendre – agir – ressentir: on essaie parce que le produit était là et pas cher, et l'attitude se forme après l'achat, par l'usage. L'achat précède alors la préférence, ce qu'AIDA interdit.
- Il existe des séquences purement affectives. Un achat d'impulsion, un produit dont le bénéfice est symbolique ou hédonique, suit plutôt ressentir – agir – apprendre.
- Les étapes ne sont pas des écluses. Une personne peut être en position d'achat sans jamais avoir été «intéressée» au sens du modèle, et une immense notoriété peut coexister avec une préférence nulle. La notoriété est nécessaire mais pas suffisante, et c'est tout ce que l'on peut affirmer avec certitude.
- L'attribution est un problème difficile. Même lorsque la séquence décrit correctement le parcours, rien ne prouve que ce soit le message qui ait fait avancer la personne d'une étape à l'autre. Le prix, la disponibilité en magasin, une recommandation, la météo ou un concurrent en rupture agissent en même temps. Nous y reviendrons en détail avec l'incrémentalité.
La cible et l'insight
La cible de communication n'est pas la cible marketing
La cible marketing est l'ensemble des personnes dont on veut les achats; la cible de communication est l'ensemble des personnes à qui l'on parle pour les obtenir. Elles coïncident rarement. Trois écarts sont classiques.
Les prescripteurs décident sans acheter: le médecin pour un médicament, l'architecte pour un matériau, le vélociste pour un vélo électrique — c'est précisément pourquoi Cyclo Léman consacre une part de son budget à des sessions d'essai réservées aux vendeurs de ses 62 détaillants. Les influenceurs au sens large (amis, forums, comparateurs, essais de la presse spécialisée, testeurs sur les réseaux) pèsent sur une décision impliquante et coûteuse. Les revendeurs, enfin, sont une cible en soi: sans référencement ni mise en avant en magasin, la meilleure campagne grand public reste sans effet (chapitre 10).
Promesse, preuve, ton: la copy strategy
L'insight, et ce qui n'en est pas un
Un insight est une tension vécue par la cible, qu'elle reconnaît immédiatement comme sienne et que le produit peut résoudre. Le test est simple: un insight doit être à la fois vrai, spécifique et inconfortable. «Les gens veulent des produits de qualité» est une banalité: c'est vrai de tout le monde, cela ne distingue aucune marque et cela ne dérange personne. «Je veux prendre le vélo pour aller au bureau, mais j'arrive en nage à la montée de la Barre et je ne peux pas me changer sur place» est un insight: il est spécifique, il énonce un obstacle, et le vélo électrique le lève. La promesse en découle («arriver au travail sans transpirer»), puis la preuve (l'assistance et l'autonomie annoncée), puis le ton.
Le mix de communication
Sept moyens, qui ne font pas la même chose et n'agissent pas au même endroit de l'entonnoir. Le tableau ci-dessous les compare sur quatre questions: ce que le moyen fait bien, ce qu'il coûte, ce qu'il ne peut pas faire, et l'étape où il agit.
| Moyen | Fait bien | Coût typique | Ne peut pas | Étape |
|---|---|---|---|---|
| Publicité média | Construire notoriété et image sur une large cible, vite | Élevé et surtout fixe (espace + production) | Convaincre individuellement, conclure une vente complexe | Cognitif, affectif |
| Promotion des ventes | Déclencher l'essai et l'achat à court terme, écouler un stock | Variable, proportionnel aux volumes | Construire une image; répétée, elle l'abîme et habitue au rabais | Conatif |
| Relations publiques | Crédibilité (le message vient d'un tiers), gestion de crise | Faible en achat d'espace, élevé en temps | Garantir le contenu ni le calendrier: le message n'est pas contrôlé | Cognitif, affectif |
| Marketing direct | Adresser un message personnalisé et mesurable, relancer | Modéré, proportionnel au fichier | Créer de la notoriété sur une cible que l'on ne connaît pas encore | Conatif, fidélisation |
| Vente personnelle | Traiter les objections, négocier, conclure en B2B | Très élevé par contact (temps commercial) | Couvrir un marché large à coût raisonnable | Conatif |
| Sponsoring et événementiel | Associer la marque à un univers, faire essayer physiquement | Droits + activation (souvent le double des droits) | Délivrer un argumentaire détaillé | Affectif |
| Communication digitale | Cibler finement, mesurer, dialoguer, reprendre contact | Souvent à la performance (au clic, à l'action) | Échapper à la duplication et à la saturation d'un même individu | Toutes |
Le sponsoring mérite une mention particulière en Suisse, où il est un moyen dominant: sponsoring sportif (clubs de hockey et de football, courses populaires comme la Patrouille des Glaciers ou Sierre–Zinal, stations de ski), sponsoring culturel (festivals, orchestres, musées) et surtout soutien aux manifestations locales, très efficace dans un pays de tissu associatif dense et de communautés de taille moyenne. Son écueil est connu: on paie des droits sans budgéter l'activation — la présence sur place, les opérations d'essai, les relais dans les médias — sans laquelle une bannière au bord d'une patinoire ne produit qu'une exposition passive.
Push et pull
Le choix n'est pas idéologique: il découle du canal retenu au chapitre 10 et du comportement d'achat. Un canal long et sélectif, où le vendeur conseille et arbitre entre plusieurs marques — le cas de Cyclo Léman avec ses 62 détaillants — exige un investissement push important, sans quoi le vendeur orientera vers la marque qui lui laisse la meilleure marge et dont il connaît le produit. Un canal court, une boutique en ligne propre, un produit choisi avant l'entrée en magasin, déplacent le budget vers le pull. En pratique, les deux se combinent et s'appuient l'un l'autre: la campagne grand public sert d'argument de référencement auprès du détaillant («nous serons en affichage en mars»), et le détaillant bien équipé transforme la demande créée.
Cyclo Léman constate que 70 % de ses acheteurs déclarent avoir été «conseillés par le vendeur» et n'avoir arrêté leur choix qu'en magasin, après essai. Quelles décisions de mix de communication sont cohérentes avec ce constat?
Plusieurs réponses possibles
Le plan média
Le plan média est la partie quantitative du travail: il traduit un budget en contacts, et des contacts en couverture et en répétition.
Couverture, répétition, contacts, GRP
Démonstration. Par définition, . Comme dès qu'une personne est touchée, on peut écrire en vertu de la définition de la répétition moyenne. En reportant,
La relation (11.1) est plus qu'une identité comptable: elle dit que, à GRP donné, couverture et répétition sont substituables. Un plan de 450 GRP peut toucher 60 % de la cible 7,5 fois, ou 90 % de la cible 5 fois, ou 30 % de la cible 15 fois. Ces trois plans coûtent à peu près la même chose et n'ont pas du tout le même effet. Choisir entre eux est la décision centrale du plan média.
Le rendement décroissant de la répétition
Chaque insertion supplémentaire dans un même support touche surtout des personnes déjà touchées. La couverture croît donc de moins en moins vite et plafonne: aucun support n'atteint la totalité d'une cible, car une partie de celle-ci ne le fréquente jamais.
Deux notions encadrent le choix de la répétition. Le seuil d'efficacité est le nombre minimal d'expositions en dessous duquel un message ne produit à peu près rien; la règle des trois expositions proposée par Herbert Krugman en 1972 (la première fait comprendre de quoi il s'agit, la deuxième évalue la pertinence, la troisième rappelle) est une convention professionnelle utile, pas une loi vérifiée: le seuil dépend de la notoriété de la marque, de la complexité du message et de la catégorie. La sursaturation (wear-out) est le point au-delà duquel la répétition cesse d'ajouter quoi que ce soit et commence à irriter, en particulier en ciblage digital où le même individu peut recevoir vingt fois le même visuel dans la journée — d'où le plafonnement de répétition (frequency capping).
Le compromis est donc: couvrir large quand l'objectif est cognitif (une notoriété se construit sur la couverture, avec une répétition juste suffisante), répéter quand le message est complexe ou l'attitude à changer, et jamais dépasser le point où le gain marginal de couverture tombe sous le coût marginal d'une insertion.
Coût pour mille et coût par contact utile
Un magazine spécialisé propose une insertion à CHF 8 400 pour une audience de 60 000 lecteurs, dont 45 % appartiennent à la cible. Calculez le coût par contact utile, en francs.
La rentabilité d'une campagne
La condition de base
Démonstration. La campagne délivre contacts; par définition du taux de conversion, elle produit clients. Chacun apporte une marge de contribution , c'est-à-dire ce qui reste du prix après les coûts variables et qui contribue à couvrir les charges fixes. Le budget est engagé quelle que soit l'issue: c'est un coût fixe de l'action. Le résultat de la campagne est donc
et la campagne est rentable si et seulement si , ce qui est exactement (11.4). Le coût d'acquisition d'un client est (à supposer ). En divisant (11.4) par , la condition s'écrit : la campagne est rentable si et seulement si le coût d'acquisition ne dépasse pas la marge unitaire, d'où . En divisant (11.4) par , elle s'écrit aussi , d'où .
Le théorème dit une chose simple et souvent oubliée: le budget d'une campagne d'acquisition n'a pas à être «raisonnable» dans l'absolu; il doit être cohérent avec la marge unitaire. Encore faut-il utiliser la bonne marge. Chez Cyclo Léman, un vélo facturé en moyenne CHF 2 600 au détaillant dégage une marge brute unitaire de CHF 988 (38 % du prix, soit le taux de marge brute de l'entreprise); une fois retranchés environ CHF 88 de frais variables de vente, de logistique et de garantie, il reste une marge de contribution unitaire de CHF 900. C'est ce dernier chiffre — et non la marge brute — qui entre dans (11.4) et fixe le coût d'acquisition maximal admissible, puisque lui seul mesure ce qu'un client supplémentaire laisse réellement à l'entreprise. Sauf mention contraire, toutes les campagnes de ce chapitre sont évaluées avec CHF. Un vendeur d'accessoires dont la marge de contribution est de CHF 39 ne peut évidemment pas s'autoriser le même coût d'acquisition: le budget se dimensionne à partir de la marge, jamais l'inverse.
Version enrichie: la valeur à vie plutôt qu'une marge unique
La condition (11.4) suppose que le client acquis achète une fois. C'est faux dès qu'il y a réachat, accessoires, entretien, pièces d'usure ou recommandation. Dans ce cas, on remplace par la valeur à vie du client (, customer lifetime value), somme actualisée des marges futures attendues, dont le calcul fait l'objet du chapitre 12. La condition devient et le coût d'acquisition admissible . Un acheteur de vélo électrique qui revient pour l'entretien, achète une batterie de rechange après quatre ans et équipe ensuite son conjoint vaut évidemment beaucoup plus que sa première marge; c'est ce qui justifie qu'une entreprise accepte, en connaissance de cause, de perdre de l'argent sur la première vente.
Version honnête: l'incrémentalité
Reste l'objection la plus sérieuse. Les clients comptés à l'arrivée n'ont pas tous été causés par la campagne. Une partie d'entre eux — souvent la majorité — auraient acheté de toute façon: ils cherchaient déjà le produit, ils étaient déjà en fin de parcours, ils ont simplement cliqué sur une annonce qui se trouvait sur leur chemin.
C'est ici qu'il faut être catégorique: le retour publicitaire brut est presque toujours surestimé, et il l'est structurellement, pas accidentellement. Trois mécanismes se conjuguent. D'abord, les outils publicitaires s'attribuent eux-mêmes leurs résultats: une plateforme compte comme «conversion» tout achat survenu après une exposition, sans savoir ce qui serait arrivé sans elle. Ensuite, le ciblage moderne est choisi pour ressembler aux acheteurs: on montre l'annonce en priorité à ceux qui ont déjà visité le site, mis un produit au panier ou tapé le nom de la marque — c'est-à-dire aux personnes les plus susceptibles d'acheter de toute façon. Enfin, une campagne coïncide presque toujours avec autre chose: une saison, un lancement, une promotion, une opération du réseau. Les trois biais poussent dans le même sens, jamais dans l'autre.
Explorateur de rentabilité d'une campagne
Un budget acheté à un coût pour mille donné produit des contacts; un taux de conversion global les transforme en clients, dont chacun rapporte une marge de contribution. La campagne est rentable si la marge engendrée dépasse le budget, autrement dit si le coût d'acquisition reste inférieur à la marge unitaire. Le «ROAS» affiché ici rapporte la marge (et non le chiffre d'affaires) au budget: c'est la version prudente de l'indicateur. La troisième barre applique une hypothèse d'incrémentalité de 30 %, c'est-à-dire la part des ventes attribuées qu'un groupe témoin confirmerait comme réellement causées par la campagne. Les valeurs par défaut décrivent un produit à faible marge; pour un vélo Cyclo Léman, portez la marge de contribution à CHF 900.
Une campagne de CHF 45 000 est attribuée à 300 clients. La marge de contribution unitaire est de CHF 250. Un groupe témoin établit que le taux d'incrémentalité est de 60 %. Quel est le résultat réel de la campagne, en francs (avec son signe)?
Le digital et la mesure
Les leviers
Le référencement naturel (SEO) construit une visibilité durable dans les résultats de recherche par le contenu et la structure du site; son coût est en travail, son délai en mois, et il n'est jamais garanti. Le référencement payant (SEA) achète des positions sur des requêtes, à un coût par clic déterminé par enchère; il est immédiat, entièrement mesurable — et particulièrement exposé au problème d'incrémentalité lorsqu'il achète les requêtes de marque, que le client aurait tapées de toute façon. Les réseaux sociaux combinent des contenus détenus (portée organique aujourd'hui très faible) et de la publicité ciblée. Le marketing d'influence loue la crédibilité d'un tiers: son efficacité tient à l'adéquation entre la communauté et la cible, et il impose en Suisse comme ailleurs de signaler clairement le caractère commercial du contenu. Le courriel est le levier le moins cher par contact auprès d'une base déjà constituée, mais il exige un consentement préalable (section suivante). L'affiliation rémunère des sites tiers à la performance. La publicité programmatique achète automatiquement, aux enchères et en temps réel, des impressions ciblées sur un individu plutôt que sur un support: elle offre une précision inédite et une opacité réelle sur l'endroit où la marque apparaît et sur la part du budget consommée par la chaîne d'intermédiaires.
Les indicateurs, définis proprement
Les modèles d'attribution
Un achat est rarement précédé d'un seul contact. Attribuer la vente à l'un d'eux est une convention, et le choix de la convention change le verdict.
Les expériences contrôlées
La seule façon d'établir un effet causal est de créer une situation où l'exposition varie indépendamment de tout le reste — le raisonnement du chapitre 3 sur la causalité, appliqué à la publicité.
- Le test A/B attribue au hasard deux versions (visuel, message, page d'arrivée) à deux échantillons issus de la même population, et compare le taux de conversion. Il mesure l'écart entre versions, ce qui ne dit rien de l'effet de la campagne elle-même.
- Le groupe témoin publicitaire (holdout) prive au hasard une fraction des individus ciblés de toute exposition, et compare ensuite les taux d'achat. C'est la mesure d'incrémentalité la plus propre, et la moins pratiquée, parce qu'elle exige de renoncer volontairement à une part de la diffusion.
- Le test géographique exclut certaines régions comparables, comme dans l'exemple 11.3. Moins précis (les régions ne sont pas des individus tirés au sort), il a l'avantage de fonctionner pour les médias non adressables: affichage, radio, presse.
Ces dispositifs coûtent quelque chose: une part de couverture perdue, un délai, une taille d'échantillon suffisante pour détecter l'effet. Ce coût est à comparer à celui de reconduire indéfiniment un budget dont personne ne sait s'il produit un effet.
Le budget de communication
Quatre méthodes se rencontrent en pratique. Trois sont mauvaises, et il faut savoir dire pourquoi.
- Le pourcentage du chiffre d'affaires. On consacre du chiffre d'affaires de l'an dernier — ou du budget prévisionnel — à la communication. C'est simple, c'est prévisible, et c'est logiquement inversé: le budget devient une conséquence des ventes alors qu'il est censé en être une cause. Le raisonnement est circulaire, et il est procyclique de la pire manière: quand les ventes baissent, il coupe la communication, ce qui aggrave la baisse.
- La parité concurrentielle. On aligne son budget sur celui des concurrents, ou sur une part de voix égale à sa part de marché. Cela suppose que les concurrents savent ce qu'ils font, qu'ils ont les mêmes objectifs, la même marge, la même distribution et la même notoriété de départ — hypothèses invraisemblables. Le seul usage défendable de la part de voix est comme contrainte: en dessous d'un certain niveau relatif, un message est inaudible.
- Tout ce qui reste disponible. On budgète la communication après tout le reste. Cette méthode n'est pas une méthode: elle rend le budget indépendant des objectifs et impossible à évaluer, puisque rien n'a été promis.
- Objectifs et moyens (objective and task). C'est la seule construction défendable, et elle procède à rebours: (a) fixer l'objectif de communication dans les termes de l'étape visée; (b) déterminer la cible et sa taille; (c) déterminer la couverture et la répétition nécessaires pour l'atteindre, donc le nombre de GRP ou de contacts utiles; (d) chiffrer le coût de ce plan aux tarifs des supports, ajouter la production et l'activation; (e) confronter le total obtenu à la condition de rentabilité (11.4) corrigée de l'incrémentalité (11.6); (f) arbitrer — réduire l'ambition, changer de moyens ou renoncer — puis réserver une part du budget à la mesure.
L'étape (e) est celle que l'on saute le plus souvent. Elle transforme le budget d'un chiffre négocié en une décision d'investissement: un plan qui exige un coût d'acquisition supérieur à ne doit pas être exécuté, quel que soit son attrait créatif.
Remettez dans l'ordre les étapes de construction d'un plan de campagne par la méthode des objectifs et des moyens.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Fixer l'objectif de communication dans les termes de l'étape visée (cognitive, affective ou conative) et son indicateur
- Définir la cible de communication et mesurer sa taille
- Déterminer la couverture et la répétition nécessaires, donc le nombre de contacts utiles ou de GRP
- Confronter le budget obtenu à la condition de rentabilité, corrigée du taux d'incrémentalité
- Chiffrer le plan média aux tarifs des supports, puis ajouter la production et l'activation
- Arbitrer, puis réserver une part du budget au dispositif de mesure (groupe témoin ou test géographique)
Le cadre suisse et l'éthique
Loyauté et vérité du message
La loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD) est le texte central. Son article 3 qualifie de déloyal, notamment, le fait de donner des indications inexactes ou fallacieuses sur soi, ses marchandises ou ses prix; de dénigrer un concurrent; de prendre des mesures propres à créer une confusion avec les prestations d'autrui; et de procéder à des comparaisons inexactes, fallacieuses, inutilement blessantes ou parasitaires. La comparaison publicitaire n'est donc pas interdite en Suisse — contrairement à une idée reçue — mais elle doit être exacte, vérifiable et porter sur des caractéristiques comparables. Une affirmation du type «le meilleur vélo électrique de Suisse» n'est défendable que si elle est manifestement une formule d'éloge non vérifiable, et devient risquée dès qu'elle prend l'apparence d'un fait mesurable.
L'ordonnance sur l'indication des prix (OIP) impose d'indiquer au consommateur le prix effectivement à payer, en francs suisses, taxes et redevances comprises. Elle encadre aussi les prix de comparaison («au lieu de», «prix barré»): le prix de référence doit avoir été réellement pratiqué, ou être celui réellement pratiqué par la concurrence, faute de quoi le rabais est fictif — et le rabais fictif est le contentieux publicitaire le plus banal.
Restrictions sectorielles et protection des mineurs
La loi sur la radio et la télévision (LRTV) interdit à la radio et à la télévision suisses la publicité pour les alcools distillés et le tabac, ainsi que la publicité politique et religieuse; elle impose également la séparation nette entre publicité et programme. Les boissons fermentées (bière, vin) restent admises à certaines conditions, ce qui explique une asymétrie souvent mal comprise du public. Pour l'alcool, la législation interdit par ailleurs toute publicité qui s'adresse spécifiquement aux jeunes.
En matière de tabac, l'acceptation en février 2022 de l'initiative populaire «Enfants sans tabac» a conduit à une loi sur les produits du tabac renforcée, entrée en vigueur en 2024, dont le principe est que la publicité ne doit pas atteindre les mineurs: sont visés l'affichage accessible aux jeunes, la publicité dans la presse et sur internet, le sponsoring d'événements à portée internationale ou destinés aux jeunes. La logique du législateur suisse est ici caractéristique: plutôt qu'une interdiction générale, une interdiction définie par la cible atteinte.
La publicité politique est interdite à la radio et à la télévision, mais reste libre en affichage, en presse et en ligne — une asymétrie de plus en plus discutée à mesure que le ciblage numérique permet d'adresser des messages politiques différents à des groupes différents, sans que le public puisse constater ce que les autres ont vu.
Données personnelles et courriel
La nouvelle loi sur la protection des données (nLPD), en vigueur depuis le 1er septembre 2023, s'applique à tout traitement de données de personnes en Suisse. Pour une campagne, elle impose trois disciplines: la transparence (informer, au moment de la collecte, de l'identité du responsable et des finalités), la finalité (les données collectées pour livrer une commande ne peuvent pas être réutilisées pour n'importe quel ciblage) et la proportionnalité. Le profilage à risque élevé — le croisement de nombreuses données pour évaluer des aspects essentiels de la personnalité — exige un consentement explicite, et toute personne dispose d'un droit d'accès et d'opposition.
Pour le courriel publicitaire de masse, c'est en réalité la LCD qui pose la règle la plus concrète: l'envoi est déloyal lorsqu'il a lieu sans le consentement préalable du destinataire, sans indication correcte de l'expéditeur, ou sans possibilité simple et gratuite de refuser les envois futurs. En pratique: consentement à l'entrée, lien de désabonnement fonctionnel dans chaque message, et respect immédiat du désabonnement.
Ciblage comportemental et manipulation
Il reste une question que le droit ne tranche pas entièrement. Le ciblage comportemental permet aujourd'hui de choisir le moment, le contexte et l'argument en fonction de ce que l'on sait d'une personne. Utilisé pour montrer à un parent un vélo cargo plutôt qu'un vélo de course, il rend la publicité moins encombrante et plus utile. Utilisé pour identifier un moment de vulnérabilité — un endettement, une rupture, une addiction, l'anxiété d'un adolescent — et pour y adresser une offre, il ne relève plus de l'information mais de l'exploitation.
La ligne défendable est double. D'abord, la transparence: une communication commerciale doit être identifiable comme telle, ce qui condamne le publireportage non signalé, l'avis client fabriqué et le placement non déclaré chez un influenceur. Ensuite, la finalité: on peut cibler sur un besoin, pas sur une faiblesse. Un étudiant en marketing doit savoir que ces deux principes ne sont pas des ornements: ils sont ce qui distingue une profession d'un métier de persuasion sans limite, et ils sont, à moyen terme, dans l'intérêt même des annonceurs, dont l'actif principal — la confiance dans la marque — ne survit pas à leur violation.
Synthèse
- La communication est une chaîne à faible rendement: entre le message diffusé et l'action, l'exposition, l'attention, la compréhension et la mémorisation prélèvent chacune leur part. Une campagne qui n'a pas prévu comment franchir le filtre de l'attention est perdue avant d'être achetée.
- Les objectifs se rangent en cognitifs, affectifs et conatifs. Les modèles de hiérarchie des effets (AIDA et ses successeurs) sont des aides à la formulation, pas des descriptions valides: pour les produits à faible implication, l'achat précède souvent l'attitude. La règle qui subsiste est qu'un objectif se mesure dans les termes de l'étape qu'il vise.
- Le mix de communication se choisit en confrontant ce que chaque moyen fait bien, ce qu'il coûte et ce qu'il ne peut pas faire, et en articulant push et pull avec le canal de distribution retenu.
- Le plan média repose sur : à GRP donné, couvrir et répéter sont substituables. La répétition a un rendement décroissant et un plafond; le bon critère de choix d'un support n'est pas le CPM mais le coût par contact utile, qui peut classer les supports dans l'ordre inverse.
- Une campagne est rentable si , d'où et ; avec réachat, devient la valeur à vie du client; et corrigée de l'incrémentalité, la condition devient , soit .
- Sans groupe témoin, un retour publicitaire mesuré est presque toujours surestimé: auto-attribution des plateformes, ciblage sur les acheteurs les plus probables et coïncidence avec d'autres actions poussent tous dans le même sens. Les modèles d'attribution partagent le crédit, ils ne mesurent pas la causalité; seule une expérience contrôlée le fait.
- En Suisse, la LCD (indications fallacieuses, comparaisons, courriel de masse), l'OIP (prix affiché et prix de comparaison), la LRTV (alcools distillés, tabac, publicité politique), la loi sur les produits du tabac, la nLPD (finalité, transparence, consentement) et les règles de la Commission suisse pour la loyauté encadrent toute campagne.
Série d'exercices du chapitre 11
Exercice 1 sur 5Une campagne a pour objectif de «porter la notoriété assistée de la marque de 18 % à 28 % en douze mois auprès des 30–59 ans de Suisse romande». Comment doit-elle être évaluée?
Dimensionner et juger une campagne digitale
Cyclo Léman SA prépare une campagne digitale nationale. Le plan média annonce: budget de CHF 250 000, coût pour mille contacts de CHF 18, taux de clic de , taux de conversion des clics en clients de . La marge de contribution unitaire d'un vélo est de CHF 900. (Entreprise fictive, chiffres construits pour l'exercice; ce sont les projections de l'agence, que l'on va prendre au mot avant de les discuter.)
- 1
Des francs aux contacts
Le coût pour mille dit combien coûtent mille contacts. Le nombre de contacts achetés est donc le budget divisé par le CPM, multiplié par mille.
ExerciceCombien de contacts la campagne délivre-t-elle?
Des contacts aux clients
Coût d'acquisition et résultat
Le seuil d'équilibre
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Cyclo Léman dispose de CHF 40 000 pour une action de notoriété auprès d'une cible de 300 000 personnes. Trois supports sont proposés (chiffres fictifs):
| Support | Coût | Contacts bruts | Part dans la cible |
|---|---|---|---|
| Radio régionale, 20 spots | CHF 28 000 | 640 000 | 25 % |
| Magazine spécialisé, une page | CHF 9 500 | 42 000 | 68 % |
| Display programmatique large | CHF 34 000 | 1 700 000 | 8 % |
- Calculez pour chaque support le CPM et le coût par contact utile.
- Classez les supports selon chacun des deux critères. Que constatez-vous?
- Quelle combinaison achetez-vous avec CHF 40 000, et pourquoi?
- Le support le plus affin est aussi le plus cher au contact utile. Comment l'expliquer, et dans quel cas l'achèteriez-vous quand même?
Solution
1. Contacts utiles contacts bruts part dans la cible.
| Support | Contacts utiles | CPM | Coût par contact utile |
|---|---|---|---|
| Radio | |||
| Magazine | |||
| Display |
2. Par CPM croissant: display (20,00), radio (43,75), magazine (226,19). Par coût par contact utile croissant: radio (0,175), display (0,250), magazine (0,333). Le support qui a le meilleur CPM n'arrive qu'en deuxième position au contact utile, parce que son affinité est de 8 % seulement: on paie 92 % de contacts hors cible. Les deux classements ne coïncident pas, et c'est le second qui compte pour un objectif défini sur une cible.
3. Avec CHF 40 000, les combinaisons possibles sont: radio seule (28 000, 160 000 contacts utiles), display seul (34 000, 136 000), magazine seul (9 500, 28 560), ou radio + magazine (37 500, 188 560 contacts utiles, soit un coût par contact utile global de CHF). Radio + magazine domine toutes les autres options: elle procure le plus grand nombre de contacts utiles pour un budget inférieur au plafond, et elle ajoute à la couverture radio une exposition très affine. C'est l'achat à retenir.
4. Le magazine est cher au contact utile parce que son audience est petite: le coût d'une page ne se répartit que sur 42 000 lecteurs. Son affinité de 68 % ne compense pas cette faiblesse d'échelle. On l'achète malgré tout lorsque l'objectif n'est pas la couverture mais la crédibilité ou la profondeur du message — un dossier technique sur l'autonomie et le cadre, lu par des acheteurs impliqués, avec un contexte rédactionnel valorisant — ou lorsqu'il touche des prescripteurs (vélocistes, testeurs) dont l'influence dépasse leur nombre. Le coût par contact utile mesure l'efficience d'un contact; il ne mesure pas la valeur inégale des contacts.
La boutique en ligne de Cyclo Léman a enregistré, en mars: impressions, clics, visites de fiche produit, ajouts au panier et commandes. Les références de la branche pour ce type de produit sont: taux de clic , clic vers fiche produit , fiche vers panier , panier vers commande .
- Calculez les quatre taux de passage observés et comparez-les aux références.
- Identifiez l'étape faible. Justifiez le choix autrement que par l'écart en points.
- Chaque commande porte sur un vélo et dégage une marge de contribution de CHF 900. Combien rapporterait le fait de ramener la seule étape faible au niveau de référence, toutes choses égales par ailleurs?
- Proposez deux hypothèses de cause pour cette étape et le dispositif qui permettrait de les départager.
Solution
1. Les taux observés:
| Passage | Observé | Référence |
|---|---|---|
| Impressions clics | ||
| Clics fiches produit | ||
| Fiches paniers | ||
| Paniers commandes |
Le taux de clic est meilleur que la référence; les trois autres sont en dessous.
2. L'étape faible est le passage du panier à la commande. L'écart en points () n'est pas le bon critère: il faut raisonner en effet sur le résultat final, car un taux agit multiplicativement sur tout ce qui le suit. En ramenant chaque étape isolément à sa référence, on obtient:
| Étape ramenée à la référence | Commandes | Gain |
|---|---|---|
| Impressions clics | ||
| Clics fiches | ||
| Fiches paniers | ||
| Paniers commandes |
Le passage panier commande domine largement. Remarquez la première ligne: aligner le taux de clic sur la référence ferait perdre des commandes, puisqu'il est déjà supérieur — c'est un rappel utile qu'un indicateur au-dessus de la référence n'est pas un problème à corriger.
3. Au taux de référence, les commandes passeraient de à , soit commandes. La marge supplémentaire vaut CHF par mois. C'est un ordre de grandeur qui justifie un investissement substantiel dans le tunnel de commande — et qui, rapporté au budget média du mois, montre souvent qu'optimiser la conversion coûte moins cher qu'acheter davantage d'impressions.
4. Deux hypothèses plausibles: (a) des frais de livraison ou un délai révélés seulement au moment du paiement, qui provoquent l'abandon; (b) un tunnel de commande trop long ou exigeant la création d'un compte. Pour les départager: instrumenter le tunnel pour savoir à quel écran précis l'abandon se produit (si la chute est massive à l'écran des frais de port, l'hypothèse (a) est la bonne), puis conduire un test A/B sur la variable soupçonnée — affichage des frais de port dès la fiche produit contre situation actuelle, ou commande sans création de compte contre commande avec compte — en répartissant les visiteurs au hasard. Le test A/B est ici légitime parce qu'on compare deux versions du même dispositif sur une population identique; il mesure bien l'effet causal du changement testé.
Cyclo Léman lance une campagne nationale pour sa gamme de vélos. Le budget de la campagne est de CHF 180 000, le coût pour mille contacts de CHF 22 et le taux de conversion global espéré de . La marge de contribution unitaire d'un vélo est de CHF 900, sa marge brute unitaire de CHF 988.
- Calculez le coût d'acquisition maximal admissible et le nombre minimal de clients à acquérir. Pourquoi ne faut-il pas raisonner ici sur la marge brute?
- Calculez le nombre de contacts, le nombre de clients, le coût d'acquisition et le résultat de la campagne selon ces hypothèses.
- Un test géographique établit que 25 % seulement des ventes attribuées sont incrémentales. Recalculez le résultat. Conclusion?
- Quel taux d'incrémentalité minimal rendrait la campagne rentable? Et quel taux de conversion global serait nécessaire, à incrémentalité de 25 %, pour atteindre l'équilibre?
Solution
1. Par (11.5), CHF et clients. Il ne faut pas raisonner sur la marge brute de CHF 988: celle-ci contient encore les frais variables de vente, de logistique et de garantie (environ CHF 88) qu'une vente supplémentaire déclenche elle aussi. L'utiliser gonflerait le coût d'acquisition admissible d'environ et conduirait, campagne après campagne, à dépenser systématiquement trop.
2. Contacts: . Clients: . Coût d'acquisition: CHF, très inférieur au maximum admissible de CHF 900. Résultat: CHF. Sur le papier, la campagne est excellente.
3. Avec , les clients réellement causés sont , la marge incrémentale CHF et le résultat
La campagne, qui affichait CHF 409 091 de résultat, perd en réalité près de CHF 33 000. Le coût d'acquisition réel est CHF, supérieur à la marge unitaire de CHF 900: la condition (11.6) est violée. C'est exactement le renversement de verdict que produit la mesure d'incrémentalité, et il se produit ici alors même que le chiffre brut paraissait confortable.
4. Rentabilité: il faut , soit
c'est-à-dire un taux d'incrémentalité d'au moins . On en est proche, ce qui signifie que la décision se joue sur la précision de la mesure: avec l'incertitude d'un test géographique, un intervalle de 20 à 35 % ne permettrait pas de trancher, et il faudrait un test plus puissant (échantillon plus large, durée plus longue) avant de reconduire le budget.
À incrémentalité fixée à 25 %, le taux de conversion global nécessaire se déduit de :
soit , contre espérés: il faudrait convertir environ de mieux. Autrement dit, la campagne n'est pas absurde — elle est à la limite, et elle ne doit pas être reconduite en l'état sans améliorer soit la conversion, soit le coût pour mille, soit le ciblage (qui agit sur les deux).
Cyclo Léman veut porter la notoriété assistée de sa marque auprès des 30–59 ans de Suisse romande — cible de 420 000 personnes — de à en douze mois. L'expérience de la branche suggère qu'un tel gain suppose de toucher au moins de la cible avec une répétition moyenne d'au moins . Le coût moyen du GRP sur les supports envisagés est de CHF 950; la production des éléments créatifs est devisée à CHF 180 000. Le budget marketing annuel total de l'entreprise est de CHF 1,1 million.
- Calculez le nombre de GRP nécessaires et le nombre de contacts correspondant.
- Chiffrez le budget de la campagne, production comprise, et rapportez-le au budget marketing annuel. Le plan est-il finançable?
- La direction demande de justifier ce budget «par les ventes». Que répondez-vous, et quel dispositif de mesure proposez-vous?
- Formulez trois arbitrages possibles si le budget devait être réduit d'un tiers, en indiquant ce que chacun coûte.
Solution
1. Par (11.1), GRP. Le nombre de contacts est contacts, dont personnes touchées.
2. Achat d'espace: CHF. Avec la production, le total est CHF, soit du budget marketing annuel. Le plan est finançable au sens strict, mais il consomme près de quatre francs sur dix de tout le marketing de l'entreprise, alors que celle-ci doit aussi financer le soutien à ses 62 détaillants, sa boutique en ligne, ses salons et ses opérations d'essai. Il faut donc soit l'étaler, soit le réduire, soit démontrer qu'il est prioritaire.
3. La réponse doit être ferme sur le principe et constructive sur la méthode. Sur le principe: l'objectif est cognitif, et il a été fixé comme tel; le juger sur les ventes du semestre reviendrait à imputer à la campagne des variations dues au prix, à la disponibilité chez les détaillants, à la météo, à la conjoncture et aux actions des concurrents, et à changer de règle après coup. Une campagne de notoriété n'agit sur les ventes que par un chemin indirect et différé — être présent dans l'ensemble évoqué au moment où le besoin apparaît, ce qui peut prendre des mois pour un achat à CHF 4 000.
Sur la méthode, on ne se contente pas de refuser: on propose un dispositif qui répond à la vraie question, «cet argent produit-il quelque chose?». Concrètement: (a) mesure de notoriété assistée et spontanée par vagues, avant campagne, à mi-parcours et à douze mois, sur des échantillons indépendants et comparables de la cible (chapitre 3 pour la taille d'échantillon); (b) test géographique: exclure de la diffusion deux ou trois régions comparables et suivre à la fois la notoriété et les ventes détaillants dans les zones exposées et témoins — cela donne, en prime, une estimation de l'effet sur les ventes, cette fois causale; (c) suivi des indicateurs intermédiaires attribuables (recherches sur le nom de la marque, demandes d'essai en concession), qui bougent avant les ventes. Le coût de ce dispositif — quelques dizaines de milliers de francs et une part de couverture perdue — doit être budgété dès le départ.
4. Trois arbitrages, avec leur prix:
- Réduire la couverture à en gardant : GRP, soit CHF d'espace, total CHF. Coût: l'objectif de notoriété devient hors de portée, puisque la notoriété se construit d'abord par la couverture. À éviter si l'objectif est maintenu.
- Réduire la répétition à en gardant : GRP, CHF d'espace, total CHF. Coût: on se rapproche du seuil d'efficacité; le risque est de payer une couverture qui ne mémorise pas. Défendable si le message est simple et le visuel très distinctif.
- Restreindre la cible géographique — Vaud et Genève seulement, environ 250 000 personnes — en gardant et : les GRP restent 260, mais le coût du GRP baisse à peu près proportionnellement à la population couverte, ce qui ramène l'achat d'espace autour de CHF 147 000 et le total à environ CHF 327 000, production inchangée. Coût: on renonce à Fribourg, au Valais et au Jura, et il faudra l'assumer auprès des détaillants de ces cantons.
Recommandation. Le troisième arbitrage est le meilleur: il préserve intégralement la mécanique qui produit l'effet (couverture élevée, répétition suffisante) et ne sacrifie que la surface. Les deux premiers dégradent la campagne partout à la fois et risquent de produire une dépense sans effet mesurable — la pire des issues, puisqu'elle coûte l'argent et l'information. On concentre donc la première année sur Vaud et Genève, avec le test géographique intégré, et on étend la troisième vague aux autres cantons si l'effet mesuré le justifie.
Le responsable digital présente au comité de direction le bilan d'une campagne de CHF 150 000: «le ROAS est de 6, la campagne est un succès, il faut doubler le budget». Le chiffre est exact au sens où l'outil publicitaire attribue CHF 900 000 de chiffre d'affaires à la campagne.
- Énumérez tout ce qui manque pour conclure que la campagne est un succès.
- Le taux de marge de contribution est de . Que devient l'argument?
- Quel taux d'incrémentalité minimal rendrait la campagne tout juste rentable?
- Proposez le dispositif de mesure qui trancherait, avec son coût et ses limites, puis formulez la recommandation que vous feriez au comité.
Solution
1. Cinq lacunes, dans l'ordre de gravité.
- Le ROAS est un rapport au chiffre d'affaires, pas à la marge. Il ne dit rien de la rentabilité tant que l'on ne connaît pas le taux de marge de contribution.
- Le chiffre d'affaires est attribué, pas causé. On ignore quel modèle d'attribution a été utilisé; s'il s'agit du dernier clic, il récompense les contacts de fin de parcours, c'est-à-dire les clients les plus proches de l'achat, donc les moins incrémentaux.
- Il n'y a pas de scénario de référence. Personne ne sait combien de ces ventes auraient eu lieu sans la campagne. Sans groupe témoin, le ROAS n'est pas un effet, c'est une corrélation entre une exposition et un achat.
- La période et les autres actions ne sont pas contrôlées. Y a-t-il eu une promotion, un lancement, une opération détaillants, une saison favorable? Ces facteurs gonflent le chiffre attribué.
- La proposition de doubler le budget ne suit pas, même si tout le reste était vrai. Les rendements sont décroissants: le second CHF 150 000 achète des contacts moins bien ciblés et une répétition supplémentaire sur des personnes déjà touchées. On ne peut pas extrapoler linéairement un résultat marginal.
Il manque enfin la comparaison au coût d'acquisition maximal admissible (11.5) et le nombre de clients acquis, qui n'a pas été présenté.
2. Avec un taux de marge de contribution de , la marge engendrée est CHF pour CHF 150 000 dépensés: le résultat brut est CHF, et le vrai multiplicateur n'est pas 6 mais . L'argument survit, mais il a perdu les deux tiers de sa force. Notez le seuil général: une campagne dont le ROAS est inférieur à (ici ) perd de l'argent même sur les chiffres bruts.
3. Il faut , soit
c'est-à-dire un taux d'incrémentalité d'au moins . Sur une campagne largement composée de reciblage et de requêtes de marque, une incrémentalité de cet ordre est loin d'être acquise: c'est précisément la question à laquelle il faut répondre avant de doubler quoi que ce soit.
4. Dispositif. Un groupe témoin tiré au sort (holdout): pour la prochaine vague, on exclut de la diffusion 15 % des individus ciblés, choisis au hasard, et on compare le taux d'achat des exposés et des témoins sur la période de campagne plus quatre semaines. Le tirage au sort est ce qui garantit que les deux groupes ne diffèrent en moyenne que par l'exposition, et c'est ce qui autorise l'interprétation causale (chapitre 3). Pour les leviers non adressables (affichage, radio), on double le dispositif d'un test géographique sur des régions appariées. On y ajoute un test spécifique sur les requêtes de marque: couper les annonces de marque dans les régions témoins et observer si les ventes se reportent simplement sur le résultat naturel — cas fréquent, et alors ce budget-là est presque entièrement gaspillé.
Coût et limites. Le coût direct est la couverture perdue sur 15 % de la cible, soit environ CHF 22 500 de diffusion, plus le temps d'analyse; le coût indirect est le délai, six à huit semaines. Limites: la puissance statistique — si l'effet vrai est petit, il faut beaucoup d'individus pour le détecter, et un test non concluant ne prouve pas l'absence d'effet; la contamination — un témoin peut voir la publicité sur un autre appareil ou en parler avec un exposé; et l'horizon — un test court ne mesure pas les effets de marque à long terme.
Recommandation. Ne pas doubler le budget. Reconduire la campagne au même niveau, avec un groupe témoin de 15 % et un test sur les requêtes de marque, et présenter au comité dans deux mois trois chiffres et non un: le nombre de ventes incrémentales, le coût d'acquisition incrémental et sa comparaison au . Si l'incrémentalité mesurée dépasse nettement , l'augmentation de budget sera défendable — mais par paliers, avec mesure à chaque palier, puisque rien ne garantit que le franc marginal vaille le franc moyen.
Références
- Kotler, P., Keller, K. L. et Manceau, D., Marketing management, 16e éd., Pearson France, Montreuil, chapitres sur la communication intégrée, la publicité et les médias numériques.
- Lendrevie, J. et Lévy, J., Mercator. Tout le marketing à l'ère de la data et du digital, 13e éd., Dunod, Paris, partie «Communication».
- Kotler, P. et Armstrong, G., Principes de marketing, Pearson, chapitres sur la stratégie de communication et le mix promotionnel.
- Nagle, T. et Müller, G., The Strategy and Tactics of Pricing, Routledge, pour l'articulation entre marge de contribution et budgets d'acquisition.
- Commission suisse pour la loyauté, Règles de la Commission Suisse pour la loyauté, Zurich (édition en vigueur); et Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, informations sur la nLPD, Berne.
- Loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD, RS 241), ordonnance sur l'indication des prix (OIP, RS 942.211), loi fédérale sur la radio et la télévision (LRTV, RS 784.40) et loi fédérale sur les produits du tabac (LPTab).