Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- expliquer pourquoi le prix est la seule composante du mix qui apporte des recettes, et chiffrer l'effet de levier d'une variation de prix sur le résultat;
- situer un prix entre ses bornes — le coût comme plancher, la valeur perçue comme plafond, les prix concurrents et les prix de référence du client entre les deux;
- convertir une marge sur coût en marge sur prix de vente et construire une cascade de prix complète, du prix de cession au prix public TTC;
- calculer la hausse de volume nécessaire pour compenser une remise, et le prix qui maximise le profit lorsque l'élasticité-prix est connue;
- construire une courbe d'acceptabilité à partir d'une enquête de prix psychologique et en discuter les limites;
- choisir entre écrémage et pénétration, argumenter une architecture de gamme, une offre groupée ou une différenciation tarifaire, et respecter le cadre juridique suisse de l'indication des prix.
Le prix, une variable à part
Quatre différences avec les autres composantes du mix
Les chapitres 7 et 8 ont décrit ce que l'entreprise offre; les chapitres 10 et 11 décriront comment elle le rend disponible et le fait connaître. Le prix occupe dans ce dispositif une place singulière, pour quatre raisons.
Il est la seule composante du mix qui apporte des recettes. Produit, distribution et communication sont des postes de coûts: on les finance. Le prix est ce qui, en retour, capte une partie de la valeur créée. Un plan marketing qui traite le prix en dernier, comme la conséquence arithmétique des trois autres politiques, met la charrue devant les bœufs.
Il est la variable la plus rapide à modifier. Changer une formule demande des mois, ouvrir un canal des trimestres, construire une notoriété des années; un prix se change en une nuit, et en ligne en quelques secondes. Cette souplesse est un atout en cas de choc (renchérissement des composants, appréciation du franc) et un piège, parce qu'elle rend la baisse trop facile à décider.
Il est la variable la plus facile à imiter. Un concurrent ne copiera ni un brevet ni une image construite en vingt ans, mais il alignera ses prix le lendemain matin. Une baisse de prix ne procure donc presque jamais d'avantage durable: quelques semaines d'avance, puis un marché entier dont le niveau de prix s'est abaissé.
Il est lui-même une information pour le client. Face à un produit qu'il ne peut pas évaluer avant l'achat — un vin, une consultation, un vélo électrique dont il ignore tout de la motorisation — le client utilise le prix comme indice de qualité. Le prix est donc un élément du positionnement au même titre que le nom de marque (chapitres 5 et 8).
L'effet de levier du prix
L'argument le plus convaincant en faveur d'une gestion sérieuse du prix est arithmétique. Reprenons les comptes de Cyclo Léman SA, notre fil rouge (fabricant de vélos électriques à Yverdon-les-Bains; entreprise fictive, chiffres construits pour l'exercice): chiffre d'affaires de CHF 18,4 millions, taux de marge brute de 38 %, charges fixes annuelles de CHF 5,1 millions.
La marge brute vaut millions, les charges variables millions, et le résultat
Supposons maintenant que la direction consente une baisse générale de 5 % sur ses tarifs, à volume inchangé. Les charges variables ne bougent pas — ce sont les mêmes 4 200 vélos qui sortent de l'atelier — mais le chiffre d'affaires tombe à millions. Le résultat devient million: il a été divisé par près de deux. Une erreur de 5 % sur le prix a déplacé le résultat de .
Comparons ce levier à celui des autres variables, en faisant varier chacune de 5 % dans le sens favorable:
| Levier actionné de 5 % | Résultat (millions CHF) | Variation du résultat |
|---|---|---|
| Situation initiale | 1,892 | — |
| Prix (volume constant) | 2,812 | |
| Coûts variables | 2,462 | |
| Volume | 2,242 | |
| Charges fixes | 2,147 |
Tableau 9.1 — Effet sur le résultat d'une variation de 5 % de chaque levier, Cyclo Léman SA. Le prix est, et de loin, le levier le plus puissant: il agit sur la recette sans rien coûter, tandis qu'une hausse de volume traîne avec elle ses charges variables.
Ce résultat n'a rien de propre à Cyclo Léman. Le rapport entre la variation relative du résultat et la variation relative du prix vaut ici : on parle d'un effet de levier du prix de l'ordre de dix. Plus le taux de marge nette est faible, plus le levier est élevé — c'est pourquoi les distributeurs alimentaires, dont la marge nette se compte en un ou deux pour-cent, surveillent leurs prix au centime.
Une entreprise dégage un chiffre d'affaires de CHF 10 millions, un taux de marge de contribution de 30 % et des charges fixes de CHF 2,4 millions. Elle consent une remise générale de 4 % à volume constant. Que devient son résultat?
Les bornes du prix
Un prix ne se choisit pas dans le vide: il se choisit dans un intervalle borné en bas par les coûts et en haut par la valeur perçue.
Le coût comme plancher
Cette distinction, que le cours de comptabilité analytique développe sous les termes de marge de contribution et de seuil de rentabilité, explique des décisions qui paraissent absurdes de l'extérieur. Une compagnie aérienne qui vend un siège CHF 39 alors que le coût complet du passager avoisine CHF 120 ne se ruine pas: l'avion part de toute façon et le coût variable d'un passager supplémentaire est de quelques francs. La même compagnie ferait faillite si elle vendait tous ses sièges à ce prix.
Le volume qui annule le résultat vérifie , soit . Pour Cyclo Léman, la recette moyenne par vélo vendu est de francs, tous canaux et toutes gammes confondus, et la marge de contribution moyenne de francs: le seuil se situe autour de vélos, contre 4 200 vendus. L'entreprise travaille environ 37 % au-dessus de son seuil, marge de sécurité que la baisse de prix de 5 % ci-dessus réduirait de moitié.
La valeur perçue comme plafond
Le chapitre 1 a défini la valeur perçue comme le rapport entre les bénéfices attendus (fonctionnels, symboliques, de service) et les coûts supportés (prix, effort, risque). Trois conséquences en découlent: le plafond n'est pas une caractéristique du produit mais du couple produit–client, ce qui fonde toute différenciation tarifaire; il se déplace, puisque tout ce qui augmente les bénéfices perçus (garantie de cinq ans, service de dépannage, marque rassurante) élève le prix acceptable; et il se mesure, imparfaitement mais réellement, par les méthodes exposées plus loin.
Entre les deux: concurrents et prix de référence
Entre plancher et plafond, deux repères structurent la décision. Les prix des concurrents délimitent la fourchette dans laquelle le client compare. Les prix de référence internes sont le prix «normal» que chaque client porte en mémoire pour la catégorie, formé par ses achats antérieurs, les prix affichés autour de lui et les promotions passées. Un prix qui s'en écarte trop sans justification visible est perçu comme cher — ou comme suspect. Cette référence est un actif fragile, que les rabais répétés érodent.
Fixer le prix par les coûts, correctement
La critique précédente ne condamne pas les coûts: elle condamne l'usage exclusif des coûts. Le coût reste indispensable — c'est lui qui dit si un prix est tenable. Encore faut-il le manier sans se tromper de dénominateur.
Coût plus marge, et le piège des deux marges
Deux entreprises disent «nous travaillons à 40 % de marge» et ne parlent pas de la même chose. L'une rapporte sa marge à son coût (mark-up), l'autre à son prix de vente (marge commerciale). L'écart est loin d'être anecdotique.
Démonstration. Par définition de , le prix s'écrit et la marge unitaire vaut . En reportant dans la définition de :
Pour la réciproque, on résout en : l'égalité donne , d'où dès que . Enfin, comme et , on a et donc .
| 20 % | 30 % | 40 % | 50 % | 60 % | 100 % | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 16,7 % | 23,1 % | 28,6 % | 33,3 % | 37,5 % | 50,0 % |
Tableau 9.2 — Conversion d'une marge sur coût en marge sur prix de vente. L'erreur classique consiste à vouloir 40 % de marge sur le prix et à multiplier le coût par 1,40: on obtient 28,6 % seulement. Pour obtenir 40 % sur le prix, il faut multiplier le coût par , c'est-à-dire appliquer une marge sur coût de 66,7 %.
Un détaillant applique une marge de 55 % sur son coût d'achat. Quelle est sa marge exprimée en pourcentage du prix de vente?
Du prix cible à la spirale de la mort
Une variante plus exigeante consiste à fixer le prix de manière à atteindre un objectif de rentabilité sur les capitaux engagés:
où désigne les charges fixes imputées à la ligne de produits, les capitaux investis et la rentabilité exigée.
Appliquons-la au Léman Trekking, avec un coût variable de CHF 2 470, des charges fixes imputées de CHF 1 141 000, des capitaux engagés de CHF 3,5 millions, une rentabilité exigée de 14 % et un volume prévu de 1 400 unités. Les charges fixes représentent francs par vélo et l'exigence de rentabilité francs, d'où francs.
La faiblesse de (9.4) saute aux yeux: elle prend pour une donnée alors que c'est une conséquence du prix. Si les ventes tombent à 1 000 unités, les mêmes charges fixes se répartissent sur moins de vélos ( francs par unité), l'exigence de rentabilité aussi ( francs), et la formule commande un prix de francs, soit 12,8 % de plus — ce qui fera vraisemblablement chuter les ventes davantage. C'est la spirale de la mort de la comptabilité par imputation: on ne peut sortir de la circularité qu'en estimant la demande, donc en revenant au client.
Fixer le prix par la demande
Ce que le cours de microéconomie a déjà établi
La sensibilité de la demande au prix se mesure par l'élasticité-prix
c'est-à-dire la variation en pourcentage de la quantité provoquée par une hausse de 1 % du prix. Le chapitre 3 du cours de microéconomie en donne la définition rigoureuse, la méthode du point milieu pour un arc, les cinq déterminants (substituts, définition du marché, part du budget, caractère de nécessité, horizon temporel), le comportement de l'élasticité le long d'une demande linéaire, la famille à élasticité constante et la règle de la recette totale . Nous ne redémontrons rien de tout cela; nous en tirons les deux conséquences qui appartiennent en propre au marketing.
La première nuance est essentielle. La règle de la recette totale répond à la question «que devient mon chiffre d'affaires?». Le responsable marketing pose une question différente: «que devient ma marge?» — et la réponse est bien plus sévère, parce qu'une remise s'impute intégralement sur la marge alors qu'elle ne réduit le chiffre d'affaires que d'un pourcentage.
Combien de volume faut-il pour compenser une remise?
Démonstration. La marge de contribution totale initiale vaut . Après la baisse, le prix est , la marge unitaire et le volume , d'où . L'égalité s'écrit
et comme par hypothèse, on peut diviser: . En divisant numérateur et dénominateur par , il vient . Si , la marge unitaire après remise est nulle ou négative et aucune quantité positive ne peut rétablir . Le cas de la hausse s'obtient en remplaçant par : , dont la valeur absolue est (9.7).
| Taux de remise | ||||
|---|---|---|---|---|
| 5 % | ||||
| 10 % | ||||
| 15 % | ||||
| 20 % | impossible | |||
| 25 % | impossible |
Tableau 9.3 — Hausse de volume nécessaire pour qu'une remise soit neutre sur la marge. La lecture managériale tient en une phrase: une remise de 10 % sur un produit à 30 % de marge exige 50 % de volume supplémentaire. Personne n'obtient 50 % de volume supplémentaire en changeant seulement une étiquette de prix. C'est pourquoi la plupart des remises consenties «pour faire du volume» détruisent de la marge sans jamais la reconstituer.
Le corollaire (9.7) est tout aussi utile et beaucoup moins connu, parce qu'il rassure au lieu d'inquiéter: pour la même structure de marge (30 %), une hausse de prix de 10 % reste neutre tant que l'entreprise ne perd pas plus de de son volume. Le prix travaille donc de façon asymétrique: on perd vite en baissant, on tient longtemps en montant.
Un produit dégage un taux de marge de contribution de 35 %. Le service commercial propose une remise de 8 %. De combien (en pour-cent) le volume doit-il augmenter pour que la marge totale soit inchangée?
Le prix qui maximise le profit
Le théorème 9.2 dit si une variation de prix est neutre; il ne dit pas quel prix est le meilleur. Pour cela, il faut un modèle de demande. Le plus commode est celui à élasticité constante, dont le cours de microéconomie a montré qu'il est le seul compatible avec une élasticité indépendante du prix.
Démonstration. Écrivons et dérivons par rapport à (règle du produit et dérivée d'une puissance, cours d'Analyse I):
Comme pour , la dérivée s'annule si et seulement si , soit
Comme , on a et : le quotient est positif et . Le crochet est une fonction affine de de pente : il est positif avant et négatif après, donc croît puis décroît et est bien un maximum. Le taux de marge s'en déduit: , donc
Enfin, si , alors et le crochet est positif pour tout : le profit est strictement croissant et aucun maximum intérieur n'existe.
La relation (9.9) est l'indice de Lerner, que le cours de microéconomie introduit dans la théorie du monopole: le taux de marge optimal est l'inverse de l'élasticité, en valeur absolue. Elle transforme une question de marketing en question d'estimation: à quelle élasticité fait-on face?
| Élasticité | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Prix optimal (CHF), | 3 293 | 3 705 | 4 117 | 4 940 | 7 410 |
| Taux de marge optimal | 25,0 % | 33,3 % | 40,0 % | 50,0 % | 66,7 % |
Tableau 9.4 — Prix optimal du Léman Trekking selon l'élasticité supposée. La lecture managériale est double. D'une part, le prix optimal ne dépend pas des charges fixes: celles-ci décalent le profit vers le bas sans déplacer son maximum. Une entreprise qui augmente ses prix «parce que ses frais généraux ont augmenté» applique une règle comptable, pas une règle de maximisation. D'autre part, la sensibilité du résultat à l'estimation de est considérable: passer d'une hypothèse de à déplace le prix optimal de plus de CHF 400. Le travail d'estimation de la demande (chapitre 3) est donc la contrepartie indispensable de ces formules.
Fixer le prix par le client et par la concurrence
Mesurer la disposition à payer
Les théorèmes précédents supposent connues la marge et l'élasticité. Reste à les obtenir. Quatre familles de méthodes, de la plus fruste à la plus rigoureuse, sont exposées en détail au chapitre 3.
- La question directe («combien seriez-vous prêt à payer?») est la plus employée et la moins fiable: le répondant n'a aucune raison de dire la vérité, et souvent pas de réponse en tête avant qu'on la lui demande. Exploratoire seulement.
- L'échelle de Gabor-Granger présente successivement des prix tirés au hasard dans une fourchette et enregistre pour chacun l'intention d'achat; on en tire une courbe de demande agrégée, donc une élasticité.
- La méthode du prix psychologique (dite de Stoetzel, développée par Adam) pose deux questions: au-dessus de quel prix jugeriez-vous ce produit trop cher, et en dessous de quel prix douteriez-vous de sa qualité? Elle capture l'idée que le prix est aussi un signal, et livre une fourchette plutôt qu'un point.
- L'analyse conjointe (chapitre 3) fait choisir entre des offres complètes décrites par plusieurs attributs, dont le prix. C'est la méthode de référence, parce qu'elle place le prix dans un arbitrage réaliste au lieu de l'isoler.
La courbe d'acceptabilité
S'aligner sur la concurrence, ou pas
La troisième source d'information est le marché lui-même. L'alignement concurrentiel consiste à fixer son prix par rapport à celui d'un concurrent de référence. Sa justification n'est pas la paresse: sur un marché où les produits sont peu différenciés et les prix très visibles (carburants, grande consommation, billets d'avion), le prix du concurrent est une information sur la demande que l'on n'a pas les moyens d'obtenir autrement.
Ses limites sont sérieuses. S'aligner, c'est laisser un tiers décider de sa marge alors que sa structure de coûts diffère de la nôtre; c'est aussi entrer dans un jeu où la baisse de l'un appelle la baisse de l'autre, jusqu'à la guerre des prix — dont la théorie des jeux, au cours de microéconomie, montre qu'elle est un équilibre parfaitement rationnel et parfaitement destructeur. Enfin, le prix de référence externe communiqué par le marché (prix affiché du concurrent, prix barré, «prix conseillé») influence directement l'évaluation: un même prix de CHF 2 990 paraît élevé à côté d'un concurrent à CHF 2 490 et modéré à côté d'un concurrent à CHF 3 490. Le choix du point de comparaison offert au client fait donc partie de la politique de prix.
Le prix comme signal de qualité
Le modèle standard veut que la demande décroisse avec le prix. Trois mécanismes documentés le contredisent partiellement. L'inférence de qualité d'abord: lorsque le client ne peut pas juger le produit avant l'achat (vin, service juridique, matelas, appareil médical), il utilise le prix comme indice, et un prix trop bas déclenche un doute — c'est exactement ce que mesure la seconde question de la méthode de Stoetzel, et pourquoi la courbe d'acceptabilité s'effondre à gauche autant qu'à droite. L'effet de snobisme ensuite: l'utilité tirée d'un bien décroît quand le nombre de personnes qui le possèdent augmente. L'effet Veblen enfin, du nom de Thorstein Veblen, qui décrivait en 1899 la «consommation ostentatoire»: pour certains biens de statut, le prix élevé est le bénéfice recherché, puisqu'il rend la dépense visible; sur ces segments, une hausse de prix peut accroître la demande. L'horlogerie de luxe suisse en offre l'illustration la plus nette.
Trois précautions cependant. Ces effets sont locaux (ils opèrent sur une plage de prix, pas indéfiniment), conditionnels à la crédibilité du signal — un prix élevé sans marque, sans distribution sélective et sans qualité réelle ne signale rien et réduit simplement les ventes — et minoritaires: pour l'immense majorité des biens, y compris les vélos électriques, la demande décroît bel et bien avec le prix.
Explorateur de prix: marge, volume et résultat
La demande est isoélastique et calibrée sur un point de référence déclaré: 4 200 vélos vendus à CHF 3 990. Déplacez le prix, le coût variable, l'élasticité et les charges fixes: la courbe de profit se déforme et le prix optimal p* = cv ε/(1 + ε) se déplace. Lorsque l'élasticité est supérieure à −1, la demande est inélastique et le modèle n'a pas d'optimum intérieur.
Les stratégies de prix
Écrémage ou pénétration
Ces deux stratégies ne sont pas affaire de tempérament: leurs conditions économiques sont précises et vérifiables.
L'écrémage se justifie lorsque (i) la demande est peu élastique dans les segments visés, parce que le produit est nouveau, différencié et sans substitut proche; (ii) l'effet d'expérience est faible (chapitre 6), de sorte que rien ne récompense la conquête rapide de parts de marché; (iii) la capacité de production est limitée, ce qui rend une demande massive ingérable; (iv) le risque d'imitation est faible, grâce à un brevet, un savoir-faire ou une marque. Son avantage est souvent décisif: il permet de descendre ensuite, alors que remonter un prix est presque impossible.
La pénétration se justifie dans la configuration symétrique: demande élastique, effet d'expérience marqué, économies d'échelle, capacité disponible et menace d'imitation qui rend la course au volume urgente. Elle suppose des reins solides, le résultat étant négatif pendant la phase de conquête.
Nespresso illustre les deux logiques à la fois: prix élevé et stable sur la capsule (écrémage sur le consommable, protégé par le système fermé et la marque), machines vendues à prix agressif pour installer le parc. C'est la structure du «rasoir et des lames»: une pénétration sur un produit, un écrémage sur l'autre.
Les prix de gamme et l'effet de leurre
Le prix d'une référence se choisit dans l'architecture de la gamme (chapitre 7). Le prix d'appel doit être assez bas pour faire entrer le client, sans détruire la crédibilité du haut de gamme. Les écarts entre niveaux doivent être perceptibles et justifiés par des différences visibles: trop faibles, ils ne font pas monter en gamme; trop forts, ils laissent un trou où s'installe un concurrent. Le haut de gamme joue un rôle d'ancrage: peu vendu, il rend le milieu de gamme raisonnable.
L'architecture à trois niveaux exploite un biais documenté au chapitre 4, l'effet de leurre (decoy effect): l'attractivité relative de deux options change lorsqu'on ajoute une troisième option dominée par l'une d'elles. Trois vélos à CHF 2 990, CHF 4 290 et CHF 6 490 ne se comparent pas comme deux vélos à CHF 2 990 et CHF 4 290: la présence du Cargo fait paraître le Trekking modéré et déplace une partie de la demande vers le milieu de gamme. Le mécanisme est efficace; il devient manipulatoire lorsque le troisième niveau n'existe que pour être écarté. La limite éthique est simple: un niveau de gamme doit être une offre réelle, vendue à des clients réels.
Les prix promotionnels et le prix de référence
Une promotion est une baisse de prix temporaire destinée à provoquer un achat immédiat. Elle déplace des achats dans le temps plutôt qu'elle n'en crée; elle érode le prix de référence interne, puisqu'un client exposé à des rabais répétés apprend le prix promotionnel comme prix normal et n'achète plus qu'en promotion (mécanisme visible dans l'électroménager et le mobilier); et elle attire les segments les plus sensibles au prix, c'est-à-dire les moins fidèles.
Son usage défendable est étroit: écouler une fin de série, faire essayer un produit nouveau, répondre ponctuellement à une action concurrente. Le test chiffré est celui du théorème 9.2, appliqué à la marge incrémentale, en déduisant les ventes qui auraient eu lieu de toute façon.
Le bundling: agréger des dispositions à payer hétérogènes
Pourquoi grouper augmente-t-il la recette? Parce que le groupage réduit la dispersion des dispositions à payer, et qu'un vendeur qui ne peut afficher qu'un seul prix capte d'autant plus de valeur que les clients se ressemblent. Prenons deux accessoires de Cyclo Léman — un antivol connecté et un abonnement d'un an à l'application de suivi — et deux clients dont les dispositions à payer annuelles sont:
| Antivol connecté | Application | Total | |
|---|---|---|---|
| Client A (pendulaire) | CHF 120 | CHF 40 | CHF 160 |
| Client B (cycliste de loisir) | CHF 50 | CHF 110 | CHF 160 |
En vente séparée, l'antivol se vend au mieux CHF 120 (un seul acheteur, A) ou CHF 50 (deux acheteurs, soit CHF 100): le meilleur prix est CHF 120. Symétriquement, l'application rapporte au mieux CHF 110. Recette totale: CHF 230. En offre groupée à CHF 160, les deux clients achètent, puisque chacun valorise le lot exactement à CHF 160: recette CHF 320, soit 39 % de plus, sans changer un centime aux produits. Le mécanisme est visible dans le tableau — les dispositions à payer sont négativement corrélées, si bien que leur somme est identique pour les deux clients. Le groupage a transformé deux clients très différents en deux clients identiques, que le vendeur peut servir avec un seul prix.
La logique se retrouve dans l'abonnement général des CFF, les forfaits de télécommunication, les suites logicielles ou les menus de restauration rapide. Elle a ses limites: si les dispositions à payer sont positivement corrélées, le groupage ne gagne rien; et si un produit a un coût variable élevé, le lot le vend à des clients qui n'en veulent pas, en pure perte. L'exercice 9.5 compare les trois politiques sur un cas complet.
Différenciation tarifaire et yield management
Vendre le même produit à des prix différents selon le client est la façon la plus directe d'exploiter l'hétérogénéité des dispositions à payer. Le cours de microéconomie traite ce sujet sous le nom de discrimination par les prix et en donne les conditions: pouvoir de marché, segments identifiables aux élasticités différentes, impossibilité d'arbitrage entre segments.
Le marketing en retient les formes opérationnelles: différenciation selon le client (tarifs étudiants, AVS, familles), le moment (heures creuses, saison, billets dégriffés), le lieu, la quantité (dégressifs, abonnements) ou la version (classe économique et classe affaires). Le yield management des compagnies aériennes, de l'hôtellerie et de plus en plus des remontées mécaniques suisses en est la forme la plus élaborée: il ajuste en continu le nombre de places offertes à chaque tarif selon le remplissage observé, pour vendre une capacité périssable au meilleur prix.
La condition de non-arbitrage est celle qui échoue le plus souvent: elle exige une barrière crédible et défendable — carte d'étudiant, réservation à l'avance, non-remboursabilité. Une barrière artificielle est perçue comme arbitraire, et l'iniquité perçue coûte plus cher que le supplément gagné.
Les prix dynamiques et leurs limites
Le commerce en ligne permet de faire varier un prix en temps réel selon la demande, les stocks ou le prix des concurrents. La tarification dynamique est légitime lorsqu'elle repose sur des paramètres objectifs et vérifiables (remplissage d'un vol, heure d'un trajet). Elle devient problématique lorsqu'elle vise l'individu — prix ajusté au type d'appareil, à la localisation ou à l'historique de navigation — et se heurte alors à trois obstacles: le sentiment d'injustice, qui se retourne durablement contre la marque dès qu'il est révélé; la comparabilité des prix en ligne, qui rend la découverte quasi certaine; et la loi sur la protection des données (nLPD). La règle pratique est celle de la transparence: un prix dont on ne pourrait pas expliquer publiquement la logique ne devrait pas être appliqué.
Une PME suisse lance un produit innovant, protégé par un brevet, avec une capacité de production limitée et un effet d'expérience faible. Remettez dans l'ordre les étapes d'une décision de prix de lancement rigoureuse.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Choisir entre écrémage et pénétration à partir de l'élasticité estimée, de l'effet d'expérience, de la capacité et du risque d'imitation
- Prévoir le calendrier de baisse et le volume nécessaire pour compenser chaque palier de remise
- Mesurer la disposition à payer des segments visés (analyse conjointe ou Gabor-Granger) et relever les prix des offres concurrentes
- Estimer le coût variable unitaire et le coût de revient complet au volume envisagé, pour connaître le plancher
- Fixer le prix de lancement et vérifier par le théorème 9.3 quelle élasticité il suppose
- Contrôler la conformité de l'affichage: prix TTC, mentions de rabais et prix comparatifs
Le cadre suisse
La liberté de fixer ses prix est en Suisse une liberté encadrée. Quatre corps de règles concernent directement le responsable marketing.
L'indication des prix
L'ordonnance sur l'indication des prix (OIP) impose au commerce de détail d'indiquer le prix effectivement à payer, en francs suisses, taxes et redevances comprises: le prix affiché est un prix TTC, TVA et taxes anticipées de recyclage incluses, et cela vaut aussi en publicité. L'ordonnance impose également, pour de nombreux biens de consommation courante, l'indication du prix unitaire (au kilogramme, au litre, au mètre), qui rend comparables des conditionnements différents — c'est ce qui permet de constater qu'un grand format n'est pas toujours le moins cher au kilo.
Elle encadre en outre les annonces de rabais et les prix comparatifs. Un prix barré doit correspondre à un prix réellement pratiqué par le vendeur lui-même immédiatement auparavant, pendant une durée comparable à celle de l'action, les règles de la Commission suisse pour la loyauté précisant cette pratique: on ne peut ni comparer avec un prix jamais appliqué, ni prolonger indéfiniment une «action». Un rabais annoncé en pour-cent doit se rapporter à ce prix de référence, et non à un prix de catalogue théorique.
L'«îlot de cherté» et les prix par pays
Les niveaux de prix suisses dépassent nettement ceux des pays voisins — de l'ordre de 30 à 60 % selon les catégories, d'après les comparaisons de niveaux de prix publiées par l'OFS et Eurostat. Une partie de l'écart s'explique par des coûts réels (salaires, loyers, densité du réseau de vente, étiquetage trilingue), une autre par la disposition à payer plus élevée d'un marché à haut pouvoir d'achat, que les fournisseurs internationaux exploitent en pratiquant des prix par pays — le «supplément Suisse».
Le droit suisse ne fixe pas de prix, et une différenciation par pays n'est pas illicite en soi. Ce qui est visé, ce sont les entraves qui empêchent l'acheteur suisse d'aller chercher le prix étranger: refus de livrer, cloisonnement des canaux, blocage géographique. Depuis le 1er janvier 2022, la LCD interdit le géoblocage privé discriminant la clientèle suisse dans le commerce en ligne (art. 3a). Le tourisme d'achat, surtout numérique, a par ailleurs fait le travail que le droit ne faisait pas: comparaison instantanée et livraison transfrontalière ont comprimé les écarts sur les biens facilement transportables — électronique, textile, cosmétique — beaucoup plus que sur les services et l'alimentation. L'abaissement de la franchise-valeur pour les achats privés à l'étranger, ramenée à CHF 150 depuis 2025, va dans le sens inverse pour les achats physiques.
Enfin, la TVA au taux normal de 8,1 % (2,6 % pour les denrées alimentaires, médicaments, livres et journaux; 3,8 % pour l'hébergement) s'insère dans la cascade de prix comme le montre l'exemple 9.1: elle porte sur le prix hors taxe, ne constitue jamais une recette pour l'entreprise assujettie, et représente du prix affiché.
Parmi les pratiques suivantes, lesquelles sont conformes au droit suisse?
Plusieurs réponses possibles
Synthèse
- Le prix est la seule composante du mix qui apporte des recettes, la plus rapide à modifier et la plus facile à imiter. Son effet de levier sur le résultat est de l'ordre de dix: chez Cyclo Léman, une baisse de 5 % à volume constant ampute le résultat de 48,6 %.
- Tout prix se situe entre un plancher (coût variable à court terme, coût de revient complet à long terme) et un plafond (valeur perçue maximale), avec les prix concurrents et les prix de référence du client entre les deux. Fixer le prix par les seuls coûts garantit une marge, ignore le client et devient circulaire dès que le volume dépend du prix.
- Marge sur coût et marge sur prix ne sont pas la même chose: . Une marge de 40 % sur le coût n'en fait que 28,6 % sur le prix de vente. La cascade complète va du coût industriel au prix public TTC, TVA à 8,1 % comprise.
- Une remise de sur un produit à taux de marge exige une hausse de volume de : 10 % de remise à 30 % de marge demandent 50 % de volume en plus, et aucune quantité ne compense une remise égale au taux de marge. Symétriquement, une hausse de 10 % tolère une perte de volume de .
- À élasticité constante , le prix qui maximise le profit est et le taux de marge optimal vaut (indice de Lerner): il ne dépend pas des charges fixes. Lu à l'envers, tout prix pratiqué révèle l'élasticité que l'on suppose.
- Les méthodes de mesure de la disposition à payer (Gabor-Granger, prix psychologique, analyse conjointe) livrent une fourchette, pas un point; le maximum d'une courbe d'acceptabilité maximise le nombre d'acheteurs, non la marge, et se situe presque toujours en dessous du prix optimal.
- Écrémage et pénétration se choisissent sur des critères vérifiables (élasticité, effet d'expérience, capacité, risque d'imitation); le groupage exploite la corrélation négative des dispositions à payer; les promotions érodent le prix de référence interne. En Suisse, l'OIP impose l'affichage TTC et encadre les rabais, la LCD sanctionne les prix trompeurs et le géoblocage, la COMCO interdit ententes et prix de revente imposés.
Série d'exercices du chapitre 9
Exercice 1 sur 5Un importateur annonce qu'il travaille «avec 25 % de marge». Que peut-on en conclure avec certitude?
Une remise de 10 % est-elle défendable?
Cyclo Léman vend le Léman Trekking CHF 3 990 hors taxe aux détaillants, pour un coût variable unitaire de CHF 2 470. Un grand distributeur demande une remise de 10 % en échange d'un référencement national. Vous devez évaluer cette demande avant le comité de direction. On raisonne à structure de coûts inchangée.
- 1
La marge de contribution unitaire
La marge de contribution est la différence entre le prix et le coût variable unitaire: c'est elle, et non le prix, qui finance les charges fixes et le résultat.
ExerciceQuelle est la marge de contribution unitaire (en CHF) au prix actuel?
Le volume additionnel nécessaire
L'élasticité que cela suppose
La décision
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Cyclo Léman produit une sacoche de transport pour un coût variable unitaire de CHF 68 et applique une marge de 45 % sur ce coût pour fixer son prix de cession aux détaillants. Les détaillants visent une marge de 40 % sur leur prix de vente hors taxe. La TVA est de 8,1 %.
- Calculez le prix de cession hors taxe et exprimez la marge du fabricant en pourcentage du prix de cession.
- Calculez le prix public hors taxe, puis le prix public TTC.
- Le service marketing veut afficher un prix psychologique de CHF 179. Quelle marge, en pourcentage de son prix de vente hors taxe, le détaillant réalise-t-il alors?
- Quelle part du prix payé par le client revient à la TVA? Expliquez pourquoi ce n'est pas 8,1 %.
Solution
1. Prix de cession: francs. La marge unitaire vaut francs, soit
ce que confirme le théorème 9.1: .
2. Le prix de cession représente du prix public hors taxe:
3. À CHF 179 TTC, le prix hors taxe vaut francs. La marge du détaillant devient francs, soit
L'arrondi au prix psychologique de CHF 179 offre donc au détaillant un demi-point de marge supplémentaire — argument utile en négociation.
4. La TVA vaut francs, soit du prix payé. Ce n'est pas 8,1 % parce que le taux s'applique au prix hors taxe: la part de la taxe dans le prix TTC vaut . Confondre les deux revient à surestimer la TVA d'environ 8 % de son montant.
Le Léman Cargo est cédé aux détaillants CHF 3 850 hors taxe pour un coût variable unitaire de CHF 2 560. Le volume annuel est de 520 unités.
- Calculez la marge de contribution unitaire, le taux de marge de contribution et la marge de contribution totale.
- Un détaillant demande une remise de 12 %. Quelle hausse de volume, en pour-cent puis en unités, faudrait-il pour que la marge totale soit inchangée?
- La direction envisage au contraire une hausse de 6 % du prix de cession. Quel pourcentage de volume Cyclo Léman peut-elle perdre sans que la marge totale ne diminue? Combien d'unités cela représente-t-il?
- Commentez l'asymétrie entre les questions 2 et 3, et dites quelle information il faudrait pour trancher.
Solution
1. francs; ; marge totale francs.
2. La remise vaut francs, d'où
Le volume devrait passer de 520 à unités, soit 290 vélos cargo de plus. Formulé ainsi, l'ordre de grandeur parle de lui-même: il faudrait vendre une fois et demie le volume actuel pour ne rien gagner.
3. La hausse vaut francs et porte la marge unitaire à francs. D'après (9.7),
soit une perte tolérable de unités; le volume peut descendre jusqu'à 441 vélos. Vérification: francs.
4. L'asymétrie est structurelle: une baisse de prix ampute la marge unitaire (dénominateur , qui diminue) alors qu'une hausse l'augmente (dénominateur ). Le vendeur perd donc vite en baissant et tient longtemps en montant. Pour trancher, il faut une estimation de l'élasticité-prix: la remise n'est justifiée que si , la hausse est gagnante si . Sur un produit de niche comme un vélo cargo, sans substitut direct, la seconde hypothèse est de loin la plus plausible: c'est donc la hausse, et non la remise, qu'il faut instruire.
Le Léman Urbain est cédé aux détaillants CHF 1 850 hors taxe, pour un coût variable unitaire de CHF 1 295 et un volume annuel de 2 400 unités. Le service des études estime une demande isoélastique, , calibrée sur ce point de référence.
- Pour , calculez le prix optimal, le taux de marge à l'optimum et le volume qui en résulte.
- Calculez la marge de contribution totale au prix actuel et au prix optimal, et le gain.
- Refaites la question 1 avec . Que constatez-vous?
- L'entreprise applique le prix optimal calculé pour alors que la vraie élasticité est . Chiffrez la perte relative de marge par rapport à ce qu'elle aurait obtenu avec la bonne hypothèse, et tirez-en une règle de prudence.
Solution
1. francs. Taux de marge: . Volume:
2. Au prix actuel: francs. Au prix optimal: francs. Le gain est de francs, soit — obtenu en vendant un millier de vélos de moins. C'est le contre-intuitif du prix: la marge ne suit pas le volume.
3. francs, taux de marge . Le prix optimal est cette fois presque exactement le prix pratiqué (CHF 1 850): la marge passerait de à francs, un gain de . Autrement dit, le prix actuel est optimal si et nettement trop bas si : tout dépend de l'estimation.
4. Si la vraie élasticité est et que l'on applique CHF 2 374,17, le volume tombe à unités et la marge à francs, contre francs au prix optimal correspondant: une perte de francs, soit .
La règle de prudence en découle. La formule (9.8) est très sensible à , d'autant plus que est proche de : le facteur vaut 1,83 pour mais 1,45 pour . En pratique, on ne l'applique jamais seule: on calcule un intervalle de prix optimaux pour un intervalle plausible d'élasticités (ici CHF 1 884 à CHF 2 374), et l'on avance par paliers — une hausse de 5 %, mesure de l'effet réel sur les volumes, réestimation, palier suivant. Un test de prix réel vaut mieux qu'une décimale de plus sur .
Cyclo Léman teste un casque connecté auprès de 250 cyclistes. Chaque répondant indique le prix au-delà duquel il jugerait le casque trop cher et le prix en dessous duquel il douterait de sa qualité. Les effectifs sont les suivants (le coût variable du casque est de CHF 62):
| Prix TTC | 90 | 120 | 150 | 180 | 210 | 240 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| «Trop cher au-delà de» | 5 | 20 | 45 | 70 | 60 | 50 |
| «Qualité insuffisante en dessous de» | 70 | 80 | 50 | 30 | 15 | 5 |
- Construisez les deux cumuls et la courbe d'acceptabilité (en pour-cent). On considère qu'au prix , jugent «trop cher» les répondants dont le plafond déclaré est strictement inférieur à , et «de qualité insuffisante» ceux dont le plancher déclaré est strictement supérieur à .
- Quel est le prix psychologique?
- Calculez, pour chaque prix testé, la marge de contribution attendue sur les 250 répondants, et déterminez le prix qui la maximise.
- Quel prix recommandez-vous, et quelles limites de la méthode signalez-vous au comité?
Solution
1. Cumul croissant des plafonds et cumul décroissant des planchers, rapportés à 250 répondants:
| Prix TTC | Trop cher | Qualité insuffisante | Acceptabilité |
|---|---|---|---|
| 90 | 0 % | 72 % | 28 % |
| 120 | 2 % | 40 % | 58 % |
| 150 | 10 % | 20 % | 70 % |
| 180 | 28 % | 8 % | 64 % |
| 210 | 56 % | 2 % | 42 % |
| 240 | 80 % | 0 % | 20 % |
Détail du premier cumul: à CHF 120, les plafonds strictement inférieurs sont les 5 répondants du niveau 90, soit ; à CHF 150, ; et ainsi de suite. Pour le second, à CHF 150 les planchers strictement supérieurs sont , soit .
2. Le prix psychologique est CHF 150, avec 70 % d'acceptabilité.
3. Marge de contribution attendue :
| Prix TTC | 90 | 120 | 150 | 180 | 210 | 240 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Marge attendue (CHF) | 1 960 | 8 410 | 15 400 | 18 880 | 15 540 | 8 900 |
Le maximum est atteint à CHF 180: l'acceptabilité perd 6 points mais la marge unitaire gagne 30 francs, et le produit des deux augmente de 23 %.
4. Je recommande un prix affiché de CHF 179 — le maximum de marge, ajusté à un prix à terminaison psychologique. Trois limites doivent être signalées au comité. D'abord, l'enquête est déclarative: aucun répondant n'a sorti sa carte, et l'écart entre intention et achat est systématiquement défavorable. Ensuite, elle est sans concurrence: les deux questions ne mentionnent aucune offre rivale, alors que le client réel comparera. Enfin, la grille est grossière: six niveaux espacés de 30 francs, et le vrai maximum se situe quelque part entre CHF 150 et CHF 210; il faudrait tester CHF 165 et CHF 195 avant de trancher, ou mieux, conduire un test de prix réel sur la boutique en ligne.
Cyclo Léman commercialise deux services annuels: A, l'abonnement à l'application de suivi et d'antivol connecté, et B, la garantie étendue avec assistance. Leur coût variable est négligeable. Quatre clients représentatifs, en proportions égales dans la base, ont les dispositions à payer annuelles suivantes (en CHF):
| Client | A | B | A + B |
|---|---|---|---|
| C1 | 100 | 0 | 100 |
| C2 | 0 | 100 | 100 |
| C3 | 60 | 60 | 120 |
| C4 | 90 | 90 | 180 |
On suppose qu'un client achète dès que le prix est inférieur ou égal à sa disposition à payer, et qu'il choisit l'option qui lui laisse le plus grand surplus.
- Vente séparée. Déterminez le meilleur prix de A, le meilleur prix de B et la recette totale.
- Offre groupée pure (le lot seulement). Déterminez le meilleur prix du lot et la recette totale.
- Offre groupée mixte (le lot à CHF 120, A seul et B seul à CHF 100). Déterminez ce que choisit chaque client et la recette totale.
- Classez les trois politiques, expliquez le mécanisme économique qui les sépare, et dites dans quel cas le groupage ne rapporterait rien.
- Que changerait un coût variable de CHF 40 par an sur le service B?
Solution
1. Vente séparée. Pour A, les dispositions à payer sont :
| Prix de A | 100 | 90 | 60 |
|---|---|---|---|
| Acheteurs | 1 | 2 | 3 |
| Recette | 100 | 180 | 180 |
Le meilleur prix est CHF 90 (ou CHF 60), pour une recette de CHF 180. Par symétrie, B rapporte également CHF 180. Recette totale: CHF 360.
2. Offre groupée pure. Les dispositions à payer pour le lot sont :
| Prix du lot | 180 | 120 | 100 |
|---|---|---|---|
| Acheteurs | 1 | 2 | 4 |
| Recette | 180 | 240 | 400 |
Le meilleur prix est CHF 100 pour une recette de CHF 400, soit 11 % de plus que la vente séparée.
3. Offre groupée mixte (lot CHF 120, A seul CHF 100, B seul CHF 100). Surplus de chaque client:
| Client | A seul | B seul | Lot | Choix | Paie |
|---|---|---|---|---|---|
| C1 | A seul | 100 | |||
| C2 | B seul | 100 | |||
| C3 | lot | 120 | |||
| C4 | lot | 120 |
Recette totale: CHF 440.
4. Classement et mécanisme. Groupage mixte (440) groupage pur (400) vente séparée (360).
Le groupage fonctionne parce que les dispositions à payer de C1 et C2 sont négativement corrélées: chacun ne valorise qu'un service. En vente séparée, le vendeur doit choisir entre servir peu de clients cher ou beaucoup de clients bon marché; en groupant, il fait disparaître la dispersion (C1 et C2 valorisent tous deux le lot à CHF 100) et peut fixer un prix unique qui capte davantage. Le groupage mixte fait mieux encore parce qu'il rétablit une option pour les clients spécialisés: C1 et C2, qui n'auraient acheté le lot qu'à CHF 100, paient CHF 100 pour un seul service, ce qui laisse le lot à CHF 120 pour C3 et C4.
Le groupage ne rapporterait rien si les dispositions à payer étaient positivement corrélées — par exemple si les mêmes clients valorisaient fortement les deux services et les mêmes autres faiblement les deux. Le lot aurait alors la même dispersion relative que les produits pris isolément, et le prix unique buterait sur le même arbitrage.
5. Avec un coût variable de CHF 40 sur B. Le raisonnement passe de la recette à la marge, et le groupage pur devient beaucoup moins attrayant: à CHF 100, il vend B à C1 qui ne le valorise pas du tout, ce qui coûte CHF 40 en pure perte. La marge du groupage pur tombe à francs. La vente séparée donne francs si B est vendu à CHF 90 à deux clients. Le groupage mixte, lui, garde l'avantage: francs. C'est la règle générale — plus le coût variable d'un composant est élevé, moins le groupage pur est intéressant, parce qu'il force la livraison d'un service à des clients qui n'en veulent pas.
Références
- Nagle, T. T. et Müller, G., The Strategy and Tactics of Pricing, 6e éd., Routledge, New York, chap. 1 à 4 (fixation par la valeur, effet de levier du prix, volume de compensation).
- Kotler, P., Keller, K. L. et Manceau, D., Marketing management, 16e éd., Pearson, Montreuil, chapitre sur l'élaboration de la politique de prix.
- Lendrevie, J. et Lévy, J., Mercator. Tout le marketing à l'ère digitale, 13e éd., Dunod, Paris, partie consacrée à la politique de prix (méthode du prix psychologique, prix de gamme).
- Simon, H. et Fassnacht, M., Price Management: Strategy, Analysis, Decision, Implementation, Springer, Cham (traitement quantitatif complet, avec les modèles de demande et le yield management).
- Ordonnance sur l'indication des prix (OIP) et loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD); loi sur les cartels (LCart), art. 5; publications de la Surveillance des prix et de la Commission de la concurrence, Berne.
- Office fédéral de la statistique (OFS), Comparaison des niveaux de prix entre la Suisse et l'Union européenne, et Indice suisse des prix à la consommation, Neuchâtel, résultats annuels.