Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- écrire la somme partielle comme une convolution avec le noyau de Dirichlet , et expliquer à partir de la forme de pourquoi la convergence est une affaire délicate;
- énoncer le théorème de Dirichlet et prédire la valeur de la série de Fourier en tout point, y compris en un point de saut, où elle vaut la demi-somme des limites à gauche et à droite;
- décrire quantitativement le phénomène de Gibbs: le dépassement près d'un saut ne s'annule pas, il tend vers de la hauteur du saut, et c'est la convergence uniforme, non la convergence ponctuelle, qui est en défaut;
- relier la vitesse de décroissance des coefficients à la régularité de (saut: ; point anguleux: ) et en déduire le nombre de termes nécessaires à une précision donnée;
- démontrer l'inégalité de Bessel et l'identité de Parseval pour un polynôme trigonométrique, énoncer Parseval en général et distinguer convergence en moyenne quadratique et convergence ponctuelle;
- utiliser Parseval pour sommer des séries numériques (, ) et pour répartir l'énergie d'un signal entre ses harmoniques.
La question: vers quoi la série converge-t-elle, et en quel sens?
Le chapitre 6 a associé à toute fonction de période , intégrable sur une période, ses coefficients de Fourier et sa série de Fourier. Rappelons les conventions, que nous gardons sans changement:
le terme constant de la série étant , la valeur moyenne de , et les deux formes étant reliées par , (théorème 6.4). La d'ordre s'écrit, sous forme réelle ou complexe,
Pour le témoin du cours, sur prolongée par périodicité, le chapitre 6 a trouvé et :
Nous avons écrit un point d'interrogation au-dessus du signe égal, et c'est tout le sujet de ce chapitre. Trois observations suffisent à montrer qu'il n'est pas de pure forme.
- En , chaque terme est nul: la série vaut . Or vaut juste à gauche de et juste à droite. La série ne converge donc pas vers «la» valeur de en ce point; elle choisit , qui est la moyenne des deux limites. Est-ce un hasard?
Il faut donc préciser en quel sens on parle de convergence. Trois notions nous serviront.
La convergence uniforme entraîne les deux autres: si , alors évidemment en tout , et . En revanche, la convergence ponctuelle et la convergence en moyenne quadratique sont : aucune n'entraîne l'autre, et nous en donnerons des exemples. La convergence uniforme est celle qu'un ingénieur désire (une erreur garantie partout à la fois), la convergence ponctuelle celle qu'un mathématicien énonce le plus volontiers, et la convergence en moyenne quadratique celle que la physique mesure, puisque est une énergie moyenne.
Le programme du chapitre est de répondre, pour chacune, à la question posée par le titre. En résumé, et pour raisonnable (continue par morceaux et par morceaux):
| Mode de convergence | La série de Fourier converge-t-elle vers ? | Où c'est établi |
|---|---|---|
| Ponctuelle | Oui, vers la demi-somme des limites latérales | Théorème de Dirichlet (théorème 7.2) |
| Uniforme | Oui si est continue; jamais près d'un saut | Théorème 7.6; phénomène de Gibbs (théorème 7.3) |
| Moyenne quadratique | Oui, même pour seulement continue par morceaux | Identité de Parseval (théorème 7.8) |
Le noyau de Dirichlet
La somme partielle comme moyenne pondérée
Remplaçons dans (7.1) chaque par sa définition et échangeons la somme finie et l'intégrale:
où l'on a posé . Le changement de variable , et le fait que l'intégrale d'une fonction -périodique sur une période ne dépend pas de la période choisie, donnent la forme symétrique
Une intégrale de cette forme s'appelle un produit de convolution (périodique) de et de ; nous retrouverons la convolution sur au chapitre 8. La formule (7.2) se lit ainsi: est une moyenne des valeurs de autour de , pondérée par . Tout ce que l'on peut dire de la convergence dépend donc de la forme du poids .
Démonstration. En regroupant les termes et , , d'où la première forme, qui montre que est réelle, paire et -périodique, et que . Pour , est une somme géométrique de raison à termes, commençant à :
où l'on a multiplié numérateur et dénominateur par , puis utilisé (chapitre 2 d'Analyse I). Enfin, pour , donc l'intégrale de sur une période vaut .
La valeur moyenne a une conséquence immédiate: si est constante, égale à , alors (7.2) donne , comme il se doit. Plus généralement, (7.2) et la parité de permettent de replier l'intégrale sur :
Un bon noyau, et un moins bon
La figure 7.1 montre deux traits de . Le premier est encourageant: lorsque croît, le poids se concentre dans un pic de hauteur et de largeur autour de ; pour , le premier zéro est en . Si n'était fait que de ce pic, la moyenne (7.2) ne verrait que les valeurs de très proches de , et tendrait vers en tout point de continuité, exactement comme une moyenne sur un intervalle qui rétrécit.
Le second trait gâche cette image. Les lobes latéraux sont négatifs une fois sur deux, et leur amplitude ne diminue pas quand augmente: pour fixé, oscille entre et , quel que soit . La moyenne (7.2) n'est donc pas une vraie moyenne (les poids ne sont pas positifs), et elle garde une sensibilité aux valeurs lointaines de qui ne s'éteint que grâce aux oscillations de plus en plus rapides des lobes. Une mesure chiffrée de ce défaut est la
qui borne par . Calculée par quadrature, entre les zéros successifs de , elle vaut pour , pour , pour et pour : elle croît sans borne, comme plus une constante (l'écart vaut , , , pour les mêmes ). C'est la racine de toutes les difficultés du chapitre: la continuité de ne suffit pas à garantir la convergence ponctuelle — du Bois-Reymond a construit en 1873 une fonction continue dont la série de Fourier diverge en un point —, et il faudra une hypothèse de régularité supplémentaire.
Pourquoi la formule ne permet-elle pas de conclure immédiatement que pour toute continue?
Le théorème de Dirichlet
Fonctions de classe par morceaux
Le témoin , l'onde carrée , l'onde triangulaire , et en fait tous les signaux de l'électronique et presque toutes les fonctions de ce cours sont par morceaux. La valeur de aux points n'intervient pas: modifier en un nombre fini de points ne change aucune intégrale (chapitre 10 d'Analyse I), donc aucun coefficient de Fourier.
Esquisse de démonstration. Fixons et notons . Grâce à (7.3), où , on peut écrire , donc
Deux ingrédients terminent l'argument.
- La fonction est bornée et continue par morceaux sur . Loin de , c'est clair, puisque pour . Près de , écrivons . Le second facteur tend vers . Le premier est borné: sur le morceau où est , le théorème des accroissements finis (chapitre 8 d'Analyse I), appliqué au prolongement continu de en , l'égale à une valeur de , bornée par hypothèse. Il en va de même du terme en . : elle apprivoise la singularité du noyau.
Avec , le lemme donne .
Ce qui est admis, et pourquoi. L'esquisse est complète dans sa logique, mais nous admettons le lemme de Riemann–Lebesgue dans la généralité utilisée. Pour de classe sur , sa preuve tient en une ligne: une intégration par parties donne
qui est un . Mais notre n'est que continue par morceaux, et le passage à ce cas demande une approximation par des fonctions en escalier, qui est une gestion d'epsilons sans idée nouvelle; la forme naturelle du lemme, pour les fonctions intégrables au sens de Lebesgue, appartient au cours de théorie de la mesure. Ce qu'il faut retenir de la preuve, c'est son architecture: la convergence en un point est une propriété locale (seules les valeurs de près de comptent, les autres étant tuées par Riemann–Lebesgue), et elle exige un peu plus que la continuité pour neutraliser le pic de .
On considère la fonction de période égale à sur . Vers quelle valeur converge sa série de Fourier au point ? (Il n'est pas nécessaire de calculer les coefficients.)
Le phénomène de Gibbs
Ce que l'on voit
Le théorème de Dirichlet garantit que pour chaque . Traçons pourtant près de pour de grandes valeurs de (figure 7.2). Juste avant le saut, la somme partielle la valeur , forme un pic, puis plonge vers en . Quand augmente, le pic se rapproche du saut, mais il ne s'aplatit pas: sa hauteur au-dessus de vaut pour , pour et pour . Elle , et tend vers une limite non nulle, .
Il n'y a là aucune contradiction avec le théorème de Dirichlet. Fixez un point : pour assez grand, le pic est passé entre et (il se trouve à distance du saut), et en la somme partielle est proche de . En chaque point, la suite converge; mais le lieu où l'erreur est grande se déplace avec , de sorte que l'erreur maximale ne tend pas vers 0. C'est exactement la définition d'une convergence ponctuelle non uniforme.
Ce que l'on calcule
Le phénomène se prête à un calcul exact, que nous faisons pour le témoin; l'exercice 7.5 en reprend les étapes en détail.
Position du pic. Dérivons la somme partielle terme à terme: . Posons . Comme , on a et
Le noyau de Dirichlet réapparaît. Sur , l'équation s'écrit ; sa plus petite solution positive est (obtenue par ), et avant elle, puisque . Ainsi croît de jusqu'en , puis décroît: le premier maximum à gauche du saut est en
Un balayage de toute la période sur une grille de points, pour chaque de à , confirme que ce maximum local est aussi le maximum global de .
Hauteur du pic. En , on a , et les signes se compensent:
C'est une somme de Riemann de la fonction sur , de pas . Lorsque ,
où se calcule par la méthode de Simpson. Le dépassement au-dessus de tend donc vers
Rapporté à la hauteur du saut, c'est . Pour les trois valeurs de la figure, le rapport vaut , et .
Démonstration (admise dans le cas général). Nous l'avons démontrée pour le témoin, et l'exercice 7.4 la vérifie numériquement pour l'onde carrée. Le cas général se ramène à ces deux-là: si a un saut en , notons , où est le témoin: c'est une dent de scie dont le saut, de , est placé en . La fonction n'a plus de saut en ; elle y est continue et par morceaux, et ses sommes partielles convergent uniformément près de , par un argument local que nous admettons (il combine le théorème 7.6 ci-dessous avec la localisation vue dans la preuve de Dirichlet). Tout le dépassement vient alors de la dent de scie.
Sur la figure 7.2, le dépassement semble presque «arrêté» entre et . C'est normal: l'écart à la limite décroît comme (la précision d'une somme de Riemann), de pour à pour . Une remarque de méthode s'impose ici. Le pic de n'a qu'une largeur d'environ ; échantillonné sur une grille grossière, il est facilement manqué. Sur une grille de points par période, le dépassement mesuré pour est , au lieu de la vraie valeur . , ou mieux, se calcule par une formule fermée comme (7.4).
Augmentez le nombre d'harmoniques et suivez le pic de la somme partielle (point en couleur) à côté du saut: il se rapproche du saut, mais sa hauteur au-dessus de la limite latérale ne tend pas vers 0: elle se stabilise sur une valeur fixe (par en dessous pour le témoin, par au-dessus pour l'onde carrée). Le rapport du dépassement à la hauteur du saut tend vers pour les deux fonctions: c'est une constante universelle, pas une propriété de la fonction choisie.
L'explorateur ci-dessus montre, pour réglable, la somme partielle de part et d'autre du saut et la position exacte du pic. Faites-le passer de à : la distance du pic au saut est divisée par (elle vaut ), mais le dépassement, lui, se rapproche de . Passez ensuite à l'onde carrée, de saut : le rapport dépassement/saut converge vers la même constante , cette fois par valeurs supérieures (pour , , , il vaut , , ).
On calcule les sommes partielles de l'onde carrée , dont le saut en 0 vaut 2. Que devient lorsque ?
Régularité de f et décroissance des coefficients
Intégrer par parties, encore
Pourquoi les coefficients du témoin décroissent-ils comme , et ceux de l'onde triangulaire comme (chapitre 6)? La réponse est une intégration par parties, et elle vaut pour toutes les fonctions.
Démonstration. Soit une subdivision adaptée. Sur chaque , intégrons par parties:
En sommant sur , les termes entre crochets se télescopent parce que est continue en chaque , et il reste par périodicité. Divisant par , on obtient . Par récurrence, , et comme pour toute , on a avec .
Si a des sauts, les crochets ne se télescopent plus. En notant le saut en , la même intégration par parties donne
Pour le témoin, a pour , et le seul saut, en , vaut : (7.6) donne , d'où , soit — la valeur du chapitre 6, retrouvée par une seconde voie. La leçon générale se lit sur (7.6): , et c'est lui qui domine.
La figure 7.3 porte les coefficients des trois fonctions, calculés par leurs formules et vérifiés un à un par quadrature de Simpson. La troisième mérite un mot: est impaire, s'annule en , et vaut aux deux bords; son prolongement périodique est donc , et c'est qui saute de à en . La règle pratique prévoit , et l'on trouve .
Combien de termes pour une figure?
La décroissance des coefficients dicte le nombre de termes nécessaires. Si converge, l'erreur uniforme est majorée par le reste:
Pour des coefficients en avec , ce reste est de l'ordre de (comparaison avec une intégrale, chapitre 4 d'Analyse I). Pour , la série diverge et (7.7) ne dit rien — ce qui est cohérent avec Gibbs.
L'inégalité de Bessel
La géométrie des coefficients
Munissons l'espace des fonctions de période , continues par morceaux et à valeurs complexes, du produit scalaire et de la norme
(Rigoureusement, n'entraîne que la nullité de en ses points de continuité; cela ne gêne en rien ce qui suit.) Les fonctions , , sont : vaut 1 si et 0 sinon (relations d'orthogonalité du chapitre 6). Dans ce langage, le coefficient de Fourier est un produit scalaire, , et la somme partielle est exactement la formule de la de sur le sous-espace des polynômes trigonométriques de degré au plus , engendré par la base orthonormée (Algèbre linéaire, chapitre 7). Tout ce que l'on sait des projections en dimension finie s'applique.
Démonstration. 1. Pour , par linéarité et orthonormalité, , donc . Ainsi est orthogonale à chaque de la base de , donc à tout , et en particulier à . Le théorème de Pythagore (on développe avec , , ) donne l'égalité annoncée.
-
Soit . Alors est orthogonal à , et Pythagore encore donne , avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire (un polynôme trigonométrique de norme nulle est nul, étant continu).
Deux conséquences immédiates. D'abord, les coefficients d'une fonction continue par morceaux tendent vers 0 (le terme général d'une série convergente tend vers 0): c'est une forme faible du lemme de Riemann–Lebesgue, obtenue ici sans effort. Ensuite, la somme partielle de Fourier n'est pas seulement une approximation commode: c'est la meilleure en moyenne quadratique parmi tous les polynômes trigonométriques de degré . Aucun autre choix de coefficients ne ferait mieux; en particulier, ajouter un terme ne modifie jamais les précédents, ce qui est propre aux bases orthogonales.
Pour le témoin, avec les trois premiers coefficients, Bessel donne , qui est bien inférieur à . La différence, , est l'erreur quadratique de (exercice 7.2).
Conséquence: convergence uniforme des fonctions continues
L'inégalité de Bessel, appliquée non pas à mais à , règle la question de la convergence uniforme dès que est continue.
Démonstration. Par le théorème 7.4, pour , et est continue par morceaux. L'inégalité de Cauchy–Schwarz pour les sommes finies (Algèbre linéaire, chapitre 7) donne, pour tout ,
où l'on a utilisé (que nous démontrerons à la section suivante; la convergence suffit ici) et l'inégalité de Bessel pour . La série converge donc. Comme , le critère de Weierstrass (une série de fonctions majorée terme à terme par une série numérique convergente converge uniformément, puisque son reste est majoré par le reste numérique, indépendant de ) montre que converge uniformément vers une fonction , et (7.7) majore l'écart. Enfin, étant continue et par morceaux, le théorème de Dirichlet donne en tout point, donc .
La réciproque partielle est tout aussi instructive: une fonction qui a un saut ne peut pas avoir . Sinon, par l'argument ci-dessus, convergerait uniformément vers une fonction continue qui, par Dirichlet, coïnciderait avec en tout point de continuité, ce qui est impossible de part et d'autre d'un saut. La décroissance en du témoin n'est donc pas un hasard de calcul: aucune fonction discontinue ne fait mieux au sens de .
Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration de la convergence uniforme de la série de Fourier d'une fonction continue et par morceaux.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Appliquer l'inégalité de Bessel à :
- Conclure par le critère de Weierstrass que converge uniformément vers une fonction
- Intégrer par parties pour obtenir
- Identifier grâce au théorème de Dirichlet
- Majorer par Cauchy–Schwarz avec
L'identité de Parseval
Le cas d'un polynôme trigonométrique
L'inégalité de Bessel est une inégalité parce que la projection peut perdre une partie de . Si appartient elle-même à , rien n'est perdu.
Démonstration. Par linéarité du produit scalaire et orthonormalité des ,
et, en développant le produit scalaire de avec lui-même (bilinéarité à gauche, antilinéarité à droite),
puisque seuls les termes survivent. La forme réelle s'en déduit comme dans le théorème 7.5, avec et .
Par exemple, est un polynôme trigonométrique. Parseval donne, sans calculer de primitive, , ce que confirme une quadrature numérique ().
Le cas général
Esquisse de démonstration. Par le point 1 du théorème 7.5, : l'identité (7.8) équivaut donc à la convergence en moyenne quadratique, et c'est elle que nous établissons.
- Si est continue et par morceaux, le théorème 7.6 donne la convergence uniforme, qui entraîne la convergence en moyenne quadratique: .
Comme décroît avec (meilleure approximation sur des espaces emboîtés), il reste inférieur à pour tous les suivants.
Ce qui est admis, et pourquoi. Le lemme d'approximation est élémentaire mais fastidieux (il faut contrôler l'aire perdue près des sauts et l'écart de l'interpolation sur les morceaux continus); il n'apporte aucune idée sur les séries de Fourier. L'énoncé le plus général — Parseval pour toute de carré intégrable au sens de Lebesgue, et sa réciproque, le théorème de Riesz–Fischer, selon lequel toute suite avec est la suite des coefficients d'une telle fonction — exige l'intégrale de Lebesgue et relève du cours de théorie de la mesure.
L'identité de Parseval est le théorème de Pythagore en dimension infinie: le carré de la norme de est la somme des carrés de ses composantes sur la base orthonormée . Elle dit aussi que cette base est complète: aucune fonction continue par morceaux non nulle (hors d'un nombre fini de points) n'est orthogonale à toutes les . L'exercice 7.4 en tire le théorème d'unicité — une fonction continue par morceaux dont tous les coefficients sont nuls est nulle en ses points de continuité —, que le chapitre 6 avait annoncé pour la réciproque de son théorème 6.5.
Convergence en moyenne quadratique
Le théorème 7.8 est remarquable par ce qu'il n'exige pas: ni continuité, ni dérivabilité par morceaux. Pour le témoin, qui a un saut, la convergence en moyenne quadratique est garantie, et on la chiffre exactement par Parseval: l'écart est le reste de la série des coefficients,
| 1 | 5 | 10 | 50 | 200 | |
|---|---|---|---|---|---|
| écart quadratique |
La dernière ligne rappelle que, sur , l'écart maximal ne diminue pas du tout: tout près de , vaut presque et presque . L'écart quadratique, lui, tend vers 0 comme : la zone où l'erreur est grande a une largeur de l'ordre de , et elle pèse de moins en moins dans l'intégrale. C'est sa force (elle converge toujours) et sa faiblesse (elle ne garantit rien en un point).
Pour le témoin sur , laquelle de ces affirmations est vraie?
Applications: sommes de séries numériques
L'identité de Parseval et le théorème de Dirichlet transforment chaque série de Fourier connue en une ou deux identités numériques. Les deux exemples suivants sont ceux du cours.
Le même procédé, appliqué à l'onde triangulaire, donne (problème guidé ci-dessous); appliqué à la cubique de la figure 7.3, dont les coefficients sont et pour laquelle , il donne .
Énergie d'un signal et harmoniques
Parseval en langage physique
Soit un signal de période , par exemple une tension, et . Avec le changement de variable , sa série de Fourier s'écrit , et Parseval devient
Le membre de gauche est le carré de la valeur efficace (RMS) de ; appliquée à une résistance , est la puissance instantanée, et (7.9) divisée par est la puissance moyenne. Le membre de droite se lit harmonique par harmonique: la composante continue contribue , et l'harmonique , sinusoïde d'amplitude , contribue , le carré de sa propre valeur efficace. , sans termes croisés: c'est l'orthogonalité, traduite en watts. Deux harmoniques différentes ne «se gênent» pas énergétiquement, alors que leurs tensions s'ajoutent.
La suite est le spectre de puissance du signal. Le théorème 7.4 le relie à la forme du signal: les fronts raides (sauts) placent de l'énergie dans les harmoniques élevées, en pour , alors qu'un signal sans point anguleux la concentre sur les premières.
Pour le signal en dents de scie sur , quelle fraction (en %) de l'énergie moyenne est portée par la seule harmonique fondamentale ?
Synthèse
- La somme partielle est une convolution avec le noyau de Dirichlet: , . Son pic se concentre, mais ses lobes changent de signe et : la continuité seule ne garantit pas la convergence.
Soit la fonction de période égale à sur . Vers quelle valeur sa série de Fourier converge-t-elle en ?
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Soit la fonction de période égale à sur .
- Montrez que , pour , et .
On considère le témoin sur .
- Parmi tous les polynômes trigonométriques de degré au plus 3, lequel minimise ? Donnez la valeur de ce minimum.
Soit , de période (donc aussi ).
- Sans calcul, prévoyez la vitesse de décroissance de ses coefficients de Fourier et le mode de convergence de sa série.
- Vérifiez que , pour pair , et sinon.
Soient et deux fonctions de période , continues par morceaux, ayant les mêmes coefficients de Fourier.
- Montrez que en tout point où et sont toutes deux continues.
Soit la somme partielle du témoin.
Références
- Stein, E. M. et Shakarchi, R., Fourier Analysis: An Introduction, Princeton University Press, chap. 2 et 3 (noyaux de Dirichlet et de Fejér, convergence en moyenne quadratique, Parseval).
- Douchet, J. et Zwahlen, B., Calcul différentiel et intégral, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne (séries de Fourier, théorème de Dirichlet).
- Kreyszig, E., Advanced Engineering Mathematics, Wiley, chap. 11 (séries de Fourier, phénomène de Gibbs, approximation en moyenne quadratique).
- Strauss, W. A., Partial Differential Equations: An Introduction, Wiley, chap. 5 (convergence complète, Parseval, phénomène de Gibbs).
- Polycopiés d'Analyse III de l'EPFL.