Chapitre 11

Mécanique des fluides

Pression, statique des fluides, poussée d'Archimède, équation de continuité, théorème de Bernoulli, viscosité.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • définir la masse volumique et la pression, convertir entre Pa, bar, atm et mmHg, et calculer la force pressante sur une paroi;
  • établir et appliquer l'équation fondamentale de la statique des fluides, la loi de l'hydrostatique et la loi de l'atmosphère isotherme;
  • utiliser le principe de Pascal (presse hydraulique), lire un manomètre et calculer la résultante des pressions sur un barrage et son point d'application;
  • énoncer, démontrer et appliquer le théorème d'Archimède aux corps immergés et flottants;
  • appliquer l'équation de continuité et le théorème de Bernoulli aux écoulements parfaits: vidange, Venturi, Pitot, jets, conduites forcées;
  • décrire les effets de la viscosité (loi de Poiseuille, nombre de Reynolds, traînée, vitesse limite) et de la tension superficielle.

Fluides et pression

États de la matière et masse volumique

Un solide conserve sa forme: pour le déformer, il faut lui appliquer des contraintes de cisaillement, auxquelles il résiste. Un fluide — liquide ou gaz — ne résiste pas à un cisaillement maintenu: il s'écoule et épouse la forme de son récipient. Les liquides sont pratiquement incompressibles (il faut bar pour réduire de le volume de l'eau), tandis que les gaz sont compressibles et occupent tout le volume disponible. Cette distinction fixera les domaines de validité de nos lois.

Substance (20 °C, 1 atm) (kg/m³)Densité
Air1,200,0012
Huile (olive, moteur)880–9200,9
Eau douce998 (≈ 1000)1
Eau de mer10251,025
Glace9170,917
Aluminium27002,7
Acier78507,85
Mercure13 60013,6

L'air est environ fois moins dense que l'eau: un mètre cube d'air pèse kg, ce qui n'est pas négligeable à l'échelle d'une salle (, soit kg d'air) ou d'une montgolfière.

Pression

Un fluide au repos exerce sur toute surface avec laquelle il est en contact — paroi, corps immergé ou surface fictive tracée en son sein — une force normale à cette surface et dirigée vers elle. C'est la force pressante; sa valeur par unité d'aire est la pression.

L'isotropie se démontre en écrivant l'équilibre d'un petit prisme de fluide: les forces pressantes sur ses faces ne peuvent s'équilibrer, quelle que soit l'inclinaison de la face oblique, que si la pression est la même sur toutes les faces (le poids du prisme, proportionnel à son volume, devient négligeable devant les forces de surface lorsque le prisme est petit). Un fluide au repos ne transmet donc que des forces normales — c'est précisément l'absence de résistance au cisaillement qui le définit.

Exercice

Un plongeur descend à m de profondeur dans le Léman (, Pa à la surface). Calculez la pression absolue qu'il subit, en bar.

bar

Statique des fluides

L'équation fondamentale

Considérons un fluide au repos dans le champ de pesanteur, l'axe vertical ascendant. Nous voulons savoir comment la pression varie d'un point à un autre.

Démonstration. Isolons par la pensée un petit cylindre de fluide d'axe vertical, de section et de hauteur , entre les altitudes et . Il est soumis à son poids , à la force pressante du fluide situé au-dessous, , à celle du fluide situé au-dessus, , et aux forces pressantes latérales, horizontales, qui se compensent par symétrie. Le cylindre étant au repos, la somme des forces est nulle:

ce qui donne (11.1) à la limite . Pour un cylindre horizontal, le poids n'a pas de composante le long de l'axe et le même raisonnement donne : la pression est constante sur une horizontale.

Démonstration. Si est constante, (11.1) s'intègre immédiatement: . Entre la surface libre (altitude , pression ) et un point d'altitude , on obtient .

surface libre, p = p₀2 m4 m6 m8 m10 m12 mp − p₀ = ρghhpp₀+39 kPa+78 kPa+118 kPapente ρg = 9,81 kPa/m (eau)vide (p ≈ 0)h = 760 mmp₀ = ρHg g hp₀baromètre de Torricelli (mercure)
Figure 11.1. À gauche, un réservoir d'eau de 12 m de profondeur: la pression sur la paroi croît linéairement avec la profondeur (flèches de longueur proportionnelle à p − p₀, pente ρg = 9,81 kPa par mètre). À droite, le baromètre de Torricelli: l'air pousse sur le mercure de la cuve et soutient une colonne de 760 mm surmontée de vide; sa hauteur mesure directement la pression atmosphérique.

Deux conséquences de (11.2) surprennent au premier abord. Le paradoxe hydrostatique: la pression au fond d'un récipient ne dépend que de la hauteur d'eau, pas de sa quantité. Un tube fin de m rempli d'eau exerce sur son fond la même pression ( kPa) qu'un lac de m de profondeur — c'est l'expérience du «tonneau de Pascal», où quelques litres versés dans un long tube fixé sur un tonneau plein suffisent à le faire éclater. Les vases communicants: dans des récipients reliés par leur base et contenant un même liquide au repos, les surfaces libres sont toutes à la même altitude, puisqu'elles sont toutes à la pression et qu'une isobare est horizontale. C'est le principe du niveau à eau des maçons et de l'alimentation des fontaines par un réservoir en hauteur. Si les liquides sont différents (eau et mercure dans un tube en U), les hauteurs des colonnes mesurées depuis la surface de séparation sont inversement proportionnelles aux masses volumiques: .

L'atmosphère isotherme

Pour un gaz, dépend de la pression et (11.2) n'est plus valable sur de grandes hauteurs. L'équation des gaz parfaits, , s'écrit avec la masse molaire ( kg/mol pour l'air): . Si l'on suppose la température uniforme, (11.1) devient une équation différentielle linéaire (chapitre 12 d'Analyse I):

Démonstration. L'équation a pour solutions ; la condition fixe .

L'échelle de hauteur vaut km à et km à : la pression est divisée par tous les km, et par tous les km. Au Jungfraujoch ( m), (11.3) donne hPa avec km, en excellent accord avec la valeur mesurée. L'atmosphère réelle n'est pas isotherme (la température baisse d'environ par km dans la troposphère), mais le modèle exponentiel est une bonne approximation jusqu'à une dizaine de kilomètres. Notez que la masse volumique décroît selon la même loi: à km, l'air est fois moins dense, ce qui explique la baisse de portance des avions et de puissance des moteurs en altitude.

Principe de Pascal et presse hydraulique

Démonstration. D'après (11.2), la pression en un point quelconque du liquide s'écrit , où est la pression en un point de référence et la différence d'altitude. Si l'on augmente de (par exemple en poussant un piston), le terme ne change pas, puisque ni ni la géométrie ne changent pour un liquide incompressible; la pression augmente donc de la même quantité partout.

Le principe de Pascal est à la base de toute l'hydraulique: freins d'une voiture, cric, presse, vérins d'une pelleteuse. Une presse hydraulique est constituée de deux cylindres de sections et reliés par un liquide. Une force sur le petit piston crée la surpression , qui se transmet au grand piston et y exerce :

La force est multipliée par le rapport des sections, mais pas le travail: lorsque le petit piston descend de , il déplace le volume , qui fait monter le grand piston de ; on vérifie que , conformément au chapitre 4.

Manomètres et baromètre

Un manomètre à tube en U contient un liquide de masse volumique (eau, huile ou mercure); l'une de ses branches est reliée à l'enceinte dont on mesure la pression , l'autre est ouverte à l'atmosphère. Les deux surfaces libres étant à des altitudes différant de , la loi de l'hydrostatique appliquée dans le liquide donne : la dénivellation mesure la pression relative. Avec du mercure, mm de dénivellation correspond à Pa, avec de l'eau à Pa: on choisit le liquide selon la sensibilité voulue.

Le baromètre de Torricelli (1643) mesure la pression absolue de l'atmosphère. Un tube de verre rempli de mercure est retourné sur une cuve de mercure: la colonne descend jusqu'à ce que sa hauteur équilibre la pression atmosphérique, laissant du vide (en fait de la vapeur de mercure à pression négligeable) au sommet. La loi de l'hydrostatique entre le sommet () et la surface de la cuve () donne , soit

C'est l'origine de l'unité mmHg, encore utilisée en médecine pour la pression artérielle ( mmHg, c'est-à-dire kPa au-dessus de la pression atmosphérique). Avec de l'eau, il faudrait un tube de m: c'est aussi la hauteur maximale à laquelle une pompe aspirante peut faire monter l'eau, ce que Galilée avait constaté sans l'expliquer.

Exercice

Trois récipients de formes différentes (cylindrique, évasé vers le haut, évasé vers le bas) ont le même fond de et sont remplis d'eau jusqu'à la même hauteur de cm. Comment se comparent les forces pressantes de l'eau sur leurs fonds?

Force sur un barrage

La pression variant avec la profondeur, la force sur une paroi verticale de grande hauteur n'est pas simplement : il faut intégrer.

Démonstration. Repérons la profondeur depuis la surface libre. Sur la bande horizontale de largeur et de hauteur située à la profondeur , la surpression exerce la force élémentaire , horizontale. La résultante vaut

Le point d'application est tel que le moment de la résultante par rapport à la surface libre égale la somme des moments élémentaires (chapitre 10, équilibre statique):

soit au-dessus du pied. La résultante passe par le centre de gravité du triangle des pressions, ce qui est intuitif: la pression croît linéairement avec la profondeur.

Poussée d'Archimède

Le théorème

Plongé dans un fluide, un corps reçoit sur toute sa surface des forces pressantes. Comme la pression est plus grande en bas qu'en haut, leur résultante n'est pas nulle: elle est dirigée vers le haut.

Démonstration. Principe de solidification. Remplaçons par la pensée le corps par du fluide identique à celui qui l'entoure, occupant exactement le volume . Ce fluide est au repos: la résultante des forces pressantes qu'il reçoit du fluide environnant équilibre exactement son poids , et s'applique en son centre de gravité. Or les forces pressantes ne dépendent que du champ de pression et de la géométrie de la surface, et non de ce qui se trouve à l'intérieur: le corps réel reçoit donc la même résultante, dirigée vers le haut, de valeur .

Vérification directe sur un cube. Pour un cube d'arête dont la face supérieure est à la profondeur , les forces sur les faces latérales se compensent deux à deux (même profondeur, sens opposés). La face supérieure reçoit vers le bas et la face inférieure vers le haut . La résultante vaut , vers le haut, indépendamment de et de .

eau, ρf = 1000 kg/m³PFAaluminium, ρ = 2700 kg/m³P = 2,7 FA: coulePFAflotteur lesté, ρ = 1000 kg/m³P = FA: équilibre indifférentPFAbois, ρ = 650 kg/m³P = FA: flotte, 65 % immergéFA = ρf Vimm g, appliquée au centre du volume immergé
Figure 11.2. Trois blocs de même volume dans l'eau. L'aluminium (ρ = 2700 kg/m³) reçoit une poussée F_A égale au poids de l'eau déplacée, 2,7 fois plus petite que son poids P: il coule. Le bloc de masse volumique 1000 kg/m³ est en équilibre indifférent. Le bois (ρ = 650 kg/m³) flotte en s'enfonçant juste assez pour que le poids d'eau déplacée égale son poids: 65 % de son volume est immergé.

Un corps entièrement immergé de masse volumique est soumis à son poids et à la poussée : il coule si , monte si , et reste en équilibre indifférent si . La poussée existe aussi dans l'air: un être humain de L déplace g d'air et reçoit une poussée de N, négligeable devant son poids — mais pas pour un ballon.

Flottaison

Démonstration. À l'équilibre, la poussée compense le poids: , d'où le résultat.

Pour un iceberg () dans l'eau de mer (), : du volume est sous l'eau et seuls émergent, d'où l'expression «la partie visible de l'iceberg». Un navire en acier flotte parce que sa coque enferme de l'air: sa masse volumique moyenne est inférieure à celle de l'eau. Quand on le charge, il s'enfonce jusqu'à déplacer un volume d'eau supplémentaire dont le poids égale la charge — c'est ce que mesure le tirant d'eau, et ce qu'affiche la ligne de flottaison réglementaire.

Stabilité, ballons et sous-marins

Stabilité d'un navire. Le poids s'applique au centre de gravité du navire, la poussée au centre de poussée , centre de gravité du volume immergé. Quand le navire gîte, la forme du volume immergé change et se déplace; la verticale passant par le nouveau coupe l'axe du navire en un point appelé métacentre. Si est au-dessus de , le couple poids–poussée redresse le navire: l'équilibre est stable. Un chargement trop haut élève au-dessus de et rend le navire instable — c'est la cause de nombreux chavirements. C'est un cas particulier de la stabilité des équilibres du chapitre 10.

Ballons. Un ballon reçoit de l'air ambiant une poussée ; il s'élève si cette poussée dépasse le poids total (gaz intérieur, enveloppe, nacelle, charge). Un ballon-sonde gonflé à l'hélium ( au sol) a une force portante nette de N par mètre cube; comme l'air se raréfie avec l'altitude selon (11.3), le ballon se dilate en montant et éclate vers km.

Sous-marins. Un sous-marin règle sa flottabilité en admettant de l'eau dans ses ballasts (il devient plus lourd que l'eau déplacée et plonge) ou en la chassant à l'air comprimé (il remonte). En plongée, il vise l'équilibre indifférent, , puis se dirige avec ses barres de plongée. Les poissons font de même avec leur vessie natatoire, et les plongeurs avec leur gilet stabilisateur.

Exercice

Un cube de bois de cm d'arête et de masse volumique flotte sur l'eau. De combien de centimètres s'enfonce-t-il sous la surface?

cm

Dynamique des fluides parfaits

Description d'un écoulement

Décrire le mouvement d'un fluide en suivant chacune de ses particules (description lagrangienne, celle des chapitres précédents) est impraticable. Euler propose de décrire au contraire, en chaque point de l'espace et à chaque instant , la vitesse de la particule qui s'y trouve: c'est le champ des vitesses, et la description eulérienne.

Nous nous limitons dans cette section aux fluides parfaits: sans viscosité (aucun frottement interne ni sur les parois) et incompressibles. C'est une bonne approximation pour l'eau et l'air à vitesse modérée, loin des parois; la section suivante en discutera les limites.

Débit et équation de continuité

Démonstration. Pendant , le volume de fluide qui entre par la section est celui d'un cylindre de base et de longueur , soit ; il en sort par , et rien ne traverse la surface latérale. Le fluide étant incompressible et l'écoulement stationnaire, la masse (donc le volume) contenue entre les deux sections ne change pas: le volume entré égale le volume sorti, . Pour un fluide compressible, le même bilan donne (conservation du débit massique).

Ce résultat explique pourquoi le jet d'un robinet s'amincit en tombant (il accélère), pourquoi l'on pince un tuyau d'arrosage pour arroser plus loin, et pourquoi le Rhône coule lentement dans la plaine et vite dans les gorges.

Le théorème de Bernoulli

Démonstration. Appliquons le théorème de l'énergie cinétique (chapitre 4) à la portion de fluide contenue, à l'instant , dans un tube de courant fin entre les sections (altitude , pression , vitesse ) et (, , ). Pendant , cette portion avance: elle abandonne à l'entrée un petit cylindre de volume et occupe à la sortie un cylindre de même volume (continuité). L'écoulement étant stationnaire, tout ce qui se trouve entre les deux est inchangé; la variation d'énergie mécanique du système se réduit donc à celle du fluide transféré de l'entrée à la sortie, de masse :

Les forces non conservatives qui travaillent sont les forces pressantes aux extrémités (le fluide étant parfait, il n'y a ni frottement sur la paroi latérale, ni travail des forces pressantes latérales, qui sont perpendiculaires au déplacement). À l'entrée, le fluide amont pousse la section sur dans le sens du mouvement: . À la sortie, le fluide aval résiste: . Le théorème de l'énergie mécanique, , s'écrit

et, après division par , . Les sections étant arbitraires sur le tube, que l'on peut rendre aussi fin qu'une ligne de courant, on obtient (11.9).

Bernoulli exprime la conservation de l'énergie par unité de volume. Sa conséquence la plus contre-intuitive: là où le fluide va vite, la pression est basse. Un fluide n'accélère que s'il est poussé, donc si la pression derrière lui est plus grande que devant.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration du théorème de Bernoulli par le théorème de l'énergie.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Isoler la portion de fluide comprise entre deux sections et d'un tube de courant fin
  • 2.
  • Remarquer que pendant le même volume entre en et sort en (continuité)
  • 3.
  • Écrire la variation d'énergie cinétique et potentielle comme celle de la masse transférée de l'entrée à la sortie
  • 4.
  • Appliquer le théorème de l'énergie mécanique et diviser par
  • 5.
  • Calculer le travail des forces pressantes aux extrémités: , les forces latérales ne travaillant pas
  • 6.
  • Conclure que est constant le long du tube, donc de la ligne de courant

Vidange d'un réservoir: formule de Torricelli

Démonstration. Suivons une ligne de courant de la surface libre (point 1) à l'orifice (point 2). En 1 et en 2, le liquide est en contact avec l'atmosphère: (dans un jet libre, la pression est celle de l'air ambiant). L'orifice étant petit devant la section du réservoir, la continuité donne : la surface descend très lentement, ce qui autorise aussi à traiter l'écoulement comme stationnaire à chaque instant. Bernoulli avec : , d'où .

Le jet sortant d'un trou percé à m sous la surface a une vitesse de m/s, quelle que soit la nature du liquide. Le débit vaut , où est la section contractée du jet, un peu plus petite que celle de l'orifice (coefficient de contraction pour un orifice à bord vif). Comme le débit décroît avec le niveau, la vidange ralentit: le temps de vidange complet d'un réservoir de section vaut , soit deux fois le temps que mettrait le débit initial à vider le volume (exercice 11.5). Une cuve de et m d'eau percée d'un orifice de se vide en s, soit min.

Tube de Venturi et débitmètre

Un tube de Venturi est une conduite qui se rétrécit puis s'élargit progressivement. Dans le col, la continuité impose , et Bernoulli (conduite horizontale) donne : la pression chute dans le rétrécissement, contrairement à l'intuition du «fluide comprimé».

Q = 12,8 L/s, A₁v₁ = A₂v₂p₁/(ρg) = 2,55 mD = 10 cm, v = 1,63 m/sp₂/(ρg) = 0,51 mD = 5 cm, v = 6,53 m/sp₁ − p₂ = ½ρ(v₂² − v₁²) = 20,0 kPa
Figure 11.3. Écoulement stationnaire d'eau dans un tube de Venturi (D₁ = 10 cm, D₂ = 5 cm, Q = 12,8 L/s). Les lignes de courant se resserrent dans le col, où la vitesse est quadruplée; les tubes piézométriques montrent la hauteur p/(ρg) au-dessus de la conduite: elle baisse de 2,04 m dans le col, ce qui correspond à Δp = ½ρ(v₂² − v₁²) = 20 kPa.

Démonstration. Avec et , Bernoulli donne , que l'on résout en .

Explorateur du tube de Venturi

Eau à 20 °C, pression absolue p₁ = 2 bar à l'entrée. Faites varier les diamètres et le débit: la continuité impose v₂ = v₁ A₁/A₂ et Bernoulli fait chuter la pression dans le col de Δp = ½ρ(v₂² − v₁²). Les deux tubes piézométriques indiquent la hauteur d'eau équivalente à la pression relative, (p − p₀)/(ρg) avec p₀ la pression atmosphérique. Si p₂ descend sous la pression de vapeur (2,3 kPa), l'eau se vaporise: c'est la cavitation.

0 m2 m4 m6 m8 m10 mD₁ = 10 cm, v₁ = 1,53 m/sD₂ = 5,0 cm, v₂ = 6,11 m/sQ = 12 L/s(p1 − patm)/ρg: 10,08 m(p2 − patm)/ρg: 8,29 m
v1 = Q/A1
1,53m/s
v2 = Q/A2
6,11m/s
Δp = p1 − p2
17,5kPa
p2 (absolue)
182,5kPa
Re dans le col = ρv2D2
305,0 · 10³turbulent
Diamètre d'entrée D110cm
Diamètre du col D25,0cm
Débit Q12L/s

Si la pression dans le col descend au-dessous de la pression de vapeur du liquide ( kPa pour l'eau à ), le liquide se vaporise localement: des bulles apparaissent, puis implosent violemment quand la pression remonte. Cette cavitation érode les hélices, les turbines et les vannes; on la contrôle en limitant les vitesses ou en augmentant la pression amont, comme le montre l'explorateur.

Tube de Pitot

Un tube de Pitot mesure la vitesse d'un écoulement, ou celle d'un avion par rapport à l'air. Il comporte une prise frontale, où le fluide est arrêté (point d'arrêt, ), et une prise latérale, où le fluide passe à la vitesse non perturbée, à la pression statique . Bernoulli le long de la ligne de courant qui aboutit au point d'arrêt donne la pression d'arrêt , d'où

Effet Venturi et portance

La baisse de pression dans les zones de grande vitesse — l'effet Venturi — explique beaucoup de phénomènes: le vaporisateur de parfum et le carburateur (l'air rapide aspire le liquide), le tirage d'une cheminée par le vent, l'attraction de deux navires qui se croisent de près, l'arrachement des toits par un ouragan (l'air rapide au-dessus du toit crée une dépression, l'air immobile de la maison pousse de l'intérieur).

La portance d'une aile relève du même principe, à condition de la décrire correctement. Une aile inclinée et cambrée dévie l'air vers le bas; par la troisième loi de Newton, l'air pousse l'aile vers le haut. Du point de vue des pressions, l'écoulement suit la courbure de l'extrados, l'air y accélère et la pression y diminue, tandis qu'elle augmente à l'intrados: la différence de pression intégrée sur la surface de l'aile donne la portance , où le coefficient dépend de la forme et de l'angle d'attaque. Un A320 de t en croisière à m/s dans de l'air à a besoin, sur ses d'aile, d'une différence de pression moyenne de kPa, soit fois la pression dynamique kPa: .

Jets et conduites forcées

Une conduite forcée amène l'eau d'un lac de barrage à une turbine située très en contrebas. À débit nul (vanne fermée), la pression au bas de la conduite est la pression hydrostatique ; en fonctionnement, Bernoulli entre la surface du lac et la sortie de la conduite montre que l'énergie potentielle par unité de volume se transforme en énergie cinétique du jet (, turbine Pelton) ou en pression à l'entrée de la turbine (turbine Francis). La puissance hydraulique disponible est le produit du débit par la charge:

À Bieudron (Valais), l'eau de la Grande Dixence tombe de m, la plus grande chute exploitée au monde: la pression au bas de la conduite atteint MPa, soit bar, la vitesse idéale du jet m/s, et pour le débit maximal de la puissance hydraulique vaut GW, dont les trois turbines Pelton et leurs alternateurs convertissent GW en électricité, un rendement de . Le problème guidé en fin de chapitre reprend ce calcul.

Exercice

Un réservoir ouvert est percé d'un petit orifice situé m sous la surface libre. Avec quelle vitesse (en m/s) l'eau en sort-elle?

m/s

Fluides réels

Viscosité

Un fluide réel résiste au cisaillement tant qu'il est en mouvement: c'est la viscosité. Faisons glisser une plaque à la vitesse parallèlement à une plaque fixe, le fluide remplissant l'espace entre elles. Le fluide adhère aux deux plaques (condition de non-glissement): sa vitesse passe linéairement de à , et il faut exercer sur la plaque mobile une force tangentielle pour entretenir le mouvement.

Fluide (20 °C) (Pa·s) (m²/s)
Air
Eau
Sang
Huile d'olive
Glycérine
Miel

La viscosité des liquides diminue fortement avec la température (l'huile de moteur est fois plus fluide à qu'à ), celle des gaz augmente légèrement. Le sang, le ketchup ou les peintures ne sont pas newtoniens: leur viscosité apparente dépend du cisaillement.

Écoulement de Poiseuille

Dans une conduite cylindrique de rayon et de longueur , un fluide visqueux en régime laminaire s'écoule avec un profil de vitesse parabolique: nulle à la paroi, maximale sur l'axe. Le calcul (équilibre entre la différence de pression et le cisaillement visqueux sur un cylindre de fluide coaxial) conduit à la loi de Poiseuille:

est la chute de pression entre les extrémités. Le débit est proportionnel à la chute de pression, comme le courant à la tension dans la loi d'Ohm — on parle de résistance hydraulique — et surtout à la quatrième puissance du rayon. Doubler le rayon multiplie le débit par ; une réduction de rayon de le réduit de (). En hydraulique, c'est pourquoi les conduites légèrement sous-dimensionnées demandent des pompes beaucoup plus puissantes; en physiologie, c'est pourquoi un léger rétrécissement d'une artère (athérosclérose) réduit tant le débit sanguin, et pourquoi le corps régule la circulation en faisant varier de quelques pour cent le calibre des artérioles.

Exercice

Une plaque d'athérome réduit de moitié le rayon d'une artère sur une portion de sa longueur. Pour maintenir le même débit sanguin dans cette portion (régime laminaire), par quel facteur la chute de pression doit-elle être multipliée?

Nombre de Reynolds et turbulence

L'écoulement de Poiseuille, ordonné en couches parallèles, est dit laminaire. Au-delà d'une certaine vitesse, il devient turbulent: la vitesse fluctue de façon chaotique, des tourbillons apparaissent, et la dissipation augmente considérablement. Reynolds (1883) a montré que la transition est gouvernée par un seul paramètre sans dimension, rapport entre les forces d'inertie () et les forces visqueuses ():

est une dimension caractéristique (diamètre de la conduite ou de l'obstacle). L'analyse dimensionnelle du chapitre 1 montre que deux écoulements géométriquement semblables de même nombre de Reynolds sont dynamiquement semblables: c'est le principe des essais sur maquette en soufflerie ou en bassin. En conduite, l'écoulement est laminaire pour environ et turbulent au-delà de . De l'eau à m/s dans un tuyau de cm donne : la plupart des écoulements techniques sont turbulents, et la loi de Poiseuille ne s'y applique pas. Le sang dans les capillaires (), le miel qui coule, ou une bactérie qui nage sont au contraire dominés par la viscosité.

Pertes de charge. Dans une conduite réelle, la charge de Bernoulli décroît le long de l'écoulement: on écrit . Pour une conduite de longueur et de diamètre , la formule de Darcy–Weisbach donne , où le coefficient vaut en laminaire (ce qui redonne Poiseuille) et dépend de et de la rugosité de la paroi en turbulent ( typiquement). Les coudes, vannes et changements de section ajoutent des pertes singulières. Dans la conduite forcée de Bieudron, ces pertes représentent quelques pour cent de la chute.

Traînée et vitesse limite

Un corps qui se déplace dans un fluide subit une force de résistance, la traînée, dont la loi dépend du régime.

  • Faible Reynolds (): la traînée est d'origine visqueuse et proportionnelle à la vitesse. Pour une sphère de rayon , c'est la loi de Stokes: .
  • Grand Reynolds (): la traînée est d'origine inertielle (sillage turbulent) et proportionnelle au carré de la vitesse: , où est le maître-couple (section frontale) et le coefficient de traînée ( pour une sphère, pour une voiture, pour un parachutiste en position ventrale, pour une voile de parachute).

Un corps qui tombe dans un fluide accélère jusqu'à ce que la traînée (plus la poussée d'Archimède) équilibre son poids: il atteint sa vitesse limite (chapitre 3). En régime de Stokes, , d'où ; en régime quadratique, .

Tension superficielle et capillarité

Les molécules à la surface d'un liquide ont moins de voisines que celles du volume et sont donc dans un état d'énergie plus élevé: créer de la surface coûte une énergie par unité d'aire. Cette tension superficielle ( mN/m pour l'eau à , mN/m pour l'éthanol, mN/m pour le mercure) se manifeste aussi comme une force par unité de longueur qui tend la surface comme une membrane: elle donne aux gouttes et aux bulles leur forme sphérique (surface minimale à volume donné), porte les insectes patineurs et fait flotter une aiguille posée délicatement sur l'eau. La pression à l'intérieur d'une goutte de rayon dépasse la pression extérieure de (loi de Laplace): kPa pour une goutte de .

Au contact d'un solide, le liquide forme un angle de contact : petit s'il mouille le solide (eau sur verre propre, ), grand sinon (mercure sur verre, ; eau sur téflon). Dans un tube fin de rayon plongé dans un liquide mouillant, la tension superficielle tire le liquide vers le haut le long du périmètre avec la force , jusqu'à équilibrer le poids de la colonne : c'est la loi de Jurin,

Dans un tube de verre de mm de rayon, l'eau monte de mm; dans un pore de , de cm. La capillarité explique la montée de l'eau dans les briques et les sols (remontées capillaires, essentielles en mécanique des sols), l'imbibition du papier buvard et, en partie, la montée de la sève. Le mercure, non mouillant, descend au contraire dans un tube fin: on corrige les lectures d'un baromètre de cet effet.

Synthèse

  • La pression (Pa; bar Pa, atm bar mmHg) est isotrope dans un fluide au repos. Statique: , d'où dans un liquide ( bar par m d'eau) et avec km dans une atmosphère isotherme.
  • Principe de Pascal: une variation de pression se transmet intégralement dans un liquide; presse hydraulique à travail égal. Sur une paroi verticale de hauteur : par unité de largeur, appliquée à du pied.
  • Théorème d'Archimède: vers le haut, au centre du volume déplacé; un corps flotte avec ; le poids apparent mesure les masses volumiques; ballons et sous-marins jouent sur la différence entre poids et poussée.
  • Fluide parfait incompressible en régime stationnaire: continuité et Bernoulli const le long d'une ligne de courant (conservation de l'énergie). Là où la vitesse est grande, la pression est basse.
  • Applications: Torricelli , Venturi , Pitot , hauteur d'un jet , puissance hydraulique .
  • Fluides réels: viscosité ; Poiseuille en laminaire; nombre de Reynolds (laminaire au-dessous de , turbulent au-delà de ); traînée de Stokes ou quadratique et vitesse limite; tension superficielle et loi de Jurin .

Série d'exercices du chapitre 11

Exercice 1 sur 5
Exercice

À quelle hauteur d'eau correspond une pression de bar?

Problème guidé

Conduite forcée d'une centrale hydroélectrique

Une conduite forcée relie un lac de barrage à une turbine Pelton située m plus bas. On prend , et on néglige d'abord les pertes de charge. On cherche la pression au bas de la conduite à débit nul, la vitesse idéale du jet, puis la puissance hydraulique et électrique pour un débit .

  1. 1

    Pression à débit nul

    Vanne fermée, l'eau est au repos: la loi de l'hydrostatique s'applique entre la surface du lac (pression atmosphérique) et le bas de la conduite.

    Exercice

    Calculez la pression relative au bas de la conduite, en bar.

    bar
  2. Vitesse idéale du jet

  3. Puissance hydraulique

  4. Puissance électrique et comparaison

Exercices

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Exercice 11.1 · Statique des fluides
  1. Un tube en U contient du mercure (). On verse dans la branche de gauche de l'eau, qui forme une colonne de cm au-dessus de la surface de séparation. De combien la surface du mercure dans la branche de droite est-elle plus haute que la surface de séparation dans la branche de gauche?
  2. Le hublot circulaire d'un sous-marin a un diamètre de cm. Calculez la force exercée par l'eau sur le hublot à m de profondeur (), sachant que l'intérieur du sous-marin est à la pression atmosphérique.
  3. Jusqu'à quelle altitude (en km) faut-il monter pour que la pression atmosphérique soit divisée par , dans le modèle isotherme avec km? Et par ?
Solution

1. Dans un fluide au repos, la pression est la même en deux points d'une même horizontale du même fluide. Prenons l'horizontale passant par la surface de séparation eau–mercure (branche de gauche, à la profondeur m sous la surface de l'eau) et par le point correspondant de la branche de droite, situé à la profondeur sous la surface du mercure. Les deux points sont dans le mercure, donc à la même pression:

La surface du mercure à droite est mm au-dessus de la surface de séparation: cm d'eau «pèsent» autant que cm de mercure. Le tube en U est ainsi un instrument de comparaison des masses volumiques.

2. La surpression de l'eau à m vaut Pa bar. L'atmosphère agit sur la face extérieure (elle s'ajoute à la pression de l'eau) et sur la face intérieure: seule la surpression compte. La variation de pression sur les cm du hublot ( kPa, soit ) est négligeable, et l'aire vaut :

le poids de tonnes sur une surface grande comme un plateau. Les hublots des submersibles profonds sont des cônes de plexiglas de plusieurs centimètres d'épaisseur, et bien plus petits.

3. donne km: à peu près l'altitude du camp de base de l'Everest, où la pression partielle d'oxygène est réduite de moitié. Pour : km, l'altitude des ballons stratosphériques. Le modèle isotherme sous-estime un peu la décroissance réelle (la troposphère se refroidit en montant), mais donne les bons ordres de grandeur.

Exercice 11.2 · Poussée d'Archimède
  1. Une pierre a une masse de kg dans l'air; suspendue à un dynamomètre et entièrement immergée dans l'eau, elle pèse comme une masse de kg. Déterminez son volume et sa masse volumique.
  2. Une barge rectangulaire à fond plat mesure m de long et m de large et a une masse à vide de t. Quel est son tirant d'eau (enfoncement) à vide dans l'eau douce? De combien s'enfonce-t-elle lorsqu'on y charge t de gravier?
  3. Un glaçon flotte dans un verre d'eau rempli à ras bord. Le verre déborde-t-il lorsque le glaçon fond? Justifiez.
Solution

1. Le poids apparent est le poids moins la poussée: , d'où

Cette masse volumique est celle du granite ou du calcaire (): la méthode du poids apparent, aussi appelée pesée hydrostatique, est la façon la plus simple de mesurer le volume d'un objet de forme quelconque.

2. À l'équilibre, le poids de l'eau déplacée égale le poids de la barge. Pour un fond plat de surface enfoncé de : , donc

Avec t de plus, m: la barge s'enfonce de cm, soit cm par tonne ( kg). Dans l'eau de mer (), le tirant d'eau serait de plus faible: c'est pourquoi les navires portent plusieurs lignes de charge.

3. Le glaçon de masse flotte en déplaçant un volume d'eau (théorème d'Archimède). Quand il fond, il devient une masse d'eau liquide, de volume : exactement le volume qu'il déplaçait. Le niveau ne change pas et le verre ne déborde pas. La fonte de la banquise (glace flottante) n'élève donc pas le niveau des mers, contrairement à celle des calottes continentales (Groenland, Antarctique), dont l'eau s'ajoute à l'océan. La correction est minime si l'eau du verre est salée: l'eau de fonte, douce, occupe alors un volume légèrement supérieur au volume déplacé.

Exercice 11.3 · Siphon

Un siphon est un tuyau de cm de diamètre intérieur qui permet de vider un bassin par-dessus son bord: le tuyau, plein d'eau, monte jusqu'à un sommet situé m au-dessus de la surface libre du bassin, puis redescend jusqu'à une sortie située m au-dessous de cette surface. On considère l'eau comme un fluide parfait et le bassin assez grand pour que sa surface ne bouge pas ( Pa).

  1. Calculez la vitesse de sortie et le débit.
  2. Calculez la pression absolue au sommet du siphon.
  3. Quelle est la hauteur maximale du sommet au-dessus de la surface pour que le siphon fonctionne (la pression de vapeur de l'eau étant négligée)? Que se passe-t-il au-delà?
Solution

1. Bernoulli entre la surface libre (point 1: , , ) et la sortie (point 3: puisque le jet est à l'air libre, m), sur une ligne de courant qui entre dans le tuyau:

C'est la formule de Torricelli: seule compte la dénivellation entre la surface et la sortie, pas le détour par le sommet. Le débit vaut L/s. En réalité, les pertes de charge dans le tuyau réduisent nettement ce débit.

2. La vitesse est la même partout dans le tuyau (section constante, continuité). Bernoulli entre la surface libre et le sommet (point 2: m, vitesse ):

Le sommet est en dépression ( atm): c'est l'atmosphère qui, en poussant sur la surface du bassin, fait monter l'eau jusqu'au sommet. Remarquez que : la pression au sommet vaut , et elle est d'autant plus basse que la sortie est basse (siphon rapide) et le sommet haut.

3. La pression au sommet ne peut pas être négative: impose

Au-delà, l'eau se vaporise au sommet (en fait dès que atteint la pression de vapeur, kPa, soit dès m), la colonne se rompt et le siphon se désamorce. La limite absolue de m est la hauteur de la colonne d'eau que supporte l'atmosphère, la même que pour une pompe aspirante ou un baromètre à eau. Les pertes de charge relèvent légèrement la pression au sommet et ne changent pas cette limite hydrostatique.

Exercice 11.4 · Écoulements visqueux
  1. Une perfusion intraveineuse est alimentée par une poche placée m au-dessus du bras du patient. Le liquide (viscosité Pa·s, masse volumique ) traverse une aiguille de cm de longueur et de mm de diamètre intérieur. En négligeant les pertes dans la tubulure et la pression veineuse, calculez le débit en mL/min avec la loi de Poiseuille, puis vérifiez que l'écoulement dans l'aiguille est laminaire. Que devient le débit si l'on tient compte d'une pression veineuse de kPa?
  2. Une bille d'acier () de mm de diamètre tombe dans de la glycérine (, Pa·s). Calculez sa vitesse limite et vérifiez la validité de la loi de Stokes. Comment ce dispositif permet-il de mesurer une viscosité?
Solution

1. La chute de pression disponible est la pression hydrostatique de la colonne de liquide: Pa. Avec mm m et m, la loi de Poiseuille donne

soit L/h: un débit réaliste pour une perfusion rapide (on le réduit avec la molette de la tubulure). La vitesse moyenne dans l'aiguille vaut m/s et le nombre de Reynolds : laminaire, l'usage de Poiseuille est légitime. Avec une pression veineuse de kPa, la chute de pression utile n'est plus que Pa et le débit, proportionnel à , tombe à mL/min. La dépendance en explique pourquoi le calibre de l'aiguille est le paramètre décisif: une aiguille de mm débiterait fois plus.

2. À la vitesse limite, la traînée de Stokes équilibre le poids diminué de la poussée d'Archimède:

soit cm/s. Vérification: , la loi de Stokes est excellente. Le viscosimètre à chute de bille exploite ce résultat: on chronomètre la chute d'une bille entre deux repères d'un tube rempli du liquide à étudier, et l'on en déduit . Il faut que le tube soit large devant la bille (sinon les parois freinent la chute) et que reste petit; pour un liquide peu visqueux comme l'eau, on utilise de très petites billes ou l'on passe à un viscosimètre capillaire fondé sur la loi de Poiseuille.

Exercice 11.5 · Temps de vidange d'un réservoir

Un réservoir cylindrique de section contient de l'eau sur une hauteur initiale . À l'instant , on ouvre à sa base un orifice de section . On admet que l'écoulement est à chaque instant quasi stationnaire.

  1. En appliquant le théorème de Bernoulli entre la surface libre et l'orifice sans négliger la vitesse de la surface, montrer que la vitesse de sortie vaut , et justifier l'approximation de Torricelli.
  2. Établir l'équation différentielle vérifiée par la hauteur , puis la résoudre.
  3. Montrer que le temps de vidange complet vaut et le comparer au temps qu'il faudrait si le débit restait égal à sa valeur initiale.
  4. À quel instant le réservoir est-il à moitié vide? Quelle forme faudrait-il donner au réservoir (rayon en fonction de ) pour que le niveau baisse à vitesse constante (clepsydre)?
Solution

1. Notons la vitesse de descente de la surface libre et la vitesse de sortie. La continuité donne . Bernoulli entre la surface (pression , altitude ) et l'orifice (pression , altitude ):

d'où . Pour , la correction est de ; pour , (Torricelli). L'hypothèse quasi stationnaire est cohérente: est petite et varie lentement.

2. Le volume d'eau diminue au rythme du débit sortant :

C'est une équation à variables séparables (Analyse I, chapitre 12). Pour : , d'où ; la condition donne et

La hauteur décroît comme une parabole tangente à l'axe des temps: la vidange ralentit de plus en plus. (La solution stationnaire de l'équation est atteinte en temps fini, ce qui est possible parce que n'est pas dérivable en : l'unicité de Cauchy–Lipschitz y est perdue, et l'on ne peut pas «remonter le temps» à partir du réservoir vide, ce qui est physiquement évident.)

3. Le réservoir est vide lorsque :

Le débit initial viderait le volume en : on a . Le débit moyen sur la vidange est la moitié du débit initial. Pour , et m: s min. On peut aussi obtenir en observant que .

4. donne , soit : la première moitié du volume s'écoule en du temps, la seconde en . Pour une clepsydre, on veut constante. Le bilan de volume s'écrit, pour un réservoir de section variable : , donc et

Le profil est très évasé près du fond: le rayon double lorsque la hauteur est multipliée par . C'est la forme des horloges à eau de l'Antiquité, dont la graduation en hauteur pouvait alors être régulière.

Références

  • Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. sur les milieux continus et les fluides.
  • Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière/De Boeck, chap. 14 (Fluides).
  • Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 14 (Statique et dynamique des fluides).
  • Young, H. D. et Freedman, R. A., University Physics, Pearson, chap. 12 (Fluid Mechanics).
  • Feynman, R., Leighton, R. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Électromagnétisme 2, Dunod, chap. 40–41 (L'écoulement de l'eau sèche, l'écoulement de l'eau mouillée).
  • Guyon, E., Hulin, J.-P. et Petit, L., Hydrodynamique physique, EDP Sciences/CNRS Éditions, Paris (pour aller plus loin: viscosité, Reynolds, tension superficielle).

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