Chapitre 7

Oscillations

Oscillateur harmonique, pendules, oscillations amorties et forcées, résonance.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • établir l'équation de l'oscillateur harmonique à partir de la deuxième loi de Newton, en donner la solution générale et déterminer l'amplitude et la phase à partir des conditions initiales;
  • calculer l'énergie mécanique d'un oscillateur, décrire l'échange entre énergie cinétique et énergie potentielle et reconnaître un mouvement harmonique dans les petites oscillations autour d'un minimum de potentiel;
  • appliquer la formule de la période au pendule simple, au pendule physique et au pendule de torsion, et en déduire une mesure de ou d'un moment d'inertie;
  • caractériser un oscillateur amorti par son taux d'amortissement, sa pseudo-période, son décrément logarithmique et son facteur de qualité, et distinguer les trois régimes;
  • calculer l'amplitude et le déphasage du régime permanent d'un oscillateur forcé, tracer sa courbe de résonance et expliquer le principe de l'isolation vibratoire;
  • reconnaître les situations d'ingénierie où la résonance est recherchée (horlogerie, instruments) ou redoutée (ponts, bâtiments, véhicules).

L'oscillateur harmonique

Un mouvement omniprésent

Une masse suspendue à un ressort, un enfant sur une balançoire, le balancier d'une horloge, le quartz d'une montre, un pont piétonnier qui vibre sous les pas de la foule, un atome dans une molécule: partout où un système écarté de sa position d'équilibre est rappelé vers elle par une force, il oscille. Le mouvement le plus simple de ce type est le mouvement harmonique, celui pour lequel la force de rappel est proportionnelle à l'écart. Il joue en physique un rôle comparable à celui de la droite en géométrie: au voisinage de tout équilibre stable, presque tout système se comporte comme un oscillateur harmonique, et c'est ce que nous démontrerons dans la section sur l'énergie.

Considérons un chariot de masse glissant sans frottement sur un rail horizontal, relié à un mur par un ressort de raideur . Repérons sa position par l'abscisse , comptée depuis la position où le ressort n'est ni tendu ni comprimé. La loi de Hooke (chapitre 4) donne la force du ressort : elle est toujours dirigée vers la position d'équilibre , d'où son nom de force de rappel. Les autres forces (poids, réaction du rail) sont verticales et se compensent. La deuxième loi de Newton (chapitre 3) projetée sur l'axe s'écrit , soit

La solution et son unicité

L'équation (7.1) est une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants, dont la théorie générale est faite au chapitre 12 d'Analyse I. Nous n'avons besoin ici que d'un résultat, que nous pouvons vérifier directement.

Démonstration. Vérification. Si , alors et : la fonction est solution. En développant le cosinus, , ce qui est de la forme avec et ; réciproquement, tout couple s'écrit ainsi avec et l'angle dont le cosinus est et le sinus (coordonnées polaires du point ).

Conditions initiales. Avec et , les conditions , imposent et , d'où (7.3).

Unicité. Reste à montrer qu'il n'y a pas d'autres solutions. Soit une solution quelconque et posons , où et . Par linéarité, est encore solution de (7.1), avec et . Considérons la quantité : sa dérivée vaut , donc est constante, égale à sa valeur initiale . Une somme de carrés nulle a tous ses termes nuls: , et est bien la solution annoncée.

La quantité utilisée dans la preuve n'est autre, à un facteur près, que l'énergie mécanique: l'unicité découle de sa conservation. Physiquement, le théorème dit que l'état initial (position et vitesse) détermine tout le mouvement futur, ce qui est le déterminisme de la mécanique de Newton.

Deux remarques importantes. D'abord, la période ne dépend pas de l'amplitude: une petite ou une grande oscillation dure le même temps. Cette propriété, appelée isochronisme, est propre au mouvement harmonique et fonde toute l'horlogerie mécanique. Ensuite, ne dépend que du système ( et ), tandis que et dépendent de la manière dont on l'a lancé.

La vitesse et l'accélération s'obtiennent en dérivant:

La vitesse maximale est atteinte au passage par l'équilibre, où l'accélération est nulle; l'accélération maximale est atteinte aux extrémités, où la vitesse s'annule. La vitesse est «en avance» d'un quart de période sur la position, et l'accélération en opposition de phase avec elle.

Lien avec le mouvement circulaire uniforme

La forme de la solution (7.2) n'est pas un hasard: considérons un point décrivant un cercle de rayon à la vitesse angulaire constante (chapitre 2). Si l'angle polaire de vaut , la projection de sur le diamètre horizontal a pour abscisse : le mouvement harmonique est la projection d'un mouvement circulaire uniforme sur un diamètre. La vitesse de , de module et tangente au cercle, se projette en , et son accélération centripète , dirigée vers le centre, se projette en : on retrouve (7.4).

xyA−AP₀ (t = 0)φω₀tPAω₀Mxx = A cos(ω₀t + φ), ici φ = π/6 et ω₀t = 0,50 radtxA−ATT/2x₀ = A cos φtx(t) = 0,52 A
Figure 7.1. Le mouvement harmonique comme projection d'un mouvement circulaire uniforme. À gauche, le point P tourne sur un cercle de rayon A à la vitesse angulaire ω₀; sa projection M sur le diamètre a pour abscisse x = A cos(ω₀t + φ). L'angle φ repère la position P₀ à t = 0. À droite, le graphe de x(t) sur une période, avec le même instant marqué: l'ordonnée du point est celle de M.

Cette image donne un sens géométrique à la phase: c'est l'angle du rayon , et deux oscillateurs de même pulsation dont les phases diffèrent de sont «en quadrature», comme la position et la vitesse. Elle est aussi la base de la représentation complexe que nous utiliserons pour la résonance: .

Exercice

Une masse kg fixée à un ressort de raideur N/m est lâchée de la position cm avec la vitesse m/s. Calculez l'amplitude du mouvement en centimètres.

cm
Exercice

Une masse est lâchée sans vitesse initiale depuis la position . Quelle expression décrit son mouvement?

Énergie de l'oscillateur

Conservation et échange

La force de rappel dérive de l'énergie potentielle élastique (chapitre 4). En l'absence de frottement, l'énergie mécanique se conserve.

Démonstration. Reportons (7.2) et (7.4) dans les deux termes: et puisque . Leur somme vaut , indépendante du temps. En résolvant , on obtient ; la vitesse est maximale pour . Enfin signifie , soit .

L'énergie totale est proportionnelle au carré de l'amplitude: doubler l'amplitude quadruple l'énergie. Au cours du mouvement, l'énergie passe alternativement de la forme potentielle (aux extrémités, où le ressort est le plus déformé) à la forme cinétique (au passage par l'équilibre), et ce deux fois par période, comme le montre la figure 7.2: et oscillent à la pulsation .

A−A0tx(t) = A cos ω₀tv(t) = −Aω₀ sin ω₀t (échelle Aω₀)x = 0, |v| maxx = −A, v = 00T/4T/23T/4TEE/20énergieE = Ec + Ep = ½kA² (constante)Ep = ½kx²Ec = ½mv²EpEctLes énergies oscillent à la pulsation 2ω₀: elles s'échangent deux fois par période, et Ec = Ep lorsque x = ±A/√2.
Figure 7.2. Échange d'énergie dans un oscillateur harmonique. En haut, la position x(t) (trait plein) et la vitesse v(t) (tirets) sont en quadrature. En bas, l'énergie potentielle ½kx² (tan) et l'énergie cinétique ½mv² (bleu) se partagent une énergie totale constante E = ½kA²; elles s'échangent deux fois par période et sont égales lorsque x = ±A/√2.

Association de ressorts

Les ressorts d'une suspension, les segments d'un câble ou les liaisons d'une molécule s'associent en série ou en parallèle. Quelle est la raideur équivalente?

Démonstration. Parallèle. Les deux ressorts relient la masse au même support: un déplacement de la masse les allonge tous deux de , et ils exercent les forces et , de somme . Série. Les ressorts sont bout à bout; le point de jonction, sans masse, est en équilibre, donc la tension est la même dans les deux ressorts (sinon sa masse nulle subirait une accélération infinie). Leurs allongements sont et , et l'allongement total , d'où avec .

Deux ressorts identiques en série sont deux fois plus souples qu'un seul: couper un ressort en deux double sa raideur, et la période d'un oscillateur monté sur une moitié de ressort est divisée par .

Masse suspendue verticalement

Suspendons la masse à un ressort vertical. Comptons vers le bas depuis la position du ressort non déformé. Les forces sont le poids et le rappel , d'où . À l'équilibre, : c'est l'allongement statique . Posons ; alors : on retrouve exactement (7.1). Le poids ne fait que déplacer la position d'équilibre; la pulsation reste , que l'on peut aussi écrire

La formule (7.8) est précieuse en pratique: il suffit de mesurer de combien un ressort s'allonge sous une charge pour connaître la période, sans connaître ni ni . C'est ce que nous ferons pour la voiture du problème guidé. Le résultat s'applique à toute force constante ajoutée à un oscillateur harmonique: elle décale l'équilibre sans changer la fréquence.

Petites oscillations autour d'un minimum de potentiel

Voici le résultat qui explique l'universalité du mouvement harmonique. Soit une particule de masse se déplaçant sur un axe dans un champ de force conservatif d'énergie potentielle , et soit un point d'équilibre stable, c'est-à-dire un minimum de (chapitre 4): et . La formule de Taylor (Analyse I, chapitre 9) donne, au voisinage de ,

et la force est une force de rappel linéaire. Les petites oscillations autour de sont donc harmoniques, avec

Le potentiel est «approché par sa parabole osculatrice». L'approximation est d'autant meilleure que l'amplitude est petite; pour une grande amplitude, les termes suivants du développement rendent la période dépendante de l'amplitude, comme nous le verrons pour le pendule.

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes permettant d'obtenir la pulsation des petites oscillations d'une particule de masse dans un potentiel .

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Écrire la loi de Newton et identifier
  • 2.
  • Sélectionner les équilibres stables: ceux où
  • 3.
  • En déduire la force de rappel linéaire
  • 4.
  • Développer au second ordre autour de :
  • 5.
  • Chercher les positions d'équilibre: résoudre

Pendules

Le pendule simple

Un pendule simple est une masse ponctuelle suspendue à un fil inextensible et sans masse de longueur , oscillant dans un plan vertical. Repérons-le par l'angle du fil avec la verticale. La masse décrit un arc de cercle de rayon ; sa vitesse vaut et sa composante tangentielle d'accélération (chapitre 2). Les forces sont le poids et la tension du fil, radiale. La projection de la deuxième loi de Newton sur la tangente ne fait intervenir que le poids, dont la composante tangentielle est (elle ramène toujours vers ):

Cette équation n'est pas celle d'un oscillateur harmonique, à cause du sinus: le pendule n'est pas rigoureusement isochrone. Mais pour de petits angles, (l'erreur relative vaut , soit à ), et l'on obtient .

Démonstration. L'équation linéarisée est l'équation (7.1) avec ; le théorème 7.1 donne la solution et la période . La masse s'est simplifiée dans (7.10) parce que la force de rappel (le poids) et l'inertie sont toutes deux proportionnelles à : c'est la même raison qui fait que tous les corps tombent avec la même accélération. La formule (7.12), que nous admettons, s'obtient en intégrant exactement (7.10) grâce à la conservation de l'énergie; la période s'exprime alors par une intégrale elliptique que l'on développe en puissances de .

La correction en amplitude est faible: pour ( rad), , soit ; pour , ; pour , . Une horloge à pendule dont l'amplitude dériverait de à retarderait de s par jour: c'est pourquoi les horloges de précision limitent l'amplitude à quelques degrés.

Exercice

Quelle longueur doit avoir un pendule simple pour «battre la seconde», c'est-à-dire avoir une période s (une seconde par demi-oscillation)? Prenez m/s² et répondez en mètres.

m

Le pendule physique

Un solide quelconque suspendu à un axe horizontal ne passant pas par son centre de masse constitue un pendule physique (ou pendule composé): une cloche, une jambe qui se balance, un balancier d'horloge. Soit le point de l'axe dans le plan de , la distance de l'axe au centre de masse, le moment d'inertie du solide par rapport à l'axe (chapitre 9) et l'angle de avec la verticale descendante. Le poids, appliqué en , a par rapport à l'axe un moment de bras de levier (figure 7.3), dirigé de façon à ramener vers ; la réaction de l'axe a un moment nul. L'équation du mouvement de rotation (chapitre 9), , s'écrit

verticaleOθdGmgd sin θM = −mgd sin θI: moment d'inertie en OIθ̈ = −mgd sin θpetits angles: θ̈ + (mgd/I) θ = 0T = 2π √(I / (mgd))longueur équivalente I/(md)
Figure 7.3. Pendule physique. Le solide est suspendu à l'axe horizontal passant par O; son centre de masse G est à la distance d de l'axe. Le poids mg, appliqué en G, a par rapport à O un bras de levier d sin θ et exerce le moment de rappel M = −mgd sin θ; pour de petits angles, l'équation Iθ̈ = −mgd θ est celle d'un oscillateur harmonique.

Démonstration. Pour petit, et (7.13) devient , équation (7.1) avec . Pour un pendule simple, et , d'où : on retrouve (7.11). Un pendule simple de longueur a la même pulsation si , soit .

Par le théorème de Huygens–Steiner (chapitre 9), , donc : le pendule physique est toujours «plus long» que la distance . La période mesurée, jointe à la connaissance de et , fournit : c'est la méthode expérimentale standard pour mesurer le moment d'inertie d'une pièce de forme compliquée (bielle, pale d'hélice).

Le pendule de torsion

Suspendons un solide à un fil ou une tige élastique verticale et faisons-le tourner d'un angle autour de l'axe du fil. Le fil exerce un moment de rappel proportionnel à l'angle de torsion, , où (en N·m/rad) est la constante de torsion du fil. L'équation de rotation est exactement harmonique, sans approximation de petits angles:

C'est le principe du balancier-spiral des montres mécaniques (le spiral fournit , le balancier ), de la balance de torsion avec laquelle Cavendish mesura en 1798 (chapitre 6) et du galvanomètre. Un disque de moment d'inertie kg·m² qui oscille en s au bout d'un fil d'acier a une constante de torsion N·m/rad.

Oscillations amorties

Frottement visqueux et équation du mouvement

Un oscillateur réel finit toujours par s'arrêter: l'air, le fluide d'un amortisseur, les frottements internes du matériau dissipent l'énergie mécanique. Le modèle le plus simple et le plus courant est le frottement visqueux, force proportionnelle à la vitesse et opposée à elle, , avec en N·s/m (chapitre 3). C'est la loi de l'amortisseur hydraulique, du mouvement lent dans un fluide et, en bonne approximation, des structures peu amorties. La deuxième loi de Newton donne , soit

Les trois régimes

L'équation (7.16) est résolue au chapitre 12 d'Analyse I par l'équation caractéristique , de discriminant réduit . Nous en rappelons les résultats.

Régime pseudo-périodique (, ). Les racines sont complexes, , et

Le système oscille à la pseudo-pulsation , un peu inférieure à , avec une amplitude qui décroît exponentiellement selon l'enveloppe , de constante de temps . La pseudo-période est légèrement supérieure à ; pour , l'écart n'est que de .

Régime critique (, ). Racine double : . Le système revient à l'équilibre sans osciller, et c'est le retour le plus rapide possible: c'est le réglage visé pour les amortisseurs de véhicules, les appareils de mesure à aiguille et les ferme-portes.

Régime apériodique (, ). Deux racines réelles négatives, avec : retour à l'équilibre sans oscillation, mais plus lent que le régime critique, car la racine la plus proche de zéro tend vers lorsque croît.

Décrément logarithmique et facteur de qualité

Comment mesurer l'amortissement d'une structure réelle, un plancher, une passerelle, une pale? On l'écarte, on la lâche et l'on enregistre la décroissance des oscillations. En régime pseudo-périodique, deux maximums successifs, séparés de , sont dans le rapport ; son logarithme,

est le décrément logarithmique. Sur pseudo-périodes, : il suffit de compter les oscillations nécessaires pour que l'amplitude soit divisée par un facteur donné.

Le facteur de qualité admet une interprétation énergétique. L'énergie mécanique étant proportionnelle au carré de l'amplitude, elle décroît comme ; la fraction perdue pendant une période vaut, pour , . Autrement dit,

et est approximativement le nombre d'oscillations au bout duquel l'amplitude est divisée par . Quelques ordres de grandeur: amortisseur de voiture à (); bâtiment en béton à ( à ); corde de guitare ; quartz de montre ; cavité supraconductrice du CERN .

Exercice

Lâchée hors de sa position d'équilibre, une plateforme oscille avec une amplitude qui passe de mm à mm en pseudo-périodes. Calculez son taux d'amortissement .

Exercice

Un sismomètre est constitué d'une masse suspendue à un ressort et freinée par un amortisseur réglé au régime critique. On double la masse sans toucher au ressort ni à l'amortisseur. Dans quel régime se trouve-t-il désormais?

Oscillations forcées et résonance

Régime transitoire et régime permanent

Appliquons maintenant à l'oscillateur amorti une force extérieure sinusoïdale , de pulsation imposée: un moteur déséquilibré sur ses supports, la houle sur un navire, la route sur une suspension, le pas des piétons sur une passerelle, un séisme sur un bâtiment. L'équation du mouvement devient

D'après la théorie des équations linéaires (Analyse I, chapitre 12), la solution générale est la somme de la solution générale de l'équation homogène (7.16) et d'une solution particulière de (7.21). La première est l'oscillation libre amortie, qui s'éteint en quelques constantes de temps : c'est le régime transitoire, qui dépend des conditions initiales. La seconde, qui subsiste seule ensuite, est le régime permanent (ou régime établi): le système oscille à la pulsation de l'excitation, et non plus à , avec une amplitude et un retard de phase qui dépendent de . C'est ce régime permanent que nous calculons.

Démonstration. Utilisons la méthode complexe (Analyse I, chapitre 2). La force est la partie réelle de . Cherchons une solution complexe de sous la forme , où est une amplitude complexe à déterminer; comme l'équation est à coefficients réels, sera alors solution de (7.21). Les dérivations se réduisent à des multiplications: et . En reportant et en simplifiant par ,

Écrivons le dénominateur sous forme polaire: avec et l'argument, de tangente ; comme la partie imaginaire est positive, (premier quadrant si , deuxième si ). Alors , et

ce qui est (7.22) avec . Pour obtenir (7.23), on divise numérateur et dénominateur par et l'on remplace par . Enfin, la différence de deux solutions de (7.21) est solution de l'équation homogène, donc tend vers si : toutes les solutions rejoignent .

La courbe de résonance

Explorateur de la résonance

Régime permanent de l'oscillateur forcé ẍ + 2ζω₀ẋ + ω₀²x = (F₀/m) cos ωt. En haut, le facteur d'amplification A(ω)/(F₀/k); en bas, le retard de phase φ(ω) de la réponse sur la force. Faites varier le taux d'amortissement ζ et la pulsation d'excitation ω: le pic de résonance s'affine et grandit lorsque ζ diminue, et la phase bascule de 0 à 180° en passant par 90° exactement à ω = ω₀.

2468réponse statique F₀/kωrA / (F₀/k)0,51,01,52,02,53,0ω/ω₀ζ = 0,15, Q ≈ 3,30°90°180°retard de phase φ0,51,01,52,02,53,0ω/ω₀φ(ω₀) = 90° quel que soit ζ
Amplification A/(F0/k) à cette ω
2,311
Retard de phase φ
33,7°
Résonance ωr0 = √(1 − 2ζ²)
0,977
Amplification maximale
3,37
Facteur de qualité Q = 1/(2ζ)
3,33
Taux d'amortissement ζ0,15
Rapport ω/ω00,80

Démonstration. L'amplitude est maximale lorsque le dénominateur est minimal. Posons : est un trinôme en de dérivée , nulle pour . Cette valeur n'est positive que si ; elle donne alors le minimum , d'où et . Si , la dérivée est positive pour tout : croît et décroît. Pour la largeur, écrivons près de : et ; l'amplitude vaut lorsque , soit , d'où .

La largeur du pic donne une troisième interprétation du facteur de qualité: est la sélectivité de l'oscillateur. Un quartz de ne répond qu'à une bande de largeur relative autour de sa fréquence: c'est ce qui en fait un étalon de fréquence. Notez que trois pulsations distinctes sont maintenant en jeu: la pulsation de résonance, la pseudo-pulsation du régime libre et la pulsation propre, rangées dans l'ordre ; elles ne coïncident qu'à la limite .

Puissance absorbée

En régime permanent, l'énergie fournie par la force est entièrement dissipée par le frottement. La puissance instantanée de la force est avec ; sa valeur moyenne sur une période vaut

La première égalité vient de ; la deuxième traduit l'égalité avec la puissance dissipée ; la troisième utilise . La puissance absorbée est maximale exactement en (et non en ), où elle vaut : plus l'amortissement est faible, plus l'oscillateur absorbe d'énergie à sa résonance, mais dans une bande plus étroite. C'est le mécanisme par lequel une excitation modeste mais bien accordée peut accumuler, oscillation après oscillation, une énergie destructrice.

Exercice

Un oscillateur de taux d'amortissement est excité à la pulsation . Calculez le facteur d'amplification .

Exercice

Un oscillateur forcé est excité exactement à sa pulsation propre . Quel est le retard de phase de la position sur la force?

La résonance en ingénierie

Isolation vibratoire. Pour protéger une machine sensible des vibrations du sol, ou le sol des vibrations d'une machine, on la monte sur des ressorts souples. Lorsque le support oscille avec l'amplitude , on montre par la même méthode complexe (exercice 7.5) que la masse oscille avec l'amplitude , où la transmissibilité

est inférieure à si et seulement si . La suspension isole donc les vibrations dont la fréquence dépasse fois sa fréquence propre, et d'autant mieux que est grand: on choisit des ressorts souples, donc une fréquence propre basse. Au-dessus de , l'amortissement dégrade paradoxalement l'isolation (il transmet la force ), mais il reste indispensable pour traverser la résonance au démarrage. Une voiture obéit à la même logique: sa suspension à Hz filtre les irrégularités de la route, dont la fréquence à vitesse normale est de plusieurs hertz.

Bâtiments et séismes. Un immeuble est un oscillateur dont la période propre vaut grossièrement s par étage: s pour dix étages, à s pour une tour de m. Un séisme excite le sol dans une bande de à Hz: les bâtiments dont la fréquence propre tombe dans la bande dominante du sol local subissent les dégâts les plus lourds, comme à Mexico en 1985, où les sédiments lacustres amplifiaient les ondes autour de Hz et où les immeubles de dix à vingt étages furent les plus touchés. Les normes parasismiques (SIA 261 en Suisse) prescrivent un spectre de réponse, c'est-à-dire l'amplification maximale d'un oscillateur amorti à en fonction de sa période propre. Pour les tours, on ajoute un amortisseur à masse accordée: la tour Taipei 101 abrite entre ses 87e et 92e étages une sphère d'acier de t suspendue comme un pendule et accordée sur la période propre de la tour (environ s, ce qui correspondrait pour un pendule simple à une longueur de m). Excitée en opposition de phase par le mouvement de la tour, elle lui soustrait de l'énergie par des vérins hydrauliques et réduit ses oscillations sous le vent et les séismes d'environ .

Instruments de musique. Un violon, une guitare, un piano sont des assemblages d'oscillateurs: les cordes fixent les fréquences, la caisse et la table d'harmonie, larges et peu amorties, entrent en résonance avec elles et rayonnent le son. Le chapitre 12 reprendra cette idée avec les ondes stationnaires: chaque corde possède une suite de fréquences propres, et le timbre d'un instrument est la carte de ses résonances.

Aperçu: oscillateurs couplés et battements

Deux pendules identiques de longueur , reliés par un ressort de raideur souple, forment un système à deux degrés de liberté , . Pour de petits angles, chaque pendule subit son rappel propre et celui du ressort, proportionnel à la différence des angles:

Les équations sont couplées, mais leur somme et leur différence ne le sont plus: vérifie et vérifie . Le système possède donc deux modes propres: le mode symétrique, où les pendules oscillent ensemble sans déformer le ressort, à , et le mode antisymétrique, où ils oscillent en opposition, à . Tout mouvement est une superposition de ces deux modes. Si l'on écarte le seul pendule 1 et qu'on lâche, les deux modes sont excités à parts égales, et l'on observe des battements: l'énergie passe entièrement du pendule 1 au pendule 2 en un temps , puis revient. La recherche des modes propres d'un système à degrés de liberté est un problème de valeurs propres d'une matrice (Algèbre linéaire): les fréquences propres d'un bâtiment, d'une aile d'avion ou d'une molécule se calculent ainsi, et le chapitre 12 en présentera la limite continue, les ondes.

Synthèse

  • Oscillateur harmonique: a pour solutions , avec , ; l'amplitude et la phase sont fixées par et (). La période ne dépend pas de l'amplitude (isochronisme). Le mouvement est la projection d'un mouvement circulaire uniforme.
  • Énergie: se conserve et s'échange entre et deux fois par période; . Ressorts en parallèle: ; en série: . Une force constante (poids) déplace l'équilibre sans changer : . Autour d'un minimum de potentiel, .
  • Pendules: simple (petits angles; correction ), physique (longueur équivalente ), torsion .
  • Amortissement : avec , , . Régime pseudo-périodique (: , enveloppe , décrément ), critique (, retour le plus rapide) ou apériodique (). .
  • Oscillateur forcé par : après le transitoire, avec et , . Résonance en , amplification , largeur , phase en ; puissance absorbée maximale en .
  • Applications: isolation vibratoire pour (transmissibilité (7.26)), amortisseurs accordés, spectres de réponse sismique; les oscillateurs couplés possèdent des modes propres et présentent des battements.

Série d'exercices du chapitre 7

Exercice 1 sur 5
Exercice

On double l'amplitude d'un oscillateur harmonique masse–ressort. Que deviennent sa période et son énergie mécanique ?

Problème guidé

Suspension d'une voiture

Une voiture de masse kg s'affaisse de cm lorsqu'on la charge de kg. On assimile la caisse à une masse posée sur un ressort unique (la raideur totale des quatre suspensions) et un amortisseur unique. On prend m/s². On cherche la raideur, la fréquence propre, le coefficient d'amortissement critique, puis l'amplitude des oscillations de la caisse lorsque la voiture roule à km/h sur une route ondulée dont les bosses, d'amplitude cm, se succèdent tous les m.

  1. 1

    Raideur de la suspension

    À l'équilibre, la charge supplémentaire est compensée par le surcroît de force du ressort .

    Exercice

    Calculez la raideur totale en N/m.

    N/m
  2. Fréquence propre

  3. Amortissement critique

  4. Amplitude sur la route ondulée

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 7.1 · Oscillateur masse–ressort

Un bloc de masse kg est fixé à un ressort horizontal de raideur N/m. À , il se trouve en cm et se déplace vers l'équilibre à la vitesse m/s.

  1. Calculer la pulsation propre, la période et l'amplitude du mouvement.
  2. Déterminer la phase initiale et écrire .
  3. Calculer l'énergie mécanique, la vitesse maximale et l'accélération maximale.
  4. À quel instant le bloc passe-t-il pour la première fois par ?
Solution

1. rad/s et s. D'après (7.3), cm, donc

2. et : . Ainsi

Vérification: cm et cm/s.

3. J (on peut vérifier: J, et à les deux énergies sont égales puisque ). m/s et m/s².

4. lorsque ; le premier instant positif correspond à : s, soit un huitième de période, ce qui est cohérent avec une phase initiale de (un huitième de tour sur le cercle de la figure 7.1). Le bloc y passe à la vitesse m/s.

Exercice 7.2 · Pendule physique: le disque percé

Un disque homogène de rayon cm et de masse est percé d'un petit trou à la distance de son centre, par lequel on le suspend à un axe horizontal. On rappelle que le moment d'inertie du disque par rapport à son axe de symétrie vaut .

  1. Exprimer la période des petites oscillations.
  2. Pour quelle valeur de la période est-elle minimale? Calculer cette période minimale.
  3. Comparer avec la période obtenue en suspendant le disque par son bord () et avec celle d'un pendule simple de longueur .
  4. Montrer qu'il existe deux valeurs de donnant la même période et les relier.
Solution

1. Par Huygens–Steiner, , et (7.14) donne

La masse disparaît, comme pour tout pendule. Lorsque , : suspendu par son centre, le disque n'a aucune raison d'osciller (équilibre indifférent). Lorsque croît, .

2. est minimale lorsque l'est. La dérivée s'annule pour cm, et elle est négative avant, positive après: c'est un minimum, avec cm et

3. Par le bord, : cm et s, comme dans l'exemple 7.6. Un pendule simple de longueur aurait s: le disque oscille toujours plus lentement qu'un pendule simple de longueur , puisque .

4. L'équation s'écrit , trinôme en de discriminant , positif dès que , c'est-à-dire dès que . Ses deux racines vérifient et : deux points de suspension situés de part et d'autre de , dont le produit des distances vaut , donnent la même période, et la somme de leurs distances est précisément la longueur du pendule simple équivalent. Par exemple, cm et cm donnent tous deux cm et s. C'est le principe du pendule réversible de Kater (1817): en mesurant et la période commune, on obtient sans connaître ni ni la position exacte du centre de masse.

Exercice 7.3 · Amortissement d'une passerelle

Une passerelle piétonne de masse modale t a une fréquence propre verticale Hz. Lors d'un essai, on la fait vibrer puis on la laisse osciller librement: l'amplitude passe de mm à mm en s.

  1. Calculer le décrément logarithmique , le taux d'amortissement et le facteur de qualité .
  2. En déduire le coefficient d'amortissement , le coefficient du modèle visqueux équivalent et la raideur modale .
  3. Quelle fraction de son énergie la passerelle perd-elle à chaque oscillation? Au bout de combien de temps l'amplitude est-elle divisée par ?
  4. Un groupe de piétons marchant au pas à Hz exerce une force verticale d'amplitude kN. Quelle amplitude atteindra la passerelle en régime permanent? Commenter.
Solution

1. En s, la passerelle effectue oscillations (on néglige la différence entre et , justifiée a posteriori). D'après (7.19), , donc

La formule exacte donne la même valeur à trois chiffres. L'écart relatif entre et , , est bien négligeable.

2. rad/s, s, N·s/m et N/m.

3. L'énergie décroît comme ; sur une période, la fraction perdue vaut , proche de l'approximation . L'amplitude est divisée par au bout de s, soit oscillations, ce qui est cohérent avec .

4. L'excitation est à la résonance (): d'après le théorème 7.6, m, soit mm, à comparer à la déformation statique mm. L'accélération correspondante, m/s², dépasse largement le seuil de confort des normes (de l'ordre de à m/s² pour les passerelles): la passerelle est inutilisable dans ces conditions. Les remèdes sont ceux du Millennium Bridge: augmenter par des amortisseurs (à , l'amplitude tombe à mm) ou décaler hors de la bande à Hz de la marche en raidissant la structure.

Exercice 7.4 · Pendules couplés et battements

Deux pendules simples identiques ( kg, m) sont reliés par un ressort horizontal de raideur N/m, non tendu lorsque les deux pendules sont verticaux. On note et leurs angles avec la verticale, supposés petits, et l'on prend m/s².

  1. Établir les équations du mouvement des deux pendules.
  2. Montrer que et vérifient des équations d'oscillateurs harmoniques découplées et calculer les deux pulsations propres et .
  3. À , on écarte le pendule 1 de en maintenant le pendule 2 vertical, puis on lâche les deux sans vitesse. Déterminer et et les mettre sous la forme d'un produit de deux sinusoïdes.
  4. Au bout de combien de temps toute l'énergie est-elle passée dans le pendule 2? Quelle est la période des battements?
Solution

1. Pour de petits angles, l'écart horizontal de la masse vaut et l'allongement du ressort . Sur le pendule 1 agissent la composante tangentielle du poids et la force du ressort ; de même pour le pendule 2, avec les rôles échangés. La loi de Newton tangentielle donne

2. En additionnant, les termes de couplage s'éliminent: . En soustrayant, ils s'ajoutent: . Donc

Le mode (pendules en phase, ressort inerte) a la pulsation d'un pendule seul; le mode (pendules en opposition, ressort étiré deux fois plus que chaque écart) est plus rapide. Sous forme matricielle, avec : et sont les valeurs propres de , de vecteurs propres et .

3. Conditions initiales: , , . Donc et , puis et :

par les formules de Simpson. Chaque pendule oscille à la pulsation moyenne rad/s, avec une amplitude lentement modulée à la pulsation rad/s: ce sont des battements. Lorsque l'enveloppe de est maximale, celle de est nulle, et inversement.

4. L'enveloppe de , , s'annule pour la première fois lorsque , soit

à cet instant le pendule 1 est immobile et le pendule 2 oscille avec l'amplitude . Le transfert complet se répète toutes les , et la période des battements (retour à l'état initial) vaut s, soit environ oscillations. Plus le couplage est faible, plus est proche de et plus le transfert est lent: c'est l'expérience classique des pendules sympathiques de Huygens, qui observa en 1665 la synchronisation de deux horloges suspendues à la même poutre.

Exercice 7.5 · Démonstration: réponse en fréquence de l'oscillateur forcé

On considère l'oscillateur avec , et .

  1. En cherchant une solution complexe , retrouver l'amplitude complexe et en déduire l'amplitude et le retard de phase du régime permanent sous la forme (7.23).
  2. Montrer que pour tout et que est une fonction croissante de .
  3. Montrer que est maximale en lorsque et calculer . Vérifier que .
  4. Excitation par la base. Le support de l'oscillateur oscille selon et la masse est repérée par sa position absolue . Montrer que , puis, par la méthode complexe, que l'amplitude de la masse vaut avec la transmissibilité (7.26). Montrer enfin que si et seulement si , indépendamment de .
Solution

1. Divisons par : . Le second membre est . Pour , on a et , donc l'équation complexe se réduit à

en divisant haut et bas par . Le dénominateur a pour module et pour argument défini par , (la partie imaginaire est positive). Donc avec , et : c'est (7.23), avec . Comme l'équation est linéaire à coefficients réels, la partie réelle d'une solution complexe est solution de l'équation réelle, ce qui justifie la méthode.

2. En , le dénominateur vaut , imaginaire pur de partie imaginaire positive: son argument est pour tout . Pour la monotonie, écrivons , fonction strictement décroissante de sur (de à ). Comme la cotangente est strictement décroissante sur , est strictement croissante, de (en ) à (en ), passant par en .

3. Posons et ; est maximale lorsque est minimale. On a , qui s'annule en et change de signe de négatif à positif: minimum. Il est atteint pour un si et seulement si , c'est-à-dire ; alors , soit . La valeur minimale est

d'où . Si , pour tout : décroît depuis . Enfin, pour , , d'où en prenant les racines carrées et en multipliant par . Vérification numérique pour : , , alors que .

4. Dans le référentiel du laboratoire, la masse subit la force du ressort, proportionnelle à sa déformation , et celle de l'amortisseur, proportionnelle à la vitesse relative : , ce qui est l'équation annoncée. Passons en complexes avec et :

après division par et avec . Le rapport des amplitudes est le module de ce quotient, soit le quotient des modules:

Enfin équivaut à , soit , soit ; comme , cela impose , c'est-à-dire . Le seuil , où exactement, ne dépend pas de : toutes les courbes de transmissibilité se croisent en ce point. Au-delà, on vérifie que croît avec (le numérateur croît plus vite que le dénominateur, puisque ): l'amortissement nuit à l'isolation à haute fréquence, comme annoncé dans le cours.

Références

  • Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. sur les oscillateurs.
  • Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 15.
  • Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 15.
  • Kleppner, D. et Kolenkow, R., An Introduction to Mechanics, 2e éd., Cambridge University Press, chap. 11.
  • Feynman, R., Leighton, R. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Mécanique, Dunod, Paris, chap. 21–25 (oscillateur harmonique, résonance, transitoires).
  • Rao, S. S., Mechanical Vibrations, 6e éd., Pearson, Harlow, chap. 2–3 (vibrations libres et forcées, isolation vibratoire).

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