Roulement sans glissement, équilibre statique, gyroscope et précession.
Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
décomposer le mouvement d'un solide en une translation de son centre de masse et une rotation autour de celui-ci, et appliquer les deux théorèmes (centre de masse, moment cinétique) qui gouvernent chacune de ces parties;
calculer l'énergie cinétique d'un solide en mouvement plan grâce au théorème de König;
traduire la condition de roulement sans glissement en relations cinématiques et résoudre les problèmes de roue, de cylindre ou de sphère sur une pente, de yo-yo et de bobine;
décider, à partir du coefficient de frottement statique, si un solide roule sans glisser;
écrire et résoudre les conditions d'équilibre d'un solide (échelle, pont-levis, grue) et discuter la stabilité d'un équilibre;
expliquer la précession d'un gyroscope, calculer sa vitesse angulaire et traiter un choc mettant en jeu un solide en rotation (centre de percussion).
Le mouvement général d'un solide
Translation et rotation
Au chapitre 5, nous avons décrit un système de points matériels par son centre de masse; au chapitre 9, nous avons étudié la rotation d'un solide autour d'un axe fixe. Le présent chapitre réunit ces deux points de vue pour traiter un solide libre de se déplacer: la roue d'un vélo qui dévale la route du Grand-Saint-Bernard, l'échelle du couvreur appuyée contre une façade, la toupie qui précesse sur la table. La clé est une décomposition simple du mouvement.
Le champ des vitesses d'un solide a une structure très particulière. Si ω désigne le vecteur rotation instantané du solide, la vitesse de l'un quelconque de ses points P s'écrit
vP=vG+ω∧GP.(10.1)
C'est la formule de distribution des vitesses (Euler): à chaque instant, le mouvement le plus général d'un solide est la superposition d'une translation à la vitesse vG et d'une rotation de vecteur ω autour d'un axe passant par G. La rotation est la même quel que soit le point choisi pour la décrire (le vecteur ω est une caractéristique du solide, pas d'un point); seule la vitesse de translation dépend du point de référence. Ce que nous savons de chacun de ces deux mouvements se transpose au solide grâce à deux théorèmes.
Ce théorème a été démontré au chapitre 5 pour un système quelconque de points matériels, en sommant les lois de Newton et en utilisant le fait que les forces intérieures se compensent deux à deux (troisième loi). Il décrit la translation; il ne dit rien de la rotation, pour laquelle il faut un second énoncé.
Démonstration. Écrivons OPi=OG+GPi et vi=vG+vi∗ par rapport à un point fixe O d'un référentiel galiléen. Le moment cinétique en O se développe en quatre termes:
Par définition du centre de masse, ∑imiGPi=0, et en dérivant, ∑imivi∗=0: les deux termes croisés disparaissent et LO=OG∧MvG+L∗ (premier théorème de König). Le théorème du moment cinétique en un point fixe (chapitre 9) donne dLO/dt=MOext. Or, d'une part,
dtd(OG∧MvG)==0vG∧MvG+OG∧MaG=OG∧∑Fext
d'après (10.2); d'autre part, MOext=∑i(OG+GPi)∧Fiext=OG∧∑Fext+MGext. En soustrayant, il reste exactement (10.3). Le cas plan découle de vi∗=ω∧GPi et du calcul du chapitre 9 avec l'axe passant par G. □
Les théorèmes 10.1 et 10.2 forment un système de six équations scalaires (trois pour la translation, trois pour la rotation) pour les six degrés de liberté du solide: le problème est «bien posé». En mouvement plan, il reste trois équations, MaGx=∑Fx, MaGy=∑Fy et IGω˙=MG, pour trois inconnues.
Le terme du milieu est nul, comme dans la démonstration précédente. Le dernier terme est l'énergie cinétique dans le référentiel du centre de masse; pour un solide en rotation autour d'un axe passant par G, ∥vi∗∥=ωri où ri est la distance de Pi à l'axe, et 21∑imiri2ω2=21IGω2 (chapitre 9). □
Exercice
Un solide est lancé en l'air en tournoyant: son centre de masse décrit une parabole. Sous quelle condition peut-on écrire dL∗/dt=MG pour son moment cinétique par rapport au centre de masse?
Roulement sans glissement
La condition cinématique
Démonstration. Plaçons l'axe x le long du plan, dans le sens du mouvement, et l'axe y vers le haut; la roue tourne dans le sens horaire, ω=−ωez avec ω>0, et le point de contact est GP=−Rey. D'après (10.1),
La condition vP=0 équivaut donc à vG=ωR. Les deux autres relations s'obtiennent en dérivant et en intégrant par rapport au temps, avec xG=0 pour θ=0. □
Figure 10.1. Champ des vitesses d'une roue qui roule sans glisser vers la droite. À gauche, la translation seule: tous les points ont la vitesse v du centre. Au milieu, la rotation seule autour de G: chaque point de la jante a une vitesse tangentielle de norme ωR = v. À droite, la somme (10.1): le point de contact P est immobile, le sommet avance à 2v, et les vitesses des autres points se déduisent en composant les deux contributions.
La figure 10.1 illustre une conséquence surprenante mais bien réelle de (10.1): le sommet de la roue avance à 2vG, tandis que le point de contact est immobile. C'est pourquoi les rayons d'une roue de vélo photographiée en mouvement sont flous en haut et nets en bas, et pourquoi la boue projetée par un pneu part du haut de la roue. Un point de la jante décrit une cycloïde, courbe dont la vitesse s'annule à chaque contact avec le sol.
Roue qui descend une pente
Considérons un solide de révolution (anneau, cylindre, sphère) de masse M, de rayon R et de moment d'inertie IG=kMR2 par rapport à son axe, lâché sans vitesse sur un plan incliné d'angle α. Le coefficient sans dimension k caractérise la répartition de la masse: k=1 pour un anneau ou un cylindre creux mince, k=1/2 pour un cylindre plein, k=2/5 pour une sphère pleine, k=2/3 pour une sphère creuse (chapitre 9).
Démonstration (méthode dynamique). Isolons le solide. Il subit son poids Mg appliqué en G, la réaction normale N et la force de frottement statique f du plan, toutes deux appliquées au point de contact P. Prenons l'axe x le long de la pente vers le bas. Le théorème du centre de masse projeté sur x et le théorème du moment cinétique en G donnent
MaG=Mgsinα−f,IGω˙=fR,
le poids et la réaction normale ayant un moment nul en G (leurs lignes d'action passent par G). La condition de roulement (10.5), aG=Rω˙, transforme la seconde équation en f=IGaG/R2=kMaG. En reportant dans la première, MaG(1+k)=Mgsinα, d'où (10.6), puis f=kMaG=1+kkMgsinα. □
Démonstration (méthode énergétique). La réaction normale ne travaille pas (perpendiculaire au déplacement) et la force de frottement statique non plus, car son point d'application P a une vitesse nulle (voir le Callout suivant). Seul le poids travaille: l'énergie mécanique se conserve. Lorsque G a parcouru la distance x le long de la pente, il est descendu de xsinα, et le théorème de König avec ω=vG/R donne
En dérivant par rapport au temps, (1+k)vGaG=gvGsinα, ce qui redonne (10.6). Enfin, la méthode de l'axe instantané fournit une troisième preuve en une ligne: IAω˙=MgRsinα avec IA=(1+k)MR2 donne aG=Rω˙=gsinα/(1+k). □
Le résultat (10.6) est remarquable: sur une même pente, une bille d'acier de 1 cm et une boule de pétanque arrivent en même temps, mais toutes deux battent n'importe quel cylindre plein, qui bat lui-même n'importe quel anneau. Seule la forme compte, par l'intermédiaire de k. L'explorateur suivant met en scène cette course.
Course de roulement sur un plan incliné
Quatre solides de même rayon partent sans vitesse du haut d'une pente de 4 m et roulent sans glisser. Faites varier l'angle α et l'instant t: l'accélération a = g sin α/(1 + k) ne dépend ni de la masse ni du rayon, mais seulement du coefficient k = I_G/(MR²). Le trait dans chaque solide montre l'angle tourné φ = x/R (pour R = 0,2 m).
a (anneau, k = 1,0)
1,68m/s²
a (cylindre creux épais, k = 0,7)
1,97m/s²
a (cylindre plein, k = 0,5)
2,24m/s²
a (sphère pleine, k = 0,4)
2,40m/s²
Arrivée (anneau)
2,18s
Arrivée (cylindre creux épais)
2,01s
Arrivée (cylindre plein)
1,89s
Arrivée (sphère pleine)
1,83s
μs requis, sphère (k = 0,4)
0,104
μs requis, anneau (k = 1)
0,182
Angle de la pente α20°
Instant t1,20s
Démonstration. La force de frottement statique ne peut pas dépasser μsN (chapitre 3). La projection de (10.2) perpendiculairement à la pente donne N=Mgcosα, et le théorème 10.5 impose f=1+kkMgsinα. La condition f≤μsN s'écrit 1+kkMgsinα≤μsMgcosα, soit (10.7). □
La condition (10.7) est d'autant plus facile à satisfaire que k est petit: une sphère (k/(1+k)=2/7) roule sans glisser sur des pentes plus raides qu'un anneau (k/(1+k)=1/2). Pour μs=0,3, une sphère roule sans glisser jusqu'à tanα=1,05, soit α≈46°, un anneau seulement jusqu'à 31°.
Exercice
Une sphère pleine (k=2/5) est lâchée sur une pente inclinée de 30°, avec un frottement suffisant pour rouler sans glisser. Calculez l'accélération de son centre en m/s² (g=9,81 m/s²).
Glissement puis roulement: la boule de billard
Lorsqu'un solide est lancé avec une vitesse qui ne satisfait pas vG=Rω, il glisse d'abord, et le frottement cinétique le ramène vers le roulement sans glissement.
Yo-yo et bobine
Exercice
Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration dynamique de l'accélération aG=gsinα/(1+k) d'un solide roulant sans glisser sur une pente.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
1.
Imposer la condition de roulement sans glissement aG=Rω˙, d'où f=kMaG avec k=IG/(MR2)
2.
Vérifier a posteriori la condition de non-glissement f≤μsN avec N=Mgcosα
3.
Écrire le théorème du moment cinétique en G, où seul le frottement a un moment: IGω˙=fR
4.
Projeter le théorème du centre de masse le long de la pente: MaG=Mgsinα−f
5.
Isoler le solide et dessiner les trois forces: poids Mg en G, réaction normale N et frottement statique f au point de contact, f dirigée vers le haut de la pente
6.
Éliminer f entre les deux équations et résoudre: aG=gsinα/(1+k)
Statique du solide
Conditions d'équilibre
Démonstration. D'après les théorèmes 10.1 et 10.2, aG=0 et dL∗/dt=0 équivalent à ∑Fext=0 et MGext=0; partant du repos, le solide reste alors immobile. Montrons que le point de calcul du moment est libre. Pour deux points A et B quelconques,
MB=i∑BPi∧Fi=i∑(BA+APi)∧Fi=BA∧i∑Fi+MA.
Si ∑iFi=0, alors MB=MA: le moment résultant ne dépend pas du point. En particulier MA=0 pour tout A dès que MG=0, et réciproquement. □
Cette liberté est précieuse: on choisit le point A de façon que le plus grand nombre possible de forces inconnues y aient un moment nul (leur ligne d'action passe par A), ce qui découple les équations.
L'échelle contre un mur
Figure 10.2. Échelle contre un mur lisse. Le poids mg s'applique au milieu G, celui de la personne à la fraction x de la longueur. Le mur lisse n'exerce qu'une réaction normale horizontale N_B; le sol rugueux exerce la réaction normale N_A et le frottement statique f dirigé vers le mur. Prendre les moments par rapport au pied A élimine d'un coup N_A et f.
Exercice
Une échelle homogène est appuyée contre un mur lisse sur un sol de coefficient de frottement statique μs=0,35. Quel est l'angle minimal (en degrés) qu'elle doit faire avec le sol pour ne pas glisser, personne ne se trouvant dessus?
Pont-levis, grue et contrepoids
Stabilité de l'équilibre
Pour un solide posé sur un plan, la règle est géométrique: l'équilibre existe tant que la verticale du centre de masse tombe à l'intérieur de la base de sustentation (le polygone convexe enveloppant les points d'appui), et il est d'autant plus stable que le centre de masse est bas et la base large. Un cône posé sur sa base est stable, sur sa pointe instable, couché sur sa génératrice indifférent. Le funambule abaisse son centre de masse avec son balancier; une voiture de course a un centre de masse à 30 cm du sol, un camion chargé à près de 2 m.
Gyroscope et précession
Le moment cinétique d'une roue rapide
Une roue de moment d'inertie I tournant à la vitesse angulaire ω autour de son axe possède le moment cinétique L=Iω, dirigé le long de l'axe. Si ω est grand, L est grand, et la loi dL/dt=M implique qu'un moment de force donné ne modifie la direction de l'axe que lentement: l'axe d'une roue rapide est «rigide». C'est le principe du gyroscope, dont le comportement, contraire à l'intuition, découle pourtant directement du théorème du moment cinétique.
Démonstration. Les forces extérieures sont le poids mg en G et la réaction du pivot en O. Cette dernière a un moment nul en O, point fixe; le moment du poids vaut MO=OG∧mg, vecteur horizontal de norme mgd, perpendiculaire à l'axe (figure 10.3). Le théorème du moment cinétique en O s'écrit dL/dt=MO, avec L≈Iω dirigé le long de l'axe. Comme MO est perpendiculaire à L, la variation dL=MOdt est perpendiculaire à L: la norme de L ne change pas (d(L2)/dt=2L⋅MO=0), seule sa direction tourne, et elle tourne dans le plan horizontal puisque dL est horizontal. Pendant dt, l'extrémité de L décrit l'arc ∥dL∥=mgddt sur un cercle de rayon L=Iω, ce qui correspond à l'angle dφ=mgddt/(Iω). La vitesse angulaire de précession est donc Ω=dφ/dt=mgd/(Iω), constante. Sous forme vectorielle, avec Ω=Ωez, on vérifie que Ω∧L=MO: l'équation du mouvement de L est celle d'un vecteur de norme constante en rotation uniforme autour de la verticale. □
Figure 10.3. Gyroscope pesant. Le moment du poids par rapport au pivot O, M = OG ∧ mg, est horizontal et perpendiculaire au moment cinétique L = Iω porté par l'axe. La variation dL = M dt est donc perpendiculaire à L: elle en fait tourner la direction sans changer sa norme, et l'axe décrit un cercle horizontal (pointillés) à la vitesse angulaire Ω = mgd/(Iω). Plus la roue tourne vite, plus la précession est lente.
L'approximation L≈Iω néglige le moment cinétique dû à la précession elle-même, de l'ordre de I′Ω avec I′ le moment d'inertie par rapport à la verticale: elle est légitime si Ω≪ω, ce que l'on appelle l'approximation gyroscopique. Le résultat (10.9) montre qu'elle est auto-cohérente pour ω grand, puisque Ω décroît comme 1/ω. On démontre à l'exercice 10.5 que Ω ne dépend pas de l'inclinaison de l'axe. Le comportement du gyroscope est paradoxal au premier abord: on s'attend à ce que la roue tombe, et elle se déplace latéralement. Il n'y a pourtant aucun mystère: la force est bien verticale, mais c'est le moment qui compte pour la rotation, et le moment d'une force verticale est horizontal.
Stabilité gyroscopique et applications
Le mouvement complet d'une toupie ou d'un gyroscope, sans l'approximation Ω≪ω, fait apparaître, superposée à la précession, une oscillation rapide de l'inclinaison de l'axe, la nutation; sa théorie (Euler, Lagrange) dépasse le cadre de ce cours.
Exercice
Le disque d'un gyroscope pesant ralentit progressivement à cause du frottement des paliers. Comment évolue la vitesse de précession Ω, tant que l'approximation gyroscopique reste valable?
Chocs et rotation
Conservation du moment cinétique lors d'un choc
Lors d'un choc, les forces de contact sont très grandes pendant une durée très courte. Comme au chapitre 5, on néglige pendant cette durée les forces ordinaires (poids, frottement) devant les forces de choc. Si le solide est monté sur un pivot fixe O, la force du pivot est elle aussi une force de choc, mais son moment en O est nul: le moment cinétique par rapport au pivot est conservé pendant le choc, alors que la quantité de mouvement ne l'est pas. Le choix du point O est donc dicté par la géométrie.
Le centre de percussion
Qui a frappé une balle avec une batte ou planté un clou avec un marteau sait qu'il existe un point de l'outil où l'impact ne «pique» pas les mains: le centre de percussion. La statique du choc l'explique.
Démonstration. Pendant le choc, le solide reçoit la percussion J au point d'impact et la percussion JO du pivot (toutes deux perpendiculaires à OG, prises dans le même sens). Les théorèmes du centre de masse et du moment cinétique en O, intégrés sur la durée du choc, donnent
MΔvG=J+JO,IOΔω=Jℓ,
la percussion du pivot n'ayant pas de moment en O. Comme le solide tourne autour de O, ΔvG=hΔω. En éliminant Δω,
JO=MhΔω−J=J(IOMhℓ−1),
qui s'annule si et seulement si ℓ=IO/(Mh). Pour la tige, IO=31ML2 et h=L/2 donnent ℓp=ML/2ML2/3=2L/3. □
Pour ℓ<ℓp, JO est de sens opposé à J (le pivot retient le solide); pour ℓ>ℓp, il est de même sens. D'après le théorème de Huygens–Steiner, IO=IG+Mh2, donc ℓp=h+IG/(Mh): le centre de percussion est toujours au-delà du centre de masse. Une batte de baseball frappée à son centre de percussion ne transmet aucune secousse aux mains (c'est le sweet spot); un marteau bien conçu a sa tête au centre de percussion par rapport au poignet; et le point d'impact du marteau du pendule de Charpy (essai de résilience) est placé au centre de percussion pour que l'axe ne subisse aucun effort. Remarquez enfin que ℓp est aussi la longueur du pendule simple synchrone du pendule pesant (chapitre 7): ce n'est pas un hasard, les deux calculs font intervenir le même rapport IO/(Mh).
Synthèse
Le mouvement d'un solide se décompose en la translation de son centre de masse, régie par MaG=∑Fext, et une rotation autour de G, régie par dL∗/dt=MGext, valable même si G accélère. En mouvement plan: IGω˙=MG. L'énergie cinétique vaut Ec=21MvG2+21IGω2 (König).
Roulement sans glissement: vG=Rω, aG=Rω˙, le point de contact est immobile (axe instantané de rotation) et le sommet avance à 2vG. Le frottement statique ne travaille pas; il convertit la translation en rotation.
Sur une pente, aG=gsinα/(1+k) avec k=IG/(MR2): la sphère (k=2/5) bat le cylindre plein (1/2), qui bat l'anneau (1), indépendamment de la masse et du rayon. Le roulement sans glissement exige μs≥1+kktanα.
Statique: ∑F=0 et ∑MA=0 par rapport à un point A quelconque (choisi pour éliminer les inconnues); on vérifie ensuite f≤μsN et N≥0. Un équilibre est stable si l'énergie potentielle est minimale, ce qui pour un solide posé signifie que la verticale de G tombe dans la base de sustentation.
Gyroscope pesant: le moment du poids, perpendiculaire à L=Iω, fait tourner l'axe dans le plan horizontal à la vitesse de précession Ω=mgd/(Iω), d'autant plus lente que la roue tourne vite.
Choc sur un solide pivotant: le moment cinétique par rapport au pivot est conservé (pas la quantité de mouvement); le centre de percussion ℓp=IO/(Mh) est le point d'impact pour lequel le pivot ne subit aucune percussion (2L/3 pour une tige).
Série d'exercices du chapitre 10
Exercice 1 sur 5
Exercice
Un anneau, un cylindre plein et une sphère pleine, de masses et de rayons différents, sont lâchés en même temps du haut d'une même pente et roulent sans glisser. Dans quel ordre arrivent-ils en bas?
Problème guidé
Cylindre plein sur un plan incliné
Un cylindre plein homogène de masse M=2,0 kg et de rayon R=10 cm est lâché sans vitesse en haut d'une pente inclinée de α=20° et longue de ℓ=3,0 m. Il roule sans glisser. On prend g=9,81 m/s² et l'on cherche son accélération, sa vitesse en bas, la force de frottement statique mise en jeu et le coefficient de frottement minimal qui rend ce roulement possible.
1
Accélération du centre de masse
Pour un cylindre plein, IG=21MR2, donc k=1/2. Le théorème 10.5 donne l'accélération sans qu'il soit nécessaire de connaître M ni R.
Exercice
Calculez l'accélération aG du centre du cylindre (en m/s²).
Vitesse en bas de la pente
Force de frottement statique
Coefficient de frottement minimal
Exercices
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Exercice 10.1 · Énergie cinétique d'un vélo
Un cycliste et son vélo ont une masse totale de 80 kg (roues comprises). Chaque roue, de masse 1,2 kg et de rayon 0,33 m, est assimilée à un anneau. Le vélo roule à 25 km/h sur une route horizontale.
Calculer la vitesse angulaire des roues et l'énergie cinétique (translation et rotation) de l'une d'elles.
Calculer l'énergie cinétique totale du système et la fraction due à la rotation des roues.
Le cycliste remplace ses roues par des roues de 0,9 kg. De combien l'énergie cinétique à 25 km/h diminue-t-elle? Comparer avec l'effet d'une perte de 0,6 kg sur le cadre.
Solution
1.v=25/3,6=6,944 m/s et ω=v/R=6,944/0,33≈21,0 rad/s (environ 3,3 tours par seconde). Pour un anneau, IG=mR2 et 21IGω2=21mR2(v/R)2=21mv2: l'énergie de rotation est égale à l'énergie de translation,
Etrans=Erot=21×1,2×6,9442≈28,9J,Eroue≈57,9J.
2. Le théorème de König appliqué à chaque roue et l'additivité de l'énergie donnent
Ec=21×80×6,9442+2×28,9≈1929+57,9≈1987J.
La rotation des roues représente 57,9/1987≈2,9% du total: c'est peu, mais c'est autant qu'une masse supplémentaire de 2,4 kg en translation.
3. Chaque roue «coûte» mv2 (translation + rotation) au lieu de 21mv2. Passer de 1,2 à 0,9 kg par roue économise 2×0,3×v2=0,6×48,2≈28,9 J, alors que la même perte de 0,6 kg sur le cadre n'économise que 21×0,6×v2≈14,5 J. C'est l'origine du dicton des cyclistes «un gramme sur la roue vaut deux grammes sur le cadre», exact pour la jante, et exagéré pour le moyeu, dont le rayon est petit. À vitesse constante sur le plat, cette énergie n'est payée qu'à l'accélération; en montée, seule la masse totale compte.
Exercice 10.2 · Identifier un solide à sa vitesse d'arrivée
Un solide de révolution inconnu (masse M, rayon R) est lâché sans vitesse en haut d'une pente inclinée de 25° et longue de 2,0 m. On mesure sa vitesse en bas: v=3,3 m/s. On suppose qu'il roule sans glisser.
Déterminer le coefficient k=IG/(MR2) et identifier la forme du solide.
Calculer la durée de la descente.
Quel coefficient de frottement statique minimal le sol doit-il présenter? Que se passerait-il sur une pente de 60° avec μs=0,30?
Solution
1. La conservation de l'énergie avec le théorème de König, 21(1+k)Mv2=Mgℓsinα, donne
Compte tenu de l'incertitude de la mesure, k=1/2: c'est un cylindre plein (ou un disque). Une sphère aurait donné v=3,44 m/s et un anneau 2,88 m/s.
2. Le mouvement est uniformément accéléré depuis le repos, donc la vitesse moyenne est v/2 et t=ℓ/(v/2)=2ℓ/v=4,0/3,3≈1,21 s. On vérifie avec a=gsinα/1,5=2,76 m/s²: t=v/a=1,19 s (l'écart vient de l'arrondi de k).
3. D'après (10.7), μs≥1+kktanα=31tan25°≈0,155. Sur une pente de 60°, il faudrait μs≥31tan60°=0,577: avec μs=0,30, le cylindre roule et glisse. Le frottement est alors cinétique, f=μcMgcosα, et les deux équations du mouvement se découplent: aG=g(sinα−μccosα) pour la translation et ω˙=2μcgcosα/R pour la rotation, avec aG>Rω˙: le point de contact glisse vers le bas et le cylindre tourne «trop lentement» pour sa vitesse.
Exercice 10.3 · Potence d'enseigne
Une poutre horizontale homogène de masse mb=15 kg et de longueur L=2,4 m est articulée à un mur en O. Un câble, fixé à la poutre à 1,8 m de O et au mur au-dessus de O, fait un angle de 40° avec la poutre. Une enseigne de masse m=30 kg est suspendue à l'extrémité libre de la poutre.
Calculer la tension du câble.
Calculer les composantes horizontale et verticale de la réaction de l'articulation, et commenter leur signe.
Où faudrait-il accrocher le câble pour que la réaction verticale de l'articulation soit nulle?
Solution
1. Forces sur la poutre: son poids mbg=147,2 N au milieu (1,2 m de O), le poids de l'enseigne mg=294,3 N à 2,4 m, la tension T à 1,8 m (composante verticale Tsin40°, horizontale −Tcos40°, dirigée vers le mur) et la réaction (Rx,Ry) en O. Moments en O (positifs dans le sens qui soulève l'extrémité libre):
2.∑Fx=0: Rx=Tcos40°≈585 N, dirigée vers l'extérieur (la poutre est comprimée entre le câble qui la tire vers le mur et l'articulation qui la repousse). ∑Fy=0: Ry=(mb+m)g−Tsin40°=441,5−490,5≈−49 N. Le signe négatif signifie que l'articulation tire la poutre vers le bas: comme le câble est accroché en deçà de l'enseigne, sa composante verticale doit dépasser le poids total pour équilibrer le moment, et l'articulation doit retenir la poutre. Un simple appui (qui ne peut que pousser) ne conviendrait pas: il faut une vraie articulation. La réaction totale vaut 5852+492≈587 N.
3.Ry=0 demande Tsin40°=(mb+m)g=441,5 N, et le moment en O impose Tsin40°×d=882,9 N·m, d'où d=882,9/441,5=2,0 m: c'est la position du centre de masse de l'ensemble poutre + enseigne (4515×1,2+30×2,4=2,0 m). Accroché là, le câble reprend tout le poids et l'articulation ne transmet qu'un effort horizontal Tcos40°=526 N.
Exercice 10.4 · Où frapper une boule de billard?
Une boule de billard (masse M, rayon R, IG=52MR2) est frappée horizontalement par la queue en un point situé à la hauteur h au-dessus de son centre. La percussion J est très brève, de sorte que le frottement du tapis est négligeable pendant le choc.
Exprimer la vitesse v0 du centre et la vitesse angulaire ω0 juste après le choc en fonction de J, M, R et h.
Pour quelle hauteur h la boule roule-t-elle sans glisser dès le choc? Exprimer cette hauteur par rapport au tapis, et la calculer pour R=28,6 mm.
Si la boule est frappée en son centre (h=0), montrer que sa vitesse finale de roulement vaut 75v0 (exemple 10.2). Que se passe-t-il si h est supérieur à la valeur trouvée en 2 (effet «coulé»), ou si l'on frappe sous le centre (effet «rétro»)?
Solution
1. Pendant le choc, les théorèmes du centre de masse et du moment cinétique en G intégrés sur la durée du choc donnent Mv0=J et IGω0=Jh (le poids et la réaction du tapis ont un moment nul en G, et leur impulsion est négligeable devant J). Ainsi
v0=MJ,ω0=IGJh=2MR25Jh=2R25hv0.
2. Le roulement sans glissement demande v0=Rω0, soit 1=2R5h et
h=52R,c’est-aˋ-dire aˋ la hauteur R+52R=57R au-dessus du tapis.
Pour R=28,6 mm: h=11,4 mm au-dessus du centre, soit 40,0 mm au-dessus du tapis, à 70% de la hauteur de la boule. En général, la hauteur qui donne le roulement immédiat est h=IG/(MR)=kR: c'est aussi la formule du centre de percussion (10.10) appliquée avec le point de contact comme «pivot», ℓp=IA/(MR)=(1+k)R, mesuré depuis le tapis.
3. Avec h=0, ω0=0 et la boule glisse; le frottement cinétique μcMg dirigé vers l'arrière freine G et accélère la rotation. Le moment cinétique par rapport au point de contact géométrique A est conservé pendant le glissement, puisque le poids, la réaction normale et le frottement ont tous une ligne d'action passant par A (et vA∥vG, ce qui autorise le calcul en A). Avant: LA=Mv0R (translation seule). Après, au roulement sans glissement: LA=IAω=57MR2⋅Rv=57MRv. L'égalité donne v=75v0, indépendamment de μc, ce qui confirme l'exemple 10.2 sans intégrer les équations du mouvement.
Si h>2R/5, alors Rω0>v0: le point de contact recule, le frottement est dirigé vers l'avant et accélère la boule jusqu'au roulement, à une vitesse finale supérieure à v0 (coulé). Si l'on frappe sous le centre (h<0), la rotation initiale est rétrograde: le frottement, vers l'arrière, freine fortement la boule, qui peut s'arrêter puis revenir vers le joueur (rétro) si ω0 est assez grand. Dans tous les cas, LA est conservé pendant le glissement, et la vitesse finale vaut v=7/5v0+52Rω0, avec ω0 compté positivement dans le sens du roulement vers l'avant.
Exercice 10.5 · Précession du gyroscope: démonstration vectorielle
Un gyroscope est constitué d'un disque de masse m et de moment d'inertie I par rapport à son axe, tournant à la vitesse angulaire ω, monté sur un axe sans masse dont l'extrémité O repose sur un pivot. Le centre de masse G est à la distance d de O, et l'axe fait l'angle θ avec la verticale ascendante ez (pour θ=90°, l'axe est horizontal). On note u le vecteur unitaire de l'axe, orienté de O vers G, et l'on admet l'approximation gyroscopique L=Iωu.
Exprimer le moment du poids par rapport à O et montrer qu'il est horizontal et perpendiculaire à u.
Montrer que ∥L∥ et l'angle θ sont constants.
On cherche une solution où u tourne uniformément autour de ez: du/dt=Ω∧u avec Ω=Ωez. Montrer que le théorème du moment cinétique est satisfait si et seulement si Ω=Iωmgd, indépendamment de θ.
Le moment cinétique de la précession vaut environ I′Ω, où I′≈md2 est le moment d'inertie du disque par rapport à la verticale passant par O. Montrer que l'approximation gyroscopique exige ω2≫I2gdm2d2, et vérifier cette condition pour le gyroscope de l'exemple 10.8.
Solution
1. Le poids −mgez s'applique en G, avec OG=du:
MO=du∧(−mgez)=mgd(ez∧u).
Le produit vectoriel ez∧u est perpendiculaire à ez (donc horizontal) et à u; sa norme vaut sinθ. Ainsi ∥MO∥=mgdsinθ, maximal pour l'axe horizontal et nul pour l'axe vertical (équilibre, instable en pratique).
2. Le théorème du moment cinétique en O (point fixe) s'écrit dL/dt=MO. D'une part, dtd∥L∥2=2L⋅dtdL=2L⋅MO=0 puisque MO⊥u: la norme de L est constante. D'autre part, dtd(L⋅ez)=MO⋅ez=0 puisque MO est horizontal: la composante verticale Lz=Iωcosθ est constante, donc θ l'est aussi. Physiquement: le poids ne peut ni changer la vitesse de rotation, ni faire tomber l'axe; il ne peut que le faire tourner autour de la verticale.
3. Avec L=Iωu et Iω constant, dtdL=Iωdtdu=IωΩ(ez∧u). Le théorème du moment cinétique demande
IωΩ(ez∧u)=mgd(ez∧u).
Comme ez∧u=0 pour θ=0, cette égalité vectorielle équivaut à IωΩ=mgd, soit Ω=Iωmgd. Le facteur sinθ apparaît des deux côtés (dans ∥ez∧u∥) et se simplifie: le moment du poids diminue comme sinθ quand l'axe se redresse, mais le rayon du cercle décrit par l'extrémité de L, Lsinθ, diminue dans la même proportion. La vitesse de précession est donc la même pour toutes les inclinaisons, ce qui justifie l'énoncé du théorème 10.8 au-delà du cas horizontal.
4. L'approximation consiste à négliger I′Ω devant Iω, soit md2Iωmgd≪Iω, c'est-à-dire
ω2≫I2m2gd3.
Pour l'exemple 10.8 (m=0,50 kg, d=0,080 m, I=6,25⋅10−4kg⋅m2): le membre de droite vaut 3,906⋅10−70,25×9,81×5,12⋅10−4≈3,2⋅103s−2, alors que ω2=4,0⋅104s−2: le rapport est de 12,5, et l'approximation est acceptable (I′Ω/(Iω)=1/12,5=8%). Elle se dégrade à mesure que la roue ralentit: en dessous de ω≈60 rad/s, les deux termes sont comparables, la précession n'est plus uniforme et la nutation devient visible.
Références
Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. 12–14 (dynamique du solide, gyroscope).
Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 11–12 (roulement, moment cinétique, équilibre).
Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 12–13.
Kleppner, D. et Kolenkow, R. J., An Introduction to Mechanics, 2e éd., Cambridge University Press, chap. 7–8 (rigid body motion, gyroscopes).
Young, H. D. et Freedman, R. A., University Physics, 15e éd., Pearson, chap. 10–11.
Feynman, R. P., Leighton, R. B. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Mécanique 1, Dunod, Paris, chap. 20 (rotation dans l'espace, gyroscope).
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