Chapitre 1

Grandeurs physiques, unités et mesures

Système international, analyse dimensionnelle, ordres de grandeur, incertitudes et rappels de calcul vectoriel.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • situer une longueur, une durée ou une masse sur une échelle d'ordres de grandeur et produire une estimation de Fermi défendable;
  • utiliser le Système international: unités de base, unités dérivées, préfixes, et convertir sans erreur les unités courantes en ingénierie (km/h, bar, kWh, ch);
  • déterminer la dimension d'une grandeur, vérifier l'homogénéité d'une formule et deviner la forme d'une loi par analyse dimensionnelle;
  • exprimer le résultat d'une mesure avec son incertitude, distinguer les incertitudes de type A et de type B et propager les incertitudes dans un calcul;
  • comparer deux résultats de mesure au moyen de l'écart normalisé;
  • manipuler les vecteurs (composantes, norme, produits scalaire et vectoriel, coordonnées polaires) tels qu'ils seront utilisés dans toute la mécanique.

La physique et ses modèles

Mesurer, modéliser, prédire

La physique commence par une mesure. Galilée, en faisant rouler des billes sur des plans inclinés et en chronométrant leur chute avec une horloge à eau, a établi que la distance parcourue croît comme le carré du temps: c'est une loi, c'est-à-dire une relation reproductible entre des grandeurs mesurables. Une loi n'explique rien par elle-même; c'est le modèle — ici la notion d'accélération constante, puis la deuxième loi de Newton — qui l'organise et permet de prédire des situations nouvelles: la trajectoire d'un skieur à la sortie d'un tremplin, l'orbite d'un satellite GPS ou le temps d'arrêt d'un train.

Le mot «modèle» est essentiel. Un point matériel, un fil sans masse, un solide indéformable, un fluide parfait n'existent pas: ce sont des idéalisations choisies parce qu'elles rendent le problème calculable tout en conservant l'essentiel. Toute la difficulté de la physique de l'ingénieur consiste à savoir quand une idéalisation est acceptable. Le pendule de Foucault du Panthéon est un point matériel au bout d'un fil pour calculer sa période, mais certainement pas pour dimensionner son ancrage.

Lois et domaines de validité

Chaque loi possède un domaine de validité, en dehors duquel elle est fausse ou simplement inutile. La mécanique classique que nous étudions ce semestre décrit remarquablement les objets dont la vitesse est très inférieure à celle de la lumière () et dont la taille est très supérieure à celle des atomes ( m). Pour les particules du CERN, accélérées jusqu'à , il faut la relativité; pour les électrons d'un transistor, la mécanique quantique. Même à l'intérieur de son domaine, une loi peut être approchée: est une constante pour un saut à ski, mais varie d'environ entre Genève et le sommet du Cervin, et de entre l'équateur et les pôles.

Un ingénieur ne demande donc jamais «cette loi est-elle vraie?» mais «cette loi est-elle assez précise ici, et quelle erreur commet-on en l'utilisant?». Cette question traverse tout le chapitre: elle motive les ordres de grandeur, l'analyse dimensionnelle et le calcul d'incertitude.

Ordres de grandeur

Les longueurs rencontrées en physique s'étendent sur plus de quarante ordres de grandeur, du rayon du proton ( m) à la taille de l'Univers observable ( m). Aucune échelle linéaire ne peut les représenter: la figure 1.1 utilise une échelle logarithmique, sur laquelle chaque graduation correspond à un facteur .

échelle humaine (1 mm – 1 km)10⁻¹⁵10⁻¹²10⁻⁹10⁻⁶10⁻³10⁰10³10⁶10⁹10¹²10¹⁵10¹⁸10²¹10²⁴10²⁷longueur (m)proton (8,4·10⁻¹⁶ m)atome (10⁻¹⁰ m)virus (10⁻⁷ m)cheveu (8·10⁻⁵ m)humain (1,7 m)Cervin (4,5·10³ m)anneau du LHC (2,7·10⁴ m)Terre (1,3·10⁷ m)Terre–Soleil (1,5·10¹¹ m)année-lumière (9,5·10¹⁵ m)Voie lactée (10²¹ m)Univers observable (9·10²⁶ m)Chaque graduation multiplie la longueur par 1000: l'Univers observable mesure environ 10⁴² fois le proton.
Figure 1.1. Échelle logarithmique des longueurs. Les objets de l'échelle humaine (bande grisée, de 1 mm à 1 km) n'occupent que six des quarante-trois décades représentées. L'anneau du LHC au CERN (27 km de circonférence) et le Cervin se trouvent à mi-chemin entre l'atome et l'orbite terrestre; l'année-lumière, unité des distances stellaires, est encore dix décades en dessous de la taille de l'Univers observable.

Les durées offrent la même richesse: la période d'une oscillation lumineuse visible vaut s, un battement de cœur s, une année s, l'âge de l'Univers s. Retenez quelques repères de chaque échelle: ils servent à détecter les résultats absurdes avant même de vérifier le calcul.

Estimations de Fermi

Enrico Fermi avait l'habitude de poser à ses étudiants des questions comme «combien y a-t-il d'accordeurs de piano à Chicago?», auxquelles on ne peut répondre qu'en décomposant le problème en facteurs dont chacun s'estime à un facteur ou près. Comme les erreurs des différents facteurs se compensent partiellement, le résultat est fiable à un ordre de grandeur près, ce qui suffit souvent à trancher une question de conception.

Exercice

Un tunnel ferroviaire de base (Gothard) mesure 57 km; la circonférence de la Terre vaut 40 000 km. De combien d'ordres de grandeur diffèrent ces deux longueurs?

Le Système international d'unités

Les sept unités de base

Mesurer, c'est comparer une grandeur à une grandeur de même nature choisie comme unité. Le Système international (SI), issu du système métrique adopté en France en 1795 et géré par la Conférence générale des poids et mesures, repose sur sept unités de base. Depuis la révision entrée en vigueur le 20 mai 2019, toutes sont définies en fixant la valeur numérique exacte de sept constantes de la nature, ce qui garantit qu'aucune unité ne dépend plus d'un objet matériel.

GrandeurUnitéSymboleConstante fixée en 2019
tempssecondesfréquence de la transition hyperfine du césium 133: Hz
longueurmètremvitesse de la lumière: m/s
massekilogrammekgconstante de Planck: J·s
courant électriqueampèreAcharge élémentaire: C
températurekelvinKconstante de Boltzmann: J/K
quantité de matièremolemolconstante d'Avogadro: mol
intensité lumineusecandelacdefficacité lumineuse d'un rayonnement à Hz: lm/W

La logique est en cascade: la seconde est définie par le césium; le mètre est alors la distance parcourue par la lumière en s; le kilogramme est fixé par , dont l'unité J·s kg·m/s fait intervenir le mètre et la seconde déjà définis. La mécanique n'utilise que les trois premières unités; le kelvin et la mole apparaîtront dans la thermodynamique.

Unités dérivées

Toutes les autres unités se construisent par produits et quotients des unités de base. Certaines reçoivent un nom propre, en hommage à un physicien; leur symbole prend alors une majuscule, mais leur nom écrit en toutes lettres reste en minuscules («un newton», «trois pascals»).

GrandeurUnitéSymboleEn unités de baseRelation
fréquencehertzHzs
forcenewtonNkg·m·s
pression, contraintepascalPakg·m·s
énergie, travailjouleJkg·m·s
puissancewattWkg·m·s
angle planradianradm/m

Le radian est une unité «sans dimension»: un angle est le rapport de deux longueurs. On l'écrit néanmoins pour rappeler que les fonctions trigonométriques et les formules ou supposent des angles en radians, jamais en degrés.

Préfixes et conversions

Les préfixes évitent les puissances de dix: m, m, W.

Préfixepiconanomicromillicentikilomégagigatéra
SymbolepnµmckMGT
Facteur

Attention: un préfixe appliqué à une unité élevée à une puissance s'élève avec elle. Ainsi et . Le kilogramme fait exception à la règle des préfixes: c'est l'unité de base, bien qu'elle en porte un; on ne dit pas «microkilogramme» mais «milligramme».

Unités hors SI courantes en ingénierie

Certaines unités anciennes survivent dans la pratique; il faut savoir les convertir exactement.

UnitéSymboleValeur SIUsage
barbar Pa exactementpression des fluides, pneus ( bar), conduites forcées
cheval-vapeur (métrique)ch W ()puissance des moteurs
kilogramme-forcekgf N exactementanciennes fiches techniques
électronvolteV Jénergie des particules (LHC: TeV par proton)
année-lumièreal mdistances stellaires
unité astronomiqueua mdistances dans le système solaire
nœudkn km/h m/snavigation, aviation

L'année-lumière est une longueur, celle que parcourt la lumière en une année julienne: m. Un moteur de ch développe W kW.

Exercice

Un train circule à km/h. Convertissez cette vitesse en m/s.

m/s

Analyse dimensionnelle

Dimensions

Une vitesse, qu'on l'exprime en m/s, en km/h ou en nœuds, reste une longueur divisée par un temps. Cette nature, indépendante du choix des unités, s'appelle la dimension.

Quelques dimensions à connaître par cœur:

GrandeurDimensionGrandeurDimension
vitesse force
accélération énergie , travail
fréquence , pulsation puissance
masse volumique pression
quantité de mouvement constante de gravitation

La dimension de se lit sur la loi de Newton (chapitre 6): .

Homogénéité

Démonstration. La relation doit rester vraie quel que soit le système d'unités. Si l'on multiplie l'unité de longueur par un facteur , la valeur numérique d'une grandeur de dimension est divisée par . Pour que l'égalité subsiste pour tout , les exposants de et de doivent coïncider; de même pour et . Pour la somme , si , le rapport des deux termes changerait avec et la somme n'aurait pas de valeur intrinsèque. Enfin, additionne des puissances différentes de , ce qui n'est homogène que si est sans dimension.

Le principe a deux usages. Le premier est la vérification: une formule non homogène est fausse, et cette vérification, qui prend dix secondes, détecte la majorité des erreurs de calcul. Le second est plus surprenant: la prédiction de la forme d'une loi que l'on ne sait pas encore établir. Si l'on a identifié les grandeurs pertinentes d'un phénomène, l'homogénéité impose des contraintes si fortes qu'il ne reste souvent qu'une seule combinaison possible, à une constante numérique près.

Explorateur du pendule simple: T = 2π√(L/g)

L'analyse dimensionnelle impose T ∝ √(L/g); la constante 2π vient de la dynamique (chapitre 7). Faites varier la longueur L et la gravité g: quadrupler L double la période, et un même pendule bat 2,5 fois plus lentement sur la Lune que sur Terre.

L = 1,00 mg = 9,81 m/s²T = 2,01 sLuneTerreJupiter1234524681012L (m)T (s)
Période T = 2π√(L/g)
2,006s
Fréquence f = 1/T
0,498Hz
T sur la Lune (g = 1,62 m/s²), même L
4,937s
Astre correspondant à g
Terre
Longueur L1,00m
Gravité g (Lune 1,62 · Terre 9,81 · Jupiter 24,8)9,81m/s²
Exercice

Un ressort exerce la force lorsqu'il est allongé de . Quelle est la dimension de la raideur ?

Exercice

Le lustre d'une salle de concert est suspendu par un câble de m. Calculez sa période d'oscillation avec .

s

Mesures et incertitudes

Erreurs systématiques et erreurs aléatoires

Aucune mesure n'est exacte. Si l'on chronomètre dix fois la période d'un pendule, on obtient dix valeurs différentes, et aucune n'est «la vraie». Le but du calcul d'incertitude est d'accompagner chaque résultat d'un intervalle dans lequel la valeur vraie se trouve avec une probabilité connue, afin de pouvoir le comparer à une prédiction ou à une autre mesure.

Le vocabulaire international (GUM, Guide pour l'expression de l'incertitude de mesure) distingue deux manières d'évaluer : par la statistique de mesures répétées (type A) ou par toute autre information, notamment la résolution de l'instrument (type B).

Incertitude de type A: mesures répétées

Le facteur (et non ) compense le fait que les écarts sont calculés par rapport à la moyenne de l'échantillon plutôt qu'à la valeur vraie; pour grand, la différence est négligeable. Le point essentiel est la racine dans : l'écart-type ne diminue pas quand on multiplie les mesures (c'est une propriété de l'instrument et de l'opérateur), mais l'incertitude sur la moyenne décroît comme . Pour gagner un chiffre significatif, il faut cent fois plus de mesures.

1,9731,9831,99122,00142,0162,0222,032,040246810121416période mesurée T (s)effectifmoyenne T̄ = 2,0057 sT̄ ± s, s = 0,0122 sn = 40, s/√n = 0,0019 sChronomètre au centième: les 40 valeurs se répartissent sur six classes; environ deux tiers d'entre elles tombent dans la bande T̄ ± s.
Figure 1.2. Histogramme de 40 chronométrages de la période d'un pendule de 1,000 m (résolution 0,01 s). La distribution est centrée sur la moyenne T̄ = 2,0057 s avec un écart-type s = 0,0122 s; environ deux tiers des mesures tombent dans la bande T̄ ± s, comme le prévoit la loi normale. L'incertitude de type A sur la moyenne, s/√40 = 0,0019 s, est six fois plus petite que s.

Lorsque les erreurs aléatoires proviennent de nombreuses petites causes indépendantes, la distribution des mesures suit la loi normale (Gauss): des mesures tombent dans , dans . Un résultat écrit est donc un intervalle à de confiance; en métrologie et dans les normes, on multiplie souvent par un facteur d'élargissement pour annoncer un intervalle à .

Incertitude de type B: résolution et données du constructeur

Quand on ne répète pas la mesure, ou quand la répétition donne toujours la même valeur (instrument numérique), l'incertitude vient de la résolution de l'instrument: la plus petite graduation d'une règle, le dernier chiffre d'un affichage. La valeur vraie est alors équiprobable dans un intervalle de largeur centré sur la lecture, et l'écart-type d'une telle distribution uniforme vaut

Une règle graduée au millimètre donne mm; un chronomètre au centième, s, bien moins que l'erreur de réaction humaine ( s), qui domine. En pratique, on retient souvent la demi-graduation comme incertitude, ce qui est légèrement conservateur. Une fiche technique qui annonce « de la lecture» décrit une borne, à traiter comme une distribution uniforme de demi-largeur , soit . Lorsque des composantes A et B coexistent, elles se combinent quadratiquement: .

Écriture d'un résultat et chiffres significatifs

Écrire après une mesure au pendule est une faute: les trois derniers chiffres sont du bruit. Écrire est parfois légitime, pour une estimation, mais il faut alors le dire.

Propagation des incertitudes

Le plus souvent, la grandeur cherchée n'est pas mesurée directement mais calculée à partir de grandeurs mesurées : . Comment l'incertitude se transmet-elle?

Démonstration. Pour de petites variations, le développement au premier ordre (chapitre 9 de l'Analyse) donne . Les sont des variables aléatoires indépendantes, de moyenne nulle et de variance . La variance d'une somme de variables indépendantes est la somme des variances, et multiplier une variable par une constante multiplie sa variance par : la variance de vaut donc , ce qui est (1.6). Les cas particuliers s'en déduisent: pour , et , d'où .

Deux enseignements pratiques. Dans une somme, c'est le terme d'incertitude absolue la plus grande qui domine; dans un produit, c'est le facteur d'incertitude relative la plus grande, et un exposant multiplie l'incertitude relative par . Il ne sert à rien d'améliorer les autres mesures tant que le terme dominant n'est pas réduit. Notez enfin que la différence de deux grandeurs voisines est catastrophique: reste de l'ordre de alors que est petit, et l'incertitude relative explose.

Comparer deux résultats

Le dénominateur est l'incertitude de la différence (propagation d'une somme). Comparer une mesure à une valeur de référence exacte revient à poser . Pour l'exemple 1.6, : excellent accord. Attention au piège inverse: un écart normalisé très petit obtenu avec une incertitude énorme ne prouve rien; la qualité d'une mesure se juge à , sa justesse à .

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de l'évaluation d'une incertitude de type A sur une grandeur mesurée fois, puis de l'écriture du résultat.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Arrondir à un chiffre significatif et au même rang décimal, puis écrire
  • 2.
  • Combiner quadratiquement avec l'incertitude de type B éventuelle:
  • 3.
  • Calculer la moyenne
  • 4.
  • Répéter la mesure fois dans les mêmes conditions et noter
  • 5.
  • Calculer l'écart-type expérimental
  • 6.
  • Diviser par pour obtenir l'incertitude de la moyenne
Exercice

Les côtés d'une plaque rectangulaire mesurent cm et cm. Calculez l'incertitude absolue sur l'aire , en cm.

cm²

Rappels de calcul vectoriel

Scalaires et vecteurs

Une température, une masse, une énergie sont entièrement décrites par un nombre: ce sont des scalaires. Une vitesse, une force, une accélération ont en plus une direction et un sens: ce sont des vecteurs. Toute la mécanique du point s'écrit avec ces objets, et la plupart des erreurs de débutant viennent de l'oubli de leur caractère vectoriel: deux forces de N et N n'ont une résultante de N que si elles sont parallèles et de même sens.

Dans le plan, on repère aussi un vecteur par sa norme et son angle polaire mesuré depuis dans le sens trigonométrique (figure 1.3):

L'arc tangente ne rend l'angle qu'à près: si , il faut ajouter au résultat de la calculatrice.

xy123456123Ovx = ‖v‖ cos θ = 5vy = ‖v‖ sin θ = 3θ = 31,0°exeyv = vx ex + vy ey(5; 3)‖v‖ = √(5² + 3²) = 5,83, tan θ = 3/5
Figure 1.3. Un vecteur v = (5; 3) du plan, ses composantes vₓ = ‖v‖ cos θ et v_y = ‖v‖ sin θ (en bleu), les vecteurs unitaires eₓ et e_y (en gris) et l'angle polaire θ = arctan(3/5) = 31,0°. La norme ‖v‖ = √34 = 5,83 se lit par le théorème de Pythagore.

Addition, produit par un scalaire

L'addition se fait composante par composante, , ce qui correspond géométriquement à la règle du parallélogramme (mettre l'origine de à l'extrémité de ). Le produit par un scalaire multiplie chaque composante: a la même direction que , le même sens si , le sens opposé si , et la norme . La différence est le vecteur qui va de l'extrémité de à celle de quand ils ont même origine. Ces opérations obéissent aux règles usuelles (commutativité, associativité, distributivité), ce qui fait des vecteurs un espace vectoriel au sens de l'algèbre linéaire.

Produit scalaire

L'égalité entre la forme géométrique et la forme en composantes se vérifie en développant avec et . Le produit scalaire sert à projeter: est la composante de le long du vecteur unitaire , et l'angle entre deux vecteurs s'obtient par . En mécanique, il définit le travail d'une force constante sur un déplacement, (chapitre 4): seule la composante de la force le long du déplacement travaille, et une force perpendiculaire au mouvement, comme la réaction d'un rail, ne travaille pas.

Produit vectoriel

Le produit vectoriel apparaît chaque fois qu'une rotation intervient: le moment d'une force par rapport à un point, , mesure l'aptitude de la force à faire tourner un solide autour de ce point (chapitre 9); le moment cinétique et la vitesse d'un point d'un solide en rotation en sont d'autres exemples. Un moyen mnémotechnique pour (1.10): la composante s'obtient avec les indices et dans l'ordre cyclique , et les autres par permutation circulaire.

Dérivée d'un vecteur, coordonnées polaires

Un vecteur qui dépend du temps, comme la position d'un mobile, se dérive composante par composante lorsque la base est fixe:

La dérivée d'un vecteur de norme constante lui est perpendiculaire: en dérivant , on obtient . Ce petit résultat aura de grandes conséquences au chapitre 2: un mobile qui tourne à vitesse constante a néanmoins une accélération, dirigée vers le centre.

Pour les mouvements circulaires ou centraux, on utilise dans le plan les coordonnées polaires , avec , , et la base locale

orthonormée, mais qui tourne avec le point: et . La position s'écrit simplement , mais sa dérivée fait apparaître la rotation de la base: , formule que le chapitre 2 établira et exploitera.

Exercice

Soient et . Que vaut l'angle entre et ?

Synthèse

  • La physique construit des modèles dont les lois ont un domaine de validité; les ordres de grandeur et les estimations de Fermi (produit de facteurs estimés à un facteur 2 ou 3 près) permettent de juger un résultat avant tout calcul.
  • Le SI repose sur sept unités de base définies depuis 2019 par des constantes fixées (, , , , , , ); la mécanique utilise le mètre, le kilogramme et la seconde, avec les unités dérivées N, J, W, Pa, Hz. Les conversions se font par facteurs égaux à : , , , .
  • Toute grandeur a une dimension ; une équation physique est homogène, ce qui permet de vérifier une formule et de deviner la forme d'une loi (, , ) à une constante sans dimension près, ou de construire des nombres sans dimension (Reynolds).
  • Une mesure s'écrit : type A, à partir de mesures répétées; type B, à partir de la résolution. L'incertitude porte un chiffre significatif et fixe l'arrondi de la valeur.
  • Propagation: les incertitudes absolues s'ajoutent quadratiquement dans une somme, les incertitudes relatives dans un produit, un exposant multipliant l'incertitude relative par ; en général . Deux résultats sont compatibles si l'écart normalisé est inférieur à .
  • Les vecteurs se manipulent par composantes: norme , produit scalaire (projection, travail), produit vectoriel de norme (moment de force); la base polaire tourne avec le point, ce qui fera apparaître les termes de la cinématique.

Série d'exercices du chapitre 1

Exercice 1 sur 5
Exercice

Laquelle de ces unités n'est pas une unité de base du Système international?

Problème guidé

Masse volumique d'un cylindre d'aluminium

Au laboratoire, on mesure un cylindre d'aluminium au pied à coulisse et à la balance: diamètre mm, hauteur mm, masse g. On veut déterminer la masse volumique avec son incertitude et la comparer à la valeur tabulée .

  1. 1

    Volume du cylindre

    Le volume d'un cylindre est . Travaillez en centimètres: cm, cm.

    Exercice

    Calculez le volume en cm.

    cm³
  2. Masse volumique

  3. Incertitude relative

  4. Comparaison avec la valeur tabulée

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 1.1 · Conversions d'unités

Convertir en unités SI, avec trois chiffres significatifs:

  1. la vitesse d'éjection du Jet d'eau de Genève, km/h, et son débit, L/s;
  2. la pression d'un pneu de voiture, bar, et la pression au pied de la conduite forcée de la Grande Dixence, bar;
  3. la puissance d'un moteur de ch;
  4. la consommation annuelle d'un ménage, kWh, et la distance de l'étoile Proxima du Centaure, années-lumière.
Solution

1. . Le débit: , soit kg d'eau par seconde.

2. (pression relative, au-dessus de la pression atmosphérique de bar). MPa, ce qui correspond à une colonne d'eau de m: c'est bien l'ordre de grandeur de la chute de Bieudron ( m).

3. kW.

4. GJ. m: la lumière du Soleil met min pour nous atteindre ( s), celle de Proxima plus de quatre ans.

Exercice 1.2 · Estimation de Fermi: le Jet d'eau de Genève

Le Jet d'eau projette L/s d'eau à la vitesse de km/h ( m/s) vers le haut.

  1. Estimer, sans tenir compte de la résistance de l'air, la hauteur atteinte et la durée du vol d'une goutte (montée et descente).
  2. En déduire la masse d'eau en suspension dans l'air à chaque instant.
  3. Estimer la puissance mécanique fournie à l'eau par les pompes. Comparer avec la puissance électrique installée, MW, et commenter.
Solution

1. Sans frottement, une goutte lancée verticalement à monte pendant jusqu'à la hauteur (chapitre 2; vous pouvez vérifier l'homogénéité: ). Avec m/s: m, et la durée du vol aller-retour est s. La hauteur réelle du jet, m, est un peu plus faible à cause de la résistance de l'air et de la dispersion du jet.

2. Le débit massique est kg/s. Chaque kilogramme reste en l'air s, donc la masse en suspension est kg. L'ordre de grandeur, à tonnes, correspond à la valeur annoncée par les Services industriels de Genève ( t).

3. Chaque seconde, les pompes communiquent à kg d'eau l'énergie cinétique W MW (on peut aussi compter l'énergie potentielle W: c'est la même chose, conservation de l'énergie, chapitre 4). La puissance installée de MW correspond donc à un rendement global d'environ pour les pompes et la tuyère, ce qui est plausible.

Exercice 1.3 · Analyse dimensionnelle: vitesse limite d'un parachutiste

Un parachutiste de masse , en chute libre ventrale, atteint une vitesse limite lorsque la traînée aérodynamique (1.3) équilibre son poids.

  1. Sans utiliser (1.3), montrer par analyse dimensionnelle que si ne dépend que de , , (masse volumique de l'air) et (surface frontale), alors .
  2. Retrouver ce résultat, avec la valeur de , en écrivant l'équilibre du poids et de la traînée (1.3).
  3. Calculer pour kg, , et ; convertir en km/h.
  4. Vérifier que la loi de la chute libre sans frottement (chapitre 2) est homogène, et estimer au bout de combien de temps elle cesse d'être valable pour ce parachutiste.
Solution

1. Posons . Dimensions: . Identification: : ; : ; : . Donc , puis et . Il reste une indétermination: quatre grandeurs pour trois dimensions laissent un paramètre libre. Physiquement, et n'interviennent que par le poids (la masse n'a pas d'autre rôle dans un équilibre de forces), ce qui impose , d'où et :

Cet exemple montre que l'analyse dimensionnelle a parfois besoin d'un argument physique supplémentaire pour lever une indétermination.

2. À la vitesse limite, l'accélération est nulle et la traînée égale le poids: , d'où

3. , valeur conforme aux km/h observés en position ventrale (le réel est un peu plus faible).

4. : homogène. Elle cesse d'être valable quand la traînée devient comparable au poids, c'est-à-dire quand approche ; la loi donne au bout de s. En pratique, la traînée vaut déjà du poids à , atteint après s: la chute libre «sans frottement» n'est une bonne approximation que pendant les deux premières secondes.

Exercice 1.4 · Incertitudes: vitesse d'un sauteur à ski et comparaison de deux mesures de g
  1. Sur le tremplin d'Engelberg, la vitesse d'un sauteur à la table est mesurée par deux cellules photoélectriques distantes de m, franchies en s. Calculer et son incertitude, en m/s puis en km/h.
  2. Deux groupes mesurent avec un pendule et obtiennent et . Sont-ils compatibles entre eux? Chacun est-il compatible avec la valeur de référence ?
  3. Un troisième groupe annonce . Commenter.
Solution

1. . Quotient: les incertitudes relatives s'ajoutent quadratiquement,

donc et . En km/h (multiplication par , sans incertitude): . Les deux sources d'incertitude sont du même ordre: il faudrait améliorer les deux pour progresser.

2. Entre les deux groupes: : compatibles. Avec la référence (): et ; les deux sont compatibles, mais le groupe 2, malgré son incertitude plus petite, est plus loin de la référence: une petite erreur systématique (longueur mesurée jusqu'au bord de la masse au lieu de son centre?) est probable.

3. L'écart normalisé du groupe 3 avec la référence vaut : parfaitement compatible, mais avec une incertitude de , la mesure est compatible avec n'importe quelle valeur entre et . Elle n'apporte presque aucune information; la compatibilité n'est pas un critère de qualité. Par ailleurs, l'écriture viole les règles d'arrondi: on devrait écrire .

Exercice 1.5 · Vitesse d'un satellite en orbite circulaire par analyse dimensionnelle

Un satellite de masse décrit une orbite circulaire de rayon autour de la Terre (masse kg, rayon km). La seule force en jeu est la gravitation, caractérisée par la constante SI, de dimension .

  1. On suppose que la vitesse orbitale ne dépend que de , , et . Montrer par analyse dimensionnelle que , où est une fonction inconnue, puis justifier physiquement que n'intervient pas.
  2. En déduire que la période du satellite vérifie avec une constante sans dimension: c'est la troisième loi de Kepler.
  3. En admettant que l'accélération d'un mouvement circulaire uniforme vaut (chapitre 2) et que la force de gravitation vaut (chapitre 6), déterminer et .
  4. Calculer et pour la Station spatiale internationale (altitude km), puis le rayon de l'orbite géostationnaire ( s, jour sidéral).
  5. Vérifier que au niveau du sol, et interpréter.
Solution

1. Posons . Puisque et ont la même dimension, la forme la plus générale est avec une fonction quelconque du rapport sans dimension . Dimensions: , d'où : ; : ; : . Ainsi et :

La masse du satellite n'intervient pas parce que la force de gravitation est proportionnelle à (chapitre 6), tout comme l'inertie : se simplifie dans la deuxième loi de Newton, de la même manière que tous les corps tombent avec la même accélération . C'est l'universalité de la chute libre (principe d'équivalence): est constante et on l'absorbe dans .

2. La période est la durée d'un tour: , donc

Le carré de la période est proportionnel au cube du rayon: c'est la troisième loi de Kepler, que l'analyse dimensionnelle donne à la constante près. On vérifie l'homogénéité: .

3. Deuxième loi de Newton pour le mouvement circulaire uniforme, en projection radiale: , d'où et

La constante sans dimension vaut ici pour la vitesse, ce qui est fréquent mais nullement garanti (pensez au du pendule).

4. ISS: km m. . Alors

La station fait le tour de la Terre en une heure et demie, à km/h. Orbite géostationnaire: m, soit une altitude de km, et une vitesse de km/s.

5. , en accord avec (l'écart de vient de la rotation de la Terre et de son aplatissement, chapitre 8). L'accélération d'un satellite à l'altitude de l'ISS vaut , soit de : les astronautes ne flottent pas parce que la gravité y serait nulle, mais parce que la station et eux tombent ensemble, en chute libre permanente autour de la Terre.

Références

  • Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. 1–2.
  • Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 1 et 3.
  • Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 1–2.
  • Young, H. D. et Freedman, R. A., University Physics, Pearson, chap. 1.
  • Bureau international des poids et mesures, Le Système international d'unités (SI), 9e éd., Sèvres, 2019.
  • JCGM 100:2008, Évaluation des données de mesure – Guide pour l'expression de l'incertitude de mesure (GUM), BIPM, Sèvres.
  • Taylor, J. R., Incertitudes et analyse des erreurs dans les mesures physiques, Dunod, Paris.

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