Chapitre 9

Dynamique de rotation et moment cinétique

Moment de force, moment cinétique, moment d'inertie, théorème de Huygens–Steiner, énergie de rotation.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • décrire la rotation d'un solide autour d'un axe fixe par l'angle, la vitesse angulaire et l'accélération angulaire, et relier ces grandeurs à la vitesse et à l'accélération d'un point du solide;
  • calculer le moment d'une force par rapport à un point ou à un axe, reconnaître un bras de levier et un couple, et distinguer le newton-mètre du joule;
  • définir le moment cinétique d'un point matériel et d'un système, énoncer et démontrer le théorème du moment cinétique et appliquer sa conservation (patineuse, plongeur, planètes);
  • calculer le moment d'inertie de corps simples par intégration et utiliser le théorème de Huygens–Steiner;
  • résoudre des problèmes de dynamique de rotation avec l'équation (volant, poulie massive, machine d'Atwood, tambour de téléphérique);
  • calculer l'énergie cinétique de rotation, le travail et la puissance d'un moment de force, et appliquer le théorème de l'énergie cinétique aux solides en rotation.

Cinématique de la rotation autour d'un axe fixe

Angle, vitesse angulaire et accélération angulaire

Les chapitres 2 à 5 traitaient de points matériels: la position d'un point suffisait à décrire son mouvement. Une roue de vélo, une pale d'éolienne, le tambour d'un téléphérique ou la Terre elle-même sont des solides: des ensembles de points dont les distances mutuelles ne changent pas. Lorsqu'un solide tourne autour d'un axe fixe, chaque point décrit un cercle centré sur l'axe, mais tous ces cercles sont parcourus en phase: un seul angle suffit à repérer le solide entier. C'est ce qui rend la rotation aussi simple, et aussi riche, que la translation rectiligne du chapitre 2.

Le radian est l'unité naturelle: un angle en radians est le rapport de l'arc au rayon, de sorte que les formules ci-dessous ne contiennent aucun facteur de conversion. Dans la pratique industrielle, on donne souvent la vitesse de rotation en tours par minute (tr/min); on convertit par . Ainsi tr/min correspondent à rad/s. Lorsque est constante, les relations du mouvement uniformément accéléré du chapitre 2 se transposent mot pour mot: , et .

Lien avec la vitesse et l'accélération d'un point

Un point du solide situé à la distance de l'axe parcourt un cercle de rayon : son abscisse curviligne est , donc sa vitesse vaut , tangente au cercle. Au chapitre 2, nous avons décomposé l'accélération du mouvement circulaire en une composante tangentielle et une composante normale (centripète):

La première écriture, avec le produit vectoriel, vaut pour tout point du solide, étant le vecteur position depuis un point quelconque de l'axe: est perpendiculaire à l'axe et à , donc tangent au cercle, et sa norme vaut , où est l'angle entre et l'axe. Plus un point est loin de l'axe, plus il va vite: c'est la raison pour laquelle le bout d'une pale d'éolienne avance à plusieurs centaines de kilomètres à l'heure alors que le moyeu tourne lentement.

Le tableau suivant, que nous compléterons au fil du chapitre, résume l'analogie translation – rotation qui en est le fil conducteur.

Translation (chapitres 2 à 5)Rotation autour d'un axe fixe
position angle
vitesse vitesse angulaire
accélération accélération angulaire
masse moment d'inertie
force moment de force
quantité de mouvement moment cinétique
, ,
énergie cinétique énergie cinétique
travail , puissance travail , puissance
Exercice

Un disque dur d'ordinateur portable tourne à tr/min. Calculez la vitesse (en m/s) d'un point situé à mm de l'axe.

m/s

Moment d'une force

Définition et bras de levier

Pour ouvrir une porte, on pousse loin des gonds et perpendiculairement à la porte: une force appliquée près de l'axe, ou dirigée vers lui, ne la fait pas tourner. L'efficacité d'une force pour produire une rotation dépend donc non seulement de son intensité, mais de son point d'application et de sa direction. Le produit vectoriel du chapitre 1 est exactement l'outil qui code ces trois informations.

yxOboulon (axe z ⊙ vers le lecteur)ligne d'action de Fd = r sin θ = 21,7 cmr (25 cm)F = F cos θ (aucun moment)F = F sin θ = 173 NF = 200 Nθ = 60°point d'applicationsens positif(antihoraire)Mz = x Fy − y Fx = r F sin θ = F r = F dMz = 25 cm × 173 N = +43,3 N·mM = r ∧ F est dirigé selon +z (vers le lecteur): la clé tourne dans le sens antihoraire.
Figure 9.1. Moment d'une force de 200 N appliquée à 60° au bout d'une clé de 25 cm. Seule la composante F⊥ = F sin θ perpendiculaire au manche produit un moment; la composante F∥ passe par l'axe du boulon. Le moment vaut M = r F⊥ = F d, où d = r sin θ est le bras de levier (distance de O à la ligne d'action, en pointillé). Le vecteur M = r ∧ F est dirigé vers le lecteur: la rotation est antihoraire, M_z est positif.

La figure 9.1 illustre les deux lectures équivalentes de (9.3): on peut décomposer la force en une composante le long de , sans effet, et une composante perpendiculaire, seule active, ou bien garder toute la force et remplacer par le bras de levier . Faire glisser une force le long de sa droite d'action ne change ni ni le moment.

Somme des moments, couple, moment par rapport à un axe

Lorsqu'un solide est soumis à plusieurs forces, leurs moments par rapport à un même point s'additionnent vectoriellement: . Le moment dépend en général du point choisi: si l'on change en , on a , et en reportant dans la somme,

Le moment est indépendant du point si et seulement si la résultante des forces est nulle. C'est le cas d'un couple: deux forces opposées et appliquées en deux points distants de (mesuré perpendiculairement aux forces) ont une résultante nulle et un moment de norme , le même par rapport à tout point. Les deux mains sur un volant, les deux doigts qui tournent un robinet, le rotor d'un moteur électrique exercent des couples: ils font tourner sans pousser.

Pour une rotation autour d'un axe fixe , seule compte la composante du moment le long de l'axe: le moment par rapport à l'axe , où est un point quelconque de l'axe (il ne dépend pas du choix de sur l'axe, d'après (9.5)). Une force parallèle à l'axe, ou dont la droite d'action coupe l'axe, a un moment nul par rapport à celui-ci: elle est reprise par les paliers et ne fait pas tourner. En pratique, on se ramène au plan perpendiculaire à l'axe et l'on applique (9.4).

Exercice

On applique une force de N à une clé de cm. Laquelle des configurations suivantes produit le plus grand moment sur le boulon?

Moment cinétique

Point matériel et théorème du moment cinétique

La deuxième loi de Newton relie la force à la dérivée de la quantité de mouvement. Pour la rotation, la grandeur qui joue le rôle de s'obtient par la même opération que pour passer de la force au moment: un produit vectoriel par .

Démonstration. La dérivée d'un produit vectoriel obéit à la règle de Leibniz (les deux facteurs se dérivent tour à tour, en respectant l'ordre): . Le premier terme est , car le produit vectoriel de deux vecteurs colinéaires est nul. Le second vaut d'après la deuxième loi de Newton , valable dans un référentiel galiléen.

Système de points matériels

Le résultat s'étend à un système quelconque, ce qui est essentiel: c'est ce qui permet de parler du moment cinétique d'un solide, d'une patineuse ou du système solaire sans suivre chacun de leurs points.

Démonstration. Appliquons le théorème 9.1 à chaque point , soumis à la force extérieure et aux forces intérieures exercées par les autres points , puis sommons:

Dans la double somme, regroupons les termes par paires : puisque (troisième loi). Or est portée par (forme forte de la troisième loi, vérifiée par la gravitation, les forces électrostatiques et les forces de contact): le produit vectoriel est nul. Toutes les paires s'annulent et il ne reste que le moment des forces extérieures. Pour le point , on écrit ; le terme supplémentaire s'annule par définition du centre de masse (, chapitre 5).

Conservation du moment cinétique

Démonstration. C'est (9.8) avec : une dérivée nulle sur un intervalle signifie une fonction constante. Pour une force centrale, est colinéaire à , donc .

La conservation du moment cinétique pour une force centrale a deux conséquences géométriques. D'abord, reste perpendiculaire au vecteur constant : le mouvement est plan. Ensuite, en coordonnées polaires dans ce plan, (chapitre 2), d'où . L'aire balayée par le rayon vecteur pendant vaut , donc

le rayon vecteur balaie des aires égales en des temps égaux. C'est la deuxième loi de Kepler, que le chapitre 6 avait énoncée comme un fait d'observation: elle exprime simplement la conservation du moment cinétique d'une planète soumise à l'attraction centrale du Soleil. Près du périhélie, est petit et grand; à l'aphélie, l'inverse.

axeω = 2,00 tr/sBras écartés: I₁ = 4,0 kg·m²axeω = 6,67 tr/sBras ramenés: I₂ = 1,2 kg·m²L = Iω = 50,3 kg·m²/sL = Iω = 50,3 kg·m²/sAucun moment extérieur selon l'axe: L conservé, ω₂ = (I₁/I₂) ω₁. Énergie cinétique: 316 J → 1053 J (travail des muscles).
Figure 9.2. Patineuse en pirouette. Bras écartés, son moment d'inertie vaut I₁ = 4 kg·m² et elle tourne à 2 tr/s; bras ramenés le long du corps, I₂ = 1,2 kg·m² et la vitesse de rotation passe à 6,67 tr/s. Le moment cinétique L = Iω (flèche bleue, portée par l'axe) est le même dans les deux cas, car ni le poids ni la réaction de la glace n'ont de moment selon l'axe vertical. L'énergie cinétique, elle, est multipliée par I₁/I₂: la différence est fournie par le travail des muscles qui ramènent les bras.
Exercice

Un patineur tourne à tr/s avec un moment d'inertie de kg·m². Il ramène les bras et son moment d'inertie tombe à kg·m². Quelle est sa nouvelle vitesse de rotation, en tours par seconde?

tr/s

Le solide en rotation autour d'un axe fixe

Moment cinétique d'un solide et moment d'inertie

Appliquons la définition (9.6) à un solide tournant à la vitesse angulaire autour de l'axe fixe . Un point du solide, de masse , situé à la distance de l'axe, décrit un cercle de rayon à la vitesse . Sa contribution à la composante du moment cinétique le long de l'axe vaut : le facteur est commun à tous les points, et ce qui reste ne dépend que de la répartition des masses.

Démonstration. Prenons l'origine sur l'axe et écrivons , où est la composante perpendiculaire à l'axe, de norme . La vitesse est perpendiculaire à et à , de norme . Alors . Le terme en est perpendiculaire à et ne contribue pas; le terme est porté par (deux vecteurs perpendiculaires à l'axe), de composante avec le signe de . Ainsi .

Le moment d'inertie joue pour la rotation le rôle de la masse pour la translation: il mesure la résistance du solide à une modification de sa vitesse angulaire. Mais, contrairement à la masse, il dépend de l'axe: la même tige est facile à faire tourner autour de son axe longitudinal et difficile à faire tourner autour d'un axe perpendiculaire, et d'autant plus que l'axe est loin de son centre. Notez que le théorème ne dit rien des composantes et : pour un solide non symétrique par rapport à l'axe (une roue mal équilibrée), n'est pas parallèle à et tourne avec le solide, ce qui exige des paliers un moment variable: c'est le balourd que corrige l'équilibrage des roues.

Calcul de moments d'inertie par intégration

axeLTige mince, axe par le centreI = ML²/120,083 ML²axeLTige mince, axe par une extrémitéI = ML²/30,333 ML²axeRAnneau (cerceau) minceI = MR²1 MR²axeRDisque plein ou cylindre pleinI = MR²/20,5 MR²axeRSphère pleineI = 2MR²/50,4 MR²axeRSphère creuse (coquille mince)I = 2MR²/30,667 MR²
Figure 9.3. Moments d'inertie de corps homogènes par rapport à l'axe en pointillé. Tige mince: ML²/12 par le centre, ML²/3 par une extrémité; anneau: MR²; disque ou cylindre plein: MR²/2; sphère pleine: 2MR²/5; sphère creuse: 2MR²/3. À masse et dimension égales, le moment d'inertie est d'autant plus grand que la masse est éloignée de l'axe: le coefficient croît de la sphère pleine (0,4) au disque (0,5), à la coquille (0,667) et à l'anneau (1).

Les moments d'inertie de la sphère pleine (, exercice 9.5) et de la coquille sphérique () s'obtiennent par la même méthode, en empilant des disques ou des anneaux. Pour la Terre, le coefficient mesuré vaut au lieu de : la planète est plus dense au centre (noyau de fer) qu'en surface, et sa masse est donc plus concentrée près de l'axe qu'une sphère homogène.

Théorème de Huygens–Steiner

Les tables donnent les moments d'inertie par rapport à des axes passant par le centre de masse. Pour tout autre axe parallèle, un seul théorème suffit.

Démonstration. Choisissons les axes de sorte que soit l'axe et que soit la droite , , parallèle à . Notons la projection de la position du point (relative à ) sur le plan perpendiculaire à l'axe, et . La distance du point à est , donc

Le terme du milieu contient , projection de (définition du centre de masse, chapitre 5): il est nul, et il reste (9.12). Comme , le minimum est atteint pour .

Vérifions sur la tige: , ce que l'intégration directe avait donné. Un disque tournant autour d'un axe perpendiculaire passant par son bord a pour moment d'inertie . Attention: le théorème relie toujours un axe au centre de masse à un autre; pour passer de l'axe à un axe quelconque, il faut passer par deux fois.

Démonstration. Pour un point de la plaque, : sa distance à est , sa distance à est et sa distance à est . Donc .

Par symétrie, un disque a le même moment d'inertie par rapport à tout diamètre; le théorème donne , donc : la roue d'un vélo est deux fois plus facile à faire basculer qu'à faire tourner.

L'explorateur suivant permet de vérifier toutes ces propriétés sur un système simple: une tige portant deux masses ponctuelles. Déplacez l'axe et observez comment le moment d'inertie varie en autour de son minimum au centre de masse, et comment la contribution de chaque masse dépend du carré de sa distance à l'axe.

Explorateur du moment d'inertie

Une tige mince de 2 m porte deux masses ponctuelles m₁ et m₂. Déplacez l'axe de rotation et les masses: le moment d'inertie I dépend du carré des distances à l'axe, et il est minimal lorsque l'axe passe par le centre de masse (théorème de Huygens–Steiner).

-1,0-0,50,00,51,0x (m)tige: 2,0 kg, L = 2 maxe (x = 0,00)0,60 m0,80 mm₁ = 1,0 kgm₂ = 3,0 kgG (x = 0,30 m)Contributions à I = Σ m r² (tige par Huygens–Steiner: mL²/12 + m x_a²)tige: 0,67m₁: 0,36m₂: 1,922,95Écart axe – G: d = 0,30 m, soit M d² = 0,540 kg·m² de plus que I_G.
I par rapport à l'axe
2,947kg·m²
Centre de masse xG
0,300m
IG (axe par le centre de masse)
2,407kg·m²
Huygens–Steiner: IG + M d²
2,947kg·m²
Rayon de giration √(I/M)
0,701m
Masse totale M
6,0kg
Masse de la tige mtige2,0kg
Masse m11,0kg
Position x1-0,60m
Masse m23,0kg
Position x20,80m
Position de l'axe xa0,00m
Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration du théorème de Huygens–Steiner .

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Développer le carré: et sommer avec les masses
  • 2.
  • Conclure et remarquer que est minimal pour
  • 3.
  • Écrire la distance du point à comme , où est la projection de sur le plan perpendiculaire
  • 4.
  • Choisir des axes tels que soit l'axe et que soit la parallèle passant par le point du plan perpendiculaire
  • 5.
  • Reconnaître et
  • 6.
  • Constater que par définition du centre de masse, ce qui annule le terme croisé

Équation du mouvement de rotation

Nous disposons maintenant de tous les ingrédients pour écrire l'analogue de .

Démonstration. Projetons le théorème du moment cinétique (9.8) sur l'axe , en prenant pour un point de l'axe: . Par le théorème 9.4, , et est constant puisque le solide est indéformable et l'axe fixe par rapport à lui. Donc .

Exercice

Un disque homogène de masse kg et de rayon m tourne autour d'un axe perpendiculaire à son plan et passant par un point de son bord. Calculez son moment d'inertie en kg·m².

kg·m²

Énergie cinétique de rotation, travail et puissance

Énergie cinétique

Démonstration. Chaque point a la vitesse , donc . La seconde forme s'obtient en remplaçant .

La forme éclaire l'exemple 9.3: à moment cinétique constant, diminuer augmente l'énergie cinétique. Ce n'est pas une nouvelle forme d'énergie: l'énergie cinétique de rotation est la somme des énergies cinétiques ordinaires des points du solide, simplement regroupées grâce à la relation .

Travail et puissance d'un moment

Soit une force appliquée en un point du solide, à la distance de l'axe. Pendant une rotation , le point se déplace de , tangent au cercle, de longueur . Le travail élémentaire vaut , où est la composante tangentielle de la force. Or est précisément le moment de par rapport à l'axe (la composante radiale et la composante axiale n'ont pas de moment). Ainsi

Un moment constant qui fait tourner de fournit le travail : c'est ici que le newton-mètre du moment devient le joule du travail, l'angle en radians étant sans dimension. La relation est celle qu'utilisent tous les constructeurs de machines tournantes.

Démonstration. Multiplions (9.13) par : . Or . En intégrant entre les deux instants, on obtient .

Exercice

Deux volants d'inertie de même masse et de même rayon tournent à la même vitesse angulaire: l'un est un disque plein, l'autre un anneau mince. Que peut-on dire de leurs énergies cinétiques?

Synthèse

  • La rotation autour d'un axe fixe se décrit par , et ; un point à la distance de l'axe a la vitesse (soit ), l'accélération tangentielle et l'accélération centripète . Le vecteur est porté par l'axe, orienté par la règle de la main droite.
  • Le moment d'une force a pour norme (: bras de levier) et pour composante ; il se mesure en N·m, jamais en joules. Un couple (résultante nulle) a le même moment par rapport à tout point.
  • Le moment cinétique obéit à ; les forces intérieures s'éliminent par la troisième loi. Sans moment extérieur (système isolé, force centrale), est conservé: pirouette de la patineuse, deuxième loi de Kepler.
  • Pour un solide en rotation autour d'un axe fixe, , et , avec le moment d'inertie : (tige, centre), (tige, extrémité), (anneau), (disque, cylindre), (sphère pleine), (coquille).
  • Théorème de Huygens–Steiner: pour un axe parallèle à distance de celui du centre de masse; axes perpendiculaires pour une plaque: ; rayon de giration .
  • Travail d'un moment , puissance , et théorème de l'énergie cinétique : c'est le langage des moteurs (couple, régime, puissance), des éoliennes et des volants d'inertie.

Série d'exercices du chapitre 9

Exercice 1 sur 5
Exercice

Une patineuse en pirouette ramène ses bras le long du corps. Parmi les grandeurs suivantes, laquelle reste constante pendant cette manœuvre?

Problème guidé

Tambour d'un téléphérique

La cabine d'un téléphérique, de masse t (charge comprise), est suspendue à un câble qui s'enroule sur un tambour moteur assimilé à un cylindre plein de masse kg et de diamètre m. On néglige les frottements et la masse du câble, et l'on ne considère que le brin vertical qui porte la cabine. On prend m/s².

  1. 1

    Moment d'inertie du tambour

    Le tambour est un cylindre plein de rayon m tournant autour de son axe.

    Exercice

    Calculez le moment d'inertie du tambour en kg·m².

    kg·m²
  2. Montée à vitesse constante

  3. Démarrage avec accélération

  4. Puissance en régime de croisière

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 9.1 · Démarrage d'une éolienne

Le rotor d'une éolienne, de rayon m, passe du repos à sa vitesse nominale de tr/min en s, avec une accélération angulaire constante.

  1. Calculer la vitesse angulaire nominale et l'accélération angulaire .
  2. Combien de tours le rotor effectue-t-il pendant la mise en vitesse?
  3. À la vitesse nominale, calculer la vitesse du bout de pale (en m/s et en km/h) et son accélération centripète.
  4. Pendant la mise en vitesse, quelle est l'accélération tangentielle du bout de pale? Comparer aux composantes normales à mi-parcours ( s) et à la fin.
Solution

1. rad/s et rad/s².

2. Avec rad, soit tours. On peut aussi raisonner avec la vitesse angulaire moyenne, tr/min pendant une minute: tours.

3. m/s km/h; m/s², soit .

4. m/s², constante pendant la mise en vitesse. À s, rad/s et m/s²; à s, m/s². L'accélération tangentielle est vite négligeable devant l'accélération centripète: c'est la force centrifuge, et non le démarrage, qui dimensionne l'emplanture des pales.

Exercice 9.2 · Moments de plusieurs forces et changement de point

Une plaque rectangulaire de cm sur cm, posée dans le plan avec un sommet en , est soumise à trois forces: N en , N en et N en (composantes en newtons, positions en mètres).

  1. Calculer le moment de chaque force par rapport à , puis le moment total .
  2. Calculer la résultante des trois forces.
  3. Calculer le moment total par rapport au centre de la plaque et vérifier la relation (9.5).
  4. Les trois forces forment-elles un couple? Pourquoi le moment dépend-il du point?
Solution

1. Avec : N·m; N·m; N·m. Total: N·m (sens antihoraire).

2. N, de norme N.

3. Par rapport à , on remplace les positions par : , , . Alors , , : N·m. Vérification par (9.5) avec : , où et N·m. On retrouve N·m: le terme correctif est le moment par rapport à de la résultante appliquée en . Attention au sens du vecteur: il va du point où l'on veut le moment vers le point où on le connaît.

4. La résultante n'est pas nulle: ce n'est pas un couple, et le moment dépend du point de réduction, précisément du terme . Seul un système de forces de résultante nulle a un moment indépendant du point.

Exercice 9.3 · Bloc, poulie massive et masse suspendue

Un bloc de masse kg glisse sur une table horizontale (coefficient de frottement cinétique ). Il est relié par une corde inextensible, passant sur une poulie assimilée à un disque plein de masse kg et de rayon cm, à une masse suspendue kg. La corde ne glisse pas sur la poulie, dont l'axe est sans frottement. Le système est lâché sans vitesse.

  1. Faire le diagramme des forces des trois solides et écrire les équations du mouvement.
  2. Calculer l'accélération et les deux tensions (brin horizontal) et (brin vertical).
  3. Au bout de quelle durée la masse suspendue a-t-elle descendu m, et à quelle vitesse? Vérifier ce dernier résultat par le théorème de l'énergie cinétique appliqué au système.
Solution

1. Bloc (axe horizontal vers la poulie): , la réaction normale valant . Masse suspendue (axe vers le bas): . Poulie: seules les deux tensions ont un moment par rapport à l'axe, avec et , donc .

2. En additionnant les trois équations, les tensions s'éliminent:

Puis N et N. Leur différence, N, vaut bien N. Sans la masse de la poulie, on aurait m/s².

3. donne s et m/s. Théorème de l'énergie cinétique pour le système (bloc + masse + poulie): les tensions sont intérieures et la corde inextensible, leur travail total est nul; les forces extérieures qui travaillent sont le poids de ( J) et le frottement sur le bloc ( J), soit J. L'énergie cinétique finale vaut J. Les deux méthodes concordent: la poulie compte pour dans l'énergie comme dans la dynamique.

Exercice 9.4 · Le Gyrobus d'Yverdon

De 1953 à 1960, la ville d'Yverdon-les-Bains a exploité des gyrobus: des autobus électriques sans caténaire, propulsés par l'énergie d'un volant d'inertie rechargé aux arrêts. On assimile le volant à un disque plein d'acier de masse kg et de diamètre m, tournant à tr/min à pleine charge.

  1. Calculer le moment d'inertie du volant et l'énergie cinétique stockée, en MJ et en kWh.
  2. Le bus consomme en moyenne kW. Combien de temps peut-il rouler avant que la vitesse du volant ne tombe à tr/min, régime minimal d'exploitation? Quelle fraction de l'énergie initiale a-t-il utilisée?
  3. Si, sur ce parcours de minutes, le volant ralentit uniformément de à tr/min, quel moment de freinage constant la génératrice exerce-t-elle sur lui? Quelle est alors la puissance prélevée au début et à la fin du parcours?
  4. Calculer la vitesse de la périphérie du volant à tr/min et commenter la contrainte mécanique sur l'acier ( kg/m³, ordre de grandeur ).
Solution

1. kg·m²; rad/s; J MJ kWh.

2. À tr/min, et l'énergie restante vaut MJ: le bus a utilisé de l'énergie initiale, soit MJ, en s, un peu moins de minutes. C'est effectivement l'ordre de grandeur de la distance entre deux stations de recharge du réseau d'Yverdon ( à km).

3. Un ralentissement uniforme de à rad/s en s correspond à rad/s², donc à un moment de freinage N·m. La puissance prélevée n'est pas constante: elle vaut kW au départ et kW à l'arrivée, soit kW en moyenne, cohérent avec la consommation de la question 2. Un moment constant correspond à une puissance décroissante; à l'inverse, une consommation constante exige un moment qui augmente à mesure que le volant ralentit.

4. m/s, presque la vitesse du son. La contrainte centrifuge est de l'ordre de Pa MPa, proche de la limite élastique d'un acier ordinaire: le volant du Gyrobus tournait dans une enceinte d'hydrogène sous pression réduite pour limiter les pertes, et sa vitesse était strictement plafonnée. C'est aussi pourquoi les volants modernes utilisent des composites en fibre de carbone, dont le rapport résistance/masse volumique est bien supérieur.

Exercice 9.5 · Moment d'inertie de la sphère pleine et vérification de Huygens–Steiner
  1. Soit une sphère pleine homogène de masse , de rayon et de masse volumique . En la découpant en disques d'épaisseur perpendiculaires à l'axe , démontrer que son moment d'inertie par rapport à un axe passant par son centre vaut .
  2. Vérifier le théorème de Huygens–Steiner sur une tige mince de masse et de longueur : calculer par intégration directe le moment d'inertie par rapport à un axe perpendiculaire situé à la distance du centre () et comparer à .
  3. En déduire le moment d'inertie d'une coquille sphérique mince de masse et de rayon , par exemple en dérivant le résultat de la sphère pleine par rapport à à masse volumique fixée, et vérifier que l'on obtient .
Solution

1. Le disque situé à la cote a pour rayon , pour masse , et, d'après l'exemple 9.5, pour moment d'inertie par rapport à

En intégrant de à , et en développant :

Avec : .

2. Plaçons l'origine au centre de la tige; l'axe coupe la tige en . La distance de l'élément à l'axe est , donc

Or (les termes impairs en s'annulent). Avec , on a et , d'où , soit

puisque . C'est exactement (9.12); pour , on retrouve . Le calcul montre aussi pourquoi le terme croisé disparaît: l'intégrale de sur un intervalle symétrique est nulle, ce qui est la définition du centre de masse au milieu de la tige.

3. Pour une sphère pleine de masse volumique fixée, et . Une coquille mince de rayon et d'épaisseur est la différence de deux sphères pleines de rayons et : sa masse est et son moment d'inertie (dérivée de ). Le rapport vaut

donc . On peut aussi le vérifier directement: pour une coquille de masse surfacique , l'anneau situé à la colatitude a le rayon , la masse et l'on trouve . Le coefficient est plus grand que : dans la coquille, toute la masse est à la distance maximale du centre, et en moyenne à de l'axe.

Références

  • Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. 12–14 (moment cinétique, solide en rotation).
  • Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 10–11.
  • Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 11–12 (rotation, moment cinétique).
  • Kleppner, D. et Kolenkow, R., An Introduction to Mechanics, 2e éd., Cambridge University Press, chap. 7 (angular momentum and fixed axis rotation).
  • Young, H. D. et Freedman, R. A., University Physics, 15e éd., Pearson, chap. 9–10.
  • Feynman, R. P., Leighton, R. B. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Mécanique, Dunod, Paris, chap. 18–20 (rotation, moment cinétique, gyroscope).

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