Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- énoncer le principe de relativité galiléenne, écrire la transformation de Galilée et démontrer que les lois de Newton gardent la même forme dans tous les référentiels galiléens;
- établir la loi du mouvement dans un référentiel en translation accélérée et utiliser la force d'inertie d'entraînement pour traiter le pendule dans un véhicule, l'ascenseur et l'impesanteur;
- dériver un vecteur dans un repère tournant et en déduire la composition des vitesses et des accélérations dans un référentiel en rotation uniforme;
- définir la force centrifuge et la force de Coriolis, connaître leurs propriétés et les appliquer à un plateau tournant, à une centrifugeuse et à une station spatiale;
- quantifier les effets de la rotation de la Terre: pesanteur effective, déviation du fil à plomb, déviation vers l'est d'un corps en chute, sens de rotation des cyclones, précession du pendule de Foucault;
- décider, dans une situation d'ingénierie, si les forces d'inertie sont négligeables ou non.
Référentiels galiléens et relativité galiléenne
Le problème du point de vue
Les lois de Newton (chapitre 3) ont été énoncées dans un référentiel galiléen, c'est-à-dire un référentiel dans lequel un point matériel isolé est au repos ou en mouvement rectiligne uniforme. Or l'ingénieur ne travaille presque jamais dans un tel référentiel: le laboratoire est entraîné par la rotation de la Terre, la cabine du téléphérique accélère au départ de la station, le wagon du Gornergrat freine en descente, le tambour de la centrifugeuse tourne à plusieurs milliers de tours par minute. Deux questions se posent alors. D'abord, si un référentiel est galiléen, lesquels le sont aussi? Ensuite, que deviennent les lois de la mécanique dans un référentiel qui ne l'est pas? La réponse à la seconde question est remarquablement simple: la deuxième loi de Newton reste valable, à condition d'ajouter aux forces réelles des termes correctifs, les forces d'inertie, entièrement déterminés par le mouvement du référentiel.
Transformation de Galilée
Considérons un référentiel galiléen , d'origine , et un second référentiel , d'origine , dont les axes restent parallèles à ceux de et dont l'origine se déplace à vitesse constante : on dit que est en translation rectiligne uniforme par rapport à . En choisissant l'instant initial de sorte que à , la position d'un point dans les deux référentiels vérifie , soit
En dérivant (8.1) par rapport au temps, qui est le même pour les deux observateurs, on retrouve la loi de composition des vitesses du chapitre 2 puis, en dérivant une seconde fois, l'égalité des accélérations:
La première relation dit qu'un voyageur marchant à m/s vers l'avant d'un train roulant à m/s est vu du quai à m/s. La seconde est le fait essentiel: l'accélération est la même dans tous les référentiels en translation uniforme les uns par rapport aux autres.
Invariance des lois de Newton
Démonstration. Soit un point matériel de masse soumis à la force résultante . Dans , la deuxième loi de Newton s'écrit . D'après (8.2), , donc pourvu que prenne la même valeur pour les deux observateurs. Or les forces fondamentales de la mécanique — gravitation, forces de contact, tension d'un fil, force de rappel d'un ressort, frottement visqueux — dépendent des positions relatives ou des vitesses relatives des corps, quantités invariantes par (8.1) et (8.2). La masse étant elle-même un scalaire invariant, les deux observateurs écrivent exactement la même équation. Un point isolé () a donc une accélération nulle dans , ce qui est la définition d'un référentiel galiléen.
Il existe ainsi une infinité de référentiels galiléens, tous en translation rectiligne uniforme les uns par rapport aux autres, et aucune expérience de mécanique ne permet d'en distinguer un «vrai repos». C'est le principe de relativité galiléenne: les lois de la mécanique sont les mêmes dans tous les référentiels galiléens.
Un wagon roule sur une voie rectiligne à la vitesse constante de m/s. Un voyageur lâche une pomme. Que voit un observateur immobile sur le quai?
Référentiel en translation accélérée
Loi du mouvement et force d'inertie d'entraînement
Passons maintenant à un référentiel dont les axes restent parallèles à ceux d'un référentiel galiléen , mais dont l'origine suit un mouvement quelconque : cabine d'ascenseur, voiture qui freine, avion en vol parabolique. La relation de Chasles donne encore , et deux dérivations successives, licites puisque les axes ne tournent pas,
Démonstration. Dans le référentiel galiléen, . En remplaçant par d'après (8.3) et en isolant , on obtient , ce qui est (8.4).
La force d'inertie n'est pas une interaction: aucun corps ne l'exerce, elle ne possède pas de «réaction» au sens de la troisième loi de Newton, et elle disparaît dès que l'on revient à un référentiel galiléen. Elle traduit seulement l'obstination des corps à garder leur vitesse pendant que le référentiel change la sienne: quand le tram démarre, le passager debout «est projeté» vers l'arrière parce qu'il tend à rester immobile alors que le plancher part vers l'avant. Deux propriétés la rendent cependant très commode. D'une part, elle est proportionnelle à la masse, comme le poids: tout se passe donc comme si la pesanteur était remplacée par une pesanteur apparente . D'autre part, elle est uniforme dans et, si est constante, elle dérive d'une énergie potentielle , exactement comme le poids.
Le pendule dans un train: un accéléromètre
L'ascenseur et le poids apparent
Impesanteur
Le dernier cas de l'exemple 8.2 est général. Dans un référentiel en chute libre — cabine qui tombe, capsule spatiale, station en orbite (chapitre 6) — l'accélération d'entraînement vaut exactement , si bien que compense le poids de chaque corps, quelle que soit sa masse. Les objets ne sont pas soustraits à la gravitation, qui vaut encore à l'altitude de la Station spatiale internationale; ils tombent simplement tous ensemble, avec les parois qui les entourent. C'est l'impesanteur, à ne pas confondre avec une absence de pesanteur.
Liquide dans un récipient accéléré
Un parfum désodorisant pend au rétroviseur d'une voiture qui accélère uniformément de à km/h en s. Calculez l'angle d'inclinaison du fil par rapport à la verticale, en degrés ( m/s²).
Référentiel en rotation uniforme
Dériver un vecteur dans un repère tournant
Le cas de la rotation est plus subtil que celui de la translation, parce que les axes de changent de direction au cours du temps: un vecteur constant pour un observateur tournant est variable pour un observateur fixe. Considérons un référentiel de même origine qu'un référentiel galiléen , en rotation autour d'un axe fixe passant par avec le vecteur vitesse angulaire : sa direction est celle de l'axe, son sens est donné par la règle de la main droite et sa norme est la vitesse angulaire en rad/s (chapitre 2). Notons la base orthonormée liée à . Un point fixe de décrit dans un cercle autour de l'axe, et sa vitesse vaut (chapitre 2, mouvement circulaire): en particulier, chaque vecteur de base, de norme constante et entraîné par la rotation, vérifie
Démonstration. Décomposons dans la base tournante: . Pour l'observateur de , les vecteurs sont fixes et seules les composantes varient: . Pour l'observateur de , il faut aussi dériver les vecteurs de base, par la règle du produit:
d'après (8.6). Par linéarité du produit vectoriel, la dernière somme vaut .
Appliquée à lui-même, la formule donne , puisque : la dérivée du vecteur rotation est la même pour les deux observateurs.
Composition des vitesses et des accélérations
Démonstration. Appliquons (8.7) au vecteur position , le même pour les deux observateurs puisque les origines coïncident: , ce qui est (8.8). Appliquons ensuite (8.7) au vecteur :
Calculons séparément les deux termes à partir de (8.8). Le premier, dérivée de par l'observateur tournant, vaut , car et la dérivée de est la même dans les deux référentiels. Le second vaut . En additionnant, les deux termes se regroupent et l'on obtient (8.9).
Le facteur de l'accélération de Coriolis a donc une double origine: l'observateur tournant voit la vitesse d'entraînement changer parce que change (le point s'éloigne de l'axe, sa vitesse d'entraînement croît), et l'observateur fixe voit la vitesse relative tourner avec les axes.
Remettez dans l'ordre les étapes de la démonstration de la formule de composition des accélérations (8.9) pour une rotation uniforme.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Dériver dans et développer
- Écrire la dérivée des vecteurs de base tournants:
- En déduire la formule de dérivation pour tout vecteur
- L'appliquer au vecteur position:
- Regrouper les deux termes pour obtenir
- L'appliquer au vecteur vitesse :
Forces centrifuge et de Coriolis
En multipliant (8.9) par et en utilisant dans le référentiel galiléen, on obtient la loi du mouvement pour l'observateur tournant, dans le cas d'une rotation uniforme:
L'expression s'obtient par la formule du double produit vectoriel: , le vecteur entre parenthèses étant la projection de sur le plan perpendiculaire à l'axe. Les deux forces d'inertie ont des caractères très différents:
- La force centrifuge ne dépend que de la position. Elle est dirigée vers l'extérieur, perpendiculairement à l'axe, et croît comme le carré de la vitesse angulaire et comme la distance à l'axe. Elle dérive de l'énergie potentielle : un point qui s'éloigne de l'axe «descend» dans ce potentiel.
- La force de Coriolis ne dépend que de la vitesse relative. Elle est nulle pour un corps immobile dans , perpendiculaire à et à , et vaut au plus lorsque est perpendiculaire à l'axe. Vue depuis l'extrémité de (rotation dans le sens trigonométrique), elle dévie le mobile vers la droite de sa vitesse.
Démonstration. Le produit vectoriel est, par définition, orthogonal à ; donc . D'après le théorème de l'énergie cinétique appliqué dans (chapitre 4, valable avec les forces d'inertie incluses), la variation de est égale au travail des forces réelles et de la force centrifuge seulement.
Le plateau tournant
Le meilleur moyen de voir la force de Coriolis à l'œuvre est de lancer une bille depuis le centre d'un manège. Pour l'observateur au sol, la bille, soumise à son seul poids compensé par la réaction du plateau (frottement négligé), décrit une ligne droite à vitesse constante : elle atteint le bord, à la distance , au temps . Pour l'observateur assis sur le plateau, qui tourne de l'angle pendant ce temps, la bille semble décrire une courbe: en coordonnées polaires liées au plateau, et , une spirale d'Archimède. La bille arrive au bord avec un retard angulaire par rapport au point visé; pour , et , ce retard vaut et l'accélération de Coriolis, , dépasse le tiers de . L'explorateur ci-dessous trace les deux trajectoires: essayez d'inverser le signe de et d'augmenter .
Explorateur de la force de Coriolis
Une bille est lancée du centre d’un plateau tournant de rayon 3 m, avec la vitesse v par rapport au sol. Vue du sol (référentiel galiléen), elle va tout droit (trait gris). Vue du plateau, sa trajectoire se courbe: la déviation est due à la force de Coriolis −2mω ∧ v′ et, loin du centre, à la force centrifuge. Changez le signe de ω pour inverser le sens de la déviation.
La centrifugeuse
Une centrifugeuse fait tourner rapidement un échantillon: dans le référentiel du rotor, tout se passe comme si la pesanteur était remplacée par la pesanteur apparente , dont la composante radiale peut atteindre des milliers de fois . Les particules plus denses que le liquide «tombent» vers l'extérieur avec une vitesse de sédimentation proportionnelle à (chapitre 11, loi de Stokes): ce qui prendrait des heures par gravité se fait en minutes.
Gravité artificielle
Une centrifugeuse de laboratoire tourne à tr/min. Les fonds des tubes sont à cm de l'axe. Exprimez l'accélération centrifuge au fond des tubes en multiples de m/s².
La Terre, référentiel tournant
Vitesse angulaire de la Terre
La Terre tourne sur elle-même d'un tour par jour sidéral, (le jour solaire de h inclut la fraction de tour nécessaire pour retrouver le Soleil, qui s'est déplacé sur l'écliptique). Sa vitesse angulaire vaut donc
le vecteur étant dirigé du pôle Sud vers le pôle Nord. Un référentiel lié au sol est donc en rotation, et les résultats de la section précédente s'appliquent avec cette valeur minuscule. Deux nombres fixent les ordres de grandeur: , soit , pour la force centrifuge à l'équateur; et pour la force de Coriolis, soit pour une vitesse de m/s. Ces effets sont faibles, mais mesurables, et ils gouvernent la météorologie parce qu'ils s'exercent sans relâche sur des masses d'air qui ne subissent presque aucune autre force horizontale.
Pesanteur effective et fil à plomb
En un point de latitude , la distance à l'axe vaut . Un corps immobile par rapport au sol subit l'attraction gravitationnelle , dirigée vers le centre de la Terre (chapitre 6), et la force centrifuge , perpendiculaire à l'axe. Ce que mesurent une balance ou un fil à plomb est la somme des deux, divisée par : c'est la pesanteur effective .
Démonstration. Plaçons-nous dans le plan méridien de (figure 8.3) et projetons sur la direction radiale (vers l'extérieur) et sur la direction tangente au méridien (vers le nord). L'attraction vaut . La force centrifuge par unité de masse, , fait l'angle avec : sa composante radiale est et sa composante méridienne, dirigée vers l'équateur, . Ainsi
La composante méridienne est d'ordre , donc sa contribution à la norme, , est d'ordre et se néglige: on obtient (8.11). L'angle entre et vérifie au premier ordre, et pour un si petit angle.
Numériquement, avec : à l'équateur, et ; aux pôles, et ; à Lausanne (), et d'arc, maximal à . La différence réelle entre les pôles () et l'équateur () est de , plus grande que les calculés: la Terre, aplatie par cette même force centrifuge, a un rayon équatorial plus grand de km, et l'attraction y est plus faible. Le fil à plomb définit la verticale du lieu; les géodésiens appellent «géoïde» la surface perpendiculaire en tout point à , qui sert de référence aux altitudes suisses (niveau du Repère Pierre du Niton, à Genève).
Déviation vers l'est d'un corps en chute libre
Introduisons le repère local de : vers l'est, vers le nord, vertical ascendant. Le vecteur rotation de la Terre s'y décompose en : une composante horizontale vers le nord et une composante verticale , nulle à l'équateur et maximale au pôle.
Démonstration. Dans le référentiel terrestre, l'équation (8.10) s'écrit , la force centrifuge étant déjà incluse dans . La force de Coriolis est d'ordre : pour la calculer au premier ordre, il suffit d'y reporter la vitesse d'ordre zéro, c'est-à-dire celle de la chute libre ordinaire, . Avec et ,
donc : la correction est horizontale, dirigée vers l'est, et croît linéairement avec le temps. En intégrant deux fois avec et : , puis . En remplaçant par , , d'où la seconde forme. Les termes négligés (déviation vers le sud due à la vitesse vers l'est, correction de la durée de chute) sont d'ordre .
L'interprétation est simple vue de l'espace: au sommet de la tour, à la distance de l'axe, le corps possède une vitesse d'entraînement vers l'est légèrement plus grande que celle du sol; conservant cette vitesse pendant sa chute, il «prend de l'avance» sur le sol. C'est l'inverse de la prédiction des adversaires de Copernic, et Gauss, puis Reich en 1831 dans un puits de mine de Freiberg ( m), ont confirmé l'ordre de grandeur.
Dans l'hémisphère nord, un train roule vers le nord. Vers quel côté la force de Coriolis due à la rotation de la Terre le pousse-t-elle, et lequel des deux rails s'use-t-il donc davantage?
Mouvements horizontaux: cyclones, courants et fleuves
Pour un mouvement horizontal , la force de Coriolis a une composante horizontale , perpendiculaire à et dirigée vers la droite dans l'hémisphère nord (), vers la gauche dans l'hémisphère sud, et une composante verticale qui allège légèrement un mobile allant vers l'est (effet Eötvös). Seule la composante verticale du vecteur rotation intervient dans la déviation horizontale: tout se passe comme si le sol tournait sur lui-même autour de la verticale à la vitesse angulaire , soit un tour en .
L'accélération étant minuscule, elle ne compte que si elle agit longtemps. Un mobile libre de toute autre force horizontale décrit, sous l'effet de Coriolis seul, un cercle d'inertie de rayon : à , km pour m/s, km pour m/s. Les mouvements dont l'échelle dépasse la dizaine de kilomètres et la durée dépasse l'heure sont donc profondément marqués par la rotation de la Terre; les autres ne le sont pas.
Le pendule de Foucault
En 1851, Léon Foucault suspend au dôme du Panthéon, à Paris, une sphère de kg au bout d'un fil de m et montre que le plan d'oscillation du pendule tourne lentement, dans le sens horaire vu de dessus, d'environ par heure. C'est la première démonstration directe de la rotation de la Terre, sans observation du ciel. L'explication est immédiate au pôle: le plan d'oscillation, fixé par la gravitation et la tension du fil, toutes deux verticales ou presque, reste fixe dans le référentiel galiléen tandis que la Terre tourne dessous en un jour sidéral; pour l'observateur terrestre, c'est le plan qui semble tourner d'un tour en , dans le sens rétrograde.
À la latitude , seule la composante verticale de la rotation fait tourner le plan d'oscillation autour de la verticale, la composante horizontale tendant à basculer ce plan autour d'un axe horizontal, ce que la pesanteur interdit. On peut le vérifier avec la force de Coriolis: pour une vitesse horizontale , sa composante horizontale est , exactement la force qu'exercerait un plateau tournant à la vitesse angulaire autour de la verticale, et le pendule «voit» le sol tourner sous lui à cette vitesse. La période de précession du plan d'oscillation vaut donc
À Paris (): h, soit par heure, la valeur observée par Foucault. À Lausanne (): h, soit par heure. À l'équateur, et le plan ne tourne pas. Le pendule de Foucault du Musée d'histoire des sciences de Genève et celui de l'EPFL permettent de vérifier ces valeurs en quelques heures d'observation; la difficulté expérimentale est d'éviter que le pendule ne décrive une ellipse, ce qui produit une précession parasite bien plus rapide que celle de Foucault.
Un pendule de Foucault est installé à la latitude . Combien d'heures faut-il à son plan d'oscillation pour faire un tour complet? Utilisez h pour la période de rotation de la Terre.
Balistique et artillerie
Synthèse
- Les référentiels galiléens sont tous en translation rectiligne uniforme les uns par rapport aux autres; la transformation de Galilée conserve les accélérations et les forces, donc la forme des lois de Newton (principe de relativité galiléenne).
- Dans un référentiel en translation d'accélération , la deuxième loi devient : la force d'inertie d'entraînement, proportionnelle à la masse, revient à remplacer par la pesanteur apparente (pendule incliné de , poids apparent , impesanteur en chute libre).
- Dans un repère tournant, ; il en résulte et .
- En rotation uniforme, : la force centrifuge dérive du potentiel ; la force de Coriolis, perpendiculaire à , ne travaille pas et dévie vers la droite (vu de la pointe de ).
- Sur la Terre ( rad/s): la pesanteur effective vaut et le fil à plomb dévie de vers l'équateur (); un corps en chute dévie vers l'est de ; les mouvements horizontaux sont déviés vers la droite dans l'hémisphère nord (cyclones antihoraires, gyres, obus), et le plan du pendule de Foucault tourne avec la période .
- Les forces d'inertie sont négligeables lorsque ou les autres accélérations: sur Terre, elles ne comptent que pour les mouvements de grande échelle ou de longue durée, ou pour les mesures de précision.
Série d'exercices du chapitre 8
Exercice 1 sur 5Laquelle de ces grandeurs a la même valeur dans tous les référentiels galiléens?
Freinage et virage du train du Gornergrat
Une rame du chemin de fer du Gornergrat freine sur un tronçon rectiligne et horizontal avec une décélération constante m/s². Un pendule de masse kg est suspendu au plafond d'une voiture, et une bille est posée sur le plancher horizontal. On prend m/s² et l'on raisonne dans le référentiel de la voiture. Dans la dernière étape, la rame aborde à vitesse constante de km/h une courbe horizontale de rayon m.
- 1
Angle du pendule
Au freinage, l'accélération d'entraînement est dirigée vers l'arrière, donc la force d'inertie vers l'avant: le fil s'incline vers l'avant de la voiture, dans la direction de la pesanteur apparente .
ExerciceCalculez l'angle du fil avec la verticale, en degrés, une fois le pendule immobile par rapport à la voiture.
Tension du fil
Bille sur le plancher
Dans la courbe
Exercices
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Un bus des TL freine sur une route horizontale avec une décélération constante de . On prend .
- Une poignée souple pend du plafond. De quel angle s'incline-t-elle par rapport à la verticale, et dans quel sens?
- Un sac de kg est suspendu à la même poignée par une sangle. Calculez la tension de la sangle pendant le freinage.
- Une valise de kg est posée sur le plancher. Quel coefficient de frottement statique minimal l'empêche de glisser? Si , avec quelle accélération relative glisse-t-elle (on prendra )?
- Reprenez la question 1 dans le référentiel de la route, sans force d'inertie, et vérifiez que le résultat est le même.
Solution
1. Dans le référentiel du bus, la poignée subit son poids, la tension et la force d'inertie . L'accélération d'entraînement est dirigée vers l'arrière (freinage), donc la force d'inertie vers l'avant: la poignée s'incline vers l'avant de l'angle
2. La sangle est alignée sur la pesanteur apparente, de norme . La tension vaut , contre N à l'arrêt.
3. Équilibre horizontal de la valise dans le bus: , à fournir par le frottement statique, borné par . Il faut . Si , la valise glisse vers l'avant; le frottement cinétique vaut vers l'arrière et l'accélération relative est
vers l'avant du bus. En s de freinage, elle parcourt m par rapport au plancher.
4. Dans le référentiel de la route, la poignée décélère avec le bus: , avec de norme dirigée vers l'arrière. La tension doit donc avoir une composante horizontale vers l'arrière, ce qui n'est possible que si la poignée pend vers l'avant, le fil tirant vers l'arrière-haut; sa composante verticale vaut . D'où , le même angle. La force d'inertie du référentiel du bus n'est que le terme changé de membre.
Un pendule simple de longueur m oscille avec de petites amplitudes dans un ascenseur. On rappelle (chapitre 7) que sa période dans un laboratoire immobile vaut .
- Montrer que dans un ascenseur d'accélération verticale (comptée positive vers le haut), le pendule oscille avec la période .
- Calculer pour et pour , et comparer à .
- Que se passe-t-il si le câble casse?
- Un horloger règle une pendule dans un ascenseur en montée uniforme à m/s. Sera-t-elle juste une fois posée au sol?
Solution
1. Dans le référentiel de la cabine, en translation d'accélération , la masse subit la tension, le poids et la force d'inertie . Poids et force d'inertie se regroupent en une pesanteur apparente verticale , uniforme et constante. Le problème est donc exactement celui du pendule simple du chapitre 7 dans un champ de pesanteur de norme : pour de petites oscillations, , d'où
2. Avec m: s. Pour (démarrage vers le haut ou freinage en descente), et s: le pendule bat plus vite (). Pour , et s ().
3. En chute libre, , : il n'y a plus de force de rappel, la période devient infinie. Le pendule, s'il avait une vitesse, tourne uniformément autour de son point d'attache (le fil reste tendu par la force centrifuge dans ce mouvement circulaire); s'il était immobile, il reste dans la position où il se trouvait, même écarté de la verticale. C'est l'impesanteur.
4. Un ascenseur en montée uniforme est un référentiel galiléen: , la période est et la pendule réglée dans ces conditions est juste au sol. Seule l'accélération compte, pas la vitesse: c'est le principe de relativité galiléenne.
Un plateau horizontal de rayon m tourne à dans le sens trigonométrique vu de dessus. À , une bille est lancée depuis le centre avec la vitesse m/s par rapport au sol; on néglige tout frottement, de sorte que, vue du sol, elle se déplace en ligne droite à vitesse constante.
- Écrire les coordonnées polaires de la bille dans le référentiel du plateau et identifier la courbe.
- Calculer le temps mis pour atteindre le bord et l'angle, mesuré sur le plateau, entre le point visé et le point d'arrivée.
- Calculer la vitesse relative à l'arrivée au bord et l'accélération relative en fonction de ; vérifier que est bien la somme des accélérations centrifuge et de Coriolis.
- Comment doit-on lancer la bille, par rapport au plateau, pour qu'elle atteigne le point visé?
Solution
1. Vue du sol, la bille est en . Le plateau a tourné de ; les coordonnées polaires liées au plateau sont donc
soit : une spirale d'Archimède, parcourue dans le sens horaire. En coordonnées cartésiennes du plateau, , .
2. s. Pendant ce temps, le plateau tourne de : la bille arrive «en retard» (dans le sens horaire) par rapport au point visé, qui est passé devant elle.
3. En dérivant et : , de norme . Au bord, et m/s: la vitesse relative dépasse , car la vitesse d'entraînement m/s s'y combine. En dérivant encore,
Or l'accélération centrifuge vaut et l'accélération de Coriolis . Leur somme est , ce qui est bien . À , : la déviation initiale est purement due à Coriolis, vers la droite de .
4. Vue du sol, la bille va en ligne droite: pour atteindre le point du bord qui, au moment du lancement, se trouve en , il faut viser l'endroit où ce point sera après , où est la vitesse par rapport au sol: c'est-à-dire lancer, dans le référentiel du sol, à l'angle en avant du point (dans le sens de rotation). Par rapport au plateau, la vitesse à donner est au centre, puisque : le lanceur, au centre, doit donc viser en avant du point visé. Pour m/s, cela fait , ce qui montre à quel point l'intuition est prise en défaut sur un manège rapide.
Le Rhône, entre Martigny et le Léman, coule vers le nord-ouest; on assimile ici son cours à un canal rectiligne de largeur m, orienté plein nord, dans lequel l'eau coule uniformément à m/s, à la latitude ( rad/s).
- Calculer l'accélération de Coriolis horizontale subie par l'eau et préciser sa direction.
- Dans le référentiel terrestre, l'eau est en mouvement rectiligne uniforme: quelle force réelle équilibre la force de Coriolis? En déduire l'inclinaison transversale de la surface libre et la différence de niveau entre les deux rives.
- Quelle rive est la plus érodée? Comparer l'effet à celui d'un méandre de rayon km.
Solution
1. Pour (nord), la force de Coriolis par unité de masse vaut , vers l'est, c'est-à-dire vers la droite du courant, de norme
(La composante verticale est nulle puisque .)
2. L'eau ne subit horizontalement, outre Coriolis, que les forces de pression. Pour que le mouvement soit uniforme, la surface libre doit s'incliner de sorte que la composante horizontale du gradient de pression compense : comme dans l'exemple 8.3, la surface libre est perpendiculaire à la pesanteur apparente et s'incline de l'angle tel que
la rive droite (est) étant la plus haute. La différence de niveau entre les rives vaut .
3. La surface est plus haute sur la rive droite: la pression au fond y est plus grande et un léger courant secondaire (descendant le long de la rive droite, remontant le long de la rive gauche) érode la rive droite et dépose sur la rive gauche. C'est la loi de Baer, énoncée en 1860 pour les fleuves de Sibérie. L'effet est réel mais minuscule: dans un méandre de rayon m, l'accélération centripète est fois plus grande que , et la surélévation de la rive extérieure, cm, l'emporte de loin. La loi de Baer n'est observable que sur des fleuves très rectilignes et très larges, ou en moyenne statistique sur de nombreux cours d'eau.
Un récipient cylindrique de rayon cm contenant de l'eau tourne autour de son axe vertical à tr/min. Après un régime transitoire, l'eau tourne en bloc avec le récipient.
- Dans le référentiel tournant, écrire la pesanteur apparente en un point à la distance de l'axe et montrer qu'elle dérive d'une énergie potentielle par unité de masse .
- En déduire que la surface libre est le paraboloïde , et interpréter géométriquement: la surface est en tout point perpendiculaire à .
- Calculer la dénivellation entre le bord et le centre pour les valeurs données. Comment évolue lorsque augmente, le volume d'eau étant fixé?
- Montrer que la pression dans le liquide vaut sous la surface, et retrouver ainsi le même paraboloïde par un raisonnement dans le référentiel du laboratoire. Application: les télescopes à miroir liquide.
Solution
1. Dans le référentiel tournant, l'eau est immobile; les forces d'inertie se réduisent à la force centrifuge, la force de Coriolis étant nulle (). La pesanteur apparente est
Posons . Son gradient en coordonnées cylindriques vaut : la pesanteur apparente dérive bien du potentiel (le poids du potentiel , la force centrifuge du potentiel signalé dans le cours).
2. Un liquide au repos dans un champ de force dérivant d'un potentiel obéit à l'équation de la statique des fluides (chapitre 11) , donc est constant: les surfaces isobares sont les équipotentielles . La surface libre, où (pression atmosphérique), est l'une d'elles:
paraboloïde de révolution dont le sommet est sur l'axe. Géométriquement, une surface équipotentielle est perpendiculaire au gradient, donc à : en chaque point, la surface libre est inclinée de l'angle tel que , ce que confirme la dérivée . C'est l'analogue, pour un champ non uniforme, de l'exemple 8.3.
3. et
Le volume d'eau étant conservé, le liquide qui monte au bord vient du centre: comme le volume d'un paraboloïde vaut la moitié de celui du cylindre circonscrit, le niveau moyen (hauteur au repos) vérifie , soit : le centre descend de mm et le bord monte de mm. Lorsque croît, descend jusqu'à découvrir le fond pour .
4. Dans le référentiel du laboratoire, chaque particule de fluide décrit un cercle de rayon à la vitesse angulaire : son accélération est centripète, , et l'équation du mouvement d'un élément de fluide (Euler, chapitre 11) s'écrit , soit
En intégrant, , la constante étant fixée par en . La surface libre est bien , et sous elle : la pression croît hydrostatiquement avec la profondeur mesurée depuis le paraboloïde. Les deux référentiels donnent le même résultat, la force centrifuge du premier étant le terme du second changé de membre.
Application. Un paraboloïde de révolution focalise en un point les rayons parallèles à son axe, avec la distance focale (pour ). Un bain de mercure tournant lentement forme ainsi un miroir de télescope parfait et bon marché: le Large Zenith Telescope (Colombie-Britannique, 6 m de diamètre) tournait à , soit m; l'inconvénient est qu'il ne peut viser que le zénith.
Références
- Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. 8 (référentiels en mouvement, forces d'inertie).
- Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 4 et 6.
- Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 6 (dynamique du mouvement circulaire et référentiels non inertiels).
- Kleppner, D. et Kolenkow, R., An Introduction to Mechanics, 2e éd., Cambridge University Press, chap. 9 (Non-inertial systems and fictitious forces).
- Feynman, R., Leighton, R. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Mécanique 1, Dunod, Paris, chap. 15–16 (relativité et transformation de Galilée).
- Galilei, G., Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (1632), trad. R. Fréreux, Seuil, Paris, «Journée seconde» (l'expérience du navire).
- Persson, A., «How do we understand the Coriolis force?», Bulletin of the American Meteorological Society, 79 (7), 1998, p. 1373–1385.