Chapitre 4

Travail, énergie et puissance

Travail d'une force, théorème de l'énergie cinétique, forces conservatives, énergie potentielle, conservation de l'énergie mécanique.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • calculer le travail d'une force constante ou variable le long d'un déplacement, en particulier celui du poids, d'un ressort et du frottement, et en discuter le signe;
  • énoncer et démontrer le théorème de l'énergie cinétique et l'utiliser pour déterminer des vitesses et des distances sans résoudre les équations du mouvement;
  • reconnaître une force conservative, lui associer une énergie potentielle telle que et lire sur le graphe de les équilibres, leur stabilité et les points de rebroussement;
  • appliquer la conservation de l'énergie mécanique et sa forme générale à des pendules, des loopings, des montagnes russes et des sauts à l'élastique;
  • calculer une puissance instantanée ou moyenne, convertir entre watts et chevaux, et estimer la puissance d'un cycliste, d'une voiture ou d'une centrale hydroélectrique;
  • définir un rendement et interpréter l'énergie dissipée par les forces non conservatives.

Le travail d'une force

Pourquoi une nouvelle grandeur?

Les lois de Newton (chapitre 3) permettent en principe de tout calculer: connaissant les forces, on intègre et l'on obtient la trajectoire. En pratique, cette intégration est souvent pénible, voire impossible à la main. Or beaucoup de questions concrètes ne demandent pas la trajectoire complète: à quelle vitesse le skieur arrive-t-il en bas de la pente? Jusqu'où remonte le wagonnet? Quelle force le pieu oppose-t-il au mouton qui le frappe? Pour ces questions, il existe un raccourci: au lieu de suivre le mouvement instant par instant, on fait un bilan entre l'état initial et l'état final. La grandeur qui permet ce bilan est l'énergie, et la porte d'entrée vers l'énergie est le travail.

Trois cas méritent d'être retenus. Si la force est dans le sens du déplacement (), le travail vaut : il est moteur. Si elle s'oppose au déplacement (), : il est résistant. Si elle est perpendiculaire au déplacement (), : la force ne travaille pas, même si elle est intense. C'est le cas de la force normale exercée par un rail ou une piste sur un wagonnet, de la tension du fil d'un pendule et de la force magnétique sur une particule chargée. Lorsque vous portez une valise à vitesse constante sur un quai horizontal, la force de votre main est verticale et le déplacement horizontal: mécaniquement, vous ne fournissez aucun travail à la valise, ce qui ne signifie pas que vos muscles ne se fatiguent pas.

Une force variable le long du trajet, ou un trajet courbe, demande de découper le déplacement en éléments assez petits pour que la force y soit constante, d'y appliquer (4.1) et de sommer.

x1x2xF(x)W = ∫ F dxaire ≈ 5,5 (unités arbitraires)a) Force variableChaque tranche F(x)·dx est un travail élémentaire; la somme des tranches est l’aire.x−kxxFressortaire = −½kx²ici k = 1,6, x = 2: W = -3,2F = −kxb) Ressort (loi de Hooke)Aire sous l’axe: travail négatif, résistant.
Figure 4.1. Le travail comme aire sous la courbe force–position. a) Pour une force variable F(x), le travail entre x₁ et x₂ est l'aire de la région colorée, somme des travaux élémentaires F(x)·dx. b) Pour un ressort, la force de rappel F = −kx est une droite: l'aire entre 0 et x est un triangle situé sous l'axe, de valeur −½kx², négative parce que le ressort résiste à l'allongement.

Travail du poids

Le poids est constant au voisinage de la surface terrestre. Prenons l'axe vertical ascendant, de sorte que . Le long d'un déplacement quelconque , le produit scalaire vaut , donc

Ce résultat a une conséquence importante: le travail du poids ne dépend que de la dénivellation , pas du chemin suivi. Un randonneur qui monte de m par un sentier en lacets ou par une via ferrata verticale reçoit du poids le même travail négatif; un skieur qui descend de m, quelle que soit la piste, reçoit le même travail positif. Nous reviendrons sur cette propriété, qui définit les forces conservatives.

Travail d'un ressort

Un ressort de raideur , d'extrémité libre repérée par l'allongement à partir de sa longueur naturelle, exerce la force de rappel (loi de Hooke, valable tant que le ressort n'est pas déformé de façon permanente). Cette force n'est pas constante: on doit intégrer.

En particulier, lorsqu'on étire (ou comprime) le ressort depuis sa longueur naturelle jusqu'à l'allongement , le ressort fournit le travail : il résiste, que l'on tire ou que l'on pousse, puisque ne distingue pas les deux cas. C'est l'aire du triangle de la figure 4.1b: base , hauteur , aire , comptée négativement parce que la force est opposée au déplacement. L'opérateur qui étire le ressort quasi statiquement exerce à chaque instant la force opposée et fournit le travail . Pour un ressort de raideur étiré de : .

Travail du frottement

Le frottement cinétique a une intensité et il est toujours dirigé à l'opposé de la vitesse. Sur un trajet de longueur (la longueur parcourue, pas la distance entre les extrémités), il fournit donc

Contrairement au poids, ce travail dépend du chemin: un bloc de traîné sur d'un sol horizontal avec reçoit ; ramené à son point de départ, il reçoit à nouveau , soit sur l'aller-retour, alors que le travail du poids sur ce même aller-retour est nul. Le frottement est l'exemple type d'une force non conservative.

Exercice

Un wagonnet descend une piste courbe sans frottement. Parmi les forces qui s'exercent sur lui, laquelle ou lesquelles ont un travail nul sur la descente?

Exercice

Un ressort de raideur est comprimé de à partir de sa longueur naturelle. Quel travail (en joules, avec son signe) l'opérateur a-t-il fourni au ressort?

J

Le théorème de l'énergie cinétique

Énoncé et démonstration

Démonstration. Traitons d'abord le cas d'un mouvement rectiligne selon , avec une force résultante . La deuxième loi de Newton s'écrit . Multiplions les deux membres par : à gauche, par la règle de dérivation d'une fonction composée; à droite, . Intégrons de à : le membre de gauche donne et le membre de droite par changement de variable.

Le cas général se traite de la même manière avec un produit scalaire. Partons de et multiplions scalairement par :

où l'on a utilisé . En intégrant entre et et en reconnaissant (4.2) à droite, on obtient (4.7). Comme le travail d'une somme de forces est la somme des travaux (linéarité du produit scalaire et de l'intégrale), on peut calculer chaque travail séparément.

Le théorème ne contient rien de plus que la deuxième loi de Newton, mais il l'a déjà intégrée une fois. Il ne donne ni la durée du mouvement ni la trajectoire, seulement la vitesse scalaire en connaissant celle en . En échange, il ignore toutes les forces qui ne travaillent pas — normale, tension d'un fil inextensible — et il s'applique sans changement aux trajectoires courbes.

Applications

Exercice

Une voiture roule à sur une route horizontale mouillée où le coefficient de frottement pneus–route vaut . Calculez sa distance de freinage en mètres, sans temps de réaction.

m

Forces conservatives et énergie potentielle

Définition

Le travail du poids ne dépend que des positions de départ et d'arrivée; celui du frottement dépend du chemin. Cette différence est fondamentale et mérite un nom.

L'équivalence des deux formulations est immédiate: si le travail ne dépend pas du chemin, un aller par le chemin 1 et un retour par le chemin 2 donnent ; réciproquement, si le travail sur toute boucle est nul, deux chemins de à forment une boucle avec l'un parcouru à l'envers, donc ont le même travail. Le poids (4.3) est conservatif; la force d'un ressort l'est aussi, puisque (4.4) ne dépend que de et ; la force gravitationnelle de Newton et la force électrostatique le sont également, comme toute force centrale dont l'intensité ne dépend que de la distance. Le frottement ne l'est pas: son travail sur une boucle est strictement négatif. La force normale et la tension d'un fil sont un cas à part: elles ne travaillent pas du tout, et on peut les ignorer dans tous les bilans.

Énergie potentielle

Pour une force conservative, le travail est une fonction des seuls points et . On peut donc fixer un point de référence et définir une fonction de la position par ; le travail de à est alors le travail de à plus celui de à , d'où .

Démonstration de (4.9). Par (4.8) appliquée entre et , le travail élémentaire vaut . En divisant par et en faisant tendre vers , on obtient . Réciproquement, si , alors par le théorème fondamental de l'analyse: le travail ne dépend pas du chemin et la force est conservative. En trois dimensions, la relation devient , c'est-à-dire , etc.; la force «descend la pente» de .

Les trois énergies potentielles du cours s'obtiennent en intégrant les forces déjà rencontrées:

  • Pesanteur (près du sol, axe ascendant): de (4.3), avec
  • Ressort (allongement ): de (4.4),
  • Gravitation universelle (chapitre 6): la force le long de dérive de

puisque . Pour de petites variations d'altitude , on retrouve (4.10): avec .

Lecture graphique de U(x)

La relation permet de lire la dynamique sur le graphe de l'énergie potentielle sans aucun calcul. Là où décroît, la force est positive (vers les croissants); là où croît, elle est négative: la force pousse toujours «vers le bas» de la courbe, comme une bille sur un relief. Les positions où sont les positions d'équilibre: la force y est nulle et un point placé là sans vitesse y reste.

Si de plus l'énergie mécanique est conservée, comme nous le montrerons au paragraphe suivant, alors impose que le mouvement se déroule uniquement là où : ce sont les régions permises. Les points où sont les points de rebroussement: la vitesse s'y annule et le point fait demi-tour. Un point piégé entre deux points de rebroussement effectue un mouvement lié, périodique; un point dont la région permise s'étend à l'infini a un mouvement libre. Sur la figure 4.2, l'énergie choisie est inférieure à la hauteur de la barrière qui sépare les deux puits: le point oscille dans l'un ou l'autre puits, sans pouvoir passer de l'un à l'autre.

-2-112-2-112xU(x)Em = -0,5F = −U′F = −U′points de rebroussementstable (x ≈ -1,67)instable (x ≈ 0,20)stable (x ≈ 1,47)région permise (Ec ≥ 0)région permise (Ec ≥ 0)U(x) = x⁴/4 − 5x²/4 + x/2. La force F = −dU/dx pointe toujours vers le bas de la pente de U.
Figure 4.2. Courbe d'énergie potentielle U(x) = x⁴/4 − 5x²/4 + x/2 (unités arbitraires). Les minimums sont des équilibres stables (disques pleins), le maximum un équilibre instable (disque creux). Pour l'énergie mécanique E_m = −0,5 (pointillés), le mouvement n'est possible que dans les régions colorées où U ≤ E_m; leurs bords sont les points de rebroussement, où l'énergie cinétique s'annule. Les flèches bleues indiquent la force F = −dU/dx en deux points: elle est toujours dirigée vers la descente de U.

Explorateur du paysage d'énergie potentielle

Point matériel de masse m = 1 kg dans le potentiel U(x) = a x⁴ − b x² (double puits pour b > 0). Faites varier a, b et l'énergie mécanique E: les zones colorées sont les positions permises (E ≥ U), les points orange les points de rebroussement où la vitesse s'annule, les disques les équilibres (plein: stable, creux: instable). Le mouvement est toujours borné puisque U tend vers l'infini; il reste confiné dans un puits tant que E est inférieure à la hauteur de la barrière U(0) = 0.

-2-112-4-22468x (m)U (J)E = 1,0 JEc(0) = 1,00 JU(x) = 1,0 x⁴ − 2,0 x²; en chaque point de la région permise, Ec = E − U(x) est la hauteur entre la droite E et la courbe.
Minimums x = ±√(b/2a)
±1,00m
Profondeur des puits U min = −b²/4a
-1,00J
Ec en x = 0
1,00J
Points de rebroussement
-1,55; 1,55m
Mouvement
lié, franchit la barrière en x = 0
Coefficient a (J/m⁴)1,0
Coefficient b (J/m²)2,0
Énergie mécanique E1,0J
Exercice

Un point matériel se déplace sur l'axe dans le potentiel (en joules, en mètres). Quelle affirmation est correcte?

Conservation de l'énergie mécanique

Le théorème

Reprenons le théorème de l'énergie cinétique en séparant les forces conservatives, dont les travaux s'écrivent , des forces non conservatives:

est l'énergie potentielle totale. En regroupant les termes, .

Démonstration. C'est le calcul qui précède la définition: le théorème 4.1 donne , et (4.8) appliquée à chaque force conservative donne . Donc , soit . Si pour tout couple de positions, prend la même valeur en tout point de la trajectoire.

L'énergie mécanique est le premier exemple de loi de conservation du cours; la quantité de mouvement (chapitre 5) et le moment cinétique (chapitre 9) en fourniront deux autres. Une loi de conservation remplace une équation différentielle vectorielle par une seule équation algébrique scalaire: c'est un outil d'une efficacité redoutable, à condition de bien identifier ce qui se conserve et dans quelles conditions. Ici, la condition est l'absence de travail des forces non conservatives, ce qui inclut les cas fréquents où elles existent mais ne travaillent pas (normale, tension d'un fil, rail).

Exercice

Un bloc glisse depuis le repos le long d'un toboggan courbe avec frottement, puis s'arrête sur une piste horizontale. Remettez dans l'ordre les étapes du raisonnement qui donne la distance d'arrêt.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Résoudre pour et vérifier que le résultat est positif et cohérent avec les ordres de grandeur
  • 2.
  • Classer les forces: poids conservatif (), normale sans travail, frottement non conservatif
  • 3.
  • Fixer la référence de l'énergie potentielle de pesanteur au niveau de la piste horizontale
  • 4.
  • Choisir le système (le bloc) et les états: au départ (vitesse nulle, hauteur ), à l'arrêt sur la piste horizontale
  • 5.
  • Exprimer le travail du frottement sur la piste horizontale:
  • 6.
  • Écrire :

Applications

z (m)s10203040niveau de départ: Ec = 0, Ep = EmAz = 40 mBz = 0 mCz = 24 mDz = 15 ménergie (kJ)050100150200Em = mgzA = 196,2 kJ0Ec196Ep196Emposition A196Ec0Ep196Emposition B78Ec118Ep196Emposition C123Ec74Ep196Emposition Dm = 500 kg, g = 9,81 m/s², sans frottement: Ec + Ep = constante.
Figure 4.3. Bilan d'énergie d'un wagonnet de montagnes russes de 500 kg lâché sans vitesse d'une hauteur de 40 m, sans frottement. En chacune des positions A à D, l'énergie potentielle (tan) est proportionnelle à la hauteur, l'énergie cinétique (bleu) complète exactement jusqu'à l'énergie mécanique E_m = mgz_A = 196,2 kJ (orange), qui reste constante. Le wagonnet ne peut atteindre aucun point plus haut que A: il y aurait E_c inférieure à 0.
Exercice

Un ascenseur de masse totale (cabine et passagers) monte à la vitesse constante de . Quelle puissance mécanique (en watts) le moteur fournit-il, sans contrepoids ni frottement?

W

Puissance

Définition et unités

Deux moteurs peuvent fournir le même travail, l'un en une seconde, l'autre en une heure. Le travail seul ne dit rien de la rapidité avec laquelle l'énergie est transférée; c'est le rôle de la puissance.

La seconde égalité de (4.15) vient de . Elle montre que, pour une force donnée, la puissance croît avec la vitesse: un moteur de puissance limitée ne peut fournir à la vitesse qu'une force , d'où la nécessité d'une boîte de vitesses pour disposer d'une grande force au démarrage. Le théorème de l'énergie cinétique se réécrit sous forme instantanée: , la puissance totale des forces appliquées.

Réciproquement, l'énergie est une puissance intégrée sur le temps: c'est l'origine du kilowattheure, unité commerciale de l'énergie électrique, . Un radiateur de allumé une heure consomme ; soulever de (exemple 4.2) ne demande que .

Exemples

Synthèse

  • Le travail d'une force est , aire sous la courbe force–position; il est moteur, résistant ou nul selon l'angle entre la force et le déplacement. Poids: ; ressort: ; frottement: ; normale et tension d'un fil: .
  • Théorème de l'énergie cinétique: de toutes les forces. Il découle de la deuxième loi de Newton multipliée scalairement par et intégrée; il donne des vitesses et des distances sans la trajectoire ni la durée.
  • Une force est conservative si son travail ne dépend pas du chemin; elle dérive alors d'une énergie potentielle, et . , , ; la référence est arbitraire.
  • Sur le graphe de : équilibres aux extremums, stables aux minimums, instables aux maximums; mouvement permis là où , points de rebroussement là où .
  • Conservation de l'énergie mécanique: ; sans forces non conservatives qui travaillent, est constante. Le frottement dissipe l'énergie mécanique en chaleur.
  • Puissance , en watts (, ); la puissance contre la traînée croît comme ; centrale hydraulique ; rendement .

Série d'exercices du chapitre 4

Exercice 1 sur 5
Exercice

Une voiture double sa vitesse. Sur la même route, avec les mêmes pneus, sa distance de freinage est:

Problème guidé

Montagnes russes

Un wagonnet de montagnes russes de masse est lâché sans vitesse du sommet d'une première bosse, à la hauteur au-dessus du point bas de la piste. Il descend, traverse une boucle verticale de rayon dont le point bas est au niveau de la piste, puis revient au niveau de la piste. On néglige d'abord les frottements et l'on prend .

  1. 1

    Vitesse au bas de la première descente

    Entre le sommet (repos) et le bas de la piste, seul le poids travaille: l'énergie mécanique se conserve, avec la référence au niveau de la piste.

    Exercice

    Calculez la vitesse du wagonnet au bas de la descente, en m/s.

    m/s
  2. Vitesse au sommet de la boucle

  3. Force normale au sommet

  4. Énergie dissipée

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 4.1 · Caisse tirée par une corde

Une caisse de masse , initialement au repos sur un sol horizontal, est tirée sur par une corde faisant un angle de avec l'horizontale, avec une tension constante . Le coefficient de frottement cinétique caisse–sol vaut .

  1. Calculer la force normale et la force de frottement.
  2. Calculer le travail de chacune des quatre forces (tension, frottement, poids, normale) sur le déplacement.
  3. En déduire la vitesse de la caisse après .
Solution

1. La caisse ne quitte pas le sol: la somme des forces verticales est nulle, , d'où . La composante verticale de la tension soulage le sol. Le frottement vaut .

2. Le déplacement est horizontal, de longueur .

  • Tension: (moteur).
  • Frottement: (résistant).
  • Poids et normale: perpendiculaires au déplacement, .

Le travail total vaut .

3. Théorème de l'énergie cinétique, avec :

On peut vérifier par Newton: et . Le bilan d'énergie évite le calcul de l'accélération, mais il ne dit pas que le trajet a duré .

Exercice 4.2 · Piste de luge

Un lugeur de masse part sans vitesse du sommet d'une piste rectiligne inclinée de , dont la dénivellation est , puis continue sur un replat horizontal. Le coefficient de frottement luge–neige vaut partout. On néglige la résistance de l'air.

  1. Si l'on néglige le frottement sur la pente seulement, à quelle distance du pied de la pente le lugeur s'arrête-t-il?
  2. Reprendre la question en tenant compte du frottement sur la pente: vitesse au pied de la pente et distance d'arrêt .
  3. Pourquoi la masse n'intervient-elle pas? Qu'est-ce qui changerait avec la résistance de l'air?
Solution

1. Bilan d'énergie mécanique entre le sommet (repos, hauteur ) et l'arrêt sur le replat (repos, hauteur ), la normale ne travaillant pas: , d'où

Toute l'énergie potentielle est dissipée sur le replat.

2. Sur la pente, de longueur , la normale vaut et le frottement fournit . Au pied de la pente,

Sur le replat, donne

Le lugeur s'arrête plus tôt: c'est l'énergie dissipée sur la pente qui manque.

3. Toutes les forces en jeu (poids, normale, frottement ) sont proportionnelles à , de sorte que tous les termes du bilan le sont aussi: se simplifie. La résistance de l'air, elle, dépend de la surface frontale et de la vitesse mais pas de la masse: un lugeur lourd irait un peu plus loin qu'un léger, ce que les compétiteurs savent bien (les règlements limitent la masse totale, lest compris). Elle rendrait aussi le calcul impossible par simple bilan, le travail de la traînée dépendant de la vitesse le long de tout le trajet: il faudrait intégrer l'équation du mouvement.

Exercice 4.3 · Ressort et plan incliné

Un ressort de raideur , comprimé de , propulse un bloc de masse sur un plan incliné de . Le bloc part de la position du ressort détendu, au pied du plan, et glisse vers le haut avec un coefficient de frottement .

  1. Quelle énergie le ressort communique-t-il au bloc?
  2. Quelle distance le bloc parcourt-il le long du plan avant de s'arrêter?
  3. Le bloc redescend-il? Si oui, avec quelle vitesse arrive-t-il au pied du plan et de combien recomprime-t-il le ressort?
Solution

1. Le ressort libère toute son énergie potentielle élastique, (le bloc se détache lorsque le ressort atteint sa longueur naturelle, la force de rappel s'annulant alors).

2. Bilan d'énergie mécanique entre le pied du plan (énergie , référence ) et le point d'arrêt à la distance (hauteur , vitesse nulle), le frottement travaillant sur la longueur :

Le bloc monte de ; il a alors d'énergie potentielle et a dissipé .

3. Au point d'arrêt, la composante du poids le long du plan, , l'emporte sur le frottement statique maximal, au plus avec voisin de , puisque : le bloc redescend. Nouveau bilan entre le point d'arrêt et le pied du plan, le frottement travaillant encore sur :

Le bloc rencontre le ressort et le comprime jusqu'à ce que son énergie cinétique soit entièrement stockée (on néglige le frottement pendant cette courte compression): , soit . Un aller-retour a coûté ; le bloc repart pour un aller-retour plus court, et ainsi de suite jusqu'à ce que le frottement l'immobilise.

Exercice 4.4 · Train du Gornergrat

Le chemin de fer à crémaillère du Gornergrat relie Zermatt () au Gornergrat () en de voie et . On considère une rame de masse totale et l'on modélise les résistances (roulement, crémaillère, air) par une force constante égale à du poids. Le rendement de la chaîne moteur–transmission vaut .

  1. Calculer le travail du poids sur la montée et la vitesse moyenne de la rame.
  2. Calculer la puissance mécanique moyenne à fournir aux roues, puis la puissance électrique moyenne absorbée.
  3. Calculer l'énergie électrique consommée pour une montée, en kWh.
  4. À la descente, le train freine électriquement et renvoie de l'énergie au réseau avec le même rendement . Quelle fraction de l'énergie de la montée est récupérée?
Solution

1. Dénivellation , donc . La vitesse moyenne vaut , soit ; la pente moyenne est (elle atteint par endroits, d'où la crémaillère).

2. Sur toute la montée, (départ et arrivée à l'arrêt). Le théorème 4.2 donne avec : la part contre le poids vaut , la part contre les résistances . La puissance mécanique moyenne est

dont contre la pesanteur et contre les résistances. La puissance électrique absorbée vaut .

3. , soit (l'énergie mécanique seule vaut ). Pour passagers, cela fait environ par personne, le contenu énergétique d'un dixième de litre d'essence.

4. À la descente, le poids fournit ; les résistances en absorbent ; le reste, , doit être dissipé par le freinage. Converti en électricité avec le rendement , il rend , soit

Le train à crémaillère est ainsi un accumulateur: c'est la pratique réelle sur les lignes de la Jungfrau et du Gornergrat, où les trains qui descendent alimentent en partie ceux qui montent. Les perdus le sont deux fois dans le rendement () et dans les résistances comptées deux fois.

Exercice 4.5 · De la force à la conservation, et retour aux petites oscillations

Un point matériel de masse se déplace sur l'axe , soumis à la seule force , où est une fonction deux fois dérivable.

  1. Démontrer directement, à partir de la deuxième loi de Newton, que est constante au cours du mouvement.
  2. Soit un minimum local strict de avec . Montrer que pour de petits écarts , l'équation du mouvement se ramène à , et en déduire que le point oscille autour de avec la pulsation .
  3. Que se passe-t-il au voisinage d'un maximum local de ?
  4. Appliquer au potentiel de l'explorateur, avec : positions d'équilibre, stabilité, pulsation des petites oscillations au fond des puits. Vérifier avec , et .
Solution

1. La deuxième loi de Newton s'écrit . Dérivons par rapport au temps, en utilisant la règle de dérivation des fonctions composées pour :

Une fonction du temps dont la dérivée est identiquement nulle est constante: garde sa valeur initiale . On retrouve le théorème 4.2 sans passer par le travail: la conservation de l'énergie est une intégrale première de l'équation du mouvement, c'est-à-dire une relation entre et obtenue en intégrant une fois. Réciproquement, tant que , la conservation de équivaut à l'équation de Newton.

2. Développons au voisinage de par la formule de Taylor à l'ordre 2:

puisque à l'équilibre. La force vaut donc : au premier ordre, c'est une force de rappel proportionnelle à l'écart, exactement comme celle d'un ressort de raideur effective . Comme , l'équation du mouvement linéarisée est

Ses solutions sont : le point oscille sinusoïdalement autour de avec la pulsation et la période , indépendantes de l'amplitude tant que celle-ci est assez petite pour que l'approximation reste valable. C'est l'oscillateur harmonique du chapitre 7; pour un ressort, redonne , et pour le pendule, redonne . Tout minimum d'énergie potentielle est, de près, un ressort: c'est l'universalité de l'oscillateur harmonique.

3. Au voisinage d'un maximum, et l'équation linéarisée devient avec . Ses solutions contiennent une exponentielle croissante: sauf pour la condition initiale très particulière , l'écart croît exponentiellement et le point quitte le voisinage de . L'équilibre est instable, ce qui justifie la définition donnée dans le chapitre. Si , le développement doit être poussé plus loin et la stabilité dépend des termes suivants.

4. s'annule en et en avec . Or : , l'origine est un maximum, équilibre instable (sommet de la barrière); , les deux fonds de puits sont des équilibres stables, à la profondeur . Les petites oscillations au fond d'un puits ont la pulsation

indépendante de : ce coefficient ne fixe que la position des puits, pas leur courbure au fond. Avec , et : , profondeur , et . Vous pouvez le vérifier sur l'explorateur: pour une énergie légèrement supérieure à , les points de rebroussement sont presque symétriques autour de , signe d'un puits localement parabolique; pour une énergie proche de , la barrière ralentit le point et la période s'allonge, l'approximation harmonique cessant d'être valable.

Références

  • Gruber, C. et Benoit, W., Mécanique générale, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, chap. 6–7.
  • Halliday, D., Resnick, R. et Walker, J., Physique 1 – Mécanique, Chenelière Éducation, Montréal, chap. 7–8.
  • Benson, H., Physique I – Mécanique, De Boeck, Bruxelles, chap. 7–8.
  • Kleppner, D. et Kolenkow, R., An Introduction to Mechanics, 2e éd., Cambridge University Press, chap. 5.
  • Young, H. D. et Freedman, R. A., University Physics, 15e éd., Pearson, chap. 6–7.
  • Feynman, R., Leighton, R. et Sands, M., Le cours de physique de Feynman – Mécanique 1, Dunod, Paris, chap. 4, 13 et 14.

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