Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- expliquer dans quelles situations une fondation profonde s'impose et décrire les principaux types de pieux utilisés en Suisse, selon leur mode de mise en place et leur mode de fonctionnement;
- calculer la résistance axiale d'un pieu isolé comme somme de la résistance de pointe et du frottement latéral, par les méthodes α, β, et à partir du pénétromètre statique;
- décrire la mobilisation progressive du frottement et de la pointe et interpréter un essai de chargement statique;
- déterminer les valeurs caractéristiques et de calcul selon SIA 267, à partir d'un calcul ou d'essais de chargement;
- évaluer le frottement négatif, l'effet de groupe et le tassement d'un groupe de pieux;
- situer les micropieux et les reprises en sous-œuvre dans la panoplie des fondations profondes.
Pourquoi et comment fonder profond
Lorsque les couches superficielles sont trop molles ou trop compressibles pour porter l'ouvrage à un coût raisonnable, on transmet les charges à une couche porteuse plus profonde par des pieux: éléments élancés en béton, en acier ou parfois en bois, enfoncés ou coulés dans le sol. Les cas typiques sont:
- des sols mous en surface (argiles lacustres des rives des lacs, tourbes des plaines de l'Orbe ou de la Linth, remblais récents) sur une grave ou un rocher porteur à 10 à 40 m;
- des charges concentrées élevées (tours, piles de pont, silos), que des semelles ne pourraient reprendre sans tassements inadmissibles;
- des ouvrages soumis à l'affouillement (piles en rivière) ou à des efforts de traction et d'arrachement (mâts, culées ancrées);
- la nécessité de limiter les tassements différentiels, ou de fonder sous une nappe sans excavation.
Les tours de la Praille à Genève et celles de Zurich-Ouest, la plupart des piles des ponts CFF et autoroutiers dans les plaines alluviales, et une grande partie des bâtiments des quartiers lacustres (Ouchy, Vidy, Yverdon, Neuchâtel-Serrières) reposent sur des pieux forés de 0,6 à 1,5 m de diamètre et de 10 à 40 m de longueur.
Mode de mise en place
Mode de fonctionnement
Selon la façon dont la charge est transmise au sol, on distingue les pieux travaillant en pointe (colonne traversant des sols mous jusqu'à un rocher ou une grave dense), les pieux flottants ou de frottement (la charge est transmise par le frottement latéral, dans une argile homogène épaisse) et les pieux mixtes, qui combinent les deux, cas le plus fréquent. Un pieu foré en Suisse traverse typiquement une argile lacustre ou une moraine altérée en frottement puis prend appui dans une grave ou dans la molasse.
Pour fonder un bâtiment sur pieux dans un quartier dense de Genève, à travers 15 m d'argile lacustre sensible reposant sur une grave, quel type de pieu est le plus indiqué?
Résistance axiale d'un pieu isolé
Décomposition en pointe et frottement
Le frottement et la pointe ne se mobilisent pas pour le même déplacement (figure 11.2): le frottement est entièrement développé pour un déplacement relatif de 5 à 10 mm, quel que soit le diamètre, alors que la pointe exige un enfoncement de 5 à 10 % de , soit 50 à 100 mm pour un pieu de 1 m. Sous charge de service, un pieu foré travaille donc presque exclusivement en frottement; la pointe constitue une réserve mobilisée à l'approche de la rupture. La courbe charge–tassement n'a souvent pas de pic net, et l'on définit conventionnellement la rupture au tassement en tête .
Résistance de pointe
Sols grenus (méthode ). La rupture sous la pointe est un mécanisme confiné, analogue à celui d'une semelle profonde, et l'on écrit:
où est la contrainte effective verticale au niveau de la pointe et un facteur de portance profond, nettement supérieur au des fondations superficielles. Les valeurs de Berezantzev (1961), les plus utilisées, dépendent de et de l'élancement ; ordres de grandeur pour : pour , 35 pour 33°, 60 pour 36°, 100 pour 39°. Au-delà d'une profondeur critique (10 à 20 ), n'augmente plus proportionnellement à la profondeur; on plafonne en pratique à 10–15 MPa dans les graves denses.
Argiles (non drainé). Avec et le facteur d'une fondation profonde:
À partir du pénétromètre statique (CPT). Le pénétromètre est un modèle réduit de pieu: on prend , où est la résistance de cône moyennée sur une zone d'influence allant de sous la pointe à au-dessus, et un coefficient de 0,4 à 0,6 pour les pieux forés dans les sables et de 0,8 à 1 pour les pieux battus (méthode LCPC, De Beer). Cette approche est la plus fiable lorsque des sondages CPT sont disponibles, ce qui est fréquent dans les plaines alluviales suisses.
Frottement latéral
Méthode α (argiles, court terme). Le frottement unitaire est une fraction de la cohésion non drainée:
avec un coefficient d'adhérence voisin de 1 pour les argiles molles ( kPa) et décroissant jusqu'à 0,5 pour les argiles raides ( kPa), le contact pieu–sol ne pouvant mobiliser toute la résistance d'une argile raide. Les valeurs de l'API (, bornée à 1) ou de Tomlinson sont d'usage courant; pour les argiles lacustres suisses ( de 30 à 80 kPa), à 0,8.
Méthode β (sables, graves, long terme). Le frottement est un frottement de Coulomb sur le fût:
où est le coefficient de pression des terres après mise en place ( à 1 pour un pieu foré, 1 à 2 pour un pieu battu), l'angle de frottement sol–pieu ( pour un béton coulé en place rugueux, à pour un pieu préfabriqué ou en acier) et la contrainte effective moyenne dans la couche. Les valeurs de vont de 0,25 à 0,5 pour les sables et graves. Comme pour la pointe, on plafonne à 100–150 kPa dans les sols grenus.
À partir du CPT. , avec de l'ordre de 100 à 200 selon le type de pieu et de sol (plus élevé pour les pieux forés dans les sables, plus faible dans les argiles), étant plafonné à 80–120 kPa.
Un pieu foré de diamètre m et de longueur m traverse une argile lacustre homogène ( kPa, ). Calculez la résistance de frottement en kN.
La pointe d'un pieu de diamètre 0,9 m repose dans une argile de kPa. Calculez la résistance de pointe en kN.
Valeurs caractéristiques et de calcul
Essais de chargement statiques
L'essai de chargement statique (SN EN 1997-1 et SIA 267) consiste à charger un pieu par paliers à l'aide d'un vérin prenant appui sur un massif de réaction (pieux de traction voisins ou lest), en mesurant le tassement en tête à chaque palier jusqu'à stabilisation. On dépasse en général 1,5 fois la charge de service et l'on cherche la rupture, définie conventionnellement par un tassement de 10 % du diamètre. Des extensomètres dans le fût permettent de séparer le frottement de la pointe. Coûteux (50 à 150 kCHF), l'essai est réservé aux ouvrages importants ou aux sites mal connus; il autorise en contrepartie un plus faible et souvent une économie sur la longueur des pieux.
Remettez dans l'ordre les étapes d'un essai de chargement statique en compression.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Réaliser le pieu d'essai et attendre la prise du béton (au moins 28 jours) ou la dissipation des surpressions dues au battage
- Mettre en place le dispositif de réaction (pieux d'ancrage ou lest) et le vérin, installer les capteurs de déplacement sur repères indépendants
- Appliquer la charge par paliers (par exemple 8 paliers jusqu'à 1,5 fois la charge de service), en maintenant chaque palier jusqu'à stabilisation du tassement
- Décharger par paliers en mesurant le tassement résiduel
- Poursuivre le chargement jusqu'à la rupture conventionnelle (tassement de 10 % du diamètre) ou jusqu'à la capacité du dispositif
- Tracer la courbe charge–tassement, en déduire R_m puis R_k avec les facteurs ξ
Essais dynamiques et contrôle d'intégrité
Les essais dynamiques (PDA, pile driving analyzer) enregistrent la force et l'accélération en tête lors d'un coup de mouton; l'analyse par équation d'onde (CAPWAP) en déduit la résistance statique. Ils sont rapides et bon marché, mais doivent être étalonnés sur au moins un essai statique du site. Le contrôle d'intégrité par méthode sonique (impact léger en tête et analyse de l'écho) ou par carottage sonique entre tubes réservés (cross-hole) permet de détecter les défauts de bétonnage (étranglements, inclusions de sol) des pieux forés; SIA 267 et SN EN 1536 exigent un contrôle sur une fraction des pieux, généralement tous les pieux d'un ouvrage important.
Trois essais de chargement statiques sur un site donnent ; 3,4 et 3,1 MN. Que vaut la valeur caractéristique ?
Explorateur de résistance d'un pieu
Pieu foré traversant une argile lacustre (méthode α, α = 0,7) et pénétrant dans une grave (méthode β avec K = 1, δ = ¾ φ′, φ′ = 35°). Nappe en surface. La pointe travaille dans la grave (N_q = 50, q_b plafonné à 15 MPa) ou dans l'argile (q_b = 9 c_u) si l'argile descend jusqu'à la pointe.
Frottement négatif
Lorsque le sol traversé par un pieu tasse plus que le pieu lui-même, le frottement s'inverse: au lieu de porter le pieu, le sol s'accroche à lui et le charge. C'est le frottement négatif, qui apparaît dans les sols en cours de consolidation: argile compressible sous un remblai récent, sols remaniés, tourbe, rabattement de nappe. Le point où le tassement du sol égale celui du pieu est le point neutre; au-dessus, le frottement est négatif (dirigé vers le bas), au-dessous, il redevient positif. L'effort normal dans le pieu est maximal au point neutre (figure 11.3).
Le frottement négatif se calcule comme un frottement positif, par la méthode β en contraintes effectives avec des valeurs de de 0,2 à 0,3 pour les argiles et silts et de 0,3 à 0,4 pour les remblais grenus, ou par la méthode α avec dans les argiles molles. La force totale intégrée entre la surface et le point neutre s'ajoute à la charge ; en pratique le point neutre est pris à la base de la couche compressible si le pieu s'appuie sur une couche raide, ou vers à pour un pieu flottant. La résistance disponible est alors le frottement positif sous le point neutre plus la pointe, et la vérification s'écrit .
Dans quel cas le frottement négatif est-il à craindre?
Groupes de pieux
Les pieux sont presque toujours disposés en groupes sous une semelle de liaison rigide, à un entraxe de 2,5 à 4 diamètres. Deux questions se posent: la résistance du groupe et son tassement.
Efficacité du groupe
Les zones de sol sollicitées par des pieux voisins se recouvrent, et la résistance du groupe est inférieure à fois celle du pieu isolé dans les argiles (dans les sables, le battage densifie le sol et l'efficacité peut dépasser 1). On définit l'efficacité . La formule empirique de Converse–Labarre, pour files de pieux à l'entraxe :
Pour un groupe de pieux de 0,6 m à l'entraxe 1,8 m, et . On vérifie aussi la rupture en bloc: le groupe et le sol enfermé se comportent comme une fondation massive de dimensions et de profondeur , dont la résistance est le frottement sur le périmètre du bloc plus la portance de sa base, calculée comme pour une fondation superficielle profonde ( dans l'argile). La résistance du groupe est le minimum des deux.
Calculez l'efficacité d'un groupe de pieux de diamètre 0,5 m à l'entraxe 1,5 m par la formule de Converse–Labarre.
Tassement d'un groupe
Le tassement d'un groupe est bien supérieur à celui d'un pieu isolé sous la même charge unitaire, car le groupe sollicite le sol beaucoup plus profondément. La méthode usuelle remplace le groupe par une fondation superficielle équivalente de dimensions placée aux deux tiers de la longueur des pieux ( pour des pieux flottants, à la base des pieux pour des pieux en pointe), et calcule le tassement du sol sous-jacent par la méthode 2:1 avec ou par la théorie de la consolidation (chapitres 6 et 10).
Pieux sollicités horizontalement
Un pieu soumis à un effort horizontal en tête (freinage sur une pile de pont, poussée des terres, séisme) fléchit et mobilise la réaction latérale du sol. Dans le modèle de Winkler, le sol est représenté par des ressorts de raideur (module de réaction, en kN/m³), et le comportement est gouverné par la longueur élastique du pieu:
pour un module de réaction constant (argiles), ou pour un module croissant linéairement avec la profondeur (sables, ). Un pieu de longueur supérieure à se comporte comme un pieu infiniment long: seule sa partie supérieure travaille en flexion, et le moment maximal se situe à une profondeur voisine de sous la tête. Pour un pieu de 0,9 m de diamètre dans une argile lacustre, vaut 3 à 5 m; c'est donc la qualité du sol dans les premiers mètres qui gouverne la résistance latérale, souvent améliorée par une semelle de liaison encastrée. La résistance ultime latérale peut être estimée par la méthode de Broms (réaction limite dans l'argile, dans le sable).
Micropieux et reprises en sous-œuvre
Les micropieux permettent de fonder ou de renforcer des ouvrages dans des conditions d'accès restreintes: hauteur libre limitée dans un sous-sol existant, proximité immédiate de constructions, terrain instable. Leur résistance repose presque entièrement sur le frottement, qui est fortement augmenté par l'injection: avec l'IRS (injection répétitive et sélective, par tube à manchettes sous pression de 1 à 4 MPa), le frottement unitaire atteint 150 à 300 kPa dans les graves et 80 à 150 kPa dans les moraines, contre la moitié pour une injection gravitaire IGU. Les valeurs de sont tirées d'abaques empiriques (Bustamante et Doix) et doivent être confirmées par des essais de traction sur micropieux d'essai.
La reprise en sous-œuvre consiste à transférer les charges d'une fondation existante à une fondation plus profonde ou plus large: micropieux traversant la semelle existante, puits bétonnés par passes alternées, injection solidifiante (jet-grouting) sous la semelle. Elle est nécessaire lorsqu'une fouille voisine descend sous le niveau des fondations existantes (règle de la ligne à 45° à partir du bord de la semelle), lors d'un tassement excessif ou d'une surélévation. Le phasage doit garantir à tout instant la stabilité de l'ouvrage.
Synthèse
- On fonde profond lorsque les sols de surface sont mous ou compressibles, pour des charges concentrées, ou en présence d'affouillement; les pieux forés Ø 0,6–1,5 m sont la solution courante en Suisse, les pieux battus dans les sables et les micropieux en sous-œuvre.
- La résistance axiale combine la pointe ( dans les sols grenus, dans les argiles, au CPT) et le frottement (, ou ).
- Le frottement est mobilisé pour quelques millimètres, la pointe pour 10 % de : sous charge de service, un pieu foré travaille surtout en frottement.
- SIA 267: ; les essais de chargement statiques fournissent via les facteurs de corrélation et autorisent un plus faible; les essais dynamiques et soniques contrôlent la résistance et l'intégrité.
- Le frottement négatif dans les sols en consolidation charge le pieu jusqu'au point neutre; il s'ajoute à la charge de calcul.
- Un groupe de pieux a une efficacité inférieure à 1 dans les argiles et un tassement bien plus grand que le pieu isolé, calculé par une fondation équivalente aux deux tiers de la longueur.
Série d'exercices du chapitre 11
Exercice 1 sur 5Quel énoncé sur les pieux battus préfabriqués est correct?
Pieu foré à Genève
Un pieu foré de diamètre m et de longueur m est prévu pour un immeuble à Genève. Il traverse 12 m d'argile lacustre ( kPa, kN/m³, nappe en surface) puis pénètre de 6 m dans une grave (, kN/m³). On adopte dans l'argile, la méthode β dans la grave avec et , pour la pointe (Berezantzev) et .
- 1
Frottement dans l'argile
Méthode α: sur la surface latérale de la couche d'argile.
ExerciceCalculez en kN.
Frottement dans la grave
Résistance de pointe
Valeur caractéristique et de calcul
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Un pieu foré de diamètre 1,0 m et de longueur 20 m est réalisé dans une argile lacustre dont la cohésion non drainée croît linéairement avec la profondeur: (kPa, en m). Avec et , calculer , , et . Quelle est la part du frottement? De combien faudrait-il allonger le pieu pour augmenter de 25 %?
Solution
Données: m, m, kPa, , . Périmètre m, section m².
Frottement. Le frottement unitaire varie linéairement; on intègre sur la longueur:
(Le résultat est identique à celui obtenu avec la valeur moyenne kPa: kPa sur 62,8 m².)
Pointe. kPa, kPa, kN.
Résistances. kN, kN. Le frottement représente de la résistance: pieu flottant.
Allongement pour . On cherche tel que kN, avec
Pour m: kN, kN, kN. Un allongement de 4 m (20 %) suffit à gagner 25 % de résistance, car augmente avec la profondeur et le frottement croît plus vite que linéairement avec ; le résultat exact est m.
Trois essais de chargement statiques réalisés sur des pieux forés identiques d'un chantier à Lausanne-Malley ont donné des résistances mesurées (tassement de 10 % du diamètre) de 4,2; 4,6 et 4,0 MN. Déterminer puis avec . Quelle aurait été si un seul essai (4,2 MN) avait été réalisé? Combien de pieux faut-il, dans les deux cas, pour reprendre une charge de calcul de 30 MN?
Solution
Données: ; 4,6; 4,0 MN (), .
Trois essais. Moyenne MN, minimum MN. Pour : et .
Un seul essai. : MN et MN.
Nombre de pieux pour 30 MN. Avec trois essais: , soit 11 pieux. Avec un seul essai: , soit 13 pieux. Les deux essais supplémentaires (de l'ordre de 100 à 200 kCHF) économisent deux pieux forés de grand diamètre et, surtout, réduisent l'incertitude sur le comportement de la fondation; sur un chantier de plusieurs dizaines de pieux, l'opération est rentable.
Un pieu foré de 0,6 m de diamètre traverse 4 m de remblai récent ( kN/m³) puis 10 m d'argile lacustre en consolidation ( kN/m³, nappe au toit de l'argile) avant de pénétrer de 5 m dans une grave (, kN/m³). Calculer le frottement négatif avec dans le remblai et dans l'argile (point neutre à la base de l'argile), puis la résistance disponible sous le point neutre (, , ). Vérifier la sécurité structurale avec kN, sur et .
Solution
Données: m (périmètre m, section m²); remblai 4 m ( kN/m³); argile 10 m ( kN/m³, kN/m³); grave 5 m ( kN/m³, ).
Contraintes effectives. kPa; kPa; kPa.
Frottement négatif (surface jusqu'au point neutre à 14 m):
- remblai: kPa, kPa, kN;
- argile: kPa, kPa, kN;
- total: kN.
Résistance sous le point neutre.
- frottement positif dans la grave: kPa, kPa, kN;
- pointe: kPa MPa (inférieur au plafond de 15 MPa), kN;
- kN, kN.
Vérification. kN kN: vérifié (taux d'utilisation 52 %). Le frottement négatif majore la sollicitation de 72 %; il ne met pas ici la sécurité structurale en défaut grâce à la pointe dans la grave, mais l'effort normal de 1717 kN au point neutre doit aussi être repris par le fût en béton armé (SIA 262), et le tassement du pieu, gouverné par la mobilisation de la pointe, doit être vérifié.
Un groupe de pieux forés de 0,6 m de diamètre et 15 m de longueur, à l'entraxe 1,8 m, supporte une charge de service de 3600 kN dans une argile lacustre épaisse. La résistance de calcul d'un pieu isolé vaut 900 kN. Calculer l'efficacité du groupe par Converse–Labarre et la résistance de calcul du groupe. Estimer le tassement du groupe par la méthode de la fondation équivalente aux deux tiers de la longueur, l'argile ayant un module MPa entre 10 et 20 m de profondeur (couches de 2 m, molasse à 20 m). Ce tassement est-il acceptable pour un bâtiment?
Solution
Données: pieux, m, m, m, kN, kN, MPa de 10 à 20 m.
Efficacité (Converse–Labarre). .
Résistance du groupe. kN (au lieu de 5400 kN pour six pieux isolés). La charge de calcul, de l'ordre de kN, dépasserait cette valeur: il faudrait vérifier aussi la rupture en bloc et, le cas échéant, augmenter l'entraxe ou le nombre de pieux.
Tassement du groupe. Fondation équivalente m à la profondeur m. Diffusion 2:1 dans les 10 m d'argile sous-jacents, couches de 2 m:
| (m) | 1 | 3 | 5 | 7 | 9 |
|---|---|---|---|---|---|
| (kPa) | 203,6 | 92,6 | 52,9 | 34,2 | 23,9 |
| (mm) | 33,9 | 15,4 | 8,8 | 5,7 | 4,0 |
Conclusion. Un tassement de près de 7 cm dépasse les valeurs admissibles pour un bâtiment sur pieux (on attend en général moins de 2 cm) et créerait des tassements différentiels inacceptables vis-à-vis des groupes voisins moins chargés. Il faut prolonger les pieux jusqu'à la molasse (20 m) pour les faire travailler en pointe, ce qui supprime l'essentiel du tassement, ou élargir le groupe pour réduire la contrainte sur la fondation équivalente.
Références
- SIA 267, Géotechnique, et SIA 267/1, Géotechnique – Spécifications complémentaires, Société suisse des ingénieurs et des architectes, Zurich.
- SN EN 1997-1, Eurocode 7: Calcul géotechnique – Partie 1: Règles générales, section 7 (fondations sur pieux) et annexe A.
- SN EN 1536, Exécution des travaux géotechniques spéciaux – Pieux forés; SN EN 12699, Pieux avec refoulement du sol; SN EN 14199, Micropieux.
- Lang, H.-J., Huder, J., Amann, P., Puzrin, A. M., Bodenmechanik und Grundbau, Springer, Berlin.
- Tomlinson, M., Woodward, J., Pile Design and Construction Practice, CRC Press.
- Frank, R., Calcul des fondations superficielles et profondes, Presses de l'ENPC, Paris.
- Recordon, E., Mécanique des sols, cours EPFL, Presses polytechniques et universitaires romandes.