Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- décrire un sol comme un milieu triphasique et définir les indices d'état (indice des vides, porosité, teneur en eau, degré de saturation, poids volumiques);
- établir et utiliser les relations entre ces indices à partir du diagramme des phases;
- interpréter une courbe granulométrique et calculer les coefficients d'uniformité et de courbure;
- déterminer les limites d'Atterberg et situer un sol fin dans l'abaque de Casagrande;
- classifier un sol selon la méthode USCS adaptée en Suisse par la norme SN 670 008a.
Le sol, un matériau triphasique
Contrairement à l'acier ou au béton, un sol n'est pas un matériau continu: c'est un assemblage de grains minéraux entre lesquels subsistent des vides, remplis d'eau et d'air. Son comportement mécanique dépend autant de l'arrangement des grains que des grains eux-mêmes. Les sols suisses illustrent cette diversité: les graves alluviales du Rhône ou de l'Aar sont des squelettes granulaires drainants, les moraines du Plateau mélangent blocs, graviers, sables et fines, et les argiles lacustres des rives du Léman ou du lac de Zurich sont des dépôts fins, saturés et compressibles.
Pour raisonner, on regroupe fictivement chaque phase dans un volume distinct: c'est le diagramme des phases (figure 2.1). On y lit les volumes à gauche et les masses à droite; la masse de l'air est négligée.
Indices de volume
L'indice des vides est préféré en mécanique des sols car le volume des grains reste constant lors d'une déformation (les grains sont incompressibles à l'échelle des contraintes du génie civil): toute variation de volume se traduit directement par une variation de . Un sable lâche a un indice des vides voisin de 0,9, un sable dense environ 0,5; une argile lacustre molle peut dépasser 1,2.
Un sol a une porosité . Quel est son indice des vides?
Teneur en eau et degré de saturation
La teneur en eau se mesure en laboratoire par séchage à l'étuve à 105 °C jusqu'à masse constante (norme SN 670 340). Elle peut dépasser 100 % dans les argiles organiques ou les tourbes, ce qui surprend souvent: rien n'interdit à un sol de contenir plus d'eau que de grains en masse. Le degré de saturation vaut 0 pour un sol sec et 1 (ou 100 %) pour un sol saturé. Sous la nappe, les sols sont pratiquement toujours saturés.
Poids volumiques
On appelle densité des grains le rapport entre la masse volumique des grains et celle de l'eau . Pour les minéraux courants (quartz, feldspaths, calcite), vaut 2,65 à 2,75; on retient 2,70 en l'absence de mesure. Le poids volumique de l'eau vaut , souvent arrondi à 10 kN/m³ dans la pratique.
Relations entre les indices
Le diagramme des phases permet de retrouver toutes les relations sans les mémoriser. On pose ; alors , , , et . Il en découle:
La relation (2.2) est la plus utile: elle relie les quatre indices fondamentaux et permet d'en déduire un à partir des trois autres. Pour un sol saturé (), elle se réduit à : la teneur en eau suffit alors à connaître l'indice des vides.
Explorateur du diagramme des phases
Faites varier l'indice des vides, le degré de saturation et la densité des grains: toutes les grandeurs d'état se recalculent.
Une argile lacustre saturée a une teneur en eau et . Calculez son indice des vides .
Pour la même argile (, , saturée), calculez le poids volumique saturé en kN/m³ avec kN/m³.
Granulométrie
La taille des grains gouverne la perméabilité, la capillarité et, pour une large part, la résistance des sols grenus. L'analyse granulométrique détermine la répartition en masse des grains par classes de diamètre. Elle combine deux essais:
- le tamisage (SN 670 810), par voie humide ou sèche, pour les grains de plus de 0,06 mm: on pèse le refus sur une colonne de tamis d'ouverture décroissante;
- la sédimentométrie (SN 670 816), pour les particules plus fines: on mesure, à l'aide d'un aréomètre, la densité d'une suspension au cours du temps et l'on en déduit les diamètres équivalents par la loi de Stokes.
Les classes granulométriques retenues par la norme SN 670 008a sont les suivantes.
| Classe | Diamètre des grains |
|---|---|
| Argile | < 0,002 mm |
| Silt | 0,002 – 0,06 mm |
| Sable | 0,06 – 2 mm |
| Gravier | 2 – 60 mm |
| Cailloux | 60 – 200 mm |
| Blocs | > 200 mm |
Le résultat se représente par la courbe granulométrique: en ordonnée le pourcentage en masse de grains de diamètre inférieur à (le «passant»), en abscisse le diamètre sur une échelle logarithmique (figure 2.2).
Un sol est dit bien gradué lorsque la courbe est étalée et régulière: pour un gravier, et ; pour un sable, et . Sinon il est mal gradué (uniforme ou à granulométrie discontinue). Le diamètre , appelé diamètre efficace, intervient aussi dans l'estimation de la perméabilité (chapitre 4).
Remettez dans l'ordre les étapes d'une analyse granulométrique par tamisage.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Laver l'échantillon sur le tamis de 0,06 mm pour éliminer les fines
- Sécher l'échantillon à l'étuve et peser la masse sèche totale
- Sécher le refus et le passer sur la colonne de tamis
- Peser le refus retenu sur chaque tamis
- Calculer les passants cumulés et tracer la courbe
Limites d'Atterberg
Pour les sols fins (silts et argiles), la granulométrie ne suffit pas: deux argiles de même courbe peuvent se comporter très différemment selon leur minéralogie. On caractérise leur affinité pour l'eau par les limites d'Atterberg, teneurs en eau qui séparent les états de consistance du sol.
L'indice de consistance situe la teneur en eau naturelle dans ce domaine:
| Consistance | |
|---|---|
| < 0 | liquide |
| 0 – 0,25 | très molle |
| 0,25 – 0,50 | molle |
| 0,50 – 0,75 | ferme |
| 0,75 – 1,0 | très ferme |
| > 1,0 | dure |
Une argile a , et une teneur en eau naturelle . Quelle est sa consistance?
Classification des sols
L'abaque de Casagrande
Reportés dans le plan (, ), les sols fins se répartissent de part et d'autre de la ligne A, d'équation : les argiles (C) au-dessus, les silts (M) et sols organiques (O) en dessous. La limite sépare les sols peu plastiques (L, low) des sols très plastiques (H, high).
La classification USCS selon SN 670 008a
La démarche de classification est la suivante.
- Déterminer la teneur en fines (passant à 0,06 mm). Si elle dépasse 50 %, le sol est fin: aller à l'étape 3.
- Pour un sol grenu, comparer les fractions gravier et sable pour choisir G ou S. Si les fines sont inférieures à 5 %, utiliser et pour choisir W ou P. Si elles dépassent 12 %, utiliser l'abaque pour choisir M ou C. Entre 5 et 12 %, le sol reçoit un double symbole (par exemple GW-GM).
- Pour un sol fin, reporter (, ) dans l'abaque de Casagrande et lire le symbole.
Un sol contient 8 % de fines, 70 % de gravier et 22 % de sable, avec et ; ses fines sont silteuses. Quel symbole USCS lui attribuer?
Synthèse
- Le sol est un milieu triphasique décrit par , , , et les poids volumiques , , , .
- La relation lie les quatre indices fondamentaux; pour un sol saturé, .
- La courbe granulométrique caractérise les sols grenus; et distinguent les sols bien et mal gradués.
- Les limites d'Atterberg caractérisent les sols fins; l'abaque de Casagrande sépare argiles et silts.
- La classification USCS (SN 670 008a) donne un symbole à deux lettres qui résume la nature du sol.
Série d'exercices du chapitre 2
Exercice 1 sur 5Laquelle de ces relations est correcte pour tout sol?
Du prélèvement aux indices d'état
Un échantillon de sable limoneux prélevé sous la nappe dans la plaine de l'Orbe a un volume de et une masse humide de 2,34 kg. Après séchage, sa masse est de 1,90 kg. On admet et kN/m³.
- 1
Teneur en eau
La masse d'eau est la différence entre la masse humide et la masse sèche.
ExerciceCalculez la teneur en eau en %.
Poids volumique sec
Indice des vides
Degré de saturation
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Un remblai est mis en place avec un matériau à kN/m³ et , . Calculer , , et . Quelle masse d'eau faut-il ajouter par m³ de remblai pour le saturer, sans variation de volume?
Solution
Données: kN/m³, , , kN/m³.
Pour saturer le remblai sans variation de volume, il faut remplir les vides restants. Par m³ de remblai, le volume des vides vaut m³, dont m³ sont déjà occupés par l'eau. Il faut donc ajouter m³ d'eau, soit environ 117 kg d'eau par m³. La teneur en eau de saturation vaut alors .
Une argile saturée a une teneur en eau de 45 % et . Calculer , et . Après consolidation sous un remblai, sa teneur en eau tombe à 36 %. De combien son volume a-t-il diminué, en pourcentage du volume initial?
Solution
Sol saturé: .
Après consolidation, le sol reste saturé: . Le volume des grains ne change pas, donc la variation relative de volume vaut
Le volume a diminué d'environ 11 %, ce qui, pour une couche de 10 m, représente un tassement de l'ordre de 1,1 m: c'est l'ordre de grandeur observé sous les grands remblais construits sur les argiles lacustres du Plateau.
Trois sols ont les caractéristiques suivantes. Classer chacun selon SN 670 008a.
| Sol | Fines (%) | Gravier (%) | Sable (%) | (%) | (%) | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| A | 3 | 25 | 72 | 8 | 1,4 | – | – |
| B | 35 | 40 | 25 | – | – | 30 | 12 |
| C | 85 | 0 | 15 | – | – | 62 | 22 |
Solution
Sol A. 3 % de fines (< 5 %): sol grenu propre. Sable (72 %) dominant: S. et : bien gradué. Symbole SW.
Sol B. 35 % de fines (> 12 %, mais < 50 %): sol grenu avec fines. Gravier (40 %) dominant sur le sable (25 %): G. Ligne A pour : ; est au-dessus, fines argileuses: C. Symbole GC (gravier argileux, typique d'une moraine de fond).
Sol C. 85 % de fines: sol fin. : H. Ligne A: ; est en dessous: silt. Symbole MH (silt très plastique).
Un silt argileux a , . Un sondage donne à 3 m de profondeur et à 8 m. Déterminer l'indice de consistance à chaque profondeur et commenter l'évolution de la consistance avec la profondeur.
Solution
.
- À 3 m: , consistance ferme.
- À 8 m: , consistance très molle, proche de l'état liquide.
La consistance diminue avec la profondeur: la couche supérieure a été desséchée et raidie par les variations de nappe et l'évaporation (croûte de surconsolidation), tandis que le silt profond, resté saturé sous la nappe, se trouve dans un état très mou. Un tel profil impose de fonder les ouvrages lourds sous la couche molle ou de prévoir une amélioration du sol.
Références
- SN 670 008a, Identification des sols – Méthode de laboratoire selon USCS, VSS, Zurich.
- SN 670 004-2, Identification des sols – Méthode de terrain, VSS, Zurich.
- SIA 267, Géotechnique, Société suisse des ingénieurs et des architectes, Zurich, 2013.
- Recordon, E., Mécanique des sols, cours EPFL, Presses polytechniques et universitaires romandes.
- Schlosser, F., Éléments de mécanique des sols, Presses de l'ENPC, Paris.