Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- démontrer que les valeurs propres d'une matrice symétrique réelle sont réelles et que ses vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux;
- énoncer le théorème spectral, diagonaliser une matrice symétrique dans une base orthonormée et écrire sa décomposition spectrale ;
- associer à une forme quadratique sa matrice symétrique, la réduire en somme de carrés par un changement de variables orthogonal et déterminer sa signature;
- reconnaître une matrice définie positive par ses valeurs propres, par le critère de Sylvester ou par une factorisation ;
- classer une conique ou une quadrique à partir des valeurs propres de sa partie quadratique et en trouver les axes et demi-axes;
- appliquer ces outils aux axes principaux d'inertie, aux fréquences propres, à l'analyse en composantes principales et à la nature d'un point critique.
Pourquoi les matrices symétriques?
Le chapitre 10 a montré que toute matrice n'est pas diagonalisable, et que même lorsqu'elle l'est, ses vecteurs propres peuvent former une base très «penchée», difficile à manier numériquement. Il existe pourtant une famille de matrices pour laquelle tout se passe au mieux: les matrices symétriques, celles qui vérifient . Elles sont partout en ingénierie, et ce n'est pas un hasard.
- Matrice d'inertie d'un solide: ses coefficients ne dépendent pas de l'ordre des facteurs, donc .
- Matrice de rigidité d'une structure: le théorème de réciprocité de Maxwell–Betti affirme que le déplacement au nœud dû à une force unité au nœud égale le déplacement au nœud dû à une force unité au nœud : la matrice de souplesse, et donc la matrice de rigidité, sont symétriques.
- Matrice de covariance d'un jeu de données: .
- Hessienne d'une fonction de plusieurs variables: (théorème de Schwarz, Analyse II).
- Matrice de Gram d'une famille de vecteurs, matrice des équations normales des moindres carrés (chapitre 7).
Pour toutes ces matrices, nous allons démontrer que les valeurs propres sont réelles, que les vecteurs propres peuvent être choisis orthonormés, et donc que la matrice se diagonalise par une simple rotation des axes. Ce résultat, le théorème spectral, est la structure la plus agréable de toute l'algèbre linéaire; il transforme l'étude des fonctions — les formes quadratiques, qui décrivent énergies, ellipsoïdes d'inertie, coniques et surfaces — en l'étude de la somme de carrés .
Le théorème spectral
Valeurs propres réelles, vecteurs propres orthogonaux
Dans tout le chapitre, est une matrice symétrique: , c'est-à-dire pour tous . La propriété fondamentale d'une telle matrice est qu'elle peut «passer d'un côté à l'autre» du produit scalaire: pour tous ,
Démonstration. Soit une racine de et , , un vecteur propre complexe: . Notons le vecteur des conjugués. Comme les coefficients de sont réels, en conjuguant on obtient . Calculons le nombre complexe de deux manières:
Or est un réel strictement positif puisque . Donc force : est réel. Un vecteur propre réel existe alors, puisque le système réel a un déterminant nul.
Démonstration. D'après (11.1), , d'où ; comme , le produit scalaire est nul.
Comparez avec le chapitre 9: pour une matrice quelconque, les vecteurs propres de valeurs propres distinctes sont seulement linéairement indépendants; ici ils sont orthogonaux, ce qui est beaucoup plus fort.
Diagonalisation orthogonale
Une matrice orthogonalement diagonalisable est nécessairement symétrique: . Le théorème spectral affirme la réciproque.
En pratique, le théorème dit ceci: pour diagonaliser orthogonalement une matrice symétrique, il suffit de calculer ses valeurs propres, de prendre une base de chaque espace propre, de l'orthonormaliser par Gram–Schmidt (nécessaire seulement si l'espace propre est de dimension supérieure à 1), puis de juxtaposer toutes ces bases: la proposition 11.2 garantit que les vecteurs de deux espaces propres différents sont automatiquement orthogonaux.
Soit une matrice réelle symétrique. Laquelle de ces affirmations est fausse?
Décomposition spectrale
Écrivons le produit colonne par colonne. Comme et que les lignes de sont les , on obtient le résultat suivant.
Démonstration. Pour tout , la formule du produit par blocs donne , ce qui est (11.3). Ensuite, car ; de même pour ; enfin , et est bien la projection orthogonale de sur (chapitre 7).
La décomposition (11.3) écrit comme une somme de matrices de rang 1, pondérées par les valeurs propres: c'est la forme la plus commode pour calculer des fonctions de . Puisque et , on a et, par récurrence,
Soit . Calculez le coefficient de sa racine carrée symétrique définie positive .
Formes quadratiques
Définition et matrice d'une forme quadratique
Toute matrice carrée définit une fonction , mais comme est un scalaire égal à sa transposée , on a : on peut toujours symétriser, et l'on impose symétrique pour avoir l'unicité.
Démonstration. Posons , symétrique, avec pour tout . En prenant , on trouve . En prenant avec , on trouve grâce à la symétrie. Donc .
La démonstration fournit la règle de lecture: le coefficient de dans le polynôme est , et le coefficient de () est ; pour retrouver à partir du polynôme, on divise par 2 les coefficients des termes croisés.
Réduction en somme de carrés: le théorème des axes principaux
Une forme quadratique sans termes croisés, , est transparente: son signe, ses lignes de niveau, ses extrema se lisent directement. Le théorème spectral permet de ramener toute forme quadratique à ce cas par un simple changement de variables orthogonal.
Démonstration. En substituant , on obtient . Les nouvelles coordonnées sont : ce sont les coordonnées de dans la base orthonormée . Comme est orthogonale, le changement de variables conserve les longueurs et les angles: c'est une rotation (ou une symétrie) des axes de coordonnées.
Remettez dans l'ordre les étapes de la réduction de en somme de carrés.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Écrire la matrice symétrique (le coefficient de est divisé par 2)
- Calculer
- Normaliser: , , et former de déterminant
- Résoudre et : vecteurs propres et
- Conclure: avec et
Signature et formes définies
Les valeurs propres de dépendent de , mais on démontre (théorème d'inertie de Sylvester, admis) que si l'on réduit en somme de carrés par n'importe quel changement de variables inversible, le nombre de coefficients strictement positifs et le nombre de coefficients strictement négatifs sont toujours les mêmes. Ces nombres sont donc des invariants de la forme.
La réduction (11.5) rend ces notions immédiates: puisque est une bijection qui envoie sur , est définie positive si et seulement si pour tout , c'est-à-dire si et seulement si toutes les valeurs propres sont strictement positives (signature ). De même, semi-définie positive pour tout ; indéfinie signature avec et .
Explorateur de formes quadratiques
Courbe de niveau q(x, y) = ax² + 2bxy + cy² = 1 (trait plein) et q = −1 (tirets, lorsqu'elle existe), avec les axes principaux de la forme. Modifiez a, b, c et observez comment la nature de la courbe suit le signe des valeurs propres.
Dans l'explorateur, la courbe de niveau est une ellipse lorsque les deux valeurs propres sont positives, une hyperbole lorsqu'elles sont de signes contraires (la courbe est alors l'hyperbole conjuguée, en tirets), et une paire de droites parallèles lorsque l'une des valeurs propres est nulle. Les axes de symétrie de la courbe sont toujours les axes principaux , : l'ellipse a pour demi-axes et , le demi-axe le plus long correspondant à la valeur propre la plus petite.
Matrices définies positives
Les matrices définies positives sont les plus importantes des matrices symétriques: matrices de rigidité, de masse, de covariance non dégénérée, hessiennes en un minimum, matrices des moindres carrés. Vérifier le signe de toutes les valeurs propres est coûteux; le critère suivant, dû à James Joseph Sylvester, n'exige que des déterminants.
Démonstration. est la discussion qui suit la définition de la signature. : avec et , , posons où ; alors et est inversible comme produit de matrices inversibles. : , avec égalité seulement si , donc si puisque est inversible.
Pour le critère de Sylvester, nous démontrons dans le cas et admettons le cas général (qui se traite par récurrence, en remarquant que si est définie positive, chaque sous-matrice principale l'est aussi, donc a un déterminant positif comme produit de ses valeurs propres). Soit et . Si est définie positive, ; et comme produit de deux valeurs propres positives. Réciproquement, si et , la complétion du carré donne, pour tout ,
somme de deux carrés à coefficients strictement positifs, qui ne s'annule que si et , c'est-à-dire . Donc est définie positive.
Coniques et quadriques
Équation générale d'une conique
Le terme croisé est ce qui empêche de lire directement la nature de la courbe. Le théorème des axes principaux le fait disparaître: en tournant les axes selon les vecteurs propres de , l'équation devient , et l'on achève en complétant les carrés (translation), exactement comme au gymnase pour les paraboles.
Démonstration. Après rotation, l'équation est . Si , on complète les deux carrés: . Pour et de même signe que les , c'est une ellipse de demi-axes et (vide si est de signe contraire, réduite à un point si ); pour , c'est une hyperbole (deux droites sécantes si ). Si , l'équation est celle d'une parabole d'axe lorsque , et de deux droites parallèles (éventuellement confondues ou imaginaires) lorsque .
Quelle est la nature de la courbe d'équation ?
Quadriques de l'espace
Dans , une équation du second degré définit une quadrique. La même méthode s'applique: rotation vers les axes principaux de , puis complétion des carrés. La nature de la surface est déterminée par la signature de et par la présence d'un terme linéaire résiduel dans la direction d'une valeur propre nulle.
| Signature de | Équation réduite type | Surface |
|---|---|---|
| ellipsoïde (sphère si ) | ||
| hyperboloïde à une nappe | ||
| hyperboloïde à deux nappes | ||
| , second membre nul | cône | |
| , terme linéaire en | paraboloïde elliptique | |
| , terme linéaire en | paraboloïde hyperbolique («selle») | |
| ou , sans terme en | cylindre elliptique ou hyperbolique |
Applications
Ellipsoïde d'inertie et axes principaux d'un solide
La matrice d'inertie d'un solide par rapport à un point est la matrice symétrique
Le moment d'inertie du solide autour d'un axe de direction unitaire passant par est la forme quadratique , strictement positive (sauf pour un solide filiforme): est définie positive, et la surface est l'ellipsoïde d'inertie. Ses axes principaux, les vecteurs propres de , sont les axes principaux d'inertie: un solide mis en rotation autour de l'un d'eux tourne sans que le moment cinétique ne quitte l'axe, donc sans exercer de couple sur ses paliers. C'est la raison de l'équilibrage des roues et des rotors.
Extrema d'une forme quadratique sur la sphère: le quotient de Rayleigh
Démonstration. Écrivons avec orthogonale diagonalisant ; alors et (une matrice orthogonale conserve la norme). Donc
et de même : le quotient est une moyenne pondérée des , à poids . L'égalité impose , somme de termes positifs, donc pour tout tel que : est alors combinaison des seuls de valeur propre , c'est-à-dire un vecteur propre pour . Le cas du minimum est identique.
Calculez le maximum de sur le cercle unité .
Matrice de covariance et analyse en composantes principales
Soient mesures (par exemple capteurs relevés fois), centrées en soustrayant la moyenne . La matrice de covariance
(où est la matrice des données centrées) est symétrique semi-définie positive, car . Or est exactement la variance des données projetées sur la direction unitaire . Par le théorème 11.9, la direction unitaire qui rend cette variance maximale est le vecteur propre dominant de : c'est la première composante principale, et la variance correspondante est . Les composantes suivantes sont les vecteurs propres suivants, orthogonaux aux précédents. Comme est la variance totale, la fraction mesure la part de l'information conservée si l'on ne garde que la première composante.
Stabilité, rigidité et points critiques
Matrice de rigidité et stabilité. Pour une structure élastique linéaire (treillis, système de ressorts, éléments finis), l'énergie de déformation est la forme quadratique . La structure est stable — elle reprend sa position sous toute perturbation — si et seulement si pour tout déplacement , c'est-à-dire si et seulement si est définie positive. Si est seulement semi-définie, un vecteur du noyau de est un mécanisme (mouvement rigide ou déformation sans énergie): la structure est un mécanisme, pas une structure. Pour deux masses et trois ressorts de raideurs (parois–masse–masse–parois), a pour déterminant : si l'on supprime les deux ressorts de paroi (), et , translation d'ensemble libre.
Hessienne et nature d'un point critique. Pour une fonction de classe , la formule de Taylor à l'ordre 2 en un point critique () s'écrit , où est la matrice hessienne des dérivées secondes, symétrique par le théorème de Schwarz. Le comportement local de est donc celui d'une forme quadratique: si est définie positive, est un minimum local strict; si est définie négative, un maximum local; si est indéfinie, un point col (selle); si est semi-définie avec une valeur propre nulle, on ne peut pas conclure à l'ordre 2. En dimension 2, le critère de Sylvester donne la règle classique d'Analyse II: et pour un minimum.
Synthèse
- Une matrice symétrique réelle a des valeurs propres réelles et des espaces propres deux à deux orthogonaux; le théorème spectral affirme qu'elle est orthogonalement diagonalisable: avec orthogonale ().
- La décomposition spectrale écrit comme somme de projections orthogonales pondérées; elle donne , , en remplaçant les par , , .
- Une forme quadratique a une unique matrice symétrique (coefficients croisés divisés par 2); le changement de variables orthogonal la réduit en (axes principaux).
- La signature compte les valeurs propres positives et négatives; est définie positive toutes ses valeurs propres sont positives ses mineurs principaux dominants sont positifs (Sylvester) avec inversible (Cholesky).
- Une conique est une ellipse, une hyperbole ou une parabole selon que est positif, négatif ou nul; les vecteurs propres donnent les axes, les valeurs propres les demi-axes; les quadriques se classent par la signature.
- Le quotient de Rayleigh est compris entre et : axes principaux d'inertie, fréquences propres, composantes principales et nature des points critiques en découlent.
Série d'exercices du chapitre 11
Exercice 1 sur 5Parmi les matrices suivantes, lesquelles sont définies positives? (plusieurs réponses possibles)
Plusieurs réponses possibles
Réduction de la conique 2x² + 2xy + 2y² = 3
On considère la courbe d'équation . On veut déterminer sa nature, ses axes et ses demi-axes, puis la dessiner.
- 1
Matrice et valeurs propres
La partie quadratique a pour matrice (le coefficient de est divisé par 2). Son polynôme caractéristique est .
ExerciceCalculez la plus grande valeur propre de .
Vecteurs propres orthonormés
Équation réduite et demi-axes
Orientation du dessin
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Soit .
- Déterminer les valeurs propres de et une base orthonormée de vecteurs propres; écrire avec une matrice de rotation.
- Écrire la décomposition spectrale et vérifier .
- En déduire sans effectuer de produit de matrices.
- Quelle est la nature de la courbe ?
Solution
1. : valeurs propres et . Pour : donne , vecteur . Pour : , vecteur . Ils sont orthogonaux (proposition 11.2). Base orthonormée: , (on a changé le signe pour avoir ):
est la rotation d'angle .
2. et ; leur somme est , et .
3. . On peut contrôler: et .
4. La forme a pour signature : dans les axes principaux, , une hyperbole dont l'axe focal est porté par et dont les sommets sont en . Les asymptotes vérifient .
Soit .
- Vérifier que est un vecteur propre et trouver la valeur propre associée; déterminer les autres valeurs propres à l'aide de la trace et du déterminant, ou en calculant .
- Construire une base orthonormée de formée de vecteurs propres de .
- Écrire et en déduire puis pour .
- Montrer que est définie positive, puis exprimer à l'aide de et de et retrouver ainsi la plus petite valeur propre.
Solution
1. : . La matrice a toutes ses lignes égales à , donc est de rang 1: est valeur propre de multiplicité géométrique 2, donc (matrice symétrique) de multiplicité algébrique 2. Contrôle: et . Ainsi .
2. , d'où . est le plan (orthogonal de , conformément à la proposition 11.2). Une base orthonormée de ce plan s'obtient par Gram–Schmidt comme à l'exemple 11.1: , . On vérifie .
3. et , donc (on le vérifie directement: sur la diagonale, ailleurs). Alors
Contrôle: . Pour : .
4. Les valeurs propres , , sont strictement positives: est définie positive (Sylvester le confirme: , , ). Comme et ,
Par Cauchy–Schwarz (chapitre 7), , donc pour , avec égalité exactement sur : on retrouve et le théorème 11.9.
On considère la conique d'équation .
- Déterminer la nature de à partir de la matrice de sa partie quadratique.
- Trouver le centre de en résolvant , où désigne le membre de gauche, et écrire l'équation dans les coordonnées , .
- Réduire la forme quadratique et donner l'équation réduite, les axes, les demi-axes et l'aire de .
Solution
1. , : est une ellipse (ou un cas dégénéré, à vérifier). Ses valeurs propres sont les racines de : et .
2. , . Le système , donne , : . En posant , , les termes du premier degré disparaissent (c'est le rôle du centre) et la constante devient :
Le second membre est positif, comme les valeurs propres: est une vraie ellipse.
3. Vecteurs propres: pour , donne , soit ; pour , , soit ; , c'est une rotation d'angle . Avec et ,
L'ellipse a pour centre , pour demi-grand axe porté par (direction ) et pour demi-petit axe porté par (direction ). Son aire vaut . Contrôle: le sommet vérifie bien .
- Un système à deux degrés de liberté a pour matrice de rigidité (en kN/m) et pour matrice de masse (en t). Calculer ses pulsations propres et ses modes propres. Comparer avec les estimations de Rayleigh obtenues avec les vecteurs d'essai , et .
- Montrer que la forme est définie positive par le critère de Sylvester, puis retrouver ce résultat en l'écrivant comme somme de carrés (complétion des carrés).
- Déterminer la nature des points critiques de .
Solution
1. : valeurs propres et , vecteurs propres (pour ) et (pour ). Avec , , soit rad/s (mode en phase) et rad/s (mode en opposition). Quotients de Rayleigh: , , . Les vecteurs propres donnent exactement les valeurs propres, et le vecteur donne une valeur intermédiaire, comme le veut (11.7): rad/s est une borne supérieure de la pulsation fondamentale.
2. Matrice de : , avec , , : tous positifs, donc est définie positive. Par complétion des carrés,
somme de trois carrés de coefficients , , — dont les produits cumulés , , sont les mineurs , , , ce n'est pas un hasard: la complétion des carrés est l'élimination de Gauss, et les pivots sont les quotients . La forme s'annule seulement si , et .
3. pour , . Hessienne : en , définie positive, minimum local ; en , indéfinie (signature ), point col.
Soit une matrice quelconque (pas nécessairement carrée).
- Montrer que est une matrice symétrique et que pour tout . En déduire que est semi-définie positive.
- Montrer que est définie positive si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si les colonnes de sont linéairement indépendantes.
- En déduire que les valeurs propres de sont positives ou nulles, et que .
- Application: justifier que le système des équations normales des moindres carrés (chapitre 7) possède une unique solution dès que les colonnes de sont indépendantes. Calculer les valeurs propres de pour puis pour .
Solution
1. : la matrice est symétrique, de taille puisque est et est . Pour , . Donc la forme quadratique de est positive ou nulle: est semi-définie positive.
2. D'après le point 1, si et seulement si , c'est-à-dire , c'est-à-dire . Ainsi est définie positive (la forme ne s'annule qu'en ) si et seulement si . Par le théorème du rang (chapitre 5), équivaut à , c'est-à-dire à l'indépendance linéaire des colonnes de .
3. Soit une valeur propre de (réelle, par la proposition 11.1) et un vecteur propre unitaire. Alors . Pour les noyaux: si , alors , d'où ; réciproquement, si , alors , donc . Ainsi , et en particulier .
4. Si les colonnes de sont indépendantes, est définie positive par le point 2, donc inversible (aucune valeur propre nulle, ): les équations normales ont l'unique solution . On peut alors les résoudre par Cholesky, ce que font les bibliothèques numériques.
Pour , , de valeurs propres et , strictement positives: les colonnes sont bien indépendantes. Pour , dont les colonnes sont proportionnelles, a pour valeurs propres et (trace , déterminant ): la valeur propre nulle traduit , et les équations normales ont alors une infinité de solutions. Les racines carrées des valeurs propres de sont les valeurs singulières de , objet du chapitre 12.
Références
- Lay, D. C., Lay, S. R. et McDonald, J. J., Algèbre linéaire et applications, 5e éd., Pearson, Montréal, chap. 7 (matrices symétriques et formes quadratiques).
- Strang, G., Introduction to Linear Algebra, 5e éd., Wellesley-Cambridge Press, chap. 6.4–6.5 (symmetric matrices, positive definite matrices).
- Axler, S., Linear Algebra Done Right, 3e éd., Springer, chap. 7 (operators on inner product spaces, spectral theorem).
- Grifone, J., Algèbre linéaire, 6e éd., Cépaduès, Toulouse, chap. sur les formes quadratiques et la réduction des coniques.
- Trefethen, L. N. et Bau, D., Numerical Linear Algebra, SIAM, Philadelphia, lect. 23 (Cholesky factorization) et 27 (Rayleigh quotient).
- Meyer, C. D., Matrix Analysis and Applied Linear Algebra, SIAM, Philadelphia, chap. 7.6 (positive definite matrices) et 7.2 (spectral theorem).