Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- reconnaître un espace vectoriel réel et vérifier qu'une partie en est un sous-espace vectoriel grâce au critère de stabilité par combinaison linéaire;
- décrire le sous-espace engendré par une famille de vecteurs et décider, par un système linéaire, si un vecteur donné lui appartient;
- tester l'indépendance linéaire d'une famille de vecteurs de , de polynômes ou de fonctions;
- définir une base, démontrer que toutes les bases d'un espace de dimension finie ont le même nombre d'éléments et calculer la dimension des espaces usuels;
- extraire une base d'une famille génératrice, compléter une famille libre en une base et calculer les coordonnées d'un vecteur dans une base;
- appliquer ces notions aux solutions d'une équation différentielle linéaire, aux signaux échantillonnés et à l'interpolation polynomiale.
Une même structure, mille visages
Les trois premiers chapitres ont travaillé dans : on y additionne des -uplets composante par composante et on les multiplie par des nombres réels. Mais ces deux opérations, et les règles qu'elles vérifient, se rencontrent bien au-delà des colonnes de nombres.
- Polynômes. La somme de deux polynômes et le produit d'un polynôme par un réel sont des polynômes; et .
- Matrices. Les matrices s'additionnent terme à terme et se multiplient par un scalaire (chapitre 2), avec les mêmes règles que les vecteurs.
- Fonctions. Les fonctions définies sur un intervalle s'additionnent et se multiplient par des constantes point par point.
- Signaux échantillonnés. Un signal audio numérisé à 44,1 kHz pendant une seconde est un vecteur de : mélanger deux pistes, c'est additionner deux vecteurs; régler le volume, c'est multiplier par un scalaire.
- Solutions d'une équation différentielle linéaire. Si et vérifient , alors aussi, car la dérivation est linéaire. L'ensemble des solutions se comporte donc comme , alors qu'il s'agit de fonctions.
Plutôt que de redémontrer les mêmes propriétés dans chaque contexte, on isole ce qui les fait fonctionner: une liste d'axiomes, la définition d'espace vectoriel. Tout théorème prouvé à partir de ces axiomes vaut alors d'un seul coup pour , les polynômes, les matrices, les signaux et les solutions d'équations différentielles. C'est le premier grand pas d'abstraction du cours, et sa récompense est immédiate: les notions de base et de dimension, introduites dans ce chapitre, donnent un sens précis à des phrases comme «l'équation a deux degrés de liberté» ou «un polynôme de degré au plus 3 est déterminé par 4 nombres».
Espaces vectoriels et sous-espaces
La définition axiomatique
Les axiomes 1 à 4 disent que est un groupe commutatif; les axiomes 5 à 8 règlent la compatibilité entre les deux opérations. Rien n'est dit sur la nature des vecteurs: un vecteur est simplement un élément d'un ensemble où ces huit règles sont vraies.
Quelques règles de calcul «évidentes» ne figurent pas parmi les axiomes: elles s'en déduisent, et c'est un bon exercice de manipulation des axiomes que de les démontrer.
Démonstration. 1. Par l'axiome 6, . En ajoutant l'opposé de aux deux membres (axiomes 2, 3, 4), il reste . De même, par l'axiome 5, d'où .
-
Par les axiomes 8 et 6 puis le point 1, . Le vecteur est donc un opposé de . Or l'opposé est unique: si et , alors . Ainsi .
-
Si , on multiplie par : par les axiomes 8, 7 et le point 1.
Sous-espaces vectoriels
En pratique, on rencontre rarement un espace vectoriel «nouveau»: on rencontre des parties d'un espace connu qui sont elles-mêmes stables par les opérations. Le plan d'équation dans , les polynômes pairs dans , les fonctions continues dans en sont des exemples.
Vérifier huit axiomes à chaque fois serait fastidieux. Heureusement, les axiomes qui portent sur des égalités (1, 2, 5, 6, 7, 8) sont vrais dans dès qu'ils le sont dans : une égalité vraie pour tous les vecteurs de l'est en particulier pour ceux de . Seuls comptent le fait que les opérations restent dans et la présence du vecteur nul et des opposés.
Démonstration. Si est un sous-espace vectoriel, il contient son vecteur nul, donc n'est pas vide, et les opérations sont à valeurs dans , donc , et leur somme aussi.
Réciproquement, supposons 1 et 2. Prenons (possible car ). Avec et , la condition 2 donne (proposition 4.1): l'axiome 3 est satisfait dans . Avec et , on obtient : l'axiome 4 aussi. Avec , ; avec , : les deux opérations sont bien définies sur . Les six axiomes restants sont des identités vraies dans , donc dans .
Démonstration. Le vecteur nul appartient à et à , donc à . Si , alors appartient à (car est un sous-espace) et à (même raison), donc à . Le critère 4.2 conclut; le raisonnement est identique pour une famille quelconque de sous-espaces.
Géométriquement, deux plans distincts de passant par l'origine se coupent selon une droite passant par l'origine; en termes de systèmes, l'intersection correspond à la réunion des équations, et l'ensemble des solutions d'un système homogène est l'intersection des hyperplans définis par chaque équation.
Parmi les parties suivantes de , laquelle est un sous-espace vectoriel?
Combinaisons linéaires et sous-espace engendré
Combinaisons linéaires
Le nom «sous-espace engendré» est justifié par le théorème suivant, qui dit que est la plus économique des façons de fabriquer un sous-espace contenant des vecteurs donnés.
Démonstration. est un sous-espace. Le vecteur nul est la combinaison de coefficients tous nuls. Si et sont dans , alors, par les axiomes 5 à 7,
contient les : prendre et les autres coefficients nuls.
Minimalité. Soit un sous-espace contenant tous les . Par stabilité, , puis , et ainsi de suite par récurrence sur : toute combinaison linéaire des est dans , c'est-à-dire .
Dans , est la droite dirigée par (si ), et est le plan contenant et — sauf si et sont colinéaires, auquel cas c'est encore une droite. L'explorateur ci-dessous illustre ce phénomène dans le plan.
Explorateur du sous-espace engendré
Réglez les composantes de u et v puis les coefficients α et β: la flèche colorée est la combinaison αu + βv, construite par la règle du parallélogramme. Lorsque u et v sont colinéaires (déterminant presque nul), Vect(u, v) se réduit à une droite.
Décider si un vecteur est dans Vect
La question « appartient-il à ?» revient à chercher des coefficients tels que . Dans , en écrivant les vecteurs en colonnes, c'est le système linéaire
dont la matrice a pour colonnes les : le vecteur est dans si et seulement si ce système est compatible, ce que l'élimination de Gauss du chapitre 1 décide.
Avec et comme dans l'exemple 4.3, pour quelle valeur de le vecteur appartient-il à ?
Indépendance linéaire
Familles libres et familles liées
Une famille génératrice peut contenir des vecteurs «inutiles»: dans l'exemple 4.3, , puisque n'apporte rien de nouveau. La notion d'indépendance linéaire formalise l'absence de redondance.
Démonstration. Supposons la famille liée: il existe non tous nuls avec . Choisissons un indice tel que . Alors
et est combinaison linéaire des autres. Réciproquement, si , alors est une combinaison nulle dont le coefficient de vaut : la famille est liée.
Attention à la formulation du théorème: il affirme que l'un des vecteurs (au moins) est combinaison des autres, pas que chacun l'est. Dans la famille de , le premier vecteur est la moitié du second, mais le troisième n'est combinaison d'aucun des deux autres.
Démonstration. 1. Si , la combinaison a un coefficient non nul. Si avec , alors .
-
Pour un vecteur: avec force (proposition 4.1). Pour deux vecteurs, c'est le théorème 4.5 avec .
-
Soit libre et une sous-famille. Une combinaison nulle de la sous-famille est aussi une combinaison nulle de la famille entière (compléter par des coefficients nuls), donc tous ses coefficients sont nuls. La seconde affirmation est la contraposée de la première.
Tester l'indépendance
Dans , l'équation (4.3) est le système linéaire homogène , où est la matrice dont les colonnes sont les . La famille est libre si et seulement si ce système n'a que la solution nulle, ce qui, d'après le chapitre 1, équivaut à: la forme échelonnée de a un pivot dans chaque colonne, c'est-à-dire . Deux cas particuliers méritent d'être retenus.
- Deux vecteurs sont liés si et seulement s'ils sont colinéaires (proportionnels). Dans , est liée si et seulement si : c'est le critère utilisé par l'explorateur.
- Trois vecteurs de sont liés si et seulement s'ils sont coplanaires, c'est-à-dire si et seulement si le déterminant de la matrice qu'ils forment est nul (chapitre 3). Plus généralement, vecteurs de forment une famille libre si et seulement si leur déterminant est non nul.
- Plus de vecteurs de sont toujours liés: le système homogène a plus d'inconnues que d'équations, donc des solutions non nulles (chapitre 1). Nous reverrons ce fait sous une forme plus générale au théorème 4.10.
Démonstration. Supposons pour tout . En évaluant en , on obtient . La fonction est dérivable et est la dérivée de la fonction nulle, donc nulle; en , . En dérivant fois, , d'où pour tout .
Remettez dans l'ordre les étapes permettant de décider si une famille de vecteurs de est libre.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Réduire à une forme échelonnée par l'élimination de Gauss
- Traduire cette équation en un système linéaire homogène dont la matrice a pour colonnes
- Écrire l'équation d'inconnues
- Conclure: la famille est libre si la seule solution est , liée sinon
- Compter les pivots: il y en a un par colonne si et seulement si
Pour quelle valeur de la famille de est-elle liée?
Bases et dimension
Bases
Une base réunit les deux qualités précédentes: elle engendre l'espace (rien ne manque) et elle est libre (rien n'est en trop).
Démonstration. Supposons que soit une base. L'existence de la décomposition (4.4) est exactement le caractère générateur. Pour l'unicité, supposons . En soustrayant, , et comme la famille est libre, pour tout .
Réciproquement, si tout vecteur admet une unique décomposition, la famille est génératrice (existence). Elle est libre: le vecteur admet la décomposition à coefficients nuls, et par unicité c'est la seule, ce qui est précisément (4.3).
Une base n'est jamais unique: dans , est aussi une base (déterminant ), et il y en a une infinité d'autres. Ce qui ne change pas, c'est le nombre de vecteurs: c'est le théorème central du chapitre, que nous démontrons maintenant en trois étapes.
Existence de bases
Démonstration. 1. Si est libre, c'est une base. Sinon, l'un de ses vecteurs, disons , est combinaison des autres (théorème 4.5); en le retirant, on ne change pas le sous-espace engendré, car tout vecteur qui s'écrivait avec se réécrit avec les autres. La famille restante est encore génératrice et compte un vecteur de moins. On recommence: le procédé s'arrête (au plus retraits), sur une famille génératrice et libre, donc une base.
- Partons de et parcourons les vecteurs de l'un après l'autre. Si est combinaison linéaire de la famille courante, on ne l'ajoute pas; sinon, on l'ajoute. Une famille libre à laquelle on ajoute un vecteur qui n'est pas dans son sous-espace engendré reste libre: si avec , on pourrait isoler , contradiction; donc , puis tous les sont nuls par liberté. À la fin, la famille obtenue est libre, et chaque est dans (soit parce qu'on l'y a mis, soit parce qu'il était déjà combinaison des vecteurs précédents). Par le théorème 4.4, : est génératrice, donc une base.
Le théorème de la dimension
Démonstration. Nous allons remplacer un à un les vecteurs de par ceux de , en conservant une famille génératrice: c'est le principe d'échange.
Étape 1. Comme engendre , . Les coefficients ne sont pas tous nuls, sinon et serait liée. Quitte à renuméroter, , et l'on peut isoler . Ainsi , et par le théorème 4.4 cette nouvelle famille engendre encore .
Étape . Supposons que engendre , avec . Alors . Si tous les () étaient nuls, serait combinaison de et serait liée (théorème 4.5). Donc il reste au moins un à échanger — ce qui exige — et, quitte à renuméroter, : on isole comme à l'étape 1 et engendre .
Si l'on avait , après étapes la famille engendrerait , et en serait combinaison linéaire: contradiction avec la liberté de . Donc .
Démonstration. Soient et deux bases, de et éléments. Comme est libre et génératrice, le lemme 4.10 donne . En échangeant les rôles, .
Les bases canoniques de l'exemple 4.6 donnent immédiatement:
La dimension mesure le nombre de «degrés de liberté»: un vecteur de est déterminé par 4 nombres, une matrice par 6. Attention au décalage pour les polynômes: est de dimension , à cause du terme constant.
Démonstration. Toute famille libre de est une famille libre de , donc a au plus éléments (lemme 4.10 avec une base de comme famille génératrice). Choisissons une famille libre de de taille maximale, avec (si , et le résultat est clair). Elle engendre : sinon, il existerait hors de , et serait libre (argument de la preuve du théorème 4.9), contredisant la maximalité. Donc est une base de et .
Si , une base de est une famille libre de à éléments; par le théorème de la base incomplète, on peut la compléter en une base de , qui a éléments: on n'a rien ajouté, est déjà une base de et . La réciproque est évidente.
Dans , les sous-espaces sont donc de dimension (l'origine), (les droites par l'origine), (les plans par l'origine) ou ( lui-même), ce que la figure 4.1 anticipait.
Démonstration. Si est libre, le sous-espace a pour base, donc , donc par le théorème 4.12: est génératrice, et c'est une base. Si est génératrice, on peut en extraire une base (théorème 4.9), qui a éléments par le théorème 4.11: c'est tout entière, qui est donc libre et une base. Enfin, une base est libre et génératrice par définition.
Quelle est la dimension du sous-espace des matrices symétriques () de ?
Coordonnées dans une base
Dans la base canonique de , les coordonnées d'un vecteur sont ses composantes. Dans une autre base, il faut résoudre un système: pour et , on cherche tels que et , d'où et : .
Démonstration. L'application est bien définie par l'unicité de la décomposition. Elle est injective: deux vecteurs de mêmes coordonnées sont égaux à la même combinaison des . Elle est surjective: tout est le vecteur des coordonnées de . Pour (4.6), si et , alors , et par unicité les coordonnées de sont les . Enfin, par linéarité et injectivité, si et seulement si : les relations linéaires entre les et entre leurs vecteurs de coordonnées sont exactement les mêmes.
Ce théorème est la justification rigoureuse du «ressemble» de l'exemple 4.1: tout espace vectoriel de dimension est une copie de , une fois une base choisie. On dit que est un isomorphisme d'espaces vectoriels; le chapitre 6 développera cette notion. Concrètement, une question sur des polynômes ou des matrices se ramène toujours à une question sur des colonnes de nombres: c'est ce que nous avons fait en identifiant les coefficients dans l'exemple 4.5.
Applications
Solutions d'une équation différentielle linéaire
Le fait que soit un sous-espace résulte du critère 4.2, la dérivation étant linéaire. La dimension repose sur le théorème d'existence et d'unicité de Cauchy pour les équations différentielles linéaires, admis ici (cours d'analyse): pour toute donnée initiale , il existe une unique solution. L'application est alors une bijection linéaire de sur , et l'on conclut comme au théorème 4.14: les solutions dont les données initiales sont forment une base de .
Signaux échantillonnés
Un signal de échantillons est un vecteur de . La base canonique est la base des impulsions: la -ième coordonnée est la valeur du signal à l'instant . Mais d'autres bases sont plus parlantes. Pour , la famille
est une base de (son déterminant vaut , ou: on résout le système ci-dessous et l'on trouve toujours une unique solution). Les coordonnées du signal dans cette base sont la solution de , soit ; on vérifie que . La première coordonnée est la moyenne du signal, la deuxième compare les deux moitiés, les deux dernières mesurent les détails locaux: c'est la base de Haar, ancêtre des ondelettes utilisées dans la compression JPEG 2000. La base de Fourier discrète, formée de sinusoïdes échantillonnées, joue le même rôle pour l'analyse fréquentielle; nous y reviendrons au chapitre 7, car ces bases sont orthogonales, ce qui rend le calcul des coordonnées immédiat.
Interpolation de Lagrange
Démonstration. Chaque est un produit de facteurs de degré 1, donc appartient à , et vérifie et pour (le facteur s'annule). Si , on évalue en : . La famille est donc libre, à éléments dans un espace de dimension : c'est une base (théorème 4.13). Enfin, pour , le polynôme vérifie pour tout ; est de degré au plus avec racines, donc nul: .
Pour les nœuds , on obtient , et . Les coordonnées de dans cette base sont , et l'on vérifie que . L'intérêt pratique est énorme: le polynôme de degré au plus passant par points de mesure est simplement , sans aucun système à résoudre. C'est la base de l'interpolation polynomiale et des formules de quadrature (Simpson) du cours d'analyse.
Synthèse
- Un espace vectoriel réel est un ensemble muni d'une addition et d'une multiplication par un scalaire vérifiant huit axiomes; , , , et les solutions d'un système ou d'une équation différentielle linéaire homogène en sont.
- Une partie est un sous-espace vectoriel si et seulement si elle contient et est stable par combinaison linéaire; une intersection de sous-espaces est un sous-espace, une réunion en général non.
- est le plus petit sous-espace contenant les ; décider si y appartient revient à résoudre un système linéaire.
- Une famille est libre si la seule combinaison nulle est triviale, liée si l'un de ses vecteurs est combinaison des autres; dans , on teste par le rang ou, pour vecteurs, par le déterminant.
- Une base est une famille libre et génératrice; tout vecteur s'y décompose de façon unique, et toutes les bases ont le même cardinal, la dimension (lemme d'échange de Steinitz). En dimension : libre à éléments génératrice à éléments base.
- L'application coordonnées identifie tout espace de dimension à ; les bases adaptées (solutions d'une équation différentielle, Haar, Lagrange) simplifient les problèmes.
Série d'exercices du chapitre 4
Exercice 1 sur 5Parmi les parties suivantes de , lesquelles sont des sous-espaces vectoriels? (plusieurs réponses)
Plusieurs réponses possibles
Extraire, compléter, coordonner
Dans , on considère , , et , et le sous-espace . On veut une base de , la compléter en une base de et calculer les coordonnées de dans cette base.
- 1
Rang de la famille
On range les quatre vecteurs en colonnes et l'on réduit. Les opérations puis font apparaître deux lignes nulles après élimination de la troisième ligne.
ExerciceQuelle est la dimension de ?
Compléter en une base de ℝ⁴
Coordonnées dans la base complétée
Interprétation
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Pour chacune des parties suivantes, dire si c'est un sous-espace vectoriel de l'espace indiqué, en justifiant.
- dans .
- dans .
- dans .
- dans .
- dans .
- dans .
Solution
1. Oui. est l'ensemble des solutions du système linéaire homogène , : il contient et, si et vérifient les deux équations, aussi par linéarité de chaque équation (exemple 4.2 (a)). C'est l'intersection de deux plans, donc une droite: en résolvant, et , d'où , de dimension .
2. Non. et sont dans (car ), mais leur somme ne l'est pas (). La condition équivaut à ou : est la réunion de deux plans, et une réunion de sous-espaces n'est en général pas un sous-espace.
3. Oui. La trace est linéaire: , donc si , la combinaison est encore de trace nulle; et . Une base de est : .
4. Non. et ont un déterminant nul, mais a pour déterminant . Le déterminant n'est pas linéaire (il est multilinéaire par rapport aux colonnes, ce qui est différent).
5. Oui. La fonction nulle vérifie . Si et , alors . La condition est une équation linéaire homogène portant sur ; ce ne serait plus le cas avec .
6. Oui. La fonction nulle est bornée. Si et sur , alors par l'inégalité triangulaire: est bornée.
Dans , on pose et .
- Montrer que est libre et déterminer une équation cartésienne du plan .
- Pour quelle(s) valeur(s) de le vecteur appartient-il à ? Donner alors ses coordonnées dans la base de .
- Déterminer la dimension de .
Solution
1. Les vecteurs et ne sont pas colinéaires (leurs premières composantes sont égales mais pas leurs deuxièmes), donc est libre (proposition 4.6). Un vecteur est dans si et seulement si le système , , est compatible. Les deux premières équations donnent et ; la troisième impose alors
C'est l'équation de ; on vérifie que et la satisfont: et .
2. si et seulement si , c'est-à-dire . Pour , les formules du point 1 donnent et : , ce que l'on vérifie: . Ses coordonnées dans la base de sont .
3. On remarque que et : les deux vecteurs ajoutés sont dans , donc (théorème 4.4: est un sous-espace contenant les quatre vecteurs, et il est contenu dans leur sous-espace engendré). La dimension vaut . On peut aussi réduire la matrice des colonnes et constater qu'elle n'a que deux pivots.
Dans , on considère , , et .
- Montrer que est une base de .
- Calculer les coordonnées de dans .
- Donner l'expression générale des coordonnées de dans .
Solution
1. Comme et que compte polynômes, il suffit de montrer que la famille est libre (théorème 4.13). Si , on regroupe par puissances de :
Par la proposition 4.7, tous les coefficients sont nuls: , puis , , (système triangulaire). La famille est libre, donc c'est une base. Autre argument: les degrés sont échelonnés, et une famille de polynômes non nuls de degrés deux à deux distincts est toujours libre (le coefficient du plus haut degré doit s'annuler, puis on recommence).
2. On cherche avec . L'identification des coefficients donne le système triangulaire
Ainsi . Vérification: .
3. Le même système avec un second membre général donne , , et : les coordonnées dans sont les différences successives des coefficients, . On retrouve le point 2 avec : . La matrice de passage de la base canonique à est donc bidiagonale, et son inverse est la matrice triangulaire de qui exprime les en fonction des monômes.
- Montrer que l'ensemble des matrices symétriques de est un sous-espace vectoriel, en donner une base et sa dimension.
- Soit . Montrer que est un sous-espace vectoriel, le décrire explicitement, en donner une base et sa dimension.
- Déterminer et sa dimension.
Solution
1. La transposition est linéaire: . Si et , alors ; la matrice nulle est symétrique. Une matrice symétrique s'écrit
de façon unique: est une base et .
2. Si et , alors ; et . Écrivons :
L'égalité impose (donc ), (donc ), et (donc , déjà obtenu). Ainsi
Les matrices et ne sont pas colinéaires, donc est une base et . On remarque que : les matrices qui commutent avec sont exactement les polynômes en , ici .
3. Une matrice de est symétrique si et seulement si : , de dimension . C'est bien un sous-espace, conformément à la proposition 4.3, et l'on constate que : la dimension d'une intersection n'est pas déterminée par celles des deux sous-espaces (le chapitre 5 donnera la formule de Grassmann qui relie , , et ).
Soient et deux sous-espaces vectoriels d'un espace vectoriel . Démontrer que est un sous-espace vectoriel de si et seulement si ou .
Indication. Pour le sens difficile, raisonner par l'absurde en choisissant et , et examiner .
Solution
Sens facile. Si , alors , qui est un sous-espace; de même si .
Sens difficile. Supposons que soit un sous-espace vectoriel et que, par l'absurde, ni ni . Il existe alors un vecteur avec , et un vecteur avec . Les deux vecteurs et sont dans ; puisque est un sous-espace, leur somme appartient à , donc à ou à .
- Si : comme et que est un sous-espace, , ce qui contredit le choix de .
- Si : de même, , ce qui contredit le choix de .
Dans les deux cas, contradiction. Donc ou .
Remarque. La démonstration n'utilise que la stabilité par addition et par multiplication par (pour former ). Elle éclaire l'exemple des deux axes de : aucun des deux ne contient l'autre, et sort de la croix. Le plus petit sous-espace contenant est , que l'on peut décrire comme ; on l'étudiera au chapitre 5.
Références
- Lay, D. C., Lay, S. R. et McDonald, J. J., Algèbre linéaire et applications, 5e éd., Pearson, Montréal, chap. 4.
- Strang, G., Introduction to Linear Algebra, 5e éd., Wellesley-Cambridge Press, chap. 3.
- Axler, S., Linear Algebra Done Right, 4e éd., Springer, Cham, chap. 1–2.
- Grifone, J., Algèbre linéaire, 6e éd., Cépaduès, Toulouse, chap. 2–3.
- Liret, F. et Martinais, D., Algèbre 1re année, Dunod, Paris.
- Nipp, K. et Stoffer, D., Lineare Algebra, vdf Hochschulverlag an der ETH Zürich, chap. 5.