Chapitre 1

Systèmes d'équations linéaires

Élimination de Gauss, forme échelonnée réduite, rang et interprétation géométrique des solutions.

Objectifs du chapitre

À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:

  • reconnaître une équation linéaire et un système linéaire, et interpréter géométriquement leurs solutions dans le plan et dans l'espace;
  • écrire la matrice augmentée d'un système et appliquer les trois opérations élémentaires sur les lignes en justifiant qu'elles ne modifient pas l'ensemble des solutions;
  • exécuter l'algorithme de Gauss pour amener une matrice à la forme échelonnée, puis à la forme échelonnée réduite (Gauss–Jordan);
  • distinguer variables pivots et variables libres, et écrire l'ensemble des solutions sous forme paramétrique vectorielle ;
  • décider de l'existence et de l'unicité des solutions à l'aide de la forme échelonnée et du rang, y compris pour un système dépendant d'un paramètre;
  • modéliser par un système linéaire un circuit électrique, une réaction chimique, un réseau de flux ou un problème d'interpolation, et le résoudre.

Des équations linéaires partout

L'algèbre linéaire est née d'un problème très concret: résoudre plusieurs équations du premier degré à plusieurs inconnues en même temps. Un ingénieur en rencontre dès ses premiers cours, et sous des habits très différents.

  • Statique d'un treillis. À un nœud d'un treillis en équilibre, la somme des forces est nulle. Si deux barres inclinées de et par rapport à l'horizontale reprennent une charge verticale , les efforts et vérifient et : deux équations linéaires, deux inconnues. Un treillis de pont en a plusieurs dizaines.
  • Circuits électriques. Les lois de Kirchhoff affirment que la somme des courants en un nœud est nulle et que la somme des tensions le long d'une maille est nulle. Pour un circuit à deux mailles alimenté par deux sources, on obtient trois équations linéaires en les trois courants de branche ; nous les résoudrons à la section «Applications».
  • Bilan de mélange. Mélanger litres d'une solution à , litres à et litres à pour obtenir litres à impose et : le bilan de volume et le bilan de matière sont linéaires en les quantités mélangées. Les bilans de masse et d'énergie d'une station d'épuration ou d'une chaufferie ont la même structure.
  • Ajustement de mesures. Chercher la droite qui passe «au mieux» par des points de mesure conduit, par la méthode des moindres carrés (chapitre 7), à deux équations linéaires en et , les équations normales. Chercher un polynôme qui passe exactement par des points donnés en conduit aussi, comme nous le verrons.

Dans tous ces cas, les inconnues n'apparaissent qu'à la puissance , sans produit entre elles ni fonction appliquée à elles. C'est cette linéarité qui rend la résolution systématique, quel que soit le nombre d'inconnues, et qui permet aux logiciels de calcul de résoudre couramment des systèmes à plusieurs millions d'inconnues (méthode des éléments finis).

Équations et systèmes linéaires

Définitions

Ainsi est linéaire, mais , et ne le sont pas: dans une équation linéaire, chaque inconnue apparaît seule, multipliée par une constante. Les coefficients peuvent être des nombres quelconques, y compris nuls ou irrationnels; ce sont les inconnues qui doivent rester au premier degré.

Nous noterons souvent le vecteur des inconnues et une solution. Résoudre un système, c'est décrire complètement son ensemble de solutions: dire s'il est vide, s'il est réduit à un point, ou en donner une description paramétrique lorsqu'il est infini.

Ces trois situations — une solution, aucune, une infinité — sont les seules possibles pour un système linéaire, quel que soit le nombre d'équations et d'inconnues; nous le démontrerons au théorème 1.4. En particulier, un système linéaire n'a jamais exactement deux solutions.

Interprétation géométrique

Dans le plan muni d'un repère, l'équation avec est celle d'une droite. Un système de deux équations à deux inconnues demande donc les points communs à deux droites: elles sont sécantes (un point), strictement parallèles (aucun point) ou confondues (une droite entière de points). C'est exactement l'exemple 1.1.

Sécantesxy(2; 1)x + 2y = 43x − y = 5une solution uniqueParallèlesxyx + 2y = 42x + 4y = 6aucune solutionConfonduesxyx + 2y = 42x + 4y = 8une infinité de solutionsUn système de deux équations à deux inconnues a 0, 1 ou une infinité de solutions, jamais exactement deux.
Figure 1.1. Les trois positions relatives de deux droites du plan, pour les systèmes (a), (b) et (c) de l'exemple 1.1. La droite x + 2y = 4 est la même dans les trois cas; seule la seconde change.

Dans l'espace, l'équation avec est celle d'un plan. Deux plans distincts sont parallèles ou se coupent selon une droite; un système de trois équations à trois inconnues cherche les points communs à trois plans, et les configurations sont plus variées: un point (cas général), une droite (trois plans «en portefeuille» autour d'un axe), un plan entier (trois équations proportionnelles), ou rien du tout (deux plans parallèles, ou trois plans qui se coupent deux à deux selon trois droites parallèles, comme les faces d'un prisme).

Un point communSsolution uniqueUne droite communedune infinité de solutions (1 paramètre)Aucun point communsystème incompatibleChaque équation linéaire en trois inconnues est un plan; le système est l’intersection des trois plans.
Figure 1.2. Trois plans de l'espace. À gauche, trois plans de normales indépendantes se coupent en un point unique S. Au centre, trois plans contenant une même droite d: le système a une infinité de solutions dépendant d'un paramètre. À droite, trois plans sécants deux à deux selon des droites parallèles: aucun point n'appartient aux trois, le système est incompatible.

Au-delà de trois inconnues, l'intuition visuelle s'arrête, mais le vocabulaire reste: l'ensemble des solutions d'une équation linéaire non triviale en inconnues est un hyperplan de , et résoudre un système, c'est intersecter des hyperplans. L'algèbre prendra le relais de la géométrie.

L'explorateur ci-dessous permet de faire varier la seconde droite d'un système . Observez la quantité , qui s'annule exactement lorsque les deux droites ont la même direction: c'est le déterminant du système, que le chapitre 3 étudiera en toute généralité.

Explorateur d'un système 2×2

La droite 1 (x + 2y = 4) est fixe. Modifiez les coefficients de la droite 2 (a₂x + b₂y = c₂) et observez le déterminant a₁b₂ − a₂b₁: nul exactement quand les droites sont parallèles ou confondues.

xy−224−224(2,00; 1,00)droite 1: x + 2y = 4droite 2: 3,00x − 1,00y = 5,00
Déterminant a1b2 − a2b1
−7,00
Nature du système
solution unique
Solution (x; y)
(2,00; 1,00)
a23,00
b2−1,00
c25,00

Systèmes homogènes

Un système homogène est donc toujours compatible: la seule question est de savoir s'il possède des solutions non triviales. Géométriquement, ses équations sont des droites ou des plans passant par l'origine. À tout système (1.2) on associe le système homogène associé, obtenu en remplaçant chaque par ; le lien entre les deux ensembles de solutions est décrit au théorème 1.4.

Exercice

Parmi les équations suivantes en les inconnues , , , laquelle est linéaire?

Exercice

Résolvez le système , et donnez la valeur de .

Notation matricielle et opérations élémentaires

Matrice augmentée

Dans la résolution de l'exemple 1.1, les lettres et n'ont joué aucun rôle: seuls comptaient les coefficients et leur position. On les range dans un tableau rectangulaire.

Opérations élémentaires sur les lignes

Pour résoudre l'exemple 1.1 (a), nous avons combiné les équations entre elles. Trois manipulations suffisent à tout faire.

Chaque opération élémentaire est réversible par une opération élémentaire du même type: l'échange est sa propre inverse, s'annule par (c'est pour cela que est exigé), et s'annule par . Cette réversibilité est la clé du théorème fondamental de ce chapitre.

Démonstration. Il suffit de traiter une seule opération, puisqu'une suite d'opérations se traite en enchaînant l'argument. Notons le système de départ et le système obtenu.

Montrons d'abord que toute solution de est solution de . Pour l'échange de deux lignes, contient les mêmes équations que dans un autre ordre, et les vérifie toutes. Pour , la seule équation nouvelle est , qui est la -ième équation de multipliée par : elle est vraie puisque . Pour , la nouvelle -ième équation s'écrit

et c'est bien le second membre de la nouvelle ligne. Les autres équations sont inchangées. Dans les trois cas, est solution de .

Réciproquement, s'obtient à partir de par l'opération inverse, qui est encore une opération élémentaire: le même raisonnement montre que toute solution de est solution de . Les deux ensembles de solutions sont donc égaux.

L'algorithme de Gauss

Le théorème 1.1 autorise à transformer librement la matrice augmentée. Le but est d'atteindre une forme dans laquelle le système se résout «en remontant», équation par équation.

Forme échelonnée

Forme échelonnée00000000000x1x2x3x4x5blibrelibrepivotpivotpivotForme échelonnée réduite10000100001000000x1x2x3x4x5blibrelibrepivotpivotpivot■ pivot (non nul) ∗ coefficient quelconque 0 zéro imposé par la formeRang 3 = nombre de pivots; les 2 colonnes sans pivot donnent 2 variables libres. La dernière ligne (0 … 0 | 0) estsans effet; si elle était (0 … 0 | b ≠ 0), le système serait incompatible.
Figure 1.3. Allure d'une matrice augmentée échelonnée (à gauche) et de sa forme échelonnée réduite (à droite) pour quatre équations et cinq inconnues. Les pivots sont encadrés, la zone nulle imposée par la forme est grisée et l'escalier est tracé. Les colonnes x₂ et x₅ ne contiennent pas de pivot: ce sont les colonnes des variables libres.

La forme échelonnée dessine un escalier dont chaque marche commence à un pivot; en dessous de l'escalier, tout est nul. Lorsqu'une matrice augmentée est échelonnée, la dernière équation non nulle ne contient qu'une ou quelques inconnues, l'avant-dernière en contient au moins une de plus, et ainsi de suite: on résout de bas en haut par substitution rétrograde.

L'algorithme

Le principe est toujours le même: chaque pivot sert à «nettoyer» la colonne située sous lui, et une fois une colonne nettoyée, on ne touche plus à la ligne du pivot. Notez que le choix du pivot n'est pas unique — on aurait pu échanger et au départ — et que les formes échelonnées obtenues peuvent différer; l'ensemble des solutions, lui, ne dépend pas de ces choix (théorème 1.1).

Exercice

Remettez dans l'ordre les étapes de la résolution d'un système linéaire par l'algorithme de Gauss.

Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre

    1.
  • Résoudre de la dernière équation vers la première par substitution rétrograde
  • 2.
  • Vérifier qu'aucune ligne n'est de la forme avec
  • 3.
  • Choisir un pivot non nul dans la première colonne non nulle, en échangeant deux lignes si nécessaire
  • 4.
  • Écrire la matrice augmentée en fixant l'ordre des inconnues
  • 5.
  • Annuler les coefficients situés sous le pivot par des opérations
  • 6.
  • Recommencer avec les lignes situées sous le pivot jusqu'à obtenir une forme échelonnée

Forme échelonnée réduite et méthode de Gauss–Jordan

On peut pousser l'élimination plus loin et supprimer aussi les coefficients situés au-dessus des pivots: la substitution rétrograde devient alors inutile, la solution se lit directement.

Démonstration (partielle). L'existence est établie par l'algorithme lui-même: l'élimination de Gauss produit une forme échelonnée, et les opérations de Gauss–Jordan (division par les pivots, élimination au-dessus des pivots) sont des opérations élémentaires qui conduisent à une forme échelonnée réduite. L'unicité, que nous admettons, se démontre au chapitre 5 à l'aide de la notion de rang: on montre que la position des pivots et les coefficients des colonnes libres sont déterminés par les relations linéaires entre les colonnes de la matrice, relations que les opérations sur les lignes conservent.

L'unicité est précieuse: alors qu'une matrice possède en général plusieurs formes échelonnées (selon les pivots choisis), sa forme échelonnée réduite est un objet canonique. Deux personnes qui réduisent la même matrice obtiendront la même réponse, ce qui facilite grandement la vérification des calculs.

Variables pivots et variables libres

Que se passe-t-il lorsqu'il y a moins de pivots que d'inconnues? Certaines colonnes de ne contiennent pas de pivot, et les inconnues correspondantes ne sont déterminées par aucune équation.

Pour décrire l'ensemble des solutions, on donne aux variables libres des valeurs arbitraires, appelées paramètres, et l'on en déduit les variables pivots. Lorsqu'il y a variables libres , on obtient une écriture vectorielle

est une solution particulière (obtenue en annulant tous les paramètres) et sont des vecteurs de , un par variable libre. L'ensemble des solutions est un point translaté d'une droite, d'un plan, etc.: sa «dimension» est le nombre de variables libres.

Exercice

On considère le système , , . Combien possède-t-il de variables libres?

Existence et unicité des solutions

Le théorème de discussion

La forme échelonnée contient toute l'information sur le nombre de solutions.

Démonstration. Par le théorème 1.1, le système échelonné a les mêmes solutions que le système initial; raisonnons sur lui.

(1) Si une ligne avec est présente, elle code l'équation , qui n'a aucune solution: le système est incompatible. Réciproquement, supposons qu'aucune ligne de ce type n'apparaisse. Alors toute ligne non nulle possède un pivot dans une colonne de . Donnons la valeur à toutes les variables libres et résolvons de bas en haut: la dernière équation non nulle ne contient, parmi les variables pivots, que son propre pivot (les variables situées à droite sont libres, donc nulles), et se résout en divisant par le pivot; l'équation précédente ne contient alors qu'une variable pivot inconnue, et ainsi de suite. On construit ainsi une solution: le système est compatible.

(2) Supposons le système compatible. S'il n'y a pas de variable libre, la substitution rétrograde ci-dessus n'offre aucun choix: chaque variable est déterminée de manière unique par les équations, et la solution est unique. S'il existe une variable libre , on peut lui donner n'importe quelle valeur réelle, les autres variables libres étant fixées, et compléter par substitution rétrograde en une solution; à des valeurs différentes de correspondent des solutions différentes, d'où une infinité de solutions.

Avec ce vocabulaire, le théorème 1.3 se reformule ainsi: le système est compatible si et seulement si ; un système compatible a une solution unique si et seulement si , et ses solutions dépendent de paramètres. Le chapitre 5 fera du rang un outil central.

Démonstration. Soit une solution de et posons . Pour chaque équation , : est solution de et . Réciproquement, si est solution de , alors , donc est solution de .

Pour la dernière affirmation: si possède deux solutions distinctes et , alors est solution de , et par le même calcul l'est aussi pour tout ; les vecteurs sont alors des solutions de , deux à deux distinctes: il y en a une infinité.

C'est exactement la structure de la formule (1.3): est une solution particulière et décrit les solutions du système homogène associé. Vous retrouverez ce principe «solution particulière plus solution générale de l'équation homogène» pour les équations différentielles linéaires.

La démonstration, courte, fait l'objet de l'exercice 1.5: elle repose sur le fait qu'il ne peut y avoir plus de pivots que de lignes. Ce résultat est le germe de la notion de dimension (chapitre 4): on ne peut pas «bloquer» inconnues avec moins de contraintes linéaires.

Systèmes dépendant d'un paramètre

En pratique, les coefficients d'un système contiennent souvent une grandeur physique non fixée — une raideur, une résistance, une fréquence — et l'on veut savoir pour quelles valeurs le comportement change. On mène alors l'élimination avec le paramètre, en prenant garde de ne jamais diviser par une expression qui pourrait s'annuler.

Exercice

Soit le système , , où est un réel. Pour quelle valeur de n'a-t-il aucune solution?

Coût de l'algorithme et pivot partiel

Applications

Circuit électrique et lois de Kirchhoff

Équilibrage d'une équation chimique

Réseau de flux

Interpolation polynomiale

Synthèse

  • Un système linéaire de équations à inconnues se code par sa matrice augmentée ; géométriquement, il décrit l'intersection de droites, de plans ou d'hyperplans.
  • Les trois opérations élémentaires sur les lignes (, avec , ) sont réversibles et conservent l'ensemble des solutions (théorème 1.1).
  • L'algorithme de Gauss amène toute matrice à une forme échelonnée (pivots en escalier, zéros dessous); Gauss–Jordan poursuit jusqu'à la forme échelonnée réduite, unique, où chaque pivot vaut et est seul dans sa colonne.
  • Le système est compatible si et seulement si aucune ligne n'apparaît; la solution est unique si et seulement si chaque colonne de porte un pivot; sinon les solutions s'écrivent avec un paramètre par variable libre.
  • Le rang de est le nombre de pivots; les solutions d'un système compatible dépendent de paramètres, et l'ensemble des solutions est «solution particulière plus solutions du système homogène associé». Un système homogène avec plus d'inconnues que d'équations a toujours des solutions non triviales.
  • Un système ne peut avoir que , ou une infinité de solutions; un paramètre dans les coefficients se discute cas par cas, sans jamais diviser par une expression susceptible de s'annuler. Numériquement, Gauss coûte environ opérations et se pratique avec pivot partiel.

Série d'exercices du chapitre 1

Exercice 1 sur 5
Exercice

Après élimination, la matrice augmentée d'un système est . Que peut-on conclure?

Problème guidé

Circuit à trois courants inconnus

Un circuit à deux mailles comporte une source V en série avec dans la branche de gauche (courant , orienté vers le nœud supérieur ), une résistance dans la branche centrale (courant , orienté de vers le bas) et une source V en série avec dans la branche de droite (courant , orienté vers ). Les lois des mailles donnent (maille de gauche) et (maille de droite). On cherche les trois courants par l'algorithme de Gauss.

  1. 1

    Loi des nœuds

    Au nœud , la somme des courants qui arrivent égale la somme des courants qui repartent. Avec les orientations choisies, et arrivent en et en repart.

    Exercice

    Quelle équation traduit la loi des nœuds en ?

  2. Élimination

  3. Substitution rétrograde

  4. Interprétation

Exercices

Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.

Exercice 1.1 · Trois systèmes 3 × 3

Résoudre par l'algorithme de Gauss les systèmes suivants et décrire géométriquement l'ensemble des solutions.

Solution

(a) On échange et pour avoir le pivot en haut:

Trois pivots: solution unique. ; donne ; . Solution : trois plans qui se coupent en un point. Vérification: , , .

(b) et :

La dernière ligne est : système incompatible. On le voit aussi directement: la somme des deux premières équations donne , contradictoire avec la troisième, . Les deuxième et troisième équations décrivent, après combinaison avec la première, deux plans parallèles distincts.

(c) et :

Deux pivots, libre: , , soit

Les trois plans contiennent une même droite (la troisième équation est la somme des deux premières). Vérification avec : donne , , .

Exercice 1.2 · Forme échelonnée réduite et paramétrisation

Soit le système

  1. Déterminer la forme échelonnée réduite de sa matrice augmentée et le rang de la matrice des coefficients.
  2. Identifier les variables pivots et les variables libres, puis écrire l'ensemble des solutions sous la forme .
  3. Vérifier que et sont solutions du système homogène associé et expliquer pourquoi c'était prévisible.
Solution

1. Élimination: et :

Réduction: puis :

Deux pivots (colonnes 1 et 3): le rang de la matrice des coefficients vaut , et celui de la matrice augmentée aussi (pas de ligne ): le système est compatible.

2. Variables pivots: et ; variables libres: et . Les deux équations réduites donnent et , d'où

Les solutions dépendent de paramètres. Vérification de : , , .

3. Pour : , , . Pour : , , . Les deux vecteurs sont solutions du système homogène. C'était prévisible par le théorème 1.4: toute solution s'écrit avec solution du système homogène; en prenant , on obtient la solution , donc est solution du système homogène, et de même pour . Les combinaisons décrivent exactement l'ensemble des solutions du système homogène associé.

Exercice 1.3 · Système à paramètre

Discuter, selon la valeur du réel , le nombre de solutions du système

et donner les solutions dans chaque cas.

Solution

Le pivot en position ne dépend pas de . et :

Le pivot en position ne dépend pas non plus de : on l'utilise pour , ce qui donne la troisième ligne

puisque .

Cas et . Trois pivots, solution unique. La dernière ligne donne . Puis , et . Solution: . Par exemple, pour : ; on vérifie , , .

Cas . La dernière ligne est : deux pivots, infinité de solutions à un paramètre. Le système réduit est et ; avec : , , soit , . Les trois plans ont une droite commune.

Cas . La dernière ligne est : système incompatible, aucune solution.

Remarque: les valeurs critiques et sont les racines de , qui est, au signe près, le déterminant de la matrice des coefficients (chapitre 3).

Exercice 1.4 · Bilan de mélange

Un laboratoire dispose de trois solutions d'un même acide, aux concentrations de , et (en volume). On veut préparer litres d'une solution à en mélangeant , et litres des trois solutions.

  1. Écrire le système linéaire traduisant le bilan de volume et le bilan d'acide, et montrer qu'il possède une infinité de solutions; les décrire à l'aide d'un paramètre.
  2. Tenir compte des contraintes physiques : entre quelles valeurs le paramètre peut-il varier? Quelle est la quantité maximale de solution à utilisable?
  3. On impose de plus d'utiliser deux fois plus de solution à que de solution à . Résoudre le système complet.
Solution

1. Bilan de volume: . Bilan d'acide (litres d'acide pur): . On multiplie la seconde équation par pour travailler avec des entiers:

Deux équations, trois inconnues, deux pivots: une variable libre, . Solutions: , , , soit , . Mathématiquement, il y a une infinité de recettes.

2. Les contraintes , , donnent , et : le paramètre varie dans . La quantité de solution à vaut : on peut en utiliser au maximum litres (avec alors et ). À l'autre extrême, donne , , .

3. La condition supplémentaire s'écrit , soit . Avec la paramétrisation du point 1: , d'où et . On peut aussi résoudre directement le système : appliqué à la ligne de la forme réduite du point 1 donne , soit , puis et . Vérification du bilan d'acide: litres d'acide pur dans litres, soit .

Exercice 1.5 · Systèmes homogènes sous-déterminés (démonstration)
  1. Soit un système linéaire homogène de équations à inconnues avec . Démontrer qu'il possède une solution non triviale. (On pourra raisonner sur le nombre de pivots d'une forme échelonnée.)
  2. En déduire qu'un tel système possède une infinité de solutions.
  3. Soit maintenant un système linéaire quelconque (non nécessairement homogène) de équations à inconnues. Montrer que si , le système n'a jamais de solution unique. Peut-il être incompatible? Donner un exemple.
Solution

1. Considérons une forme échelonnée de la matrice augmentée du système; comme les seconds membres sont nuls, ils le restent au cours des opérations élémentaires (chaque opération combine des zéros). Le système est donc compatible: il admet au moins la solution triviale. Chaque ligne non nulle de contient exactement un pivot, et une ligne contient au plus un pivot; le nombre de pivots vérifie donc . Comme , il existe au moins colonnes de sans pivot, c'est-à-dire au moins une variable libre . Donnons-lui la valeur , la valeur aux éventuelles autres variables libres, et déterminons les variables pivots par substitution rétrograde (ce qui est possible, le système étant compatible, comme dans la preuve du théorème 1.3). On obtient une solution dont la -ième composante vaut : est une solution non triviale.

2. Si est solution du système homogène, alors pour tout , l'est aussi: pour chaque équation , . Comme , les vecteurs sont deux à deux distincts (si , alors , donc puisqu'une composante de est non nulle). Il y a donc une infinité de solutions. (On peut aussi invoquer directement le théorème 1.3: un système compatible avec une variable libre a une infinité de solutions.)

3. Soit un système de équations à inconnues. S'il est incompatible, il n'a pas de solution unique. S'il est compatible, soit une solution; par le théorème 1.4, l'ensemble des solutions est parcourt les solutions du système homogène associé , qui a lui aussi équations et inconnues. Par le point 1, possède une solution non triviale , et est une seconde solution de : la solution n'est pas unique (et par le point 2, il y en a une infinité). Dans tous les cas, n'a jamais exactement une solution.

Un système avec peut cependant être incompatible: par exemple , (, ) n'a aucune solution, car donne . Géométriquement, ce sont deux plans parallèles distincts. L'hypothèse «homogène» du point 1 est donc essentielle pour garantir l'existence de solutions; l'hypothèse , elle, garantit qu'une solution éventuelle n'est jamais isolée.

Références

  • Lay, D. C., Lay, S. R. et McDonald, J. J., Algèbre linéaire et applications, 5e éd., Pearson, Montréal, chap. 1.
  • Strang, G., Introduction to Linear Algebra, 5e éd., Wellesley-Cambridge Press, Wellesley, chap. 2.
  • Grifone, J., Algèbre linéaire, 6e éd., Cépaduès, Toulouse, chap. 1.
  • Liret, F. et Martinais, D., Algèbre 1re année, 2e éd., Dunod, Paris.
  • Trefethen, L. N. et Bau, D., Numerical Linear Algebra, SIAM, Philadelphie, leçons 20–22 (élimination de Gauss et pivot partiel).
  • Chemla, K. et Guo, S., Les neuf chapitres: le classique mathématique de la Chine ancienne et ses commentaires, Dunod, Paris (chapitre VIII, Fangcheng).

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