Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- manipuler les matrices comme des objets algébriques à part entière: addition, multiplication par un scalaire, transposition, produit, puissances;
- calculer un produit matriciel ligne par colonne et l'interpréter comme une combinaison linéaire des colonnes ou comme une transformation du plan;
- reconnaître les pièges du calcul matriciel: non-commutativité, diviseurs de zéro, développement de ;
- traduire les opérations élémentaires sur les lignes en produits par des matrices élémentaires;
- définir l'inverse d'une matrice, démontrer ses propriétés et le calculer par la méthode de Gauss–Jordan;
- énoncer et démontrer le théorème d'inversibilité, et l'appliquer à des situations concrètes (chiffrement, rotations, graphes, économie).
Pourquoi un calcul matriciel?
Au chapitre 1, la matrice augmentée d'un système linéaire n'était qu'un tableau commode pour organiser l'élimination de Gauss. Ce chapitre change de point de vue: les matrices deviennent des nombres généralisés que l'on additionne, multiplie et, parfois, inverse. Cette algèbre a été dégagée par Arthur Cayley (1858), qui fut le premier à écrire un produit de tableaux et à parler de matrice inverse; le mot «matrice» lui-même est dû à James Sylvester (1850).
Le gain est double. D'une part, un système de équations à inconnues s'écrit en trois symboles, , et se manipule comme l'équation d'une seule inconnue: si est «inversible», la solution est . D'autre part, un produit de matrices est la composition de deux transformations: enchaîner une rotation et un changement d'échelle en infographie, deux maillons d'un bras de robot, deux étapes d'un processus de production, deux déplacements sur un réseau, revient à multiplier leurs matrices. C'est ce second point de vue qui fera l'objet des chapitres 4 à 6; nous en donnons ici les premières illustrations dans le plan.
Matrices: définitions et notation
Le premier indice est toujours celui de la ligne, le second celui de la colonne: se lit «ligne 2, colonne 3». Une matrice est un vecteur colonne, une matrice un vecteur ligne. Nous identifions aux vecteurs colonnes et notons en gras . Les colonnes d'une matrice de taille sont vecteurs de , et l'on écrit .
Une matrice antisymétrique a une diagonale nulle: force . Les matrices symétriques apparaissent partout en ingénierie: matrice de rigidité d'une structure, matrice d'inertie d'un solide, matrice des covariances d'un jeu de mesures. Leur théorie, remarquablement complète, occupe le chapitre 11.
Addition, multiplication par un scalaire et transposition
Démonstration. Chaque égalité se vérifie entrée par entrée et se ramène à la propriété correspondante des nombres réels: par exemple .
Ces huit règles sont exactement celles qui définissent un espace vectoriel, notion centrale du chapitre 4: se comporte, pour l'addition et la multiplication par un scalaire, comme . En particulier, on peut parler de combinaison linéaire de matrices, .
La transposition est linéaire, et , et involutive, : les trois égalités se lisent directement sur les entrées. Elle permet d'économiser de la place: le vecteur colonne s'écrit en ligne . Son comportement vis-à-vis du produit, plus subtil, est l'objet du théorème 2.4.
Soit une matrice antisymétrique. Laquelle de ces affirmations est nécessairement vraie?
Le produit matriciel
Définition ligne par colonne
La règle des tailles se retient par le schéma : les dimensions intérieures doivent coïncider et disparaissent, les dimensions extérieures restent. Le cas , donne un vecteur : c'est exactement le membre de gauche du système du chapitre 1, dont la -ème ligne est .
Interprétations par colonnes et par lignes
La formule (2.1) cache deux lectures beaucoup plus parlantes que le calcul entrée par entrée.
Démonstration. L'entrée de vaut , qui est aussi l'entrée de : c'est (2.2). Le point 2 est la définition (2.1) lue colonne par colonne, puisque ne dépend que de la colonne de ; le point 3 est la même définition lue ligne par ligne: est la coordonnée du vecteur ligne .
La lecture (2.2) est fondamentale: résoudre , c'est chercher à écrire comme combinaison linéaire des colonnes de . Elle sera le fil conducteur des chapitres 4 et 5. La lecture par lignes (point 3) servira au paragraphe sur les matrices élémentaires.
Ce que le produit n'est pas
Propriétés du produit
Démonstration. Démontrons l'associativité, la seule règle qui ne soit pas immédiate. Soient , , . Les deux membres sont et, pour tous ,
On a seulement permuté deux sommes finies et factorisé , qui ne dépend pas de . La distributivité s'obtient de même en développant ; le point 3 en sortant de la somme; le point 4 parce que .
Démonstration. Les deux membres sont de taille . L'entrée de est . Celle de est . Les deux sommes sont identiques.
Le renversement est nécessaire ne serait-ce que pour les tailles: serait un produit , indéfini dès que . Une conséquence utile: pour toute matrice , les matrices et sont symétriques, puisque . Ces matrices sont au cœur de la méthode des moindres carrés (chapitre 7).
Soient et . Calculez l'entrée (ligne 2, colonne 1) du produit.
Puissances et matrices nilpotentes
Pour une matrice carrée , l'associativité permet de définir sans ambiguïté ( facteurs), avec , et l'on a et . Les puissances d'une même matrice commutent entre elles, si bien que le binôme de Newton s'applique à , mais pas à en général.
Les matrices comme transformations du plan
À toute matrice on associe l'application de dans lui-même. D'après (2.2), l'image d'un vecteur est : la transformation est entièrement déterminée par les images des deux vecteurs de base, qui sont les colonnes de . Le carré unité de sommets est envoyé sur le parallélogramme de côtés et ; les droites restent des droites et les parallèles restent parallèles, puisque .
Quelques matrices à reconnaître, avec et :
| Transformation | Matrice | Effet sur le carré unité |
|---|---|---|
| Rotation d'angle | carré tourné, aire conservée | |
| Homothétie de rapport | carré de côté , aire | |
| Cisaillement horizontal | parallélogramme de base , aire conservée | |
| Projection sur l'axe | segment , aire nulle | |
| Symétrie d'axe | carré retourné, orientation inversée |
On verra au chapitre 3 que l'aire du parallélogramme image est pour , et que le signe de indique si l'orientation (le sens de rotation de vers ) est conservée. L'explorateur ci-dessous permet de le constater: essayez , , (rotation d'un quart de tour), puis , (projection), puis , (symétrie).
Explorateur de transformations du plan
La matrice A = (a b; c d) envoie le carré unité (gris) sur le parallélogramme de côtés Ae₁ = (a, c) et Ae₂ = (b, d). Faites varier les quatre entrées: observez les rotations, cisaillements, projections et retournements, et le facteur d'aire |ad − bc|.
Le produit de deux matrices correspond à la composition: appliquer d'abord , puis , puisque par associativité. L'ordre des facteurs est celui de la lecture de droite à gauche, et la non-commutativité devient évidente: tourner puis projeter n'est pas projeter puis tourner.
Soient de taille , de taille et de taille . Lequel de ces produits n'est pas défini?
Matrices élémentaires
Les opérations sur les lignes du chapitre 1 sont, elles aussi, des produits matriciels. C'est ce qui permettra de raisonner sur l'élimination de Gauss et non plus seulement de l'exécuter.
Démonstration. D'après le point 3 de la proposition 2.2, la ligne de est la combinaison linéaire des lignes de dont les coefficients sont les entrées de la ligne de . Traitons la transvection : ses lignes sont celles de , sauf la ligne qui est avec en position et en position . Pour , la ligne de est donc ; la ligne de est . C'est exactement l'opération appliquée à . Les deux autres types se traitent de la même façon (ligne de : coefficient en position ; ligne de : coefficient en position ).
Démonstration. Par le théorème 2.5, est le résultat de l'opération suivie de sur , c'est-à-dire elle-même. Même raisonnement pour les deux autres types: échanger deux fois, ou multiplier par puis par , ramène à la matrice de départ.
Dans le langage du paragraphe suivant, les matrices élémentaires sont inversibles et leurs inverses sont élémentaires: , , .
Matrices inversibles
Définition et premières propriétés
L'article défini «l'inverse» se justifie par le résultat suivant.
Démonstration. En utilisant l'associativité: .
La démonstration utilise seulement et : un inverse à gauche et un inverse à droite, s'ils existent tous deux, coïncident. L'exercice 2.5 montre que pour des matrices carrées, l'un des deux suffit à garantir l'autre.
Démonstration. Dans chaque cas, il suffit d'exhiber une matrice qui, multipliée à gauche et à droite, redonne : par unicité, c'est l'inverse.
- Les égalités disent précisément que est l'inverse de .
- , et de même .
- Transposons grâce au théorème 2.4: ; de même donne .
- et symétriquement; le cas de résulte du point 2 par récurrence sur .
Le renversement de l'ordre au point 2 se comprend avec des transformations: pour défaire « puis », on défait d'abord , puis . C'est la règle des chaussettes et des chaussures: on les enfile dans un ordre et on les enlève dans l'ordre inverse.
Démonstration. Posons . Un calcul direct donne
Si , la matrice vérifie donc la définition de l'inverse. Réciproquement, supposons et inversible. Alors , et en multipliant à gauche par on obtient , c'est-à-dire : mais la matrice nulle n'est pas inversible (), contradiction.
Le nombre est le déterminant de , dont le chapitre 3 généralise la définition et les propriétés à toute matrice carrée. Retenez la recette: on échange les entrées diagonales, on change le signe des deux autres, on divise par le déterminant.
Soit . Donnez l'entrée (ligne 1, colonne 2) de son inverse, sous forme décimale.
Le théorème d'inversibilité
Pour une matrice générale, la formule (2.3) n'a pas d'équivalent simple. Le théorème suivant relie l'inversibilité aux notions du chapitre 1 et fournit du même coup une méthode de calcul.
Démonstration. On démontre les implications en boucle .
. Le vecteur est solution, car . Si est une solution quelconque, en multipliant à gauche par on obtient : la solution est unique.
. Cas particulier : le système homogène a une solution unique, qui est nécessairement .
. Rappelons (chapitre 1) que l'ensemble des solutions de est décrit par la forme échelonnée réduite de , et qu'il contient une solution non nulle dès qu'il existe une variable libre, c'est-à-dire une colonne sans pivot. Si la seule solution est , chacune des colonnes de contient un pivot; comme a lignes et que les pivots occupent des lignes distinctes, chaque ligne contient exactement un pivot, égal à , avec des zéros au-dessus et au-dessous: .
. La réduction de à est une suite finie d'opérations élémentaires; par le théorème 2.5, il existe des matrices élémentaires telles que . Chaque est inversible d'inverse élémentaire (proposition 2.6). En multipliant successivement à gauche par , puis , …, on obtient , produit de matrices élémentaires.
. Un produit de matrices inversibles est inversible (théorème 2.8, point 2, et récurrence).
Calcul de l'inverse par la méthode de Gauss–Jordan
L'implication contient une méthode de calcul. Si , alors (multiplier à droite par ). Or est le résultat des mêmes opérations élémentaires appliquées à . D'où la recette: on forme la matrice par blocs , de taille , et on la réduit par Gauss–Jordan; les opérations qui transforment le bloc de gauche en transforment le bloc de droite en :
Si, en cours de route, une ligne nulle apparaît dans le bloc de gauche, la forme échelonnée réduite de n'est pas : est singulière et l'on s'arrête.
Remettez dans l'ordre les étapes du calcul de l'inverse d'une matrice carrée d'ordre par la méthode de Gauss–Jordan.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Descendre: créer les pivots et annuler les entrées situées sous chaque pivot, en s'arrêtant si une ligne nulle apparaît dans le bloc de gauche
- Former la matrice augmentée par blocs de taille
- Remonter: annuler les entrées situées au-dessus de chaque pivot et normaliser les pivots à
- Lire l'inverse dans le bloc de droite, devenu lorsque le bloc de gauche est
- Vérifier le résultat en calculant (ou au moins une ligne de ce produit)
Matrices triangulaires
Démonstration. Soit triangulaire supérieure d'ordre ; le cas inférieur s'en déduit par transposition (théorème 2.8, point 3). Si tous les sont non nuls, ce sont déjà pivots en position échelonnée: la remontée de Gauss–Jordan (division de chaque ligne par , puis annulation des entrées au-dessus des pivots) mène à , donc est inversible par le théorème 2.10. Ces opérations, appliquées au bloc , n'ajoutent jamais à une ligne un multiple d'une ligne inférieure, de sorte que le bloc de droite reste triangulaire supérieur, avec sur la diagonale: c'est la forme annoncée de .
Réciproquement, supposons qu'une entrée diagonale soit nulle et soit le plus petit indice tel que . Cherchons une solution non nulle de de la forme . Les équations des lignes sont automatiquement satisfaites: la ligne ne contient que des entrées en colonnes , qui rencontrent soit (pour ), soit . Il reste les équations des lignes , homogènes, en les inconnues : un système homogène ayant plus d'inconnues que d'équations possède une solution non nulle (chapitre 1). Ainsi admet une solution non nulle et est singulière par le théorème 2.10.
En particulier, une matrice diagonale est inversible si et seulement si aucun n'est nul, et son inverse est .
Soit . Laquelle de ces conditions n'équivaut pas à « est inversible»?
Applications
Chiffrement de Hill
En 1929, Lester Hill propose de chiffrer un texte par un produit matriciel. On numérote les lettres , on découpe le message en blocs de deux lettres et l'on calcule , où est une matrice à entrées entières, la clé. Le destinataire déchiffre avec , à condition que soit inversible modulo 26: par la formule (2.3), il faut que ait un inverse modulo 26, c'est-à-dire qu'il soit premier avec 26.
Rotations et composition
Démonstration. Le produit vaut
par les formules d'addition. Alors , et puisque et . Enfin .
Ce calcul est une démonstration matricielle des formules d'addition: si l'on sait que tourner de puis de revient à tourner de , la comparaison des entrées redonne . Dans l'espace, les rotations autour d'axes différents ne commutent plus, ce dont témoigne quiconque a manipulé un bras de robot ou un gyroscope: c'est l'une des raisons d'être des matrices de rotation du chapitre 8. La propriété caractérise les matrices orthogonales, étudiées au chapitre 7; elle rend l'inversion d'une rotation gratuite.
Graphes et matrice d'adjacence
Un graphe est un ensemble de sommets reliés par des arêtes: un réseau routier, un réseau électrique, les liens entre pages web. Sa matrice d'adjacence est la matrice carrée dont l'entrée vaut si les sommets et sont reliés et sinon; pour un graphe non orienté, elle est symétrique.
Démonstration. Par récurrence sur . Pour , c'est la définition de . Supposons la propriété vraie pour . Un chemin de longueur de à est un chemin de longueur de à un sommet intermédiaire , suivi d'une arête de à ; pour fixé, il y en a . En sommant sur : .
Dans le graphe de l'exemple 2.7, combien y a-t-il de chemins de longueur 3 du sommet 1 au sommet 3?
Le modèle d'entrées-sorties de Leontief
Wassily Leontief (prix Nobel 1973) décrit une économie à secteurs par une matrice de consommation : produire une unité (un franc) du secteur requiert unités du secteur . Si est le vecteur des productions et la demande finale (ménages, exportations), l'équilibre s'écrit «production = consommation intermédiaire + demande finale»:
pourvu que soit inversible, ce qui est le cas dès que chaque colonne de a une somme strictement inférieure à (chaque secteur crée de la valeur). Les entrées de ont ici un sens propre: est l'augmentation de production du secteur nécessaire pour satisfaire une unité de demande finale supplémentaire du secteur , effets indirects compris. C'est un des rares cas où l'on veut vraiment la matrice inverse, et non seulement la solution d'un système.
Synthèse
- Les matrices s'additionnent et se multiplient par un scalaire entrée par entrée; obéit aux règles d'un espace vectoriel. La transposée échange lignes et colonnes: , .
- Le produit (défini si le nombre de colonnes de égale le nombre de lignes de ) se calcule ligne par colonne; est la combinaison linéaire des colonnes de de coefficients , et est une transformation du plan ou de l'espace. Le produit est associatif et distributif, mais ni commutatif ni intègre: en général et n'implique pas ou .
- Les opérations élémentaires sur les lignes sont les produits à gauche par les matrices élémentaires , , , toutes inversibles.
- est inversible s'il existe avec ; l'inverse est unique, , , et pour : si .
- Théorème d'inversibilité: inversible a une solution unique pour tout n'a que la solution nulle la forme échelonnée réduite de est est un produit de matrices élémentaires. Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si sa diagonale ne contient pas de zéro.
- Méthode de Gauss–Jordan: . On ne l'utilise pour résoudre un système que si l'on a besoin des entrées de l'inverse (Leontief); sinon l'élimination directe est plus économique et plus stable.
Série d'exercices du chapitre 2
Exercice 1 sur 5Soient et deux matrices carrées inversibles de même ordre. Que vaut ?
Inversion d'une matrice de rigidité et résolution d'un système
Trois masses reliées par des ressorts identiques conduisent, après adimensionnement, à la matrice de rigidité . On veut calculer par la méthode de Gauss–Jordan, puis résoudre pour le chargement .
- 1
Premier pivot
On forme et l'on normalise la première ligne: . Puis élimine l'entrée .
ExerciceAprès ces deux opérations, quelle est l'entrée du bloc de gauche (le futur deuxième pivot)?
Fin de la réduction
Résolution du système
Interprétation
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Soient , et .
- Calculer , et . Décrire l'effet de la multiplication par à gauche et à droite.
- Calculer , et . Lesquelles de ces matrices sont symétriques?
- Démontrer par récurrence que pour tout , puis déterminer et vérifier que la formule reste vraie pour .
Solution
1. et , d'où . La matrice est élémentaire: échange les deux lignes de (théorème 2.5) et échange ses deux colonnes.
2. , et . Les deux dernières sont symétriques, conformément à la remarque qui suit le théorème 2.4; ne l'est pas ( n'est pas symétrique).
3. Initialisation: correspond à . Hérédité: si , alors
Par (2.3), et , qui est bien la formule avec : un cisaillement de paramètre se défait par le cisaillement de paramètre . La formule vaut donc pour tout , en posant .
Soit .
- Calculer par la méthode de Gauss–Jordan et vérifier que .
- En déduire la solution du système .
- Sans nouveau calcul, donner et .
Solution
1. On réduit :
Donc . Vérification: .
2. . Contrôle dans le système: , , .
3. Par le théorème 2.8, et .
- Pour quelles valeurs du réel la matrice est-elle inversible? On utilisera le théorème d'inversibilité et non les déterminants.
- Écrire la matrice comme un produit de matrices élémentaires, et en déduire comme produit de matrices élémentaires.
Solution
1. Réduisons : et donnent
Cette matrice est triangulaire supérieure à diagonale ; les opérations élémentaires ne changent pas le fait d'être inversible (elles multiplient par des matrices inversibles). Par le théorème 2.11, est inversible si et seulement si , c'est-à-dire . Pour , la forme échelonnée réduite a une ligne nulle: seulement deux pivots.
2. Réduisons à en notant chaque opération: (matrice ) donne ; puis () donne ; enfin () donne . Ainsi , d'où
Contrôle: , puis . L'inverse est le produit des inverses dans l'ordre renversé:
ce que confirme la formule (2.3) avec : .
Soit .
- Montrer que est symétrique et que est antisymétrique, et que .
- Montrer que cette décomposition est unique: si avec symétrique et antisymétrique, alors et .
- Calculer et pour .
- Montrer que pour la matrice de rotation , on a , puis que la partie symétrique de est .
Solution
1. Par linéarité et involutivité de la transposition, et . Enfin .
2. De on tire . Le membre de gauche est symétrique (différence de deux matrices symétriques), le membre de droite antisymétrique. Une matrice à la fois symétrique et antisymétrique vérifie , donc . Ainsi et .
3. , donc et . On vérifie .
4. , ce qui redonne (théorème 2.12). La partie symétrique est , et la partie antisymétrique est fois la rotation d'un quart de tour: c'est l'analogue matriciel de l'écriture .
- Soit nilpotente, avec pour un entier . Montrer que est inversible et que
- Appliquer ce résultat à pour calculer l'inverse de .
- Montrer qu'une matrice nilpotente n'est jamais inversible.
- Soient carrées telles que . Montrer que , de sorte que et sont inverses l'une de l'autre. On pourra commencer par montrer que n'a que la solution nulle.
Solution
1. Posons . Comme commute avec ses puissances, on peut développer comme pour une somme géométrique:
les termes intermédiaires se télescopant. Le même calcul donne . Par définition, est inversible d'inverse . (Une seule des deux égalités suffirait d'après la question 4.)
2. On a et : est nilpotente avec . La matrice à inverser est exactement , donc
Contrôle de la première ligne de : contre les colonnes donne , , . On remarque que l'inverse d'une matrice triangulaire supérieure à diagonale unité est encore de ce type, conformément au théorème 2.11.
3. Si était inversible avec , alors en multipliant à gauche par on obtiendrait , ce qui contredit (une matrice nilpotente est par définition non nulle; et de toute façon n'est pas inversible). Autre argument: a une solution non nulle, à savoir n'importe quel vecteur , qui existe puisque si est choisi minimal.
4. Soit tel que . En multipliant à gauche par : . Le système homogène n'a donc que la solution nulle, et est inversible par le théorème 2.10 (point 3 point 1). Multiplions alors à droite par : , et par suite . Ainsi, pour des matrices carrées, un inverse d'un seul côté est automatiquement un inverse des deux côtés — ce qui n'est pas vrai pour les matrices rectangulaires: , mais .
Références
- Lay, D. C., Lay, S. R. et McDonald, J. J., Algèbre linéaire et applications, 5e éd., Pearson, Montréal, chap. 2.
- Strang, G., Introduction to Linear Algebra, 5e éd., Wellesley-Cambridge Press, chap. 2.
- Grifone, J., Algèbre linéaire, 6e éd., Cépaduès, Toulouse, chap. 3.
- Liret, F. et Martinais, D., Algèbre 1re année, Dunod, Paris.
- Trefethen, L. N. et Bau, D., Numerical Linear Algebra, SIAM, Philadelphie, leçons 1 et 20 (coût et stabilité de l'élimination).
- Leontief, W., Input-Output Economics, 2e éd., Oxford University Press, New York (le modèle d'entrées-sorties).