Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- distinguer la structure d'une organisation de son organigramme, et nommer trois choses qu'un organigramme ne montre pas;
- décrire les neuf paramètres de conception d'une structure et dire, pour chacun, quelle question de division du travail il tranche;
- identifier les six mécanismes de coordination de Mintzberg dans une situation concrète, et expliquer pourquoi l'ajustement mutuel domine à la fois les très petites et les très complexes organisations;
- calculer le nombre de niveaux hiérarchiques et la charge de coordination , et arbitrer entre structure plate et structure haute avec ces deux grandeurs;
- comparer les configurations fonctionnelle, divisionnelle, matricielle, par projets et en réseau en énonçant pour chacune son coût et le conflit qu'elle organise;
- caractériser les cinq configurations de Mintzberg par leur partie clé, leur mécanisme de coordination et leur type de décentralisation, et recommander une structure argumentée pour un cas d'entreprise.
Les chiffres d'Alpina Instruments SA utilisés ici décrivent une entreprise fictive: ils sont construits pour l'exercice et ne décrivent aucun fabricant réel. Rappel du cas: 240 collaborateurs, chiffre d'affaires 2024 de CHF 68,0 millions réparti entre trois domaines d'activité (capteurs industriels 34,0, instruments médicaux 20,4, étalonnage et services 13,6), et une structure fonctionnelle inchangée depuis quarante ans dont les effectifs se répartissent ainsi: production 120, R&D 38, ventes et marketing 45, administration et finances 25, direction et support 12 — total 240.
Structure et organigramme
Ce que fait une structure
Une organisation est un collectif qui poursuit un but que ses membres ne pourraient atteindre seuls. Dès que le collectif dépasse quelques personnes, deux problèmes apparaissent simultanément et ne se laissent jamais séparer: il faut diviser le travail, et il faut ensuite coordonner les morceaux. Diviser augmente la compétence de chacun et le rendement de chaque geste; coordonner coûte du temps, des réunions, des documents et des malentendus. Toute structure est un compromis entre ces deux forces, et il n'en existe pas de compromis universellement bon.
Cette définition, reprise de Mintzberg, a une propriété utile: elle ne mentionne pas de dessin. Une structure n'est pas une image, c'est un ensemble de choix — qui décide de quoi, selon quelles règles, avec quels moyens de se parler. Certains de ces choix sont écrits, d'autres sont des habitudes; certains ont été décidés, d'autres se sont installés.
L'organigramme n'est qu'une projection
L'organigramme (organisation chart) est la représentation graphique d'une partie de ces choix: le découpage en unités, le rattachement hiérarchique formel, parfois l'intitulé des postes et les effectifs. C'est un document utile — il rend visible l'autorité officielle, il sert à accueillir un nouveau collaborateur, il est exigé par les auditeurs — mais c'est une projection, au sens où l'ombre d'un objet en trois dimensions est une projection: elle est vraie et elle est massivement incomplète.
Un test simple permet de mesurer l'écart. Prenez un organigramme, puis demandez à dix personnes: «pour faire aboutir une modification technique urgente, qui appelez-vous?» Les chemins cités ne suivent presque jamais les traits du dessin. Si le travail se fait quand même, c'est que la structure réelle comporte des liaisons que l'organigramme ignore. Si le travail ne se fait pas, c'est souvent que quelqu'un a récemment «rationalisé» ces liaisons.
Les paramètres de conception de la structure
Concevoir une structure, ce n'est pas choisir dans un catalogue de quatre ou cinq formes: c'est régler une série de curseurs. Mintzberg en dénombre neuf, regroupés en quatre familles. Ils sont indépendants au sens où l'on peut les régler séparément, mais leurs réglages doivent être cohérents entre eux — c'est l'idée de configuration, sur laquelle le chapitre revient plus loin.
Conception des postes
La spécialisation horizontale porte sur la largeur du poste: combien de tâches différentes il contient. Un opérateur qui monte une seule pièce sur une chaîne est horizontalement très spécialisé; un technicien d'Alpina qui assemble, règle, étalonne et documente un instrument complet l'est peu. La spécialisation horizontale augmente la répétition, donc l'habileté et le rendement; elle réduit la variété, donc l'intérêt du travail, et elle fabrique des interfaces à coordonner.
La spécialisation verticale porte sur la profondeur du poste: dans quelle mesure celui qui exécute contrôle aussi son travail. Un poste verticalement spécialisé est un poste où l'on exécute ce qu'un autre a conçu, planifié et contrôlé. C'est exactement le programme de l'organisation scientifique du travail vue au chapitre 2: séparer la conception de l'exécution. L'élargissement des tâches (job enlargement) réduit la spécialisation horizontale; l'enrichissement des tâches (job enrichment) réduit la spécialisation verticale en rendant à l'exécutant une part du contrôle. Les deux mouvements sont distincts et se confondent souvent dans le discours des entreprises.
La formalisation du comportement est la mesure dans laquelle le travail est prescrit par des règles, des procédures, des descriptifs de poste, des formulaires et des cadences. Une organisation très formalisée est bureaucratique au sens technique du terme — ce mot ne désigne ici ni la lenteur ni la lourdeur, mais un mode de fonctionnement fondé sur la standardisation. La formalisation rend le comportement prévisible, ce qui est précieux quand l'erreur coûte cher: on ne souhaite pas qu'un opérateur d'étalonnage improvise sa procédure de mesure. Elle devient un handicap dès que les situations sortent du répertoire prévu.
La formation et la socialisation sont l'alternative à la formalisation. Plutôt que d'écrire la règle dans une procédure, on l'installe dans la tête de la personne, par une formation longue et certifiée (un ingénieur, un réviseur, un médecin, un apprenti au terme de quatre ans de formation duale) et par une socialisation qui lui transmet les normes du métier et de la maison. La différence est décisive: la formalisation standardise le travail, la formation standardise le travailleur. Une organisation qui emploie des professionnels très formés peut se permettre d'être peu formalisée, parce que la prévisibilité vient d'ailleurs.
Conception de la superstructure
Le regroupement en unités répond à la question: sur quel critère met-on les gens dans la même case? Les critères usuels sont la fonction (produire, vendre, développer, compter), le produit ou la ligne de produits, le client, la zone géographique, le processus ou la compétence technique. Le choix n'est pas cosmétique: regrouper, c'est décider quels problèmes seront réglés à l'intérieur d'une unité — donc facilement, par contact direct — et quels problèmes devront remonter une hiérarchie. Regrouper par fonction rend faciles les problèmes techniques et difficiles les problèmes de produit; regrouper par produit fait exactement l'inverse. Il n'existe pas de découpage sans arbitrage, seulement des découpages qui rendent faciles les problèmes que l'on juge les plus importants.
La taille des unités est le nombre de personnes rattachées à un même supérieur — l'éventail de subordination, auquel la section suivante est entièrement consacrée parce qu'il se calcule.
Conception des liens latéraux
Les systèmes de planification et de contrôle standardisent les résultats plutôt que les procédés. Deux familles: la planification des actions (programmes, plannings, cahiers des charges), qui prescrit ce qui sera fait, et le contrôle des performances (budgets, objectifs, indicateurs), qui prescrit ce qui devra être atteint et laisse le chemin libre. Le chapitre 12 y revient en détail. Retenez ici qu'un budget est un dispositif structurel: il coordonne des unités qui ne se parlent pas, en leur imposant une cible commune.
Les mécanismes de liaison sont les dispositifs par lesquels on relie des unités séparées sans les fusionner. Par ordre de puissance croissante: le poste de liaison (une personne désignée comme interlocuteur d'une autre unité, sans autorité), le groupe de projet temporaire et le comité permanent, le cadre intégrateur (un chef de produit ou un chef de projet doté d'une autorité réelle mais partielle), et enfin la structure matricielle, où deux lignes d'autorité coexistent en permanence. Cette gradation est importante: la matrice n'est pas une idée à part, c'est le dernier cran d'une échelle. Avant de matricer une organisation, il faut avoir épuisé les crans précédents, beaucoup moins coûteux.
Conception du système de décision
La décentralisation verticale est la délégation du pouvoir de décision vers le bas de la ligne hiérarchique. La décentralisation horizontale est le transfert du pouvoir hors de la ligne hiérarchique, vers des analystes (technostructure), des experts fonctionnels ou les opérateurs eux-mêmes. Les deux sont indépendantes, et leur confusion produit des malentendus fréquents: une entreprise peut être très décentralisée verticalement (les chefs de division décident de leurs investissements) et très centralisée horizontalement (aucune décision n'échappe à la ligne). À l'inverse, une entreprise où le contrôleur de gestion, le responsable qualité et le juriste ont un droit de veto est horizontalement décentralisée, même si son organigramme paraît très pyramidal.
| Famille | Paramètre | Question tranchée |
|---|---|---|
| Postes | Spécialisation horizontale | Combien de tâches par poste? |
| Postes | Spécialisation verticale | Qui contrôle l'exécution? |
| Postes | Formalisation du comportement | Jusqu'où écrire la règle? |
| Postes | Formation et socialisation | Standardiser le travail ou le travailleur? |
| Superstructure | Regroupement en unités | Quels problèmes rendre faciles? |
| Superstructure | Taille des unités | Combien de subordonnés par chef? |
| Liens latéraux | Planification et contrôle | Prescrire le chemin ou le résultat? |
| Liens latéraux | Mécanismes de liaison | Comment relier sans fusionner? |
| Décision | Décentralisation verticale | Jusqu'où descend le pouvoir? |
| Décision | Décentralisation horizontale | Le pouvoir sort-il de la ligne? |
Alpina remplace les procédures écrites de son laboratoire d'étalonnage par l'exigence d'un certificat de métrologie de trois ans pour tout nouveau collaborateur du laboratoire. Sur quels paramètres de conception agit-elle?
Les six mécanismes de coordination
Diviser le travail crée un problème: le recoller. Mintzberg soutient que toutes les solutions connues se ramènent à six mécanismes, et que toute organisation, si complexe soit-elle, les combine dans des proportions variables.
Portée et limites. Cette typologie est un cadre descriptif, issu d'une synthèse de la littérature organisationnelle et de l'observation de terrain, non un résultat expérimental: elle n'a pas été validée par une mesure, et il n'existe pas d'instrument reconnu qui dose les six mécanismes dans une entreprise donnée. Sa valeur est analytique — elle donne un vocabulaire précis là où le langage courant ne dispose que de «bonne communication» — et sa limite est qu'elle ne prédit rien à elle seule. Le sixième mécanisme, la standardisation des normes, a été ajouté après coup par Mintzberg, et il recouvre pour partie ce que la littérature appelle la culture organisationnelle (chapitre 11): le lien entre culture et performance est corrélationnel, et l'attribuer à une coordination réussie est une interprétation, pas une mesure. Enfin, six mécanismes disponibles ne signifient pas six mécanismes substituables: la standardisation des qualifications suppose l'existence d'une profession organisée, ce que l'organisation ne décide pas.
Pourquoi la séquence n'est pas linéaire
On lit souvent une progression: une organisation qui grandit passerait de l'ajustement mutuel à la supervision directe, puis à la standardisation, et ainsi de suite, chaque mécanisme remplaçant le précédent. Cette lecture est fausse, et Mintzberg insiste lui-même sur ce point. La séquence décrit bien le début du chemin, mais elle se referme sur elle-même: l'ajustement mutuel est le mécanisme des très petites organisations et, à nouveau, celui des plus complexes.
Pourquoi? Parce que les cinq autres mécanismes reposent tous sur une condition commune: il faut savoir à l'avance ce qu'il faut faire. Standardiser un procédé suppose que la bonne manière de faire est connue. Standardiser un résultat suppose que l'on sait quel résultat viser et comment le mesurer. Standardiser une qualification suppose qu'une profession a déjà codifié le savoir nécessaire. Superviser suppose qu'un chef en sait assez pour donner des instructions utiles.
Or il existe une classe de travaux où aucune de ces conditions n'est remplie: le travail innovant, dont le résultat n'est pas connu avant d'être produit. Une équipe qui conçoit un instrument médical qui n'existe pas encore ne peut pas recevoir la procédure de sa propre invention; son chef ne peut pas lui dire comment faire, puisqu'il ne le sait pas non plus; l'objectif ne peut pas être spécifié avec précision, puisque la faisabilité fait partie de ce qu'il faut découvrir. Il ne reste qu'un mécanisme: que les intéressés se parlent en permanence et s'ajustent. L'ajustement mutuel n'est donc pas le mécanisme des amateurs; c'est le seul mécanisme qui fonctionne quand l'incertitude est maximale — et c'est aussi le plus coûteux, puisque sa charge croît comme le carré du nombre de participants, comme nous allons le calculer.
Deux organisations de deux personnes et de deux mille personnes peuvent ainsi reposer sur le même mécanisme pour des raisons opposées: l'une parce qu'il n'y a rien à coordonner, l'autre parce que rien n'est coordonnable à l'avance. La séquence de Mintzberg est un U, pas une droite.
Classez ces quatre mécanismes de coordination du moins contraignant pour l'exécutant (il garde le contrôle de son travail) au plus contraignant (le contenu de son travail est entièrement spécifié à l'avance).
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Standardisation des procédés: le mode opératoire est prescrit
- Ajustement mutuel: les intéressés s'accordent entre eux
- Supervision directe: un chef donne des instructions
- Standardisation des résultats: la cible est fixée, le chemin est libre
Éventail de subordination et hiérarchie
Une grandeur qui se calcule
L'éventail de subordination est l'un des rares paramètres structurels qui se calcule, et son effet sur la forme de l'organisation est spectaculaire. Considérons opérateurs à la base, encadrés par des managers qui supervisent chacun personnes. Le premier niveau d'encadrement compte postes, le deuxième , et ainsi de suite jusqu'au sommet, qui ne compte qu'une personne. Le nombre de niveaux d'encadrement est donc le plus petit entier tel que .
Portée et limites. Les trois hypothèses sont fausses dans toute organisation réelle, et il faut savoir dans quel sens. (a) Aucune organisation n'est un arbre pur: les liaisons latérales, les rattachements fonctionnels et les doubles lignes de la matrice violent l'unicité du supérieur — la formule décrit alors le squelette hiérarchique, pas la structure. (b) L'éventail n'est jamais uniforme: un directeur général suisse encadre typiquement quatre à sept membres de direction, tandis qu'un chef d'atelier peut en encadrer vingt-cinq; la formule appliquée à l'ensemble d'une entreprise donne donc un ordre de grandeur, pas un effectif. (c) désigne ici la base opérationnelle, alors que les effectifs publiés incluent les encadrants: pour Alpina, les 240 collaborateurs comprennent déjà les chefs, et traiter 240 comme base surestime légèrement le nombre de niveaux. Enfin, la formule ne dit rien de l'éventail souhaitable: elle transforme un choix en conséquences, elle ne le fait pas à votre place. La littérature ancienne qui prescrivait un éventail optimal universel — les «cinq à six subordonnés» de Urwick, les calculs de Graicunas sur le nombre de relations — n'a jamais été validée empiriquement comme une norme, et le consensus contemporain est qu'il n'existe pas de nombre optimal indépendant de la nature du travail, de la formation des subordonnés et de la dispersion géographique.
Deux lectures méritent d'être faites sur cette figure. La première: l'escalier compte, pas la courbe. Une organisation ne peut pas avoir 3,95 niveaux; elle en a 4. Entre et , la relation continue baisse de 3,95 à 3,06, mais le nombre réel de niveaux ne bouge pas: il reste à 4. Élargir l'éventail de moitié ne supprime alors aucun niveau tout en alourdissant chaque manager — le pire des deux mondes. C'est pourquoi la question pratique n'est jamais «élargir un peu?» mais «passe-t-on un palier?».
La seconde: la décroissance est logarithmique, donc à rendement fortement décroissant. Doubler l'éventail de 2 à 4 divise le nombre de niveaux par exactement 2. Le doubler encore, de 4 à 8, ne le divise plus que par 1,5. De 8 à 16, par 1,33. Chaque doublement suivant rapporte moins que le précédent, alors que son coût, lui, ne cesse de croître.
Structure plate ou structure haute
On appelle structure plate une organisation à éventail large et donc à peu de niveaux, et structure haute une organisation à éventail étroit et à nombreux niveaux. Chacune a des propriétés que le calcul précédent éclaire.
La structure plate raccourcit la chaîne de transmission: une information qui traverse trois niveaux se déforme moins qu'une information qui en traverse huit, et une décision remonte plus vite. Elle coûte moins cher en encadrement. Elle force la décentralisation, parce qu'un manager de vingt personnes ne peut matériellement pas valider chaque décision: il doit déléguer. Elle offre en revanche moins de postes de promotion — ce qui, dans une carrière suisse où la progression se lit souvent dans le titre, n'est pas neutre — et elle expose le manager à une surcharge: vingt entretiens annuels, vingt plans de développement, vingt conflits potentiels, et paires de relations dans son équipe.
La structure haute permet un encadrement serré, une supervision effective et une progression de carrière lisible; elle convient quand les subordonnés sont peu formés, quand le travail est risqué ou quand il faut former beaucoup de monde en peu de temps. Elle coûte cher, ralentit tout, et produit un effet pervers bien identifié: à chaque niveau supplémentaire, un cadre doit justifier son existence, ce qui se traduit par des demandes de rapports, des réunions de coordination et une centralisation rampante.
Aucune des deux n'est «moderne» ou «dépassée». Les facteurs qui poussent l'éventail vers le haut sont identifiables: travail homogène et répétitif, subordonnés formés et expérimentés, unité concentrée géographiquement, systèmes d'information qui rendent la performance visible sans passer par le chef, tâches faiblement interdépendantes. Les facteurs inverses — travail varié, personnel novice, dispersion, forte interdépendance, erreurs coûteuses — le poussent vers le bas. C'est une application directe de la contingence du chapitre 2: le bon éventail dépend de la situation, et un même dirigeant devra adopter un éventail de 20 dans son atelier de montage et de 5 dans son laboratoire de développement.
La charge de coordination croît comme le carré du groupe
La contrepartie de l'élargissement se calcule aussi, et c'est la grandeur la plus sous-estimée du management.
Dans un groupe de personnes qui se coordonnent par ajustement mutuel, chaque paire de personnes constitue un canal de communication potentiel. Le nombre de canaux vaut
Cette quantité croît comme : doubler la taille d'un groupe quadruple à peu près sa charge de coordination. Un groupe de 4 personnes a 6 canaux; un groupe de 8 en a 28; un groupe de 12 en a 66; un groupe de 20 en a 190.
Éventail de subordination, niveaux et charge de coordination
Modèle simple et explicite: on divise l'effectif de base par l'éventail de subordination jusqu'à n'avoir plus qu'un poste au sommet (arrondi supérieur à chaque étage). À gauche, l'arbre hiérarchique obtenu; à droite, les s(s − 1)/2 relations bilatérales que doit entretenir une équipe de s personnes. Élargir l'éventail supprime des niveaux et des postes d'encadrement, mais alourdit chaque équipe comme le carré de sa taille: la tension entre les deux est la leçon de cet explorateur.
Après le développement du domaine médical, Alpina compte 370 collaborateurs. Avec un éventail de subordination uniforme , combien vaut la relation continue ? Donnez le résultat à deux décimales.
Les configurations structurelles de base
Les paramètres de conception se combinent en un petit nombre de formes récurrentes. Les cinq suivantes couvrent l'essentiel de ce que l'on rencontre.
La structure fonctionnelle
Le regroupement se fait par métier: production, recherche et développement, ventes et marketing, administration et finances. C'est la structure d'Alpina, et celle de l'immense majorité des PME suisses — ce qui n'a rien d'un archaïsme: c'est la forme qui convient à une entreprise mono-activité.
Quand elle convient: gamme de produits homogène, marché unique, environnement stable, taille moyenne. Elle maximise les économies d'échelle par fonction (un seul laboratoire, un seul service achats), approfondit l'expertise technique et offre des carrières claires à l'intérieur d'un métier.
Ce qu'elle coûte: elle rend difficile tout ce qui traverse les fonctions. Un produit n'appartient à personne; il est une affaire de la R&D, puis de la production, puis des ventes, et le client ne voit personne qui réponde de l'ensemble. Les délais s'allongent parce que chaque passage d'une fonction à l'autre crée une file d'attente. Et elle forme mal les futurs dirigeants généraux, puisqu'on y fait carrière dans une seule fonction.
Le conflit qu'elle organise: entre fonctions, chacune poursuivant un critère de performance légitime et incompatible avec celui des autres. La production veut des séries longues et des spécifications gelées; les ventes veulent de la variété et des exceptions; la R&D veut du temps. Ce conflit est structurel, au sens où il ne vient pas des personnes: il ne se résout qu'au niveau qui les surplombe, c'est-à-dire la direction générale, laquelle devient rapidement le goulot d'étranglement de l'entreprise.
La structure divisionnelle
Le regroupement se fait par produit, par zone géographique ou par client, et chaque division réplique en son sein les fonctions dont elle a besoin. Nestlé combine ainsi zones géographiques et catégories de produits; les grandes banques suisses séparent des divisions par clientèle (particuliers, entreprises, gestion de fortune). La division devient un centre de résultat, et la direction générale se recentre sur l'allocation du capital, la nomination des dirigeants de division et le contrôle des performances.
Quand elle convient: activités diversifiées, marchés ou clientèles hétérogènes, taille importante, besoin d'une responsabilité claire sur un résultat.
Ce qu'elle coûte: la duplication. Trois divisions, c'est trois services achats, trois équipes marketing, parfois trois laboratoires — on perd les économies d'échelle que la fonction procurait. Elle coûte aussi en cohérence: trois divisions peuvent développer trois plateformes techniques incompatibles, et présenter au même client trois offres et trois interlocuteurs.
Le conflit qu'elle organise: entre les divisions et le centre, autour de l'autonomie et des ressources — et entre divisions, autour des clients communs, des prix de cession interne et de la propriété des compétences partagées. Le mécanisme de coordination dominant y est la standardisation des résultats: on laisse la division libre de son chemin, et on lui demande des comptes sur son résultat. Cela suppose que le résultat soit mesurable et attribuable, faute de quoi le dispositif se dérègle: une division mesurée sur son résultat trimestriel coupera dans la recherche, et la mesure aura organisé la myopie.
La structure matricielle
Deux critères de regroupement sont maintenus simultanément et durablement: typiquement fonction et produit, ou fonction et projet, ou produit et zone géographique. Un ingénieur dépend alors d'un responsable fonctionnel (qui répond de sa compétence, de son évolution, de ses méthodes) et d'un chef de produit ou de projet (qui répond du délai, du budget et du résultat commercial).
Conditions sous lesquelles une matrice fonctionne. La littérature de gestion et la pratique convergent sur un petit nombre de conditions, qu'il est plus honnête de présenter comme des conditions nécessaires observées que comme un résultat mesuré:
- Une double pression réelle et durable. Il faut que l'entreprise subisse simultanément une forte exigence d'excellence technique et une forte exigence de réactivité produit ou client. Si l'une des deux domine nettement, une structure simple avec des mécanismes de liaison suffira et coûtera bien moins cher.
- Un équilibre de pouvoir entre les deux lignes, à établir explicitement: budgets, droit de nomination, participation à l'évaluation. Une matrice où l'une des lignes n'a ni budget ni voix dans l'évaluation n'est pas une matrice.
- Des règles d'arbitrage écrites et un arbitre identifié, saisissable en quelques jours. Sans cela, chaque conflit remonte au directeur général, qui redevient le goulot.
- Des personnes capables de travailler dans l'ambiguïté, ce qui se recrute et se forme; la matrice est éprouvante pour qui a besoin d'une ligne hiérarchique claire.
- Un système d'information et un contrôle de gestion à double entrée, capables de lire les coûts et les résultats par fonction et par produit. Faute de quoi l'une des deux dimensions devient invisible et meurt.
- Du temps. Les organisations qui ont réussi une matrice décrivent des délais d'appropriation de plusieurs années, pas de plusieurs mois.
Quand elle convient: entreprises de projets complexes, secteurs où la technologie et le marché évoluent tous deux vite, grandes organisations multiproduits et multipays. Ce qu'elle coûte: du temps de réunion, une lourdeur décisionnelle, un encadrement doublé et une fatigue managériale réelle.
La structure par projets
Poussée à son terme, la logique produit donne la structure par projets: les personnes sont affectées à un projet, y travaillent à temps plein, et le quittent à sa fin. C'est la forme des entreprises d'ingénierie, de construction, de conseil et de production audiovisuelle. Elle donne au projet une autorité entière et supprime l'ambiguïté de la matrice.
Ce qu'elle coûte: le maintien des compétences. Sans unité fonctionnelle permanente, personne ne répond du niveau technique à long terme, de la capitalisation des savoirs ni de la carrière des spécialistes entre deux projets. Les entreprises de projets purs recréent presque toujours, après quelques années, une structure fonctionnelle légère — ce qui les ramène, par un autre chemin, à une forme de matrice.
L'organisation en réseau
Ici, l'entreprise conserve un cœur — la marque, la conception, la relation client, l'orchestration — et confie le reste à des partenaires: production sous contrat, logistique, développement informatique, service après-vente. Ce que la structure classique coordonnait par la hiérarchie, le réseau le coordonne par le contrat et par la confiance.
Quand elle convient: quand les compétences critiques sont peu nombreuses et clairement identifiées, quand les partenaires sont nombreux et substituables, quand la vitesse compte plus que le contrôle. Ce qu'elle coûte: une dépendance envers des tiers, une perte d'apprentissage (ce que l'on ne fait plus, on cesse de savoir le faire), un risque de qualité et de réputation qui ne se sous-traite pas, et des coûts de transaction — rédiger, négocier, surveiller et faire respecter des contrats n'est pas gratuit. Le conflit qu'elle organise: entre le donneur d'ordre et ses partenaires, sur le partage de la marge, la propriété intellectuelle et le risque.
| Configuration | Convient quand | Coût principal | Conflit organisé |
|---|---|---|---|
| Fonctionnelle | Une activité, marché stable | Lenteur transversale | Entre fonctions |
| Divisionnelle | Activités hétérogènes, grande taille | Duplication | Divisions / centre |
| Matricielle | Double pression durable | Lourdeur décisionnelle | Dans chaque poste |
| Par projets | Travail unique et daté | Perte de compétence durable | Projets / ressources |
| En réseau | Cœur de compétences étroit | Dépendance et coûts de transaction | Donneur d'ordre / partenaires |
Une entreprise industrielle nomme trois «chefs de produit» chargés du résultat de leur gamme, mais ne leur donne ni budget, ni voix dans l'évaluation des ingénieurs, ni droit d'arbitrage sur les priorités de l'atelier. Comment qualifier la structure obtenue?
Les cinq configurations de Mintzberg
Mintzberg propose de ne pas régler les paramètres un par un, mais de reconnaître qu'ils se tiennent: certaines combinaisons sont cohérentes et se rencontrent, les autres non. Il décrit d'abord l'organisation comme composée de cinq parties — le sommet stratégique, la ligne hiérarchique, le centre opérationnel, la technostructure et les fonctions de support — puis montre que chaque configuration correspond à la domination d'une de ces parties.
Portée et limites. Ces configurations sont des types idéaux au sens de Weber: des constructions destinées à penser, non des descriptions d'entreprises existantes. Aucune organisation réelle n'en est une à l'état pur, et Mintzberg le dit; il a d'ailleurs ajouté ensuite deux configurations supplémentaires (l'organisation missionnaire, coordonnée par la standardisation des normes, et l'organisation politique, où aucun mécanisme ne domine), ce qui montre bien que le nombre cinq n'a rien de nécessaire. Le statut empirique de la typologie est celui d'une synthèse théorique nourrie de cas: elle n'a pas été validée comme une classification exhaustive et exclusive, et il n'existe pas d'instrument de mesure standard permettant de classer une organisation dans l'une des cinq de façon reproductible. Utilisée comme grille de lecture — quelle partie tire ici? quel mécanisme domine? les paramètres sont-ils cohérents? — elle est extrêmement productive. Utilisée comme diagnostic («votre entreprise est une bureaucratie mécaniste, donc…»), elle devient une étiquette qui remplace l'analyse. Enfin, l'hypothèse de congruence est une reformulation de la théorie de la contingence du chapitre 2, et elle en hérite la faiblesse: le sens de la causalité entre structure et environnement est difficile à établir, et les organisations dont les paramètres sont incohérents ne disparaissent pas toujours.
Retour à la contingence
Le chapitre 2 a établi qu'il n'existe pas de structure universellement supérieure, et que la structure efficace dépend de facteurs de contingence: l'âge et la taille, le système technique, l'environnement, le pouvoir. Les cinq configurations donnent à ce principe abstrait un contenu concret.
- L'âge et la taille: plus une organisation est âgée et grande, plus son comportement est formalisé et ses unités sont grandes — ce qui la pousse vers la bureaucratie mécaniste. Alpina, 47 ans et 240 personnes, en porte les traces.
- Le système technique: plus il est régulateur et contraignant, plus le travail opérationnel est formalisé; plus il est automatisé, plus la bureaucratie mécaniste laisse place à une structure organique encadrée par des spécialistes.
- L'environnement: plus il est dynamique, plus la structure doit être organique (donc adhocratique); plus il est complexe, plus elle doit être décentralisée. Les deux dimensions sont distinctes, et leur croisement rend compte de l'essentiel: environnement simple et stable → bureaucratie mécaniste; simple et dynamique → structure simple; complexe et stable → bureaucratie professionnelle; complexe et dynamique → adhocratie.
- Le pouvoir: un contrôle externe fort (maison mère, tutelle publique) centralise et formalise; le besoin de pouvoir du dirigeant centralise; la mode joue aussi un rôle, et il faut le dire — des structures ont été adoptées parce qu'elles étaient dans l'air du temps plutôt que parce qu'elles convenaient.
Un hôpital universitaire est difficile à diriger «par le haut»: les décisions médicales échappent largement à la direction, qui maîtrise pourtant le budget et l'infrastructure. Quelle configuration décrit le mieux cette situation, et pourquoi?
Centralisation, décentralisation et délégation
Les critères réels du choix
«Décentraliser» est un mot qui sonne bien, ce qui est une raison de s'en méfier. La question n'est pas de savoir si la décentralisation est une bonne chose, mais quelle décision placer à quel niveau. Cinq critères suffisent à instruire la plupart des cas.
- La rapidité. Plus la décision doit être prise vite, plus elle doit être prise près du terrain. Une réclamation client traitée sur place en dix minutes vaut mieux qu'une réclamation traitée en deux jours par le siège — sauf si l'erreur coûte très cher.
- La cohérence. Plus une décision engage l'ensemble de l'entreprise vis-à-vis d'un même interlocuteur — un prix, une marque, une norme technique, une politique salariale — plus elle doit être centralisée. Trois divisions qui négocient séparément avec le même client font perdre de l'argent à tout le monde.
- La compétence locale. L'information nécessaire à une bonne décision est souvent locale et non transmissible: un chef d'atelier sait ce que le siège ne saura jamais. Centraliser une décision, c'est la prendre avec moins d'information, plus tard. C'est l'argument le plus fort en faveur de la décentralisation, et il est de nature informationnelle, pas morale.
- La motivation. Décider engage. Une unité qui décide de son budget le tient mieux qu'une unité qui le reçoit. Le chapitre 8 y revient: l'autonomie est l'un des besoins psychologiques dont la satisfaction soutient la motivation intrinsèque.
- Le coût de l'erreur. C'est le critère qui tranche quand les autres se contredisent. Une décision réversible et peu coûteuse se décentralise même si le décideur local est imparfait: on apprend. Une décision irréversible, coûteuse ou dangereuse — un engagement financier majeur, une décision de sécurité, un rappel de produit — se centralise même si l'information locale est meilleure.
Ces critères se contredisent délibérément. Le travail du dirigeant consiste à les pondérer décision par décision, pas à proclamer un régime général. Une entreprise bien réglée est presque toujours centralisée sur quelques points et décentralisée sur tout le reste, et sait dire lesquels.
Déléguer
Se délèguent: des tâches répétitives que le collaborateur peut apprendre; des décisions opérationnelles dont il détient l'information; des missions qui le développent; et, plus rarement qu'on ne le croit, des décisions difficiles mais réversibles, qui sont les meilleures occasions d'apprentissage.
Ne se délèguent pas: l'évaluation et la sanction des collaborateurs directs; les arbitrages entre les subordonnés eux-mêmes; les décisions stratégiques engageant durablement l'entreprise; la gestion des crises graves; la communication des mauvaises nouvelles; et le travail confidentiel qui exposerait le délégataire.
Le cas d'Alpina: quelle structure pour l'objectif médical?
Formes contemporaines
Organisation en réseau et entreprise étendue
L'entreprise étendue désigne l'ensemble formé par une entreprise et les partenaires avec lesquels elle partage des processus, des systèmes d'information et parfois des personnels: fournisseurs intégrés à la conception, sous-traitants pilotés en flux tendu, distributeurs connectés aux stocks. La frontière juridique de l'entreprise cesse alors de coïncider avec la frontière de son organisation, ce qui pose une question pratique: qui coordonne, et par quel mécanisme? La réponse est un mélange de standardisation des résultats (contrats, niveaux de service), de standardisation des procédés (normes partagées, ISO 9001 imposée aux fournisseurs) et d'ajustement mutuel entre équipes de deux entreprises différentes.
Structures agiles et équipes autonomes
Les méthodes issues du développement logiciel — équipes pluridisciplinaires de taille réduite, cycles courts, autonomie sur le «comment», priorisation par un responsable de produit — se sont diffusées bien au-delà de l'informatique. Lues avec le vocabulaire de ce chapitre, elles ne sont pas une nouveauté théorique: ce sont des structures par projets à cycle court, coordonnées par ajustement mutuel et par standardisation des résultats, avec une taille d'équipe délibérément maintenue sous une dizaine de personnes — ce qui est exactement la réponse au calculé plus haut. Une équipe de 7 personnes entretient 21 canaux; une de 15 en entretient 105, et cesse de fonctionner par ajustement mutuel.
Leurs limites sont celles de l'adhocratie: elles conviennent au travail incertain et mal spécifiable, et beaucoup moins au travail répétitif où l'erreur coûte cher. Le passage à l'échelle est l'endroit où elles achoppent le plus souvent, et pour une raison structurelle: coordonner trente équipes autonomes est un problème d'organisation classique, que l'on ne résout qu'en réintroduisant des mécanismes de liaison, des rôles d'intégration et de la standardisation — c'est-à-dire de la hiérarchie sous un autre nom.
Holacratie et «entreprises libérées»
L'holacratie est un système de gouvernance codifié qui remplace la hiérarchie de personnes par une hiérarchie de rôles regroupés en cercles emboîtés, avec des réunions au format prescrit et un processus formel de résolution des «tensions». Les «entreprises libérées» désignent, de façon beaucoup plus floue, un ensemble de pratiques visant à supprimer les échelons intermédiaires et le contrôle au profit de l'auto-organisation.
Organisation formelle et organisation informelle
Nous bouclons ici l'avertissement ouvert en début de chapitre.
Son existence n'est ni une anomalie ni une faiblesse. Elle a été mise en évidence par les études Hawthorne dès les années 1930 (chapitre 2) et n'a jamais cessé d'être observée depuis. Trois de ses traits importent ici.
Les réseaux réels ne suivent pas l'organigramme. L'information circule le long de relations de confiance, d'ancienneté commune, de proximité physique ou linguistique — dans une entreprise suisse plurilingue, la langue est un déterminant puissant et rarement avoué des circuits d'information. Les personnes situées aux points de passage de ces réseaux disposent d'un pouvoir que leur poste ne leur confère pas.
Les leaders d'opinion ne sont pas les chefs. Dans presque tout atelier et tout service, deux ou trois personnes font l'opinion: leur avis sur un changement détermine celui des autres avant toute réunion officielle. Ce sont souvent des anciens très compétents techniquement, sans ambition hiérarchique. Une direction qui les identifie et les associe tôt à un projet gagne un temps considérable; une direction qui les ignore les trouve en face d'elle.
Les court-circuits font marcher l'entreprise. Toute organisation formelle est incomplète: les procédures ne prévoient pas tout, et l'écart est comblé par des arrangements officieux. Le fait que la «grève du zèle» — appliquer strictement le règlement — soit un moyen de pression efficace prouve que l'application intégrale des règles formelles suffit à paralyser une organisation. Autrement dit: l'organisation formelle ne fonctionne que parce que l'organisation informelle la complète.
Pourquoi une réorganisation qui ignore l'informel échoue
Le mécanisme est direct. Une réorganisation redessine les unités, les rattachements et parfois les implantations physiques. Ce faisant, elle détruit des liens informels — l'acheteur et le développeur qui se voyaient tous les jours sont séparés de deux étages; l'ancien chef d'équipe qui savait à qui téléphoner se retrouve dans une autre unité. Ces liens représentaient une capacité de coordination réelle, gratuite et invisible, dont aucun tableau ne porte trace. La structure officielle, elle, ne fournit que les liaisons qu'elle a dessinées.
Le résultat est typique et se produit dans les semaines qui suivent: les délais s'allongent, les problèmes qui se réglaient en un appel remontent la hiérarchie, et l'on conclut que «la nouvelle organisation n'est pas encore rodée». Ce qui s'est passé est plus précis: on a supprimé une partie de la capacité de coordination sans la remplacer. Il faudra un à deux ans pour que de nouveaux réseaux informels se constituent, et ce délai est le véritable coût de la réorganisation — rarement chiffré, souvent supérieur aux économies attendues.
Trois conséquences pratiques. Cartographier avant de découper: demander qui travaille réellement avec qui, par exemple en faisant décrire par quelques personnes le chemin d'un dossier typique. Préserver les liens critiques, en les rendant formels s'il le faut (un poste de liaison, un comité, une co-implantation). Associer les leaders d'opinion tôt, non pour les neutraliser mais parce qu'ils savent où sont les liens que la direction ne voit pas. Le chapitre 11 poursuit cette discussion du côté des résistances au changement.
Et l'on retrouve, pour finir, l'avertissement du début: un organigramme n'est pas une structure, et le redessiner n'est pas réorganiser. Une réorganisation qui ne touche ni aux mécanismes de coordination, ni aux paramètres de conception, ni aux flux réels d'information et de pouvoir, ne change que le document affiché à l'entrée.
Synthèse
- La structure n'est pas l'organigramme. L'organigramme montre l'autorité formelle; la structure comprend en outre les règles, les systèmes, les liaisons latérales, et surtout les flux réels d'information et de pouvoir que le dessin ignore.
- Concevoir une structure, c'est régler neuf paramètres — spécialisation horizontale et verticale, formalisation, formation et socialisation, regroupement, taille des unités, planification et contrôle, mécanismes de liaison, décentralisation verticale et horizontale — et les rendre cohérents entre eux.
- Six mécanismes de coordination et une séquence en U. L'ajustement mutuel domine les très petites organisations parce qu'il n'y a rien à coordonner, et les plus complexes parce que rien n'y est coordonnable à l'avance: les cinq autres mécanismes supposent tous de savoir d'avance ce qu'il faut faire.
- La hiérarchie se calcule. décroît de façon logarithmique: passer de à fait tomber Alpina de 4 à 3 niveaux et de 80 à 35 encadrants, mais fait passer chaque manager de 6 à 28 relations à entretenir, car la charge de coordination croît comme le carré de l'éventail. Cette tension est le fond du problème structurel.
- Chaque configuration organise un conflit: entre fonctions pour la fonctionnelle, entre divisions et centre pour la divisionnelle, à l'intérieur de chaque poste pour la matricielle, qui viole délibérément l'unité de commandement et ne fonctionne que sous des conditions exigeantes — double pression réelle, équilibre des pouvoirs, arbitrage identifié, contrôle de gestion à double entrée, temps.
- Les cinq configurations de Mintzberg sont des types idéaux, utiles comme grille de lecture (quelle partie tire? quel mécanisme domine? les paramètres sont-ils cohérents?) et trompeuses comme étiquettes; les formes contemporaines — réseau, agilité, holacratie — s'y lisent sans mal, et l'évidence empirique sur les plus médiatisées d'entre elles reste anecdotique.
Série d'exercices du chapitre 6
Exercice 1 sur 5Parmi ces situations, laquelle relève de la standardisation des résultats et non de la standardisation des procédés?
Redimensionner l'encadrement d'un atelier
L'atelier de montage d'Alpina compte 120 opérateurs (cas fictif). Il est aujourd'hui organisé avec un éventail de subordination uniforme de 6. La direction industrielle étudie un passage à un éventail de 10, rendu envisageable par un nouveau système de suivi de production qui rend la performance de chaque poste visible sans passer par le chef d'équipe. Vous allez chiffrer les deux options, puis conclure.
- 1
Les niveaux avec l'éventail actuel
Construisez la pyramide avec en divisant chaque étage par 6 et en arrondissant à l'entier supérieur: 120 → 20 → 4 → 1. Combien de niveaux d'encadrement séparent l'opérateur du responsable de l'atelier?
ExerciceNombre de niveaux d'encadrement avec et 120 opérateurs.
Les postes d'encadrement dans les deux options
La charge de coordination de chaque chef d'équipe
Conclure
Exercices
Vous pouvez afficher le corrigé directement sous chaque énoncé après avoir cherché la solution.
Une entreprise vous remet son organigramme et vous demande un diagnostic structurel. Citez trois éléments de sa structure que ce document ne vous montre pas, et indiquez pour chacun une question précise que vous poseriez pour l'obtenir.
Solution
Trois éléments parmi d'autres, chacun avec la question qui le révèle:
-
Les flux réels d'information. L'organigramme montre les rattachements, pas les circuits. Question: «Décrivez-moi le chemin complet d'une réclamation client importante, depuis l'appel jusqu'à la réponse: qui intervient, dans quel ordre, et qui est informé?» Les personnes citées et l'ordre des étapes ne coïncident presque jamais avec le dessin.
-
Les flux réels de pouvoir. Certaines personnes disposent d'un pouvoir sans titre — expertise rare, contrôle d'une ressource critique, droit de veto fonctionnel, position dans le réseau informel. Question: «Quelles décisions peuvent être bloquées, et par qui?» La liste des personnes capables de dire non est un meilleur descripteur du pouvoir que la liste des personnes capables de dire oui.
-
Les mécanismes de coordination effectivement utilisés. Deux entreprises au même organigramme peuvent fonctionner l'une par procédures écrites, l'autre par ajustement mutuel. Question: «Quand deux unités sont en désaccord sur une priorité, comment cela se règle-t-il concrètement, et en combien de temps?»
On accepterait aussi: la charge réelle des unités (deux cases de même taille peuvent contenir 3 et 120 personnes), le degré de décentralisation (un même trait peut recouvrir une supervision étroite ou une autonomie totale), et les liaisons latérales (comités, chefs de projet, binômes informels).
Une entreprise compte 500 opérateurs à la base. Calculez, pour puis pour : (a) la relation continue ; (b) la pyramide exacte étage par étage, en arrondissant à l'entier supérieur; (c) le nombre de postes d'encadrement; (d) le nombre de relations bilatérales dans une équipe. Concluez en une phrase.
Solution
(a) Relation continue. et .
(b) Pyramides exactes, en divisant par et en arrondissant à l'entier supérieur:
- : 500 → 100 → 20 → 4 → 1, soit 4 niveaux d'encadrement;
- : 500 → 56 → 7 → 1, soit 3 niveaux d'encadrement.
(c) Postes d'encadrement.
- : , soit un ratio ;
- : , soit un ratio .
(d) Relations bilatérales par équipe. contre .
Conclusion. Passer de 5 à 9 supprime un niveau et 61 postes d'encadrement (−49 %), mais multiplie par 3,6 la charge de coordination de chaque manager: l'économie d'encadrement est convertie en charge de coordination, et l'opération n'est soutenable que si un autre mécanisme — standardisation des résultats, systèmes d'information, qualification des opérateurs — vient remplacer une partie de la supervision directe.
Pour chacune des trois organisations suivantes, indiquez la configuration de Mintzberg la plus proche, la partie clé, le mécanisme de coordination dominant et le type de décentralisation. Justifiez en une phrase.
(a) Une fiduciaire de 40 personnes employant des experts-comptables diplômés, où chaque mandat est conduit par un professionnel qui engage sa signature. (b) Une imprimerie industrielle de 300 personnes produisant en grandes séries, avec un bureau des méthodes qui définit les gammes et les cadences. (c) Une start-up de 9 personnes autour de son fondateur, qui décide de tout et connaît chaque dossier.
Solution
(a) Bureaucratie professionnelle. Partie clé: le centre opérationnel. Coordination: standardisation des qualifications — la prévisibilité vient d'un diplôme et d'une déontologie acquis hors de l'organisation, pas de procédures internes. Décentralisation verticale et horizontale: le pouvoir sur le travail appartient aux professionnels eux-mêmes. Justification: la direction agit sur les moyens et les mandats, très difficilement sur la manière de travailler.
(b) Bureaucratie mécaniste. Partie clé: la technostructure (le bureau des méthodes). Coordination: standardisation des procédés. Décentralisation horizontale limitée: les analystes détiennent un pouvoir réel sur le travail des autres, mais ce pouvoir ne descend pas jusqu'aux opérateurs. Justification: environnement simple et stable, travail répétitif, séparation nette entre conception et exécution.
(c) Structure simple. Partie clé: le sommet stratégique. Coordination: supervision directe. Décentralisation: aucune, la structure est centralisée. Justification: taille réduite, environnement dynamique mais simple, faible formalisation; c'est la configuration typique d'une jeune entreprise — et aussi celle qu'adopte une organisation en crise, quand la décision doit se reconcentrer.
Un service clients de 24 personnes fonctionne aujourd'hui comme une seule unité coordonnée par ajustement mutuel. On envisage de le découper en quatre équipes de 6, coordonnées entre elles par leurs quatre responsables. (a) Calculez le nombre de canaux de communication avant et après. (b) Quel pourcentage des canaux disparaît? (c) Que devient concrètement la coordination qui passait par ces canaux disparus, et à quelle condition le découpage est-il une bonne idée?
Solution
(a) Nombre de canaux.
Avant: canaux.
Après: quatre équipes de 6, soit canaux internes, plus la coordination entre les quatre responsables, canaux. Total: canaux.
(b) Part disparue. des canaux disparaissent.
(c) Ce qu'ils deviennent. Ils ne disparaissent pas au sens où le besoin de coordination s'évanouirait: ils sont filtrés par les quatre responsables. Les 210 relations supprimées sont remplacées par un passage hiérarchique, plus lent, qui perd de l'information et qui charge quatre personnes.
Le découpage est une bonne idée si les demandes des clients se laissent répartir en quatre familles homogènes, de sorte que la plupart des cas se traitent à l'intérieur d'une équipe: on aura alors supprimé des canaux qui ne servaient pas. Il est mauvais si les cas circulent constamment entre les quatre familles: on aura ajouté quatre files d'attente sur le chemin de chaque dossier. Le critère de découpage est donc: mettre ensemble ce qui doit se coordonner le plus souvent. C'est le paramètre «regroupement en unités» du début du chapitre, et il se teste, en mesurant la proportion de dossiers qui traversent les frontières envisagées avant de les instaurer.
Le directeur général d'Alpina (cas fictif) vous consulte. Il veut porter les instruments médicaux de 30 % à 45 % du chiffre d'affaires en cinq ans et hésite entre trois options: garder la structure fonctionnelle en nommant des chefs de produit, passer à une structure divisionnelle par domaine d'activité, ou adopter une matrice produit/fonction. Rédigez une réponse structurée: diagnostic, options avec leurs conséquences, recommandation argumentée, limites.
Solution
Diagnostic. Trois faits structurent le problème.
Un objectif qui ne s'atteint pas par la croissance du marché. Si chaque domaine suit son marché (capteurs 3 %, médical 12 %, services 6 % par an — hypothèses posées), le chiffre d'affaires 2029 serait de , et , soit un total de 93,57 millions et une part médicale de . Pour 45 %, il faudrait millions de total et millions de médical, soit 11,19 millions de plus que la trajectoire de marché (+31,1 %), c'est-à-dire une croissance de 18,2 % par an contre 12 % pour le marché. L'objectif exige de gagner des parts de marché, ce qui est cohérent avec la lecture du portefeuille au chapitre 5: le médical est le dilemme, et un dilemme ne devient vedette qu'en gagnant du terrain.
Un domaine sans propriétaire. Dans une structure fonctionnelle, aucune personne ne répond du résultat du médical. Les arbitrages de capacité entre les trois domaines se font implicitement, au profit du plus gros (les capteurs, 50 % du chiffre d'affaires).
Une contrainte de taille. La R&D compte 38 personnes au total. C'est peu pour être scindée.
Options et conséquences.
Option 1 — fonctionnel avec chefs de produit. Coût faible, expertise préservée, aucune duplication. Mais si les chefs de produit n'ont ni budget, ni voix dans l'évaluation, ni droit d'arbitrage, ce ne sont que des postes de liaison: la structure reste fonctionnelle et les arbitrages continuent de remonter au directeur général. Probabilité faible d'atteindre l'objectif.
Option 2 — divisionnel par domaine. Le médical obtient un patron, un compte de résultat, une autonomie. Coût: duplication des fonctions et, surtout, scission d'une R&D de 38 personnes en trois laboratoires sous-critiques, alors que les plateformes de mesure sont communes aux trois domaines. Option prématurée à 240 personnes.
Option 3 — matrice produit/fonction. Les fonctions gardent la compétence et les carrières; trois responsables de domaine reçoivent un budget, des objectifs de résultat et une voix dans l'évaluation. Coût: double subordination, donc conflits structurels permanents, lourdeur décisionnelle, encadrement doublé.
Recommandation. Adopter une matrice partielle et transitoire.
- Partielle: on matrice la R&D et les ventes, là où les priorités entre domaines s'arbitrent réellement; on laisse en fonctionnel pur la production, l'administration et les finances, où les économies d'échelle dominent et où une seconde ligne d'autorité n'ajouterait que du coût.
- Transitoire: la matrice est annoncée comme le dispositif d'une phase de croissance. Si le médical atteint 45 % et l'entreprise environ 370 collaborateurs (104,75 millions à CHF 283 333 par collaborateur), la taille justifiera alors une divisionnalisation, et il vaut mieux le dire d'emblée.
- Conditions à poser par écrit avant de démarrer: budget et droit de recrutement pour les responsables de domaine; participation formelle à l'évaluation des personnes qui travaillent pour eux; règle d'arbitrage écrite et arbitre saisissable en quelques jours; contrôle de gestion à double entrée (par fonction et par domaine); formation des cadres concernés au fonctionnement en double rattachement.
Limites de la recommandation. Elle ne traite pas l'intégration culturelle de l'équipe médicale acquise, qui est un problème distinct et sans doute plus difficile (chapitre 11). Elle suppose la capacité de recruter environ 130 personnes en cinq ans sur un marché suisse tendu pour les compétences techniques. Elle repose sur des hypothèses de croissance posées et non mesurées: à 8 % de croissance du marché médical au lieu de 12 %, l'écart à combler double et la question devient stratégique avant d'être structurelle. Enfin, elle ne dit rien de l'organisation informelle existante, qu'une matrice bouscule fortement: avant de la mettre en place, il faut savoir qui travaille réellement avec qui, sous peine de détruire des liaisons gratuites que la nouvelle structure devra ensuite reconstruire à grands frais.
Références
- Mintzberg, H. Structure et dynamique des organisations. Éditions d'Organisation / Eyrolles. La source des paramètres de conception, des six mécanismes de coordination et des cinq configurations; le chapitre suit son vocabulaire.
- Mintzberg, H. Le manager au quotidien: les dix rôles du cadre. Éditions d'Organisation. Complément utile sur ce que fait réellement un cadre dans une structure donnée.
- Robbins, S., DeCenzo, D. et Coulter, M. Management: l'essentiel des concepts et pratiques. Pearson. Chapitres sur la structure et la conception organisationnelle: éventail de subordination, centralisation, formes contemporaines.
- Schermerhorn, J. et al. Principes de management. ERPI. Présentation accessible des configurations structurelles et de la délégation.
- Crozier, M. et Friedberg, E. L'acteur et le système. Seuil. Sur le pouvoir dans les organisations et les zones d'incertitude: la référence pour comprendre pourquoi supprimer les chefs ne supprime pas le pouvoir.
- March, J. et Simon, H. Organizations. Wiley. Sur la rationalité limitée, la coordination et les raisons pour lesquelles les organisations découpent leurs problèmes.