Objectifs du chapitre
À la fin de ce chapitre, vous serez capable de:
- énoncer la définition du produit intérieur brut et justifier, mot par mot, chacune des exclusions qu'elle impose;
- calculer le PIB par les trois approches — production, dépense, revenu — et démontrer qu'elles donnent nécessairement le même total;
- décomposer une chaîne de production en valeurs ajoutées, éviter le double comptage et vérifier que la somme des valeurs ajoutées égale le prix final;
- distinguer PIB nominal et PIB réel, calculer un déflateur, passer d'une croissance nominale à une croissance réelle, et expliquer pourquoi les instituts statistiques chaînent leurs indices;
- passer du PIB au revenu national brut, interpréter l'écart entre les deux et identifier les économies pour lesquelles il est considérable;
- écrire les identités , , et les faire tourner sur des comptes nationaux complets;
- énoncer ce que le PIB ne mesure pas, discuter les indicateurs alternatifs avec leurs limites, et comparer deux pays aux taux de change courants puis en parité de pouvoir d'achat.
Pourquoi il faut un chiffre
Le chapitre 1 a posé le vocabulaire de la macroéconomie: des agrégats, un court terme et un long terme, un flux circulaire du revenu. Mais un flux circulaire dessiné au tableau ne dit pas si l'économie va bien. Pour savoir si la production a augmenté, si le chômage coûte cher, si un plan de relance représente 1 % ou 10 % de l'activité, il faut un chiffre, et un chiffre construit selon des règles suffisamment précises pour qu'un statisticien de Neuchâtel, un de Bruxelles et un de Séoul aboutissent au même résultat sur les mêmes données.
Ce chiffre existe depuis les années 1930–1940. Il est né de deux urgences: la Grande Dépression, pendant laquelle les gouvernements pilotaient à l'aveugle faute de savoir de combien la production avait chuté, et l'économie de guerre, qui exigeait de mesurer ce que le pays pouvait produire. Simon Kuznets aux États-Unis, Richard Stone et James Meade au Royaume-Uni ont bâti les premières comptabilités nationales cohérentes; les Nations unies ont ensuite normalisé l'exercice dans le Système de comptabilité nationale (SCN), dont la version en vigueur dans la plupart des pays est celle de 2008. En Suisse, les comptes nationaux sont établis par l'Office fédéral de la statistique (OFS) selon le Système européen des comptes (SEC 2010), déclinaison européenne du SCN 2008, et le SECO publie avec l'OFS les estimations trimestrielles.
Toutes les données chiffrées de ce cours portent sur un pays fictif, la Sylvanie, petite économie ouverte dont les comptes sont internement cohérents et identiques dans tous les chapitres. Ces données sont fictives: elles sont là pour que les calculs tombent juste et se prêtent à la vérification, non pour décrire un pays réel. Lorsque nous évoquerons la Suisse ou d'autres pays, ce sera par leurs mécanismes et leurs ordres de grandeur, jamais par des décimales inventées.
Le PIB, mot à mot
Cette phrase tient en une ligne et chacun de ses cinq groupes de mots exclut quelque chose. On ne comprend pas le PIB tant qu'on n'a pas compris ces exclusions: la plupart des débats sur «ce que le PIB oublie» portent en réalité sur elles.
«La valeur de marché…»
Pour additionner des kilos de pain, des heures de coiffure et des semi-conducteurs, il faut une unité commune. La comptabilité nationale retient le prix de marché: chaque bien est compté pour la quantité produite multipliée par son prix. Les prix jouent donc le rôle de pondérations, et cette convention a trois conséquences immédiates.
D'abord, ce qui n'a pas de prix n'entre pas dans le PIB. Le repas que vous cuisinez chez vous, les heures passées à garder vos enfants, le bénévolat d'un club sportif, le service rendu par un lac propre: rien de tout cela n'est valorisé. Le même repas préparé par un restaurant y entre intégralement. C'est le paradoxe classique, souvent attribué à Pigou: si vous épousez votre cuisinier et cessez de le payer, le PIB baisse alors que rien n'a changé dans la production réelle.
Ensuite, lorsque l'exclusion serait trop absurde, les comptables nationaux procèdent à une imputation: ils construisent un prix fictif. Les deux imputations principales sont le loyer imputé des propriétaires occupants — un propriétaire est traité comme s'il se louait son logement à lui-même, faute de quoi un pays de propriétaires afficherait un PIB plus faible qu'un pays de locataires identique en tout — et la production non marchande des administrations publiques, évaluée à son coût de production (essentiellement les salaires des enseignants, des soignants, des policiers), puisqu'un cours de mathématiques à l'école obligatoire n'a pas de prix de marché.
Enfin, l'usage des prix rend le PIB muet sur la répartition. Un franc dépensé par un ménage aisé et un franc dépensé par un ménage modeste comptent identiquement, ce qui est une convention et non un fait.
«…des biens et services finals…»
Un bien est final s'il est acquis par son utilisateur ultime; il est intermédiaire s'il est consommé dans le processus de production d'un autre bien au cours de la même période. La farine achetée par un boulanger est intermédiaire; la farine achetée par un ménage est finale. Cette distinction évite le double comptage: additionner le blé, la farine et le pain reviendrait à compter le blé trois fois.
Trois catégories de transactions sont exclues pour la même raison de fond — elles ne correspondent à aucune production nouvelle:
- les ventes de biens d'occasion: une voiture vendue une deuxième fois a déjà été comptée l'année de sa production. Seule la marge du garagiste entre dans le PIB, car elle rémunère un service d'intermédiation produit aujourd'hui;
- les transactions purement financières: acheter une action, une obligation ou un immeuble existant transfère un actif, ne produit rien. Là encore, seules les commissions de courtage et les services bancaires comptent;
- les transferts: une rente AVS, une allocation de chômage, une bourse d'études déplacent du pouvoir d'achat sans contrepartie productive.
«…produits…»
Le PIB mesure la production de la période, pas les ventes de la période. La différence tient aux stocks. Une entreprise qui fabrique 1 000 montres et n'en vend que 900 a bel et bien produit 1 000 montres: les 100 invendues sont comptabilisées comme une variation de stocks, traitée comme un investissement de l'entreprise en elle-même. Symétriquement, une entreprise qui écoule un stock ancien vend plus qu'elle ne produit, et sa variation de stocks est négative.
Ce traitement n'est pas une subtilité de comptable: il est ce qui fait tenir l'identité entre production et dépense (section suivante) y compris lorsque l'offre et la demande ne s'ajustent pas. Il explique aussi pourquoi la variation de stocks est la composante la plus volatile du PIB et souvent la première à basculer en début de récession.
«…à l'intérieur d'un pays…»
Le critère est territorial, non national. Tout ce qui est produit sur le sol sylvanien compte dans le PIB sylvanien, que le producteur soit sylvanien ou étranger, que le capital soit détenu localement ou par une multinationale de Francfort. Inversement, ce qu'un résident produit à l'étranger n'y entre pas.
Ce critère est lourd de conséquences pour un pays comme la Suisse, où une part importante de la main-d'œuvre occupée sur le territoire est de nationalité étrangère et où des frontaliers de France, d'Allemagne, d'Italie et d'Autriche franchissent chaque matin la frontière: leur production est suisse au sens du PIB, mais leur salaire part à l'étranger. Nous verrons plus bas comment le revenu national brut corrige précisément pour cela.
«…pendant une période donnée»
Le PIB est un flux, exprimé par unité de temps: 600 milliards d'UM par an. Ce n'est pas un stock, comme l'est le patrimoine d'un pays ou son parc de logements. Confondre les deux est la plus répandue des erreurs de raisonnement macroéconomique, et elle est lourde: comparer la dette publique (un stock) au PIB (un flux par an) donne un ratio exprimé en années de production, non un pourcentage de richesse.
Les comptes sont publiés annuellement et trimestriellement. Les données trimestrielles sont corrigées des variations saisonnières — sans quoi le quatrième trimestre paraîtrait toujours excellent et le premier toujours mauvais — et les taux de croissance trimestriels sont parfois annualisés, c'est-à-dire portés à la puissance 4: un trimestre à devient annualisé. Lisez toujours l'unité avant de comparer deux chiffres de croissance.
Valeur ajoutée et double comptage
La valeur ajoutée est l'outil qui résout le problème du double comptage. Plutôt que de décider, bien par bien, s'il est final ou intermédiaire — un cauchemar pratique, car le même sac de farine est intermédiaire ou final selon l'acheteur —, on additionne les valeurs ajoutées de tous les producteurs. Le résultat est identique, et il se calcule à partir des comptabilités d'entreprise, que l'on peut collecter.
Dans un pays, un producteur de bois vend pour 50 de grumes à une scierie, qui vend pour 90 de planches à un menuisier, lequel vend pour 200 de meubles aux ménages. Aucune autre transaction n'a lieu. Quelle est la contribution de cette chaîne au PIB?
Les trois approches du PIB
Une même grandeur peut se mesurer de trois côtés. C'est un résultat central de la comptabilité nationale, et il fournit aux statisticiens leur meilleur contrôle de cohérence: les trois mesures, construites à partir de sources différentes, doivent converger.
Par la production: la somme des valeurs ajoutées
On additionne les valeurs ajoutées de toutes les unités productives résidentes — entreprises, administrations, ménages en tant que producteurs. Les comptes les évaluent aux prix de base, c'est-à-dire hors impôts sur les produits (TVA, droits de douane, impôts sur les carburants et le tabac) et subventions incluses. Pour obtenir le PIB aux prix du marché, il faut donc rajouter les impôts nets sur les produits:
Cette approche est la seule qui renseigne sur la structure sectorielle d'une économie: elle dit quelle part vient de l'industrie, de la construction, de la finance, des services publics. C'est par elle que l'on documente la désindustrialisation ou le poids de la pharma dans l'économie suisse.
Par la dépense: qui achète la production finale
On additionne les dépenses des agents qui acquièrent la production finale. C'est l'écriture la plus utilisée en macroéconomie, parce que c'est sur ces composantes que les politiques agissent.
Démonstration. Toute la production finale de la période est nécessairement soit achetée par un résident (ménage, entreprise, administration), soit achetée par un non-résident, soit invendue. Les achats des résidents se répartissent en , et ; les achats des non-résidents sont les exportations . Les invendus ne s'échappent pas du système: ils sont comptés en variation de stocks, donc inclus dans . On a ainsi , que , , et recensent les dépenses selon achète et non selon le bien a été produit: une voiture allemande achetée par un ménage sylvanien figure dans alors qu'elle n'a jamais fait partie de . On retranche donc les importations , exactement une fois, pour ne conserver que la production intérieure. D'où (2.3).
Par le revenu: qui reçoit la valeur ajoutée
Toute valeur ajoutée est distribuée. Le troisième calcul additionne les revenus versés par la production:
La rémunération des salariés comprend les salaires bruts et les cotisations sociales à la charge de l'employeur: c'est le coût complet du travail. L'excédent brut d'exploitation est ce qui reste à l'entreprise après le travail et les impôts nets sur la production, avant amortissements, intérêts et impôt sur le bénéfice; il rémunère le capital. Le revenu mixte lui est accolé parce qu'un indépendant — un agriculteur, un médecin en cabinet — perçoit un revenu où travail et capital sont inséparables. Le troisième terme est là parce que le PIB est mesuré aux prix du marché, TVA comprise, alors que la valeur ajoutée distribuée aux facteurs ne comprend pas ces impôts.
Le rapport est la part du travail dans la valeur ajoutée; sa lente érosion dans la plupart des pays avancés depuis les années 1980 est l'un des faits stylisés les plus discutés de la macroéconomie contemporaine, et l'une des raisons pour lesquelles l'approche par le revenu mérite mieux que son statut d'annexe technique.
Démonstration. Production = revenu. Par définition (2.1), la valeur ajoutée d'une unité est sa production moins ses consommations intermédiaires; son compte d'exploitation l'affecte intégralement à trois emplois: la rémunération des salariés, les autres impôts nets sur la production et, par solde, l'excédent brut d'exploitation. Sommer sur toutes les unités donne , et ajouter des deux côtés les impôts nets sur les produits donne la deuxième égalité de (2.5).
Production = dépense. Chaque unité de production finale est vendue à un acheteur, ou reste en stock; les stocks sont comptés dans comme nous l'avons vu, et les acheteurs non résidents dans . La somme des dépenses recouvre donc toute la production intérieure finale plus les biens importés qui ont été acquis par ces mêmes agents; en retranchant on retombe sur la seule production intérieure.
Dans la pratique, les trois mesures diffèrent de quelques dixièmes de pour-cent parce qu'elles proviennent de sources statistiques distinctes: enquêtes auprès des entreprises, comptes de la TVA, statistiques du commerce extérieur, comptes des administrations. Les instituts publient alors un écart statistique explicite, ou arbitrent selon la source jugée la plus fiable. Un écart nul dans un manuel, un petit écart déclaré dans les comptes réels: la différence tient à la mesure, pas à la théorie.
Les comptes d'un pays (milliards d'UM) donnent: consommation des ménages 380; formation brute de capital fixe 110; variation des stocks ; dépenses publiques en biens et services 130; prestations sociales versées 90; exportations 250; importations 270. Calculez le PIB.
Les composantes de la dépense, en détail
La consommation des ménages
est la plus grosse composante: environ la moitié du PIB en Suisse, en Sylvanie. Elle regroupe les biens durables (voitures, électroménager, meubles), les biens non durables (alimentation, carburant, habillement) et les services (loyers, santé, restauration, transports, télécommunications), dont la part croît régulièrement dans toutes les économies avancées.
Deux pièges. Premièrement, l'achat d'un logement par un ménage n'est pas de la consommation mais de l'investissement en logement, donc dans : un logement produit un service pendant des décennies. Deuxièmement, la consommation inclut le loyer imputé des propriétaires occupants, et, en Suisse comme ailleurs, les dépenses de santé payées par les assurances sociales, qui sont une consommation des ménages financée par un tiers.
La stabilité relative de — elle fluctue moins que le PIB — est l'un des faits stylisés que la théorie du revenu permanent cherche à expliquer: les ménages lissent leur consommation face à des revenus irréguliers.
L'investissement: formation brute de capital fixe et variation des stocks
Cette collision de vocabulaire entre la macroéconomie et la finance est une source d'erreurs permanente. Retenez le test: un bien de production a-t-il été fabriqué? Si oui, investissement; sinon, transaction financière.
L'investissement est la composante la plus volatile du PIB. Il dépend d'anticipations de demande future, du coût du capital et du degré d'utilisation des capacités; il s'effondre au début d'une récession et rebondit fortement en reprise. La variation des stocks, quoique minuscule en niveau, contribue de façon disproportionnée aux variations trimestrielles: une entreprise qui cesse d'accumuler pour commencer à déstocker fait basculer la contribution de plusieurs dixièmes de point sans qu'aucune décision d'investissement n'ait été prise.
Les dépenses publiques, et pourquoi les transferts n'y sont pas
recouvre les achats de biens et services des administrations publiques — Confédération, cantons, communes, assurances sociales — ainsi que leur production non marchande évaluée à son coût: salaires des enseignants et des fonctionnaires, fournitures, entretien des routes, construction d'un hôpital.
exclut les transferts: rentes AVS et AI, prestations complémentaires, indemnités de chômage, subsides d'assurance maladie, bourses, subventions aux entreprises. La raison est la même que pour les biens intermédiaires: compter deux fois. Une rente AVS n'est la contrepartie d'aucune production de la période; elle donne à un retraité un pouvoir d'achat qu'il dépensera, et c'est au moment de cette dépense qu'elle entrera dans le PIB, dans . L'inscrire dans reviendrait à la compter deux fois, une fois versée et une fois dépensée.
Notez enfin que contient aussi de l'investissement public (une école, un tunnel): la comptabilité nationale les inscrit dans la formation brute de capital fixe des administrations. Les manuels de macroéconomie regroupent souvent consommation et investissement publics sous le seul symbole , et c'est la convention que nous suivons dans tout ce cours.
Les exportations nettes
recense les biens et services vendus à des non-résidents: horlogerie, machines, produits pharmaceutiques, mais aussi services — tourisme (un touriste japonais qui dort à Zermatt est une exportation), services financiers, licences, transport, recherche sous contrat. recense symétriquement les achats auprès de non-résidents, y compris les vacances des résidents à l'étranger.
est le solde de la balance des biens et services. Sa présence dans (2.3) fait du PIB un concept intrinsèquement ouvert: pour une petite économie très intégrée comme la Suisse ou la Sylvanie, et sont énormes rapportés à — et en Sylvanie — alors que leur est modeste, ici . Un pays peut donc être très ouvert et presque équilibré; c'est le solde, non le niveau des flux, qui informe sur le financement extérieur.
Ordonnez les étapes qui mènent d'une série de PIB aux prix courants à un taux de croissance réelle.
Glissez les éléments pour les mettre dans le bon ordre
- Calculer le PIB réel de chaque année: quantités de l'année valorisées aux prix d'une année de référence
- Calculer le taux de croissance du PIB réel entre deux années consécutives
- Calculer le PIB nominal de chaque année: quantités de l'année valorisées aux prix de l'année
- Former le déflateur du PIB: PIB nominal / PIB réel
- Recenser, pour chaque année, les quantités produites et les prix pratiqués
PIB nominal, PIB réel et déflateur
Le PIB peut augmenter pour deux raisons entièrement différentes: parce qu'on produit plus, ou parce que les choses coûtent plus cher. Seule la première est une amélioration. Toute la macroéconomie de la croissance et des cycles repose sur cette séparation.
Démonstration. Par (2.6), à chaque date. Le rapport entre deux dates successives donne , c'est-à-dire . En développant, , d'où (2.7). Le terme croisé est un produit de deux petits nombres: avec et il vaut , soit point de pourcentage, négligeable. Il cesse de l'être en régime d'inflation élevée: avec et , le terme croisé vaut point.
Manipulez vous-même les deux moteurs de la croissance nominale avec l'explorateur ci-dessous. Un curseur commande la croissance des quantités, l'autre celle des prix. Surveillez un readout en particulier: la croissance réelle ne bouge pas d'un millième quand vous déplacez le curseur des prix. C'est toute la leçon du chapitre, rendue visible.
On part du PIB de la Sylvanie en 2024 (600 milliards d'UM, déflateur 100, données fictives) et on choisit séparément, pour l'année suivante, la croissance des quantités produites et la croissance des prix. Observez ce qui bouge et surtout ce qui ne bouge pas: la croissance réelle reste exactement égale à la croissance des quantités, quoi que fasse le curseur des prix. Poussez la croissance des prix en dessous de zéro (déflation) ou la croissance des quantités en dessous de zéro (récession) pour voir les deux se dissocier.
Le PIB nominal d'un pays vaut 742 milliards en 2024 et son déflateur, en base 2020 = 100, vaut 112,4. Calculez son PIB réel de 2024, exprimé aux prix de 2020.
Laspeyres, Paasche et chaînage
Le calcul du PIB réel que nous venons de faire cache une difficulté de fond: à quels prix? Dès qu'il y a plus d'un bien et que les prix relatifs bougent, le résultat dépend de l'année de référence choisie, et il en dépend d'autant plus que l'on s'en éloigne.
Ces définitions obéissent à une identité remarquable, que vous vérifierez dans l'exemple suivant: le rapport des valeurs se décompose exactement de deux façons,
Autrement dit, un indice de prix de Laspeyres s'apparie toujours à un indice de quantité de Paasche, et réciproquement. On ne peut pas prendre Laspeyres des deux côtés: leur produit ne redonnerait pas la variation de la valeur.
Le problème de l'année de base, et le chaînage
Avec une année de base fixe, l'écart entre Laspeyres et Paasche grandit avec la distance à cette année. L'exemple canonique est celui de l'informatique: si l'on valorise les ordinateurs produits aujourd'hui aux prix de 1995, qui étaient gigantesques, on obtient une croissance délirante — car la quantité a explosé précisément parce que le prix s'est effondré. Plus les prix relatifs se déforment, plus le choix de l'année de référence devient déterminant, et plus le chiffre de croissance devient un artefact.
Le chaînage a un coût dont il faut être averti, car il surprend tout étudiant qui l'ignore: les volumes chaînés ne sont plus additifs. Le PIB réel chaîné n'est pas exactement la somme de ses composantes réelles chaînées, et les instituts publient un écart de non-additivité. La raison est simple: chaque agrégat est chaîné avec ses propres pondérations, et une somme d'indices à pondérations différentes n'est pas l'indice de la somme. Le gain — des taux de croissance qui ne dépendent plus d'une année de base arbitraire — vaut largement cette perte de commodité arithmétique, mais on ne peut plus additionner naïvement des colonnes de PIB réel comme on le fait dans les exemples de manuel, celui-ci compris.
Pourquoi les instituts statistiques ont-ils abandonné l'année de base fixe au profit de volumes chaînés?
Du PIB au produit national et au revenu national
Le PIB est territorial: il compte ce qui est produit ici, quel que soit le propriétaire des facteurs. Or une part de cette production rémunère des facteurs qui appartiennent à des non-résidents — les dividendes d'une filiale étrangère, les intérêts d'une dette détenue à l'étranger, le salaire d'un frontalier — tandis que des résidents perçoivent des revenus tirés de facteurs employés à l'étranger.
Les revenus primaires en question sont les revenus du travail (salaires des frontaliers et des travailleurs détachés) et les revenus de la propriété (dividendes, intérêts, bénéfices réinvestis des filiales).
Le RNB de la Sylvanie
La Sylvanie reçoit de l'étranger, en 2024, un solde net de revenus primaires de milliards d'UM: ses résidents détiennent à l'étranger davantage d'actifs productifs que les non-résidents n'en détiennent chez elle. Son solde de transferts courants (les «revenus secondaires» de la balance des paiements du chapitre 13) est en revanche nul, de sorte que son revenu national brut et son revenu national brut disponible coïncident — c'est ce dernier, en toute rigueur, qui se partage entre consommation, impôts et épargne. Donc
Le RNB dépasse le PIB de . C'est un écart modeste, typique d'une petite économie ouverte équilibrée: la Sylvanie est un investisseur net à l'étranger sans être un paradis pour multinationales. Cet écart explique par ailleurs l'apparente anomalie du compte courant sylvanien. La balance des biens et services est déficitaire de (), mais le compte courant ne l'est que de : les de revenus nets viennent en atténuation. Nous revenons sur ce point à la section suivante.
L'écart entre PIB et RNB est négligeable pour la plupart des grandes économies, où il reste inférieur à un ou deux pour-cent. Il devient déterminant dans deux configurations.
Les pays d'émigration. Lorsqu'une part importante de la population active travaille à l'étranger et rapatrie son salaire, le RNB dépasse nettement le PIB. C'est le cas de plusieurs pays d'Europe de l'Est, d'Asie du Sud et d'Amérique centrale, pour lesquels les transferts de fonds des migrants représentent une source de devises comparable aux exportations.
Les pays à forte présence de multinationales. C'est ici que le PIB devient franchement trompeur, et l'Irlande en est l'exemple canonique. Une fiscalité des entreprises attractive et un droit favorable ont conduit un grand nombre de groupes étrangers, notamment américains, à y localiser leurs sièges européens, leur propriété intellectuelle (brevets, licences, marques) et leurs contrats de fabrication sous-traitée. Les redevances et les bénéfices que génèrent ces actifs sont enregistrés comme une production réalisée sur le territoire irlandais — donc dans le PIB irlandais — alors qu'ils reviennent économiquement à des actionnaires non résidents et ressortent ensuite du pays sous forme de revenus versés à l'étranger.
Deux conséquences. D'abord, le PIB irlandais dépasse le RNB irlandais d'un écart sans commune mesure avec celui des autres pays européens. Ensuite, le PIB irlandais bouge pour des raisons comptables: lorsqu'un groupe transfère la propriété juridique d'un portefeuille de brevets ou d'une flotte d'avions en leasing vers sa filiale irlandaise, la production mesurée saute d'un coup, sans qu'aucun salarié irlandais n'ait produit davantage. Le cas le plus connu est la révision des comptes irlandais de 2015, qui a porté la croissance annoncée du PIB à plus de à la suite de telles relocalisations d'actifs — un épisode que Paul Krugman a surnommé leprechaun economics. L'office statistique irlandais (CSO) a réagi en construisant et en publiant un agrégat complémentaire, le revenu national brut modifié, publié sous le nom de GNI*, qui neutralise les effets des actifs incorporels des multinationales et de l'aviation en leasing, précisément pour disposer d'une mesure utilisable de la taille de l'économie domestique.
Épargne, investissement et compte courant
Les identités comptables ne servent pas qu'à vérifier des additions: réarrangées, elles disent quelque chose. Celle qui suit est la plus féconde de tout le chapitre.
Démonstration. Partons de l'identité (2.3), , et ajoutons aux deux membres le solde des revenus primaires avec l'étranger, noté , de sorte que le membre de gauche devienne :
puisque (nous négligeons ici les transferts courants, que les comptes complets ajoutent à ). Retranchons et des deux côtés:
c'est-à-dire .
L'identité (2.15) se lit comme une contrainte de financement. Si un pays investit plus qu'il n'épargne, la différence est nécessairement financée par l'étranger: il emprunte au reste du monde, et son compte courant est déficitaire. S'il épargne plus qu'il n'investit, il prête au reste du monde et son compte courant est excédentaire. Il n'y a pas de troisième possibilité: c'est une identité.
Les identités d'épargne de la Sylvanie, vérifiées ligne à ligne
Avec , , , , , et un solde de revenus primaires de (milliards d'UM, données fictives):
Puis
La lecture économique tient en trois phrases. La Sylvanie investit alors qu'elle n'épargne que : il lui manque , qu'elle emprunte au reste du monde. Son État est excédentaire de — ce n'est donc pas le déficit public qui creuse le compte courant, contrairement au scénario de «déficits jumeaux» souvent invoqué. Le déficit courant sylvanien vient du secteur privé, dont l'investissement dépasse l'épargne de , différence que l'excédent public ne compense qu'aux deux tiers.
Ce que le PIB ne mesure pas
Kuznets, qui a construit l'agrégat, écrivait dès 1934 dans son rapport au Congrès américain que le bien-être d'une nation peut difficilement se déduire d'une mesure du revenu national. L'avertissement a été perdu de vue pendant quarante ans; il est revenu en force. Reprenons méthodiquement, en distinguant ce que le PIB omet de ce qu'il compte mal.
Le travail domestique et le bénévolat. Ménage, cuisine, garde d'enfants, soins aux proches âgés, entraide associative: production réelle, sans prix de marché, donc absente du PIB. Deux conséquences. D'une part, le PIB monte mécaniquement quand une activité passe de la sphère domestique au marché — une crèche remplaçant un parent au foyer accroît le PIB sans que la garde d'enfants ait augmenté. D'autre part, l'omission est genrée, ce travail étant, dans tous les pays où il est mesuré, majoritairement fourni par les femmes. Plusieurs offices statistiques, dont l'OFS, publient pour cette raison des comptes satellites de la production non rémunérée, fondés sur des enquêtes emploi du temps et une valorisation au coût de remplacement; ils ne sont pas intégrés au PIB, précisément parce que la valorisation dépend d'hypothèses discutables.
L'économie souterraine. Travail au noir, activités illégales, sous-déclaration. Les instituts en intègrent une estimation — le SEC impose d'ailleurs de couvrir la production illégale lorsqu'elle résulte d'un accord entre parties consentantes —, mais l'estimation repose sur des méthodes indirectes et son incertitude est grande. Retenez le sens de l'erreur: un pays à forte économie informelle voit son activité sous-estimée, ce qui fausse les comparaisons internationales dans une direction connue.
La répartition. Le PIB par habitant est une moyenne, et une moyenne ne dit rien de la dispersion. Deux pays de même PIB par habitant peuvent avoir des distributions de revenus radicalement différentes. Si la croissance se concentre dans le haut de la distribution, le revenu médian peut stagner pendant que le PIB par habitant progresse: les deux courbes ont divergé dans plusieurs pays avancés depuis les années 1980, et ce découplage suffit à expliquer une bonne part du décalage entre les statistiques officielles et le sentiment des ménages.
L'épuisement des ressources et l'environnement. Le PIB est un brut: il ne déduit pas l'usure du capital produit, et surtout il ne déduit pas la destruction du capital naturel. Un pays qui liquide sa forêt enregistre une hausse de production et aucune charge pour l'actif détruit. Pire, les dépenses défensives comptent positivement: dépolluer une rivière, soigner les victimes d'un accident, reconstruire après une catastrophe augmentent le PIB. Les comptes de l'environnement et les comptes du capital naturel cherchent à corriger cela, mais évaluer un service écosystémique en unités monétaires est un exercice contesté jusque dans son principe.
La santé, l'éducation et le temps libre. L'espérance de vie, la qualité de l'enseignement, la sécurité, la durée du travail ne figurent pas au PIB. Or elles pèsent lourd dans le bien-être, et elles ne progressent pas nécessairement avec lui. L'éducation et la santé publiques sont même l'objet d'une difficulté de mesure spécifique: valorisées au coût des intrants faute de prix de marché, elles sont par construction incapables d'enregistrer un gain de productivité. Un hôpital qui soigne mieux avec le même personnel n'augmente pas le PIB.
Les indicateurs alternatifs, et leurs limites
Face à ces critiques, plusieurs familles d'indicateurs ont été proposées. Aucune n'a remplacé le PIB, et il vaut la peine de comprendre pourquoi.
L'indice de développement humain (IDH), publié par le PNUD depuis 1990, combine trois dimensions: la santé (espérance de vie à la naissance), l'éducation (durée moyenne et durée attendue de scolarisation) et le niveau de vie (RNB par habitant en parité de pouvoir d'achat). Chaque dimension est normalisée entre 0 et 1 par rapport à des bornes fixées, puis les trois sous-indices sont agrégés en moyenne géométrique, ce qui limite la compensation entre dimensions. L'IDH a le mérite d'avoir imposé l'idée que le développement ne se réduit pas au revenu, et il classe régulièrement la Suisse et les pays nordiques dans le peloton de tête. Ses limites sont réelles: le choix des trois dimensions et des bornes est conventionnel; les pondérations implicites n'ont aucun fondement théorique; l'indice ignore les inégalités — ce pourquoi le PNUD publie aussi un IDH ajusté aux inégalités — ainsi que l'environnement et les libertés politiques; et ses composantes évoluent si lentement que l'indice est inutilisable pour la conjoncture.
Les indicateurs de bien-être subjectif reposent sur des enquêtes de satisfaction de vie. Ils captent quelque chose que les agrégats monétaires manquent, et ils ont nourri un débat scientifique important sur la relation entre revenu et satisfaction déclarée — le paradoxe d'Easterlin, selon lequel la satisfaction moyenne d'un pays ne progresse guère avec son revenu sur longue période alors que les individus plus riches d'un même pays se déclarent plus satisfaits. Ce paradoxe est contesté: sa portée dépend de la période retenue, de l'échelle de réponse et du traitement des comparaisons entre pays, et la littérature n'est pas stabilisée. Les limites méthodologiques sont sérieuses: une réponse sur une échelle de 0 à 10 n'est pas cardinale, la comparabilité entre langues et cultures est douteuse, et le score est sensible au contexte de l'enquête.
Les tableaux de bord, enfin, renoncent à l'agrégation: plutôt qu'un chiffre unique, ils juxtaposent des indicateurs de revenu, de santé, d'éducation, d'environnement, de sécurité et de lien social. L'OCDE le fait avec son Better Life Index, la Suisse avec le système d'indicateurs du développement durable MONET de l'OFS. C'est méthodologiquement le plus honnête, puisque rien n'y est pondéré arbitrairement, et politiquement le moins commode: un tableau de bord ne permet pas de dire d'une phrase si le pays va mieux, et le classement disparaît avec l'agrégation.
Le rapport Stiglitz–Sen–Fitoussi (2009), commandé par le gouvernement français, a synthétisé ce débat en recommandant de compléter le PIB plutôt que de le remplacer: privilégier le revenu plutôt que la production, mesurer le revenu et la consommation au niveau des ménages et leur distribution, et suivre séparément la soutenabilité, c'est-à-dire l'évolution des stocks de capital (produit, humain, naturel, social).
PIB par habitant et comparaisons internationales
Pour comparer des pays de tailles différentes, on rapporte le PIB à la population.
En Sylvanie, avec un PIB de milliards d'UM et une population de millions d'habitants, le PIB par habitant vaut
Attention à ne pas confondre deux ratios voisins: le PIB par habitant rapporte la production à toute la population, y compris les enfants et les retraités, tandis que le PIB par personne occupée ou par heure travaillée mesure la productivité. Les deux divergent dès que le taux d'activité ou la durée du travail changent: un pays où l'on travaille peu d'heures peut avoir une productivité horaire élevée et un PIB par habitant moyen. Cette distinction est centrale pour comparer la Suisse à ses voisins, et nous l'exploiterons au chapitre 5.
Taux de change courants ou parité de pouvoir d'achat?
Comparer deux pays exige une monnaie commune, et le choix du taux de conversion change le résultat du tout au tout.
Convertir au taux de change courant consiste à utiliser le taux du marché des changes. C'est la méthode correcte lorsque l'on veut mesurer un pouvoir d'achat international: la capacité d'un pays à acheter des biens sur les marchés mondiaux, à payer sa dette extérieure ou à financer des importations. Mais elle a deux défauts majeurs comme mesure du niveau de vie: le taux de change est volatil, si bien qu'un pays peut «s'appauvrir» de 15 % en une nuit sans que rien n'ait changé dans sa production — la Suisse a connu l'inverse le 15 janvier 2015, lorsque l'abandon du taux plancher a fait bondir la valeur en euros de son PIB —, et il ne reflète que les prix des biens échangeables. Or les services non échangeables — coiffure, restauration, loyers, soins — sont systématiquement moins chers dans les pays à bas salaires.
Convertir en parité de pouvoir d'achat (PPA) consiste à utiliser un taux de conversion calculé de sorte qu'un même panier de biens et services coûte le même montant dans les deux pays. Ce taux est estimé par des enquêtes de prix internationales — le Programme de comparaison internationale, mené sous l'égide de la Banque mondiale, avec Eurostat et l'OCDE pour l'Europe — portant sur des centaines de produits soigneusement appariés.
Deux conversions, deux conclusions opposées
La Sylvanie (monnaie: UM) affiche UM de PIB par habitant. Sa voisine la Borduride (monnaie: BU) affiche BU par habitant. Le taux de change du marché est de UM pour BU. Un panier de référence identique coûte UM en Sylvanie et BU en Borduride. (Données fictives.)
Au taux de change courant.
La Borduride paraît plus riche que la Sylvanie.
En parité de pouvoir d'achat. Le taux PPA est celui qui égalise le coût du panier:
d'où
La Borduride est en réalité plus pauvre en pouvoir d'achat. L'inversion vient de ce que la monnaie borduride est surévaluée par rapport à sa PPA — le marché des changes la cote UM alors que son pouvoir d'achat interne n'en vaut que —, si bien que la conversion au taux courant surestime le niveau de vie borduride d'un tiers.
Cette inversion n'est pas une curiosité d'exercice: elle est la règle plutôt que l'exception dès que l'on compare des pays à niveaux de prix très différents. Le mécanisme sous-jacent porte un nom, l'effet Balassa–Samuelson: les pays à forte productivité dans le secteur des biens échangeables y versent des salaires élevés, ces salaires élevés se propagent au secteur abrité, dont la productivité n'a pourtant pas augmenté autant, et le niveau général des prix y est donc plus élevé. Conséquence pratique: convertis au taux courant, les pays riches paraissent encore plus riches qu'ils ne le sont en pouvoir d'achat, et les pays pauvres encore plus pauvres. La Suisse, dont le niveau des prix est l'un des plus élevés d'Europe, en est l'illustration: son avance en PIB par habitant se réduit sensiblement lorsqu'on passe des taux courants à la PPA, sans disparaître.
Trois précautions pour finir. Les PPA sont estimées, avec une marge d'erreur non nulle et des révisions parfois substantielles lors des grands exercices de comparaison. Le panier de référence international ne correspond exactement à la structure de consommation d'aucun pays. Et le choix de la méthode dépend de la question: pour savoir combien un pays peut acheter sur les marchés mondiaux, le taux courant; pour comparer des niveaux de vie, la PPA.
Synthèse
- Le PIB est la valeur de marché des biens et services finals produits à l'intérieur d'un pays pendant une période. Chacun de ces mots exclut quelque chose: ce qui n'a pas de prix, les consommations intermédiaires, les transactions sur biens d'occasion et actifs financiers, les transferts, la production des résidents à l'étranger. C'est un flux, jamais un stock.
- La valeur ajoutée — production moins consommations intermédiaires — évite le double comptage, et la somme des valeurs ajoutées d'une chaîne égale exactement le prix du bien final: dans l'exemple du pain.
- Les trois approches donnent le même total: production ( plus impôts nets sur les produits), dépense () et revenu (). Sur la Sylvanie 2024, les trois donnent milliards d'UM.
Laquelle de ces opérations entre dans le PIB suisse de l'année courante?
Exercices
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Dans un pays fictif, une filière textile fonctionne ainsi au cours d'une année (montants en millions d'UM). Un producteur de coton récolte et vend pour , sans aucun achat à d'autres entreprises. Une filature achète ce coton et vend du fil pour . Un tisseur achète le fil et vend du tissu pour . Un confectionneur achète le tissu et vend des chemises pour aux ménages.
- Calculez la valeur ajoutée de chaque stade et leur somme. Vérifiez la propriété attendue.
- Quel serait le montant obtenu en additionnant les ventes? Expliquez l'écart avec le PIB.
- Le tisseur exporte finalement la moitié de son tissu, pour , au lieu de la vendre au confectionneur, qui importe alors pour de tissu étranger de même qualité. Toutes les autres données sont inchangées. Quel est le nouveau PIB de la filière? Quelle est la contribution de et de ?
Les comptes d'un pays fictif donnent, en milliards d'UM: consommation des ménages ; formation brute de capital fixe ; variation des stocks ; dépenses publiques en biens et services ; prestations sociales et subventions versées ; exportations ; importations . Par ailleurs, la somme des valeurs ajoutées aux prix de base vaut , la rémunération des salariés , et les autres impôts sur la production nets de subventions .
L'économie fictive de Belloc ne produit que deux biens. En 2023: caisses de pommes à UM la caisse et vélos à UM. En 2024: caisses de pommes à UM et vélos à UM.
- Calculez le PIB nominal de chaque année.
- Calculez le PIB réel de 2024 aux prix de 2023, puis le déflateur du PIB de 2024 en base .
La Norlande est une économie ouverte fictive. Ses comptes de l'année donnent, en milliards d'UM: , , , , , impôts nets des transferts , solde des revenus primaires avec l'étranger .
Deux pays fictifs. Le pays A, de monnaie UA, a un PIB de milliards d'UA pour millions d'habitants. Le pays B, de monnaie UB, a un PIB de milliards d'UB pour millions d'habitants. Le taux de change du marché est de UA pour UB. Un panier de référence identique coûte UA dans le pays A et UB dans le pays B.
Références
- Blanchard, O., Amighini, A. et Giavazzi, F., Macroéconomie, Pearson, Montreuil, chapitre 2 (le PIB, le chômage et l'inflation) et annexe sur la comptabilité nationale.
- Mankiw, N. G., Macroéconomie, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chapitre 2 (les données de la macroéconomie: PIB, IPC, chômage).
- Burda, M. et Wyplosz, C., Macroéconomie: une perspective européenne, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chapitres 2 et 3 (comptabilité nationale et balance des paiements).
- Krugman, P. et Wells, R., Macroéconomie, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, chapitres sur la mesure de la production et des prix.
- Nations unies, Commission européenne, FMI, OCDE et Banque mondiale, Système de comptabilité nationale 2008 (SCN 2008), New York; et Eurostat, Système européen des comptes SEC 2010, Luxembourg.
- Office fédéral de la statistique, Comptes nationaux de la Suisse (publication annuelle et séries trimestrielles, avec le SECO), Neuchâtel; Programme de comparaison internationale, parités de pouvoir d'achat (Banque mondiale, OCDE, Eurostat).
- Stiglitz, J. E., Sen, A. et Fitoussi, J.-P., Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, Paris, 2009.